Jean Biès : Spiritualité des forts


15 Sep 2010

(Revue Question De. No 16 : La fin du monde. Janvier-Février 1977)

Se lamenter : une attitude stérile — Plutôt retourner l’inquiétude pour en faire un ferment d’éveil — La renaissance de la pensée orientale ouvre de nouveaux horizons — Comment parvenir à une unité spirituelle authentique — Shri Aurobindo, un visionnaire — Nos spéculations ne contribuent qu’à nous distraire de l’essentiel — Vivre dans la perfection et la libération sera l’âge d’or.

La seconde moitié du XXe siècle est saturée d’inquiétudes, et une abondante littérature est apparue qui s’applique à détecter et à traduire les signes des temps[1], à épier le Feu destructeur. Deux attitudes sont ici possibles : ou bien se lamenter stérilement sur l’absence de toute solution et opter avec délice pour une attitude suicidaire qui ne résoudra rien ; ou bien chercher à doubler ce cap difficile et se mettre en quête des aspects paradoxalement positifs de l’« âge sombre ». Comment traverser cette phase dans les moins mauvaises conditions, souffrir le moins possible au moment où les risques de souffrance sont les plus élevés, échapper à la fin du monde en se montrant plus malin que le Malin ?

Rechercher le positif du négatif

Faire le procès des temps modernes ne relève pas d’une attitude réaliste, pour autant que cela dilapide une bonne part de notre énergie, entretient les névroses, stérilise l’esprit, octroie à ces temps plus d’importance qu’ils n’en ont, ne change finalement rien à la situation et « fait le jeu de l’Adversaire » en développant en nous la négativité, la révolte et le désespoir.

Une vue objective des choses doit d’abord faire admettre qu’aucune nuit n’est assez noire pour ne pas comporter quelques lueurs. Condamner le mauvais usage de certaines conquêtes scientifiques ne doit pas faire oublier les bienfaits de la technique maîtrisée dans l’allégement de l’effort physique et de la misère sociale, ou dans la régression des maladies.

Transformer l’inquiétude en un ferment d’éveil

Il ne s’agit nullement de nier l’inquiétude contemporaine, légitime même si elle est sciemment exagérée par une publicité volontiers convexe dès qu’il s’agit de certains thèmes, ni de verser dans l’optimisme inconscient et béat des débuts du siècle, trouvant en fait sa raison d’être dans la peur inavouée du réel. Il s’agit plutôt de retourner cette inquiétude dans un sens positif pour en faire un ferment d’éveil inspirant à l’humain vigilance et initiatives. On pourrait même envisager comme une nécessité que l’époque devienne de plus en plus insupportable afin que de plus en plus d’êtres décident irrévocablement de sortir de ses limites pour se mettre en quête d’autre chose.

Tous les enseignements traditionnels répètent que chaque fait ou événement vient à son heure, possède sa logique interne, même si le sens profond de sa nécessaire existence nous échappe sur le moment, parce que de nombreux maillons se dérobent au regard dans l’immense chaîne des effets et des causes. Cette loi vaut aussi pour l’« absurdité » du monde moderne.

Il peut être réconfortant de penser qu’il ne s’agit pas réellement, dans la phase actuelle du devenir cosmique, de la « fin du monde », mais de la fin d’un monde. La tradition hindoue précise que nous sommes actuellement au terme du kali-yuga[2] du septième manvantara[3], soit au milieu d’un kalpa, ou « Jour de Brahmâ »[4]. Il est inutile de rappeler que de nombreux mythes initiatiques illustrent diversement l’idée que, si toute naissance est une mort à un état antérieur, « toute mort est une naissance » et que toute montée au paradis est obligatoirement précédée d’une descente en enfer. Le taoïsme remarque que « le jour se lève à minuit », idée dont on peut rapprocher la phrase du Christ surgissant comme un voleur[5]. Il est donc inévitable et nécessaire qu’avant l’apparition d’un nouveau cycle le présent cycle épuise ses potentialités les plus inférieures. René Guénon lui-même, abrupt dans sa condamnation de l’« âge sombre », a laissé entendre que, si tout devait être irrémédiablement détruit lors d’un cataclysme final (dont il n’écarte pas l’éventualité), il n’aurait jamais entrepris son œuvre.

