: Quelques réflexions sur la radiesthésie Par le Professeur Robert Tocquet


02 Jun 2011

Article qui n’a rien perdu de son intérêt malgré les années. Sur Robert Tocquet voir, entre autres, le site de l’institut Métapsychique

(Revue Psi International. No 7. Octobre-Novembre-Décembre 1978)

La radiesthésie, appelée jadis sourcellerie ou rhabdomancie, est, comme la plupart de nos lecteurs le savent, l’un des procédés divinatoires les plus employés.

Elle a existé dans l’antiquité la plus reculée. Les Chinois la pratiquaient 22 siècles avant notre ère et il n’est pas impossible que la baguette de Moïse, qui, d’après la Bible, aurait permis de faire jaillir l’eau du désert devant les Hébreux stupéfiés, ait été une baguette « divinatoire ».

A notre époque, sa vogue est telle que, dans tous les pays du monde, elle compte d’innombrables adeptes et de nombreuses et florissantes sociétés.

Durant des siècles, la radiesthésie a consisté essentiellement à rechercher les sources, d’où son nom de sourcellerie. Mais, par la suite, la découverte de l’eau ne devint qu’un cas particulier de son objet. D’une manière générale, ses promoteurs affirment qu’elle est un moyen de connaissance d’après les mouvements d’une baguette ou d’un pendule.

Un point sur lequel tous les chercheurs sont d’accord, qu’il s’agisse des partisans de la radiesthésie dite physique ou des adeptes de la théorie dénommée mentale, est que la baguette ou le pendule, les « adminicules », comme les désigne justement le Dr Jarricot, sont mis en mouvement par une action musculaire réflexe engendrée par une autosuggestion ou par une hétérosuggestion.

Que pour 100000 baguetisants ou pendulisants, il s’en trouve un qui soit doué de facultés médiumniques physiques, c’est possible. Auquel cas, et en certaines circonstances, baguettes et pendules pourront fort bien se mouvoir sous l’effet d’une force télékinétique, mais, soulignons-le, le fait doit être exceptionnel et n’a peut-être jamais été observé.

Aussi le problème essentiel de la radiesthésie ne réside pas dans cette très rare et aléatoire occurrence. Il s’exprime dans ces deux questions :

La radiesthésie est-elle capable de faire connaître des réalités cachées ?

Dans l’affirmative, les facultés perceptives du radiesthésiste sont-elles suscitées par des radiations émises par les êtres et les choses ou bien se présentent-elles comme une forme particulière de la métagnomie ?

Si nous nous en tenions purement et simplement aux expériences effectuées par divers groupements scientifiques tels que l’Union sociale des Ingénieurs catholiques de France (U.S.I.C.), la British Society of Dowsers, le Comité belge pour l’investigation des phénomènes réputés paranormaux, ou par des enquêteurs isolés comme Auguste Lumière et Noël Bayon, hostiles en principe à la radiesthésie, la réponse à la première question serait rigoureusement négative. Il faut reconnaître en effet que, d’après ces expériences et du point de vue de la statistique, la radiesthésie est incapable de faire connaître des réalités cachées.

Mais si l’on examine avec attention les comptes rendus des dites expériences, on découvre en général deux choses :

1° Le pourcentage des erreurs est supérieur à ce que fournit la probabilité. Il est, par exemple, de 98 pour 100 dans l’enquête de la British Society of Dowsers et va de 60 à 100 pour 100 dans celle de l’U.S.I.C.

2° Quelques rares sujets donnent des résultats significatifs.

La première constatation indique que les expériences en question sont faussées à l’avance : le désir de réussir à tout prix, l’obligation de deviner, coûte que coûte, la contention produisent dans l’esprit des radiesthésistes un effet éminemment nuisible qui non seulement annihile leurs facultés mais leur fait commettre des erreurs grossières. Le même résultat est observable avec des sujets parapsychologiques lorsque, ainsi que nous avons pu le vérifier maintes fois, des expérimentateurs peu qualifiés, hostiles ou simplement « froids », leur font passer un « examen » de contrôle. Au reste, quel est l’homme ordinaire qui pourrait, par exemple, s’endormir dans son propre lit ou exercer des fonctions sexuelles, si une douzaine de professeurs d’Université, munis de divers appareils de contrôle, étaient assis autour de lui, attendant que le phénomène s’accomplît. Or, les phénomènes métapsychiques sont infiniment plus délicats et un « climat » psychique favorable paraît être nécessaire à leur production.

Les enquêtes, faites plus ou moins à la « sauvette », ne signifient donc rien.

