N. Sri Ram : Questions et réponses


19 Aug 2011

(Revue Le Lotus Bleu. No 12. Décembre 1971)

Les véritables réponses aux questions les plus importantes concernant notre vie profonde doivent jaillir de nous. Quelqu’un comme moi ne peut qu’exprimer ses commentaires sur ces questions. Le libellé des questions est quelquefois tel que la personne qui répond, répond à quelque chose de tout différent de ce qui a été demandé. Cependant j’espère que mes réponses à certaines de ces questions auront quelque valeur, tout au moins pour vous suggérer quelques directives qui vous permettront de trouver vous-mêmes les réponses véritables. J’ai pensé qu’il était nécessaire de faire cette observation préliminaire.

QUESTION : M. Sri Ram dit dans « les aspects les plus profonds de la vie » que l’emphase que mettent les nations unies sur les droits humains, c’est quelque chose qui est encore égocentrique et séparatiste. Si la grande majorité des gens pratique la discrimination raciale et l’injustice, est-ce que la défense des droits humains n’est pas un bon effort théosophique ?

REPONSE : Il m’est très facile de répondre à cette question, parce qu’il est absolument impossible que j’aie fait la déclaration qui m’est attribuée. Il est possible que la traduction de l’Anglais en Français ait quelque faute qui ait permis ce contresens. Naturellement nous devons tous défendre les droits fondamentaux de l’homme. Ce que j’ai pu dire, c’est que l’emphase mise sur les droits sans aucune mention des devoirs peut devenir quelque chose d’égocentrique. Si je pense que j’ai le droit de marcher devant tous les gens, ce n’est pas un droit qui appartient à tous les êtres humains, mais simplement un droit que j’imagine. Dans tous les cas où l’on dit j’ai droit à cela, est-ce que l’emphase n’est pas mise sur le « JE » ? C’est en insistant sur les droits qu’on a conduit les êtres humains au combat et aux troubles. La reconnaissance des droits humains est une chose, et ces droits doivent être défendus par des lois justes ; mais l’affirmation par quelqu’un de son droit à ceci ou à cela est certainement quelque chose d’égocentrique. Dans l’Inde antique il y avait une culture d’une sorte toute différente de ce que l’on trouve dans le monde moderne. Depuis l’enfance les petits Indiens étaient entraînés à avoir du respect et de la révérence vis-à-vis des parents, des voisins et de toutes les personnes avec qui ils entraient en contact. Le mot même de « DHARMA », qui est la tonique de toute la culture indienne, parmi ses autres sens possède celui de devoir, c’est-à-dire : prendre ses responsabilités. Quand chacun comprend son devoir et l’accomplit, tous les êtres reçoivent leurs droits sans avoir besoin de lutter pour les acquérir. Naturellement je dis que mon devoir, c’est le devoir de respecter ce qui est dû aux autres. Ainsi les droits et les devoirs sont inséparables. Je pense qu’on doit insister davantage sur les devoirs d’une personne plutôt que sur ce qu’il prétendra être ses droits. J’irai même jusqu’à dire, mais vous n’êtes pas obligés de penser comme moi, que lorsqu’un homme accomplit son devoir, les seigneurs du Karma veillent à ce qu’il reçoive ses droits. Ils ne reçoivent peut-être pas ce qu’ils pensent leur être dû immédiatement, mais, de toutes façons, l’accomplissement de leur Dharma conduit nécessairement au meilleur résultat possible pour eux et pour les autres. Peut-être est-ce quelque chose de ce genre que j’ai dit dans le livre dont il est question. Je ne peux pas avoir dit qu’il n’est pas nécessaire de défendre les droits humains, mais nous devons les défendre par des moyens justes.

QUESTION : Au temps de Madame Blavatsky et du colonel Olcott, la responsabilité de diriger la Société Théosophique était divisée entre deux personnes : H.P.B., qui était le guide spirituel, et H.S.O., qui était l’organisateur. Depuis la mort de celui-ci ces fonctions ont été combinées en une seule personne, ce qui me semble être une tâche presque surhumaine. Ne serait-il pas sage d’essayer d’avoir à l’avenir une présidence conjointe, c’est-à-dire une personne pour l’organisation pratique et une autre pour le côté plus spirituel ou philosophique. Quelle est votre opinion ?