Retrouver les enseignements traditionnels

A un niveau plus concret, on assiste dans certains milieux à un véritable revirement de la mentalité occidentale. Peut-on dès maintenant affirmer que ce revirement vient trop tard ? Dans le domaine scientifique, par exemple, de nombreuses transformations des points de vue font retrouver aux savants une vision du monde qui les rapproche sensiblement, quoique à travers un tout autre langage, des vieux enseignements orientaux. L’élaboration d’une gnose moderne menace et mine du même coup la forteresse du matérialisme scientiste. Telle conception de la matière en tant que « condensation de l’espace vide » rejoint la doctrine hindoue du prâna (« souffle ») et de l’âkasha (« éther »). Ce « mouvement visible », flux d’agrégats complexes, fait étrangement ressembler la matière au fleuve héraclitéen et laisse pressentir l’Esprit derrière l’« énergie ». Comme l’écrit Humphreys, « l’univers cesse d’être une grande machine pour devenir une grande pensée[6] ». Si la relativité einsteinienne montre que le temps n’est qu’un attribut de l’espace, les anciens textes hindous l’enseignaient déjà[7].

Dans le domaine philosophique, nous assistons à une seconde « renaissance orientale », marquée du même enthousiasme que celui du XVIe siècle découvrant l’Antiquité — même s’il s’y ajoute beaucoup de contresens et de déviations. Nous ne mesurons pas assez la chance qui est la nôtre, et que nous envieraient toutes les époques antérieures, d’avoir si aisément accès à l’ensemble des « enseignements traditionnels » ainsi divulgués soit au cours de séjours dans leur pays d’origine, soit à travers de nombreuses publications. Nous sommes les témoins stupéfaits d’une systématique désoccultation de l’ésotérisme, lequel détient sans nul doute les clés de nos problèmes. C’est aussi un signe des temps que l’Esprit consente à se laisser de la sorte profaner, et c’est l’aspect positif de ce signe que nous sachions nous saisir de l’aubaine. Cette floraison doit nous apparaître comme une véritable bénédiction compensatrice, dont nous n’avons pas fini d’apprécier les « retombées »[8]

Chercher une nouvelle forme de spiritualité

Tandis que les grandes promesses temporelles s’effondrent faute d’avoir été tenues, la reconstitution d’une certaine « élite » est peut-être en train de s’opérer, qui, si elle n’a aucune prise sur la marche des événements (et ne le cherche nullement), n’en redécouvre pas moins les éléments d’une philosophia perennis susceptibles d’entrer dans la composition d’une nouvelle forme de spiritualité. Il peut être hasardeux de penser que l’Occident serait privilégié dans une mission consistant à transférer les enseignements orientaux de ce côté-ci de la planète, à l’heure où l’Orient les ignore ou les renie dans son souci d’imitation et de rattrapage de la civilisation moderne. Ce peut être en tout cas une hypothèse de travail stimulante que de penser que l’Occident, ayant été le premier à s’engager dans les voies de la « subversion » et à franchir le degré zéro, serait le premier à amorcer la remontée.

Bien se connaître soi-même

Selon la loi qui veut que de tout mal soit tiré un bien, le développement des troubles et traumatismes psychiques dus à des conditions de vie toujours plus pénibles a suscité en retour le développement des sciences psychologiques qui, une fois dépassés les tâtonnements de leur enfance, peuvent déboucher sur cette « connaissance de soi » qui sert de tremplin à la vie intérieure.

Se connaître soi-même est la condition prioritaire, indispensable à remplir avant d’entreprendre avec succès les claironnantes croisades que l’on sait pour sauver l’humanité en détresse… Pour autant que le monde extérieur est l’ombre projetée du monde intérieur, travailler à dénouer ses propres conflits, c’est déjà mettre un peu d’ordre dans l’« âge des conflits ». Certains commencent à comprendre que, notre nature étant en correspondance avec les événements du dehors, elle les suscite et les attire : il est urgent d’explorer cette nature dans ses profondeurs et souhaitable d’instituer une éducation des émotions. Une telle approche de soi, lucide et courageuse, révèle entre autres les raisons de notre hostilité à l’époque — c’est généralement qu’on a beaucoup à se reprocher à soi-même — et permet de déceler qu’en redoutant la mort de ce monde, on éprouve surtout la peur névrotique de sa propre mort. La phrase du Christ : « Personne, sinon le Père, ne connaît la date ni l’heure de ce jour[9] », s’applique aussi bien à la « fin du monde » qu’à la fin de chacun d’entre nous. Ceux-là mêmes qui ne parviennent pas jusqu’à cette conclusion appréhendent la fin de leur monde et de ses mirages qui leur renvoient comme autant d’images rassurantes ou flatteuses de leur moi ; la fin de leur société, mercantile et cynique, parcourue des frissons de la haine de Dieu, parce que toute haine de ce qui n’est pas elle-même.

