Swami Hridayananda Sarasvati : Raja Yoga 7


21 Apr 2010

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ENSEIGNEMENT DONNE A L’ECOLE NORMALE DE YOGA Roscoff – Juillet 1980 (suite)

(Revue Panharmonie. No 190. Avril 1982)

Ce petit livre, TATTVA BODHA, est une introduction au Vedanta par SHANKARACHARYA, son titre signifie « Connaissance de l’Essence de la Vérité ». Les deux premiers versets, du moins le premier, ne concernent pas directement le sujet, mais néanmoins ils ont une signification importante et c’est pourquoi je vais vous les lire aussi.

Il invoque la grâce du Guru. SHANKARACHARYA est censé être un sage réalisé et pourtant, lui aussi invoque la grâce du Guru avant de commencer cette étude. On peut se demander qui est ce Guru qu’il invoque. « Guru » n’est pas une personne, « Guru » peut se manifester à travers n’importe qui, car c’est le Pouvoir Ultime et Omniprésent que l’on appelle Guru. Il est donc partout et si nous appelons Guru une personne humaine, c’est parce que cette conscience coule en cette personne plus particulièrement. En effet, cette conscience est en chacun de nous, mais nous y faisons obstacle par notre ego et l’ego, il faut bien comprendre que c’est un mental conditionné. Plutôt que « mental », il faudrait dire « esprit » ou « système pensant », car il est constitué de l’inconscient, du subconscient, du mental, des émotions, des sentiments, et tout cela mis ensemble forme l’ego. Donc l’ego est conditionné, car toutes les empreintes, les impressions que nous avons accumulées, sont base d’égoïsme. C’est-à-dire que toutes nos actions et toutes nos pensées sont motivées par la satisfaction personnelle, si bien que nous ne sommes pas tellement concernés par les autres, mais par nous-mêmes et ce que nous faisons, nous le faisons souvent pour notre bien propre ou pour notre mal.

Il se pourrait que toutes nos pensées ne soient pas ainsi motivées, mais la majorité d’entre elles le sont. Ce sont les empreintes que nous avons déjà assemblées aux différents niveaux de notre esprit et ce sont les stimulations de ces empreintes qui donnent naissance aux pensées conscientes. Si bien que même nos pensées conscientes sont conditionnées.

Ici, c’est pour nous donner un modèle, un exemple à suivre que SHANKARASHARYA invoque la grâce du Guru. Il n’invoque pas la grâce d’un Guru extérieur, mais il invoque la grâce du Guru intérieur, c’est-à-dire qu’il fait taire le mental, afin que ce qu’il dira, ce qu’il exprimera, ne vienne pas d’un mental conditionné, mais de la Conscience Ultime.

Il faut comprendre que ce que les grands artistes, peintres, musiciens ou poètes, créent de plus beau, est créé par leur intuition, leur puissance d’intuition, au moment où leur mental se tait. C’est quand le mental s’est tu, que quelque chose d’autre s’exprime venant d’une autre dimension. C’est la création intuitive. Ce qui est prédit alors, est tout à fait libre de toute motivation égoïste, c’est-à-dire de produire pour être célèbre, ou pour gagner de l’argent, être admiré, etc. De la même façon, pour comprendre un enseignement, pour donner un enseignement, il faut faire taire le mental et recevoir cet enseignement plus par intuition qu’à travers son intellect. En effet, si pendant que vous écoutez un enseignement vous vous posez des questions, vous faites des comparaisons avec ce que vous avez déjà entendu, vous n’êtes pas capable de saisir la signification intime de ce qui est dit. Si bien que ce petit livre commence par nous dire ce que nous devons faire pour amener le mental à ce silence. Donc, il ne commence pas par aborder directement le sujet, mais par donner des indications, une méthode pour amener le mental au silence, à la paix, afin d’être capable de saisir tout le contenu, toute l’essence de son enseignement. Selon Shankarâchârya seuls ceux qui ont pu faire taire leur mental selon les méthodes indiquées, sont capables de mettre en pratique les Vedanta dans leur vie de tous les jours.

