Swami Hridayananda Sarasvati : Raja Yoga 8


21 Apr 2010

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(Revue Panharmonie. No 191. Juillet 1982)

Enseignement donné à l’ECOLE NORMALE DE YOGA Roscoff – Juillet 1980

Nous avons parlé la dernière fois de Viveca, du pouvoir de discrimination. Et bien sûr vous allez m’objecter : « Mais qu’est-ce que cela a à voir avec notre vie de tous les jours ? » Dans votre vie de tous les jours il est nécessaire que vous usiez de ce pouvoir de discrimination tel que je vous l’ai décrit. N’allez pas jusqu’à un niveau ultime, c’est à un niveau beaucoup plus modeste, au fil de tous les jours que vous avez à exercer la discrimination.

Par exemple vous voulez entreprendre quelque chose et vous vous demandez si vous devez le faire ou non. C’est à l’aide de votre pouvoir de discrimination que vous trouverez ce qui convient. Comprenez bien que le mental est très subtil, adroit (clever en anglais), rusé. Or une personne peut être très rusée et pas intelligente. Car, lorsque vous éprouvez un désir intense pour quelque chose, le mental est capable de vous présenter des excuses qui ont l’air d’être raisonnables et vous fait donc croire que ce que vous allez faire est bien, alors, qu’en fait, ce n’est pas bien. Car, en effet, le désir de faire la chose vous subjugue et puisque votre nature ultime est la perfection où il y a une droiture parfaite ; à moins de nous convaincre nous-mêmes que ce que nous allons faire est bien, nous sommes mal à l’aise et de là vient le proverbe : « Même le diable est capable de citer les Écritures si cela l’arrange ! »

Vous vous persuadez donc que ce que vous faites est juste parce que votre mental est conditionné par toutes les couches d’empreintes qui se sont déposées comme des sédiments dans votre subconscient et inconscient, si bien que lorsque vous essayez de discriminer intellectuellement, vous ne faites que réveiller les empreintes subconscientes et inconscientes. N’oubliez pas que toutes ces empreintes déposées dans votre subconscient depuis votre enfance, sont toutes basées sur l’ego. C’est donc cela que vous stimulez, toutes ces empreintes égoïstes, et c’est à partir de cela que vous croyez discriminer et que vous dites que ce que vous allez faire est bien. Ainsi la décision à laquelle vous aboutissez peut ne pas être la décision correcte ou juste et vous entraîner à toutes sortes de complications. Si cela n’était, tout être intelligent, suffisamment instruit, ayant des diplômes et des licences, devrait agir d’une façon correcte et juste. Dans le système anglo-saxon il y a le M.A., Master of Art qui correspond à une licence et qui est supposé être un degré important. Swami Sivananda disait que M.A. voulait dire « Docteur en Ignorance » ! Nous savons tous qu’un être chargé de diplômes peut être un ignorant et prendre des décisions néfastes pour tous. Rappelez-vous que les plus grands Saints étaient souvent incapables de signer même leurs propres noms et qu’en tout cas ils n’avaient aucun diplôme universitaire. Et pourtant leur sagesse était immense. C’est donc la prise de conscience de votre moi intime qui vous donne la plus grande sagesse.

Ainsi si vous voulez prendre une décision à l’aide de votre propre discrimination, au lieu de stimuler l’intellect, essayez au contraire plusieurs fois par jour, de le faire taire. Et si vous avez réussi à entrer en état de méditation, à ce moment-là méditez pendant quelques minutes. Grâce à votre méditation vous transcendez l’intellect et la décision vous sera alors inspirée. Elle viendra d’une dimension transcendantale, de l’intuition. Cela peut être appliqué tous les jours, même par des gens qui n’ont pas de diplômes, qui ne sont pas spécialement instruits.

