André Dumas : Subconscient collectif, champ « psi » ?


07 Aug 2011

(Extrait de La Parapsychologie devant la science. Éd. Berg/Bélibaste 1976)

Je commencerai cet exposé par une citation : « La matière qui produit des impressions sur nos sens n’est réellement qu’une grande concentration d’énergie dans un espace relativement petit. Nous pourrions regarder la matière comme des régions dans l’espace ou le champ est extrêmement intense (…) le champ étant la réalité ».

Ainsi s’exprimaient, il y a une quarantaine d’années, Albert EINSTEIN et Léopold INFELD dans un exposé de la physique théorique moderne. Et ils ajoutaient : « Il fallait une imagination scientifique hardie pour réaliser pleinement que ce n’est pas le comportement des corps, mais le comportement de quelque chose qui se trouve entre eux, c’est-à-dire le champ, qui pourrait être essentiel pour ordonner et comprendre les événements ».

Depuis longtemps, l’étude des phénomènes « Psi » a conduit les chercheurs métapsychistes et parapsychologues à se demander, comme l’ont fait les physiciens, si un certain milieu de nature inconnue — mais qui pourrait être appelé « milieu psi » — ne serait pas nécessaire pour en rendre compte; si nos personnalités ne seraient pas comparables aux Iles d’un archipel — l’archipel de l’humanité — et reliées entre elles par leur base subconsciente a un fond psychique commun.

L’unanimité des chercheurs sur ce point est frappante : Fréderic W. H. MYERS avait déjà émis l’hypothèse d’un « milieu méta-éthérique », dans lequel se transmettraient les impressions télépathiques et les images des fantômes des vivants ou des défunts. Emile BOIRAC, recteur de l’académie de Dijon, avait proposé l’idée d’un subconscient collectif, une sorte de fonds commun universel dans lequel nos esprits seraient tous plongés, « comme des cristaux dans leur eau-mère », précisait William JAMES, qui, de son côté, avait avancé l’hypothèse qu’il y aurait dans l’Univers, a l’état diffus, une substance cosmique de même nature que celle qui constituerait nos times. W. CARRINGTON, étudiant « l’art de filer » de l’araignée, formulait le concept d’un subconscient commun de l’espèce (ou « esprit de groupe ») dans lequel se trouveraient accumulé les expériences de filature de toutes les araignées du passé.

Je viens de citer William JAMES. Permettez-moi de vous donner connaissance d’un passage de l’article qu’il publia en 1909, sous le titre Confidences d’un psychiste dans lequel le grand psychologue développe sa pensée : « De toute mon expérience (…) émerge une seule conclusion, solide comme un dogme, c’est que nous autres, avec nos existences, nous sommes comme des îles au milieu de la mer ou des arbres dans la forêt. L’érable et le pin peuvent se communiquer leurs murmures avec leurs feuilles, et CONANICUT et NEWPORT peuvent entendre chacune la sirène d’alarme de l’autre. Mais les arbres entremêlent aussi leurs racines dans les ténèbres du sol et les îles se rejoignent par le fond de l’Océan. De même il existe une continuité de conscience cosmique contre laquelle notre individualité ne dresse que d’accidentelles barrières et ou nos esprits sont plongés a comme dans une eau-mère ou un réservoir. »

Et le docteur Eugene OSTY, en modifiant la formule de William JAMES : Nous vivons à la surface de notre être, lui donnait une plus grande extension sur la base de la métagnomie, en suggérant de dire plutôt « Nous vivons à la surface d’une intelligence immense ».

Sans aller jusqu’à cette conclusion, par laquelle la parapsychologie touche aux hypothèses incertaines de la métaphysique, je voudrais attirer l’attention sur certains faits dont, à mon avis, l’importance et la signification n’ont peut-être pas jusqu’alors été appréciées à leur juste valeur. En voici, quelques-uns, notés au cours de dizaines d’années d’observations personnelles dans le domaine de la clairvoyance.

Au cours d’une séance publique d’essais, le sensitif s’adresse à un jeune homme et lui dit : « avez-vous un rapport avec l’acteur de cinéma BELMONDO? » — Non — « ou avec le cinéma en général ? » — Non — « Pourtant, insiste le sensitif, vous avez quelque chose qui se rapporte à BELMONDO? » — « je ne vois rien de ce genre ». A ce moment, un autre assistant, et cette intervention est déjà étrange, dit soudain « Le père de BELMONDO est sculpteur! ».

