Gabriel Loison : Psychologie et spagierie


08 Sep 2011

(Revue CoEvoluion. No 11. Hiver 1983)

Psychologue, Gabriel Loison a étudié les mœurs et la spiritualité de certaines ethnies d’Afrique Noire, puis l’énergie humaine, la physique quantique, les rythmes biologiques et les concepts énergétiques orientaux. Il a développé sa technique de « psychologie spagyrique »

• dissocier pour réunir ?

• quelle est mon identité ?

• Qui suis-je ?

• principe de plaisir et de réalité

• quel est mon potentiel tempéramental ?

Marielle Pernin : Vous associez les termes psychologie et spagyrie. Quel rapport y a-t-il entre eux ?

Gabriel Loison : Le terme spagyrie veut dire « séparer pour réunir » [1]. Il était employé par Paracelse dans le domaine de la médecine hermétique [2]; pour lui, être « spagyriste » demandait des qualités exceptionnelles dans la vision du réel : l’homme de science devait aussi être l’homme de Dieu.

L’Art Spagyrique consistait à séparer la quintessence des choses en les dissociant, pour ensuite les réharmoniser en les réunissant. Le soufre, le mercure et le sel sont les bases de notre système de vie. Toutefois, si les autres corps entrent dans la composition des choses en perturbant ces bases, il faut purifier.

Mais la spagyrie n’est pas seulement physique ou chimique, elle porte en elle une philosophie, une manière d’être, et c’est cette conception que j’applique en tant que psychanalyste.

Pour le spagyriste, si le soufre est le feu de la nature, pour le psychologue, c’est aussi le noyau et la carapace de l’être, les pulsions d’attraction et d’agression dont les origines se noient dans l’inconscient. Si le mercure est l’esprit de vie, la dynamique des corps, c’est aussi la dynamique de l’être, le pouvoir, la réalisation, l’affirmation au milieu, les pulsions d’ambition, l’affrontement au réel dans le conscient. Si le sel est l’âme, le soleil des corps, c’est aussi la spiritualité, la dimension de vie, mais aussi la clef des prisons où le soufre est enfermé.

Ma conception de l’analyse est donc avant tout de révéler la véritable identité de l’être en commençant par mettre en valeur ses points forts. J’évite d’affronter ses défenses, ses résistances, la force de la névrose, qui sont ses « pouvoirs » sur son milieu. Se heurter aux résistances, aux névroses en voulant les détruire sans rien mettre à la place, c’est dépouiller l’être du pouvoir qu’il possède sur son milieu. Même si ce pouvoir se traduit par des lamentations ou de l’agressivité, il existe et fera écho dans un milieu qui lui ressemble. Pourquoi déshabiller quelqu’un de ses haillons sans lui confectionner le véritable costume de son identité ?

C’est vrai que l’homme n’est pas simple, c’est un véritable labyrinthe et, pour ne pas se perdre dans sa recherche, j’ai rencontré la spagyrie. Cette technique d’analyse me semble la plus édifiante, et surtout… elle s’applique à ma conception de la vie, à ma façon d’être.

M. P. : Comment cette technique analytique permet-elle une approche rapide de la personnalité ?

G. L. Non seulement elle permet une approche rapide de la personnalité, mais de plus elle dynamise, de par son concept, l’application thérapeutique propre à chaque personne.

Beaucoup de gens arrêtent leur évolution, psychiquement parlant, à un certain moment de leur enfance ou de leur adolescence, parce que l’affrontement au milieu leur donne un ressenti d’angoisse par la mise en cause de leurs affects. Il se produit donc un blocage de l’état évolutif au stade de l’identification. Autrement dit, la réalisation du Moi ne s’accomplit pas et l’affirmation du Moi encore moins. Ces gens vivent alors en répétition, stagnant dans leur masque d’identification. L’évolution, dans le sens de la réalisation de l’être est importante, principalement si on tend à « devenir », dans une autre dimension, le Soi.

C’est alors qu’après l’évolution, il y a la spirale de l’involution. Chaque cycle d’évolution passe par trois niveaux : ne pas être, être, ne plus être.

ne pas être : c’est le stade de l’enfance, la période où, d’identification en identification, on recherche son identité par résonance au plus profond de l’être, mais c’est également la période des blocages de l’état évolutif en s’interdisant de vivre, de développer son identité.

