Jacqueline Martin-Bagnaudez : Revivre en son corps la passion de Jésus-Christ


12 Dec 2012

(Revue Psi International. No 4. Mars-Avril 1978)

Enquête sur les stigmatisés

Comment le corps de certains hommes et de certaines femmes peut-il être marqué de blessures inguérissables, et qui ne sont provoquées par aucun agent extérieur ? Pourquoi ces plaies sont-elles toujours localisées aux mêmes endroits ? Quels prodiges entourent ces êtres d’exception ?

PSI INTERNATIONAL ouvre aujourd’hui une enquête sur la stigmatisation. Le fait existe et n’est pas contesté. Mais comment aborder ce domaine qui pour les uns appartient au miracle, pour les autres au dérangement mental ? Nous avons choisi de présenter ici un dossier de faits, le plus objectivement possible, nous gardant de toute interprétation, car celles-ci sont du ressort des médecins et des autorités religieuses. Ce faisant, nous restons fidèle à notre propos : faire la part du vrai et du faux dans le domaine du surnaturel.

Qu’est-ce exactement qu’un stigmatisé ? Pour s’en tenir à une définition sèche, un — ou une — stigmatisé(e) est un homme ou une femme dont le corps porte spontanément, de façon permanente ou temporaire, des blessures identiques à celles reçues par Jésus-Christ au cours de sa Passion, c’est-à-dire les marques des clous dans les mains et les pieds laissées par la mise en croix, ainsi qu’une blessure au côté provoquée par un coup de lance. Le mot « stigmate » est d’origine grecque ; il vient du terme stigma qui signifie, dans cette langue, « piqûre, point ». C’est dire qu’à l’origine le terme de « stigmatisé » n’implique aucune idée religieuse, encore moins chrétienne, malgré l’usage courant actuel. Bien plus, on connaît des cas — rares il est vrai — de stigmatisés musulmans, reproduisant en leur corps les blessures reçues par le Prophète Mahomet au cours des guerres qu’il dut soutenir. En outre, on a parlé aussi de « stigmates diaboliques », marques en forme de griffes ou de pattes d’animaux tels que crapauds, boucs, chats, etc… que l’on reconnaissait, au Moyen Age, sur la peau de ceux que l’on suspectait de sorcellerie. Plus proches de nous, les phénomènes de dermographie sont parfois assimilés à ceux de stigmatisation. Cependant, les seuls stigmatisés dont nous voulons parler ici sont les stigmatisés chrétiens.

Plusieurs centaines de stigmatisés

Lorsque nous avons rassemblé les éléments de ce dossier, nous avons eu un premier étonnement, suscité par le grand nombre des cas de stigmatisation signalés.

En 1908, une recension sérieuse et probablement complète des stigmatisés connus, a été faite par un médecin français, spécialiste des problèmes paranormaux, le Dr Imbert-Gourbeyre. Il comptait, à cette date, 321 cas, le 1er  pris en compte étant celui de saint François d’Assise, au XIIIe siècle (1224). Le tableau que nous donnons ci-après fait ressortir une localisation presque exclusivement européenne, avec écrasante prédominance de l’Italie (229 cas, dont 10 en Sicile). La France vient, mais loin derrière, au 2e  rang. La disproportion entre les sexes des stigmatisés est tout aussi frappante : on compte 280 femmes, pour 41 hommes, ce qui donne une proportion de 1/7 en faveur du sexe féminin.

Pour le XXe siècle, il n’existe pas encore de liste connue. Pour des raisons évidentes de discrétion, de proximité, aucun inventaire n’a pu encore être publié. Autant que nous le sachions cependant, il existerait en France, actuellement, quelques cas de stigmatisation. Les informations qui nous sont parvenues pour les pays étrangers sont trop fragmentaires pour que nous puissions en faire état de façon sérieuse.

Il faut souligner ce point : les chiffres donnés ci-dessus doivent s’entendre comme une indication minimum. Il y a eu, et il y a probablement encore, des hommes et des femmes qui, portant des stigmates, s’abstiennent volontairement de toute publicité autour de ce qu’ils considèrent comme le signe d’une relation privilégiée avec Dieu. Quels que soient le tapage et la notoriété dont, au contraire, certains stigmatisés sont entourés, il est probable que beaucoup, secondés par leur proches, emportent leur secret dans la tombe.

Que penser, d’autre part, de l’absence de stigmatisé avant le XIIIe siècle ? Il est difficile de déduire du silence des sources dont on peut disposer pour ces époques reculées s’il s’agit d’une inexistence du phénomène, si on s’est volontairement abstenu de signaler des cas existants, ou si on a perdu toute trace de ceux-ci. Les spécialistes d’histoire religieuse penchent plutôt pour la première hypothèse.

Qui est le premier stigmatisé ?

