Paul Kolodjensky : Pouvoir contre nature


10 Dec 2010

(Revue Être Libre. No 260. Juillet-Septembre 1974)

L’homme s’inscrit dans la Loi de Nature au même titre que tout élément vivant. L’analyse et l’intuition-perception sont les deux moteurs de la pensée et de l’acte.

L’acte juste se situe à l’intersection de ces deux composantes. Tout acte adéquat selon la Loi de Nature permet un fonctionnement idéal, harmonieux des éléments physiologiques de l’homme ainsi qu’au niveau des réactions physico-chimiques.

Tout acte ou pensée dénaturés entraîne un processus physico-chimiques différent de l’idéal et de l’harmonie. Il en résulte par conséquent une perturbation physiologique plaçant l’homme dans une situation pathologique.

Les signes pathologiques (troubles physiques, psychiques, douleur, disfonctionnement, anomalies de toute nature) sont des informations fournies par la Loi de Nature pour redresser la barre, en suggérant d’abandonner les causes d’égarement par rapport à la route idéale et d’harmonie.

Notre civilisation présente se situe comme originale, en ce sens qu’elle s’oppose à la Loi de Nature, en la bravant, en la niant même, prétendant que la seule loi qui a droit de cité est celle issue du mental de l’homme.

Son moteur est la recherche du pouvoir de l’homme sur l’immuable Loi de Nature. Elle est donc conflictuelle.

L’homme qui adopte l’échelle de valeurs de cette civilisation (recherche du pouvoir sur la nature, et par la même sur son prochain et sur lui-même) peut donc être considéré comme placé dans un état pathologique permanent.

La logique est implacable.

Tous les processus palliatifs (médecine, philosophie, politique, morale, religion etc.) ne sont que des inventions humaines tendant à masquer le problème de fond pour que continue le processus sans abandonner l’échelle de valeurs de recherche du pouvoir. Tous ces palliatifs ne peuvent que faire tomber l’homme de Charybde en Scyla.

Tout processus de désengagement de cette échelle de valeurs nocives clarifie celui qui l’entreprend en le rapprochant d’un fonctionnement physico-chimique, physiologique idéal et harmonieux. Cette attitude tend, par communication à désengager tout le milieu.

L’inverse est vrai : tout enfoncement et persistance dans cette recherche du pouvoir, à quelque titre que ce soit, enracine l’homme dans le pathologique, entraînant une perturbation dans tout le milieu.

Aux deux extrêmes :

L’homme proche du fonctionnement idéal, harmonieux est comme immunisé contre la contamination ambiante.

L’homme enfoncé dans le processus de recherche du pouvoir se trouve dans une situation pathologique graduelle pouvant atteindre à la limite un état d’irréversibilité.

Aucun désengagement ne peut se faire brutalement. Après une prise de conscience le désengagement doit se faire progressivement car tout processus trop brutal comporte un danger de mort ou de rechute.

Pour vérifier cette réflexion à caractère empirique, il suffit pour chacun de nous de faire le bilan de notre fonctionnement du moment.

Nous pouvons alors apprécier les carences, les luttes physiologiques, les blocages fonctionnels. Chacune de ces anomalies et leur résultante traduit la lutte pour l’acquisition de nouveaux pouvoirs (ambition) : crainte, angoisse, anxiété, peur de la mort.

Selon la nature du pouvoir recherché, la polarisation d’énergie se fait sur un secteur particulier de l’organisme, appauvrissant par là même les autres secteurs.

(à suivre)

(Revue Être Libre. No 262. Janvier-Mars 1975)

(suite)

Tout est dans tout.

Tout être vivant existe en potentiel avant même sa conception.

L’acte de conception est le fruit d’une intention matérialisant ce potentiel.

Tout être vivant est donc programmé dès ce moment. Il est la résultante de tout ce qui l’a précédé. L’homme n’échappe pas à cette règle.

Chacun est une courroie de transmission entre ce qui l’a précédé et ce qui le suit.

Une civilisation impose la notion de continuité sur un grand nombre de générations. Pour imposer cette continuité les croyants de telle civilisation truquent la vie, hypocritement et en force, des nouvelles générations.

Pour celui qui est pris dans l’engrenage de la recherche du pouvoir petit ou grand, la difficulté est grande pour s’évader du cycle infernal.

La vie de chacun est schématiquement perçue comme une progression fondue, enchaînée, qui de la naissance à la mort, s’étire de la petite enfance, l’adolescence, la jeunesse, la maturité, la plénitude, la perte progressive de l’énergie vitale, l’abord de la vieillesse, la vieillesse vers le repos.

Notre physiologie vitale représente la base de cette progression à laquelle personne n’échappe.

La respiration, la nourriture, les capacités sensorielles, le mouvement, le geste, le mental, le système d’élimination des déchets.

L’instinct, les pulsions, l’apprentissage, l’expérience en sont les moteurs.

L’air, le feu, l’eau, la terre, les quatre éléments fondamentaux de notre système terre/soleil sous-tendent chaque fonctionnement vital, soit à un niveau, soit à un autre, au titre capacité et au titre moteur.

Aucune de ces composantes n’a été inventée par qui que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du système. Leur définition harmonieuse est une logique intrinsèque qui peut être reconnue comme telle sous le vocable de LOI DE NATURE.

Lorsqu’à un moment quelconque de l’histoire de l’humanité, un courant de pensée animant les vivants, leur suggère de secouer cette harmonie de nature, pour en percer le mystère, pour le maîtriser à son profit, pour en tirer un suprême pouvoir, il y a affrontement entre la LOI DE NATURE éternelle et l’autre, éphémère…

Le développement de cette force opposante est une « civilisation ». La somme des conflits issus du marasme engendré par la disharmonie, écrit l’histoire des hommes.

La LOI DE NATURE est une spirale.

L’histoire des civilisés est linéaire. Réflexion :

Pour chacun d’entre nous, lorsque nous entrons dans l’existence, nous prenons place dans l’histoire du monde que tous ceux qui nous ont précédé ont façonné d’une certaine manière, bonne ou mauvaise, mais de toutes façons selon leurs concepts propres.

Chacun d’entre nous, respire, mange, bouge, pense, perçoit ce qui l’environne d’une manière toute naturelle. Tous ceux qui nous ont précédé dans l’existence et qui, par conséquent ont sur les nouveaux-venus, le seul avantage de l’expérience, s’acharnent à nous faire accepter leurs conceptions de l’existence. Tous les moyens sont bons pour nous faire vivre selon des critères établis pour que nous devenions ce qu’ils veulent que nous devenions, et, en aucun cas, pour que nous puissions être ce que nous sommes : chacun est un être unique, aux perceptions propres, aux pulsions propres, aux capacité propres.

Tous les moyens sont mis en œuvre pour nous faire entrer dans le cadre de la standardisation, façonné par un ensemble de composantes de notre vie, modelées, pétries toutes par une force unique : l’échelle de valeurs ayant cours au moment actuel.

Quelques exemples de base : Le matraquage, le dressage à devenir un rouage de l’ensemble appelé « société » s’appelle l’« éducation ».

(à suivre)