être : c’est l’identité, la réalisation et l’affirmation du Moi.

ne plus être : c’est l’involution vers le Soi et l’oubli du Moi.

• Le premier stade, la base de l’évolution est le stade du ne pas être. Stade de l’enfance et de l’adolescence ver, la construction du Moi. C’est la recherche de l’Identité par l’Identification.

• Le second stade est l’être. C’est tout le stade évolutif de la réalisation de l’Identité, de l’affirmation du Moi.

• Le troisième stade est le ne plus être, c’est-à-dire, la phase de l’Involution et du développement du Soi.

• Le blocage de l’état évolutif à un très jeune âge fait que l’Être vit dans l’identification sans pouvoir développer son identité.

• Vouloir atteindre le Soi sans réaliser son Moi est méconnaître la conscience et l’ordre de l’univers.

L’état évolutif, la réalisation de l’Être

Pour répondre à votre question sur la manière dont cette technique permet une approche rapide de la personnalité, j’ai nécessairement besoin de savoir à quel niveau se situe la personne. En général, c’est au premier niveau. Mais il faut découvrir le pourquoi d’un blocage de l’état évolutif, avant de toucher à ce blocage. L’analyse (c’est-à-dire la recherche de personnalité sans changer quoi que ce soit de l’individu) se fait en cinq jours consécutifs. J’utilise de nombreux moyens d’investigation : dialogue, émotionnel, étude du corps, etc. avec pour objectif de séparer ce qui forme la globalité de l’individu : ses pulsions conscientes et inconscientes, ses points forts, ses points faibles, sa spiritualité, etc. ainsi que l’analyse du milieu vu par ses yeux.

M. P. : Comment concevez-vous l’être humain ?

G. L. : Notre point de départ est le tempérament avec lequel nous naissons, c’est-à-dire la « juste proportion » (temperamentum) selon les lois de Mendel, de l’apport de nos parents (50%), de nos grands parents (25%), de nos arrières grands-parents (12,5%), etc. Pour moi, le tempérament n’est pas seulement soumis aux lois mendéliennes. Les parents ne donnent que l’enveloppe. Nous sommes des géniteurs et non des créateurs. Le sel de la vie vient de l’évolution permanente dans sa réalité cosmique. L’être porte en lui son bagage, sa connaissance karmique, le potentiel de ses vies successives.

Ce bagage karmique du vécu antérieur de nos éternels électrons contient des points forts, mais également des éléments qui vont contrer l’individu dans sa démarche évolutive : les points faibles. Ces derniers vont créer chez lui un constat d’anormalité qui peut devenir une obsession, une fixation et peut donner naissance à la névrose. La personnalité va vivre avec ses points faibles qui vont, paradoxalement, devenir des points forts dans l’identification.

Du fait de l’auto-interdiction de devenir adulte, la personne va vivre une fausse relation avec le milieu et ne plus vouloir répondre à ses pulsions profondes. Elle va se créer un masque : le Surmoi, puis exister avec lui dans la peur et l’angoisse puisque tout sonne faux et qu’elle n’est pas bien dans sa peau.

M. P. : Existe-t-il un moyen d’éduquer un enfant pour lui éviter le développement de ce Surmoi handicapeur et créateur d’angoisse ? Peut-on l’aider à ne pas se freiner, à ne pas bloquer son état évolutif ?

G. L. : Pour éduquer les enfants, il faut avant tout éduquer les parents, ne croyez-vous pas ? Qui crée le terrain favorable au développement de la névrose, si ce n’est le milieu ? Donc, tout d’abord le milieu familial. C’est aux parents d’être en quête de la véritable nature de leurs enfants, afin de les aider à « mûrir » dans leur identité.

L’enfant est comme un grain de blé qui peut rester dans un grenier 2 ou 3 ans sans jamais vivre sa véritable nature de grain de blé. La dynamique de vie n’est pas en marche parce que le milieu n’est pas favorable. Placez ce grain de blé dans un milieu propice, une terre riche, et il va révéler son identité jusqu’au Soi. Mais pour mûrir, il va devoir corrompre son corps de grain de blé, se putréfier en terre avant de pouvoir germer et, vivre enfin dans la lumière cosmique.