Dans une autre réunion, le sensitif s’adresse à un des assistants, lui parle d’évènements survenus dans son entourage et en particulier d’une tentative de suicide avec un revolver. « Mais on est arrivé à temps », ajoute le sensitif. C’était exact. A ce moment, le sensitif voit l’image d’une personne de sa connaissance, sans raison apparente. Or, quelques mois plus tard, la personne en question tentait de se suicider avec un revolver.

Tout se passe donc comme si le sensitif métagnome entrait en contact avec un vaste « fichier » dans lequel les individus, vivants ou défunts, sont classes selon leur profession ou celle de leur père, selon leur nom, ou leur intention (passée ou future) de se donner la mort, ou bien encore selon tel ou tel autre événement commun caractéristique de leur existence.

A partir du moment, ou le sensitif perçoit la « fiche » d’un individu, il semble avoir accès aux autres « fiches » du même classement. En termes d’informatique, quand l’« ordinateur psychique » du sensitif déchiffre une « mémoire », les « mémoires » voisines présentant les mêmes caractéristiques, peuvent également être déchiffrées. En termes de physique vibratoire, le sensitif étant en syntonie avec une certaine bande de fréquences, correspondant à un nom, a un certain état d’âme, à une situation caractéristique ou à un événement vécu, il se produit, si la faculté métagnomique du sensitif n’est pas suffisamment sélective, des interférences avec tous les personnages (ou avec l’expression « mnémonique » des personnages) vivants ou défunts, portant ou ayant porté le même nom, se trouvant ou s’étant trouvés dans le même état d’âme, dans la même situation ou ayant vécu un événement semblable.

Cette thèse est renforcée par les cas de syntonisation psychique spontanée par identité de situation, cités par l’ingénieur René WARCOLLIER, de l’Institut métapsychique international, qui fut un pionnier de la télépathie qualitative. Je pense, entre autres, au cas des deux dames (n’ayant eu entre elles qu’un rapport mondain) prenant leur bain à la même heure, ayant toutes les deux un malaise en même temps et coulant dans leur baignoire, l’une avant d’avoir pu appeler à l’aide et se noyant, l’autre après avoir pu actionner une sonnerie d’alarme et pouvant ainsi être rappelée à la vie. Au moment de perdre conscience, cette rescapée n’avait pensé ni à son mari, ni à ses enfants, elle n’avait pas vu se dérouler le film de son existence, comme cela arrive fréquemment dans de telles circonstances, mais avait seulement vu l’image de l’autre dame qui la regardait avec tristesse et dont elle apprit la mort le lendemain matin.

On est ainsi conduit à une notion plus précise du « milieu méta-éthérique » dans lequel se dérouleraient les phénomènes de connaissance supranormale. Il serait essentiellement un réseau vibratoire de fréquences diverses, un « champ » complexe au sein duquel s’exercerait la faculté du sensitif métagnome avec d’autant plus d’efficacité qu’elle serait plus sélective et saurait éviter les interférences, sources d’erreurs et de confusions.

La structure de ce « champ », en perpétuelle mutation, serait en somme constituée par des voies de moindre résistance pour l’intercommunication de nos esprits, voies et lignes de force suivant lesquelles se réaliserait la « psychorragie » définie par Frédéric MYERS, c’est-à-dire l’écoulement paranormal d’une information ou d’une image d’un individu a l’autre. La notion de « voies de moindre résistance » est confirmée par le fait, souvent observé, qu’un sensitif métagnome détecte facilement dans une assemblée les personnes douces de la même faculté, se met en « rapport psychique » avec elles plus aisément qu’avec d’autres pour y puiser les images et souvenirs subconscients.

Dans un fichier, dans un dictionnaire ou dans un ordinateur, chaque fiche, chaque mot ou chaque mémoire élémentaire, peut renvoyer à d’autres fiches, à d’autres mots ou à d’autres « mémoires » évoquant des idées complémentaires, des analogies ou des relations quelconques.

Or, de tels renvois, de telles relations, se manifestent dans la métagnomie; j’ai noté, dans une séance d’un cercle expérimental, un incident complexe qui tient à la fois du « cas BELMONDO » relaté précédemment, et des rebus qui caractérisaient souvent la clairvoyance de Pascal FORTHUNY, mais avec cette modalité supplémentaire d’une sorte de « division du travail » dans la fonction métagnomique entre deux personnes, ce qui apparente aussi cet incident au polypsychisme, la « bonne ambiance » et « l’harmonie des pensées » régnant dans le cercle constituant probablement des éléments d’homogénéité du « champ psi ».

