Robert Linssen : Psychanalyse et intégration sociale


09 Nov 2008

(Revue Être Libre, Numéro 262, Janvier-Février 1975)

Lors d’une émission à la B.B.C. (anglaise) un auteur anglais considérait avec raison que dans beaucoup de cas, la psychanalyse peut être considérée comme une « police subtile » de l’Etat ou de ceux qui prétendent sauvegarder les valeurs et la « culture » de la société. Nous avons fréquemment énoncé une opinion semblable et dénoncé les abus des psychologues ou psychanalystes modernes. Lorsque des parents ont des enfants manifestant quelques difficultés de comportement ainsi qu’un manque d’adaptation aux normes de notre société, il leur est conseillé d’avoir un entretien avec le psychologue de l’établissement scolaire.

Dans la majorité des cas celui ci tend à considérer l’inadapté en question comme un névrosé. Il se peut qu’il en soit ainsi. Mais il se peut aussi que l’enfant en question ne soit ni névrosé ni malade mais bien au contraire exceptionnellement intelligent et équilibré.

Ses qualités d’intelligence et d’équilibre lui permettent de prendre conscience des déséquilibres de la société, de ses rythmes démentiels d’existence, de l’absurdité des valeurs présidant à une pseudo-civilisation en pleine décadence. Ce n’est pas l’enfant qui est malade mais la société. Et cela, la plupart des psychologues et psychanalystes ne veulent pas l’admettre.

La plupart des psychologues et psychanalystes estiment que leur incombe la tâche d’intégrer l’adolescent ou l’adulte dans la société.

Ceci a été exposé par de nombreux auteurs et penseurs contestataires auxquels nous nous joignons.

Il n’y a pas de contradiction entre ces deux termes : la psychanalyse et l’intégration. La psychanalyse se fait à l’aide des valeurs établies par la société, quoique les psychologues le nient. Cette « analyse » est une première phase. Elle aboutit, ou tend à aboutir à une seconde phase : celle du replacement de l’analysé dans le contexte de la société à laquelle, soit par névrose, soit par intelligence, il avait des difficultés d’adaptation.

Est-ce à dire qu’il faille écarter à priori toute psychanalyse ? Ce serait absurde. Psychanalyse et psychothérapie sont indispensables pour des névrosés ou psychoses. Nous n’avons pas à examiner de tels cas hors de notre compétence. Nous dénonçons simplement, comme les savants de Princeton, les « abus » de la psychanalyse, surtout freudienne dont chaque année, de nombreux jeunes viennent nous confier leurs mésaventures, à moins qu’ils n’aient subi sans réagir, un enterrement psychologique et surtout spirituel de première classe.

Robert Linssen.