Swami Hridayananda Sarasvati : Retour à la source


18 Mar 2011

(Première édition Anglaise en 1983)

AVANT-PROPOS

D’où venons-nous? Où allons-nous? Pourquoi sommes-nous nés? Quel est le véritable sens de notre vie?

Dans Retour à la Source, Mataji explique très simplement et concrètement comment composer avec soi-même et avec la vie; comment traiter les problèmes pratiques qui surgissent chaque jour et comment arriver à voir la vie en perspective — à une certaine distance de sa propre implication, de son propre moi et de ses propres idées.

Mataji montre comment le conditionnement du mental est un grand obstacle à la Vérité. La Vérité étant que nous sommes la source. Nous formons une continuité non seulement avec les autres êtres humains, non seulement avec toutes les créatures de cette terre, mais avec toute chose. Certains appellent cette Vérité Dieu, ou le Cosmos, ou la Source; les noms changent mais la Vérité reste la même.

Par la purification du mental, en apprenant à voir l’ego et ses méfaits pour ce qu’ils sont en réalité, nous pouvons devenir de plus en plus conscients de la source. L’ego, par le biais du mental, dresse de nombreux obstacles sur notre chemin. Mais nous devons apprendre à transcender le mental, à aller au-delà de notre petit moi et à voir la vie telle qu’elle est en réalité. Nous aurons toujours nos problèmes. Aussi longtemps que nous aurons un corps physique, nous aurons des problèmes; mais les problèmes cessent d’être des problèmes quand ils ne nous affectent pas, quand nous avons appris à aller au-delà du problème et à comprendre qu’il n’est qu’apparent, qu’il est en fait des oscillations d’ondes de pensée traversant le mental de façon très grossière. Ces vibrations grossières agitent le mental et le rendent confus, obscurcissant notre vision et empêchant une solution d’apparaître clairement.

Quand nous apprenons à rester calmes, lucides et sereins même au cœur de nos problèmes, alors — et seulement alors — nous pouvons dire que nous sommes conscients de la source, que nous sommes devenus un avec la source.

Si vous voulez véritablement prendre conscience de la source parce que vous avez compris toute sa valeur, alors mettez en pratique ne serait-ce que un petit peu les enseignements de Mataji (une once de pratique a plus de valeur qu’une tonne de théorie) et voyez comme votre vie sera transformée. Engagez-vous dans la recherche intérieure et découvrez le véritable sens de la vie.

Swami Hridayananda Sarasvati

Chapitre 1

Ce titre, « Retour à la Source », donne l’impression que la source est éloignée et qu’il faut parcourir une grande distance pour l’atteindre. Ce n’est pas vrai. La source est partout; elle est en nous et autour de nous. Nous n’en sommes jamais séparés mais sommes toujours en continuité avec elle. Nous faisons partie de cette source. Dire « Retour à la Source » n’est qu’une façon de parler, car si l’on n’a pas conscience de la Vérité, on a l’impression que la source est éloignée de soi. Tant qu’on n’en est pas devenu conscients, on peut dire que l’on chemine vers elle.

Ce cheminement est néanmoins différent de tout autre voyage car on ne peut rien emporter avec soi. En fait il faut tout abandonner. Il faut même s’abandonner soi-même. Ce que l’on appelle toute la journée le « moi », il faut l’abandonner afin d’arriver à la source ou devenir pleinement conscient de cette source.

Pourquoi n’en est-on pas conscients? Il y a à cela différentes raisons. Il y a tant de choses à transcender extérieurement avant de pouvoir seulement se mettre en route vers cette source. On constate que l’on a un corps. On ne peut pas nier que l’on a des organes des sens, un mental et ses différents aspects. Il faut transcender tout cela pour prendre conscience de la source. Même le corps n’est pas aussi simple qu’il y paraît. On a trois corps: le corps physique et les deux corps plus subtils, le corps astral et le corps causal. Tout cela constitue autant d’obstacles qui vous empêchent de prendre conscience de la source.

Durant la journée vous passez par trois états de conscience:

1)  l’état de veille

2)  l’état de rêve

3)  l’état de sommeil profond.

Ces trois aspects doivent être transcendés eux aussi pour devenir conscient de la source. De plus il y a trois énergies qui imprègnent l’univers tout entier:

1)  l’énergie subtile

2)  l’énergie dense

3)  l’énergie très dense (à savoir Sattwa, Rajas et Tamas).

Ces trois énergies peuvent vous faire agir de façons très différentes pendant la journée et vous faire penser de différentes manières. Penser vous fait accumuler des impressions dans votre subconscient et quand le subconscient est plein, ces impressions sont refoulées dans l’inconscient. Il faut aussi transcender ces trois énergies. Tant que l’on se trouve sous leur emprise, on est leur jouet: elles vous font agir inconsciemment et vous poussent à des actions indésirables.

Il y a aussi les cinq états de conscience qui forment des couches comme des enveloppes autour de « vous »:

1)  l’enveloppe physique

2)  l’enveloppe pranique

3)  l’enveloppe mentale

4)  l’enveloppe intellectuelle

5)  l’enveloppe de félicité. C’est au-delà de tous ces états de conscience que se trouve la source.

Bien que la source soit partout, il vous faut cependant aller au-delà de tous ces aspects de votre être avant de devenir pleinement conscients de cet état de conscience absolu, ou « source ».

Toute chose essaie d’atteindre cette source. Tout, depuis la chose la plus infime de l’univers jusqu’à la plus grande, s’efforce d’atteindre cette source. Quand vous n’êtes pas dans la source, vous êtes dans un état anormal. Vous vous sentez mal à l’aise et beaucoup de choses indésirables se produisent dans votre vie. Vous n’êtes pas en repos parce que vous n’avez pas de paix et toutes sortes de pensées vous dérangent. Vous créez conflits et problèmes. Bien que vous ignoriez si c’est le manque de conscience de la source qui est cause de tout ceci, il y a chez vous un effort inconscient pour atteindre la source. Les choses les moins évoluées ne savent même pas qu’il y a une source, mais le seul fait que tout sans exception essaie d’évoluer vers un état plus élevé montre l’effort général, universel, pour atteindre le niveau ultime.

Imaginez un poisson flottant joyeusement dans l’eau. Vous le prenez et le mettez dans une belle chambre, le couchez dans un bon lit, le couvrez d’une couverture moelleuse et lui faites entendre une musique mélodieuse. Pouvez-vous imaginer l’état du poisson? Il fera sans cesse des efforts désespérés parce qu’il n’est pas dans sa « source », parce qu’il se trouve dans des conditions anormales. Et tant qu’il n’aura pas retrouvé son état naturel, il ne cessera de se débattre. De même, si vous jetez une pierre en l’air, elle ne cessera d’être en mouvement tant qu’elle ne reposera pas à nouveau sur la terre. Un fleuve n’arrêtera pas de couler tant qu’il n’aura pas atteint la mer; jusque-là il continuera à couler et à se diriger vers sa destination. Quoi que vous puissiez imaginer en ce monde, vous constaterez que cela essaie d’atteindre son état naturel.

Vous n’êtes pas conscients d’avoir des yeux. Vous regardez, c’est tout; vous voyez des choses avec vos yeux mais vous n’avez pas sans cesse conscience de vos yeux. Vous les prenez pour une chose qui va de soi. Mais imaginez qu’un minuscule grain de sable tombe dans l’œil. L’œil est alors dans un état anormal et vous pouvez constater comme il va s’efforcer, avec le reste du corps, de retrouver son état normal.

Tant que vous n’aurez pas atteint la source, vous n’aurez pas de paix véritable. Une chose ou l’autre vous préoccupera et vous agitera. C’est pour cela qu’il devient nécessaire pour vous d’atteindre la source ou d’en prendre conscience. Qu’est-ce qui vous fait agir de différentes manières pendant la journée? Vous avez hérité de nombreuses tendances animales. L’orgueil d’un paon, la ruse d’un renard, la cruauté d’un tigre, la nature venimeuse d’un cobra, la sournoiserie d’un singe. Chacun a ces qualités animales dans son subconscient ou son inconscient. Mais nul n’en a conscience. On considère comme admis que l’on est un être humain normal. Mais non! Très souvent on est comme des sous-humains marchant sur deux jambes! Ces qualités animales se manifestent de temps à autre dans la vie quotidienne. C’est cela qui est la cause de tous les problèmes et conflits dans le monde.