Lorsque, par exemple vous avez des problèmes qui vous harcèlent et qui vous empêchent de trouver le sommeil le soir, suivez les conseils des anciens qui disaient « Dormez sur vos problèmes, passez une bonne nuit, et vous trouverez la solution le lendemain matin. »

C’est exactement le même principe en méditation, même si cela diffère de la méditation. Dans celle-ci vous atteignez un niveau plus profond que celui du sommeil profond. Dans le sommeil, le mental que l’on pourrait comparer à un ressort, n’est que comprimé jusqu’à ne plus être très épais, mais il est toujours là, tandis qu’en méditation il n’existe plus. Dans la méditation le mental est transcendé et c’est ainsi que le pouvoir de discrimination est total et vous indique ce que vous devez faire, ce qui est juste. C’est pourquoi les gens qui méditent régulièrement, font preuve d’une meilleure discrimination dans la vie de tous les jours, ce qui, bien sûr, est essentiel. Même lorsque vous faites un travail intellectuel, thèse, mémoire ou autre chose, vous pouvez avoir une connaissance intuitive, telle que je l’ai décrite, simplement par une concentration sur le sujet de vos recherches. Cela est vrai pour toutes les professions, même pour les professeurs, les ingénieurs, les chirurgiens, etc. Si leur mental est agité, les professeurs ne peuvent pas bien enseigner.

Le pouvoir de discrimination que vous pouvez exercer dans votre vie de tous les jours, est le reflet du pouvoir de discrimination cosmique que je vous ai décrit hier. Si vous continuez à stimuler le mental, le pouvoir de discrimination ne pourra pas vous guider comme il convient.

Passons à présent à ce qui vient ensuite : VAIRAGYA : le détachement, le renoncement ou l’équanimité, c’est-à-dire, pas de passion, ni attachement, ni répulsion.

Il est évident que pour atteindre le stade suivant d’équanimité, il faut absolument utiliser son pouvoir de discrimination, car nous sommes sans cesse agités par différents désirs, et les désirs, selon notre point de vue terrestre, peuvent être considérés comme sains ou malsains. Mais du point de vue ultime, tout désir est une agitation, car tout désir, qu’il soit sain ou malsain, agite le mental. Et toute agitation du mental vous empêche de prendre conscience du niveau ultime de la Conscience avec un grand C. Le degré de paix que vous pouvez obtenir ici-bas dépend de votre prise de conscience du niveau ultime de Conscience.

Pour la majorité des gens il n’est pas nécessaire d’étouffer tous les désirs, mais il s’agit au moins d’essayer de supprimer ceux qui agitent le plus le mental. Cela vous ne pouvez le comprendre, vous ne pouvez identifier ces désirs qu’en scrutant votre mental. Car il n’est pas possible de supprimer ces désirs à force de volonté. Si vous employez à cela la volonté, vos désirs ne seront que refoulés et ils reviendront avec une force décuplée. En effet, si vous supprimez un désir à force de volonté, vous vous apercevrez vite qu’il revient, peut-être sous une autre forme, et l’équanimité ou le renoncement ne seront qu’une fuite. Si les gens avec lesquels vous vivez vous gênent parce qu’ils vous donnent trop de travail, vos parents, votre mari ou votre femme, qui que ce soit, et que vous fuyiez ces obligations en disant : « J’ai renoncé au monde » et si, à ce moment-là, vous vous attachez à quelqu’un d’autre, vous serez pareil à un enfant qui rejette un jouet auquel il était attaché pour s’attacher à un autre.