RÉPONSE : Le président de la Société est évidemment appliqué au travail de l’organisation, mais il ne dirige pas cette organisation dans tous ses aspects. La Société est ainsi constituée que chacune de ses sections, comme par exemple la section française, est autonome. Son travail se poursuit et est organisé par son bureau selon les règles de la section. Le président international ne doit pas se mêler des affaires de la section, même si les choses vont mal, c’est aux membres de rétablir la situation. Mais d’une façon générale le président de la Société est concerné par l’organisation de la Société. Cependant il n’a été désigné par personne pour être un guide philosophique et spirituel. J’exprime mes propres opinions sur des sujets philosophiques ou spirituels à la fois dans le « Theosophist » et dans les conférences et entretiens, mais ceux qui lisent ce que j’écris ou qui m’entendent n’ont pas du tout besoin d’accepter mes idées. Je les exprime simplement parce que je pense que je dois partager ma compréhension avec les membres. Peut-être est-ce égocentrique de ma part de vouloir partager ma compréhension. Ma compréhension peut ne pas mériter d’être partagée. Cependant je pense que je dois l’exprimer par l’intermédiaire du « Theosophist », qui est l’organe précis du président, ou dans des causeries ou conférences que l’on me prie de donner. Je n’ai jamais dit : maintenant je vais faire une conférence, venez m’écouter. Aussi si quelqu’un pense que je donne quelques directives de caractère spirituel ou philosophique, il faut penser que c’est d’une façon purement personnelle. Il n’y a donc aucune confusion de fonction dans l’office de président. Il doit agir selon les règles et les statuts de la Société. Il fait tout ce qu’il peut suivant les lignes pratiques pour promouvoir le travail de la Société. Peut-être le questionneur a-t-il dans le mental quelque chose d’autre. Le président est chef d’un autre organisme qui s’occupe de questions spirituelles, cela ne concerne pas la Société Théosophique. Il se trouve simplement qu’il est en même temps le chef de la S.T. et le chef d’une autre organisation. Il faut que notre esprit soit tout à fait clair concernant ces choses. H.P.B. était considérée comme un guide spirituel par beaucoup de personnes, mais elle non plus n’était pas désignée comme guide spirituel. Elle écrivait des livres et répondait à des lettres, et ceux qui lisaient les livres ou les lettres y trouvaient beaucoup de matière valable. Elle faisait ce travail à cause de ses grandes capacités. Le Col. Olcott faisait le travail de la Société selon ses propres talents personnels. Le Dr A. Besant a conduit la Société de différentes façons parce que ses talents étaient nombreux. Donc l’essentiel de la question est : y a-t-il combinaison entre ces fonctions ? La réponse est non. S’il y a une combinaison, elle est due à des personnes particulières.

QUESTION : Dans FAUST on trouve l’expression : « la malédiction de la mauvaise action ». Y a-t-il quelque chose de semblable à la malédiction, c’est-à-dire le mauvais résultat, provenant d’une bonne action ?

REPONSE : La mauvaise action est en elle-même la malédiction, parce qu’elle produit du mal, elle amène de la souffrance, mais je ne vois pas comment un mauvais résultat peut sortir d’une bonne action. L’action peut être bonne, mais peut-être que d’autres personnes, à cause de cette action, agiront mal elles-mêmes. Vous pouvez proclamer la vérité, mais cette vérité peut être mal comprise par d’autres, alors on pourrait dire que la bonne action a produit de mauvais résultats, mais le mauvais effet sortira de la mentalité des gens et pas à strictement parler de la bonne action. C’est ainsi que je comprends les choses. Je ne peux pas voir comment quelque chose de bon peut produire du mauvais. Il y a dans la bible une expression qui dit à peu prés : est-ce que les figues peuvent pousser sur des chardons ?

