Albert Méglin : Quand la science rejoint la sagesse


22 Sep 2010

(Revue Aurores. No 40. Février 1984)

«Le plus beau métier d’Homme est le métier d’unir les hommes» a écrit Saint-Exupéry. C’est aussi ce que Albert Méglin a apposé en tête des programmes de l’Université Populaire de Paris qu’il anima et présida…

IL y a près de quinze ans naissait une nouvelle science: la « psychotronique » dont le physicien Stanley Krippner expliquait qu’elle avait pour but, et pour la première fois, d’étudier les réactions réciproques de l’énergie sous toutes ses formes, de la matière et de la conscience en toute son étendue.

Arthur Koestler fit alors observer que ce rapprochement allait contribuer à renverser la pire et la plus destructive superstition de notre temps: celle qui, dans sa vanité anthropomorphique, a conduit les tenants du rationalisme à construire une mécanique matérialiste propre à éliminer toute autre conception.

Il est intéressant aujourd’hui de constater que ce sont des physiciens qui, les premiers, se sont inquiétés de perturbations, jusqu’alors inexplicables lesquelles venaient contrarier le résultat recherché de leurs expériences. Ces anomalies étaient toujours imprévisibles, et comme dies au hasard. Certains esprits particulièrement perspicaces eurent l’impression de l’intervention d’un « quelque chose d’autre ». Or ce « quelque chose » recouvrait des questions aussi importantes que: qu’est-ce que l’énergie fondamentale ? Que sommes-nous ? Et par voie de conséquence, qu’avons-nous à réaliser, pourquoi et comment avons-nous à le réaliser ? et comment nous avons à le réaliser. Ce fit, plus spécialement aux U.S.A., dans les années 50 que des physiciens commencèrent à approcher sérieusement le problème de la genèse de la matière, de sa constitution et de sa manifestation dans le visible.

Ainsi, ont-ils été amenés à faire appel â l’épistémologie, à une philosophie des sciences et à la métaphysique sans lesquelles les explications avancées n’auraient été que partielles et, de ce fait, insatisfaisantes pour un véritable esprit scientifique scrupuleux sur tous les plans.

UNE SCIENCE DE L’ESSENTIEL

Il s’est enfin créé chez les hommes de la science la plus avancée une recherche de synthèse des sciences n’excluant aucun élément causal possible, une science de l’essentiel, une science de la Vie, une science de l’homme global, à l’encontre des sciences parcellaires et isolées du scientisme rationaliste.

A partir de ces états de fait la recherche scientifique a été conduite à adopter des méthodes nouvelles d’observation, d’examens différents, de comparaison, de statistiques, de contrôle élargi…

C’est ainsi qu’un physicien, Erwin Schrödinger, utilisa le premier l’avant-dernière lettre de l’alphabet grec: l’Y ou (psi) pour figurer une nouvelle dimension scientifique: celle de phénomènes non habituels et d’un état de conscience. Depuis on a reconnu ce symbole comme figuratif d’une onde de probabilité.

La science de l’homme et de la Vie, dépassant enfin les compartiments étriqués mais nécessaires des spécialisations, commence à se fonder dans le creuset commun des astronomes, des physiciens, des physiologistes, des biologistes, des philosophes… Elle étudie des phénomènes insaisissables, passagers, furtifs, invisibles qui ne se répètent pas à la volonté de l’homme, mais qui sont soumis à l’action de certaines autres lois fondamentales de l’Univers.

Ces lois, comme le pressentait Descartes, sont des «espèces de décrets d’une volonté transcendantale». L’ensemble des lois de l’Univers gouverne inflexiblement, dans un consensus général, le monde invisible dont dépend le monde visible. Claude Bernard avait raison de l’écrire: «Il existe un déterminisme absolu dans toutes les sciences», … et au-delà d’elles, mais dans le consensus est une sagesse extraordinaire comme vient de le démontrer John Wheeler.

En fonction de la loi universelle d’interaction chaque phénomène est lié par un processus à tout un ensemble cohérent.

Tout se crée et se développe à partir d’une force intérieure présente, en interaction avec la Force et la Vibration Universelles: dans la tradition chrétienne, c’est le Verbe, vibration universelle permanente et intelligente, créatrice de Tout.