Bien entendu, nous n’insistons pas ici sur les canulars peu dignes de la véritable recherche consistant, par exemple, comme l’ont fait certains expérimentateurs, à envoyer à des radiesthésistes, un poil d’animal en guise de cheveu, ou un papier imprégné d’eau de vaisselle, et à leur demander des diagnostics à partir de ces « témoins ». Cette façon de procéder est peut-être amusante, mais elle n’est ni sérieuse ni scientifique. Elle rejoint le comportement de l’enfant qui, en présence d’un très délicat et merveilleux mécanisme qu’il désirerait utiliser, commence d’abord par en fausser les rouages.

La seconde constatation incite à penser que, dans l’ensemble des sujets expérimentés, quelques-uns seulement étaient vraisemblablement capables de donner, quelles que fussent les circonstances, un pourcentage de réussites supérieur à la probabilité.

Un expérimentateur avisé les aurait séparés du lot des sujets influençables ou médiocres pour recommencer, avec eux seuls, les expériences de contrôle. Mais, étant donné le désir sous-jacent de conclure négativement, elles n’ont pas été faites.

Cela dit, nous avouerons que, personnellement, nous ne nous sommes pas livré, en radiesthésie, à des recherches expérimentales suivies et que nous avons été plutôt défavorablement impressionné par certaines « explications » pseudo-scientifiques de quelques radiesthésistes, ainsi que par des « appareils » qui, au dire de leurs inventeurs, seraient capables de détecter le « fluide » et de mesurer des « longueurs d’onde ».

En outre, nous sommes toujours très réticent lorsque des radiesthésistes professionnels relatent leurs « réussites », qui, en fait, ne sont souvent que d’excellents placards publicitaires. Nous leur préférons, et de beaucoup, des comptes rendus d’expériences réalisées et contrôlées par des tiers.

Comme nous l’avons fait avec Joseph Treyve, Jean Auscher et Michel Moine, et nous avons alors constaté que les résultats obtenus par ces radiesthésistes « sérieux » et « doués » ne diffèrent guère de ceux que fournissent les sujets parapsychologiques psi-gamma, c’est-à-dire les « voyants », qu’il nous a été donné d’étudier expérimentalement. En revanche, nous n’avons obtenu que de rares et discutables réussites, parmi d’innombrables insuccès, chez les sujets qui n’avaient pas été convenablement orientés et qui ne possédaient pas le « don ».

En ce qui concerne la deuxième question, il faut reconnaître qu’il est indéniable que l’inerte et le vivant émettent dans leur ambiance plus ou moins proche, soit des radiations ou des vibrations, soit des particules de nature chimique. Quelques radiations, telles que la chaleur, sont perçues par les sens ; d’autres, que l’homme et l’animal ne discernent pas, en apparence tout au moins, les rayons cosmiques et la radioactivité par exemple, existent cependant car elles sont révélées par des appareils de physique appropriés. Enfin, il est possible que certains champs de force, non actuellement détectés, agissent sur l’être humain et l’animal et puissent leur faire connaître indirectement des fragments de la réalité. Ainsi, le professeur J. Walther, de l’Allemagne fédérale, a observé une montée de la tension artérielle des radiesthésistes qui se trouvaient à la verticale de gisements miniers ou de nappes souterraines. De son côté, le Dr S. Stromp, géologue hollandais, chargé par l’U.N.E.S.C.O. d’une enquête sur la radiesthésie, a constaté que les réactions physiques, provoquées chez l’homme par la présence d’eau ou de minerais dans le sous-sol, étaient détectables grâce à l’électrocardiographie. De minutieuses expériences, réalisées par des chercheurs soviétiques ont conduit aux mêmes conclusions.

D’autre part, les exemples sont nombreux dans toute la série animale d’impressions faites à distance : le pigeon voyageur retrouve son pigeonnier et l’hirondelle retourne assez souvent à son nid après avoir émigré dans les pays chauds. Dans un autre ordre de faits, le papillon mâle est attiré de très loin par sa femelle et l’on sait maintenant que cette attraction est due à l’émission de particules chimiques captées par les antennes de l’insecte. Certaines espèces de lépidoptères peuvent sentir leur femelle à des distances de 10 à 12 km et leur faculté de discrimination est stupéfiante : les plus violentes odeurs (benzène, naphtalène, formol, etc.) ne les empêchent pas de percevoir l’odeur de la femelle appartenant à leur espèce ou à une espèce très voisine. Le Dr A. Butenandt, prix Nobel de Chimie, a obtenu la substance responsable de ce phénomène attractif en traitant des abdomens de femelles par l’éther de pétrole et il a vu qu’elle pouvait agir à dose homéopathique puisque 1 milligramme de cette substance, dilué dans plusieurs centaines de litres de solvant, exerce encore son action : en présentant à un papillon mâle une petite baguette de verre, préalablement trempée dans cette solution extrêmement étendue, l’insecte manifeste très nettement des signes d’agitation. Il semble qu’une molécule du corps en question soit susceptible, dans la nature, de déclencher l’attirance du mâle vers sa femelle.

