Swami Hridayananda Sarasvati : Raja Yoga 5


21 Apr 2010

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Enseignement donné à l’ECOLE NORMALE DE YOGA Juillet 1980

(Revue Panharmonie. No 188. Octobre 1981)

SUR LA MEDITATION

Je vais vous raconter une histoire : un homme dormait dans un sac de couchage. Tout à coup, il se réveille et sent un serpent allongé à côté de lui dans le sac. Terrifié, il ne bouge pas et quand quelqu’un vient il lui fait comprendre aussi discrètement que possible ce qui lui arrive. Ses camarades lui disent : « Surtout ne bouge pas, on va l’enfumer, mais si tu bouges, on ne répond plus de rien. » On commence à l’enfumer et très doucement le serpent se déroule et passe sur le corps de l’homme pour sortir du sac. Imaginez l’état de l’homme à ce moment-là ! Mais il s’en sort sans dommages.

Et bien, en méditation il faut obtenir le même calme du mental que celui qu’a dû être le calme physique de l’homme pour éviter la catastrophe. Car quoique vous fassiez pour l’arrêter, le flux de vos pensées deviendra à son tour une pensée et, bien sûr, très peu de gens peuvent arriver à ce stade. Lorsque vous vous asseyez pour méditer, il ne faut avoir aucun but quel qu’il soit, car si vous avez un but, cela fait obstacle à la méditation.

Question : N’est-ce pas déjà un but que de se mettre en méditation ?

Mataji : Oui, mais il ne faut pas être anxieux d’atteindre l’état de méditation.

Hier après-midi, quelqu’un s’est battu mentalement avec moi. Cette personne n’a pas osé poser la question. Je vous en prie, exprimez tous vos doutes, je ne m’attends pas à ce que vous acceptiez tout sans broncher.

Hier j’ai dit ou semblé dire qu’éprouver des plaisir sensuels était un poison. Mais non, bien sûr ! Si vous ne laissez pas les organes des sens s’exprimer, vous êtes comme une pierre, complètement inerte. Vous ne pouvez pas vivre comme cela et si vous êtes une personne normale, lorsque vos organes des sens entrent en contact avec n’importe quel objet, ils réagissent, c’est tout à fait normal. Il y aura une réaction, agréable ou non. La différence entre une personne ordinaire et quelqu’un d’avancé spirituellement est que ce dernier éprouve la réaction, mais ne se laisse pas emporter par elle. Donc, si la réaction en question n’est pas souhaitable pour son progrès spirituel, spontanément elle est rejetée, sans aucun effort. On peut expliquer cela par l’image suivante : lorsqu’un bateau avance dans la mer, il trace un sillon. Lorsqu’une voiture roule sur la route, elle peut aussi laisser une empreinte. Le sillon dans l’eau, formé par le bateau, sera aussitôt recouvert. Dans ce cas ce sont des réactions de personnes avancées spirituellement, c’est instantané. Pour les gens ordinaires, l’empreinte demeure et provoquera même des réactions en chaîne.

Si vous rencontrez quelqu’un ou quelque chose qui vous apporte un plaisir sensuel, si simplement vous jouissez de ce plaisir que vous oublierez tout de suite, il n’y a aucun problème. Et ceci est valable non seulement pour le plaisir, mais aussi pour tout autre sentiment. Ce qui se passe souvent, c’est que l’on continue à y penser et, si cela a été une impression agréable, on a envie de recommencer. Si cela a été désagréable, on échafaude des plans pour empêcher que cela ne recommence.

Donc, dans le premier cas, on crée une attraction envers cet objet particulier et cette attraction se transforme en attachement, puis en désir de possession. Et s’il y a d’autres êtres qui essayent de s’approprier le même objet, il y aura une lutte entre les différents ego et cela provoquera un ressentiment, de la colère envers celui qui essaye de vous dérober ce que vous convoitez vous-même. La colère est comme un nuage pour le mental qu’elle fait osciller très fortement. Le pouvoir de discrimination est d’autant plus présent qu’on est conscient de la Conscience Absolue. Si l’on a pas pris du tout conscience de la Conscience Absolue, il n’y a pas de pouvoir de discrimination. A ce moment-là, vous prononcerez des paroles que vous n’auriez jamais prononcées, vous agissez mal et finalement vous vous mettez dans des situations très difficiles et, en même temps, vous perdez beaucoup d’énergie.