L’étude de ses propres mouvements et réactions, aujourd’hui devenue possible; autorise — pourvu que le thérapeute soit nourri de références spirituelles — l’engagement dans une voie. Celle-ci commencera par faire éviter d’inutiles gaspillages d’énergie en supputations sur un avenir qui sera de toute manière différent de ce qu’on imagine, sur des événements dont la majorité ne se produira pas ou se produira autrement. Ce n’est pas tant le kali-yuga qui est funeste en soi que les angoisses sécrétées à son sujet par nos vagabondages mentaux. Suivront divers entraînements, tels que prévoir les conséquences de ses actes, se détacher des fruits de l’action, passer à travers l’événement au lieu de se dresser contre lui et en accroître par là l’efficience, et par suite de la réconciliation avec soi-même, dépasser les dualités du genre passé/avenir, bien/mal, pour s’enraciner davantage dans le présent et le réel.

Cette régénération de soi est le plus sûr moyen de régénérer le monde autour de soi. C’est ainsi que, même si un cataclysme, inscrit en lettres de feu dans les annales du futur, devait détruire la planète, on peut dire qu’un seul homme sauvé par l’exercice intérieur ferait que le monde anéanti serait également sauvé in divinis, en fonction de l’équation : macrocosme = microcosme.

Récupérer les vents contraires pour naviguer

Un autre aspect de l’époque réside dans l’utilisation de ses données négatives ou hostiles à des fins de purification personnelle.

Déjà, l’intérêt dérisoire que présentent bon nombre de ses manifestations prédispose à une certaine marge protectrice à son égard. Mais l’acceptation de l’inévitable permet à l’homme du kali-yuga de faire de l’époque une véritable école d’apprentissage du détachement et de la maîtrise, et d’y opérer à la façon du taoïste qui utilise les nœuds de la matière pour ciseler le bois ou récupère les vents contraires pour naviguer[10]. Tous les enseignements s’accordent pour dire que ceux qui n’ont pas le courage de faire face avec patience et fermeté aux difficultés inhérentes à l’existence ne seront jamais en état d’affronter les biens plus grandes difficultés d’une sâdhanâ[11]. Il ne s’agit donc pas d’éviter lâchement les épreuves, mais de retourner en sa faveur les obstacles les plus contraignants.

Les conseils de Julius Evola

Dans son livre Chevaucher le tigre[12], Julius Evola fournit un certain nombre de recettes aidant à cette attitude, et fondées sur l’ambivalence des temps que nous vivons. Par exemple : utiliser l’anonymat et l’uniformisation au profit d’une perte de l’ego, non pas dans le sens de l’indifférenciation quantitative, mais dans celui de la transcendance ; tirer une leçon de détachement à l’égard du monde par le fait d’être exilé ou déporté à la suite des bouleversements dont l’époque est fertile pratiquer une certaine familiarité monastique avec l’idée de la mort, à partir du constat des destructions massives.

Suppléer à l’absence d’un maître spirituel

En un siècle où les maîtres spirituels font cruellement défaut — ce qui est aussi un signe des temps —, il reste possible de considérer chaque personne, chaque fait ou événement délégués par les circonstances comme autant d’upagourou[13] suscités pour nous mettre à l’épreuve, nous aider à prendre une juste mesure de nous-mêmes, fortifier notre contrôle et notre sagacité. Le « Maître » que nous cherchons désespérément partout est en réalité partout : il a nom Kali-yuga. L’homme conscient doit pouvoir aujourd’hui se servir, pour progresser, de tout ce qui est, en fait, destiné à l’entraver et à le faire reculer : l’autre, telle nouvelle contrariante, tel apparent échec, tel signe, clin d’œil du destin, qu’il faut savoir cueillir au passage. Le degré d’éveil qui suivra sera en proportion de l’épreuve assumée dans cet esprit d’autonomie interne, d’abandon à la divine shakti[14].

Répéter inlassablement un mot divin

Toutes les traditions mentionnent la souvenance et la répétition d’un nom divin comme l’effort que doit consentir l’homme. L’Inde assure qu’il suffit, dans l’âge Kali, de « célébrer les louanges de Krishna pour être uni à l’Être suprême ». Le sage Vyâsa va jusqu’à prétendre que le kali-yuga est l’âge le plus heureux parce qu’il est celui où l’on peut le plus facilement atteindre la libération à l’aide de l’invocation, et proclame heureux même les « shûdra[15] et les femmes », car il leur suffit d’accomplir leur devoir pour être également sauvés. Dans le Koran, Allâh enjoint à ses fidèles de se souvenir de Lui pour qu’Il se souvienne d’eux[16] ; et, dans la tradition judéo-chrétienne, Joël assure que, lors de l’apocatastase, « quiconque invoquera le Nom de Dieu sera sauvé »[17].