Il est nécessaire d’annihiler toutes ces qualités négatives, non pas en les refoulant mais en comprenant exactement pourquoi elles surgissent et quelle est leur nocivité dans votre vie de tous les jours. Vous devez vous débarrasser de ces conflits, alors seulement pourrez-vous atteindre le niveau humain. A partir du niveau humain vous pourrez ensuite vous sublimer et pénétrer dans le niveau plus élevé ou divin. C’est à dire que vous pourrez prendre conscience de la source, la source réelle qui est toute perfection. Une fois que vous avez atteint la source vous commencez à manifester les qualités de cette source. Mais en refoulant certaines des qualités négatives vous ne pourrez jamais devenir sublime; il vous faut être effectivement conscient de la source pour être sublime. Alors, lorsque vous agissez en ce monde, vous exprimez les qualités de cette source dans votre vie quotidienne et apportez paix et harmonie aussi bien aux autres qu’à vous-même.

Pourquoi faire tant d’efforts en ce monde? Pourquoi ne pas simplement plonger dans la source et jouir de la perfection? Malheureusement, ce n’est pas si facile que ça. Si vous essayez de plonger immédiatement dans la source, ce sera un constat d’échec. Vous devez d’abord savoir ce que vous êtes par essence. Vous devez vous connaître vous-même avant de pouvoir transcender ce qui est indésirable et atteindre la source. Chacun croit se connaître mais on est en réalité étranger à soi-même. On s’imagine être quelque chose d’autre que ce que l’on est en réalité.

On a la capacité de cacher certaines qualités et d’en manifester d’autres. On essaie de cacher ce qui est négatif en soi et de montrer ce qui sera apprécié par autrui. Ainsi, on essaie sans cesse de cacher les qualités indésirables et de manifester les désirables, qui ne sont pas nécessairement en soi mais que l’on essaie de projeter avec force. On essaie de se persuader dans son for intérieur que l’on est heureux. Mais on ne peut soutenir ce faux-semblant tout le temps. Si l’on se trouve confronté à une provocation inattendue, les qualités indésirables que l’on avait étouffées en soi surgiront immédiatement avec une force terrible et se manifesteront au grand jour. Alors vous révèlerez vos véritables sentiments intimes. Alors les autres verront qu’ils avaient été trompés. Quand les autres essaient de vous signaler ce que vous êtes, de vous montrer vos qualités négatives, vous les écartez et vous sentez blessé dans votre personnalité (votre ego). Il se produit alors un conflit de personnalités (d’egos), cause de discorde et de disharmonie. C’est ainsi que vivent la plupart des gens dans le monde d’aujourd’hui.

Avant tout, il est essentiel de découvrir ce que l’on est; non pas ce que l’on prétend être, mais quelles qualités négatives et positives sont réellement là. En général, on n’aime pas voir ce qui est indésirable. Le mental essaie d’ignorer ce qui n’est pas désirable. Mais les gens intelligents comme vous doivent avoir le courage de voir la vérité en face, la vérité sur soi-même. Aussi désagréable que cela puisse être, regardez droit en vous-même et voyez ce qui se trouve là en réalité. Cela ne peut être accompli qu’en prenant conscience de vos pensées, des paroles que vous prononcez, des actes que vous faites. Lorsque vous pensez, parlez et agissez, c’est le résultat de la stimulation des impressions subconscientes qui s’expriment d’abord sous la forme de pensée, puis de parole, enfin d’action. Mais comment devenir conscient de ces impressions subconscientes? Seulement en centrant son attention intérieurement. On est constamment extroverti et l’on se sert tout le temps de sa conscience superficielle. Puisque l’on garde sans cesse sa conscience superficielle occupée, on ne peut pas découvrir ce que le subconscient est en train de faire ni ce qu’il contient.

Il faut d’abord apprendre à calmer la partie superficielle du mental. C’est très difficile à réaliser de but en blanc. L’une des façons d’y parvenir est de calmer d’abord le corps. C’est pourquoi les postures de yoga sont recommandées. Si vous faites bien les postures de yoga, avec une compréhension juste, et apprenez à détendre votre corps, vous constaterez que vous avez déjà réussi à calmer l’aspect superficiel de votre être. Alors les impressions subconscientes jailliront. Dans le retour à la source, vous devez apprendre à centrer votre attention pour connaître les impressions subconscientes. C’est l’une des choses les plus importantes à accomplir.

Tous les jours, de temps à autre, tout en étant occupé à vos activités journalières, centrez soudain votre attention au-dedans de vous à l’improviste. Vous serez stupéfait de ce que vous découvrirez. Extérieurement, votre conduite pourra être irréprochable, vos paroles très douces, votre expression aimable, mais intérieurement vous découvrirez peut-être que vous brûlez en réalité de haine et de jalousie. Peut-être de nombreuses émotions négatives troublent-elles votre subconscient. Essayez de penser à faire ceci pendant quelques minutes plusieurs fois dans la journée et vous permettrez ainsi à votre subconscient de se découvrir.

Les impressions subconscientes sont un grand obstacle à la prise de conscience de la source. Il faut comprendre que la plupart des pensées que l’on a naissent de la stimulation du subconscient. Bien sûr il y a aussi des pensées qui proviennent de l’extérieur, mais même ces ondes de pensée sont modifiées par les impressions subconscientes que l’on porte en soi. La pensée qui en résulte, que vous appelez votre pensée, n’est pas du tout votre pensée en réalité. Ce n’est pas une pensée pure issue de vous-même. Sans même vous en rendre compte, vous réagissez très souvent à la stimulation de ces impressions et puis vous vous trouvez avoir des ennuis. Alors vous vous interrogez: « Pourquoi ai-je fait cela? », mais il est trop tard. C’est la stimulation automatique de ces impressions subconscientes qui vous a fait agir mécaniquement de cette façon-là.

Quel est l’obstacle principal à la prise de conscience de la source? En Sanskrit on l’appelle Chitta Vritti; ce sont les modifications qui se produisent dans le tissu mental, le tissu dont est fait le mental.

Le mental est un aspect matériel de l’être humain; ce n’est pas seulement un aspect spirituel. Il est exactement comme l’un des organes des sens avec la différence qu’il est plus subtil. Ce tissu mental (Chitta) produit constamment des modifications. Les organes qui sont reliés au mental entrent en contact avec les objets des sens extérieurs; ils prennent le moule de ces objets qu’ils rencontrent et les impressions sont rapportées au cerveau par les nerfs. Ces impressions sont interprétées par un autre aspect du mental comme étant agréables ou désagréables. Ce processus se poursuit sans cesse en nous. La nature même des organes des sens est d’être extrovertie. Qu’on le veuille ou non, les organes des sens entrent sans cesse en contact avec les objets des sens extérieurs et quand on n’entre pas directement en contact avec les objets des sens, on le fait indirectement à travers les impressions mentales. Vous pouvez imaginer combien de modifications ont lieu dans le subconscient. Ces ondes créent un obstacle à la prise de conscience de la source qui est au-delà du mental, au-delà des aspects conscient et inconscient du mental. Si ces modifications sont sans cesse produites, à ces niveaux, alors l’oscillation de ces ondes nous cachent la source et nous empêchent de prendre conscience de ce qui est au-delà des ondes.

Il est donc essentiel de vider de temps en temps le mental de ces impressions subconscientes; non seulement cela, mais aussi de veiller à ne pas produire de nouvelles impressions trop rapidement. Plus vous avez d’ondes de pensée dans le mental, moins vous avez conscience de la source. C’est pourquoi il est si important de permettre au mental de devenir silencieux au moins deux fois par jour. Bien sûr, au début, vous risquez de ne pas réussir tout de suite. Ce n’est pas si facile. Au contraire, vous constaterez que le mental se met à émettre de plus en plus de pensées. Vous risquez fort d’être effrayé ou déçu et de penser que vous faites fausse route. C’est seulement un processus de purification par lequel il faut passer.

Imaginez une pièce qui aurait été longtemps condamnée. Quand on l’ouvre à nouveau, tout paraît normal, mais des couches de poussière ne s’en sont pas moins accumulées. Dès que vous commencez à épousseter la pièce, vous êtes saisi en voyant qu’elle est entièrement remplie de poussière. Mais il faut nécessairement en passer par là si l’on veut que la pièce et tout ce qu’elle contient redevienne propre. Dans la méditation, ce que vous essayez de faire est de centrer l’énergie du mental sur le mental lui-même. L’énergie du mental est dispersée dans des millions de directions; il vous faut donc essayer de la rassembler et de centrer le mental sur lui-même. Cela passe d’abord par le niveau du subconscient et révèle tout ce qui y est contenu en faisant ressortir toutes les impressions subconscientes. Ne soyez pas bouleversé si vous constatez que les pensées les plus indésirables qui soient surgissent de votre mental —  pensées que vous n’auriez jamais pu imaginer avant. Elles étaient là, cachées, et maintenant qu’elles ont été stimulées, elles ressortent. Il est nécessaire qu’elles ressortent.