Nous devons garder autant d’énergie que possible si nous voulons entrer dans un état de méditation. Je n’ai absolument pas voulu dire que vous deviez fuir tous les plaisirs sensuels, mais que vous ne deviez pas vous laisser emporter par eux à tel point que vous négligeriez votre vie spirituelle et ce que vous devez faire en réalité. De toute façon, on ne doit rien rejeter, rien supprimer par un effort de volonté seul. Tout doit se faire automatiquement, mais en même temps on doit avoir une compréhension juste des dangers des plaisirs sensuels si on se laisse emporter par eux.

Par  exemple, lorsqu’il pleut, un enfant peut aimer se promener sous la pluie, mais cela peut être mauvais pour lui, il peut s’enrhumer. Il faut donc avertir l’enfant du danger et quelquefois l’en empêcher. On ne peut pas dire simplement : « l’enfant s’amuse sous la pluie, laissons-le faire puisqu’il y a un danger. Mais dans le cas des plaisirs sensuels, nous ne demandons pas à quelqu’un d’autre de nous limiter dans nos plaisirs, nous devons avoir une autodiscipline qui nous empêche d’avoir des jouissances dangereuses, c’est-à-dire exagérées.

A présent nous allons parler du Kriya Yoga dans le Raja Yoga.

Le Kriya Yoga fait partie des NYAMAS dont nous parlerons plus tard parce que c’est en général un point très négligé. Patanjali Maharshi lui a porté une attention particulière. Il le répète plus tard dans les NYAMAS, néanmoins il a voulu traiter le sujet séparément.

Kriya a différents sens selon les auteurs. On appelle aussi Kriya Yoga un certain type de respiration, de PRANAYAMA. On appelle aussi Kriya Yoga le fait de diriger le prana suivant certains circuits, suivant certaines concentrations. Pour Patanjali, le Kriya Yoga est formé de trois aspects : Tapas, Svadhyâya et Ishvara-Pranidhâna.

TAPAS, c’est l’austérité — SVADHYAYA, c’est l’étude des Écritures — ISHVARA-PRANIDHANA, c’est s’abandonner au Divin.

Ce sont ces trois éléments qu’il appelle le Kriya-Yoga et il dit qu’ils vous mettront dans un état favorable à la méditation.

TAPAS ou austérité : Cela ne veut pas dire rejeter les choses et cela ne veut pas dire non plus mortification du corps. Vous êtes simplement sensés observer la modération dans tout ce que vous faites, car évidemment, nous ne pouvons pas nous passer de certaines choses pour vivre confortablement. A différents stades de la vie, à différents âges, nous avons besoin de différentes choses pour vivre convenablement, et aussi suivant les différentes cultures et les différents pays. Ce que austérité veut dire, c’est d’éviter d’accumuler des choses dans le but d’avoir de plus en plus de confort. On attend de vous que vous viviez une vie simple, que vous vous en teniez aux simples nécessités car, en effet, il n’y a pas de fin à ce qu’on peut acquérir. Par exemple : quelqu’un qui n’a pas du tout de maison se contentera d’une petite cabane. Mais si vous avez  une petite maison et que vous vous compariez à quelqu’un qui a une grande maison, vous aurez le désir d’avoir une grande maison. Et ainsi cela peut continuer jusqu’à un immense palais. Par conséquent, vous avez certainement besoin de certaines choses qui vous sont nécessaires, mais vous pouvez aussi multiplier ces objets à l’infini.

Ce désir d’acquisition crée de nombreux problèmes dans notre mental, car certaines gens sont sans cesse en train de penser à ce qu’ils vont pouvoir acquérir d’autre et de se comparer à ceux qui ont plus qu’eux, afin d’en avoir autant.

Si vous observez votre mental, vous constaterez combien il est sans cesse perturbé par de tous petits détails. Je me rappelle un jour, quand j’étais à l’Ashram de Rishikesh, nous étions trois amies à être assises pour méditer. Avant cela nous étions allées faire quelques courses. Nous avions vu beaucoup de saris et l’une d’entre nous avait beaucoup aimé un sari, mais elle l’avait trouvé trop cher. Donc, elle ne l’avait pas acheté. Nous avons quitté le magasin et nous étions allées méditer ensemble. Nous nous étions assises pendant environ trois quarts d’heure et puis, à la fin, nous avons chanté le OM et ouvert les yeux. A peine avait-elle ouvert les yeux que cette dame posa la question : « Quel était déjà le prix de ce sari ? ». Elle avait médité sur le sari, pendant trois quarts d’heure elle a pensé au sari qu’elle n’avait pas acheté, si bien que la première question en ouvrant les yeux était celle-là !