La première des choses, dit-il, c’est d’avoir les quatre moyens de salut ou qualités essentielles :

— 1. Viveka ou le pouvoir de discrimination ;

— 2. Vairagya ou l’esprit de détachement ;

— 3. Shad-Sampat : les six qualifications ou vertus :

a) Sama, paix de l’esprit, sérénité,

b) Dama, maîtrise de soi, contrôle des sens,

c) Titiksha, endurance,

a) Uparati, satiété dans la jouissance sensorielle ; calme absolu ; renoncement,

e) Sraddha, foi,

f) Samadhana, concentration mentale, absorption de l’esprit.

— 4. Mumukshutva ou aspiration au Divin, au salut.

Lorsque nous parlons de tout cela, de nombreux auditeurs peuvent se demander : « alors que nous sommes engagés dans notre vie quotidienne, comment arriver à atteindre de tels états ? » Je vais bien préciser tout de suite que cela n’est pas aussi extrême que vous pouvez l’imaginer. Selon la philosophie indienne, il est tout à fait licite pour nous d’avoir une certaine richesse, de l’argent, et aussi certains plaisirs, des distractions. Lorsque je vous transmettrai l’enseignement de Shankarâchârya vous pourriez vous imaginer que vous devez vivre sur un autre plan, renoncer à tout, ce n’est pas du tout le cas. Tout ce qu’il faut que vous fassiez, c’est gagner de l’argent, jouir de tout ce que vous procure cet argent, mais en le faisant de façon juste, c’est-à-dire selon le Dharma ou la vertu juste.

D’abord il y a l’action : Karma(n) et puis Kama, le désir de jouissance et Artha, l’objet de désir, la richesse. Mais en agissant selon le Dharma on peut atteindre Moksha, la libération, en éprouvant des désirs (Kama) légitimes, c’est-à-dire rechercher certains plaisirs, objets, que l’on souhaiterait posséder et dont on voudrait jouir (Artha). Car en ne pas s’y attachant et en n’étant pas obsédé par le désir de jouir de ces objets, en un mot, si le mental n’en est pas agité, ils ne sont pas un obstacle à la libération (Moksha).

Mais que veut-on dire par « vertu juste » ? C’est difficile à définir, car il semble que ce qui est juste, moral, pour un pays, ce qui appartient à l’éthique d’un pays, peut ne pas appartenir du tout à l’éthique d’un autre pays. C’est ce que nous voyons en Iran par exemple en ce moment. Il peut y avoir des discussions infinies sur ce qui est juste ou ne l’est pas. En ce qui nous concerne, nous nous situons au niveau ultime de la vertu. Cela signifie que si tout ce que nous pensons, disons, faisons, doit agiter notre mental ou si cela doit nous éloigner de la Conscience Divine, si cela nous cache cette Conscience, alors cette action, cette parole, cette pensée, n’est pas juste. Car comprenez bien que la Conscience Ultime ou Divine est en chacun, elle est infinie et omniprésente, elle est donc partout et en chacun.

Qu’est-ce qui nous empêche d’en prendre conscience puisqu’elle est en chacun de nous ? C’est l’oscillation constante du mental. Les différents facteurs de la vie maintiennent le mental dans un état d’agitation perpétuelle et tout spécialement parce que nous sommes engagés dans des activités qui l’agitent. C’est cette agitation qui nous empêche de percevoir la Conscience Divine, magnifique, qui est en chacun de nous. De la même façon que, si un très bel objet est au fond d’une piscine, lorsque l’eau est parfaitement calme vous pouvez voir cet objet, et même le décrire dans tous ses détails. Mais si de nombreux nageurs se mettent à troubler l’eau, à l’agiter, vous ne pouvez plus voir l’objet et pourtant, l’objet est toujours là. Il n’a pas bougé, ni changé, c’est nous qui avons changé le médium, c’est-à-dire ce qui est entre nous et l’objet. Nous avons troublé le médium et lorsque nous regardons à travers l’eau, la forme de l’objet est complètement cachée ou du moins très déformée. Donc bien que cette Conscience Ultime soit en chacun de nous, que le Royaume des Cieux soit en chacun de nous, nous n’en avons pas conscience à cause de notre mental qui nous le dissimule.

Même lorsqu’il s’agit de gagner de l’argent, ne le faites pas de façon à troubler votre mental. Je sais très bien que dans une certaine mesure vous ne pouvez pas éviter d’être agité, que ce soit dans une usine, dans un bureau ou que soit autre chose. Tout cela vous trouble et ce sont ces troubles qui viennent de l’extérieur auxquels nous ne pouvons rien. Mais ce que nous pouvons faire, c’est, en nous changeant nous-mêmes, d’atténuer l’impact de ces agitations extérieures sur nous-mêmes. L’important c’est de ne pas créer en vous-mêmes une agitation par des actions qui ne soient pas justes. Car en cela personne ne peut vous aider. C’est vous-mêmes seuls qui pouvez vous aider.