Quand les pensées ressortent de cette façon et se révèlent, il faut avoir soin de ne pas se concentrer sur elles ni de passer un jugement quelconque à leur sujet, car alors il se reformerait une autre impression. Essayez d’en prendre conscience et laissez-les se révéler et s’épuiser d’elles-mêmes. C’est très subtil. Une fois appris l’art de faire cela, on obtient un résultat merveilleux. Ce n’est pas « vous » essayant de voir surgir vos pensées et passant des jugements, mais c’est une façon de regarder les choses sans qu’il y ait de centre. Généralement vous regardez à travers l’ego — « Je » regarde. Le sentiment de votre présence est très fort. Quand le « Je » regarde, vous vous mettez automatiquement à passer des jugements et cela produit en vous des sentiments agréables ou désagréables et une fois encore il se forme des impressions. Ici vous ne faites que regarder sans essayer de passer le moindre jugement. Les pensées ne font qu’aller et venir sans former de nouvelles impressions au niveau du subconscient. C’est ainsi qu’il faut regarder les pensées qui surgissent du subconscient. C’est ce qui est le plus important dans la découverte de la source.

Bien sûr, il y a beaucoup de choses à faire, mais il faut accorder une importance capitale à cela. Vous êtes habitué à vous identifier à toutes les pensées qui surgissent dans le mental et chaque fois que vous vous identifiez à ces pensées, vous renforcez l’ego. L’ego n’est rien d’autre qu’un aspect du mental. La philosophie indienne distingue quatre aspects dans le mental. L’aspect superficiel —  appelé manas —  est la partie du mental qui reçoit les impressions venues de l’extérieur de la conscience; la conscience mentale s’extériorise par les organes des sens et prend l’empreinte de l’objet qui entre en contact avec le mental et cette impression est conduite à l’intérieur. Puis il y a un deuxième aspect, plus subtil, que l’on appelle la buddhi ou faculté de discrimination. C’est ce qui fait une distinction dans ce qui a été vu. L’information transmise par le mental est interprétée comme bonne ou mauvaise, agréable ou désagréable par cette faculté de discrimination. Mais cette partie du mental n’agit pas toute seule; elle agit en même temps que la partie plus subtile appelée l’ego ou ahankara (troisième aspect). Sous l’action de cet ego, l’empreinte est identifiée avec le « Moi ». C’est bon pour moi, c’est mauvais pour moi. La faculté de discrimination décide si c’est bon ou mauvais, mais quand l’ego entre en jeu il décide comment « Je » retirerai un profit ou un désavantage, si « Je » dois posséder cela ou le rejeter etc. Tandis que tout cela se déroule, les sentiments qui ont été produits forment des impressions dans la partie la plus subtile du mental appelée la Chitta (quatrième aspect). Chitta est la substance du mental et comprend à la fois l’inconscient et le subconscient. Ce sont ces quatre aspects réunis (le manas, la buddhi, ahankara et chitta) qui forment le mental. Tous les quatre tirent leur pouvoir de la source, si bien que leur fonctionnement en coopération dépend de la force qu’ils tirent de la source. Plus on est capable de prendre conscience de la source, plus ils fonctionneront en coopération. C’est pourquoi devenir conscient de ses pensées et permettre au mental de devenir aussi silencieux que possible fortifie le mental, fortifie chaque aspect du mental et lui permet de fonctionner correctement. Si l’un de ces aspects est beaucoup plus actif qu’un autre, on sera sujet à commettre des erreurs.

Pour illustrer ces aspects plus clairement je vais vous donner un exemple. Vous allez vous promener au crépuscule. Vous voyez un homme qui se dirige vers vous. Sa taille, sa silhouette, sa corpulence etc. ressemblent à celles de l’un de vos bons amis. Le manas vous a apporté l’empreinte et la faculté de discrimination pense que cela ressemble à votre bon ami, l’ego dit « C’est mon ami » —  et il y a immédiatement une réaction. Vous avez envie de courir l’embrasser. Quand vous l’embrassez, il y a une joie qui est enregistrée dans la chitta ou tissu mental. Cet incident est maintenant terminé, mais l’impression demeure, enregistrée dans le subconscient. Au bout de quelques jours ou semaines, vous retournez vous promener sur la même route à la même heure et vous voyez un homme ressemblant au premier qui se dirige vers vous. Immédiatement les impressions de l’incident précédent sont stimulées et dès que votre manas entre en contact avec le souvenir de l’homme se dirigeant vers vous, vous voulez éprouver à nouveau la même joie à cause de la stimulation des impressions précédentes. Si l’ego et la faculté de discrimination travaillent en coopération, vous ne vous précipiterez pas pour l’embrasser. Vous essaierez d’abord de voir si c’est bien votre ami. Mais s’ils ne sont pas équilibrés et ne collaborent pas, alors vous vous précipiterez sur l’homme et l’embrasserez à l’aveuglette pour vous rendre compte ensuite que ce n’est pas du tout votre ami mais un ivrogne. Vous pouvez imaginer les conséquences! C’est ainsi que le mental fonctionne. Vous pouvez imaginer quels ravages ces impressions subconscientes peuvent causer et comme il est important de les tarir et de devenir plus conscient de la source d’où elles tirent leur pouvoir pour faire agir le mental. C’est l’une des façons de pouvoir progresser vers la source.

Chapitre 2

Etant donné que vous êtes la source, il vous faut trouver des moyens pour permettre au mental d’atteindre un état de silence afin de prendre conscience de la source.

Il y a plusieurs façons d’y parvenir, mais une fois que vous avez repris conscience de la source il n’y a plus aucune différence. Prenons l’espace pour exemple. L’espace est continu. Il est partout. Si vous construisez quatre murs ici et appelez ceci une pièce, c’est comme si vous étiez coupé de l’espace extérieur. Mais peut-on construire des murs s’il n’y a pas d’espace là où on les construit? Les murs eux-mêmes sont construits dans l’espace. Vous n’avez pas découpé l’espace, même s’il semble que vous l’avez fait. Si la fenêtre est fermée, on dirait qu’il n’y a pas de continuité entre l’espace extérieur et l’espace intérieur. Mais si vous ouvrez la fenêtre, vous pouvez plus aisément vous rendre compte de cette continuité. Si vous démolissez les murs, il ne reste plus que de l’espace. Vous ne pouvez pas établir la distinction entre l’espace extérieur et l’espace intérieur.

De même c’est votre ego qui vous fait penser que vous êtes séparé de la source. L’ego recherche sans cesse la satisfaction, créant ainsi des oscillations dans le mental. Ces oscillations vous font penser que vous êtes séparé de la source. Tout ce qu’il faut, c’est de permettre aux oscillations de cesser. Ce n’est pas exactement les faire cesser. Vous pouvez les arrêter par un effort de volonté, mais ce processus est alors lui-même une oscillation car le mental fonctionne. Il faut permettre aux oscillations de cesser d’elles-mêmes. Cela semble très simple. C’est pourtant très difficile de permettre au mental de s’arrêter de fonctionner. C’est presque impossible. Vous savez tous combien d’ondes de pensée traversent votre mental à chaque instant. Pour arriver à la source, il faut équilibrer votre être à tous les niveaux.

Dans le chapitre précédent nous avons vu les différents aspects du mental et nous savons que tous ces aspects doivent fonctionner en coopération et en harmonie.

Il y a également en nous trois autres aspects:

1)  L’aspect actif,

2)  L’aspect affectif,

3)  L’aspect intellectuel.

Ces trois aspects eux aussi doivent fonctionner harmonieusement. Si l’un fonctionne au détriment des deux autres, il devient très difficile de prendre conscience de la source. Chacun de ces aspects doit être utilisé pour permettre au mental de devenir silencieux.

L’aspect actif est nécessaire en chacun. Tous les êtres humains sont actifs; personne ne peut rester inactif. Ne serait-ce que pour vos besoins biologiques et physiologiques, il vous faut agir. Tout être humain doit agir. Vous êtes destiné à agir. La création elle-même est action. Mais cette action est destinée au bien commun de tous. L’Intelligence Cosmique n’a pas d’intellect individuel. Tout ce que vous avez emmagasiné dans votre subconscient est basé sur l’égoïsme. Toutes les pensées que vous avez eues sont basées sur l’ego. Depuis votre enfance toutes les actions que vous avez accomplies ont eu pour but de satisfaire l’ego. « Il me faut ça. Je dois éviter ça ». C’est ce qui se passe depuis le tout début.

