Robert Linssen : Schéma des voies Abruptes


18 Apr 2009

(Revue Être Libre, Numéro 329, Mai – Juillet 1994)

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COMMENTAIRES DE L’ILLUSTRATION JOINTE

Le dessin et les quelques mots figurant sur le schéma joint au n° 329 de la revue tentent de résumer de façon claire les enseignements des Maîtres de la « Voie Abrupte » et plus spécialement ceux de Sri Nisargadatta, de Wei Wu Wei ainsi que certaines corrélations avec la pensée de Krishnamurti.

Nous avons, par besoin de simplicité et de clarté, divisé le schéma en trois parties :
1) La partie supérieure représente l’Absolu, le Noumène non manifesté, niveau du « Sujet » suprême, inconnaissable par la pensée, inconditionné, intemporel, inaccessible aux langages, le « Parabrahman » des « Voies Abruptes indiennes », l’« Inconnu » ou « autreté » (otherness) dans l’acception générale du terme, domaine de la « non-dualité » ou « ad-dvaita ». Un point d’interrogation central domine intentionnellement le tiers supérieur du schéma. L’accès à ce niveau essentiel est barré à toutes les tentatives des egos n’ayant pas réalisé un « lâcher-prise » fondamental ainsi qu’une mort à l’image d’eux-mêmes impliquant une délivrance de tout désir d’acquérir quoi que ce soit ou d’atteindre un objectif. Pourquoi ? Parce que, sans le savoir, nous SOMMES déjà l’Absolu, IL est notre être vrai, l’être vrai de tous les êtres, de toutes les choses.

Ainsi que le déclare Sri Nisargadatta : « Tant que nous n’avez pas découvert que vous êtes ce que vous cherchez, vous ne serez pas pacifiés » (p. 191).

Le trait continu séparant la partie supérieure du schéma de la partie centrale évoque, pour les commodités de l’exposé, une sorte de barrière douanière spirituelle évoquant l’exigence absolue d’un abandon de tous les bagages conceptuels, images, mémoires, atteintes, espoirs. Seul reste un corps disposant d’un cerveau extraordinairement vigilant capable de recevoir la bénédiction de l’Inconnu suprême (Krishnamurti).

Remarquons — et ceci est une commodité du langage — que la « bénédiction » de l’Inconnu suprême est à sens unique. Elle va de l’Inconnu suprême au « connu ». L’Inconnu suprême « voit » le connu. L’Intemporel « voit » le temporel mais aucun d’eux « voit » le suprême.

Le texte qui précède contient des concessions utiles au méditant mais celui-ci doit savoir et « saura » inévitablement qu’il n’y a pas de dualité entre l’Absolu, Parabrahman et les niveaux manifestés ou relatifs. Ceci est l’un des paradoxes de l’Eveil.

2) La partie centrale du schéma représente la conscience cosmique omniprésente, omnipénétrante, origine première de la manifestation, antérieure aux noms, aux formes. La conscience cosmique possède un pouvoir de création et d’expansion constant.

Ainsi que l’exprime Sri Nisargadatta : « Vous êtes avant qu’aucune pensée ne puisse surgir. Toutes les pensées, images, etc., susceptibles d’apparaître ne sont que des mouvements à l’intérieur de la conscience. La conscience, une fois là (dans notre vision), tout est là (« Source de la conscience », p. 191).

« La brise qui souffle de la conscience universelle est ce qui maintient en vie les autres sortes d’amour (p. 10). Vous vous situez au niveau du corps. Vous ne remontez pas à l’état initial, avant que le corps n’ait accédé à l’existence. Avant que le mot « amour » ait apparu, vous ETES. C’est l’état antérieur à l’identification avec le corps, il vous faut remonter jusqu’à CELA ».

La partie centrale du schéma est celle de la conscience pure correspondant au « Dieu des religions » et en Inde à « lshvara ». Le trait DISCONTINU séparant la partie centrale du schéma et la partie inférieure indique les échanges constants entre la conscience pure et la conscience séparée des egos : conscience avec noms, formes, mémoires, impostures des egos, faux « sujets », prisonniers du temps, de la dualité, des souffrances et plaisirs, des vies et morts successives (« réincarnations », prisonniers du désir de durée, de continuité). (Tanha dans le Bouddhisme), participants passifs et actifs de l’ego de l’humanité (Krishnamurti) ou Inconscient collectif (Jung) ou « Kunyi » (Bouddhisme tibétain).

3) La partie inférieure du schéma est principalement régie par les énergies des champs morphogénétiques, mémoires cumulatives, lois physiques, biologiques, psychologiques.