Swami Hridayananda Sarasvati : Raja Yoga 2


31 Mar 2010

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(Revue Panharmonie. No 185. Janvier 1981)

Enseignement donné à Roscoff chez Maud Forget le 9 juillet 1980

Questions faisant suite à l’enseignement du 7 juillet 1980 :

Comment se préserver des Vrittis ?

Réponse de Mataji : Les vrittis ne disparaissent que dans l’état ultime, le Samadhi. Il y a plusieurs degrés de Samadhi. Ces vrittis ou fluctuations mentales sont alors très très subtiles et elles ne se situent plus au niveau conscient. En général on emploie le mot vritti que pour ce qui se situe  au niveau de la conscience. L’état de yoga complet n’est là que quand il y a cessation totale de toute vritti. Même dans l’état de sommeil profond il y a vritti. Cependant nous disons que le mental ne fonctionne pas, mais cela signifie seulement qu’il n’est pas relié au cerveau, il y a néanmoins une vritti subtile qui subsiste dans l’état de sommeil profond. Elles sont alors si subtiles que l’Absolu se réfléchit presque sans obstacle C’est pourquoi l’état de sommeil profond nous laisse tout à fait paisibles, c’est la paix de l’Absolu qui est réfléchie en nous. S’il n’y avait plus aucune vritti pendant l’état de sommeil profond, nous ne pourrions pas dire au réveil que nous avons très bien dormi !

Question : Quelle est la différence entre être conscient des vrittis et la pensée ?

Réponse : Il y a une différence entre « penser une pensée » et « prendre conscience d’une pensée ». Si l’on prend conscience du silence mental, c’est une vritti. Dans l’état ultime de Samadhi il n’y a plus de distinction, il y a union complète, par conséquent on ne prend plus conscience de quelque chose. Ce sont les vrittis qui forment le « je » et qui font que vous vous sentez séparés des autres et quand il n’y a plus de vrittis du tout, cela veut dire qu’il n’y a plus de « je » qui puisse prendre conscience. Donc à ce moment là on ne peut plus dire ou penser : « Je prends conscience de ceci ou de cela », il n’y a plus que conscience. C’est pourquoi il est difficile d’exprimer par des mots cet état là.

Question : Comment puis-je parler de méditation si je n’en ai pas conscience ?

Réponse : Dans la méditation vous pouvez prendre conscience. Plus la méditation devient profonde, plus le mental se calme et devient silencieux, jusqu’au moment où il devient tout à fait silencieux et à ce moment là vous entrez dans un état de supra-conscience et non seulement un état de supra-conscience, mais un état absolu. Quand vous atteignez cet état là, il n’y a plus que conscience.

Question : Si on est dans un état où il n’y a plus que conscience, comment peut-on en parler et même dire finalement que cet état existe ?

Réponse : Personne ne peut vous décrire très exactement cet état ultime où il n’y a plus que conscience. On ne peut faire que des approximations. C’est comme si je vous dis « J’ai mal ». Si vous n’avez jamais fait l’expérience d’avoir mal, je peux essayer de vous le décrire de toutes sortes de façons différentes sans jamais pouvoir vous transmettre exactement la sensation exacte de ma douleur. De la même façon si vous n’avez jamais goûté au sucre, vous ne saurez pas ce que je veux dire quand je dis « c’est sucré ». Donc on ne peut vous donner qu’une idée approximative de cet état ultime. Cela ne peut s’expérimenter par le mental, c’est quelque chose qui transcende l’expérience mentale. Dans cet état là on est en paix complète, absolue.

Je vais essayer de vous dire comment cela se passe : Vous vous asseyez pour méditer, vous méditez pendant un certain temps. Chacun évidemment a des sentiments différents, mais j’essaye de vous expliquer ce qui se passe pour moi. Donc au bout d’un certain temps de méditation, j’ai l’impression de m’évaporer et de ne plus avoir de corps. Je n’entends plus aucun son, je n’ai plus de sensation, mais néanmoins, je ne suis pas inconsciente. Donc il y a conscience et dans cet état là, je suis très paisible, je suis dans une paix parfaite. Donc le mental ne fonctionne pas, mais j’ai conscience d’une paix parfaite. Je ne peux exprimer autre chose en mots. Si vous voulez comprendre il faut que vous fassiez l’expérience vous-même. Cela ne se produit qu’en méditation très profonde, on transcende le mental et on arrive à un état supra-conscient. Cela ne peut se produire que de soi-même, vous ne pouvez que préparer votre mental, afin que cela se produise, mais vous ne pouvez créer cet état volontairement, c’est comme le sommeil.