Quand votre intellect individuel fonctionne, c’est depuis ce niveau, un niveau conditionné. Toute action accomplie est donc égoïste. C’est ce qui crée toutes les complications. Au lieu de révéler la source, votre action égoïste la cache. C’est très facile à comprendre. Si chaque personne œuvre pour sa propre satisfaction, sans aucune considération pour qui que ce soit d’autre, il y aura sans cesse un conflit d’egos, chaque ego essayant de réprimer l’autre ego à son propre profit. Vous pouvez imaginer comme le mental va osciller, comme il va être agité dans ces conditions.

Or la seule chose qui nous empêche de prendre conscience de la source, ce sont les oscillations du mental. Il vous faut agir, mais vous devez apprendre à transformer votre activité afin qu’elle ne soit pas un obstacle à votre prise de conscience de la source.

C’est chose possible si vous comprenez la véritable philosophie de la vie. Vous devez apprendre à agir. Quel est en vous l’auteur des actions? C’est très facile de dire, c’est « Moi » qui agis. Qui est ce « Moi »? Ce « Moi » n’accomplit aucune action quand il est dans l’état de sommeil profond. Il continue à exister dans l’état de sommeil profond, mais aucune action n’est alors accomplie, il n’y a alors aucun « Moi ». Ce que vous appelez le « Moi » toute la journée est quelque chose qui apparaît et disparaît. Ce « Moi » apparaît quand vous êtes éveillés ou que vous rêvez. Il disparaît quand vous entrez dans le sommeil profond. Vous continuez toujours à exister, à respirer, à digérer, etc.; vous continuez à fonctionner. Qu’est-ce donc qui en vous prend conscience que vous avez bien dormi? Le corps, le mental et les sens ne fonctionnent pas, pourtant vous avez conscience d’avoir dormi profondément. Cela montre qu’il y a une autre dimension de conscience qui sait que vous avez bien dormi. C’est cette conscience-là qui est la force motrice du corps, du mental et des sens.

Dans l’état de sommeil profond, cette force se retire au centre de l’être, dans le cœur spirituel. Alors le mental et les sens sont incapables de fonctionner. Quand on se réveille, la conscience est libérée, ce qui fait fonctionner à nouveau le corps, le mental et les sens.

Le corps, le mental et les sens sont comme des instruments dans cet état merveilleux de Conscience Absolue. Cette Conscience utilise ces instruments pour accomplir des actions. Etant donné qu’Elle n’a aucune individualité, vous n’en avez pas non plus dans l’état de sommeil profond. La Conscience Absolue vous fait agir non pas pour un individu en particulier, mais pour tous les individus, pour le bien commun de tous. Quand vous ne faites qu’un avec cette Conscience, vous pouvez sembler agir de façon individuelle, pour votre propre bien; cela peut être pour votre propre bien aussi, mais votre action est destinée à faire du bien en même temps à tous les autres. C’est quand ce fait —  cette Vérité Cosmique —  est oublié et que donc vous essayez d’agir exclusivement pour vous-même que commencent les ennuis. Vous devez sans cesse être conscient que le corps est un instrument entre les mains de la Force Cosmique. C’est cette Force Cosmique qui agit à travers le corps. Elle vous fait accomplir des actions particulières. Ces actions et les expériences qu’elles suscitent sont nécessaires à votre évolution. Vous devez accomplir les actions particulières qui vous sont échues. Cela est nécessaire. Ayant compris cette vérité, vous pouvez agir sans crainte, car en accomplissant à la perfection les actions qui vous sont échues, vous progresserez automatiquement sur le chemin spirituel. Vous n’agirez pas à la légère mais vous rendrez compte que vos actions ne sont pas pour votre unique bénéfice personnel mais pour le bien de tous et ainsi vous n’accomplirez pas d’actions égoïstes.

Comment peut-on accomplir une action à la perfection? Pour y réussir il faut utiliser toute l’énergie possible. Généralement on gaspille de l’énergie à chaque instant de sa vie en parlant, en pensant, en faisant des choses inutiles. Tout ceci est un gaspillage d’énergie. Chaque pensée consomme de l’énergie. Pendant que vous accomplissez une action, vous pensez tout le temps à autre chose, gaspillant ainsi votre énergie. Vous pensez au passé, à ce qui est arrivé, vous demandant si ce fut un échec ou un succès. Vous pensez au passé et le prenez comme référence pour penser à l’avenir: « Oh, j’ai connu un échec la dernière fois, que va-t-il se passer quand je vais recommencer bientôt? », ou bien: « J’ai réussi la dernière fois, il faut que je réussisse encore mieux cette fois-ci ». Vous êtes tout le temps anxieux, votre mental est dans un état de tension. L’anxiété est un grand gaspillage d’énergie.

Ayant compris cette Vérité très clairement, vous devez permettre au mental de devenir silencieux. C’est le défaut de compréhension qui vous fait penser tout le temps. Si vous vous rendez compte du mal causé par des pensées constantes et inutiles, cela permettra automatiquement au mental de devenir silencieux. Quand vous travaillez, si vous pouvez garder votre mental silencieux vous pourrez alors utiliser toute l’énergie généralement éparpillée pour le travail que vous êtes occupé à faire. Quand toute l’énergie est centrée sur une seule chose elle devient focalisée. Un mental focalisé est presque un mental silencieux. Cela vous aide à atteindre une autre dimension de conscience. Atteindre une autre dimension de conscience vous apporte une intelligence intuitive dans le travail que vous faites. Il vous vient des idées neuves, et vous ne vous souciez pas de savoir si elles vous seront profitables ou pas. Cela aussi apporte une satisfaction. Ces idées nouvelles, qui surgissent du niveau de conscience le plus profond en vous, seront pour le bien commun de tous parce qu’elles ne viennent pas du niveau de conscience conditionné. Si vous pouvez agir ainsi, vos actions vous aideront à prendre conscience de cet aspect actif. Mais ne négligez pas les aspects affectif et intellectuel car cela vous bloquerait à nouveau et serait un obstacle à votre progrès spirituel.

Si vous corrigez l’un des aspects sans corriger les autres, vous fonctionnerez de façon fragmentée. Ils doivent être travaillés tous les trois de telle façon qu’ils vous aident à prendre conscience de la source.

L’aspect affectif vient lui aussi du niveau de conscience conditionné. Vous avez eu différents types d’émotions pendant votre vie. Ces émotions sont basées elles aussi sur la satisfaction de l’ego. Elles ont formé des couches d’impressions dans votre subconscient. Dans les moments critiques de votre vie ces impressions sont stimulées et créent un type particulier d’émotion. Tantôt vous constatez que vous êtes rempli d’agressivité, tantôt que vous vous accrochez avec attachement, et tantôt encore que vous êtes sujet à la haine. C’est ainsi que différents sentiments vous troublent. Mais il y a un sentiment qui, s’il est cultivé correctement, sublimera tous les autres —  le sentiment d’amour.

Il n’y a pas un seul être humain qui n’ait soif d’amour. Tout le monde recherche l’amour sous une forme ou sous une autre. Mais, malheureusement, c’est encore la satisfaction de l’ego que l’on recherche par l’amour. Vous dites que vous aimez quelqu’un, mais en fait c’est vous-même que vous aimez. Si quelqu’un satisfait vos désirs, vous aimez cette personne. Si quelqu’un pense comme vous, vous aimez cette personne. Mais si elle change d’opinion, vous ne l’aimez plus. Si elle ne vous aide pas à obtenir ce que vous voulez, vous pouvez même vous mettre à haïr cette personne.

Vous avez une façon particulière de penser. Par exemple, vous avez un fils. Vous essayez de faire de lui une source de satisfaction. Vous voulez que votre fils fasse des études et ait une profession donnée afin de satisfaire l’ambition qui est en vous. Peut-être voulez-vous qu’il aime quelqu’un que vous aimez aussi. S’il aime quelqu’un qui ne vous plaît pas, vous vous mettez à ne plus aimer votre fils parce qu’il ne vous procure pas la satisfaction escomptée.

Quand vous dites que vous aimez quelqu’un, c’est vous-même que vous aimez. Vous ne comprenez pas cela; vous ne vous rendez pas compte de cette vérité. Vous imaginez aveuglément que vous aimez l’autre, mais c’est un amour égoïste. C’est pourquoi l’ »amour » crée tant de complications et de problèmes psychologiques. C’est en fait le malentendu sur l’amour qui crée le maximum de problèmes dans la vie. Le mental est sans cesse occupé par la déception, par l’attachement, la jalousie, l’envie, la possession. Tous ces sentiments troublent le mental. Evidemment, vous n’avez alors aucune conscience de la source. Moins vous êtes conscient de la source et plus vous avez de problèmes et plus vous créez de problèmes —  des problèmes psychologiques surtout.