Il peut paraître surprenant qu’il ait fallu attendre 1200 années d’histoire chrétienne pour voir signaler, avec saint François d’Assise, le 1er  cas de stigmatisation [1].

A dire vrai, certains accordent à l’Apôtre Paul, contemporain de Jésus-Christ puisqu’il est mort vers 62-64, soit une trentaine d’années après la Passion, le privilège d’avoir été le 1er  stigmatisé. Ils s’appuient sur une phrase de la lettre que saint Paul écrivait aux Chrétiens de Galatie : « Quant à moi, je porte sur mon corps les stigmates de Jésus » (Galates VI, 17). Remarquons au passage que l’Apôtre, qui s’exprime en grec, emploie le mot « ta stigmata ». Mais les spécialistes tendent plutôt à prendre cette phrase soit dans un sens figuré, signifiant par là que saint Paul veut parler de l’amour de Jésus qui est en lui, soit dans ce que nous serions tentés d’appeler un sens matériel atténué, les « marques » en question désignant les traces des sévices corporels que l’Apôtre, emprisonné à cause de sa prédication, avait subis.

On peut donc laisser à François d’Assise le privilège d’être le premier stigmatisé de l’histoire chrétienne. Cette qualité est d’autant plus remarquable que, à bien d’autres égards, François est un stigmatisé tout à fait exceptionnel.

Des circonstances spirituelles exceptionnelles

Autre volet du dossier stigmatisé : dans quelles conditions ces blessures mystérieuses apparaissent-elles ?

Premier point à souligner : l’apparition des stigmates proprement dits est souvent précédée d’une douleur profonde ressentie dans la partie du corps concernée. Le décalage dans le temps entre la souffrance physique et la marque extérieure est important : de l’ordre de plusieurs mois à plusieurs années. Tel fut le cas du Padre Pio, par exemple, qui ressentit de violentes douleurs aux mains bien longtemps avant l’apparition des stigmates. Son entourage eut un jour la surprise de voir le Père secouer violemment les mains, de façon totalement inexplicable. Intrigué, quelqu’un lui demanda s’il s’exerçait à jouer de la guitare ! Même phénomène pour la stigmatisée belge Louise Lateau : elle ressentit de violentes douleurs bien avant l’apparition des stigmates. De même, la Française Jeanne Boisseau devait ressentir les premières douleurs de la Passion en 1857 et n’être stigmatisée que 5 ans plus tard.

Mais le phénomène inverse peut aussi se produire : ainsi, sainte Catherine de Sienne, une des grandes mystiques de l’histoire de l’Église, fut marquée en son corps, en 1375, l’âge de 28 ans, des stigmates. On rapporte que la jeune femme, par esprit d’humilité et volonté de discrétion demanda à Dieu d’effacer ces marques pour le moins voyantes, ce qui se produisit effectivement. Elle devait cependant conserver durant le reste de sa vie (elle mourut à 33 ans) des douleurs localisées aux pieds, aux mains et au côté [2].

De quelle façon les stigmates apparaissent-ils ? On ne peut faire qu’une seule constatation d’ordre général : chaque fois que le récit en a été fait, par les intéressés ou par leur entourage, l’imposition des stigmates s’est faite dans des circonstances spirituelles particulières, au cours d’une extase, d’un moment privilégié de prière et d’union spirituelle avec Dieu.

Le cas saint François d’Assise peut être pris en exemple. Depuis l’époque de sa conversion, François avait fait de la Passion du Christ le thème préféré de ses méditations.

A un moment où il hésitait encore sur la façon d’orienter sa vie au service de Dieu, il avait coutume de venir prier, dans les environs d’Assise, à Saint-Damien. Un jour, il entendit un crucifix ornant les murs de Saint-Damien, lui parler et lui donner ordre de « réparer son église ». On peut toujours voir, au couvent de Saint-Damien, le crucifix en question.

Dix-sept ans après ce point de départ décisif, François, devenu fondateur de l’ordre franciscain et entouré de nombreux disciples, aimait se retirer, pour prier à l’Alverne, dans la campagne proche d’Assise. Ses biographes racontent que, s’interrogeant sur l’ultime dessein de Dieu sur lui, il avait coutume de consulter, au hasard, les Évangiles qui s’ouvraient sans cesse au récit de la Passion. Un jour, qu’on ne peut préciser avec certitude, mais qui se situe aux alentours de la Fête de l’Exaltation de la Croix (17 septembre) François vit un séraphin portant entre ses ailes l’image du Christ en croix. Cette apparition plongea le saint dans un sentiment mêlé de joie et de tristesse : joie d’être regardé avec bienveillance par l’apparition divine, tristesse inspirée par la contemplation du Crucifié. L’apparition devait révéler à François des secrets concernant l’avenir de l’ordre qu’il avait fondé. Lorsqu’elle disparut, les traces de la Passion étaient imprimées sur le corps du Saint, ce que le récit de sa vie, rédigé peu après sa mort, exprime en ces termes : « la vision disparaissant enflamma au-dedans l’âme de François d’ardeur séraphique et marqua sa chair au dehors à l’effigie du Crucifié, comme si, à l’action du feu qui avait liquéfié son cœur et l’avait ainsi prédisposé, avait succédé l’impression qui le scellait à l’image du Christ en croix ». A partir de ce moment (1224) et jusqu’à sa mort, survenue 2 ans plus tard, le saint devait porter sur ses mains, ses pieds, à son côté, les premiers stigmates de l’histoire chrétienne.