C’est ce que je fais pour vous. J’essaye de créer les conditions favorables à votre méditation avec des exercices qui ne sont pas de la méditation mais des exercices de préparation et il est faux de dire que quelqu’un vous a enseigné la méditation, on ne peut que vous guider pour atteindre cet état.

Question : Est-ce que cet état de méditation n’est pas encore une forme de Maya, de forme qui satisfait l’ego ?

Réponse : Dans la méditation profonde il n’y a plus d’ego. Si l’ego est actif, vous n’êtes pas en méditation. L’ego est un obstacle pour entrer en méditation. Bien sûr vous méditez pour votre propre bénéfice et en ce sens on peut dire que la méditation est égoïste, mais il n’en est pas ainsi réellement, car c’est seulement par la méditation que l’on peut prendre conscience de son unité avec les autres. De vous émane sans cesse votre état mental qui se diffuse à l’extérieur. Par exemple si une personne vous déplaît ou vous irrite, ce ne sera pas nécessaire de l’exprimer par des mots, il suffira qu’elle vienne s’asseoir près de vous, vous aurez une impression désagréable et vous aurez envie de vous lever et de partir. Ceci à cause des radiations émises par vous et par elle. Or, dans l’état de méditation, les radiations que vous émettez sont des radiations de paix et cette influence ne s’exerce pas seulement à courte distance, cela peut même aller très loin et influencer beaucoup de gens. Donc vous aidez les autres en méditant et en réalité, ce n’est que par la méditation que l’on peut vraiment aider les autres. Car, réfléchissez bien, en général on aide les autres parce qu’on vous a dit dès votre enfance que tel était votre devoir, mais non parce qu’on en a vraiment envie. Or, dans l’état de méditation, les autres sont perçus comme une partie de votre propre corps et vous les aimez automatiquement non pas parce qu’on vous a dit qu’il le fallait, mais parce qu’ils sont vous-même. Quand vous aimez quelqu’un spontanément vous avez envie de l’aider. Ce n’est qu’à ce degré là que vous pouvez vraiment aider l’humanité. Et pour aider les autres, il n’est pas nécessaire de parler, de les aider en paroles ou en actes, il y a d’autres façons de le faire. Quelle est la plus grande aide que vous pouvez apporter  à un être  humain ? Lui donner la paix de l’esprit. Car tout ce que nous faisons en ce monde, c’est pour atteindre la paix de l’esprit. Si vous désirez être riche, c’est pour vivre confortablement et grâce à cela vivre en paix, loin des problèmes matériels. Si vous voulez aller à l’Université, c’est pour avoir des diplômes qui vous aideront à avoir une bonne situation qui vous permettra de vivre en paix. Même si vous désirez avoir la connaissance, c’est pour la transmettre aux autres, en retirer une satisfaction et donc la paix. Vous voulez être en bonne santé car lorsque vous êtes malade cela vous agite et vous tourmente. Pensez à n’importe quoi que vous fassiez de la journée, le but final c’est d’avoir la paix. Donc la plus grande aide que vous pouvez apporter aux autres, c’est de leur apporter la paix, et cette paix vous ne pouvez pas mieux l’apporter qu’à l’aide de vos vibrations, vos radiations, beaucoup plus que par des actes, des paroles qui n’auraient qu’un effet très limité. Malheureusement nous avons tendance à n’attacher de valeur qu’aux actions extérieures parce que notre mental est ainsi conditionné et si quelqu’un s’assied et aide les autres silencieusement par sa méditation, personne ne reconnaîtra l’aide qu’il apporte. Tandis que si quelqu’un s’agite, fait beaucoup de choses, tout le monde l’admirera pour l’aide qu’il apporte à l’humanité.