Donc, on attend de nous que nous pratiquions l’austérité, c’est-à-dire en rejetant les désirs de ce qui n’est pas nécessaire, car ces désirs gênent et agitent notre mental. Mais cela ne veut pas dire du tout que vous deviez étouffer tout désir. Si c’est un désir — disons innocent — ne perdez pas de temps à l’analyser et essayez de vous en débarrasser.

Il y avait un petit garçon en Inde qui aimait particulièrement une sorte de pain. Le pain n’est pas courant en Inde. Dans la plupart des maisons, on n’en achète pas, on fait son petit déjeuner avec des céréales qu’on prépare chez soi. Donc, quand il y avait du pain sur la table, ce petit garçon était très désireux d’en avoir et il n’était jamais content du morceau qu’on lui donnait, il n’était jamais assez grand. Et après cela le mental du petit garçon était agité, troublé pendant très longtemps. Son père était un être très spirituel. Il s’est aperçu que son petit garçon n’avait qu’une seule pensée : quelle quantité de pain pourrait-il avoir pour lui lorsque celui-ci serait servi ? Alors un jour le père est allé acheter un énorme panier de pain, il l’a mis dans la chambre du petit garçon en disant : « Et maintenant, mange tout le pain que tu veux ! » Et après trois jours, le petit garçon ne pouvait plus voir le pain !

Cela vous pouvez le faire pour certains désirs qui sont innocents, mais si vous le faites avec d’autres désirs moins innocents, ce sera comme si vous jetiez de l’huile sur le feu. Les gens qui prennent de la drogue, par exemple, on ne peut pas prendre le risque de leur en donner encore plus, car cela ne ferait que les intoxiquer davantage. Donc, il faut nous servir de notre pouvoir de discrimination. C’est pourquoi avant Vairâgya, c’est-à-dire le renoncement, nous avons Viveka, le pouvoir de discrimination, pour éliminer ces désirs nocifs non pas en les étouffant, mais par une juste compréhension de leurs dangers.

Contrôler son sommeil, ne pas trop dormir, c’est une austérité. Mais si vous allez trop loin, si vous ne dormez pas assez, cela peut être très dangereux, très mauvais. J’ai rencontré une jeune personne qui se dit spirituelle. Ce garçon est venu à l’hôpital ophtalmologique de l’Ashram et à l’hôpital nous donnons des numéros d’attente. Ce jeune homme avait le n° 10, mais il voulait absolument qu’on l’examine avant les autres. Alors mon assistant l’a empêché de venir me trouver. Il y a eu une grande discussion, il criait, il traitait les gens de tous les noms. Je l’ai appelé, je lui ai demandé ce qui se passait et il m’a répondu : « Ces gens ne se rendent pas compte de ce que je suis, depuis douze ans je ne dors pas ! » Alors voilà le résultat de ne pas avoir dormi pendant douze ans ! Au moindre incident, il perd tout contrôle sur lui-même. Je lui ai demandé : « Comment avez- vous fait pour ne pas dormir pendant douze ans ? » et il m’a répondu : « Venez dans ma chambre au bord du Gange lorsque vous vous promènerez et je vous le montrerai. » Il occupait une petite chambre dans laquelle il avait tendu une corde d’un mur à l’autre et toute la nuit il mettait ses deux mains sur la corde et s’y appuyait pour rester debout.

Comment appeler cela « austérité » ? J’appelle cela stupidité. Et, en plus, cela vous rend très content de vous-même et développe votre ego, parce que vous pensez être capable de faire ce que d’autres ne peuvent pas faire !

