Swami Hridayananda Sarasvati : Raja Yoga 10


23 Apr 2010

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(Revue Panharmonie. No 193. Janvier 1983)

Enseignement donné à l’École Normale de Yoga Roscoff, juillet 1980

MUMUKSHUTVA signifie : aspiration intense, aspiration à réaliser, prendre conscience de la Vérité.

C’est la quatrième des quatre Qualités Essentielles, après VIVEKA, pouvoir de discrimination, VAIRAGYA, le renoncement et SHAD-SAMBAT, c’est-à-dire les six Richesses ou Trésors constituant cette troisième Qualité Essentielle.

C’est ce dont nous avons parlé la dernière fois : Sama, Dama, Titiksha, Uparati, Sraddha et Samadhana.

La quatrième Qualité Essentielle, c’est donc : MUMUKSHUTVA. Car si on n’a pas une aspiration intense pour connaître la Vérité, jamais personne n’atteindra cette Vérité. Ainsi grâce aux trois Qualités Essentielles que nous avons vues déjà, Viveka, Vairagya et aux six Trésors, les six Richesses, on doit développer cette aspiration intense.

C’est pourquoi Sankarâchârya dit qu’il faut commencer cette quête après avoir développé les qualités que nous avons déjà étudiées, sinon on peut s’engager dans la quête spirituelle, mais se lasser très vite et abandonner. Dans un monde où personne ne se sert de Viveka, du pouvoir de discrimination (celui-ci pris au sens le plus élevé du terme), quelqu’un qui n’a pas d’équanimité envers les choses et quelqu’un qui ne pratique jamais aucune des six Richesses ; pour une telle personne, celui qui pratiquerait tout cela, paraîtrait anormal. On dit que dans un pays où tout le monde louche, quelqu’un qui arrive et qui ne louche pas, est regardé de travers (c’est bien le cas de le dire !), et tout le monde se moque de lui. Donc tous vos amis se moqueraient de vous en disant : « Vous perdez votre temps, vous laissez passer la vie sans en profiter », etc., etc. Ils vous feront croire qu’ils mènent une vie toute rose, alors qu’intérieurement ils souffrent certainement.

Je vais vous raconter l’histoire d’un renard qui a été pris dans un piège. En se débattant pour se libérer du piège, sa queue est coupée. Il se dit alors : « Je ne vais jamais oser me présenter devant tous les amis, je vais avoir l’air ridicule sans ma belle queue, que vais-je faire ? » Comme il était très rusé, ainsi que le sont les renards et davantage encore, il va trouver ses amis et leur dit : « Vous ne pouvez pas savoir comme c’est merveilleux, comme c’est avantageux de ne plus avoir de queue, on peut s’asseoir sans être gêné par sa queue, on peut faire toutes sortes de choses bien plus facilement. Je vous assure, c’est extraordinaire ! » Si bien que tous les autres renards se sont fait couper la queue !

C’est ce que feraient vos amis en essayant de vous faire croire que leur vie est bien meilleure que la vôtre. Car ils ne supporteront pas de vous voir si paisible et avec un calme intérieur si grand. Et ils vous serviront tous les arguments possibles pour vous faire miroiter l’avantage de leur vie et le désavantage de la vôtre.

Donc, grâce à tout ce que nous avons étudié, vous comprenez que vous devez utiliser votre pouvoir de discrimination en restant équanimes devant toutes les choses et, en pratiquant les six Richesses, vous vous construisez une force spirituelle intérieure qui vous permettra de résister à toutes ces suggestions et à toutes ces tentations. Alors seulement vous pourrez être fermement convaincus de la félicité ineffable que vous pouvez expérimenter à un niveau supérieur. Et c’est cet intérêt intense porté à la réalisation de la Vérité que l’on appelle MUMUKSHUTVA. Sinon vous ne poursuivrez pas, car la vie spirituelle est faite de hauts et de bas, même pour quelqu’un qui la pratique régulièrement et sérieusement tous les jours. Il est impossible d’avoir la même qualité de méditation tous les jours, elle sera nécessairement meilleure certains jours que d’autres. Il y a en effet, beaucoup de facteurs qui peuvent influencer votre méditation : cela peut être la nourriture que vous avez prise, la qualité du sommeil que vous avez eu, l’environnement dans lequel vous vous êtes trouvé, la vie que vous menez, etc. Et, en plus le Guna, le type d’énergie des trois types d’énergie qui vous influence davantage au moment où vous méditez.