QUESTION : Pensez-vous que le YOGA soit le seul moyen d’atteindre la perception intérieure et la sensibilité intérieure ?

REPONSE : YOGA n’est qu’un mot. Différentes personnes comprennent différentes choses dans ce mot. La réponse à cette question dépendra beaucoup de ce que l’on entend par YOGA. Si l’on entend par YOGA se tenir droit sur la tête ou autre chose du même genre, je ne vois pas comment cela pourrait produire la sensibilité et la perception intérieure. Quand on se tient sur la tête, naturellement le sang descend au cerveau, peut-être dans une certaine mesure cela peut-il clarifier le cerveau. YOGA est souvent compris dans un ensemble d’exercices établis. D’autres personnes croient que le YOGA signifie la concentration sur certains centres du corps, par exemple le plexus solaire. La concentration sur certaines glandes ou certains centres ne peut pas réellement produire la perception. Cela peut produire la sensibilité du corps, du système nerveux, mais cela ne peut pas produire la sensibilité dans la nature inconsciente de l’être humain. Si vous lisez les soutras de Patandjali sur le YOGA, vous aurez une idée différente du YOGA. Le docteur Taïmni a écrit un livre sur ce sujet. Si vous avez lu ce livre, vous saurez que le YOGA ne consiste pas à manger certaines sortes d’aliments, à faire un certain nombre d’exercices, etc. Patandjali était considéré comme un maître du YOGA. Dans l’Inde on considère que son livre est un traité classique. Et il dit que le YOGA c’est l’arrêt des modifications du mental, si bien que ce mental arrive à une clarté de cristal, comme un lac calme dont les eaux sont absolument pures. Il n’y a absolument aucune agitation, aucun sentiment dans le mental ni dans le cerveau. C’est comme un miroir poli. Il réfléchit toute chose avec une exactitude absolue. Il n’y a aucun mouvement dans le mental, si ce n’est en provenance de la volonté intérieure. On arrive à une condition de tranquillité et de calme. Il y a un autre livre, encore plus fameux, qui traite du YOGA et c’est la BHAGAVAD CITA. Elle consiste en dix huit chapitres. Le premier chapitre est une introduction, mais tous les autres chapitres sont dits s’appliquer au YOGA. Un chapitre est intitulé : le yoga de la sagesse, un autre : le yoga du discernement, le troisième : le yoga du renoncement, un autre : le yoga de la dévotion. Aussi vous voyez, suivant ce livre, de quoi s’occupe le yoga. Aussi la question est celle-ci : Qu’entendons-nous par YOGA ? Littéralement YOGA signifie UNION. Cela signifie l’union de toutes les parties de notre conscience, car notre mental est morcelé parce qu’il est soumis à différentes pressions. Aussi le mental est brisé, plein de contradictions. Il veut une chose et en même temps il veut une autre chose différente en opposition complète avec la première. Le mental veut jouir de tout ce qui est possible et en même temps il veut jouir de la présence de Dieu. Il est plein de contradictions de cette nature, aussi est-il morcelé. Il nous faut d’abord comprendre ce fait en nous-mêmes, mais il est possible de produire une transformation de soi-même, si bien que toutes les parties de notre être sont parfaitement harmonisées et l’être tout entier devient comme un tableau extraordinairement beau. Toutes les couleurs s’harmonisent, tous les accords sont à l’unisson, etc. C’est un des sens de ce mot YOGA. Une autre façon de comprendre ce mot, c’est l’union de l’humain et du divin. Il y a quelque chose qui est la nature humaine et cette nature humaine peut être unie à quelque chose de tout à fait extraordinaire, quelque chose qui est tout à fait au-delà pour ainsi dire. Le mot YOGA peut signifier cela. Cela peut aussi signifier une sorte d’harmonie entre l’individu et la nature dans un sens très extensif. Je dis tout cela parce que la première chose, c’est de savoir ce que l’on entend par YOGA. Si c’est une méthode qui doit réellement amener la perception et la sensibilité, si c’est la méthode réelle, on peut dire que c’est la méthode unique et rien d’autre. C’est pourquoi il faut d’abord comprendre ce que nous entendons par YOGA.