Nous sommes donc bien renseignés — quelle que soit la signification que nous accordions à l’épisode de la vision du séraphin — sur les circonstances proches et lointaines, qui ont précédé la stigmatisation de saint François d’Assise. De même, pour un cas plus proche de nous, celui de Thérèse Neumann, stigmatisée le Vendredi Saint 2 avril 1926, les récits et témoignages abondent.

Sainte Gemma Galgani rapporta elle-même les circonstances qui accompagnèrent sa stigmatisation : le soir du 8 juin 1899, saisie d’un vif repentir de ses péchés, elle « perdit les sens et se trouva en présence de Marie ». Laissons la sainte parler : « au même instant, parut Jésus ; ses plaies étaient ouvertes, mais il n’en sortait pas du sang : il en sortait des flammes ardentes. En un clin d’œil, ces flammes touchèrent mes mains, mes pieds, mon cœur. Je me sentis mourir et j’allais tomber, lorsque ma Mère me soutint, me tenant dans son manteau. Je restai plusieurs heures dans cette position ; ensuite, ma Mère me baisa au front, et tout disparut. Je me retrouvai agenouillée dans ma chambre. Une forte douleur persistait aux mains, aux pieds et au cœur ; et je m’aperçus, en me levant, qu’il en coulait du sang ».

Par contre, le Padre Pio est resté très discret sur les circonstances de sa stigmatisation. Le

20 septembre 1918 (il avait 31 ans) les religieux du couvent de la Madonna delle Grazie, situé à San Giovanni Rotondo, en Italie du Sud, entendirent un cri et trouvèrent le Père inanimé, sur le sol de sa cellule, marqué des cinq stigmates qui ne devaient plus le quitter jusqu’à sa mort, survenue 50 ans plus tard, le 23 septembre 1968.

Une stigmatisée de 8 ans

Les trois cas que nous venons de citer concernent des stigmatisés portant cinq plaies dont l’apparition a été simultanée. Cette situation est la plus fréquente. Mais il arrive que des stigmatisés soient marqués de plaies successives. L’exemple le plus curieux, et il faut le dire exceptionnel, de cet étalement est celui de Delicia di Giovanni. Cette religieuse dominicaine vivait en Italie, au XVIe siècle. Elle avait 75 ans lorsqu’apparut, sur sa main droite, un premier stigmate. Un an plus tard, sa main gauche portait à son tour une plaie. Puis, toujours à une cadence annuelle, elle fut stigmatisée sur le pied droit, puis le pied gauche, ensuite au côté. La sixième année, elle ressentit les douleurs de la flagellation. Enfin, l’année suivante, qui devait être celle de sa mort, apparurent les stigmates de la couronne d’épines.

Sans atteindre cet étalement exceptionnel, Anne-Catherine Emmerich fut, quant à elle, stigmatisée en deux temps : le 24 août 1812, elle fut marquée à la poitrine d’une blessure en forme de croix, et cinq mois plus tard, à Noël, apparurent des stigmates aux mains et aux pieds.

L’âge des porteurs de stigmates est sujet, lui aussi, aux plus grandes variations. Nous venons de voir, en Delicia di Giovanni, une femme atteindre un âge avancé avant de recevoir les stigmates. A l’autre bout de la chaîne, avec Magdeleine Morice, c’est une enfant de 8 ans, vivant en France, au XVIIIe siècle, qui fut stigmatisée. Entre ces deux extrémités, on trouve à peu près tous les âges. Si l’on considère les 321 cas déjà cités, la répartition est à peu près égale dans le temps et l’espace, jusqu’à 40 ans. Les stigmatisés entre 40 et 60 ans sont, par contre, moins nombreux.

Cinq blessures, ou davantage ?

La disparité est toute aussi grande en ce qui concerne l’emplacement des stigmates. Le plus souvent, on constate 4 marques (aux mains et aux pieds), très fréquemment accompagnées d’une plaie au côté, qui peut d’ailleurs être localisée à droite ou à gauche. Plus rares sont les stigmates de la tête ; on les signale sur Véronique Giuliani, Gemma Galgani, Thérèse Neumann et Louise Lateau. Sainte Catherine de Sienne devait conserver toute sa vie la souffrance de la couronne d’épines qu’elle avait portée — spirituellement — à la place d’une couronne d’or et de pierres précieuses.