Avant d’aller plus loin, je veux rappeler quelques exemples des rebus et des jeux de mots, souvent amusants, dont Pascal FORTHUNY était coutumier dans ses expériences de 1’Institut métapsychique international. Il s’adresse à une personne de l’assistance : ZOLA, pourquoi pensai-je ZOLA et à la faute de l’abbé MOURET? Vous vous appelez MOURET? C’était exact. A un autre auditeur, venant pour la première fois à l’IMI, il dit : « Monsieur ne vous appelez-vous pas CADET? » — Non, Monsieur, répond l’interpelle, je m’appelle ROUSSELLE ». Un autre cas : devant une dame, qu’il ne connait pas, une odeur d’absinthe flottant dans l’air retient son attention : cette dame s’appelle Mme PERNOD.

Voici maintenant l’incident complexe dont je voulais parler et dont j’ai été en partie acteur : après une série de descriptions précises et véridiques d’évènements et de milieux se rapportant à une parente décédée de Mme T., le sensitif dit : « pourquoi JOUY? j’entends JOUY — Mme T. : « cela ne me dit rien du tout ». Je dis alors « C’est peut-être toile de JOUY, n’y en avait-il pas dans l’appartement? » — Mme T. : « non, cela ne se rapporte à rien ». Le sensitif avait réagi au mot « toile ». Je dis encore à Mme T. : « vous savez ce qu’est la toile de JOUY… »? — Mme T. : « Mais oui, bien sûr, je sais, mais il n’y a rien qui puisse s’y rapporter. »

Malgré cette réponse négative où commence à percer quelque impatience, je suis poussé, au mépris de la correction et aux dépens de la politesse, à insister et à expliquer : « la toile de JOUY comporte des petits médaillions imprimés représentant des scènes pastorales ou galantes, d’après les tableaux de BOUCHER ». — Mme T. : « Ah! BOUCHER, mais c’est le nom de ma parente! »

Ce fait illustre remarquablement les considérations de Henri BERGSON, dans la conférence qu’il fit devant la Society For Psychical Research de Londres, le 28 mai 1913, sur le thème Fantômes de Vivants et Recherche Psychique : « Nos corps sont extérieurs les uns aux autres dans l’espace, et nos consciences, en tant qu’attachées à ces corps, sont séparées par des intervalles. Mais si elles n’adhèrent au corps que par une partie d’elles-mêmes, il est permis de conjecturer, pour le reste, un empiètement réciproque. Entre les diverses consciences pourrait s’accomplir à chaque instant des échanges, comparables aux phénomènes d’endosmose. Si cette intercommunication existe, la nature aura pris ses précautions pour la rendre inoffensive, et il est vraisemblable que certains mécanismes sont spécialement chargés de rejeter dans l’inconscient les images ainsi introduites, car elles seraient fort gênantes dans la vie de tous les jours. Telle ou telle d’entre elles pourraient cependant, ici encore, passer en contrebande, surtout quand les mécanismes inhibitifs fonctionnent mal et sur elles encore s’exercerait la « recherche psychique ». Ainsi se produiraient les hallucinations véridiques, ainsi surgiraient les fantômes de vivants. »

La comparaison de fonctionnement de la faculté du sensitif métagnome avec celui d’un ordinateur, est, me semble-t-il, utile aussi pour une interprétation rationnelle de la précognition dans la limite toutefois des faits qui ne nous obligent pas à invoquer des conceptions impensables pour le temps. On connait la thèse de LAPLACE selon laquelle « une intelligence qui connaitrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’Univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir comme le passé serait présent à ses yeux ».

Un sensitif métagnome, si extraordinairement doué qu’il soit ne peut avoir la connaissance universelle de l’être omniscient hypothétique imaginé par LAPLACE, mais il a cependant des « antennes » considérablement plus sensibles et d’une portée plus étendue que celles d’un être humain ordinaire.

Pouvant donc, dans le « réseau Psi », déchiffrer la signification d’innombrables bandes de fréquences porteuses de renseignements et génératrices d’images plus ou moins symboliques, le sensitif est en mesure d’accumuler et d’intégrer un nombre considérable d’informations et d’en élaborer une synthèse sous la forme de prévisions de haute probabilité.