On peut d’ailleurs admettre que la plupart des corps solides ou liquides émettent des particules formées de leur propre matière. Le fait est évident en ce qui concerne les substances odoriférantes. Mais c’est aussi, par exemple, le cas du soufre et du mercure. Ainsi, placé à une certaine distance d’un morceau de soufre, un objet argenté noircit par suite de la formation de sulfure d’argent. A la température ordinaire, le métalloïde produit donc des vapeurs. De même, le mercure émet de la vapeur que l’on peut photographier et qui est capable d’amalgamer à distance une feuille d’or.

En outre, les réactions chimiques les plus banales comme la salification d’un acide fort par une base forte, l’oxydation des sulfites par l’oxygène de l’air, celle des alcools par l’acide chromique, l’oxydation du glucose par le permanganate de potassium, la décomposition de l’eau par les amalgames de sodium ou de potassium produisent des photons de courte longueur d’onde.

Certains phénomènes physiques tels que la déshydratation des sels, les cristallisations, l’application d’un champ électrique aux semi-conducteurs, etc., donnent lieu à un rayonnement semblable. Dans le domaine biologique, beaucoup de phénomènes (multiplication cellulaire, contraction d’un muscle, fonctionnement d’un nerf, etc.) sont aussi accompagnés d’une émission de photons.

Si l’on ajoute — et ces faits sont bien connus — que, selon leur nature, les terrains sont inégalement radioactifs et qu’il existe dans le sol des courants telluriques dont les anomalies sont liées à l’existence de failles, de nappes d’eau ou de pétrole, de gisements de toutes sortes, on comprendra aisément, d’après les quelques exemples que nous venons de donner et qui sont loin d’être uniques en leur genre, qu’aucun objet et qu’aucun phénomène ne sont idéalement isolés. Etres, choses et phénomènes constituent des points ou des états singuliers de l’Univers, ce qui signifie qu’ils sont reliés à l’ambiance et solidaires de la réalité extérieure par les vibrations, les radiations ou les émanations chimiques qu’ils émettent.

Dans ces conditions, l’action du radiesthésiste consisterait à capter ces « influences », à les sélectionner par son orientation mentale qui fournit des indications relatives à l’objet considéré, à les traduire enfin par un réflexe musculaire (issu vraisemblablement de la région méso-diencéphalique) qui ne ferait qu’exprimer en clair une impression reçue.

Mais, en règle générale, les radiesthésistes physiques ne s’appuient pas, pour étayer leurs théories, sur des faits analogues à ceux que nous venons d’envisager. Ni même sur des expériences comme celles du physicien Yves Rocard qui, à l’aide d’un magnétomètre très sensible, a décelé des champs magnétiques minimes auxquels les radiesthésistes seraient sensibles. Ils parlent d’« ondes » sans préciser la nature de celles-ci tout en ayant la prétention de déceler les lois de leur propagation. Ils créent, à leur usage, une physique spéciale fondée sur une pétition de principe puisque les ondes, qui constituent la base de leurs théories, sont précisément détectées et mesurées à l’aide de la baguette ou du pendule.

Cette physique varie d’ailleurs étrangement avec les auteurs, et cependant les succès expérimentaux sont, paraît-il, nombreux quelle que soit la théorie adoptée. Nous trouvons là des divergences analogues à celles que l’on peut découvrir chez les magnétiseurs.

De plus, fait curieux, alors que les radiesthésistes physiques révèleraient des « ondes » tout à fait hypothétiques, ils se montrent le plus souvent incapables, ainsi qu’il ressort de nombreuses expériences de contrôle, de déceler des vibrations ou des champs de force dont l’existence est certaine.

Remarquons d’ailleurs que ces « ondes » devraient avoir une puissance considérable pour être perçues à grande distance, puisque des sources ou des objets quelconques sont, d’après les radiesthésistes, découverts sur plan à des centaines ou même des milliers de kilomètres.

Effectivement, le fameux Joseph Treyve a pu, sur un simple croquis que je lui avais adressé, et alors qu’il se trouvait à quelque 450 km de mon domicile, reconstituer le trajet parcouru par mon chat égaré.

Sans doute, on objectera, avec quelque apparence de raison, que le pigeon voyageur ou l’hirondelle retrouvent leur nid cependant que les vibrations, si vibrations il y a, émises par un nid, doivent être, à grande distance, d’une extraordinaire faiblesse. De même, le papillon mâle qui « sent » à 10 ou 12 km l’odeur de sa femelle ne doit, comme nous l’avons signalé, capter que quelques molécules de la substance odoriférante.