Les stigmates à l’épaule, correspondant au Portement de Croix, sont moins fréquents. On les note, par exemple, sur Thérèse Neumann, le 8 mars 1929. Gemma Galgani et Véronique Giuliani en furent également marquées.

Ces trois femmes furent aussi, semble-t-il, marquées de blessures rappelant celles de la flagellation. Thérèse Neumann les portait, les Vendredis de Carême, sur le tronc, les bras et les jambes, en longues stries dont le sang, a-t-on dit, « s’échappait en ruisseaux ». En général, ces stigmates « annexes » complètent les cinq plus courants. Mais, on a signalé en France, près de Privas, une mère de famille, Victoire Claire, morte en 1883, l’âge de 75 ans, qui était stigmatisée seulement aux mains et au front.

On signale encore des larmes de sang chez Thérèse Neumann (c’est d’ailleurs un visage pleurant des larmes de sang qui est l’image la plus connue de la stigmatisée), et aussi chez Gemma Galgani. Cette dernière présentait, en outre, au cours de ses extases, une sueur de sang. Le même phénomène a été constaté chez la jeune Magdeleine Morice et aussi chez sainte Lut-garde, la première religieuse cistercienne stigmatisée.

Les stigmatisés chrétiens reproduisent en leur corps les blessures reçues par Jésus-Christ au cours des heures qui ont précédé sa mort. L’ensemble de ces événements qui se déroulent entre le jeudi soir (arrestation) et le vendredi après-midi (mort) ont reçu le nom de « Passion ». Les blessures des stigmates ont leur source directe dans le récit de la Passion fourni par les Évangiles.

Sueur de sang

« En proie à la détresse, [Jésus] priait de façon plus instante, et sa sueur devint comme de grosses gouttes de sang qui tombaient à terre. »

(Luc 22, 44)

Couronne d’épines

« Les soldats… ayant tressé une couronne d’épines, la lui mettent… Et ils lui frappaient la tête avec un roseau. »

(Marc 15, 17-19)

Plaies des mains et des pieds

« Puis ils le crucifient… C’était la troisième heure quand ils le crucifièrent ».

 (Marc 15, 24-25)

Plaie du côté

« Arrivés à Jésus, les soldats le trouvèrent mort… L’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté, et aussitôt il sortit du sang et de l’eau. »

(Jean 19, 33-34)

Plaies de la flagellation

« Alors Pilate ordonna de prendre Jésus et de le flageller. »

(Jean 19, 1)

Plaies de l’épaule

Elles correspondent au Portement de Croix : « Ils prirent donc Jésus, qui, portant lui-même sa croix, sortit de la ville ».

(Jean 19,17)

L’idée même d’un corps marqué de cinq plaies s’exprime dans le récit évangélique. Thomas, l’un des disciples de Jésus, reconnaît à ces marques Jésus ressuscité :

« Si je [Thomas] ne vois à ses mains la marque des clous, si je ne mets le doigt dans la marque des clous et si je ne mets la main dans son côté, je ne croirai pas. » Et Jésus dit à Thomas : « Porte ton doigt ici : voici mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté et ne sois plus incrédule. »

(Jean 20, 25-27)

Manifestations permanentes, ou temporaires ?

On ne peut dégager aucune règle générale de ce que nous serions tentés d’appeler la période d’activité des stigmates.

Saint François d’Assise devait les porter jusqu’à sa mort. De même le Padre Pio. Celui-ci, on le sait, avait grand soin de dissimuler le plus qu’il lui était possible ses blessures surnaturelles et, dans ce souci, il portait des mitaines de laine. Il ne les quittait qu’à une seule occasion, la célébration de la messe, car il lui semblait inconvenant d’officier les mains couvertes.

Pour d’autres, la stigmatisation — autant que nous puissions le savoir — n’était pas permanente. Nous avons déjà vu le cas de sainte Catherine de Sienne, chez qui les stigmates ne persistèrent pas. Cresenzia Nierklutsch, qui vivait au siècle dernier, ne porta, elle aussi, que des stigmates éphémères.

Assez souvent, des stigmates non permanents apparaissent et disparaissent à des moments bien déterminés, correspondant à des jours et heures de la Passion du Christ. Ainsi, chez sainte Gemma Galgani, les plaies étaient hebdomadaires, du jeudi soir (jour et heure de l’arrestation de Jésus) au vendredi 15 heures (moment de la mort de Jésus sur la croix). Marie-Dominique Lazzari porta, au siècle dernier, des stigmates également hebdomadaires.

Le cas de la Belge Louise Lateau a fait l’objet d’observations précises. Malheureusement, les divers médecins qui se sont penchés sur son cas, en ont fait des descriptions parfois contradictoires. Ses stigmates saignèrent, pour la première fois, le vendredi 24 avril 1868, et le phénomène devait se reproduire chaque semaine, sauf deux fois, jusqu’à sa mort (25 août 1883) ce qui représente 800 saignements.