Le caractère vivant et évolutif des prémonitions, souligné par le docteur Eugene OSTY, vient à l’appui de cette comparaison du métagnome précognitif avec un ordinateur intégrant les éléments d’information qui lui sont fournis successivement pour élaborer une image prospective et prévisionnelle du futur.

Voici comment s’exprimait à ce sujet le docteur OSTY : « La croyance en la fixité de la préconnaissance, née de rêveries spéculatives à propos de faits prémonitoires pour lesquels on n’a ambitionné que l’authentification par témoignages, cette croyance constituée en absolue carence d’investigation méthodique, est fausse. Quand, en effet, par une expérimentation incessante, on s’insère, pour ainsi dire, comme observateur impartial et attentif dans la production métagnomique, on ne tarde guère à s’assurer que la préconnaissance est une connaissance variable, en élaboration constante et progressive, qu’elle est évolutive comme la vie, qu’elle est « vivante », comme si la modalité transcendante de la pensée de chacun, instruite de la direction générale et des évènements prépondérants de l’existence, s’informait progressivement des éléments circonstanciels de sa préconnaissance à mesure que la personnalité humaine s’avance dans l’actualisation de sa trajectoire au milieu de l’ecoulement de la vie ambiante ».

L’hypothèse d’un « champ psi » et d’un « réseau psi » constitué par des voies de moindre résistance pour l’intercommunication de nos esprits, est compatible avec chacune des autres théories générales qui s’affrontent dans la recherche parapsychologique, aussi bien avec la thèse « polypsychique » de William MACKENZIE et René WARCOLLIER, qu’à celle de la survivance personnelle soutenue par Carl Du PREL, BOZZANO, LODGE, FLAMMARION et autres, avec celle de la survivance de « débris mémoriels inconscients », défendue par René SUDRE, aussi bien encore que celle de la « survivance conditionnelle d’une synthèse stabilisée de corpuscules psychiques », proposée par W. CARRINGTON. Dans tous les cas, elle est susceptible d’aider une meilleure approche des phénomènes et de permettre des formulations théoriques plus précises de leur processus.

Paraphrasant à peine les énoncés einsteiniens initialement cités, on pourrait dire que l’esprit n’est réellement qu’une plus grande concentration d’« énergie Psi » dans un espace relativement plus grand que celui occupé par notre corps, et que ce n’est pas le comportement de nos esprits, mais celui de quelque chose qui se trouve entre eux, c’est-à-dire le « champ psi », qui pourrait être essentiel pour ordonner et comprendre les événements.

DEBAT APRES L’EXPOSE DE M. ANDRE DUMAS

X… — Vous avez parlé de diverses théories qui pour le moins, ne sont pas particulièrement récentes. Je voudrais savoir pourquoi vous négligez les théories plus modernes? Est-ce pour nous imposer les vôtres?

ANDRE DUMAS — Je n’ai pas soutenu spécialement telle ou telle théorie contre telle ou telle autre. J’ai fait un rapprochement entre des thèses qui toutes, ont un petit air de famille et sont soutenues depuis fort longtemps par tous les parapsychologues. Quels qu’ils soient, au bout d’un certain temps d’étude, ils arrivent tous à cette idée d’un subconscient collectif, d’une sorte de liaison entre les subconscients. J’ai rapproché cette communauté de vues, en quelque sorte permanente, avec des faits que j’ai observés moi-même et ce rapprochement m’a semblé intéressant à signaler. Je n’ai pas eu d’autre prétention que cela. Je n’ai absolument pas cherché à imposer une thèse plutôt qu’une autre, mais seulement proposé un sujet de réflexion.

X… — Je crois qu’il aurait été plus intéressant d’être moins métaphorique, moins littéraire.

PROFESSEUR COSTA DE BEAUREGARD — Je remarque que vous avez dit que la théorie de LAPLACE est impensable pour notre temps. Cela me parait vexant pour les physiciens, qui s’en inspirent.

ANDRE DUMAS — Il n’y avait aucune idée péjorative dans mon exposé. J’ai simplement voulu dire que nous avions des difficultés à concevoir cette théorie.

PROFESSEUR COSTA DE BEAUREGARD — Les physiciens ne sont nullement embarrassés pour la concevoir.