Donc il faut bien que vous compreniez comment vous pouvez atteindre cet état de renoncement. Pour cela il faut vous servir de votre pouvoir de discrimination. Tout d’abord comprenez pourquoi nous avons en nous ces désirs constants qui se succèdent l’un après l’autre : Lorsqu’on a satisfait un désir on éprouve pendant quelque temps un sentiment de paix, et si les désirs succèdent les uns aux autres, c’est parce que nous ne trouvons jamais une vraie satisfaction, et qu’ils n’assouvissent jamais notre immense besoin de paix et de bonheur. Le simple fait que nous ayons toujours de nouveaux désirs est la preuve que nous n’atteignons jamais ce que nous cherchons, l’objet de notre quête. Nous recherchons quelque chose et nous obtenons, nous trouvons, quelque chose d’autre. C’est pourquoi il n’y a jamais de fin aux désirs. Nous continuons à chercher, parce qu’aucun désir ne nous procure une satisfaction durable, mais plutôt de la peine. Alors on recommence à chercher, car chaque fois qu’on assouvit un désir on en éprouve du plaisir, mais ce plaisir, cette satisfaction est très éphémère.

Qu’est-ce qui nous procure ce court moment de satisfaction ? Nous savons tous que lorsque nous éprouvons un désir notre mental est agité. Et lorsque le mental est agité, nous sommes soumis à des oscillations grossières qui nous empêchent de prendre conscience de la Conscience Ultime. Cela est un état anormal, car notre état naturel est justement cette Conscience Absolue. Notre état naturel, c’est l’état d’être, le reste, c’est l’état du devenir et cet état du devenir n’est pas un état de paix. Cette lutte continuelle pour assouvir nos désirs est une tentative de retour, de retour à notre état naturel, et c’est la raison pour laquelle nous luttons sans cesse pour réaliser désir après désir. Car lorsqu’un désir a été satisfait, les oscillations du mental cessent pendant quelque temps et immédiatement vous avez une certaine conscience de votre état essentiel — c’est cela qui vous donne la satisfaction et la paix. Mais à nouveau le mental est si plein d’empreintes qui suscitent de nouveaux désirs et comme vous n’avez pas encore atteint une conscience totale de votre identité avec l’Absolu à cause de toutes les couches d’empreintes subconscientes qui sont là, une nouvelle empreinte subconsciente est stimulée et cela crée un nouveau désir au niveau du mental, donc une nouvelle agitation. C’est très important, c’est peut-être la chose la plus importante à comprendre, car, en effet, cela explique pourquoi nous sommes tous perpétuellement agités. Comprenez donc bien ce qui se passe à chaque fois que vous êtes agités par un désir, comprenez ce mécanisme qui est en vous.

Donc cette Conscience de l’Absolu vous donnant la paix, la seule façon d’être en paix est d’avoir cette Conscience de l’Absolu, non temporaire, mais sans cesse tout au long de votre vie. Ce résultat ne peut être obtenu immédiatement, il faut bien sûr vivre en ce monde et assouvir certains désirs, mais du moins essayez de n’assouvir que les désirs sains, c’est-à-dire ceux qui n’agitent pas trop votre mental. En d’autres termes, n’essayez pas d’assouvir des désirs qui sont irréalisables ou malsains, parce que cela agiterait votre mental considérablement. Et lorsqu’un désir irréalisable ou malsain se présente à vous, essayez de réfléchir à son sujet, utilisez toutes vos connaissances, et probablement arriverez-vous alors à l’éliminer. En même temps essayez de pratiquer régulièrement la méditation. Cela vous apportera la force nécessaire pour surmonter vos désirs, pour les transcender.

Un autre facteur peut vous y aider, c’est de bien comprendre que rien n’est permanent. Vous pouvez penser à n’importe quoi sur cette terre, même le soleil, même la lune, les montagnes et, à plus forte raison les êtres humains, ne sont permanents. Vous pouvez éprouver de grandes joies avec ceux que vous aimez et cela peut être si intense que l’esprit est tout-à-fait focalisé là-dessus. Dans cette concentration de l’esprit le mental se tait et si le mental devient silencieux, il y a prise de conscience de l’Absolu. Si bien que le plaisir, la joie que vous retirez de cet amour, vous l’attribuez à votre partenaire. Mais je veux vous préciser que le plaisir, la joie que vous éprouvez, ne vient pas de votre partenaire, mais de vous-même. Et cela est dit très clairement dans une de nos Upanishad : « La satisfaction que vous retirez de l’amour humain ne vient pas de votre partenaire, mais de votre propre Atman ». On s’imagine que la joie que nous éprouvons vient de l’autre, mais, en fait, elle vient de nous-mêmes.