Avant d’être chirurgien des yeux j’ai été pendant quelque temps généraliste et l’on m’a consultée pour un cas de pneumonie. En ce temps il n’y avait pas de pénicilline. Donc tout ce qu’on pouvait faire,  c’était de faire baisser la fièvre, de soulager le patient en attendant la crise. Ii y avait une femme, une soigneuse qui n’était pas vraiment infirmière, elle donnait des vaccins et lavait le malade avec une éponge, changeait le linge, le malade appartenant à une famille riche. Or, le malade a finalement pensé que moi je ne faisais rien du tout et que tout était fait par cette aide-soigneuse. Et il lui a donné beaucoup plus à elle qu’au docteur, parce qu’il avait l’impression que c’était elle qui le soignait et qu’il n’attachait d’importance qu’à l’action extérieure.

Revenons à notre sujet Lorsque les vrittis ne sont pas arrêtées, le sujet s’identifie à elles et il y a alors inconscience totale de l’Absolu. Patanjali arrive à la classification des vrittis en vrittis douloureuses et en vrittis agréables. Quelles sont les vrittis qui ne sont pas douloureuses ? Mettez que vous regardiez un bel objet, vous en éprouvez du plaisir. Ou bien vous regardez un arbre et cela vous laisse indifférent. Puis vous regardez une maison, cela vous procure un plaisir éphémère,  ou encore  un lever de Soleil et pendant quelques minutes, vous en éprouvez du plaisir. Tout cela est inclus dans la catégorie des vrittis qui ne sont pas douloureuses. Mais, selon Patanjali, la plupart des vrittis sont source de douleur, de peine, car souvent celles qui vous sont agréables au début, se terminent en douleurs. Il précise en effet que la plupart des humains courent après ce qui peut leur apporter du plaisir pour finalement en éprouver de la douleur.

Par exemple vous trouvez un homme très attirant, vous êtes attirée par cette personne, vous vous imaginez que vous en êtes amoureuse et vous avez du plaisir avec elle. Mais il se peut que cette personne ne soit pas recommandable. Donc pendant quelque temps elle vous donne toutes sortes de joies et puis, un beau jour, elle vous laisse pour aller vers quelqu’un d’autre. C’est une chose qui arrive tous les jours !

De même vous achetez quelque chose de très beau, vous êtes très heureux et puis, un beau jour, on vous le vole et vous êtes très malheureux. Ou alors c’est un vase très beau que vous aviez acheté et qui se casse. Ainsi tout plaisir, lorsqu’il vous est retiré, vous procure de la douleur. Patanjali dit : « Faites bien attention, ne courez pas après tout ce qui peut vous donner du plaisir, parce que tôt ou tard, cela sera pour vous une source de peine. Car, en effet, dans tout plaisir il y a potentiellement une source de douleur ». Donc il essaye de nous mettre en garde et  nous dit qu’il faut se servir de son pouvoir de discrimination afin de déceler la peine qui est inhérente à tout plaisir et il classe les vrittis en cinq catégories principales :

— la connaissance juste,

— la connaissance fausse,

— l’illusion verbale,

— le sommeil,

— la mémoire.

La connaissance juste est celle que vous acquérez directement soit que vous voyez vous-même et que vous croyez parce que vous voyez. Par exemple, vous voyez du feu et vous savez qu’il y a du feu. Mais si vous êtes assis ici et que vous voyez de la fumée s’élever un peu plus loin, sans voir le feu, vous pouvez en déduire qu’il y a du feu : c’est l’inférence. C’est une autre façon d’avoir la connaissance directe.

La troisième sorte de connaissance juste est le témoignage des Écritures, c’est-à-dire quelqu’un a vu et vous le croyez. Mais bien sûr il faut que cette personne qui vous le dit, soit quelqu’un en qui vous pouvez avoir confiance et qui ne contredit pas ce que d’autres ont dit avoir vu. Patanjali dit donc que ce sont les Écritures transmises par des âmes réalisées qui peuvent vous apporter la connaissance juste. Ce qui nous occupe, c’est la conscience absolue et pour l’expérience directe, il faut attendre de l’avoir vous-même. Si vous écoutez quelqu’un qui vous dit qu’il a déjà cette expérience de l’absolu, vous le croyez si vous pensez que vous pouvez vous fier à lui. Ou alors, par sa conduite vous soupçonnez qu’il a atteint cette réalisation. Mais attention ! De nos jours il y a beaucoup de gens qui prétendent avoir cette connaissance et il faut être très circonspect. N’oubliez pas que Shakespeare a dit que le monde était un théâtre, une scène sur laquelle nous sommes tous des acteurs. Ce n’est, bien sûr, pas difficile de jouer le rôle d’un saint, mais tôt ou tard les autres s’apercevront de la supercherie.