L’homme doit mûrir, mais pour cela, tout son être, toutes ses cellules doivent vivre jusqu’à une « décomposition » (l’involution) qui permet au germe de parvenir au seuil du Soi. En involuant, en se séparant de l’ambition, en se retournant en lui-même au stade du « ne plus être », il atteindra sa propre dimension. Mais avant d’arriver là, il faut enseigner aux parents l’importance de l’équilibre du milieu et comment rechercher la nature profonde de leurs enfants.

M. P. : Comment concevez-vous le côté spirituel de l’homme dans notre monde d’aujourd’hui ?

G. L. : Je pense qu’il faut garder les pieds sur terre. On ne peut être uniquement spirituel sans base « humaine ». Ce serait mal connaître le réel. La réalisation spirituelle passe par une entière réalisation de l’être au niveau de son corps, intellectuellement, physiquement, émotionnellement, et toujours en équilibre entre le « principe de plaisir » (les pulsions) d’une part et le « principe de réalité » d’autre part. Ceci constitue la base d’une pyramide dont la spiritualité est le sommet. Plus la base s’agrandit, plus le sommet devient haut, plus la spiritualité se fortifie. Si l’être humain a un corps c’est que chaque cellule de ce corps doit vivre, comme le dit Satprem [3].

M. P. : Qu’est-ce que les pulsions, exactement ?

G. L. : Il existe plusieurs sortes de pulsions liées au monde du conscient et de l’inconscient. Là aussi, c’est le labyrinthe. Il ne faut pas croire que le « principe de plaisir » se ramène uniquement à l’amour sexuel. C’est l’assouvissement d’un acte ayant été ressenti comme bénéfique dans la réalisation et l’affirmation du Moi. Le sexuel n’est pas uniquement le sexe. Tout le corps est sexuel, le psychisme est sexuel, la connaissance est sexuelle, l’être entier est sexuel à chaque palier de son évolution.

M. P. : Et où placez-vous l’intellect ?

G. L. : L’intellect est un outil merveilleux dont l’homme se sert mais dont il ne connaît pas le mode d’emploi. La preuve est là, dans le constat que nos mots deviennent des maux…

On nous apprend « quoi penser », mais non « comment penser ». Le cerveau est un terrain vierge qu’on ensemence sans avoir jamais pris la peine de tracer, d’ordonner la culture. Dès la naissance, l’enfant vit par ses sens, il n’y a pas de système, intellectuel. Celui-ci devra attendre l’apprentissage des mots, le codage de la communication. Vite l’enfant comprend la puissance des mots pour affirmer son pouvoir sur son milieu. Mais à ce moment-là, personne ne lui apprend à se servir de la résonance de ces mots…

M. P. : comme du verbe créateur !

G. L. : …et il commence à ressasser les choses, à tout faire tourner en rond. Cela prend rapidement toute la place dans ce jeune cerveau et il reste de moins en moins d’endroits disponibles à la réceptivité du milieu.

Adolescent, ne croit-on pas connaître le monde ? On se croit quelqu’un parce qu’on « pense » avec des mots. La véritable connaissance possède une dimension autre qu’intellectuelle. L’intellect est un outil pour prendre, pour ramener des connaissances à soi, pour réfléchir (reflet), chercher toutes les combinaisons possibles qu’offre un nouvel apport de connaissances. Mais il doit arrêter là son travail. La raison doit s’emparer de l’information, la raison existe hors des mots, hors de l’intellect, au plus profond de nos cellules.

M. P. : D’après vous, pourquoi l’homme est-il fait ? N’avons-nous pas quelque chose de spécifique à faire et à développer sur Terre ? Il est désagréable de passer à côté, de perdre son temps sans savoir si l’homme a une mission particulière.

G. L. : Vous me croyez capable de répondre au grand Pourquoi de l’Homme sur cette Terre ? Qui peut répondre ?…

Si je ne peux pas répondre dans la globalité, dans le pourquoi de la finalité de l’être humain, je cherche par contre à comprendre le pourquoi de chacun, afin de l’aider dans la recherche de son identité.