Sankarâchârya dit à l’aspirant qui a développé toutes ces différentes qualités que maintenant il peut prendre conscience de l’Atma. Le disciple demande alors : « Qu’est-ce que l’Atma ? » et le Maître répond « L’Atma est au-delà des trois corps : Sthula Sharira ou corps grossier, Sukshuma Sharira ou corps subtil et Karana Sharira ou corps causal » ; donc au-delà des trois et il ajoute que l’Atma est également au-delà des Pancha Kosha ou cinq gaines ou enveloppes. L’Atma est aussi le témoin des trois états : état de veille, état de rêve et état de sommeil profond. Les cinq Koshas sont : Annamaya kosha, Pranamaya kosha, Manomaya kosha, Vijnanamaya kosha, Anandamaya kosha. Le premier constitue le corps entier, les trois suivants le corps subtil et le cinquième le corps causal. Nous en donnerons les détails plus tard. Pour l’instant nous énumérons.

Donc l’Atma est au-delà des trois corps, au-delà du corps physique ou grossier, Sthula Sharira, au-delà de Sukshma Sharira, ou corps subtil et au-delà de Karana Sharira ou corps causal. L’Atma est donc aussi au-delà des cinq enveloppes, des cinq gaines de conscience, l’Atma est également le témoin des trois états : état de veille, état de rêve et état de sommeil profond, sans rêve. L’Atma en conséquent, n’est rien de tout cela.

Quand Sankarâchârya nous dit ceci, les gens ont cru à un malentendu, car ces catégories là n’ont pas été inventées par lui, elles proviennent du Vedanta. Et lorsqu’il dit cela, les gens ont cru qu’il parlait du « Vide ».

Et c’est comme cela que les Bouddhistes se sont mis à prétendre que l’Atma, c’était « Sunyata », le Vide. Il s’est produit un malentendu, les êtres ayant cru qu’il n’y avait rien, pas de Dieu, pas de Conscience Suprême, le vide !

Lorsque vous voulez chercher à comprendre quelque chose, deux approches se présentent à vous, l’une directe et l’autre indirecte, ou l’une positive et négative. Si vous avez une étagère avec des livres et que vous vouliez en prendre un en particulier, vous pouvez expliquer : « Ce n’est ni le livre rouge, ni le livre bleu, ni le livre vert, ni le livre mince, ni le livre d’épaisseur moyenne, c’est le très gros livre. Vous écartez tout ce qu’il n’est pas, afin que la personne puisse prendre le volume pour vous. Ou bien vous pouvez dire : « je veux celui du troisième rayon. A côté du livre vert vous trouverez un livre dont le titre est écrit en lettres dorées. Il est très beau, donc prenez ce livre ».

Sankarâchârya s’est servi des deux méthodes, la première qui consiste à écarter tout ce que l’Atma n’est pas et une fois qu’il s’est aperçu que cette méthode a pu faire croire à certains qu’il n’y avait rien que le vide, il a dit : Vous pouvez définir cet Atma ainsi, c’est Sat — Chit — Ananda, Sat = Existence absolue, Chit = Conscience absolue, Ananda = Félicité absolue. Ce n’est pas le vide, mais c’est ce qui a été expérimenté.

A présent il faut que je vous explique, que vous sachiez exactement, ce que nous voulons dire par Atman et Brahman.

BRAHMAN, c’est la Conscience Absolue, infinie et omniprésente. Imaginez que ce couvre-lit qui recouvre ce matelas est Brahman. Je pose ma main dessus, je peux donner à la partie du tissu qui se trouve sous ma main un nom différent pour montrer que c’est la partie qui est sous ma main. En réalité cette partie du tissu qui se trouve sous ma main n’est pas différente du reste du couvre-lit. Si vous regardez par-dessus ma main vous ne voyez que ma main, vous ne voyez pas le tissu qu’elle cache. Et bien c’est cet aspect de Brahman qui se trouve caché, qu’on appelle ATMAN, qui est caché comme le tissu sous ma main, quoique celui-ci soit continue et identique. Brahman est le tissu, je mets ma main et en recouvre une partie, c’est cette partie à laquelle on donne un nom différent. Mais il y a partout la Conscience Absolue.