Il est important de noter que différents sages ont apporté des témoignages et qu’il n’y a pas de contradiction entre eux. De plus, cela n’est pas en contradiction avec votre raison. C’est de cette façon que vous pouvez avoir ce type de vrittis : la Connaissance juste.

La connaissance fausse : Par exemple, dans l’obscurité vous voyez quelque chose par terre qui ressemble â un serpent. En Inde vous en déduisez que c’est un serpent. Si vous vous donniez la peine de le toucher, vous vous apercevriez que c’est une corde.

Autre type de vritti de la connaissance fausse : La nacre, quand elle reçoit de la lumière peut donner l’impression d’être de l’argent. De même si vous êtes seul dans la forêt et que vous voyez dans l’obscurité un piquet, vous pouvez penser que c’est un homme et avoir peur. Car ces vrittis de connaissance fausse peuvent vous causer beaucoup de troubles.

En première année de médecine il faut faire beaucoup de dissection sur des cadavres humains. Au début les gens sont très effrayés. Un jour deux étudiants ont fait un pari. L’un a dit à l’autre : « Tu n’as pas peur des morts la nuit ? ». L’autre a dit : « Non pas du tout, je peux même entrer ici la nuit » — « Eh bien, tu vas aller jusqu’au fond de la salle de dissection où des morts sont étendus et tu planteras un clou au dernier lit, de façon à ce que je puisse savoir que tu y es bien allé ». L’autre y va, plante son clou dans l’obscurité, mais au moment de revenir, il a l’impression qu’il ne peut pas sortir et qu’il est retenu par quelqu’un qui lui tient la manche. Il se dit : « Ça y est, un fantôme m’attrape par la main », il a très peur il crie et il s’évanouit. En entendant ces cris l’autre garçon se précipite dans la pièce avec sa lampe et il voit que son camarade avait cloué sa propre manche et s’était ainsi fixé au lit. Donc vous voyez ce que les fausses vrittis peuvent faire ! L’illusion verbale : La tromperie par les mots.

Par exemple, quelqu’un vous a insulté une fois, puis vous revoyez cette personne. L’insulte a produit une impression, une empreinte dans votre subconscient. Donc quand cette personne s’approche de vous, l’empreinte est projetée, vous anticipez et vous vous dites malgré vous, cette personne est mon ennemie et va me causer un tort quelconque, alors que cette personne fait une remarque innocente en disant : « Aujourd’hui vous avez l’air très bien ». Mais, immédiatement vous prenez cela mal et pensez : « Voilà qu’elle est sarcastique à mon égard ! ». Vous ne voyez pas cette personne telle qu’elle est, vous la voyez à travers votre vritti et vous répondez désagréablement et ainsi, le fossé entre vous s’agrandit. C’est le type de vritti qu’on appelle tromperie, erreur par les mots. C’est une illusion verbale qui n’est pas fondée sur la réalité, car le subconscient a en lui différentes empreintes de choses qui vous sont arrivées et si votre conscience claire n’est pas vigilante, ces empreintes peuvent se combiner et peuvent faire surgir des erreurs. C’est ce qui se passe dans l’état de rêve. Le pouvoir de discrimination ne fonctionne plus du tout et le subconscient est alors libre de faire tout ce qui lui plaît. Par exemple, dans la journée vous avez vu un homme qui a quelque chose de chevalin en lui et la nuit vous rêvez d’un être ayant le corps d’un homme et la tête d’un cheval. Les deux se sont confondus et le pouvoir de discrimination n’est plus là pour vous dire que c’est impossible. C’est comme cela que nous avons parfois des rêves très étranges.

La mémoire : Tout ce que nous percevons porte une empreinte dans notre subconscient. La mémoire veut donc dire qu’il y a une stimulation de ces empreintes qui surgissent au niveau conscient. Exactement comme on peut mettre des lettres dans différentes boîtes postales selon l’alphabet, celles dont les destinataires ont un nom commençant par A dans un compartiment A. Et quand vous voulez prendre une lettre dont le nom commence par A, vous allez la chercher dans le compartiment lui correspondant et non dans un autre. La mémoire, c’est la même chose, vous allez chercher directement l’empreinte correspondante et vous la faite surgir au niveau de la conscience claire, sans aller chercher d’autres empreintes. Et à ce moment là cela produit une vritti.