Il faut comprendre correctement le mot « amour ». Amour signifie « Prise de conscience de l’unité », principalement au niveau Ultime. En fait, vous ne pouvez avoir d’unité réelle qu’au niveau Ultime. Vous pouvez dire que vous êtes uni psychologiquement avec quelqu’un, mais comprenez que le mental est un facteur sans cesse changeant. A un moment donné, vous pouvez penser qu’il y a unité, le moment d’après, vous haïrez peut-être cette même personne. Vous pouvez être uni physiquement, c’est merveilleux quand vous avez cette unité-là, mais il y a des facteurs qui pourront vous la faire détester plus tard. Si vous tombez amoureux de quelqu’un d’autre, vous pourrez éprouver une répulsion physique pour la personne avec qui vous aviez une relation précédemment et cette relation peut devenir très pénible. L’unité, l’union que vous recherchez sur le plan physique et le plan psychologique ne peut pas être constante. Cela change sans cesse et produit des oscillations dans le mental.

Ce qu’il faut, c’est prendre conscience de l’unité intérieure. Cette unité intérieure ne peut être obtenue que lorsque vous comprenez la véritable signification du mot amour. Cette compréhension doit apporter le calme au mental et vous faire graviter vers l’intérieur. Essayez au moins de temps en temps de prendre conscience de cette unité intérieure. Quand vous entreverrez cette joie, cette unité intérieure, alors vous comprendrez ce que veut dire le mot « amour ». Je ne veux pas dire que vous ne deviez pas connaître d’union psychologique ou physique au début. Il est presque impossible de se passer de cette sorte d’unité au commencement, mais l’unité extérieure doit être l’expression de l’unité intérieure. Alors seulement deviendra-t-elle un facteur constant. Une compréhension réelle du mot « amour » et une réflexion sur cette unité intérieure doivent vous permettre d’aller de plus en plus profondément en vous-même et ainsi de permettre au mental d’entrer dans le silence. Dans cette unité, qui est l’amour véritable, il n’y a aucune possession, aucun marchandage tel que « Si tu m’aimes, je t’aimerai ». Vous aimez parce que vous ne pouvez pas faire autrement. Vous éprouvez l’autre comme faisant partie de vous-même. Comment cesser d’aimer alors? Pourquoi aimez-vous les différentes parties de votre corps? Parce que vous en éprouvez l’unité; vous avez conscience que toutes ces parties sont vous. C’est cela l’amour véritable. C’est cela que vous devez chercher.

Il est nécessaire de réfléchir constamment sur cette vérité pour maîtriser ses sentiments. Si l’on peut faire l’expérience de cet amour-là, il devient inutile de lutter pour supprimer agressivité, jalousie, etc. Tout cela disparaîtra de soi-même.

Je porte des lunettes. Elles reposent sur mon nez. Mais mon nez n’est pas jaloux parce que mes yeux voient à travers les lunettes. Le nez ne dit pas « Pourquoi devrai-je en supporter le poids? ». Il y a une coopération automatique. Il y a de l’amour pour toutes les parties. C’est cet état qui s’établira. Il est impossible d’écraser l’agressivité, la jalousie, l’envie, la haine et tous les autres sentiments négatifs à force de volonté. Vous pouvez être persuadé que tout cela est très mauvais, mais vous ne pouvez rien y faire. Vous pouvez faire comme si vous ignoriez ces sentiments, mais ils vous brûleront intérieurement. Cela non plus n’est pas une solution. Développez en vous cet amour universel, cet amour intérieur, et vous n’aurez plus à lutter: tout cela disparaîtra de soi-même. C’est ainsi que l’on peut transformer ses sentiments.

L’aspect rationnel, ou intellectuel, est le troisième aspect auquel il faut prêter attention. Dans les temps modernes, les gens deviennent de plus en plus intellectuels. Ils sont très friands de gymnastique intellectuelle. Pour tout il doit y avoir une preuve, une preuve scientifique. Tout doit être démontré dans l’éprouvette. Ce n’est pas possible. Il y a beaucoup de choses qui sont au-delà de l’éprouvette, au-delà de l’intellect. On peut comprendre cela en prenant à nouveau l’exemple du sommeil profond. Il y a une autre dimension de conscience au-delà de l’intellect. Comment peut-on découvrir ce qui est au-delà de l’intellect au moyen de l’intellect? Vous ne pouvez voir quelque chose que si vous y êtes vous-même. C’est à dire que vous pouvez vous servir de l’intellect pour comprendre dans une certaine mesure l’existence d’un tel état de conscience, mais vous ne pouvez pas le prouver.

Si je vous donne un coup et que vous fassiez une grimace de douleur et que je vous demande pourquoi vous avez fait cette grimace, vous direz que c’est parce que cela vous a fait mal. Si je vous dis « Montrez-moi votre douleur », est-ce possible? Vous est-il possible de m’expliquer exactement ce qu’est la douleur si je n’en ai jamais fait l’expérience moi-même? Quelqu’un peut-il m’expliquer exactement ce qu’est la douleur? Les mots sont inadéquats. La seule chose que l’on puisse dire, c’est que cela n’est pas agréable, que cela irrite les nerfs, que c’est douloureux. Vous pouvez donner toutes sortes d’explications, mais vous ne pouvez pas m’expliquer ce que vous ressentez en ayant mal. La seule chose que vous puissiez faire pour me faire comprendre, c’est de me donner un coup en disant « Voilà ce que c’est que la douleur ». Alors je comprendrai. De même il y a certaines choses que l’on ne peut expliquer. On peut faire appel à l’intellect pour réunir des preuves indirectes, mais on ne peut pas décrire exactement ce que c’est. Le meilleur exemple auquel penser est l’exemple du sommeil profond. Dans l’état de sommeil profond le corps ne fonctionne pas, et pourtant vous êtes capable de vous rappeler que vous avez très bien dormi. Vous êtes également certain qu’il n’y a eu pendant cette période aucune perturbation du mental. Il n’y a eu aucun souci, aucun problème, aucun conflit, mais vous avez continué à exister. Vous dites donc qu’il y a un autre état de conscience au-delà du corps, du mental et de l’intellect. La nature de cet état de conscience est paix.

Une autre « preuve » de l’existence de cet état de conscience qui est donnée dans les heures de veille, c’est que si cette conscience ne s’était mise à exister que lorsque vous étiez profondément endormi et avait disparu quand vous vous êtes réveillé, il y aurait eu un « blanc » entre l’état de veille avant que vous soyez endormi et après que vous vous êtes réveillé. Si blanc il y a, il ne peut y avoir de souvenir au réveil de ce qui s’est passé avant de vous endormir. Vous vous endormiriez alors en étant une personne et vous réveilleriez en en étant une autre. Mais vous savez par expérience que vous êtes parfaitement capable de vous rappeler ce qui s’est passé avant que vous vous soyez endormi quand vous vous réveillez. Cela montre qu’il y a une continuité de conscience. La conscience qui existait pendant le sommeil profond existait avant que vous vous endormiez et également quand vous vous êtes éveillé de votre sommeil.

Au-delà du corps, du mental et de l’intellect qui ne cessent de changer et vous troublent fréquemment, il y a un état de conscience qui est très paisible. Si vous pouvez prendre conscience de cet état, alors vous aurez pris conscience de la source. Ce qui apparaît et disparaît n’est pas la réalité. Ce qui demeure à jamais, ce qui ne change jamais, ce qui est sans commencement ni fin, cela est la réalité. Cela est notre source. En utilisant tous les trois aspects et en les faisant fonctionner harmonieusement comme il convient, vous pouvez prendre conscience de cette source.

Chapitre 3

Dans le chapitre précédent nous avons vu qu’il fallait utiliser les trois aspects ensemble, c’est à dire l’aspect actif, l’aspect affectif et l’aspect intellectuel ou rationnel. Ce que l’on appelle la source est au-delà du mental. Le mental n’est pas séparé de la source car rien n’est séparé de la source.

Tout ce que vous trouvez dans l’univers est en continuité avec la source, est un aspect de la source. Quand cela paraît osciller sous l’effet des ondes de pensée, vous appelez cet aspect le mental. C’est une manifestation de la Conscience Absolue. Vous avez la capacité de vous concentrer (de permettre au mental de devenir silencieux). Il ne s’agit pas de la concentration habituelle, synonyme de tension. C’est une attention continue, sans effort, qui se transforme peu à peu en concentration intense. C’est utilisé dans le Raja Yoga. On rassemble l’énergie dispersée du mental et on la centre sur le mental lui-même. Cette énergie a le pouvoir de faire éclater les éléments les plus denses du mental en éléments plus subtils.