Prenons cette pièce qui est remplie de Conscience Absolue et cette Conscience Absolue passe en chacun de nous, formant le substrat de chaque individu. Ce qui passe en chacun de nous est appelé Atman. Le changement n’est qu’apparent. Ce n’est pas parce que je mets ma main sur le tissu, que le tissu a changé, il est toujours là, essentiellement le même. Donc c’est cette Conscience Absolue, infinie, omniprésente, qui forme notre substrat, c’est cela que nous appelons Atman. En fait, Atman et Brahman sont absolument identiques. En traversant un être humain il ne change pas, aucune modification, mais bien sûr, si je mets ma main sur ce tissu, un enfant, quelqu’un pourrait croire qu’il n’y a pas de tissu dessous, qu’il y a une rupture entre le tissu qui entoure ma main et ce qui est en dessous.

La plupart des êtres humains sont aussi ignorants que l’enfant de l’image et pensent que nous sommes séparés d’avec le Brahman. Cette séparation n’est qu’apparente, il n’y a pas de séparation réelle. Si on peut enlever, retirer, ce qui semblait faire une séparation, on s’aperçoit qu’il n’y en a jamais eu. De même que lorsqu’on enlève la main le tissu paraît identique, inchangé.

Maintenant le disciple demande : « Que voulez-vous dire par Sthula Sharira, le corps physique, le corps grossier, qu’est-ce qui est grossier ? »

Pour que cela soit plus clair, imaginez que nous allions nous promener, Nous arrivons à un très beau bâtiment. Vous savez tout ce qui le concerne, mais votre ami ne le sait pas. Vous êtes ingénieur et votre ami ne l’est pas. Alors celui-ci vous demande ce que c’est que cette maison et vous expliquez que c’est un centre de loisirs. Comparez notre corps à ce centre de loisirs. A présent votre ami désire savoir comment il a été construit, de quoi il est fait et à quoi il sert. Premièrement de quoi est-il fait ? L’ingénieur lui répond qu’il est fait de béton qui lui-même est composé d’eau, de sable, de ciment, de fer, etc.

Pour répondre au sujet du Sharira il dira qu’il est fait des cinq éléments grossiers, à savoir la terre, l’eau, le feu, l’air et l’éther ou espace. Ce sont les cinq éléments grossiers. Il y a aussi cinq éléments subtils, nous verrons cela par la suite. Maintenant votre ami veut savoir comment il a été créé. En ce qui concerne cet immeuble, l’ingénieur nomme celui qui l’a construit, celui qui a donné l’épure d’architecture et qu’à partir de cette épure, l’immeuble a été construit.

En ce qui concerne notre corps grossier, il a été formé à partir de l’épure qui contient les différentes empreintes qui sont dans notre subconscient, car nous avons vu qu’il y a des empreintes subconscientes, et ces impressions doivent s’exprimer dans une réaction, c’est-à-dire que les vibrations positives et négatives doivent être équilibrées, parce que la Création toute entière est basée sur l’équilibre entre le positif et le négatif. C’est la loi karmique qui fait en sorte que cet équilibre ne soit pas rompu. Pour que l’équilibre ne soit pas rompu il doit y avoir des réactions qui le rétablissent, c’est-à-dire que s’il est négatif il faudra des réactions positives et inversement. Ces empreintes subconscientes sont donc l’épure, mais ces empreintes ne sont pas statiques, en fait ce sont des vibrations très subtiles et très puissantes qui ont une attraction magnétique, qui agissent comme des aimants, attirant les cinq éléments et ainsi forment un corps adéquat pour que les réactions correspondant aux empreintes subconscientes puissent se produire.