Mais, en fait, le pigeon voyageur ou l’hirondelle ne sont pas guidés dans leur voyage de retour par les ondes hypothétiques de leur nid. D’après de nombreuses observations et expériences, ils trouveraient leur route d’après la position du soleil ou des étoiles, en utilisant le champ magnétique terrestre et en détectant la force de Coriolis due à la rotation de la Terre. L’oiseau se déplacerait dans le sens où cette force prend les valeurs pour lesquelles il est habitué ou pour lesquelles il a la sensation d’être en état d’équilibre biologique, ce qui, en cette seconde occurrence, expliquerait les migrations des jeunes comme celles des adultes.

En ce qui concerne les papillons, il est effectivement exact qu’à de grandes distances les mâles ne captent que quelques molécules émanées des femelles, mais ils possèdent des antennes adaptées à une fonction très spéciale et d’une extraordinaire sensibilité. Elles ne leur permettent pas la détection d’autres réalités que les odeurs. Il se peut même qu’elles ne soient sensibles qu’à l’odeur de la femelle puisque les papillons mâles ne semblent pas réagir aux odeurs très fortes du benzène, du formol ou du naphtalène. L’homme est évidemment dépourvu de tels organes.

L’hypothèse des « ondes » en radiesthésie se heurte donc à de grandes difficultés. A la rigueur, on peut admettre que, sur le terrain, le radiesthésiste soit influencé par certaines vibrations ou par des émanations de nature chimique, mais, lorsqu’il pratique la téléradiesthésie sur plan, il est clair qu’invoquer alors l’existence d’« ondes » radiesthésistes, est une assertion extraordinairement risquée et très difficilement soutenable.

En revanche, les choses, sans s’éclairer complètement, se comprennent cependant mieux si l’on accepte que tout se passe dans l’esprit du radiesthésiste, autrement dit si l’on admet que le subconscient de l’opérateur prend connaissance du réel grâce à une faculté spéciale non sensorielle, que les métapsychistes appellent métagnomie, cryptesthésie ou fonction psi-gamma. Le comportement du radiesthésiste dans la pratique de son art, l’extrême diversité des objets sur lesquels s’exercent ses facultés, la nature même des résultats qu’il obtient justifient, croyons-nous, cette interprétation.

Bien sûr, accoler un nom à un phénomène n’explique pas celui-ci, mais cela permet l’élimination de théories adventives vaines et a l’avantage de rassembler des faits en apparence dissemblables, de réunir en un groupe homogène des phénomènes qui, depuis fort longtemps, ont été étudiés par les investigateurs des plans cryptiques de l’esprit.

Il en résulte que, du point de vue expérimental, les radiesthésistes auraient intérêt, sauf toutefois s’ils y croient fermement, car cette croyance est un facteur qui peut être favorable, à abandonner une physique équivoque pratiquement inutile et à chercher particulièrement, grâce à des exercices appropriés, à développer en eux leurs facultés intuitives.

C’est effectivement ce que réalisent les « voyants » lorsqu’ils utilisent certains procédés divinatoires, ou mancies, tels que la cartomancie, la chiromancie, la psychométrie, la cristalloscopie.

L’Abbé MERMET, un des créateurs du diagnostic radiesthésique, promoteur de la téléradiesthésie et inventeur du rayon fondamental, des corps. Dans son ouvrage majeur, Comment j’opère pour découvrir de près ou à distance, il écrivit notamment : « La science est postérieure aux lois naturelles et doit leur rester soumise. Elle a le droit et le devoir d’enregistrer les faits et de ne les accepter qu’après. contrôle ; mais elle ne doit pas les étouffer, pas plus que les inventer. Où serions-nous si l’humanité, depuis son origine, avait refusé de prendre en considération ce qu’elle ne comprenait pas ? Si des faits nouveaux, refusant d’entrer tans les cadres classiques, obligent la science à refaire ces échafaudages, tant mieux pour elle ! Elle doit modestement mouler ses théories sur les faits acquis et non adapter à des théories toutes faites des faits qui les contredisent. Dans le domaine de la Science, les explications les moins contestées ne sont valables que jusqu’au jour où de nombreux faits incompatibles viennent montrer leur insuffisance ».
L’abbé Alexis BOULY (1865-1958) est un des plus illustres radiesthésistes du XXe siècle. On peut même l’appeler le PÈRE DE LA RADIESTHÉSIE puisque c’est à lui que l’on doit le mot « radiesthésie», qui, aujourd’hui, a presque entièrement remplacé les anciennes appellations de sourcellerie et de rhabdomancie. Ses succès, qui furent innombrables, lui valurent d’être fréquemment appelé en consultation à l’étranger. Non seulement il détectait des sources à de grandes profondeurs mais il en déterminait le débit et la qualité. Après la guerre de 1914-1918, le Ministère de la Guerre lui demanda de repérer les obus non éclatés sur des champs de bataille.