Toute la nature intérieure de notre être doit être raffinée, tous les obstacles à la perception et à la sensibilité doivent être éliminés. Quand un tel changement a été produit, la personne se trouve dans une condition absolument nouvelle. Elle sera avec la vie, elle sera une totalité en soi, elle sera dans une condition qui aura des aspects multiples, mais tous harmonisés. Je pense avoir bien répondu à la question.

QUESTION : Quelle est la meilleure façon pour atteindre le vide mental ? Est-ce, primo, par des exercices de YOGA ou, secundo, par un rejet continuel et la dissolution de toutes les images mentales non nécessaires ?

REPONSE : Tout d’abord pourquoi voulons-nous atteindre le vide mental ? Nous avons une certaine idée de cette condition et nous la croyons désirable, ou bien nous avons lu dans des livres que c’est un état qu’on doit atteindre. Aussi il faut d’abord savoir ce que ce vide du mental signifie. Le mental vide ne doit pas être comme une pièce vide. Dans une pièce vide par exemple des chauves-souris viendront, ou peut-être même des fantômes si vous y croyez. Aussi, un mental vide n’est pas un mental complètement inerte et vacant. C’est un mental qui est débarrassé complètement du conditionnement qui pourrait diriger son activité. Si je pense à mon mental, je m’aperçois qu’il y a certaines idées qui y sont retranchées ou incorporées et ces idées que j’ai sur différentes questions, politiques, économiques, religieuses, etc., dirigent ma pensée. Je pense selon ces idées. Ce n’est pas une pensée vraiment libre, mais une pensée selon des jugements préexistants ; mais il peut y avoir une autre condition dans laquelle le fonctionnement se produit dans une liberté totale ? Le mental vide peut signifier cela. Le mental vide peut être comparé au miroir poli qui n’a aucun grain de poussière. Donc il nous faut d’abord comprendre ce que nous entendons par le vide mental. Cette condition du mental peut-elle être atteinte par un ensemble d’exercices physiques ? C’est ce que les gens comprennent en général par les exercices de Yoga. Cela ne peut pas être atteint par n’importe quel genre d’exercice physique tel que les mouvements ou la respiration. Les exercices peuvent être très bons par eux-mêmes, pour la santé, pour la circulation du sang. Ainsi, d’une façon indirecte, ces exercices peuvent aider une personne, mais ils ne peuvent pas produire un réel changement, dans la condition mentale de l’être. Si par les exercices de yoga on entend des méditations sur des images particulières, comment dans ce cas la méditation sur des images pourrait-elle amener le mental à être vide d’images. La méditation sur des images, des idées, des vérités peut avoir une très profonde valeur, mais est-ce qu’elle produira tout de suite le vide du mental ?

Le deuxième moyen proposé, c’est un rejet ou une dissolution continuelle de toutes les images mentales non nécessaires. Si nous disons non nécessaires, nous aurons à nous demander quelles sont les images qui sont nécessaires et celles qui ne le sont pas. Cela demande du discernement, de la vision. Supposons que certaines images mentales soient indésirables, des images d’une nature sensuelle ou violente par exemple, supposons que ces images s’éveillent dans mon mental. Comment pourrai-je les rejeter ? Je leur dirai : allez-vous en, mais elles reviendront et je dirai : quand je cherche à les chasser elles reviennent. Aussi le rejet de ces images mentales est une chose difficile, et si nous employons le mot dissolution, comment peut-on dissoudre une image et la réduire à rien ? Alors, pourrez-vous demander, que vais-je faire de ces images ?