Par exemple imaginez environ cinq empreintes qui ont rompu, troublé l’équilibre, ces cinq sont peut-être négatives, mais elles peuvent aussi être positives. Pour que l’équilibre se rétablisse il faut que l’effet des cinq empreintes soit annihilé, il faut donc passer par la réaction à ces cinq empreintes. Dans ce qu’on appelle « la mort physique » le corps est abandonné et, pour que la réaction se fasse, il faudra nécessairement un autre corps physique. En fonction des vibrations spécifiques des empreintes, les cinq éléments sont attirés et cela forme un nouveau corps physique dont la forme, la santé, la beauté, dépendent des empreintes en question.

Je vous donne un exemple concret : Il y a des enfants qui naissent infirmes, des enfants qui naissent sourds, muets, etc. Ils naissent ainsi parce que la vibration était trop négative et c’est pourquoi des corps naissent infirmes, déformés, etc. Mais lorsqu’un corps naît aussi beau que possible, cela veut dire qu’il s’est formé à partir de réactions positives. Un dessinateur expérimenté dessine une épure parfaite, très belle, la construction sera parfaite. Mais si le dessinateur ne connaît pas très bien son métier, il dessinera une épure tout à fait imparfaite et la construction ne pourra pas être parfaite. Donc la réponse à la question : « Comment ce corps physique grossier est-il venu à l’existence ? » est celle-ci, il est venu à l’existence en fonction des empreintes qui ont été formées dans le subconscient.

La question suivante est : « A quoi sert ce corps grossier ? » La réponse : Il est fait pour le plaisir ou la souffrance. Dans le centre de loisirs on peut pratiquer des jeux de plein air ou des jeux à l’intérieur, les échecs, le bridge, etc. Les plaisirs sont bien sûr les plaisirs des sens, bien manger, etc. et la souffrance peut provenir de maladies ou d’accidents. Voilà les deux sortes d’expériences auxquelles est soumis le corps physique.

Voici la réponse aux trois questions : de quoi est-il fait ? — comment est-il venu à l’existence et à quoi sert-il ?

Je n’aborderai pas aujourd’hui le corps subtil, Sukshma Sharira, je l’aborderai à l’aide d’un tableau, d’un plan que j’apporterai, mais je voudrais que vous me posiez des questions au sujet de ce que nous avons vu ce matin.

Donc si nous avons un corps physique, c’est parce que certaines réactions devaient être accomplies pour rééquilibrer les empreintes antérieures. En conséquent il peut y avoir des souffrances physiques, mentales, psychiques. Pour que tout cela existe et au moment où grâce à la méditation ces réactions ont été épuisées et lorsque nous avons appris à mener une vie totalement désintéressée afin de ne pas créer de nouvelles empreintes, après cela, il n’y aura pas de nouvelle naissance et c’est cela que l’on appelle l’état de réalisation.

Question : Je ne comprends pas très bien le problème du germe créé par les empreintes, qui grandit avec l’évolution physique ? C’est valable pour le corps et l’esprit, mais comme le corps évolue, est-ce que tout vient des parents ?

Mataji : Le développement du corps physique consiste en la naissance, l’enfance, l’adolescence, l’état adulte, puis la vieillesse, de plus en plus de maladies et la mort. Ce sont les cycles auxquels le corps physique est soumis, mais c’est un processus mécanique qui n’a rien à voir avec ce que je viens d’expliquer. A quoi sert le corps physique ? Il est fait pour la jouissance ou la souffrance. Pour l’instant nous ne considérons que la partie physique. Le corps physique a des organes physiques qui n’ont aucun pouvoir par eux-mêmes. Par exemple vous pouvez avoir des yeux ouverts, certains dorment les yeux ouverts, et rêver que vous êtes dans un magnifique jardin au milieu de fleurs merveilleuses. Si, à ce moment-là, je mets devant vos yeux, même s’ils sont ouverts, la plus belle fleur, vous ne la verrez pas. Pourquoi ? Parce qu’il y a deux organes des sens, l’organe des sens physiques et celui qu’on appelle Indriya qui lui, appartient au corps subtil dont nous palerons la prochaine fois. De lui-même l’organe des sens physiques n’a aucun pouvoir. De même qu’une paire de jumelles n’a aucune faculté par elle-même. Si vous mettez une paire de jumelles sur une table, cette paire de jumelles ne verra rien du tout. Mais si vous mettez votre œil devant, à ce moment-là vous verrez.