ANDRE DUMAS — Parce qu’ils ont l’outil mathématique pour cela. Les malheureux, qui n’ont pas cet outil, que vous possédez, ont tout de même beaucoup plus de mal à concevoir ces théories (sans pour autant les rejeter sous prétexte qu’ils ne les comprennent pas très clairement). Non, voilà ce que, dans le cadre de la théorisation que j’ai proposée, j’ai voulu dire au sujet de la théorie de LAPLACE, c’est-à-dire au sujet de cette source d’informations qui permet de prévoir l’avenir : il y a certains faits qui échappent à une tentative d’explication rationnelle dans ce cadre mais l’on est bien obligé, pour d’autres faits, d’invoquer précisément des conceptions qui font éclater notre conception habituelle du temps.

PROFESSEUR COSTA DE BEAUREGARD — Comme vous aviez cité Einstein en commentant et en terminant, j’ai cru devoir intervenir.

MONSIEUR ANDRE DUMAS — Oui, justement, je n’ai eu aucune intention dans mon exposé d’attaquer une conception du temps différente de notre conception du temps habituelle. J’ai seulement voulu indiquer que, dans ma tentative, je faisais exception pour certains faits.

Je prendrai pour exemple cette prémonition citée dans La connaissance supranormale du docteur OSTY, concernant un boulanger, au milieu d’une rue, avec son cheval les quatre fers en l’air et ses petits pains répandus alentour : ce fait qui fut exactement confirmé avait été annoncé un an ou deux à l’avance par un sujet métagnome. Il est évident que l’on a quelque peine à imaginer la théorie de LAPLACE prévoyant que par un enchainement détaillé de circonstances, le boulanger allait boire un verre, ne plus savoir conduire son cheval, renverser sa voiture, étaler ses pains au milieu de la chaussée. Il est certain que certains faits de prémonition sont extrêmement ennuyeux pour toute cette théorisation. Voilà le sens exact de ma réserve à ce sujet.

PROFESSEUR BENDER — Je voudrais compléter ce petit incident par une observation sur un champ PSI. Nous faisons des expériences avec une actrice qui nous envoie la transcription de ses rêves, dont certains sont prémonitoires. J’ai un jour proposé à cette actrice l’expérience du rêve provoque par suggestion faite avant l’endormissement. La suggestion était : « J’ai gagné le gros lot. » Le lendemain, elle est venue me voir en disant « mon rêve n’a rien à voir avec votre suggestion. J’ai rêvé que j’étais dans la banlieue de Fribourg, cherchant une villa ; je savais, dans mon rêvé, que dans cette villa habitait un musicien que je connais. Ayant trouvé la maison, j’ai sonné et un garçon aux cheveux longs m’a ouvert et, fait étrange, a dit : non, vous ne trouverez pas cet objet ici. Je me suis alors réveillée et j’ai alors noté mon rêve. » Le soir même, accompagnée de l’un de mes jeunes collaborateurs, elle est allée rendre visite à une autre actrice, qu’elle avait connue a l’époque où elle-même faisait partie de la troupe théâtrale de Fribourg. Cette dernière actrice avait, disait-on, un jeune ami. Tout le monde décide alors d’aller au restaurant, retrouver cet ami. Or, en celui-ci mon sujet reconnait le jeune homme de son rêve et elle réalise qu’il est le fils du musicien qu’elle cherchait. Le jeune homme dit alors : « Je rêve très rarement. Mais j’ai fait la nuit dernière un rêve étonnant : j’ai rêvé que je gagnais le gros lot ».

Dans ce cas, le hasard me parait absolument exclu. Nous sommes en présence d’une espèce de polypsychisme.

PROFESSEUR DIERKENS — Je voudrais rappeler les travaux de William ROLL qui a fait une théorie sur le champ PSI un peu différente. Il prétendait que lorsqu’un objet était entré dans un champ PSI, il était comme marqué, quelque chose s’était collé à lui, d’une manière telle qu’il était possible à un voyant de voir cet élément PSI. Il a imaginé une expérience très intéressante : il a pris un sensitif capable de donner des informations relativement précises par psychométrie à partir de photographies placées dans des enveloppes ; il a été décidé, au lieu d’utiliser des photographies, d’insérer dans les enveloppes, des feuilles blanches préalablement mises entre les mains d’un excellent agent, qui s’était concentré pour chacune d’elles sur un sujet diffèrent. Les voyances du sensitif, dans ces conditions, ont été réussies à 5 %, ce qui était assez significatif. Or, le seul élément qui subsistait dans chaque feuille était son passage rapide dans le champ PSI. Je pense que c’est une expérience qu’il serait bon de reprendre avec un bon sujet psychomètre.