On constate que plus l’investigation descend dans l’infiniment petit, plus la vibration devient intense et rapide. C’est ainsi que, pour le proton, elle serait de l’ordre de 163  milliards de périodes à la seconde.

Le Professeur Edouard Leroy du Collège de France expliquait déjà avant les années 50: «l’Univers est un immense édifice formé d’une superposition d’étages vibratoires. C’est un ensemble complexe de mouvements lents reposant sur des mouvements de plus en plus rapides dans la mesure où nous allons en profondeur. Au terme de cette exploration, nous aboutissons dans le sillage d’une Réalité Intemporelle dont nous ne saisissons d’elle, par analyse, que ce qui n’est déjà plus Elle, parce qu’Elle est une présence éternellement neuve et créatrice».

Ces constatations, largement confirmées aujourd’hui, nous invitent à réfléchir sur nous-mêmes, et notamment sur ce terme fondamental: une Présence.

Nous sommes, nous, derniers nés de la Création, un ensemble complexe et particulièrement délicat, car plus perfectionné que n’importe quel autre être vivant du règne animal ou du règne végétal. Chacun de nous possède le don de percevoir directement cette appartenance à la Vie Universelle et à l’Esprit Universel dont nous sommes une parcelle.

FAIRE CE QUE L’ON DOIT FAIRE AU MOMENT MEME

Une cellule de notre corps, quelque soit sa fonction et son emplacement, possède son intelligence propre, une intelligence adaptée à sa fonction; elle est équipée d’antennes, réceptrices-émettrices, qui lui permettent de communiquer — des antennes comme en possèdent tous les insectes — «communication» qui leur permet de toujours faire exactement ce qu’ils doivent faire dans le moment. Chaque espèce possède ainsi son programme propre dans «l’Ordinateur» universel.

L’intelligence n’est pas que dans notre cerveau. L’intelligence du corps s’explique par la constatation de celle-ci au niveau de chaque cellule et leur possibilité de communiquer, d’où cette solidarité, cette cohésion en tout notre corps, — par exemple, en cas de lésion et nécessité de réparation, de cicatrisation.

Cette intelligence, à des degrés différents, existe aussi partout dans l’univers et dans la nature. Une galaxie, avec ses milliards de milliards d’étoiles, autrement dit de soleils comparables au nôtre qui n’est qu’un petit soleil (certains ont un diamètre de plus de 400 fois celui du notre), possède elle aussi son intelligence et son métabolisme propres avec des capacités inimaginables pour nos petits esprits.

Il nous appartient de vivre dans la résonance, en harmonie, en accord avec l’Univers et en lui. L’intelligence la plus élémentaire nous impose de chercher à le sentir et à le comprend Nos facultés humaines, uniques dans le monde manifesté, nous permettent de nous ouvrir à une compréhension de l’Univers et de connaître ses lois. Parallèlement, l’évolution d’une science globalisante et non uniquement analytique découvre que le physique et le psychique sont intimement liés, solidaires et complémentaires; que nous sommes un tout en nous mêmes lié au Grand Tout et que, globalisés en nous-mêmes, apparemment individualisés, nous sommes aussi membres du Tout.

Le Christ enseigne la recherche de cette unité que vécurent les Pères du désert, les chrétiens des catacombes, les Saints, et tant d’autres… Malheureusement, cet enseignement s’est intellectualisé; il est devenu unipolaire et séparatif. Le «toucher» spirituel a disparu au profit du discursif, du bavardage, de l’imprécision et de l’ambiguïté des mots devenus tout puissants.

Aujourd’hui, les religions, déformées par l’homme au cours des millénaires s’efforcent d’enseigner l’Amour et la découverte de Dieu uniquement avec des mots. L’enseignement spirituel ne peut être compris par l’intellect seul; il doit être «senti et perçu» en la profondeur mystérieuse de l’être.

Il nous faut, en effet, bien insister sur ce point fondamental: l’être humain qui n’utilise que son seul intellect, n’est plus que la moitié de lui-même; il est un homme tronqué. Or l’homme pourrait devenir s’il voulait bien se donner la peine  de devenir un Homme.

La sagesse n’est accessible qu’à l’Homme ouvert à toutes ses possibilités, qu’à l’Homme qui sait utiliser toutes les facultés des deux parties de son cerveau; notamment celles de son cerveau central, dit archaïque, et celle de ses lobes frontaux, alors devenus plus équilibrés.

Albert Méglin