Carlo Suarès : Qu’est-ce la cabale ?


09 Aug 2008

(Revue Être Libre. Numéro 238, Janvier-Mars 1969)

La cabale est la science de la structuration de l’énergie, telle qu’on la concevait en des temps reculés.
Selon toutes les apparences, la pensée scientifique contemporaine, riche des acquisitions de la recherche, rejoint cet ancien mode de pensée sur des plans fondamentaux qui sont :

a) la recherche des structures et l’étude comparative des phénomènes en fonction de catégories de structures ;
b) la recherche de définitions fondées sur la situation des phénomènes dans des ensembles ;
c) un classement analogique des phénomènes et la recherche de leurs rapports horizontaux.

Notre époque retrouve ainsi l’esprit de la cabale, sans s’en douter, et s’imagine inventer une toute nouvelle épistémologie. Mais celle à laquelle on pense n’embrasse encore que les sciences objectives. Malgré les approfondissements qui caractérisent l’évolution do la psychologie, la recherche scientifique ignore le rôle de l’homme dans l’univers.

La cabale, telle qu’elle est exposée dans la Genèse biblique, le Cantique des Cantiques et le Sepher Yetsira (compte tenu de leurs inévitables archaïsmes) semble combler ce vide de la pensée contemporaine, qui est en voie de devenir une cause de désordres psychiques et sociaux. Elle le comble au moyen d’une extraordinaire invention linguistique, dont il faut dire ici quelque chose.

Nos mots habituels n’ont aucun lien de réalité avec ce qu’ils désignent, mais, par une convention sociale, chaque mot d’une langue évoluée désigne avec exactitude un phénomène connu. Si le phénomène n’est pas connu, on le « définit » au moyen de termes se rapportant à du connu.

Si, toutefois, la cause d’un phénomène est inconnue, on n’a pas de mots pour la désigner. Or, il se trouve que la cause des causes de tout ce qui existe (de l’univers et de la notion d’être) est inaccessible à ce langage, donc à la pensée, laquelle en est tributaire. Malades d’être mystères dans un mystère total, les psychés ont recours à des mots sans contenu qui, faute d’expliquer quoi que ce soit, provoquent les stases cérébrales que sont les croyances religieuses.

La cabale, au moyen de signes analogues à notre alphabet et à nos signes mathématiques, mais dont les signifiés sont des données immédiates de la conscience, pose des équations se rapportant à la vie et à l’existence dans les différentes sphères de la manifestation. Elle les pose de telle sorte que ces équations sont leurs propres solutions, car elles projettent le mouvement de leurs signifiés, d’abord dans la pensée, puis dans la psyché. Mais à cet effet, il faut que celle-ci soit remise à l’état de neuf par l’écroulement des structures collectives qui constituaient son armature. De tels moments historiques sont rares. C’est une des raisons pour lesquelles la cabale a été perdue pendant des siècles. Sa clé est un code chiffré qui constitue la source même des civilisations qui ont abouti à la nôtre. Les trois ouvrages présentés ici sont déchiffrés au moyen de ce code.

1) La Bible Restituée propose une lecture des Livres de la Genèse conforme à leur code chiffré originel et montre comment ce code éclaire non seulement ces textes, mais aussi certains aspects des Évangiles de Matthieu et de Jean.

Vus dans la perspective cabalistique, les premiers chapitres de la Genèse ne traitent nullement d’une Création ; de même que, nulle part dans la Bible, il n’est question d’un dieu. YHWH et Elohim ne sont pas les deux noms d’une même divinité, pas plus que les noms de deux divinités différentes, mais deux idéogrammes qui, correctement déchiffrés, sont la représentation graphique de deux forces cosmiques, la première immanente, et la seconde, le processus évolutif dans la durée.

Les noms : Adam, Ève, Caïn, Abraham, Jacob, etc… sont également des idéogrammes. Ces pseudo-personnages sont symboliques et leur fonction première est d’illustrer les divers états de conscience par lesquels passe l’humanité, ainsi que les rapports de ceux-ci avec la vie, telle qu’elle apparaît à tout instant. Il en ressort que la Vie est un processus sans fin, caractérisé par l’alternance vie-mort-vie-mort, qu’il importe de pouvoir accepter après l’avoir effectivement intégré.

2) Le Sepher Yetsira est le précis fondamental de la cabale. Il approfondit les équations que fournit le code chiffré, en vue d’étudier la structuration de l’énergie. Ce texte célèbre ouvre des perspectives de confrontations particulièrement utiles avec la pensée scientifique contemporaine. Il donne un sens à la vocation universelle du psychisme humain, et, situant l’homme dans le cosmos, nous conduit à l’origine de cette très ancienne science qu’est l’astrologie. Les astrologues désireux de se rénover à cette source ne pourront se passer d’apprendre le langage du Sepher Yetsira, pour y découvrir les grandes notions unitives, délivrées des mythes et de leurs cultes, qu’appelle notre vigoureuse époque, à l’aurore de ses nouveaux signes.

3) Le Cantique des Cantiques est vrai sur quatre plans différents qui s’interpénètrent et s’entrelacent de façon à faire passer le lecteur du réalisme au symbole, du symbole à la cabale, jusqu’à l’amener enfin à une contemplation sans paroles, qui échappe à l’entendement. Il nous fait ainsi pénétrer dans une sphère subtile et difficile. Si elle l’était moins, Le Cantique des Cantiques n’aurait pas survécu et ne serait pas demeuré incompris. Ce texte sublime est « chose très sacrée » parce qu’il exprime merveilleusement la paix, la seule paix réelle, celle du mouvement immesurable, universel, où le Commencement et la Fin ne sont qu’Un.

Carlo SUARÈS.


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