Il y a aussi certains désirs biologiques en nous et certains plaisirs qu’il est naturel de rechercher. Si nos sens sont normaux, bien portants, nous réagirons à de beaux spectacles, à de belles musiques, etc. Ce qui est important, c’est de ne pas trop s’attacher à tous ces plaisirs sensuels et de ne pas être obsédé par le désir de ces plaisirs, car cela troublerait considérablement le mental. Si vous avez constamment de très forts désirs, cela ne peut qu’agiter votre mental. Ces vagues, ces fluctuations perpétuelles vous empêcheraient bien sûr d’avoir la paix, la sérénité. Si vous viviez une vie basée sur ces principes, il vous sera possible d’atteindre au salut, à la libération, selon le vocabulaire que vous employez.

Avant de continuer, je voudrais savoir si vous avez des questions à poser, car ce sujet est peut-être tout à fait nouveau pour certains d’entre vous. Si vous doutez, si vous n’êtes pas d’accord avec ce que je viens de vous dire, il serait préférable de l’éclaircir avant d’aller plus loin. Ne gardez pas cela replié en vous-même, exprimez-le, n’hésitez pas !

Question : L’exemple de l’objet de la piscine est petit, insignifiant, extérieur, par rapport à notre Conscience Ultime. Cette image ne me paraît pas très bien adaptée.

Mataji : Par cette image je décris seulement en quelque sorte le mécanisme. Tout ce que je veux dire par cette image, c’est que les vagues créées dans la piscine nous empêchent de voir quelque chose, de même que les oscillations mentales nous empêchent également de voir quelque chose. Imaginez en face de vous un miroir qui est continuellement en train de bouger, vous ne pourrez pas vous y voir clairement. Ce que je veux dire, c’est comment l’agitation peut déformer, cacher ce qui est au-delà de cette agitation. Ce même miroir, s’il cesse de bouger, vous montrera une image très claire de vous-même. De toute façon, rien ne peut être comparé à l’Absolu, c’est impossible ! Imaginez un homme très calme, très raisonnable, très intelligent, comprenant tout. Mais, s’il se livre à un accès de colère, vous pourrez lui dire n’importe quoi, il ne comprendra pas, il sera incapable de raisonner, son mental sera complètement agité, l’empêchant d’entendre et de comprendre ce que vous dites. A travers ces différents exemples, on essaye d’approcher la vérité, à savoir que c’est l’agitation du mental, de la pensée, qui vous empêche de prendre conscience de l’Absolu qui est en chacun de nous.

Question : Comment est-il possible, lorsqu’on est soumis à de mauvaises vibrations de garder son mental en repos ?

Mataji : Dans les six conférences que nous allons avoir, je ne parlerai que de cela. Pour l’instant nous n’en sommes qu’à l’introduction. Néanmoins, j’ai déjà dit quelque chose à ce sujet : Si on est sans cesse soumis à des influences extérieures néfastes, on ne peut pas changer grand chose à notre environnement. Mais cependant on peut travailler sur soi-même et se changer soi-même. Ce qui est important ce sont les vibrations que nous créons nous-mêmes en nous-mêmes par notre mental, par nos propres actions, nos propres pensées, nos propres paroles.

Voyons comment tout cela peut être évité et comment on peut atteindre à un certain équilibre : Lorsqu’on s’oppose aux lois cosmiques surgissent tous les problèmes. Vivre en harmonie avec cette loi cosmique ne peut se réaliser que lorsque le mental est tout à fait calme. Car, en effet, pour avoir des informations venant de cette Conscience, pour être influencé par cette loi cosmique, il faut pouvoir la percevoir. Pour cela le mental doit se taire et alors on la perçoit par intuition. Nous sommes soumis à deux facteurs : intérieurement toutes nos pensées, nos actions, etc., sont déterminées par le désir de nous satisfaire nous-mêmes. En gros c’est cela la motivation, c’est l’égoïsme.