A de nombreuses reprises certaines images s’élèvent dans mon mental, je sens qu’elles sont mauvaises et indésirables, je ne peux pas les dissoudre à volonté, je ne peux pas les chasser d’un ordre, qu’est-ce que je vais faire ? On comprend combien il est important que le mental arrive à être libéré de certaines attractions de plaisir. Il faut bien comprendre cette chose, car c’est par cette compréhension qu’on voit comment on peut arriver à faire disparaître ces images. Le processus mental est très subtil. Le mental se révolte à de nombreuses reprises vis-à-vis de certains souvenirs, parce que le souvenir amène du plaisir. Le mental doit donc se libérer de cette impulsion vers le plaisir ; ce n’est que lorsqu’il est ainsi libéré de cette poussée vers le plaisir et les sensations que ces images indésirables peuvent disparaître. Aussi est-ce l’affaire d’une compréhension profonde. Ces conditions ne sont pas réalisables par un tour de passe-passe, et le marché ne nous offre pas de pilules qui permettent d’obtenir ce changement. Aussi faut-il être patient et essayer de bien comprendre ces processus extérieurs. Un mental vide d’images est véritablement libéré de l’attachement aux sensations. Si par Yoga on entend cet effort, alors le yoga est certainement le moyen approprié.

QUESTION : La voie de répudiation telle qu’elle est indiquée dans les livres antiques est-elle une voie qui convient encore au monde d’aujourd’hui ?

REPONSE : Qu’entendons-nous par ce mot de répudiation ? Qu’est-ce qu’on répudie ? Des livres antiques ont dit que tout ce qui est étranger ou extérieur au SOI n’est pas le SOI. Ils enseignaient qu’il n’y avait qu’un seul Soi, et ce Soi n’est pas un Soi qui se sépare de quelque chose d’autre ? Lorsqu’il n’y a qu’un soi et pas de second, il ne peut pas y avoir de séparation et ce Soi est réfléchi dans le cœur de tous les êtres humains, aussi le Soi est présent en tous. Si vous en voulez connaître la nature, vous essayez d’imaginer ce que cette nature peut être. Vous formez un certain concept. Ce n’est pas la nature du Soi ; vous formez un autre concept et ce n’est pas non plus la nature du Soi ; on forme diverses idées autres ou on explore sa mémoire pour des expériences passées et on se demande : est-ce que le Soi est cela ? Non ! ce n’est pas le Soi. C’est cela la voie de répudiation dont il est question dans les livres anciens. Mais on peut comprendre cette répudiation à différents niveaux. C’est-à-dire que lorsque des images s’éveillent dans notre mental qui nous semblent indésirables, nous essayons de nous en libérer. En d’autres termes, la répudiation est alors un processus de désengagement. Peut-être le questionneur a-t-il à l’esprit que dans le monde moderne nous avons à être actifs. Aussi, cette voie de répudiation ne serait pas la bonne voie pour le temps actuel. Nous sommes obligés de nous avancer dans le monde et de faire différentes choses. Mais lorsque vous allez dans le monde vous emmenez votre nature telle qu’elle est actuellement et cette nature que vous emmenez dans le monde et dans toutes les activités que vous entreprenez est extrêmement mélangée, en partie bonne, en partie mauvaise. Le processus de répudiation sera que l’on rejette ce qui est mauvais afin que le bon reste. En d’autres termes, c’est un processus de purification. D’éliminer ce qui est indésirable, en quoi cela pourrait-il nous empêcher d’être actif dans le monde ? On peut chercher à se libérer de différents obstacles, de chaînes, de fers de nature différente, ou de nature psychologique, et cela nous aidera à être actif dans le monde d’une meilleure façon que nous ne l’avons été jusqu’à présent. Aussi cette répudiation n’aura rien de contraire à l’activité dans le monde. Cela signifie aider le monde avec un mental plus pur, avec un esprit plus désintéressé. Souvent une personne est très active, prodigieusement active même pour une bonne cause, dirons-nous, mais si on cherche pourquoi elle est tellement active, on découvre alors que c’est parce qu’elle cherche à jouer un rôle important, elle cherche à donner cette impression aux gens. Alors les autres diront : « quel bon travailleur, quelle brave personne ». Mais ce n’est pas véritablement la voie de l’action juste. Tout ce que nous ferons dans cet esprit n’aura qu’un effet superficiel ; mais si nous faisons même une petite chose dans un esprit véritablement désintéressé et sans égoïsme, cela produira son véritable effet spirituel. Ne feriez-vous que donner un simple verre d’eau à une personne qui a soif, une personne qu’il n’est pas nécessaire d’aider, si vous faites cela dans un esprit véritablement désintéressé et sans égoïsme, vous découvrirez que cette petite action a un effet sur votre propre nature, ce qui montre que, du point de vue de la qualité, ce n’est pas l’amplitude de ce que l’on fait qui compte, mais l’esprit dans lequel c’est fait. Aussi nous pouvons être actifs dans le monde et en même temps chercher à comprendre et à nous purifier. Ainsi nous pouvons aider le monde moderne dans ses besoins et arriver à une condition dans laquelle notre efficacité est réelle.