Sommeil : Dans l’état de sommeil profond il y a également une vritti subtile, mais elle est si subtile que nous n’en avons pas conscience.

Toute vritti à laquelle vous pouvez penser, se rattache à l’une ou l’autre de ces catégories. Toutes, elles agitent sans cesse notre esprit.

Comment se débarrasser de ces vrittis ?

Par une pratique constante et le détachement.

Pratique constante : Tout d’abord réfléchir chaque jour sur ces vérités. Comprendre et vous répéter que toute pensée est une gêne pour percevoir l’Absolu, que chacune de vos pensées forme une empreinte au niveau du subconscient et cette empreinte est à son tour un obstacle supplémentaire à la perception de l’Absolu. Il faut donc apprendre à réduire ses pensées au stricte nécessaire et éviter de laisser son mental courir dans tous les sens. Ce n’est pas que nous allons nous arrêter de penser, mais nous devons d’abord prendre conscience des différentes pensées qui nous agitent et qui agitent notre mental toute la journée et, une fois que nous avons identifié ces pensées, nous rendre compte que ce sont elles qui nous empêchent de prendre conscience de l’Absolu, conscience qui vous apporterait la paix et le bonheur éternel.

Les pensées inutiles sont comme un poison pour nous, ce sont elles qui détruisent notre bonheur. Si nous comprenions cela vraiment, non seulement intellectuellement, mais aussi avec notre âme, ces pensées s’arrêteraient automatiquement. Tant que nous n’aurons pas compris cela, nous laisserons notre mental en totale liberté et nous serons assaillis par toutes sortes de pensées, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Nous créons sans cesse des fluctuations mentales et par voie de conséquence des empreintes dans notre subconscient et en même temps nous gaspillons notre énergie. Car chaque pensée est une dépense d’énergie et c’est ce qui, parfois, à la fin de la journée, nous rend fatigués et irritables. C’est aussi la raison pour laquelle en ces temps modernes, les gens sont si tendus, agités et irritables, car ils autorisent l’esprit à faire ce qu’il veut. Il n’y a qu’un seul moment où il peut récupérer de l’énergie c’est dans l’état de sommeil profond. Or, ce sommeil profond est de plus en plus difficile à atteindre, parce qu’on le sacrifie trop à la recherche de plaisirs excitants. Récupérant très peu son énergie, on devient ainsi de plus en plus nerveux, anxieux, tendu, irritable.

C’est pourquoi ceux qui veulent entrer en yoga, doivent veiller à se coucher de bonne heure. Même le sommeil peut être un obstacle à votre méditation, parce que vous avez toutes sortes de souvenirs, la mémoire est en action et vous empêche de méditer. Et alors si vous êtes endormi, vous devenez tamâsique, c’est-à-dire votre énergie devient très grossière et votre pouvoir de discrimination est considérablement amoindri. Donc la pratique constante signifie que vous devez observer vos pensées, en éliminer autant que possible, non pas à force de volonté, mais cela doit se faire automatiquement, tout seul.

Imaginez que vous avez marché pendant des kilomètres et que vous mourez de soif. Quelqu’un vous offre une boisson délicieuse. Bien sûr, vous êtes ravi. Mais un ami en qui vous avez toute confiance se trouve là et au moment où vous allez porter ce verre à vos lèvres, il vous dit « ne bois pas, c’est empoisonné ! ». Vous le croyez et vous rejetez la boisson. Donc au moment où vous croyez que c’est réellement du poison, vous renoncez à la boisson sans aucun effort. De la même façon nous avons sans cesse mille pensées de toutes sortes, parce que nous ne comprenons pas que c’est un poison. Bien sûr, nous ne pouvons pas vivre sans penser, mais essayez de penser seulement quand c’est nécessaire.

En effet, nous gaspillons tant de temps à penser au passé qui ne peut pas être changé, ou à l’avenir sur lequel nous n’avons aucun contrôle. Le résultat final est qu’il nous reste très peu d’énergie pour le moment présent. Si bien que ce que nous faisons ici et maintenant, nous le faisons sans succès et en nous fatigant beaucoup.