Question : Au sujet du temps.

Mataji : Les empreintes subconscientes vont se manifester à un certain moment. C’est la Conscience Subtile, Absolue, qui est éternelle, qui est au-delà du temps. Car s’il y a des empreintes subconscientes, elles vont germer à un moment donné, se manifester. Pour le mental individuel le temps existe.

G. Monod-Herzen : En ce qui concerne la sensibilité des sens, on m’avait expliqué qu’il y a deux physiologies, une physiologie physique qui exige des organes des sens et qu’il y a une physiologie non physique au sens ordinaire du mot, et qu’il faut les deux au corps physique. Et il y a un organe des sens ou une physiologie non physique au sens ordinaire du mot, il faut les deux pour avoir ce que nous appelons l’impression normale. Si je dors les yeux ouverts je ne vois pas parce que je n’ai pas la partie intérieure et si je n’ai pas la partie extérieure en ayant la partie intérieure, je rêve.

Mataji : Puisque nous parlons du corps physique, il faut comprendre ce qu’est la mort. La mort c’est la séparation du corps physique d’avec le corps subtil, reliés l’un à l’autre par un aspect particulier du Prana. Lorsque le Prana quitte le corps physique, il y a ce qu’on appelle la mort. Car c’est le Prana qui anime le corps physique et lorsque le Prana se retire, le corps physique tombe inanimé. La mort ne concerne que le corps physique, il n’y a pas de mort pour nous, à proprement parler, et cela est une notion très importante.

Question : Que veut-on dire exactement par « notre être réel », nous ?

Mataji : Je veux dire que nous avons peur de la mort, nous pleurons devant une mort parce que nous pensons que c’est la fin de tout, qu’il n’y a plus rien après la mort, alors que la mort n’est pas la fin. C’est pour cette mauvaise compréhension des choses que les gens se suicident. Ils pensent que la mort, étant la fin de tout, ils ne souffriront plus, ils mettront un terme à leurs souffrances profondes. Et c’est très important pour nous, parce que beaucoup d’êtres humains passent par les affres de la mort, n’en ayant pas eu une juste compréhension.

Il y a deux raisons pour que nous nous débattions au moment de la mort. La première des raisons, c’est parce que nous avons l’impression que c’est la fin de « nous », que nous n’existerons plus après cela. Et la deuxième raison, c’est la souffrance, à l’idée de quitter tout ce que nous aimons, tout à quoi nous sommes attachés. Si bien que la lutte provient de ce que le mental veut rester attaché au corps physique, le processus naturel étant leur séparation. Si le mental lutte pour rester attaché, à ce corps physique, il y a les affres de la mort. Une fois que vous avez compris qu’abandonner un corps pour en prendre un autre, c’est exactement comme si vous abandonniez un vêtement que vous aimez beaucoup. Mais vient un moment où ce vêtement est plein de trous, où il ne peut plus vous servir. A ce moment-là il vous faut tout naturellement laisser ce vêtement pour en prendre un autre. Pour ceux qui ont compris cela très clairement la mort se présente comme très facile et il n’y aucune lutte. De plus le sujet n’a pas l’impression d’être mort et on dit que le défunt se demande pourquoi tout le monde pleure, alors qu’il a l’impression d’être toujours là. Les chiens quelquefois peuvent voir le corps astral.

Question : Mais qu’est-ce qui s’incarne à nouveau ?

Mataji : Les empreintes qui déterminent votre vie suivante sont des empreintes qui ont commencé à germer et nous disons qu’ils ont commencé à exister, à avoir un certain élan et c’est cela qui prédominera dans la naissance suivante. Mais il y aura aussi l’influence des autres empreintes. C’est pourquoi on voit des frères et des sœurs qui ont des tendances complètement différentes. Les empreintes qu’on appelle les Samskaras produisent des penchants ou Vasanas et ce sont ces Vasanas qui se manifestent dans la vie suivante.