L’abeille, dans son activité d’abeille, butine consciencieusement de fleur en fleur et rentre à la ruche porter le pollen qui sert à la vie collective. Elle peut se dire, je suis faite pour ramener le pollen et faire le miel. Mais sait-elle que ce n’est pas là sa vocation ? Sa véritable vocation, c’est de féconder les fleurs… Son acte de fécondation, c’est toute sa spiritualité, la réelle dimension de sa vie d’abeille. Sa récompense en est le miel.

L’homme n’est-il pas à l’image de l’abeille ? La société n’est-elle pas sa ruche ? Pourquoi chaque être est-il fait ? Quel est son miel ?

L’approche de l’homme par la spagyrie permet d’apercevoir quelques réponses dans le grand labyrinthe analytique. Ce n’est pas pour autant que je les soumets d’emblée à la personne venue me consulter, car c’est à elle de découvrir sa véritable nature. Ce que je peux faire, c’est guider et guider encore dans sa prise de conscience. Je vais la mettre sur des rails, lui donner une direction, mais c’est elle qui doit faire le chemin.

Notre devoir d’humain est, en toute circonstance, d’essayer de comprendre l’autre, les autres. Comprendre ne veut pas dire aimer. Non, c’est tout d’abord accepter que l’autre soit différent. Comprendre l’être dans sa différence, comme nous-mêmes sommes différents. Comprendre ne veut pas dire aimer, car personne n’oblige à aimer les différences.

Mais entre « ne pas aimer » et « mépriser », il n’y a qu’un tout petit pas si on n’y prend garde. L’homme, dans sa ruche et quelle que soit celle-ci, a tendance à mépriser, à critiquer, à juger, à condamner. Pourquoi porter un jugement ? De quel droit ? Je peux constater, comprendre, sans avoir pour autant le besoin d’aimer, le besoin de mépriser…

C’est une notion des plus importantes pour moi dans le domaine de la spiritualité quotidienne, dans l’édification du Soi par le Moi.

M. P. : Pour en revenir au pourquoi de l’être humain, pouvez-vous donner un exemple concret pour illustrer le miel et la spiritualité ?

G. L. : Le miel, c’est le côté actif, le « travail » qui va se transformer en activité rémunératrice, relationnelle. La spiritualité n’est pas seulement un instant de recueillement mais la vie tout entière. C’est pourquoi il est important de remettre une personne dans sa propre identité, dans sa propre nature, comme une rivière dans son propre lit.

M. P. : Pourtant, ne présente-t-on pas souvent le détachement total, le renoncement à soi, à son identité, comme un objectif du développement spirituel ?

G. L. : On ne peut renoncer qu’à ce qu’on possède. Si le Moi n’est pas construit, il est vain de chercher à y renoncer. C’est l’erreur, je crois, de beaucoup de gens, même de ceux qui parlent du Nouvel Âge…

Je suis choqué d’entendre parler de « mutation » alors qu’il n’y a pas eu réalisation. Avant de muter, il est nécessaire d’être et je pense que nous ne sommes pas. L’Homme n’a pas encore acquis sa dimension d’Homme. La mutation, individuelle ou collective, ne peut se faire qu’après la réalisation totale. Si par mutation, on entend simplement changer de type de société en voulant vivre d’amour, de fleurs, d’encens et de prières, c’est peut-être très bien, mais peu conforme aux exigences du réel. Cela serait rester dans l’enfance, dans une identification de spiritualité et non dans l’identité spirituelle. Le Nouvel Âge comporte une dimension nouvelle réalisable après maturation de l’humanité.

M. P. : Pour en revenir à votre pratique, comment procédez-vous ?

G. L. : J’essaie de faire redémarrer l’état évolutif là où il s’est arrêté. Chez une personne bloquée dans l’enfance, je vais tenter de lui faire comprendre ce qu’elle a refusé de voir et d’être. Il faut utiliser divers moyens comme l’émotion, le discours, la mobilité du corps. Ce sont des techniques, je ne dirai pas de thérapie, mais d’éveil, de renaissance. C’est une connaissance de soi, une naissance avec soi. On y met en exergue un fait qui n’est que l’effet d’une cause, elle-même effet d’une cause première… À la recherche des causes premières, on trouve les grands schémas-types des caractères. Je peux vous en citer deux par exemple.