Non-Attachement : Qu’est-ce qui pousse notre mental à avoir sans cesse des désirs ? C’est parce que nous pensons qu’ils nous apporteront le bonheur. Donc, lorsque nous avons un désir, nous devons exercer notre pouvoir de discrimination et nous demander si ce plaisir là nous apportera vraiment le bonheur. Je ne veux pas parler ici de désirs tout simples, mais de ceux impossibles à satisfaire ou qui sont mauvais pour nous. Quand de tels désirs irréalisables ou condamnables viennent agiter notre esprit, il faut, à ce moment là, penser à quelques petites choses : Tout d’abord, comprenez bien que tout ici-bas est périssable et soumis au changement, et qu’à travers de telles choses vous ne pouvez pas atteindre un bonheur permanent. Peut-être, sur le moment, lorsque votre désir est réalisé, vous pouvez avoir quelque plaisir, du bonheur. Mais tôt ou tard ou il changera ou il se terminera. Découvrez ensuite d’où vient le bonheur. Vient-il de l’objet lui-même ou d’ailleurs ? Imaginons que le bonheur vient de cet objet particulier. Dans ce cas, puisqu’il est maintenant en votre possession, il devrait durer tout le temps. Mais d’après votre expérience, vous savez très bien qu’un objet qui a pu vous procurer du bonheur à un moment donné, peut, à un autre moment vous procurer du déplaisir ou du malheur.

Par exemple un fils qui a pu, étant bébé ou enfant, procurer beaucoup de bonheur à sa mère. Lorsqu’il grandit et devient jeune-homme, il tombe amoureux d’une jeune fille que la mère du fils déteste. Donc, par le truchement de la jeune fille ce fils, qui a été d’abord une source de bonheur pour sa mère, devient une source de peine. Et il y a beaucoup de mères qui disent alors à leur fils de ne plus jamais mettre les pieds chez elle s’il reste avec la jeune fille en question !

D’autre part si on jouit longtemps d’un objet quel qu’il soit, on a souvent le sentiment d’être rassasié et cela devient ennuyeux. Par exemple, vous pouvez être follement amoureux de quelqu’un. Mais si vous vivez vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec cette personne adorée, et ceci pendant longtemps, vous pourrez au bout d’un certain temps avoir envie d’aller vous promener seul !

Si vous avez un très grand désir d’un objet, vous essayez de l’obtenir. Et puis vous allez dormir. Et pendant que vous dormez, pendant vos rêves, vous essayez par tous les moyens de le posséder et puis, vous entrez dans un sommeil profond. Donc cette personne qui en état de veille et en état de rêve était si désespérée de ne pouvoir obtenir l’objet désiré, dans l’état de sommeil profond est l’image même de la paix. Cependant elle n’a pas acquis l’objet désiré. Alors quel changement s’est-il produit ? Dans l’état de sommeil profond le mental ne fonctionne pratiquement plus. C’était donc bien le mental qui était si anxieux et c’est le mental qui éprouvait la frustration et le déplaisir de ne pas avoir eu l’objet. Par conséquent il y a quelque chose en vous qui est votre véritable « vous » et qui n’éprouve rien de tout cela, puisque dans l’état de sommeil profond vous êtes parfaitement vivant, vous êtes conscient. Donc si vous pouviez être dans cet état de conscience même si vous êtes éveillé, vous seriez toujours paisible que vous obteniez ou non ce que vous désirez.

Qu’est ce qui vous donne ce plaisir et ce  bonheur lorsque vous possédez l’objet convoité? Dans l’état de convoitise le mental était soumis à des oscillations très grandes et très grossières que l’on appelle « agitation ». Au moment où vous possédez l’objet, ces oscillations cessent et c’est à ce moment là que vous prenez conscience d’un état beau et absolu. Et c’est cela qui vous procure le plaisir et non l’objet.

Donc, savoir sans cesse quelles sont vos pensées et essayer de supprimer toutes celles qui sont inutiles, vous amènera à la paix, au bonheur.

Une question sur l’attachement :

Réponse : S’il n’y a pas d’attache il n’y a pas de problème. Malheureusement nous sommes tous attachés aux choses. On ne nous dit pas de ne pas jouir des choses de la vie, mais on nous dit de jouir des choses avec une compréhension juste. Faites donc un juste choix dans vos plaisirs. Si vous avez un très beau bouquet de fleurs, vous en êtes heureux, vous les mettez dans un beau vase à un endroit où vous pouvez les voir facilement. Mais néanmoins, lorsque les fleurs se fanent, vous n’êtes pas désespéré, vous ne pleurez pas, parce que vous y êtes tout à fait préparé et que vous savez que la nature de fleurs est de se faner et il n’y a pas pour cela d’agitation dans votre mental. Donc avec une compréhension juste vous pouvez avoir des plaisirs licites. Mais faites bien attention que, pendant que vous jouissez des objets, ce plaisir ne se transforme pas en peine.