Cette intensité, cette attention exclusivement portée à l’autre, ne peut pas durer très longtemps, car le mental de par sa nature même, se lasse très vite de l’objet de son attention. Ainsi si vous obtenez un plaisir d’un objet quelconque sur lequel votre mental se concentre, peu à peu le mental se lasse et se détache de cet objet.

En effet, si vous êtes vingt-quatre heures sur vingt-quatre heures dans la compagnie constante d’un autre être, même si vous l’aimez profondément, vous avez envie de le quitter un peu, ne serait-ce que pour faire un petit tour. Par notre nature même nous sommes liberté infinie et nous n’aimons pas être limités, être attachés à quelque chose ou à quelqu’un. Cette joie que vous éprouvez au début, décroît peu à peu, si bien que la concentration sur l’objet ou sur un être diminue et vient le moment où vous vous mettez à regarder l’autre comme il est en réalité. C’est alors que vous constatez que son nez n’est pas aussi bien dessiné que vous pensiez, ses lèvres non plus, etc. Ne riez pas. Je n’aurai pas de confirmation par des gens qui sont amoureux, mais qu’ils attendent un peu pour voir la réalité. Certains disent : « Je ne peux pas vivre sans toi, si tu me quittes, je me tue », mais au bout de deux ans ils vivent encore ! Pourquoi ? Parce que ce que vous recherchez et que vous pensez avoir trouvé au début, n’existe plus, n’est plus là. Alors le mental qui ne comprend pas, qui ne voit pas la vérité, se dit : « C’est à cause de cette personne, de mon partenaire que je ne suis plus heureux, j’ai fait une bêtise, il faut que je trouve quelqu’un d’autre ». Si bien que le mental espérant retrouver la joie du début avec quelqu’un d’autre, cette joie intense du début avec un nouveau partenaire, voit cette joie se tarir à nouveau au bout d’un certain temps et cela continuera de partenaire en partenaire, jusqu’au moment où vous aurez plongé plus profondément en vous-même et où vous aurez basé vos relations avec l’autre sur autre chose à un niveau plus profond, où vous aurez ressenti votre unité à tous les deux, votre unité intérieure.

Cette satisfaction que vous cherchiez, elle est en vous-même, si bien que si vous éprouvez votre union intérieure avec un autre, ses défauts ne vous affecteront pas de la même façon et vous aurez la paix et le bonheur. Lorsque vous aurez découvert ce qui est en vous-même, on peut dire qu’alors vous aurez découvert ce qui est en l’autre, puisqu’il y a continuité essentielle entre l’un et l’autre. En effet, cet état de Conscience Ultime, Absolue, est continue, il n’y a aucun hiatus. Il y a à ce moment constance de l’amour. C’est dans l’unité intime que se trouve le véritable amour. Si vous réfléchissez sur cette vérité, cela vous aidera beaucoup dans votre vie de tous les jours. Si vous êtes intensément amoureux de quelqu’un et si vous voulez garder cet amour, je vous en prie, méditez, sinon il s’enfuira, sinon, en effet, on devient très possessif, on ne peut supporter le moindre changement chez l’autre et pourtant le changement est inévitable, car notre nature même, c’est d’être soumis au changement. D’autre part, bien sûr, si l’un des deux devient plus possessif, l’autre n’aura que plus envie de s’en aller, de s’enfuir, de se libérer. Mais si l’un des deux médite, cela lui donnera la possibilité de comprendre la raison de la possessivité, de la jalousie et cela lui donnera la force d’accepter la situation aussi désagréable qu’elle soit.