Le mental n’est pas matériel. Il n’est pas spirituel non plus, mais il consiste en unités d’énergie subtile. L’énergie devient de plus en plus subtile au fur et à mesure que l’on va de plus en plus profond à partir du niveau superficiel. Vous pouvez vous servir de ce pouvoir de concentration pour faire éclater ces unités d’énergie en des niveaux de plus en plus subtils jusqu’à atteindre le niveau d’origine d’où était née cette énergie. Cela veut dire que toutes les impressions subconscientes et inconscientes sont effacées ou réduites à leur forme originelle, la Conscience Absolue.

Pour accomplir cela, il faut vous préparer. Vous ne pouvez pas simplement vous asseoir et vous concentrer aussitôt et arriver à ce résultat. Vous devez observer certains principes de vie qui maintiendront le mental dans un état de calme. Vous pouvez observer ce qu’on appelle les Yamas et Niyamas: Le principe de ne pas nuire en pensée, parole ou action. La pratique de la sincérité et de la modération pour ne pas gaspiller son énergie inutilement. La propreté extérieure et intérieure est aussi très importante. Un certain degré d’austérité. La lecture des Ecritures pour garder présents à l’esprit le but de la vie et la raison pour laquelle on se trouve dans cet état misérable etc. Observer tout cela contribue à maintenir le calme dans le mental. Les postures de yoga et le pranayama sont également une aide. Le corps et le mental sont continus. Si l’on garde le corps équilibré et détendu, cela influence le mental qui devient aussi équilibré et détendu. Si l’on peut maîtriser le Prana, ou énergie universelle, par des exercices de respiration, cela aide aussi. Le Prana et le mental sont très intimement reliés. En maîtrisant le Prana on peut maîtriser le mental. En pratiquant tout cela régulièrement, on arrive à l’état appelé Pratyahara, ou retrait du mental des sens et des objets des sens. Quand le mental est attaché aux sens, les sens entrent en activité. En observant toutes ces règles de vie, on arrive à un état dans lequel le mental se retire des sens. On arrive à cet état de Pratyahara sans difficulté parce que le mental a été détourné des organes des sens, pour s’introvertir, du moins jusqu’à un certain point.

C’est seulement après avoir atteint l’état de Pratyahara que l’on peut aborder la concentration (ou exercices destinés à concentrer le mental sur un seul point), ce qui est appelé en sanskrit Dharana. Ceci à son tour débouche sur la méditation. Vous laissez le mental parvenir à un état de silence et dans ce silence du mental, vous prenez conscience de la source. Il n’est pas vraiment exact de dire « Vous prenez conscience de la source » car il ne reste plus que conscience. Prendre conscience implique qu’une dualité persiste. Quand vous devenez un avec la source, il n’y a que conscience. C’est la méthode adoptée dans le Raja Yoga.

Ainsi il n’est pas essentiel de croire en Dieu. De nos jours, beaucoup de gens n’ont pas la foi. Dans le Raja Yoga il n’est pas nécessaire d’avoir une foi particulière. Vous suivez l’un après l’autre les huit « membres » ou aspects du Raja Yoga et vous vous apercevez que vous êtes la source. Une fois que vous connaissez la source vous comprenez ce que signifie le mot « Dieu ».

Bien qu’il y ait de nombreuses façons différentes de calmer le mental, lorsque le mental est calme et que l’on peut entrer en méditation, la kundalini devient automatiquement active.

Considérons ensemble la méthode adoptée dans le Kundalini Yoga. Quand la Kundalini est activée naturellement, en préparant d’abord le mental et en le purifiant, elle s’éveille naturellement quand on entre en état de méditation; il n’y a alors aucun problème et absolument aucun danger. La Kundalini est une énergie cosmique condensée qui repose à l’état latent dans le bas de la colonne vertébrale. On la représente enroulée trois fois et demie sur elle-même. Dans la méditation elle est activée. Une fois activée, elle essaie de s’élever jusqu’au sommet de la tête. Depuis le bas de la colonne vertébrale jusqu’au sommet de la tête s’échelonnent sept chakras qui sont des centres d’énergie tourbillonnante. Le microcosme et le macrocosme sont identiques. Le macrocosme consiste en sept plans de conscience. Après la terre, il y a six plans de conscience plus subtils. Ces chakras sont des centres d’énergie qui représentent ces sept plans.

Quand la Kundalini est activée à la base de la colonne vertébrale, dans son ascension elle active et traverse chacun de ces centres. Au fur et à mesure que chacun de ces plans est activé, on devient conscient de ces différents plans de conscience. C’est pourquoi l’on fait des expériences différentes quand les différents chakras sont éveillés. Ce qui nous donne cet éveil est supposé être l’énergie provenant du liquide séminal. L’acte sexuel a pour objet la reproduction, mais les sécrétions contiennent de l’énergie qui est également capable de stimuler des centres du cerveau. Ceux-ci activent les chakras et activent finalement les différents endroits du cerveau qui n’ont jamais été encore utilisés. Ordinairement, cette énergie n’est pas active. Elle entre en action seulement quand certains endroits du cerveau sont activés.

A moins d’être physiquement, mentalement et spirituellement préparé à subir les expériences dues à la stimulation de ces différents points du cerveau, on peut avoir beaucoup d’ennuis. Il existe des techniques pour activer n’importe quel de ces centres. Mais si le corps et le mental ne sont pas préparés auparavant, on ne sera pas capable de supporter les expériences qui viendront.

On peut être alors saisi de boulimie, devenir un maniaque sexuel, ou très agressif, ou complétement déprimé; on peut avoir l’impression de brûler dans un feu; on peut être mentalement déséquilibré. Il y a même des cas où les gens ont essayé de se suicider.

Il est très dangereux d’activer la Kundalini par force avant que le corps et le mental soient purifiés. Il ne faut pas s’occuper que du mental mais s’occuper aussi du corps. Comprenez que le corps et le mental forment une continuité. Tout ce qui touche le corps touche le mental et tout ce qui touche le mental a un effet sur le corps.

C’est pourquoi une longue préparation est nécessaire. Un régime approprié et certaines disciplines plutôt difficiles à pratiquer. Il faut avoir beaucoup de volonté et être dégagé de toute peur. Il faut être très audacieux. C’est l’une des raisons pour lesquelles dans le Tantra Yoga (où l’on éveille la Kundalini) les adeptes sont censés aller dans un cimetière à minuit et y méditer. Ils cuisent des aliments dans un crâne. Ils s’asseyent sur le cadavre et méditent. Toutes ces pratiques ont pour but de les rendre intrépides, de les rendre courageux.

Je suis très opposé à un éveil forcé de la Kundalini. Aujourd’hui il n’est pas possible de pratiquer la discipline, de suivre le régime etc. L’énergie sexuelle doit être transmuée et amenée à s’élever le long du canal central de la colonne vertébrale. L’énergie sexuelle doit être conservée et un strict célibat doit être observé. De nos jours, rien de tout cela n’est fait. Aucune discipline corporelle ni mentale, et les gens se précipitent pour éveiller la Kundalini. Si vous connaissiez le nombre de gens qui viennent ensuite se plaindre, vous seriez effrayés. J’ai rencontré beaucoup de gens qui avaient de sérieux problèmes parce qu’ils avaient essayé d’éveiller la Kundalini alors qu’ils n’étaient pas prêts. Les problèmes qu’ils ont sont inimaginables.

Le Kundalini Yoga est très ancien et il est scientifique. Mais il doit être pratiqué correctement en suivant toutes les directives données. S’il n’est pas possible de s’y conformer, alors mieux vaut renoncer à ce type de yoga et suivre des méthodes simples, et purifier le mental progressivement. Quand le mental sera suffisamment purifié, la Kundalini s’éveillera automatiquement et il n’y aura aucune expérience terrible. Au contraire, tout ce qui arrivera sera très agréable. Vous aurez tout ce que d’autres ont obtenu. Mais si vous recherchez des sensations et des expériences, il vous faudra les payer!

Il y a trois nadis, ou canaux, dans le corps subtil par lequel passe cette énergie, Prana. Celui de gauche est appelé Ida, celui de droite Pingala et le canal central est appelé Sushumna. Ces canaux doivent être complètement purifiés. S’ils ne le sont pas, c’est exactement comme le cholestérol qui obstrue les vaisseaux sanguins, entraînant de la tension et les complications qui s’ensuivent. De même y aura-t-il des complications s’il y a un blocage dans ces canaux subtils. Si le Prana ne peut pas circuler librement à travers les chakras et si l’on essaie de forcer ces chakras, alors il y aura beaucoup de problèmes. Mieux vaut l’éviter.