De même, si vous pouvez contrôler vos paroles, c’est de l’austérité. Mais cela aussi il faut le faire en utilisant votre pouvoir de discrimination, il faut le faire correctement. On raconte qu’un homme était resté de nombreuses années sans parler. Il s’est rendu dans un village et a fait comprendre à une personne qu’il voulait boire. Elle lui a apporté un verre d’eau. Mais il fit signe que non avec la main et montra un mur blanc en refaisant le geste de boire. Cette personne lui dit : « Je ne comprends absolument pas ce que vous voulez ! » Alors il a fait le geste de traire. « Ah, dit-elle, vous voulez du lait ! » I1 a fait oui du geste. Elle lui a apporté un verre de lait, mais il lui a encore fait comprendre qu’il n’était pas assez grand. Au lieu de dire : « Je voudrais s’il vous plaît un grand verre de lait », voyez toute l’énergie qu’il a dépensé inutilement pour faire comprendre ce qu’il voulait !

Il y a beaucoup d’Occidentaux qui vont en Inde et qui voient ce genre de choses, qui en sont très impressionnées et qui veulent les imiter. Alors je vous mets en garde, n’imitez pas tout ce que vous voyez en Inde. La meilleure des austérités en ce qui concerne la parole, c’est de ne dire que ce qui est nécessaire, de n’utiliser que le minimum de mots, mais néanmoins tout en disant ce que vous avez à dire.

Je vais vous raconter l’histoire d’un homme qui voulait pratiquer l’austérité. Il avait renoncé à tout ce qu’il possédait. Tout ce qui lui restait était un récipient fait d’une écorce de fruit autour de laquelle on pose un cercle de cuivre et on y ajoute également une anse en métal. C’est très beau. Mais, à moins d’être poli, cela perd sa couleur. Donc cet homme ne possédait plus que cela, mais il y était si attaché qu’il passait des heures à le polir.

En effet, si vous renoncez avant d’avoir atteint une compréhension juste, tous vos désirs frustrés, tout ce à quoi vous avez renoncé peut se concentrer sur un seul objet. Donc cet homme va méditer dans la forêt et pose le récipient à ses côtés. Mais à peine a-t-il fermé les yeux qu’il se dit que peut-être on va le lui voler et il regarde si cet objet précieux est toujours là. Il referme les yeux et le même processus recommence. Donc, réfléchissez sur l’austérité, pourquoi est-elle nécessaire, pourquoi naissent des désirs dans votre esprit ? C’est parce que nous voulons obtenir quelque chose que nous n’avons pas encore atteint et nous éprouvons un sentiment de vide, parce que nous n’avons par pris conscience de notre Moi intime et, chaque fois que nous réalisons un désir, nous en retirons une paix momentanée de l’esprit. Si nous essayons de réaliser désir après désir, c’est précisément afin d’obtenir cette paix, mais vous constaterez que les désirs sont sans fin et qu’il n’y a pas de satisfaction durable. Il faut donc découvrir d’où vient la satisfaction et vous vous apercevrez que ce sont les oscillations du mental qui vous agitent lorsque vous avez un désir et lorsque votre désir est satisfait, les oscillations du mental se calment, puisque vous éprouvez cette paix qui provient du silence du mental. Comment prouver cela ? Vous pouvez, avant de dormir, être dans un état d’extrême agitation parce que vous n’avez pas pu satisfaire un désir. Mais une fois que vous avez atteint l’état de sommeil profond, c’est-à-dire le sommeil sans rêve, vous constaterez que vous êtes absolument en paix, vous n’avez plus aucun désir, même si vous n’avez pu le satisfaire. Donc, l’accomplissement de votre désir vous aura apporté la paix de l’esprit dans l’état de veille, mais dans l’état de sommeil profond vous êtes en paix, même si le désir n’a pas été réalisé. Cela prouve que ce n’est pas la satisfaction du désir en soi qui vous apporte la paix, mais le fait que le mental ne fonctionne plus. En conséquence, même si vous ne pouvez pas satisfaire votre désir, vous trouverez la paix en faisant taire votre mental.

Donc, au lieu de gaspiller tant d’énergie à essayer de satisfaire de nombreux désirs, il vaut mieux se mettre à méditer et, dans la méditation, faire taire le mental et ainsi obtenir une paix plus durable qui peut, peu à peu, devenir plus constante. Voilà pourquoi Patanjali nous indique que l’austérité est un moyen pour maintenir le mental dans un état de calme. Mais il faut faire attention ! Car, à moins d’avoir la compréhension juste, cela peut avoir un résultat opposé et vous agiter davantage encore.