QUESTION : En admettant que la théosophie ait beaucoup à offrir en donnant une vue de la vie qui transcende celle de la science matérialiste, pensez-vous que les théosophes, soit du passé, soit du présent puissent apporter une contribution valable dans le domaine de la science physique ?

REPONSE : Peut-être n’aimerez-vous pas ma réponse, mais je dirais pourquoi est-ce que nous apporterions notre contribution dans le domaine de la science physique. Il y a des quantités de gens qui font cela. Est-ce que nous devons nous joindre à leur compagnie pour pouvoir dire : nous aussi nous découvrons des choses ? Ce dont le monde a besoin, ce ne sont pas de découvertes nouvelles sur la nature des particules élémentaires, les forces nucléaires, etc., mais nous avons vraiment besoin d’un bon jugement, de bonnes pensées, d’un meilleur esprit. Naturellement il peut exister des personnes qui seraient en même temps bonnes théosophes et qui auraient des aptitudes pour faire des découvertes dans la science physique. Il n’y a rien qui les empêche de s’engager dans cette recherche où elles pourront utiliser leurs talents propres. Mais si vous parlez de la théosophie dans son ensemble comme je le fais, je dirai pourquoi est-ce que je ferais des découvertes dans la science physique. Je suis heureux de m’informer de la nature du monde dans lequel je vis. Aussi j’aime lire des livres de science et les comprendre dans la mesure de mes moyens. Mais je crois que c’est tout ce que je peux faire et que j’ai besoin de faire en ce qui concerne la science physique. Mon véritable intérêt porte sur autre chose.

QUESTION : Pouvez-vous dire quelque chose sur la façon dont il est possible d’être tranquille et harmonieux et en même temps d’être ouvert à la cruauté et à la souffrance que nous voyons autour de nous ?

REPONSE : Nous devons être ouverts à tout ce qui est autour de nous. Non seulement à la cruauté et aux souffrances, mais à tout ce qui existe. Supposons que je voie quelqu’un qui souffre, comment pourrai-je comprendre cette souffrance, la condition dans laquelle elle est ? J’ai à être tranquille et à la regarder pour la comprendre. Si je dis : non, c’est trop affreux et je m’en détourne, je ne comprendrai pas véritablement. Aussi, même pour comprendre la cruauté et la souffrance qui existent, nous avons à le faire avec un mental tranquille. Si nous le faisons avec un mental tranquille, nous irons beaucoup plus loin, nous aiderons davantage que si nous sommes bouleversés par cette scène particulière. Aussi, pour comprendre quelque chose, quoi que ce soit, le mental doit être dans un état de tranquillité. Si nous comprenons bien cela, nous verrons que le mental devient calme. En règle générale, ce que l’on sent être désirable, on est capable de l’accomplir. Si on croit véritablement qu’une chose est désirable, on l’atteint tôt ou tard. Et si vous êtes certains qu’il faut ce mental calme, même en présence de pareils spectacles, eh bien, vous pouvez être certains que vous arriverez à l’atteindre. Si vous atteignez cette tranquillité, vous vous apercevrez que l’harmonie suit d’elle-même.

N. SRI RAM

(Congrès de Paris, août 1971)