Prenons le masochiste. On a trop tendance à croire à l’image populaire de l’individu qui aime bien recevoir des coups et se faire mal à lui-même. C’est un effet qu’on peut constater. Mais quelle est la cause première de ce comportement ? Tout simplement un besoin excessif d’amour contrarié par une peur d’abandon d’un ou des parents… La peur d’abandon est ressentie comme un châtiment et l’enfant va vite se trouver mille raisons pour se culpabiliser. Cette peur d’abandon sera l’épée de Damoclès sur la tête de l’individu pendant toute sa vie… Abandon des parents, du conjoint, des enfants, des amis… Alors, à cela, le masochiste préfère n’importe quel autre châtiment pour ne pas être abandonné. Ce châtiment, mineur pour lui, sera ressenti comme une satisfaction, non pas le châtiment lui-même, mais le fait d’avoir évité le châtiment suprême tant ressenti. De l’image populaire à la réalité caractérielle, il y a un grand pas comme pour l’exemple du caractère compulsif.

1e Niveau : Peur du châtiment

Mademoiselle M…, 38 ans, vit depuis des années des angoisses permanentes, refoule ses pulsion sexuelles, martyrise son corps et son sexe… Le type même du caractère masochiste sous l’emprise des pulsions et des interdits de la morale, qui s’accroche à la culpabilisation d’être une fille en redoutant le châtiment suprême : la peur d’abandon du père.

A ce niveau de masochisme, le désordre psychique est tel qu’il convient de créer pendant la thérapie un calendrier, un plan de reprise de contact avec le milieu. Il faut complètement structurer l’action, pour éviter la panique, l’angoisse du lendemain.

Avec l’assurance et la confiance en ce plan concret, M… a attaqué sa thérapie sans peur de la réinsertion. Il a fallu travailler alors l’émotionnel (refuser émotionnellement, non la mère, mais la femme de son père), la mobilité du corps et l’acceptation de ce corps, la mise en valeur de tous ses points forts, y compris la responsabilité sociale. Depuis, M… a quitté son travail sécurisant de fonctionnaire pour prendre la responsabilité d’un commerce.

2e Niveau : Besoin du châtiment

Mademoiselle D…, 35 ans, ne supporte plus sa solitude. Agressive en permanence, contrant pour un oui ou un non dans son travail ou dans ses loisirs, toutes les personnes « trop bien dans leur peau » et déchaînant son agressivité dans un militantisme contre la société, contre tout. D… refuse de succomber à l’angoisse latente qui l’inonde. Dans ce cas là, également, la cause première est la peur d’abandon du père. Pour en garder l’affectivité apparente, elle a dominé ses frères et sœurs, s’est rendue indispensable, a mené le jeu, y compris ses parents.

Son emprise lui a permis d’assurer une stabilité relative dans la relation avec son père et le refus de sa mère, en imposant à l’autre un rôle négatif et en provoquant certains châtiments pour se défendre du sentiment de culpabilité. Mais cela n’a été qu’un jeu et si D… est devenue une grande personne, elle n’en est pas pour autant adulte.

La thérapie fut surtout un important travail émotionnel et corporel, pour une acceptation de son futur état de femme-adulte. Le rétablissement des véritables valeurs a créé chez D… une mutation de l’état agressif en état d’action.

3e Niveau : L’inhibition de l’angoisse

Madame R…, 40 ans, est le type de la femme tranquille. Mariée, un enfant, un travail dans l’enseignement, elle jouit, en apparence, d’une vie calme et heureuse.

Mais derrière cela, se cachent tous les interdits qui lui jouent des tours. Elle ne sait pas pourquoi elle se sent faible tout à coup, elle a des nausées, des migraines, elle boude, elle ne supporte plus les bruits… Bref, le calme idyllique brisé par des troubles physiques sans raison apparente.

R… ne se souvient plus que dans son enfance elle s’est interdit de subir la peur. Rien ne vit, rien ne marche, rien ne vibre en dehors de son intellect. Le corps n’existe plus. Elle ne le détruit même pas, elle ne le fait pas vivre.

