S. Devoldre : Science d’aujourd’hui et de demain


10 Jan 2011

(Revue Être Libre. No 291. Avril-Juin 1982)

Les modes existent en tous domaines. Ce sont les critères auxquels on se réfère et qui ont le poids de l’autorité, celui de la majorité, ou celui de la minorité crédible en passe d’être éventuellement adoptée par une majorité à convaincre.

Ainsi fut-il par exemple de la science : Le dernier modèle proposé, s’il est porteur de la sacro-sainte consécration de l’expérience est le bon. Et c’est ainsi que de modèle en modèle, sans peur mais sans reproches les concepts de la science ont évolué au cours des siècles.

Ce que nous savons mais que nous oublions quelquefois c’est que ce sont des hommes qui élaborent ces concepts et ces expériences. C’est aussi que ce quelque chose qui préside à la décision d’une expérience géniale, ou d’un concept extraordinaire est ce quelque chose qui en l’homme préside à toute la frange de ce domaine appelé le domaine de l’irrationnel. Ce qui en d’autres termes est l’essence même de l’inspiration.

Car il est totalement faux de croire que l’inspiration du poète procède d’une inspiration d’origine différente de celle du scientifique ou du musicien ou du peintre.

Si le technicien est celui qui applique les procédés techniques, tout comme l’interprète joue sur son instrument l’œuvre d’un compositeur, et s’ils sont des valeurs humaines indispensables, leur précision et leur persévérance afin de rechercher l’application la plus adéquate et la plus parfaite étant hautement appréciables, il n’en est pas moins vrai cependant que la source, l’inspiration qui donne à l’humble être humain la faculté de percevoir au-delà du connu, et de présenter une trame de ce qu’est le monde en des symphonies nouvelles pour le compositeur, ou en des concepts inédits, parce que non encore perçus et exprimés précédemment cette inspiration est donnée par l’amour ineffable, par la force sous-jacente à la création tout entière, celle qui est à l’origine de toutes les dérivations du vivant à partir du tout initial, tout qui est UN, un qui est le TOUT.

Nous pouvons citer ici Gary Zukav (La danse des éléments par Gary Zukav p. 304) qui écrit que : « La théorie quantique des champs (…) est fondée sur le postulat que la réalité physique est essentiellement non substantielle ».

La grâce est donnée à celui qui, ancien interprète ou ancien technicien a la faculté d’écoute qui s’ouvre à l’harmonie des sphères. Le choix lui est alors donné de continuer sa tâche ou d’éclairer sur le chemin de la vraie découverte tous ceux qui pressentent mais ne perçoivent pas encore vraiment.

C’est là que la tâche véritable du scientifique, du chercheur éclairé par un champs de conscience plus vaste, et qui a perçu l’extraordinaire effervescence sous-jacente aux apparences, de pouvoir grâce au changement de paradigme qui est le sien, présenter à la majorité à convaincre une vue différente du monde dans lequel nous vivons.

Cette tâche merveilleuse réapparaît périodiquement au cours des siècles. Mais l’on peut dire que l’époque que nous vivons actuellement est particulièrement féconde; que les découvertes et applications, que surtout les inspirations sont particulièrement éclairées.

(Revue Être Libre. No 292. Juillet-Septembre 1982)

(suite et fin)

Aussi n’est-il pas prodigieux de constater où l’on arrive actuellement et par la voie des recherches physiques comme le dit Gary Zukav (« La danse des éléments » p. 304) :

« Les physiciens ont prouvé rationnellement que nos idées rationnelles sur le monde où nous vivons sont profondément irrationnelles (…)

Le paradoxe E.P.R. conduit à examiner la possibilité d’une unité fondamentale gisant à un niveau plus profond que celui de la théorie quantique et de la relativité.

Une unité fondamentale qui autorisait d’une manière ou d’une autre des connexions plus rapides que la lumière.

D’après la théorie de Sarfatti, chaque saut quantique est un transfert quasi spatial et supraluminique de néguentropie.

Il n’y a aucun transfert d’énergie (…) Il se manifeste un changement instantané (« structure cohérente ») de l’énergie dans les deux zones (deux zones non locales) ».

Nous assistons par ailleurs à une conjonction très émouvante et dynamisante entre les dernières découvertes scientifiques et les données de la sagesse antique. Selon le bouddhisme la séparation de l’ego du reste de l’univers est une illusion.

Et dans la mythologie indienne, Kali représente le plan tout entier de l’univers physique. (Zukav p.312)

C’est ainsi qu’au-delà de quelques formules, qui ne sont que des instruments de parcours de la dialectique scientifique, nous avons la possibilité dans une vue globale du monde, de réaliser enfin une expression de l’équilibre vital. Cet équilibre ne se trouve pas au dehors des choses, à l’extérieur, mais au dedans de nous-mêmes par la connaissance de notre propre être.

J’affectionne particulièrement Louis de Broglie dont Einstein a dit qu’il avait soulevé un coin du voile :

C’est en effet dans un éclair intuitif qu’il associa onde et corpuscule, et cette intuition provoqua bien des remous ultérieurs : Schrödinger allait, en se basant sur la vieille théorie d’Hamilton-Jacobi, développer le formalisme analytique de la mécanique ondulatoire. Davisson et Germer, allaient en étudiant la diffusion de l’électron par les cristaux, apporter une confirmation expérimentale à la théorie de Broglie.