ANDRE DUMAS — Cette intéressante expérience me rappelle un certain nombre d’expérience semblables que j’ai réalisées et qui m’ont donné des résultats assez curieux. J’avais choisi un certain nombre de documents (articles de journaux, photographies, etc.), que j’avais mis dans des enveloppes confiées à des personnes chargées de les remettre à différents sensitifs. Pour éliminer autant que possible une lecture directe en cours d’expérience, je n’étais pas présent. Parmi les enveloppes, il y en avait une contenant une feuille blanche que j’avais introduit moi-même dans l’enveloppe. Le sensitif à qui le hasard a attribué cette enveloppe a vu un personnage qui prenait des précautions inouïes pour mettre un papier dans une enveloppe : il avait perçu l’opération que j’avais accomplie dans la préparation de l’expérience. Cela confirme entièrement ce passage dans une zone PSI, que vous évoquiez à l’instant.

X… — Le professeur BENDER, dans son exposé, a parlé de manifestation de forces qu’il a qualifié d’intelligentes. De quelles forces s’agit-il?

PROFESSEUR BENDER — Rappelez-vous, dans le cas de poltergeist de Rosenheim, que je vous décris, le phénomène du téléphone. Tout résidait manifestement dans le subconscient du sujet. Anne-Marie, qui était le medium, n’avait pas la moindre idée de ce qu’était un téléphone. Et pourtant, elle a certainement agi de façon psychocinétique sur le mécanisme de l’appareil, plus précisément sur la partie qui dirige les relais. Pour cela il faut faire intervenir une perception extra-sensorielle et une clairvoyance. La psychocinèse est toujours en corrélation avec la perception extra-sensorielle. Les phénomènes sont dirigés intelligemment, mais inconsciemment. Pour qu’une ampoule explose dans une chambre avoisinante, il faut, bien diriger soit de l’énergie soit de l’information à cette ampoule. Voilà : l’intelligence inconsciente et la transmission, ce sont des problèmes que nous ne savons pas encore résoudre.

X… — Vous avez parlé de forces intelligentes et cela semble avoir trait au problème du subconscient de l’individu. Est-ce qu’il serait possible d’envisager que toute personne, sans avoir même conscience de son inconscient, puisse, par l’intermédiaire de l’inconscient d’autres personnes, avoir accès a cette information ? On pourrait faire référence par exemple à l’inconscient collectif dont on vient de parler. Est-ce qu’il n’y aurait pas là un rapport avec cet inconscient collectif?

DOCTEUR LARCHER — D’après les quelques recherches comparatives que j’ai pu faire, il me semble (c’est une opinion personnelle) que plus on descend profond dans les niveaux de l’inconscient, plus est riche le niveau d’information, et plus il est universel et plus il est en intercommunication avec les autres inconscients et avec l’interaction universelle. On pourrait considérer que notre conscience personnelle est comparable à une île avec d’autres îles dans un archipel et plus on descend profond, plus on trouve de liens terrestres entre les îles; et, à un certain niveau, c’est la terre du fond de l’eau qui lie toutes les îles entre elles. Autrement dit, plus on descend profond en dessous de la surface apparente de la discontinuité apparente des choses, plus apparaît une continuité dans l’intercommunication.

X… — Les désincarnes restent-ils dans le champ PSI?

ANDRE DUMAS — Dans l’expérience parapsychologique, il n’y a aucune différence entre les désincarnés et les incarnés. Les voyants perçoivent les images ou les silhouettes ou les mentalités de ceux qui sont morts, comme celles de ceux qui sont vivants, sans préjudice d’aucune théorie, je parle de la constatation brute du phénomène. Il est évidemment hors du cadre de cette réunion d’aborder les problèmes philosophiques relatifs à la vie et à la mort. Mais ce qui est certain c’est qu’il est extrêmement difficile pour le clairvoyant (de même qu’il lui est difficile de dire si ce qu’il voit est du passé, du présent ou de l’avenir) de percevoir s’il a les impressions, la vision, l’image, la description d’un vivant ou d’un décédé, c’est expérimentalement la même chose. Quelquefois il dit : « j’ai l’impression que… (j’ai l’impression de chaleur, qui me fait penser que c’est un vivant) ». C’est tout à fait aléatoire et bien souvent cette chaleur n’indique rien du tout. Donc tout est dans le champ PSI, ceci est ma conclusion.