Mais, néanmoins, il y a l’autre pôle, l’autre état de conscience, dans lequel nous sommes concernés par le bien de tous. Ainsi si vous voulez dépasser le premier état de conscience lié à l’égoïsme, le mental doit se taire afin de ressentir l’influence de la volonté de la Loi cosmique. La volonté cosmique, c’est ce qui n’est pas l’individu, c’est la volonté de l’intelligence cosmique, c’est-à-dire une volonté qui n’est pas divisée. Cette intelligence universelle nous paraît divisée en intellect individuel lorsqu’elle est agitée par nos sentiments, désirs, pensées individuels.

Pour rendre cela plus clair, je vais vous donner l’exemple qui me paraît le plus éclairant : Pensez à un lac qui aurait la dimension de cette pièce et imaginez l’eau de ce lac parfaitement calme. Dans ce lac il n’y a qu’une seule eau qui est la même partout. Imaginez-vous que cette eau représente l’intelligence cosmique. A présent, plusieurs personnes viennent au bord du lac, chacune d’elles a un bâton. Elles s’asseyent à différents points du lac et chacune d’elles commence à agiter l’eau avec son bâton. Ce qui, jusque-là ne nous semblait n’être qu’une seule eau, semble maintenant être divisé en différents tourbillons. Ce n’est qu’une apparence puisque c’est la même eau qui semble être divisée en tourbillons. En réalité, c’est toujours la même eau, elle est toujours là, présente partout et on ne peut pas dire que les tourbillons soient hétérogènes, différents de l’eau. C’est l’eau elle-même qui a pris la forme de tourbillons et chaque tourbillon est réuni aux autres tourbillons. Mais lorsque vous regardez l’eau d’en-haut, vous voyez ces différents tourbillons, vous pouvez les compter et chacun semble être différent de l’autre. De même on pourrait dire que l’intellect individuel peut être comparé à ces tourbillons et chaque intellect individuel est un aspect de l’intelligence cosmique et chaque intellect individuel est relié à tous les autres intellects individuels, mais nous n’en sommes pas conscients !

Revenons à notre sujet initial. Je vais vous parler de Viveka. C’est le pouvoir de discrimination, mais ce n’est pas le pouvoir de discrimination tel que vous l’entendez habituellement. Vous pouvez dire que vous discriminez lorsque vous choisissez entre le café et le thé, mais tout cela ce sont des discriminations très superficielles. Ce dont nous allons parler, c’est de la discrimination fondamentale, car sur cette discrimination est fondée toute la paix à laquelle nous pouvons parvenir en ce monde.

Pour nous Viveka c’est le pouvoir de discrimination entre ce qui est réel et ce qui est irréel. D’ordinaire nous apparaît comme réel tout ce que nous pouvons percevoir avec nos organes des sens. Mais selon la philosophie du Vedanta, tout cela est irréel, car tout ce qui a un commencement, un milieu, une fin, tout cela est irréel. En d’autres termes nous disons qu’est irréel tout ce qui a un commencement, une naissance, un milieu ou une continuation et une fin, une mort. Autrement dit, tout ce qui a un début et une fin et aussi tout ce qui est soumis au changement. Si nous disons cela c’est parce qu’il y a quelque chose qui est éternel, qui n’a ni commencement, ni fin et qui n’est pas soumis au changement quel qu’il soit. Cela ne périt jamais.

Donc ce que vous voyez dans cet univers, la Lune, le Soleil, les montagnes, les mers, les êtres humains, les végétaux, etc., tous disparaissent à un moment donné, ils sont donc tous soumis au changement. C’est à ce point de vue que nous disons qu’ils sont irréels. Mais comprenez bien que dans toutes ces choses là il y a aussi le réel, ils contiennent le réel, car le réel est l’état ultime de toute chose. Sans cette Conscience Ultime formant un substrat, rien ne pourrait exister dans l’univers. Nous n’en avons pas conscience parce que c’est invisible. Cette Conscience forme le substrat de l’air. Nous ne pouvons pas voir l’air, nous ne pouvons voir que le mouvement qui est créé par l’air. L’espace qui nous semble vide a le même substrat, à savoir cette Conscience immuable et impérissable. Également toute pensée a pour substrat cette même Conscience ultime. En fait tout ce à quoi nous pouvons penser et même ce qui n’est pas saisissable par la pensée, tout cela a pour même substrat cette même Conscience ultime ou divine. Donc on ne peut pas vraiment dire que toutes ces choses sont irréelles puisqu’elles ont le réel comme substrat. Autrement dit elles ne sont pas une illusion totale, puisque dans l’illusion elle-même il y a cette Conscience ultime, divine comme substrat. Par conséquent c’est de ce point de vue que nous disons que tout l’univers est irréel et qu’il y a la Conscience infinie, omniprésente, immuable, intelligente, éternelle, qui est le réel opposé à l’irréel, selon le point de vue adopté. Il est très important que ce soit clair dans vos esprits, car toute la philosophie du Védanta est fondée là-dessus.