Par exemple des parents ont décidé que leur fils serait médecin, mais celui-ci voudrait être violoniste. Il négligera donc ses études de médecine et choisira toutes les occasions pour faire du violon et cette tendance irrésistible est le résultat des Vasanas, est le résultat des Samskaras, formés dans une vie précédente. Un enfant ne naît pas avec un cerveau vide, il ne part pas à zéro. Il est né avec toutes les empreintes formées dans une existence antérieure

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Il y a une gaine astrale ou un corps astral et une conscience astrale. Le corps astral est aussi abandonné et c’est la conscience astrale qui contient les empreintes, non seulement de l’existence précédente, mais de toutes les existences passées. Si nous pouvions plonger au fond de notre conscience astrale, nous y trouverions enfouies les empreintes innombrables de vies antérieures. Mais ce qui détermine l’incarnation suivante, ce sont les empreintes qui ont déjà germé, qui ont déjà un certain élan et cela ne peut pas être changé, on n’y peut rien.

Imaginez qu’il y ait cent graines et sur ces cent graines dix ont germé. Il est impossible de faire retourner les pousses en arrière à l’état de graine qui était l’état précédent. Cela devra nécessairement pousser et devenir une plante ou un arbre si les conditions sont suffisantes. Il y a un élan comparé à la germination qui existe pour un certain nombre d’empreintes et ce sont celles-ci qui détermineront l’incarnation suivante. Mais cela ne veut pas dire qu’à côté de ces empreintes il n’y ait pas d’autres empreintes enfouies à un niveau très profond et qui sont là en latence et toutes ces empreintes ne cessent d’exister que lorsqu’il y a réalisation. A ce moment-là elles s’épuisent et disparaissent. Quand elles sont complètement épuisées les unes par rapport aux autres, il y a libération.

Généralement l’être humain ne réalise pas ce qu’il est essentiellement du fait de sa nature essentielle. Par exemple ma main, c’est le corps, l’Atman est sous ma main en continuité avec le Brahman et sous ma main il y a des couches nombreuses d’empreintes subconscientes qui font écran. Si bien que ma main ne peut pas réaliser ce qui est au-dessous. Si je peux enlever toutes ces couches qui sont au-dessous de ma main alors je pourrai réaliser ce qui est ma nature essentielle, c’est-à-dire le Brahman et c’est de cela qu’on parle quand on dit le salut, la libération, la réalisation, etc. Le terme employé pour épuiser les empreintes c’est habituellement « brûler », car dans la méditation, l’énergie devient si puissante que c’est comme un feu qui brûle les empreintes subconscientes.

Question : Il y a un problème de vocabulaire, car on essaie de remplacer des termes et des notions orientaux par des termes et notions occidentaux.

Mataji : C’est pourquoi nous avons dit au début qu’il faut que l’aspirant commence par obtenir les quatre qualités essentielles, de façon à ce qu’il y ait une communion directe entre l’aspirant et le Maître et que le mental soit en quelque sorte jugulé. Vous entendez les mots, ce sont des mots extérieurs, mais il doit y avoir une communion entre vous et le Maitre pour bien saisir ce qui est enseigné.

G. Monod-Herzen : Dans un des ouvrages de Sri Aurobindo qui est traduit en français, qui est paru chez Buchet-Chastel, dans la deuxième partie, un très long chapitre est entièrement consacré à ce dont vous venez de parler : « Qu’est-ce qui se réincarne ? » avec une tentative d’utiliser un vocabulaire occidental chaque fois que cela est possible.

Question : Mais justement Sri Aurobindo ne donne pas d’explication définitive, il fait retour à différentes solutions envisagées, mais ne donne pas de solution définitive.

G. Monod-Herzen : Je crois qu’il va aussi loin qu’on peut aller.

Mataji : Il y a une limite au langage, on ne peut pas aller au-delà d’un certain point. C’est aussi pourquoi je dis qu’il doit y avoir une communion entre Maître et disciple. Car de toute façon le même livre lu par six personnes différentes, pourra être compris de six façons différentes.