Pour le Kundalini Yoga, il faut un maître ayant atteint la réalisation par le Kundalini Yoga. La plupart de ceux qui enseignent le Kundalini Yoga de nos jours l’ont appris dans des livres. Ils n’ont aucune expérience personnelle. Quand une complication se présente, ils ne savent pas quoi faire. Il faut avoir un bon maître. Il faut avoir un endroit retiré et si possible être avec le maître, ou bien être capable de suivre toutes les instructions à la lettre.

Mieux vaut faire preuve de patience. Laissez la Kundalini être activée quand il faut, lorsque le mental est purifié. Dans toute pratique spirituelle, c’est la purification du mental qui est la chose la plus importante. Je crains que ce soit justement celle dont on s’occupe le moins. Tout le monde est prêt à faire la partie mécanique. On est prêt à faire les asanas, on est prêt à faire les exercices respiratoires. S’il y a quelque chose à « faire », on est capable de le faire. Mais se discipliner soi-même semble ne plaire à personne. Tout le monde néglige cet aspect. C’est pourquoi cela prend très longtemps pour que la Kundalini s’éveille.

Même dans la méditation ordinaire, si l’on se concentre intensément avant que le mental soit purifié, on éveille inconsciemment la Kundalini. C’est pourquoi je suis contre la concentration, c’est à dire la concentration forcée faisant appel à toute votre force de volonté.

Malheureusement, il est dit dans la plupart des livres que la « concentration est suivie par la méditation ». Mais ce n’est pas ce type de concentration qu’il faut pratiquer. Il n’y a pas de traduction exacte en anglais ni en français pour le mot Dharana. Si vous utilisez votre volonté, que faites-vous? Vous utilisez votre mental. Que se passera-t-il? Comment pouvez-vous utiliser votre mental et le faire taire en même temps? Le mental ne deviendra jamais silencieux au moyen de cette concentration intense. Les gens sont impatients d’entrer en méditation, impatients de progresser sur le chemin de la spiritualité. Ils croient que par une concentration intense ils y arriveront rapidement. Mais malheureusement, à leur insu, ils éveillent la Kundalini alors que leur mental n’est pas prêt à accepter les expériences liées à cet éveil. Les centres sont activés dans le cerveau et deviennent infiniment plus puissants qu’ils ne le sont en réalité; l’énergie de l’âme est là et doit passer par le mental impur pour se manifester. Mental impur veut dire mental conditionné. Tout ce que l’on a refoulé dans le subconscient est réveillé, réactivé. Des gens connaissant des états dépressifs souffrent soudain de dépression aiguë; ceux qui sont légèrement agressifs le deviennent terriblement; de cette façon, toutes les impressions négatives qui sont encore là au niveau subconscient se mettent à se manifester de toute leur force. Ce n’est pas la Kundalini qui fait cela. Elle a seulement le pouvoir d’activer le cerveau et de vous faire expérimenter certaines choses. Mais avant de transcender le mental, elle doit se manifester par le mental. Ce qui sera manifesté sera ce qui est refoulé ou caché dans les couches du mental. Tout ce qui est négatif ressortira en force.

Ceux qui souhaitent sincèrement progresser rapidement dans la spiritualité doivent accorder toute leur attention à la purification du mental. Ne pratiquez pas la concentration intense. Pratiquez la méthode de l’attention continue et sans effort. Vous verrez que la Kundalini ne sera activée que lorsque le mental sera purifié.

Ne vous inquiétez pas si vous ne pouvez pas entrer tout de suite en méditation. Le mental n’est pas prêt à méditer. Attendez. Laissez se faire le processus de purification. Cela est un progrès en soi. Un jour, quand vous vous y attendrez le moins, vous entrerez soudain en méditation. Peut-être sans expériences extraordinaires, mais comprenez que ce n’est pas ce que vous recherchez. C’est le mental qui fait les expériences. Une expérience suppose un expérimentateur, ce qui veut dire qu’il y a une dualité. Votre but est d’aller au-delà de la dualité pour atteindre la source. Vous cherchez à devenir identique à la source, en finissant ainsi avec le sentiment de dualité. C’est la chose la plus sublime qui puisse arriver à un être humain.

Le Mantra Yoga est aujourd’hui très en vogue. Mais qu’est-ce que c’est exactement? La Méditation Transcendantale a vulgarisé le mot Mantra en Occident. C’est presque devenu un mot courant. Le Mantra Yoga est un moyen très utile pour rapprocher quelqu’un de la réalisation de la source.

Les mantras sont des combinaisons de sons très puissants. Ce ne sont pas des sons créés par l’homme. Ils naissent de sources naturelles subtiles. Ils peuvent être entendus quand le mental est silencieux. Ceux qui ont entendu ces sons les ont reproduits vocalement, si bien qu’ils peuvent être perçus sous une forme plus grossière par l’oreille physique. Bien que vous ayez peut-être entendu de nombreux mantras, ce ne sont pas les mantras exacts, seulement la forme grossière de ces mantras. La fréquence originelle est formidable et les vibrations très subtiles. Quand ils sont produits vocalement, la fréquence est moindre et les vibrations deviennent plus grossières.

En répétant le mantra, en s’absorbant dans le son du mantra, on peut élever la fréquence et rendre ses vibrations très subtiles. Le mental vibre naturellement d’une façon grossière et irrégulière à cause des multiples variétés de pensées qui le traversent. Les mantras ont des vibrations rythmiques puissantes et le mental a la capacité de vibrer à l’unisson du mantra. Quand on répète le mantra en s’absorbant dans le son, le mental devient rythmique à son tour. Un mental rythmique est un mental calme. Si vous répétez le mantra ainsi, en vous absorbant totalement dans le son, il viendra un moment où le mental sera devenu si calme que répéter le mantra serait rompre ce calme. Car pour pouvoir faire quelque chose mentalement ou physiquement, il faut être à un niveau plus grossier.

Quand vous sentez que vous avez atteint un état de grand calme et que vous n’avez plus envie de répéter le mantra car vous avez l’impression que cela romprait ce calme, alors vous avez atteint un niveau de conscience plus subtil. Il ne faut pas vous forcer à répéter le mantra à ce moment-là. Le mantra devient une aide pour vous amener à un état prédisposant à la méditation. Quand vous avez atteint cet état, restez silencieux. Dans le silence vous sentirez peut-être que le mantra est répété par le subconscient. Vous ne faites aucun effort mais quelque chose en vous semble répéter le mantra. Soyez-en conscient. A un moment vous arriverez à l’état de méditation. Dans la méditation votre mental devient tout à fait silencieux et vous êtes à la source.

Toutes ces méthodes ont pour but d’amener le mental à l’état de silence. Dans le silence seulement on peut atteindre la source. En fait, vous ne pouvez pas « atteindre » la source, vous êtes la source. Mais le mental vous fait penser que vous êtes séparé de la source.

Ces différentes méthodes sont là pour arriver à se débarrasser du sentiment que l’on est séparé de la source. A personnes différentes, tempéraments différents. La même méthode ne convient pas à tout le monde. Je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas de méthode pour méditer. N’allez pas croire que je parle d’une méthode de méditation. Il n’y a pas de méthode de méditation. Il n’y a que des méthodes pour amener le mental à un grand état de calme afin de le préparer à entrer en état de méditation.

Quand vous voulez dormir, vous faites tout ce qui peut vous aider à vous endormir: une chambre silencieuse, de l’obscurité, peut-être une température particulière, un lit moelleux, peut-être un peu de musique. Vous préparez tout cela et vous vous allongez ensuite dans votre lit. C’est tout ce que vous pouvez faire. Vous ne pouvez pas dire: « Maintenant, dors » et vous forcer à vous endormir. Jusqu’au sommeil, les préparations peuvent varier selon les individus. Certains aiment les lits mous, d’autres les durs; certains aiment que la fenêtre soit ouverte, d’autres qu’elle soit fermée; certains aiment avoir une veilleuse, d’autres recherchent l’obscurité. Mais une fois que l’on est entré dans le sommeil, tout le monde est pareil. On ne peut pas forcer le sommeil, et il en va de même avec la méditation. Toutes ces méthodes dont je vous parle sont les différents Yogas que nous pratiquons pour amener le mental à un état favorable afin qu’il glisse dans l’état de méditation.

Si vous êtes capable de permettre au mental de devenir silencieux sans rien faire du tout, vous n’avez besoin d’aucun de ces Yogas. Cela paraît très simple de juste s’asseoir et permettre au mental de devenir silencieux, mais c’est très difficile. Le mental est terrible, il faut le traiter avec douceur pour qu’il se taise. Il est habitué à avoir des activités tout au long de la vie. Dès que vous lui demandez de se taire, il redouble d’activité. Vous devez lui donner une activité, mais une activité qui le calmera, si bien qu’il ne se sentira pas désorienté. Puisqu’il est habitué à être occupé, eh bien vous l’occupez! Et pendant qu’il est ainsi occupé, il doit se calmer; et à un moment, à partir de cet état de grand calme, le mental glissera tout doucement vers l’état de méditation.