Abordons cela d’un point de vue scientifique qui vous le fera peut-être mieux comprendre: Prenez un objet solide, il a l’air d’être très solide, poli, dur. Prenez un microscope et vous vous apercevrez que ce qui paraissait lisse est en fait très irrégulier. Vous pouvez réduire tout cela en molécules, les molécules peuvent être réduits en atomes et les atomes peuvent être réduits en neutrons, électrons et protons, et eux-mêmes peuvent être réduits finalement en énergie. Cela est accepté par la science. Imaginez que dans cette pièce, tout, y compris la pièce elle-même, soit réduit à l’état d’atomes et que si l’on permet à l’atome d’émettre son énergie, tout disparaîtra, la pièce avec son contenu sera réduite à l’état d’énergie. Pouvez-vous mieux comprendre maintenant que le substrat de cette pièce, de tout cela, c’est de l’énergie ?

Mais il y a un autre état que nous appelons « Conscience » qui est beaucoup plus subtile que l’énergie découverte par la science et c’est cela que nous appelons la Conscience Absolue. Pouvez-vous vous en faire une petite idée, est-ce plus clair ?

Question : En fait c’est notre système nerveux et nos sens qui nous trompent ?

Mataji : Oui, bien sûr, nos organes des sens étant irréels, nous ne pouvons pas par le truchement de l’irréel percevoir le réel. Il faut éliminer tout ce qui est irréel pour saisir le réel.

Pour que ce soit bien clair, je vais encore le mettre sous une autre forme :

Si on vous demande : « Qui êtes-vous ? » Généralement vous répondrez : « Je suis M. Untel ou Mme Unetelle, je suis un professeur, je suis un homme ou une femme » et quelqu’un de plus avancé dira : « Je suis ce corps physique composé de tous les organes physiques ». Mais n’êtes-vous que cela ? Comment pouvez-vous dire que vous êtes plus que cela ? Au fil des jours vous êtes soumis à des expériences. Nous faisons par exemple l’expérience du sommeil profond. En sommeil profond vous n’avez plus de rêves. Est-ce que vous existez dans cet état là ou pas ? Le corps physique ne fonctionne pas, le mental et l’intellect ne fonctionnent pas, mais n’existez-vous pas néanmoins ? Donc il doit y avoir certainement quelque chose de plus que le corps physique, que le mental et l’intellect pour que nous existions. Et quelle est la nature de cette existence ? Pendant toute la journée vous êtes perturbé, excité, agité, mais dès que vous pénétrez dans le sommeil profond, vous êtes si paisible. Non seulement vous existez au-delà du mental et de l’intellect, mais en plus vous êtes paisible. Donc, nous avons en nous deux aspects : l’aspect agité et l’aspect paisible. Êtes-vous d’accord ? Je ne parle pas de quelque chose que vous ne pouvez pas imaginer, puisque c’est une expérience que vous faites tous les jours. Comment savez-vous que vous avez existé pendant ce sommeil ? On pourrait objecter que nous ne sommes pas là, que nous sommes ailleurs. Si vous pensez que vous avez disparu pendant cette période, si je vous demandais le matin si vous avez bien dormi, vous répondriez : « Je ne sais pas, je n’étais pas là ». Mais la réponse à cette question peut être aussi « Oh oui, j’ai très bien dormi ». Si vous n’aviez pas été là vous ne pourriez donner une réponse positive. Alors qui répond à cette question ? Cela veut dire que vous avez le souvenir d’un état délicieux. Et comment pouvez-vous avoir un souvenir? Pour cela il faut que vous ayez eu une expérience et pour qu’il y ait expérience il faut qu’il y ait quelqu’un qui la fasse. Donc il faut qu’il y ait eu quelqu’un qui ait fait l’expérience de cet état merveilleux et qu’ensuite il en ait le souvenir pour qu’il puisse le lendemain matin répondre : « J’ai merveilleusement dormi ! »