Question : Est-ce qu’en Orient le Maître fait un cours ou bien avance-t-il en fonction des expériences de l’élève ?

Mataji : A l’origine les disciples vivaient avec leur Maître. Tous les jours il y avait trois ou quatre disciples, c’était un enseignement continu pendant toute la journée et ce n’était qu’après une connaissance parfaite et correcte de ce qu’était la vie qu’ils allaient vivre auprès de leurs familles. Mais ils commençaient à passer quelques nombres d’années auprès d’un Maître. Cela s’est bien déformé. On peut prendre pour exemple les différents types de Sannyas. On trouve des Sannyasin de toutes sortes maintenant. Cela s’est complètement détérioré.

Question : On cite beaucoup de choses en ce moment concernant les vies antérieures de tel ou tel personnage. Est-ce que vous pensez que cela est nécessaire ?

Mataji : Je pense que cela n’est pas nécessaire si vous êtes un être normal. Cela peut être utile en cas de blocage psychique particulier. Et alors il y a des Maîtres qui le font.

Gabriel Monod-Herzen : Quand j’ai posé cette même question, j’étais arrivé à Pondichéry depuis peu de temps, on m’a répondu : « Si vous aviez le malheur de connaître toutes les bêtises que vous avez faites dans vos vies antérieures et qui vous ont amené à l’état où vous êtes, vous n’auriez plus envie de le savoir ! »

Mataji : Il y a aussi quelque chose qui peut se produire à ce moment-là, si on se dit : « C’est à cause de cela qui a été vécu dans une vie précédente, mais je n’en suis pas responsable ! » On peut connaître certains faits, pas tout des vies précédentes, on n’a pas une explication pour tout. On peut savoir en gros ce qu’on a été mais on ne peut pas trouver le lien entre tout ce qui se passe dans cette vie et ce qui s’est passé dans une vie précédente.

Question : Le problème de toutes ces explications, c’est que nous restons au niveau du mental. Derrière tout cela il y a une expérience qui a été réalisée par des grands Maîtres dont nous avons une explication mentale et nous restons là sans faire d’expérience qui permette de mieux comprendre. C’est une perte de temps !

Mataji : Pour faire une expérience, il en est de même dans le domaine scientifique, il faut bien avoir certaines données intellectuelles, je vous donne vraiment le minimum essentiel comme point de départ pour votre recherche et vos expériences personnelles. Si vous n’aviez pas cela, d’où partiriez-vous ? Il faut bien partir de quelque chose !

G. Monod-Herzen : On ne peut faire l’expérience à votre place.

Mataji : Si je dis à quelqu’un : « Allez méditer maintenant… », on me demanderait qu’est-ce que la méditation ? Il faudra bien que je réponde. Et si on me pose la question : « Pourquoi faut-il que je médite ? » « Qu’est-ce que j’en retirerai ? » Il faut bien que je dise certaines choses. Donc il y a tout de même une connaissance fondamentale et mentale qui est nécessaire.

Ainsi si vous méditez et que vous atteignez le niveau Anandamaya Kosha, vous éprouverez une félicité immense et vous pourriez vous imaginer avoir atteint le sommet le plus haut. Donc il faut bien que vous compreniez le point auquel vous êtes arrivé et que ce n’est pas le point le plus ultime. Il faut bien savoir tout cela. Mais il est vrai qu’en Occident il y a une tendance et qu’on s’arrête souvent à l’intellect, à ne pas aller plus loin, tandis qu’en Orient nous voyons plus loin.

Question : C’est pour cela que je pense qu’il faudrait essayer de faire une expérience, méditer et que le Maître doit expliquer chaque élément de découverte que l’élève fait par l’expérience. Une expérience peut aller en même temps que la connaissance.

Mataji : C’est pourquoi j’insiste davantage sur la méditation que sur les conférences. Il y a méditation deux fois par jour et une conférence tous les deux jours, car il faut qu’il y ait équilibre entre les deux. Compréhension, puis mise en pratique, puis éclaircissement s’il y a des questions, cela peur aller de pair.

