Jean Herbert : Swami Sivânanda Sarasvati


13 Sep 2010

En complément au portrait du Swami Sivananda publié sur ce site, le lecteur trouvera ici les commentaires de  Jean Herbert sur le swami et sur ses nombreuses publications. Un texte de Sivananda suit les commentaires.

(Revue Spiritualité. No 43-44-45. Juin-Juillet-Août 1948)

L’une des maisons d’édition les plus prolifiques de toute l’Inde en matière de yoga et de spiritualité est actuellement la « Siva Publication League », d’Ananda Kutir (Himâlayas). C’est une filiale de la « Divine Life Society » qu’a constituée et que dirige Swâmi Sivânanda Sarasvati. Le catalogue le plus récent qui me soit parvenu de ces publications comprend 67 volumes, en 5 langues différentes, par le seul Sivânanda, des biographies, des photographies, des disques. Et il est loin d’être complet, car je possède plus de 40 brochures qui n’y figurent pas. Un de ses biographes nous informé d’ailleurs qu’en 1943 on avait déjà publié 38.750 pages de sa plume… A différentes reprises nous avons déjà eu l’occasion de signaler dans cette rubrique certains volumes de la « Sivananda Publication League » parus récemment. L’augmentation rapide de la cadence de publication nous parait nécessiter aujourd’hui quelques lignes sur l’inspirateur de cette œuvre monumentale avant que nous passions en revue les derniers textes arrivés.

Selon ses biographes, Swâmi Sivânanda Sarasvatî, que ses disciples désignent volontiers, même par écrit, sous le simple nom de Shiva, naquit en 1887, dans l’extrême sud de l’Inde, dans une famille illustrée déjà par nombre de sages, d’ascètes et d’érudits, à commencer par Appaya Dikshitar qui, au XVIe siècle, écrivit une précieuse étude sur les quatre grandes écoles védântiques, le « Chaturmatasâra Sangraha », où il en soulignait le caractère mutuellement complémentaire.

Après la fin de ses études secondaires, au cours desquelles il laissa surtout une réputation d’athlète et de bon camarade, il se consacra à la médecine, dont l’exercice, dans cette partie du monde, n’est pas conditionnée par l’obtention de diplômes déterminés. Il la pratiqua en particulier, dès l’âge de 25 ans, à Singapour et dans la péninsule malaise, avec une conscience, un dévouement et un désintéressement qui le firent remarquer, même parmi les hindous, pourtant habitués à y voir un sacerdoce plutôt qu’un gagne-pain[1]. Il édita même à cette époque une revue médicale à lui tout seul.

Le succès qu’il obtint ne suffit cependant pas à satisfaire le Dr. P. V. Kuppuswami (tel était son nom), ni à fermer ses oreilles à cet « appel du Divin » qui exerce sur les hindous de tout âge et de toute condition sociale une attraction si irrésistible. Il laissa donc tout ce qu’il possédait et se fit mendiant religieux errant, s’entraînant aux austérités, recueillant les enseignements des sages, visitant les grands lieux de pèlerinage. En 1923 il parvint à Rishikesh, dans la haute vallée du Gange et y reçut l’initiation monastique. Comme sannyâsin, il n’en continua pas moins pendant plus d’un an à exercer l’art médical, cette fois naturellement sans accepter de rémunération. Après quoi il consacra une grande partie de son temps à la méditation et à la pratique du Hatha-Yoga.

Autour de lui se sont groupés, surtout depuis 1936, un nombre toujours croissant de disciples, qui forment maintenant une importante communauté. En outre, sous son inspiration directe se sont formés dans différentes provinces de l’Inde et même dans d’autres parties du monde des groupes qu’il dirige par correspondance dans la pratique des divers yogas. Malgré la publicité terriblement tapageuse et sans discrimination que lui font ses disciples et qui, je l’avoue, m’a longtemps inspiré envers lui une certaine méfiance, malgré aussi des méthodes imitées de l’Amérique qui lui font envoyer à ses disciples des questionnaires tenant le milieu entre des « intelligence-tests » et un « Gallup poll », malgré d’autres choses encore qui souvent nous paraissent difficilement acceptables, Swâmi Sivânanda Sarasvati est indubitablement un très grand maître spirituel.

Je ne crois pas trop m’avancer en disant que c’est de lui que parle Lanza del Vasto sous le nom d’Ananda. Et la modération même de l’entraînement pratique et de l’instruction théorique donnés à l’Occidental avide d’aller vite est à mes yeux caractéristique du vrai gourou.

Il est difficile de caractériser son enseignement, car il passe avec une étonnante versatilité d’un yoga à un autre. On en peut dire cependant que tout en restant dans la ligne classique et traditionnelle, autant que Râmana Maharshi, il se donne autant de peine que Swâmi Râmdâs pour mettre les yogas à la portée de notre époque et de ses disciples.

Ses livres, aux yeux du lecteur européen, gagneraient beaucoup à être débarrassés de ce flot agaçant de témoignages dithyrambiques et ampoulés qui les encombrent et en ravalent souvent la présentation au niveau de celle d’un produit pharmaceutique de mauvais aloi. On aimerait ne pas devoir tant élaguer pour dégager la substantifique moelle qui toujours s’y trouve – et cela d’autant plus que ses disciples ne se lassent jamais de vanter son humilité. Après ces réserves générales, énumérons ses récentes publications.