Du fait de la dissolution des pulsions instinctuelles, il a fallu plonger R… dans la découverte de l’angoisse, dans la mutation de son masochisme en sadisme. En un mot, de lui faire changer son niveau de masochisme, afin d’obtenir une adhésion totale au déblocage de l’état évolutif.

Le schéma des pulsions (A)

1— Pulsion inconsciente : L’attractio, le besoin d’Etre, la nature profonde de l’Etre.

2 — Pulsion consciente : Dans l’équilibre de la nature profonde, l’ambitio, le pouvoir, la réalisation et l’affirmation du MOI.

3 — Pulsion inconsciente : L’agressio, la protection du MOI. Cette protection doit se réaliser dans l’action et non dans l’agressivité.

schéma B

En cas de blocage de l’état évolutif,  l’Être va développer la pulsion consciente d’Ambitio, dans une seule direction créant un Sur-Moi.

L’Agressio n’arrivant pas à couvrir le Sur-Moi développé, il y a agressivité dans l’attitude de défense si un point quelconque du Sur-Moi est contesté par le milieu. De suite, l’Être se sent agressé dans sa nature profonde et répond, non sur les idées, mais sur les individus en portant des jugements de valeur.

L’équilibre des pulsions est garant de la bonne vision des exigences du réel.

Le compulsif est une personne qui va chercher à conduire sa vie par répétitions, de la même façon et superficiellement. En général, ce caractère arrive très bien socialement dans notre société, donnant une apparence de force, de confiance, de sûreté de soi, alors qu’il vit en permanence dans le doute, dans l’incertitude. Il prend les devants sur tout pour compenser et fait tout pour que sa vie se déroule comme il l’entend. L’imprévu est source d’angoisse, d’où ses problèmes avec un conjoint, puisque ce dernier est imprévisible.

Le compulsif a besoin d’ordre, de propreté, jusqu’à la phobie. Surtout que rien ne change de place !

D’où cela vient-il ? Du fait que les parents ont forcé l’enfant à être propre à l’excès. Notre monde aseptisé d’aujourd’hui crée des compulsifs… L’enfant perçoit comme un plaisir d’être propre en arrêtant son évolution au stade anal, s’interdisant la mutation au stade phallique.

Adolescent, ne croit-on pas connaître le monde ? On se croit quelqu’un parce qu’on « pense » avec des mots. La véritable connaissance possède une dimension autre qu’intellectuelle. L’intellect est un outil pour prendre, pour ramener des connaissances à soi, pour réfléchir (reflet), chercher toutes les combinaisons possibles qu’offre un nouvel apport de connaissances. Mais il doit arrêter là son travail. La raison doit s’emparer de l’information, la raison existe hors des mots, hors de l’intellect, au plus profond de nos cellules.

M. P. : Votre rôle est donc de libérer l’être du labyrinthe où il s’est enfermé, inconsciemment, bien entendu ? Vous êtes un peu le fil d’Ariane qui permit à Thésée de sortir du labyrinthe de Minos ?

G. L. : C’est un peu cela. Mon rôle est tout d’abord de voir comment la personne a vécu en regardant son point de départ (ses prédispositions tempéramentales et biologiques) et en revivant avec elle quelques chemins, quelques dédales que la vie lui a fait prendre. Du labyrinthe que le milieu et elle-même ont tissé, elle ne sait plus comment sortir. Elle tourne en rond et arrive à se cogner la tête contre les murs, à se mutiler, à s’autodétruire, de peur, d’angoisse, de mal dans sa peau. Plus elle tourne en rond, plus elle s’enferme dans son monde inconfortable. De cette prison psychique, l’individu ne peut sortir seul. Il faut l’aider à voir clair, à revenir au centre du labyrinthe et à parcourir son chemin, sa voie, pour lui permettre de réaliser son identité.

Le guider, oui, mais ne pas le faire pour lui. La dimension d’adulte est modelée dans la chair, dans les formes, dans la verticalité. Personne ne peut faire pour personne. L’enfant devient une grande personne d’après son âge calendaire, en se heurtant aux exigences de la vie, mais ce n’est pas pour autant qu’il découvre sa dimension d’adulte…


[1] du grec span = extraire + agyrein = rassembler

[2] de Hermès Trismégiste

[3] Le mental des cellules, Laffont, 1981.