G. Monod-Herzen : J’ai posé la même question quand j’étais plus jeune et on m’a répondu: « Le Maître n’est pas fait pour vous donner la libération, mais pour vous montrer le chemin qui vous permettra de l’atteindre. »

TABLEAU

PARAMBRAHMAN ou PARAMATMAN.

C’est la Conscience Absolue, ultime, divine.

Juste avant la Création il y a MULAPRAKRITI ou « la cause » matière ou nature primordiale.

Toute la création est considérée par le Vedanta comme une sorte d’ILLUSION. Il peut y avoir deux sortes d’illusion :

1° rien n’existe, mais vous vous imaginez que quelque chose existe (il y a des malades mentaux qui voient ou entendent des choses qui n’existent pas), mais ici le pouvoir d’illusion est le pouvoir de la Conscience absolue Elle-même, car il n’y a rien en dehors de cette Conscience absolue ou divine. La création a lieu au sein de cette Conscience, ainsi que la résorption dans cette Conscience absolue. Elle ne s’accroît en rien par la création et n’est diminuée en rien par l’absorption.

Tout cela se produit grâce à une force que nous appelons MAYA. C’est une force qui dissimule la Réalité et projette l’Irréalité (la manifestation).

Rien de ce que nous appelons l’irréalité ne peut exister si le Réel n’est pas là comme substrat, de même que lumière et ombre n’existent que lorsqu’il y a un écran sur lequel elles se projettent. Il faut donc un écran où la Conscience absolue, pour que l’irréel puisse apparaître.

Conclusion de Mataji : Il faut d’abord écouter l’enseignement (les Écritures) : SHRAVANA puis réfléchir (rationalisation) : MANANA puis méditer : NIDIDHYASANA.

***

SIGNIFICATION ET PRÉCEPTES DE L’INITIATION

Dans la tradition indienne, l’initiation au cours de laquelle est reçu un mantra (diksha mantra) ne peut être donnée que par un Maître authentique ayant déjà consacré douze années au moins à sa propre sadhana (ascèse). Le mantra reçu lors de la cérémonie, beaucoup plus élaborée du sannyas ne peut être, quant à lui, que donné par un sannyasin (renonçant) qui, comme le moine chrétien, est mort au monde et à ses plaisirs et qui est déjà très avancé sur la voie spirituelle.

Lors de l’initiation, le Guru (Maître spirituel) introduit dans le subconscient du postulant un mantra (c’est-à-dire des vibrations) exactement adapté aux vibrations mentales de ce dernier. C’est-à-dire que le lien créé par l’initiation entre le Maître et le disciple est un lien intime et puissant que rien ne peut défaire. Le Maître prend en charge l’évolution spirituelle de son disciple. Il est là pour le guider, le conseiller, le mettre en garde, mais il ne peut se substituer à lui. Il appartient à l’initié et à lui seul de faire sa sadhana, de marcher sans dévier dans la direction indiquée par le Maître. L’initiation lui sert de tremplin spirituel puisque ses vibrations mentales ont été transformées par l’introduction du mantra approprié. Mais ensuite l’effort constant, la persévérance, la vigilance, la discrimination nécessaires au dépouillement du « vieil homme » — c’est-à-dire à l’annihilation progressive de l’ego pour retrouver le Soi —, tout cela n’appartient qu’à lui. Le Maître ne peut faire le chemin pour le disciple. Cependant, comme le dit un chant adressé au Guru : Mokha mulam Guror Fripa, la grâce du Guru est la racine de la Libération. C’est que le Guru humain n’est là que comme un pur canal véhiculant la Grâce divine. En étant initié on établit donc un pont direct entre soi et l’Absolu. Encore faut-il passer de l’autre côté du pont par son propre cheminement ! Alors, par la Grâce du Guru, le disciple réalise l’identité entre la Conscience intérieure et la Conscience universelle et cosmique, c’est-à-dire Dieu.

L’initiation donnée par un véritable Maître est une grâce insigne qui nous est accordée. On ne peut ni la demander, ni la recevoir à la légère. On ne peut que l’accueillir avec respect, humilité, gratitude et ferveur et essayer d’en rester digne jour après jour, jusqu’au dernier souffle.

NADA

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