Un des événements positifs de ce siècle aura été la mise en évidence de cette convergence doctrinale du japa, du dhikr, du nembutzu et de la « prière du cœur », ainsi que la redécouverte par l’Occident de l’oraison jaculatoire conservée dans l’hésychasme. Cette prière onomastique possède, entre autres avantages, celui de se surimposer à l’action, à laquelle les Occidentaux semblent incapables de renoncer, et celui de pouvoir être pratiquée sans extériorisation intempestive, dans une sorte de sainte clandestinité. Ces récentes retrouvailles avec un véritable « yoga chrétien », parfaitement conservé par l’Église orthodoxe, méritent la plus grande attention de la part des chrétiens en quête de leur ésotérisme[18].

Voguer toutes voiles vers le futur

Nul ne peut dire par quel processus ni sur quel plan pourra se manifester une certaine continuité entre le présent cycle et le suivant. René Guénon évoque un redressement « instantané », hors de toute durée – ce qui implique un passage au non-manifesté, et cadre mal, de ce fait, avec la nécessité de préparer l’après-cycle dont il parle en d’autres lieux — il est en tout cas affirmé qu’à la fin du kali-yuga succède un satya-yuga[19], assurant la restauration de l’« état primordial ».

Il n’est pas impossible de penser, avec toute la prudence requise, qu’à mesure que s’accélère la dégradation générale se créent dans l’ombre les conditions nécessaires à l’élaboration d’une nouvelle harmonie, et que les germes du futur cycle — les animaux dans l’Arche — mûrissent peu à peu.

Même si nous ne sommes pas destinés à assister au renversement ultime, mais seulement à le prévoir et à le préparer — tels les constructeurs de l’Arche —, il n’en importe pas moins de se mettre en quête de tous les possibles germinatifs de la remontée sans attendre l’épuisement des forces les plus obscures. Devant les progrès de l’entreprise, il faut d’ailleurs s’attendre à ce que les puissances du mal se déchaînent toujours davantage : les convulsions du Dragon blessé à mort sont les plus redoutables, mais elles sont aussi les dernières.

La réunification des deux hémisphères de la planète — Orient et Occident — constitue peut-être déjà, par-delà la multiplication des conflits externes et les fausses synthèses d’empires, le signe archétypique, idéalement annonciateur d’une réconciliation des contraires, première étape vers une unité spirituelle authentique.

Relire Shri Aurobindo

Il convient, dans cette perspective, de prêter une vigilante attention à l’œuvre visionnaire de Shrî Aurobindo, qui, n’hésitant pas à proclamer que l’« âge de fer est fini », convie à préparer la surrection du nouvel âge par une transformation de la nature et de la conscience humaines. Quelles que soient les réserves que d’aucuns allèguent à propos de l’évolutionnisme ou de l’utopie qu’ils croient déceler dans cette œuvre, celle-ci ouvre incontestablement une brèche dans le mur de nos opacités, porte au loin le son d’une voix qu’on n’avait pas encore entendue et qui déconcerte pour autant qu’elle est prophétique. Shrî Aurobindo prépare-t-il la venue du kalki-avatâra[20] comme saint Jean-Baptiste annonça Celui dont il n’était pas digne de délier la chaussure ? Est-il le héraut inspiré du prochain satyayuga, qu’on pourrait rapprocher de la « Jérusalem céleste », et la descente qu’il annonce du « supramental » ne coïncide-t-elle pas avec l’avènement de l’« âge du Saint-Esprit » entrevu par Joachim de Fiore ?… Peut-il être lui-même considéré comme un avatâra venu confier à l’humanité le viatique dont elle a actuellement besoin, et délivrer le message qui permettra de la relancer vers des aventures supérieures ?… Nous savons seulement que l’humanité, qui n’est peut-être pas loin de fêter le millionième anniversaire de sa naissance, se trouve à un tournant décisif de son devenir et qu’il lui est proposé de choisir, aujourd’hui, entre un mode de vie où l’homme pourra redevenir à part entière « l’image de Dieu » et une société d’insectes[21].