Ceux-ci se produisaient suivant un cycle à peu près immuable. Le mardi soir, l’emplacement des stigmates commençait à brûler et à créer des élancements chez Louise Lateau. Ces premières douleurs internes étaient suivies de l’apparition de cloques pleines d’une sérosité d’un rouge plus ou moins foncé.

Le sang commençait à s’écouler dans la nuit du jeudi au vendredi, cet épanchement étant précédé par un éclatement des cloques. Le saignement se poursuivait, avec une intensité qui a varié avec l’âge de la stigmatisée, pendant toute la journée du vendredi. Le samedi, on ne voyait plus, à l’emplacement des stigmates, que des marques sèches, rappelant des cicatrices, et cette situation se poursuivait jusqu’au commencement d’un nouveau cycle, le mardi suivant. On regrette qu’aucun document iconographique n’ait jamais fixé par l’image les différentes phases de ce phénomène vraiment hors du commun.

Chez Thérèse Neumann, la stigmatisation, quoique permanente, atteignait un paroxysme de manifestation le vendredi. Nous avons dit que c’est ce jour-là que les stigmates annexes, tels que les larmes de sang, apparaissaient.

Bien entendu, ces paroxysmes s’accompagnent de faits annexes, tels que extases pouvant aller jusqu’à la perte de connaissance. Sainte Catherine de Sienne fut même considérée, un jour, comme morte, par son entourage. Sainte Gemma souffrait une véritable agonie physiologique : yeux enfoncés, teint cadavérique, frissons, vomissements, palpitations violentes.

L’activité des stigmates, en dehors de tout cycle répétitif, n’est pas toujours semblable à elle-même au cours de la vie de la personne concernée. C’est ainsi que sur Mme Miollis, née en 1806, les stigmates, apparus à l’âge de trente ans, devaient s’atténuer puis disparaître progressivement. On manque d’observations rigoureuses permettant de décrire ce cas avec plus de précisions.

Les stigmatisés face aux médecins

Thérèse Neumann, stigmatisée le Vendredi Saint 2 avril 1926, suscita un intense mouvement où la dévotion et la piété la plus authentique se mêlèrent à la curiosité et au souci de publicité. Une des manifestations les plus extraordinaires des stigmates chez Thérèse Neumann : les larmes de sang qui s’écoulaient de ses yeux lorsqu’elle revivait la Passion du Christ.

Son cas a suscité l’intérêt de nombreux spécialistes. Le Dr de Poray-Nadeyski, appartenant à la Congrégation des Rites et envoyé par Rome pour enquêter sur son cas, devait rendre sur elle, en 1940, un diagnostic d’hystérie, sans pour autant minimiser la sincérité et la piété de la malade : « L’existence de l’hystérie constatée chez Th. Neumann ne porte aucune atteinte à son moral, à sa dignité personnelle, à sa sincérité, à sa piété, ni même à la possibilité de véritable sainteté. »

Elle mourut en 1962. Ses obsèques attirèrent une foule innombrable qui tint à ramener des e reliques » sous forme de photos et de souvenirs personnels dont on voit ci-dessous une distribution.

 Phénomène inhabituel et ayant toutes les apparences du miracle, la stigmatisation ne pouvait que susciter la curiosité scientifique des savants et des médecins, tout au moins à l’époque moderne. Les autorités religieuses ont toujours eu, en outre, intérêt à faciliter la discrimination entre les cas de supercheries (on en connaît, et de nombreux), et les manifestations d’une foi authentique. Encore que, on ne le soulignera jamais assez, stigmatisation ne signifie nullement sainteté : dans la liste des 321 cas dont nous avons parlé, 61 stigmatisés seulement (soit 1/5e) ont été déclarés saints ou bienheureux. Et tout le monde connaît la prudence actuelle de l’Église autour de personnalités comme celle du Padre Pio.

C’est dire que l’examen clinique des stigmatisés présente bien des difficultés. L’entourage de ces êtres hors du commun facilite rarement les choses : soit que, par souci de discrétion, il cherche à dérober le stigmatisé à la curiosité des importuns, soit que, au contraire, il l’entoure d’une tapageuse publicité, créant une ambiance d’émotion et d’excitation collectives, qui ne facilite en rien les observations scientifiques. La pudeur, bien naturelle, et qu’il faut souvent surmonter, n’arrange rien.

Ajoutons, et ce n’est pas le moindre des obstacles auxquels se heurte l’observateur scientifique, que les stigmatisés, hommes ou femmes, des temps présents ou passés, sont des êtres qui souffrent, dans leur chair, au plus profond de leur corps. Les douleurs physiques qu’ils ressentent, que ce soient celles provoquées par les blessures des stigmates elles-mêmes, ou par toute autre affection dont ils sont atteints, ne sont, chez ces individus exceptionnels, que le complément, ou le reflet, de souffrances morales, de douleurs du cœur et de l’esprit. Il s’agit là d’un état absolument général à tous les stigmatisés.