X… — Mais quand un medium parle d’un désincarné mort il y a 2 ans!

ANDRE DUMAS — Mais c’est un élément de connaissance à ce moment-là. Ce n’est pas la reconnaissance directe par l’image. C’est une autre information qui est donnée aux mediums par une autre voie et qui leur permet de parler de l’évènement de la port de l’individu. C’est une autre information qui vient s’ajouter à l’impression première qui leur permet de donner cette précision.

X… — Est-ce qu’ils ne se trompent pas?

ANDRE DUMAS — Bien sûr. L’erreur est humaine et elle fait partie aussi du lot du clairvoyant comme de celui, de ceux, qui ne le sont pas.

X… — Est-ce qu’on peut considérer que l’accès à l’inconscient collectif est un degré supérieur dans les moyens de connaissance.

ANDRE DUMAS — L’inconscient collectif, comme le disait un auditeur tout à l’heure, c’est une métaphore et il est très difficile de dire : c’est ceci ou c’est cela. Les faits nous obligent à considérer qu’il y a une liaison entre les individus. Il y a une liaison psychique entre les individus, qui n’est pas seulement celle du langage, celle de nos relations sensorielles. Il y a une autre relation et on peut admettre qu’elle est subconsciente puisque nous n’avons pas conscience de cette liaison. Ce n’est que lorsqu’il y a un incident télépathie, clairvoyance ou une relation quelconque, qui nous fait prendre conscience qu’il y a une liaison entre nous par une autre voie, que les voies sensorielles. Mais c’est tout. Et c’est donc sur cette base qu’on peut faire une hypothèse de relations intersubconscientes des individus.

X… — Dans ce cas-là, c’est une hypothèse qui a des implications collectives.

ANDRE DUMAS — Oui, bien sûr; l’exemple qu’a cité le professeur BENDER, comme les miens, montrent qu’il y a une relation : les individus semblent des éléments d’un ensemble, dans lequel une même clairvoyance s’effectue par des truchements multiples. Nous sommes donc appelés à parler de quelque chose de collectif et aussi de subconscient.

PROFESSEUR BENDER — Sur la question des erreurs des mediums, il faut que je fasse une remarque : aucun medium, aucun sensitif ne peut discerner si les impressions qu’il a sont de la fantaisie, de la clairvoyance, de la télépathie, de la précognition ou un mélange. Il faut bien avoir cela dans l’esprit, parce que cela c’est l’usage pratique des facultés PSI et cela peut mener à des déceptions. Si vous demandez à un medium de donner des impressions sur une personne, il est tout à fait possible qu’il vous dise ce que vous pensez. Parce qu’il le connait par télépathie sans le savoir. Et cela mène à des erreurs terribles.

ANDRE DUMAS — Je voudrais ajouter qu’il y a des personnes qui ont l’habitude d’aller consulter une demi-douzaine de clairvoyants, les uns après les autres et qui pensent que parce que ces clairvoyants leur disent tous la même chose, par conséquent cela doit être vrai. Or, il suffit que le premier clairvoyant leur ait dit quelque chose de faux, qu’ils l’aient enregistré dans leur subconscient; cela sera lu par le suivant et cela fera le tour et cela sera une confirmation de rien du tout : que du phénomène de lecture de pensée qui s’effectue effectivement, mais non pas de la réalité de la première clairvoyance, cela était très important à dire.

X…. — On a parlé tout à l’heure de champ PSI. Je voudrais avoir plus de détails sur les interrelations : sont-elles possibles avec les plantes ; ou même la matière non vivante?

François FAVRE — Deux concepts peuvent être mis en évidence. Tout d’abord : les champs PSI. Cela c’est une hypothèse qui concerne finalement un type de relation affective qui peut s’établir avec les êtres humains, les animaux, les plantes ou même les objets.

Mais il y a un autre concept, celui de l’inconscient collectif de JUNG. Quand on parle d’inconscient collectif, c’est là un terme qui ne peut prêter à confusion, si on sous-entend que les communications qui se font en parapsychologie passent par le biais de l’inconscient ; ce concept psychanalytique de l’inconscient ne pose aucun problème ni pour les animaux, ni pour les plantes, puisqu’il y a incontestablement une psychologie animale et une psychologie végétale.

Mais peut-on étendre ce concept à la matière inanimée? On voit mal, en ce qui la concerne, quelle pourrait être la signification exacte du concept de l’inconscient.