En effet, celui qui médite, peut comprendre que c’est par ignorance que l’autre agit ainsi et cela lui permettra de continuer cette relation. Sinon ce serait la rupture. Il faut bien comprendre que l’attachement n’est pas l’amour et que détachement ne veut pas dire indifférence. C’est grâce à une compréhension juste que vous ne vous détachez que des aspects superficiels, des aspects soumis au changement et que vous restez attaché automatiquement à ce qui est permanent et constant. En effet, il vous est impossible de vous détacher de l’état de Conscience Ultime, présent en vous-même et présent en votre partenaire. Une fois qu’une telle prise de conscience s’est produite, la jalousie disparaît.

Nous aimons nos mains et nos pieds et si nous avons un bracelet de diamant au poignet, le pied ne sera pas jaloux de la main pour autant, car il y a un sentiment d’unité entre le pied et la main. Par contre si votre voisine porte un bracelet de diamant, vous en éprouverez de la jalousie, parce que vous n’avez pas conscience de votre unité avec votre voisine, bien qu’elle existe.

Il vous faut réfléchir à tout cela et c’est ainsi que vous réaliserez VAIRAGYA : détachement ou équanimité, car ce n’est pas en fuyant le monde et ses problèmes, ça n’est pas non plus en adoptant des postures inconfortables, en vous enfermant dans une grotte isolée, en faisant toutes sortes de choses bizarres, que vous réaliserez le détachement ! Le détachement, ce n’est pas cela.

Il y a des gens qui ne se peignent pas, qui portent des vêtements sales, qui ne se lavent pas et qui appellent cela du détachement. Ou bien il y a des gens qui font des jeûnes trop longs et dangereux, qui en tombent malades. Ou bien encore il y a des gens qui essayent de rester éveillés des nuits entières. Les mortifications du corps ne sont pas nécessaires au détachement.

Avez-vous des questions à me poser ?

Question : Tout cela ne suppose-t-il pas un amour profond pour soi-même ?

Réponse : Ce n’est pas un amour périssable et physique de son être, ce n’est pas un amour égoïste, mais c’est l’amour de la Conscience Ultime qui est en nous.

Question : Est-ce que d’un point de vue éducatif, il y aurait un moyen pédagogique pour que le conditionnement ne soit pas dans le sens de désirs malsains ?

Réponse : Dieu est Amour, l’Amour est Dieu et qu’est-ce que Dieu ? C’est cette Conscience Ultime, Absolue, qui est le substrat de toute chose en cette création. Nous sommes donc l’Amour. Il est possible de faire comprendre ce que nous venons de dire à des enfants. Nous en reparlerons par la suite.

Question : Le désir, n’est-il pas l’expression même de la vie ?

Réponse : Oui, bien sûr le désir est l’expression de la vie. Mais pourquoi avez-vous des désirs ? Il y a un malentendu, vous ne comprenez pas ce que vous désirez, vous croyez que vous désirez une chose, un état ou un être qui sont toujours temporaires, alors qu’en fait ce que vous désirez, c’est l’état de Conscience Ultime. La plupart des gens grandissent et vivent sans réaliser qu’il y a ce niveau de Conscience Ultime, c’est-à-dire le Royaume des Cieux qui est en chacun. Une fois que vous prenez conscience de cela, il n’y a plus d’autres désirs. C’est parce qu’on ne vous apprend pas qu’il y a ce niveau de Conscience Ultime dont on ne sait pas qu’il est en soi et dans les autres, c’est parce que tout cela est ignoré, qu’il y a cette soif perpétuelle pour les objets des sens.

Je vais vous donner un exemple : Avant qu’un enfant puisse parler il est confié à une femme autre que sa mère. Cette femme s’occupe de lui et l’enfant se mettant à pleurer, elle lui donne une poupée. L’enfant alors s’arrête de pleurer et elle se dit : « C’est cela qu’il voulait ». L’enfant joue avec la poupée pendant quelque temps, et puis il recommence à pleurer. Alors elle lui donne un autre jouet, une petite voiture, et, pendant quelque temps il cesse de pleurer. Mais à nouveau la voiture est rejetée et l’enfant se remet à pleurer. Et cela continue comme cela de jouet en jouet, jusqu’au moment où la femme qui s’occupe de l’enfant n’en peut plus et dit : « Vraiment, je ne peux rien faire avec cet enfant, je vais le ramener à sa mère ». Et à ce moment la mère reprend l’enfant et celui-ci s’arrête de pleurer. Ce qu’il voulait, c’était sa mère !