En outre, les stigmates ne constituent pas des manifestations pathologiques isolées sur le corps de ceux qui les portent. Beaucoup de ceux-ci sont des grabataires, souffrant de multiples affections physiques au moment où la stigmatisation se produit. Le cas extrême est celui de sainte Lydwine, dont on a pu dire que le corps constituait un véritable « musée pathologique ».

Bien plus, la stigmatisation apparaît souvent comme liée à d’autres prodiges physiologiques : Thérèse Neumann, par exemple, qu’on disait aveugle et paralysée, recouvra la vue et le mouvement au moment de l’apparition des stigmates.

Quant à l’examen psychique des stigmatisés, l’évaluation de leur équilibre et de leur santé mentale, il est bien évident que l’on manque le plus souvent de données objectives. C’est dire que les détracteurs du phénomène ont beau jeu de le ranger parmi les manifestations d’hystérie ou d’autosuggestion.

L’aspect le plus spectaculaire de la stigmatisation est sans doute constitué par l’écoulement du sang. Sur les quelques cas pour lesquels on dispose d’observations un tant soit peu précises, on a le sentiment que le saignement est abondant. Le Padre Pio, par exemple, était obligé de changer plusieurs fois par jour les mitaines dont il recouvrait ses mains, celles-ci étant par trop imprégnées de sang. On a estimé à plus de 100 g par jour la quantité de sang perdu, soit plus d’un verre à boire ordinaire. Un des experts qui a examiné le cas de Louise Lateau a évalué approximativement à 250 g le saignement hebdomadaire de la stigmatisée belge. Les plaies elles-mêmes ont rarement fait l’objet d’un examen clinique approfondi, ou tout au moins ceux-ci n’ont pas été divulgués. On dispose cependant de quelques éléments pour le Padre Pio : en 1920, le Docteur Festa, qui avait examiné ses mains, concluait à l’existence de plaies profondes, de véritables trous. Il écrit : « on pourrait voir en transparence un objet quelconque à travers les trous de ses mains ».

DES CHIFFRES QUI SE PASSENT DE COMMENTAIRES

Le Docteur IMBERT-GOURBEYRE, spécialiste des questions paranormales, a donné au début de ce siècle la recension, probablement la plus sérieuse et la plus complète dont nous puissions disposer, des cas de stigmatisation. Nous lui empruntons les chiffres qui suivent.

Cas de stigmatisation connus : 321

Hommes : 41 Femmes : 280

Répartition dans le temps :

1er  cas connu : en 1224, saint François d’Assise

13° siècle : 31 cas 14° siècle : 22 cas 15° siècle : 25 cas 18° siècle : 30 cas 19° siècle : 29 cas

Répartition géographique :

Italie : 229 cas (dont 10 en Sicile) France : 70 cas Espagne : 47 cas

Allemagne : 33 cas Belgique : 15 cas Suisse : 5 cas Pays-Bas : 5 cas Hongrie : 3 cas Pérou : 1 cas

Répartition par famille spirituelle :

109 cas chez les Dominicains 102 cas chez les Franciscains 14 cas chez les Carmes 14 cas chez les Ursulines 12 cas chez les Visitandines

8 cas chez les Augustins 3 cas chez les Jésuites

Cas de stigmatisés laïcs :

Au 18e  siècle, sur 30 cas : 2 laïques Au 19e  siècle, sur 29 cas : 10 laïques

Stigmatisés et saints :

Parmi les 321 cas recensés, 61 stigmatisés seulement ont été déclarés saints ou bienheureux par l’Église.

 A notre connaissance, seul le sang recueilli à partir des stigmates de Louise Lateau a fait l’objet d’un examen de laboratoire. Il ne révéla rien de bien particulier ; tout au plus notait-on une quantité de globules blancs légèrement supérieure à la normale, et une proportion de sérum élevée, ce qui n’avait au reste rien de surprenant compte tenu de la chloro-anémie dont souffrait la stigmatisée belge.

On manque évidemment d’observations cliniques précises concernant les stigmatisés des siècles passés, car il est bien difficile de s’appuyer sur des descriptions volontairement apologétiques. Néanmoins, les médecins et savants modernes ont tenté de percer la réalité clinique et physiologique qui pouvait se déduire de récits plus ou moins miraculeux [3].

Un fait étonnant ressort de cette étude : c’est la particularité tout à fait exceptionnelle qui caractérise les stigmates de saint François d’Assise : il semble que chez lui, et chez lui seul, les plaies aient présenté comme des traces de clous. Saint Bonaventure, peu d’années après la mort de François, écrivait : « aux pieds, la courbe des clous repliés était si marquée et si en relief à l’extérieur que non seulement elle ne leur permettait pas de se poser librement au sol, mais que dans le repli en arc des pointes on pouvait facilement passer un doigt de la main, comme je l’ai appris moi-même de ceux qui l’ont vu de leurs propres yeux ».