Et voici ce que dit Louis de Broglie en 1956 :

« Il ne suffit pas de connaître la nature par la méthode expérimentale ou de s’exercer à manier le raisonnement mathématique : il faut aussi nous connaître nous-mêmes ! » (« Nouvelles perspectives en microphysique », par Louis de Broglie, éd. Albin Michel, p. 249).

Il ajoutait encore ceci : « L’objet essentiel d’une éducation digne de ce nom, sera toujours l’étude de la personne humaine (…) on peut soutenir presque sans paradoxe, qu’il n’y a qu’un seul objet de connaissance : notre vie intérieure. » (Idem, p. 250)

Savoir que si nous nous connaissons nous-mêmes cela veut simplement dire que l’on a perçu l’ampleur des conditionnements qui nous maintenaient dans la prison étroite du calcul et de l’égoïsme.

Savoir et percevoir qu’ayant vu son propre reflet, et qu’en étant libéré, on peut s’ouvrir enfin à la communion universelle qui nous ouvre toutes les portes : Par la voie de l’amour, la connaissance nous est donnée et alors dans un émerveillement nous comprenons et nous savons ce que signifie la vie.

Alors les schèmes et les multiples facettes du monde ne sont plus des énigmes à déchiffrer. Au-delà des apparences extérieures, nous apparaît la véritable essence. Au-delà des phénomènes nous est donnée l’interprétation des signes. Au-delà des agissements nous savons les mobiles, et au-delà de tout acte et de toute pensée nous savons l’essence suprême sous-jacente et omniprésente qui est AMOUR.

SCIENCE ET SAGESSE

La science de demain ne sera plus seulement un tissu de formules. Elle comportera obligatoirement la connaissance des faits et de soi par voie de l’expérience. Cette science totale de demain est l’unique voie vers l’accomplissement humain.

Mais comprenons bien ce que ce nouveau mot de « science » embrasse !

La science du Nouvel Age ne se restreint pas à un morcellement des connaissances, à des fragmentations. Non. Elle sera « holistique ». Si l’on peut dire qu’elle est la voie totale et unique, c’est que dans ses nouvelles implications elle est la voie de l’Etre, par l’expérience du Tout en soi.

Par le vécu intérieur, la science nouvelle sera, et la philosophie et son application dans les domaines divers où la technique confirme les grandes intuitions.

La science sera l’ensemble de toutes les découvertes de soi-même appelées psychologiques. Une telle optique engendre une connaissance intérieure parfaite. Biologie, chimie, physique deviendront essentiellement des sciences du rayonnement en ses diverses interférences.

Psychologie, pédagogie, parapsychologie procèderont comme des particularités de facultés psychiques non encore unifiées

Max Planck déclarait : « La science signifie un effort constant et un développement du progrès continuel vers un but que l’intuition poétique peut appréhender mais que l’intellect ne peut jamais complètement saisir. »

Gary Zukav ajoute (Zukav, p. 324) : « La fin de la science signifie l’introduction de la civilisation occidentale en son temps et selon sa propre voie aux dimensions les plus hautes de l’expérience humaine ».

Tandis que Louis de Broglie, dans un chapitre intitulé : « Le savant à son dernier quart d’heure » (L. de Broglie, « Nouvelles perspectives en microphysique », Albin Michel, 1956) s’exprime en disant : « La pensée humaine parvenue à un stade plus élevé de son développement apercevra-t-elle peut-être un jour au-delà des lisières de l’espace et du temps le véritable sens de l’œuvre que, prolongeant et couvrant l’effort de vie, elle aura cherché sans se lasser à accomplir. Tel est l’espoir suprême qui au soir de son existence peut réconforter le savant parvenu au terme de sa tâche ».

La science ultime est donc bien celle qui résulte – ayant suivi une ou plusieurs voies parmi celles énoncées précédemment – à amener l’homme à être dans un état d’attention et de transparence qui est le signe distinctif de la connaissance de soi. Tel est l’état naturel : en l’amour et la disponibilité suprêmes.

Seule, une telle connaissance peut nous mener à la non-séparativité dont parlent des physiciens tels Bohm, Capra, Bell, Charon, etc…, non séparativité provenant d’un champ de conscience différent. Cette connaissance résulte de l’harmonisation des facultés des deux hémisphères de notre capteur cérébral.

C’est le but unique et véritable de notre venue au monde : c’est d’être au sens le plus profond du terme, réellement « au monde ».

Nous ne disserterons pas ici des progrès réalisés en ce sens par toutes les disciplines des sciences humaines. Il nous parait cependant important de souligner la place qu’occupe Krishnamurti dont les œuvres évoquent la possibilité d’une prise de conscience du mécanisme de la pensée qui jusqu’à présent a été mal employée. Ainsi que l’exprime l’éminent physicien David Bohm, cet usage inadéquat d’une faculté mentale fragmentée est cause de toutes les difficultés relationnelles et des troubles dans la société ou nous vivons. (D. Bohm : Wholeness and the implicate order)

Mettre de l’ordre dans notre désordre, rétablir l’harmonie, être transparent au monde : voilà le but de l’éducation future où science et sagesse seront englobées dans une même action, qui s’inspirera d’un nouveau sens de l’Amour.