Chapitre 4

Nous avons vu les différentes méthodes qui aident à calmer le mental et permettent d’arriver à l’état où la méditation est possible.

Pour ce voyage à la source, la chose impossible à emporter avec soi, c’est le mental. Pour tout autre voyage par air, mer, fer etc. on peut emporter son mental avec soi, mais pour ce voyage-là, il faut abandonner le mental après un certain stade.

C’est le mental qui est la barrière vous empêchant de devenir conscient de la source. La source est toujours là. La source est en vous et en dehors de vous. Vous ne faites qu’un avec la source. En fait il n’y a que la source. Rien d’autre n’existe. Tout est inclus dans la source. La création tout entière est incluse dans la source. Mais c’est le mental qui vous empêche de prendre conscience que vous êtes la source.

C’est parce que l’on essaie de vivre au niveau du mental que l’on crée toutes les complications dans ce monde où nous vivons. Bien sûr, le mental est nécessaire pour vivre en ce monde. Il a son utilité propre. Mais on en fait un mauvais usage. On s’en sert quand ce n’est pas nécessaire. On lui permet de faire ce qu’il veut. Dans toutes les relations que l’on a dans ce monde, le mental fait des ravages parce qu’on essaie d’établir des relations par le mental. On ne peut pas vivre isolé des autres. Comment forme-t-on des relations? Dès que l’on voit quelqu’un, on voit la manière dont il/elle marche, les vêtements qu’il/elle porte, les traits de son visage, et immédiatement il se forme une impression dans le subconscient. On se forme immédiatement une opinion sur la personne. Quand elle se met à parler, le son de sa voix et la façon dont elle parle, les mots qu’elle emploie, tout cela forme une autre impression et crée une autre impression au sujet de la personne. Avant même d’essayer de se comprendre mutuellement, ne serait-ce qu’au niveau mental, on a formé son opinion sur la personne. C’est à dire qu’on a réuni un nombre d’impressions au niveau du subconscient. C’est à travers ces impressions que vous regardez cette personne. C’est comme si vous vous mettiez un verre de couleur devant les yeux pour regarder quelqu’un: tout est de la couleur du verre. Quand vous regardez à travers les impressions que vous avez rassemblées, vous formez toutes sortes d’opinions sur la personne. Pendant que vous faites cela, l’autre personne fait exactement la même chose à votre égard. Ce que l’on appelle relation, c’est la rencontre de ces deux faisceaux d’impressions subconscientes. On n’entre pas réellement en contact avec l’autre personne. Le mental est un facteur inconstant; vos opinions dépendent du mental, donc vos opinions vont sans cesse changer. C’est pourquoi l’on peut constater que les relations humaines ne durent pas. Il semble que toute relation soit éphémère. On peut essayer de la faire durer, mais, sauf exceptions, l’intensité du début ne peut être conservée. Quand on entre en contact avec quoi que ce soit, on s’imagine comprendre l’objet — que ce soit une chose ou une personne. Mais comment peut-on entrer en contact? Qu’est-ce qui entre en contact? Ce sont les sens qui entrent en contact avec la personne ou la chose. Le mental fonctionne à travers les sens et entre en contact avec l’objet. C’est sur cette base que l’on agit. Vous voyez comment vous devez agir. Dans une circonstance donnée vous agissez d’une certaine façon selon la situation ou la personne. Ce n’est pas une action. C’est une réaction. Les impressions sont communiquées au cerveau quand vous rencontrez une personne ou vous trouvez dans une situation donnée, et le cerveau réagit selon les impressions qu’il a déjà rassemblées auparavant. C’est très rarement que l’on accomplit une action spontanée. Presque tout ce que l’on fait est une réaction. Tant que l’on vit ce genre de vie, on ne peut pas espérer trouver la paix dans ce monde. On connaîtra sans cesse conflits et problèmes. Il est grand temps que vous, êtres intelligents, essayez de découvrir s’il n’y a pas une autre façon d’établir un contact. Pour cela il faut essayez de découvrir si l’on a un autre état de conscience.

N’avez-vous que votre corps, vos sens et votre mental? Ou bien avez-vous la capacité d’utiliser quelque chose d’autre? Comme nous l’avons déjà vu, on s’aperçoit qu’il existe un autre état de conscience. Le voyage à la source est la découverte de cet état de conscience. Une fois que l’on a découvert la source, le contact avec les autres est d’ores et déjà établi. La dimension de conscience inhérente à cette découverte est une continuité. Elle est présente en tous, elle est présente partout. C’est cela la relation authentique. C’est à travers cela que l’on est relié les uns aux autres. Tous les autres rapports sont artificiels. La seule façon d’établir un contact réel et de connaître l’amour véritable est de faire le voyage à la source. En d’autres termes de permettre au mental de devenir silencieux. Dès que le mental est silencieux, vous êtes dans la source. Vous êtes la source. Nous avons vu plusieurs méthodes qui aident à calmer le mental. On ne peut pas espérer qu’un mental sans cesse agité atteigne tout d’un coup un état de silence.

La première chose à faire est d’amener le mental à un état de grand calme. Le mental se situe entre deux aspects de l’être humain. Extérieurement il y a les organes des sens et intérieurement il y a l’autre dimension de conscience. Ces deux aspects sollicitent le mental. Un mental agité rejoint les organes des sens agités. Parce que les organes des sens sont soumis à l’énergie dense Rajas, le mental agité rejoint les organes des sens agités. Le mental s’élance au-dehors, entre en contact avec les différents objets et s’imagine connaître les objets avec lesquels il entre en contact. En fait, il ne connaît que leur aspect superficiel.

Vous voyez une chaise. Vous comprenez que c’est une chaise. Qu’est-ce que c’est? C’est une chaise. Cela sert à s’asseoir. Mais qu’est-ce qu’une chaise? Ce sont des morceaux de bois assemblés d’une certaine façon. C’est du bois. Mais d’où vient ce bois? Il vient d’un arbre. C’est un arbre et du bois. Qu’y a-t-il dans le bois? Les scientifiques ont montré que même dans une pierre ou du bois, il y a un tourbillon constant d’énergie. Ce que vous voyez comme étant une chaise n’est rien d’autre que de l’énergie. Vous ne voyez pas véritablement l’objet tel qu’il est. Vous ne pouvez voir l’objet tel qu’il est véritablement que lorsque le mental a cessé de fonctionner.

Le mental est grossier comparé à l’autre dimension de conscience. Il ne peut comprendre que l’aspect grossier des choses. Malheureusement, ceux qui essaient d’avoir une vie spirituelle essaient d’avoir des expériences. Là aussi ils essaient de satisfaire leur ego. « J’ai vu telle lumière, j’ai eu telle vision, j’ai entendu tel son », et ils sont tout excités. Mais tout cela est vu ou entendu par le mental. Le voyage à la source n’a pas été fait. Si l’on est attiré par ce genre d’expériences, on n’atteindra jamais la source. Il ne faut pas tenir compte de tout cela. Cela se produit parce qu’il y a différents états de conscience par lesquels il faut passer avant d’arriver à la source. Ces différents états de conscience produisent différentes expériences. Une fois arrivés au niveau ultime, il n’y a plus d’expériences. Une expérience suppose un expérimentateur. Mais dans la source il n’y a pas d’expérimentateur et il n’y a pas d’expérience. Il n’y a pas de centre à partir duquel fonctionner. C’est un centre sans circonférence. Tout le monde est un centre. Mais il n’y a pas de circonférence. C’est ce que vous êtes. Pour atteindre cet état, il vous faut ignorer tout ce qui n’est pas important. Tant qu’il y a le désir d’avoir des expériences, on ne peut réussir à transcender le mental. Quand les expériences arrivent, il faut les ignorer, les transcender et aller de plus en plus loin. Finalement on arrive à la source.

Le facteur le plus important pour se préparer à atteindre la source est la purification du mental. Vous pouvez choisir n’importe quel itinéraire, si le mental n’est pas purifié, vous pouvez être certains de ne jamais connaître la source. Il faut apporter le plus grand soin à la purification du mental et du corps. C’est seulement après cela que l’on peut essayer d’amener le mental au silence. Après avoir calmé le mental on peut pratiquer quelques-uns des exercices destinés à le centrer sur un point. Vous verrez alors que tout tranquillement et tout naturellement vous glisserez soudain dans l’état de méditation où seule la source existe.