A part ce cas, probablement unique, les stigmates se présentent comme des plaies ou des traces d’ulcération, avec un saignement plus ou moins régulier et abondant.

Quoiqu’il en soit, du point de vue médical, les stigmates apparaissent comme des blessures tout à fait particulières, car elles ne sont pas provoquées par un agent extérieur, elles ne s’infectent pas, elles n’évoluent vers aucun type de cicatrisation habituel.

En outre, ces plaies déjà hors du commun s’accompagnent de manifestations physiologiques insolites. Nous avons déjà signalé les sueurs et larmes de sang. Mais plus étonnant : le sang s’écoulant des stigmates était mêlé d’eau chaude chez Angèle de la Paix. Il était d’une chaleur tout à fait anormale chez Françoise de Serrone, stigmatisée du XVIe siècle.

Très souvent aussi, les stigmatisés bénéficient d’un phénomène qu’on appelle « inédie ». Il s’agit de la suspension totale des besoins nutritifs, qu’il ne faut pas confondre avec le simple jeûne, qui est une abstention volontaire de nourriture. Tout simplement, beaucoup de stigmatisés n’éprouvent pas, pendant de longues périodes, le moindre besoin de s’alimenter, et il ne semble pas que l’absence de nourriture les affecte particulièrement. Cette faculté est fréquemment notée, au moins chez 1/7e des stigmatisés connus, et il faut remarquer qu’il s’agit toujours de femmes.

Nous ne nous arrêterons ici que pour les mentionner sur les autres facultés d’ordre parapsychologique dont font preuve la plupart des stigmatisés : lévitation, préscience, clairvoyance, etc. Elles ne font que souligner le caractère vraiment extraordinaire de ces êtres hors du commun.

Des âmes simples, ou des êtres d’exception ?

Qui sont les stigmatisés ? Quelle est leur personnalité ? Nous touchons là à un point fort délicat et controversé. Au reste, nous rejoignons toutes les disputes qui, plus généralement, se créent autour des hommes et des femmes doués de facultés paranormales. Dans ce domaine encore, il faut reconnaître que nous sommes mal servis par la documentation dont nous disposons.

Du strict examen des cas et des âges, il ressort que la stigmatisation se produit le plus souvent chez les femmes, et à un âge où celles-ci sont en période d’activité sexuelle. L’écoulement de sang serait même parfois très lié aux problèmes de la menstruation : c’est ainsi que chez Thérèse Neumann la stigmatisation fut précédée par un arrêt total des règles. Cependant cette constatation d’ordre général souffre bien des exceptions.

EN FRANCE, EN 1978

Il est difficile, voire impossible, de donner le nombre des stigmatisés vivant actuellement en France, car la plus grande discrétion est observée à leur égard.

La plus connue est une laïque, Marthe Robin (1902-1981). Elle a 75 ans, est paralysée et aveugle. Elle est stigmatisée depuis l’âge de 20 ans. Elle vit très retirée du monde dans un village de la vallée du Rhône sous la garde de son médecin. Ce dernier ne publiera qu’à la mort de la stigmatisée ce qu’il jugera utile de faire savoir sur Marthe Robin. Nous avons pu cependant interroger des personnes qui ont eu la faveur d’un entretien avec cette femme. Les visiteurs sont d’abord surpris de l’obscurité dans laquelle elle vit en permanence, mais tous sont frappés de la clairvoyance dont elle fait preuve et de sa grande sagesse.

 

Louise Lateau devant les médecins

Le Dr Lefebvre (professeur de pathologie à la Faculté de médecine de Louvain) a étudié de très près le cas de la stigmatisée belge Louise Lateau. Nous extrayons de son rapport (1870) les passages suivants.

A propos des stigmates, en dehors des périodes de saignement :

« Sur la face dorsale de chaque train, on trouve une surface ovalaire d’environ deux centimètres et demi de longueur. D’une teinte un peu plus rosée que le reste des téguments, cette surface n’est le siège d’aucune espèce de suintement. Elle est un peu plus lisse que la peau environnante. A la face palmaire de chaque main, on reconnaît aussi une surface ovalaire légèrement rosée, correspondant, centre pour centre, à la surface stigmatique de la face dorsale.