Vous pouvez par exemple décider de mener une vie simple et n’avoir que des vêtements simples. Mais avez-vous assez réfléchi sur la raison pour laquelle vous désirez être habillé simplement ? En fait, vous le faites mécaniquement parce que vous savez que c’est une austérité. Alors que va-t-il se passer ? A chaque fois que vous verrez d’autres personnes habillées élégamment, vous les envierez et vous les critiquerez. La paix que vous désirez acquérir sera tout à fait compromise. Faites donc très attention d’avoir une compréhension juste afin que ce soit cette compréhension qui vous inspire des actions, et non pas forcer vos actions par une simple détermination de votre volonté.

Nous en arrivons maintenant à SVADHYAYA, c’est-à-dire à l’étude des Écritures. Il ne s’agit pas de lire mécaniquement la Bible, le Coran ou la Bhagavad Gîta, il faut avoir un niveau de compréhension juste, correct, de ce qu’on lit. Car, pendant la journée, vous êtes sans cesse exposés à des vibrations négatives. Malheureusement, les gens auxquels nous avons à faire dans ce monde sont, dans leur grande majorité matérialistes. Il y a très peu de gens qui ont une orientation de vie spirituelle et très nombreux sont ceux qui essayent de vous détourner de votre voie spirituelle, persuadés que vous faites fausse route. Ils vont vous critiquer dans leurs paroles, se moquer de vous et, au contraire, vanter leur propre existence, leur confort, l’étalage de leur bonheur. De plus, toutes sortes de circonstances adverses vont vous troubler. Il vous faut donc trouver une méthode pour calmer votre mental et aussi vous rappeler le véritable but de votre existence. On nous dit que les Écritures ne sont pas des livres ordinaires, car elles ont été écrites par des âmes qui ont réalisé Dieu. Ce sont des révélations. Derrière les mots, il y a la force spirituelle, la force de l’âme de ces âmes réalisées, si bien que leur effet sur nous est bien différent de ce que l’on peut retirer de la lecture de livres qui n’ont pas été écrits par des Saints. Il y a une force spirituelle qui en émane et qui peut nous transformer.

Il est donc recommandé de lire chaque jour un court passage au moins de ces livres et ensuite d’y réfléchir. Cela vous rappellera ce que l’on attend de vous en cette vie. C’est un devoir important pour chacun de nous de réfléchir sur : d’où venons-nous ? Pourquoi sommes-nous ici-bas ? Où allons-nous ? C’est une autre façon d’avoir sans cesse des aspirations spirituelles et aussi de calmer notre mental.

Et puis le dernier aspect : ISHVARA-PRANIDHANA ou s’abandonner au Seigneur.

Bien sûr, nous avons l’impression d’agir par notre propre effort. Évidemment l’effort personnel est nécessaire. De toute façon, il est impossible de vivre sans faire aucun effort puisque nous sommes sans cesse sous l’influence des trois Gunas, des trois énergies de l’Univers, et que ces trois forces nous font agir, même si nous ne le voulons pas. Mais ce que nous pouvons faire, c’est que nos actions soient correctes ; c’est-à-dire que nous agissions pour le bien de tous et en même temps, nous rendre bien compte que rien ne peut être accompli par notre seul effort. Notre effort doit être combiné avec la volonté cosmique ou divine. Si la volonté divine s’oppose à notre volonté, aussi intelligents, aussi puissants, aussi doués que nous soyons, nous ne pourrons rien faire.

Comment pouvons-nous être en accord avec la Volonté Divine ? Uniquement en faisant taire notre mental, car plus il est silencieux, plus nous sommes en communion avec le Divin, et plus il est agité, sans être vraiment séparé, plus nous avons l’impression d’être séparés du Divin. Si nous sommes en accord avec la Volonté Divine, notre esprit est paisible et équilibré.

Or, nous n’avons pas à aller chercher la Volonté Divine à l’extérieur, elle est en nous, en chacun de nous. Comment cela peut-il nous donner un équilibre psychologique parfait ? Parce que la nature de la Conscience Divine est un équilibre parfait. Donc, si nous en avons un reflet, nous aussi nous serons équilibrés. Et chaque fois que le mental se tait, nous pouvons percevoir, bénéficier de l’équilibre de la Conscience Absolue. C’est pourquoi chaque fois que nous faisons quelque chose en ce monde, que ce soient des tâches à la maison, au bureau ou dans notre travail, il faut que nous nous absorbions complètement dans ce que nous faisons. En général, ce n’est pas le cas, notre mental nous joue toutes sortes de tours pendant ce temps. Nous ne sommes pas complètement absorbés par ce que nous faisons. Si nous l’étions, même si c’est difficile et même si les gens cherchent à faire obstacle à ce que nous faisons ou s’ils nous critiquent, cela ne nous affecterait pas. Rappelez-vous que le monde est une grande scène de théâtre et que nous en sommes les acteurs, comme l’a dit Shakespeare.