Autre chose encore : si vous étiez absent pendant le sommeil profond, le lendemain matin vous vous réveillerez étant quelqu’un d’autre à votre place, car il y aurait un hiatus entre le moment où vous vous êtes couché et celui où vous vous levez. Vous ne pourriez pas vous souvenir de ce qui s’est passé avant que vous ne vous soyez endormi et le moment où vous vous réveillez, tandis que nous sommes tout à fait capables de nous souvenir de ce qui a précédé notre sommeil. Cela montre qu’il y a une continuité de conscience entre l’état de veille, le sommeil et le réveil. C’est là une autre preuve à vous donner.

Question : Quel en est le rapport avec la méditation ?

Mataji : C’est simplement pour vous faire comprendre de quoi vous pouvez prendre conscience dans la méditation. Dans l’état de veille le mental est là. Imaginez ce mental comme un ressort. Pendant toute la journée ce ressort est détendu et la nuit il est comprimé et alors vous êtes très proche de la Conscience absolue. Mais ce ressort, tout comprimé qu’il soit, est toujours là et vous empêche donc d’entrer en contact, de prendre conscience de la Conscience absolue qui est au-delà du ressort. Dans l’état de sommeil profond le ressort est comprimé, mais toujours là. Dans la méditation, peu à peu les différentes spirales du ressort sont dissoutes et il arrive un moment où le ressort tout entier est dissous et où l’on peut prendre conscience de ce que nous sommes réellement. C’est la différence entre sommeil profond et méditation.

Question : Je ne comprends pas comment on ne peut ne pas avoir conscience de la chose et pourtant en avoir en même temps la mémoire ?

Mataji : C’est le subconscient qui reçoit les empreintes, l’expérience que vous avez faite est emmagasinée dans le subconscient. Comment pouvez-vous vous souvenir d’un rêve, puisque vous n’êtes pas éveillé ? C’est parce qu’il se trouve au niveau du subconscient que vous pouvez vous rappeler un rêve.

Question : Donc l’on peut dire que nous avons deux vies simultanées, l’une tournée vers l’irréel et l’autre vers le réel.

Mataji : Oui, exactement et c’est pourquoi j’ai expliqué que l’irréel également contient le réel. Car le réel est relié à absolument tout. Mais bien que le réel soit là omniprésent, nous ne pouvons avoir conscience que de l’irréel. Pourtant on peut également être sans cesse conscient du réel. C’est vers cela que nous devons tendre nos efforts. C’est exactement le but de la méditation, de nous faire prendre conscience du réel partout et toujours.

Question : L’agitation causée par les rêves peut-elle être atténuée par la méditation ?

Mataji : Incontestablement. Les rêves sont de moins en moins nombreux au fur et à mesure que l’on progresse dans la méditation. En Occident on pense qu’il faut rêver et se rappeler ses rêves. Cela n’est pas nécessaire. Dans notre Ashram on a fait des expériences scientifiques sur un de nos Swamis, comme on en fait tant de nos jours à New York. Nuit après nuit on a mesuré les ondes et on s’est aperçu qu’il ne rêvait jamais, et pourtant, il est en parfaite santé, il a plus de 80 ans, il est très jeune et très actif.

Question : Peut-il être utile d’analyser les rêves pour des gens non encore très évolués ?

Mataji : Non, ce n’est pas utile, car qui analyse ? Est-ce que vous allez vous analyser vous-même ?

Question : Si quelqu’un a des problèmes importants il ne pourra jamais méditer, alors comment s’en sortir ?

Majati : Pas nécessairement par l’analyse des rêves. Il y a bien d’autres moyens. Pour que l’analyse soit juste, il faudrait que celui qui analyse, ait un mental non conditionné. Certains psychanalystes ne sont peut-être pas conditionnés, certains le sont toujours et cela ne sert alors à rien du tout. Évidemment ceux qui ne sont plus conditionnés, peuvent effectivement aider beaucoup.

Demain nous parlerons de la compréhension ultime. On peut avoir la discrimination de tous les jours, mais il faut que cela nous mène à une autre discrimination. Tous les aspects doivent être abordés, nous devons voir leur utilité dans notre vie quotidienne.

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