Sur le dos de chaque pied, l’empreinte a la forme d’un carré long, à angles arrondis ; ce carré a environ trois centimètres de longueur. Enfin, on trouve à la plante des pieds comme à la paume des mains des petites surfaces d’un blanc rosé. »

Description des stigmates de la tête :

« Sous les cheveux qui sont imprégnés de sang et agglutinés entre eux, il est difficile d’étudier l’état de la peau ; mais il est naturellement fort aisé de l’examiner au front. On n’y observe aucune dénudation du derme, aucun changement de couleur de la peau. On voit sourdre le sang par douze ou quinze points disposés circulairement sur le front. Un bandeau large de deux travers de doigt, couronnant la tête en passant par le milieu du front à égale distance des sourcils et de la racine des cheveux, couvrirait toute la région saignante. Cette zone est légèrement turgescente, elle est le siège d’une sensation douloureuse que la pression augmente. Quand on examine les points saignants avec un verre grossissant, on reconnaît que le sang filtre à travers de petites éraillures de l’épiderme. La plupart de ces éraillures ont une forme triangulaire : on dirait d’une piqûre de sangsue, mais d’une sangsue presque microscopique car ces éraillures sont presque invisibles à l’œil nu. D’autres éraillures sont semi-lunaires, d’autres encore tout à fait irrégulières.

 Sociologiquement, les stigmatisés apparaissent, dans la majorité des cas, comme issus de milieux populaires. Leur développement intellectuel est souvent peu élevé, ce qui n’enlève rien à leur piété. Rappelons enfin que leur constitution physique est généralement faible, quand ils ne sont pas affectés d’une santé franchement mauvaise.

A peine faisons-nous ces constatations d’ordre général que des objections de taille s’offrent à l’esprit : comment faire entrer dans les catégories que nous venons de définir une Catherine de Sienne ou un François d’Assise, ou tant d’autres saints consacrés par l’Église ? Pour s’arrêter au seul cas du pauvre d’Assise, rien, chez lui, ne répond aux formulations que nous venons de faire : François est issu d’une famille de banquiers et de marchands qui avait tenu à lui donner toute la culture intellectuelle et pratique dont les hommes de sa naissance pouvaient avoir besoin. Ayant renoncé à la riche position sociale à laquelle il était destiné, il n’en mena pas moins la vie active d’un meneur d’hommes, d’un restaurateur de la Chrétienté et d’un fondateur d’ordre religieux. Il fut un organisateur dont les disciples, de nos jours encore, après sept siècles, respectent les directives. Ce n’est pas minimiser ses qualités de mystique et de contemplatif que de reconnaître en lui une activité peu commune et un remarquable sens de l’à-propos. Alors, force est de reconnaître que sur le plan de la personnalité aussi, François d’Assise est un cas à part parmi les stigmatisés.

Un dossier à compléter

Au terme de la présentation de ce dossier, embarras et interrogation sont les impressions dominantes : le nombre des stigmatisés est imposant, mais la plupart des cas sont mal connus ; des principes généraux, aussitôt qu’énoncés, sont contredits par des exceptions flagrantes ; des êtres fragiles côtoient de fortes personnalités ; la contemplation se mêle à l’action ; ce qui, pour les uns, est signe de Dieu, n’est pour les autres que manifestation pathologique.

C’est alors qu’il faut s’arrêter, honnêtement, simplement, et nous dirons humblement, sur les seuls éléments sûrs dont nous puissions disposer : le phénomène de stigmatisation existe, il occupe une place importante dans les sept derniers siècles de l’histoire de l’Église, et il ne semble nullement en voie de disparition. Aucune explication rationnelle et scientifique n’a pu encore en être proposée. Il y a d’ailleurs fort à parier que l’interprétation qui serait valable pour un cas serait aussitôt mise en défaut par un autre.

Souhaitons, pour le moment, que des observations honnêtes, faites sur des cas précis, viennent satisfaire, au moins en partie, notre besoin de comprendre comment des hommes et des femmes peuvent revivre en leur corps la Passion de leur Dieu.


[1] Les stigmatisés chrétiens reproduisent en leur corps les blessures provoquées par la crucifixion de Jésus. Le corps ressuscité de celui-ci portait, selon le récit évangélique, des plaies aux mains, aux pieds et au côté. C’est ainsi que le représente Giotto, lors d’une apparition à Marie-Madeleine, et c’est ainsi qu’il se fit reconnaître de l’apôtre Thomas.

[2] Sainte Catherine de Sienne (1347-1380) religieuse dominicaine, mena dès son plus jeune âge une vie ascétique qui mina sa santé fragile. Elle fut stigmatisée à l’âge de 28 ans mais les stigmates devaient, à sa demande, demeurer invisibles. Certains pensent, d’ailleurs, que cette stigmatisation n’est qu’une légende inventée par l’ordre religieux auquel elle appartenait, dans le souci de a valoriser » ainsi la sainte.

[3] Les lecteurs intéressés peuvent consulter le cas récent et bien documenté de la stigmatisée Syrienne Mirna, à Soufanieh, qui, dans un milieu à majorité musulmane, a dû passer par toutes les investigations/vérifications des autorités locales, médicales et religieuses…