Pensez à un petit théâtre, il y a un homme juste que tout le monde apprécie, qui fait tout très bien. Puis on lui demande de jouer le rôle d’un scélérat et il s’habille comme un scélérat. Sur scène il fait tout ce qu’il faut, il vole, il tue, il viole, le public est excité et commence à l’injurier, l’identifiant au personnage. On le traite de tous les noms, mais il n’en est pas affecté et il se sourit à lui-même pour deux raisons : premièrement, il se dit qu’il doit jouer parfaitement son rôle pour que le public réagisse ainsi et deuxièmement, il ne perd jamais de vue ce qu’il est en réalité. Il sait très bien qu’il est un homme juste et non un scélérat. S’il avait oublié cela, il se serait mis à réagir aux injures et il aurait à son tour injurié le public.

C’est donc parce que nous oublions notre véritable nature que nous réagissons aux critiques, aux injures que peuvent nous adresser les autres. Nous devons à chaque instant nous abandonner complètement à la situation et, en même temps, essayer de l’améliorer. Tant que nous sommes obligés de subir une situation donnée désagréable, acceptons-la, faisons de notre mieux et en même temps essayons de l’améliorer, c’est-à-dire de trouver une situation meilleure afin de pouvoir abandonner celle qui est désagréable. Il faut que vous compreniez qu’il n’existe pas de hasard et que nous ne sommes jamais placés dans une situation particulière par hasard. En effet, la Puissance Cosmique nous a placés là parce que cette expérience est nécessaire pour nous. Ce n’est donc pas la peine de vous débattre et d’essayer par tous les moyens de vous en sortir, car ce n’est pas l’effet du hasard. Cela ne veut pas dire qu’il faut être fataliste. Lorsqu’il s’agit d’un travail qui ne vous plaît pas, qui est désagréable, tant que vous y êtes, travaillez le mieux possible et à vos moments libres cherchez une situation meilleure. Acceptez la situation présente et quand le karma sera épuisé, à ce moment vous trouverez autre chose et vous changerez de situation. C’est-à-dire que dès que le Pouvoir Cosmique, la Conscience Cosmique saura que cela suffit, que vous aurez fait l’expérience nécessaire, cela changera, il y aura bien sûr une autre expérience, qui peut durer plus ou moins longtemps. Faites correctement, parfaitement, ce que vous avez à faire et, en même temps, essayez de vous sortir de la situation désagréable.

Question : Que faire quand nous avons un désir néfaste et que nous ne pouvons l’oublier ?

Mataji : Comme je vous l’ai dit, il faut que vous réfléchissiez sur la raison pour laquelle ce désir est venu et comprendre que si vous réalisez ce désir, vous serez heureux et en paix pendant quelque temps, mais un autre désir viendra. Si vous avez ce désir, c’est parce que vous n’avez pas réalisé ce qui est votre aspiration essentielle, c’est-à-dire une prise de conscience de l’Absolu. Donc, l’austérité, bien comprise, la lecture des Écritures, la soumission au Seigneur ou à la Volonté Cosmique, ces trois facteurs vous aideront peu à peu à vous changer.

Vous pouvez encore faire autre chose : quand vous êtes sous l’emprise d’un désir très fort, essayez d’observer votre mental comme si vous étiez un témoin. C’est une très bonne méthode car, en général, une pensée en amène une autre et on est emporté par elles. Tandis que là, on prend une distance par rapport à ses pensées et en être le témoin calme votre désir.