Question : Est-ce que, même dans la méditation n’y a-t-il pas danger de jouir de l’objet de la méditation ?

Réponse : Effectivement ! Lorsque vous transcendez les quatre gaines et que vous arrivez à la cinquième, Ananda maya kosha (la gaine de la félicité), cette gaine étant très proche de l’Absolu, vous avez une telle impression de béatitude, d’une telle félicité, c’est absolument merveilleux que vous ne voulez plus aller au-delà. Vous êtes comblé et vous vous attachez à ce plaisir là. Mais ce n’est pas l’état ultime. A ce moment là vous avez besoin d’une aide qui vous guide pour aller au-delà. En plus cette félicité ne se produit pas tous les jours et quand elle ne se produit pas vous êtes désespéré. Donc même ce plaisir là peut être une source de douleur, donc là aussi il y a danger d’attachement.

Une question sur la nécessité d’avoir un Maître si on est conscient de ces choses et que l’on prend la vie comme Maître.

Réponse : Si vous avez l’intelligence, la connaissance juste et si cette intelligence est présente, tout va bien. Mais il faut savoir quand tout ne vas pas très bien pour vous, si cette intelligence suffit ou si on a besoin de quelqu’un d’autre. Dans les moments difficiles l’esprit est dans un état de confusion, le pouvoir de discrimination peut être un peu obscurci. Dans les relations avec autrui on apprend à se connaître mieux que lorsqu’on est seul. On s’observe par rapport aux autres. Si l’on est tout seul il n’y a pas de problème, parce qu’il n’y a personne pour vous gêner, vous irriter, vous contrecarrer. C’est quand on est avec les autres que l’on voit ses réactions.

Voici un exemple : Un homme avait un commerce très florissant. Il était si agréable dans ses rapports, si poli, si obligeant que tout le monde venait chez lui. Mais il avait un employé qui était tout le contraire, qui lui parlait mal, qui l’irritait de toutes les façons possibles, qui était de mauvaise humeur avec les clients. Un jour quelqu’un demanda au patron : « Pourquoi gardez-vous un tel employé ? » et il répondit : « Parce que je pratique la méditation et que je veux savoir quels sont les progrès que je fais. Quand je ne réagis pas, je sais que j’ai progressé ! ». Vous voyez que les relations avec les autres sont nécessaires !

Question : Dans la vie on est bien obligé de faire des projets.

Réponse Bien sûr. Il ne faut pas prendre tout à fait littéralement ce que je vous dis. Ce que je veux dire c’est que, par exemple si vous avez besoin d’argent, vous allez faire des économies, vous les mettrez en banque, très bien. Mais ne passez pas votre temps à y penser ou à vous dire : « Si la banque fait faillite que va-t-il arriver ? » ou bien « est-ce que j’ai bien placé mon argent, est-ce que j’ai acheté de bonnes valeurs en bourse ? ». Il y a des gens qui pensent à cela sans cesse. Donc, faites ce que vous croyez être nécessaire du mieux que vous pourrez, et ensuite, n’y pensez plus.

Question : En jouant, les enfants arrivent à entrer complètement dans l’univers du jeu comme s’ils étaient en méditation. Le jeu peut-il être un moyen d’accéder à cet état d’équilibre de l’enfance ?

Réponse : Oui, bien sûr le jeu est suffisant pour les enfants, certains jeux pourront développer leur pouvoir de concentration.

Question : Je pensais surtout au symbolisme du jeu. On trouve beaucoup de textes disant que le monde est un jeu.

Réponse : Quand on dit que le monde est un jeu, cela veut dire qu’il est irréel dans la mesure où il n’est pas éternel. Néanmoins. Les jeux sont très utiles. Malheureusement bien souvent il y a compétition et on veut gagner. L’esprit de compétition devient alors un obstacle. A une époque j’étais très bonne joueuse de bridge, donc je sais de quoi je parle ! (Rires).

(à suivre)

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