Ainsi notre esprit pleure pour avoir cette connaissance de l’Absolu et nous essayons de le distraire en le farcissant de petits désirs inassouvis, alors évidemment ce n’est pas cela qu’il cherche.

Question : Est-ce que si l’on est capable de percevoir l’Absolu même dans la satisfaction d’un petit désir matériel et très simple, n’arrive-t-on pas à trouver un chemin qui conduit à cet Absolu et à une satisfaction vraie ?

Réponse : Bien sûr, si on a conscience de l’Absolu dans les objets des sens. Mais en général les gens n’ont pas conscience de l’Absolu.

Question sur les rapports du couple.

Réponse : Plus vous évoluez, plus vous êtes tolérant envers l’autre et vous établissez un contact avec lui à un niveau plus profond. Vous pouvez l’entraîner peu à peu, l’amener là où vous vous trouvez. Mais pour cela il faut vraiment méditer, car si méditer signifie seulement vous isoler, les yeux fermés, en ignorant l’autre, les effets seront détestables.

Il faut être conscient à deux niveaux : un niveau à l’extérieur et un niveau à l’intérieur. Il faut comprendre que l’autre est au niveau superficiel des choses. Donc consacrez un peu de votre temps pour vous situer à ce même niveau superficiel, de façon à faire sentir à l’autre que, bien que vous méditiez, vous n’êtes pas séparé de lui ou d’elle à ce même niveau. Car, ce qui se passe souvent, c’est que l’un dit à l’autre : « Tu es vraiment encore à un niveau bien bas, je vais méditer ». Et alors l’autre se sent rejeté, méprisé. C’est là que commencent les conflits. Il s’agit de pacifier l’autre extérieurement et en même temps par la méditation de l’amener intérieurement peu à peu à votre niveau.

Une image se présente à mon esprit : Deux personnes dans l’eau essayent de se rejoindre. Mais il y a des vagues, l’eau est agitée, ils sont sans cesse séparés. Mais l’un, disons vous, savez plonger et l’autre ne sait pas. Alors vous lui dites : « Ne bouge pas, reste bien tranquille là où tu es, je vais plonger, je vais venir jusqu’à toi et je vais t’emmener. Retiens ton souffle, ne résiste pas et viens avec moi. » Alors vous plongez, vous passez sous les vagues, vous le rejoignez, et tout doucement vous l’emmenez avec vous sous les vagues.

Il faut essayer aux deux niveaux, il est difficile de généraliser un cas individuel. Bien sûr, selon nos Écritures, si une personne fait vraiment obstacle à votre développement spirituel en dépit de tout ce que vous avez essayé de faire, de tous vos efforts, car il s’agit bien de tout faire, absolument tout ; si, en dépit de cela cette personne fait vraiment obstacle à votre développement spirituel, alors il est justifié de la quitter, mais c’est vraiment en dernier ressort. Il faut avoir, avant tout, essayé.

Question : En méditation Mataji parle de concentration.

Nada : Oui, elle dit « onepointed », c’est focaliser. Mataji évite toujours de parler de concentration, le mental est tout entier mis en un point. En français il n’y a pas de mot pour traduire « onepointed ».

Mataji : Quand Sri Aurobindo était marié il y a eu beaucoup de difficultés avec sa femme pour l’amener à son niveau.

G. Monod-Herzen : D’après ce qu’on m’a dit, sa femme n’était pas attirée par la vie spirituelle, mais elle la respectait. Au bout d’un certain temps ils se sont séparés.

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