S’occuper de l’essentiel et rire du reste

Cc que prouvent les êtres de réalisation, les « délivrés vivants » qui sont nos contemporains, icônes reliées à l’Origine, proposées à notre nostalgie, c’est qu’il est toujours possible de sortir du temps, comme les cosmonautes sortent de la stratosphère. Quiconque parvient à vivre en perfection dans l’ici et maintenant rejoint du même coup la transparence encore inscrite dans les fibres du satya-yuga. Demander à l’un de ces transfigurés quand et comment se fera la fin du cycle actuel est l’infaillible moyen de le faire rire de ce rire dont l’éclat décapite toutes les angoisses. Il donnera pour toute réponse que nos spéculations procèdent du seul mental et ne contribuent qu’à nous distraire un peu plus de l’essentiel. Le seul but est d’atteindre la libération, pour laquelle il n’est plus de cycles qui tiennent, puisqu’elle est l’âge d’or pour l’éternité.

Jean Biès

Jean Biès, né à Bordeaux en 1933, enseigne actuellement la littérature grecque à la faculté des lettres de Pau. Ses nombreux séjours en Orient et ses ouvrages philosophiques et littéraires l’ont fait connaître comme un spécialiste de la pensée orientale. Son ouvrage « la Littérature française et la Pensée hindoue » a été couronné par le Prix de l’Asie.


[1] Voir en particulier R. Guénon : la Crise du inonde moderne (Paris; Gallimard, 1946), et le Règne de la quantité (Paris, Gallimard. 1945) ; G. Georgel : l’Ère future et le Mouvement de l’histoire (Paris, La Colombe, 1956) ; R. Auclair : le Livre des cycles (Portes de France), et le Jour de Yahvé (Paris, Téqui, 1975). Ces trois auteurs situent la fin du cycle actuel aux alentours de l’an 2000.

[2] Kali-yuga : dans la cosmologie hindoue, c’est le quatrième et dernier cycle d’un manvantara. Lire dans ce même numéro l’article de Jean Varenne : « Hindouisme: l’âge noir mais aussi l’éternel retour ».

[3] Manvantara : période cosmique formée de quatre cycles successifs, dont le dernier est le kali-yuga, marquant une dégradation progressive.

[4] Kalpa : période cosmique formée de quatorze manvantara, comprise entre deux résorptions cosmiques.

[5] Luc, XII, 40 : « C’est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme viendra. »

[6] C. Humphreys : The Buddhist Way of Life (Londres, 1969).

[7] Voir, à ce sujet, E. Téchoueyres : Spiritualité hindoue et Science occidentale (Adyar, 1953).

[8] Dans le seul domaine hindouiste, on connaît l’admirable collection « Spiritualités vivantes » (Albin Michel), fondée par Jean Herbert, et transmettant au public d’Occident les enseignements des sages de l’Inde contemporaine.

[9] Matthieu, XXIV, 36.

[10] Voir plusieurs exemples dans A. Watts : « l’Art de sentir », in Amour et Connaissance (Paris, Denoël-Gonthier, 1973).

[11] Sâdhanâ : ensemble de pratiques ascétiques.

[12] J. Evola : Chevaucher le tigre (Paris, La Colombe, 1964). Le titre est emprunté à une formule extrême-orientale : si l’on réussit à chevaucher un tigre (l’âge de la contre-tradition), on l’empêche de se jeter sur nous jusqu’à avoir raison de lui.

[13] Upagourou : maître occasionnel et secondaire.

[14] Shakti : manifestation de la puissance divine dans le cosmos.

[15] Shûdra : les serviteurs, qui constituent la dernière caste.

[16] Koran, II, 151.

[17] Joël, II, 32. Repris dans l’Épître aux Romains, X, 13.

[18] Nous renvoyons à Yoga, science de l’homme intégral (Cahiers du Sud, 1953) ; F. Schuon, De l’unité transcendante des religions, chap. IX (Paris, Gallimard, 1948), et à la Petite Philocalie de la prière du cœur (Paris, Le Seuil, coll. « Livre de vie », 1968).

[19] Satya-yuga : l’« âge de Vérité », le premier des quatre yuga.

[20] Kalki-avatâra : le dernier des avatâra, ou « descente » et incarnation divine, attendu pour la fin du cycle.

[21] On sait que, dans le cas d’un conflit nucléaire, seuls survivraient les insectes. Il est curieux de remarquer que, selon une étymologie proposée, les mots « insecte » et « atome » ont la même signification : le premier vient du latin in-sectum, « qui ne peut être coupé », le second du grec a-tomos, « qui ne peut être divisé ». Le semblable attire le semblable.