Ne pensez pas que je me place à un point de vue purement théorique, j’ai été exactement comme vous. J’exerçais une profession libérale, je menais une vie mondaine, familiale, j’avais un mari, j’avais des enfants, donc j’ai connu tous les problèmes que vous pouvez connaître. Et puisque j’ai réussi à les transcender, il n’y a aucune raison pour que vous n’y parveniez pas vous aussi, à condition d’en éprouver un désir sincère. La première chose à comprendre, c’est justement la nécessité de transcender cela, car les gens se font une idée fausse de la vie. Je vous ai dit au cours d’une causerie que la colère, la haine, etc. étaient très malsaines pour notre mental. Quelqu’un m’a dit un jour : « Mais comment peut-on vivre en ce monde si on n’a pas ces sentiments ? » Cette personne pensait que c’était vraiment nécessaire à la vie. Ce que je voulais dire hier, c’est que nous avons tendance à nous précipiter vers tout ce qui peut nous apporter des plaisirs des sens et à négliger le reste. Or il faut absolument donner une valeur au moins égale à ces deux aspects.

Un verset de la Bhagavad Gîta dit que celui qui dort trop, celui qui ne dort pas assez, celui qui mange trop ou celui qui ne mange pas assez, celui qui a trop de distractions et celui qui n’a pas assez de distractions, tout cela fait obstacle à sa méditation. Le fait est qu’il y a en général déséquilibre, la vie est déséquilibrée. La balance penche considérablement du côté des plaisirs et nous négligeons le reste. Et lorsque le plaisir ne peut pas être satisfait, il y a souffrance. Tout autour de nous nous entraîne dans la mauvaise direction. Nous devons développer en nous une force spirituelle qui nous permette de résister à ces tentations, à ces appels.

Tous ceux qui ont réussi, même à un moindre degré, vous diront qu’ils mènent une vie beaucoup plus heureuse qu’avant.

Réponse à une question : Être très pauvre matériellement ne signifie pas ne pas avoir un pouvoir de discrimination. Il n’est pas possible de voir davantage de gens pauvre qu’en Inde et je peux vous assurer qu’ils sont bien plus satisfaits de leur sort que bien des gens riches de ce pays-ci, de l’Occident. Pourquoi y a-t-il tant de ventres vides ? Parce qu’il y a trop peu de gens qui vivent une vie spirituelle. Si tout le monde n’avait même qu’un peu de vie spirituelle, il n’y aurait pas de ventres vides. Nous agitons tout un tas de pensées philosophiques, mais nous sommes incapables d’agir et de nourrir les pauvres. Si tout le monde était capable de faire quelques sacrifices, il n’y aurait pas de pauvres. Mais personne ne veut faire de sacrifice.

Il y a les mêmes problèmes en Inde. Les gens riches gardent tout pour eux et les pauvres n’ont rien à manger. Mais, malgré cela, grâce à la philosophie qui est prédominante en Inde, ils ne souffrent pas autant qu’on pourrait le croire.

Parmi les pauvres il y a des artisans très capables, très doués, mais ils ne savent pas rentabiliser leur travail. Bien sûr, il y a aussi des gens spirituels qui veulent les aider.

Question : D’après ce que dit Mataji, le salut des pauvres semble passer par la grâce des riches !

Mataji : Non, ce n’est pas entièrement cela en Inde, il y a des pauvres qui sont très spirituels. La femme, l’épouse spirituelle de Ramakrisna, à une certaine époque de sa vie, n’avait pratiquement rien à manger, étant démunie de tout. Cela ne l’a pas empêchée d’être une femme très évoluée spirituellement.

La société est composée d’individus et pour que la société change, les individus doivent travailler à se changer. Chaque individu doit bien comprendre que pour que la société évolue, il doit évoluer lui-même d’abord et donc faire un travail personnel.

Une question : Sans reprocher rien à personne, je constate qu’il y a des êtres qui n’ont pas de vie spirituelle, que ceux qui sont arrivés spirituellement on les connaît, mais qu’on oublie ceux qui sont sur le chemin.

Mataji Non, ils sont guidés. C’est pourquoi nous avons tous ces entretiens. Mais regardez le petit nombre qui vient à la méditation, on ne peut pas forcer les gens à changer.

Question : La question serait qu’on ne parle pas assez des plans intermédiaires, entre celui qui n’a pas conscience et ceux qui ont déjà une réalisation.

Mataji : Pour moi, les séminaires de Yoga sont exactement faits pour cela, c’est-à-dire que chacun d’entre vous peut s’imbiber de ce que nous disons et en faire profiter ses amis, de façon à leur faire prendre conscience d’une orientation de vie plus spirituelle. Les discussions intellectuelles sont stimulantes, mais ne suffisent pas. Une once de pratique vaut mieux qu’une tonne de théorie.

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