En premier lieu, il faut mentionner un volume depuis longtemps attendu avec impatience et qui comble une immense lacune, « Concentration and meditation »[2]. C’est la première fois à ma connaissance qu’un authentique grand sage de l’Inde contemporaine consent à écrire un traité méthodique de la méditation pratique, et je l’apprécie d’autant plus que pendant quinze ans j’ai essayé sans succès de provoquer un tel ouvrage de la plume de quelqu’un qualifié pour « parler avec autorité ». Le Swâmi s’y abstient sagement de digressions philosophiques pédantes et sans utilité pratique; il examine minutieusement, jusque dans leurs moindres détails, les préparatifs de la méditation, le choix du centre et de l’objet, les différentes étapes, les obstacles matériels, mentaux et spirituels, et finalement illustre son enseignement par la description d’un grand nombre d’expériences concrètes. C’est le livre indispensable pour quiconque veut mettre à profit la technique hindoue de la méditation, et il faut souhaiter qu’il soit bientôt traduit dans d’autres langues européennes.

« Sure ways for success in life and God-realisation »[3], malgré son titre publicitaire à l’américaine, est un remarquable recueil de conseils concrets et de bon sens sur la vie pratique dans tous les domaines, considérée du point de vue du développement éthique et spirituel. En dépit de l’abondance des termes sanskrits, dont beaucoup sont heureusement paraphrasés en anglais, tout lecteur occidental peut tirer grand profit de cet ouvrage et en mettre utilement en pratique la plupart des prescriptions. Celui qui étudie l’hindouisme y trouvera un exposé méthodique précieux de la morale qui est couramment admise dans l’Inde.

« Ethical Teachings »[4], qui porte en sous-titre « Code de morale faisant autorité », est une présentation peut-être plus systématique encore, qui traite séparément de la morale générale et de divers cas particuliers (barreau, médecine, industrie, vie internationale, etc.) Il se termine par une trentaine de pages d’excellents aphorismes.

« Practice of Brahmacharya »[5] expose sous un petit volume à la fois la conception classique hindoue de la chasteté et de sa nécessité pour la vie spirituelle intense et les recettes pratiques communément admises dans l’Inde pour s’y maintenir. Parmi les nombreuses conditions prescrites figure en particulier un régime alimentaire qui exclut la viande, le poisson, le sel marin, les œufs, l’huile, les oignons et l’ail, les légumes « lourds », les pâtisseries, les aliments acides, amers, épicés, rôtis, frits ou refroidies, l’alcool, le café, le thé, le cacao, le tabac, etc. Mais à côté de ces injonctions difficiles à suivre, bien qu’elles doivent être en fait appliquées « à la lettre »[6], on trouve quantité de conseils judicieux et pratiques de grande valeur.

A l’occasion des vingt-cinq ans de vie monastique du Swami, on a utilement groupés en un gros volume[7] une anthologie de ses écrits philosophiques et de ses instructions pratiques à ses disciples. Le choix et le classement en font probablement: la meilleure introduction à ce grand yogin.

Dans « Spiritual Lessons » (Vol. I), 4e édition augmentée[8], on a simplement, quoi qu’en dise le titre, groupai en un seul volume les mille préceptes de vie spirituelle qui dans les éditions antérieures en formaient deux. Un bon index alphabétique en a beaucoup accru l’utilité pratique.

« Wisdom Sparks »[9] est une anthologie un peu déconcertante de pseudo poèmes sur les sujets les plus inattendus, passant de la maîtrise du mental au porte-plume réservoir, du problème métaphysique « Qui suis-je?» à des notions élémentaires d’astrologie et de Krishna et Râdhâ à une grève de postiers. Beaucoup de passages intéressants et instructifs.

« Treasure of teachings »[10] groupe les reproductions en fac-simile de 63 courtes lettres qui sont plutôt des exhortations que des instructions doctrinales.

« Siva Gita »[11], « autobiographie épistolaire », est un étonnant recueil de 18 lettres d’une page chacune, reproduites en fac-simile, dans lesquelles le Swami explique comment il vit et donne, d’après le préfacier, le secret (??) de sa réalisation. Bien que datées de 18 jours successifs, elles ont toutes, paraît-il, été écrites en l’espace d’une heure (!). On y a joint 21 photos du Swami. Citons quelques phrases : « Je travaille toujours beaucoup », « Je suis toujours joyeux », « Je suis grand », « Je suis humble et simple… Ma générosité est spontanée et illimitée », « Ma journée est comme celle du Bouddha », « Je suis un curieux mélange d’esprit de service, de dévotion, de yoga et de sagesse » …

Passons maintenant aux ouvrages écrits par des admirateurs. « Sivananda the perfect Master »[12], par S. N., est une riche source de documentation sur la biographie du Swami, sa vie actuelle et son enseignement. On y trouve beaucoup plus de méthode que dans la plupart des ouvrages hindous du même genre. Dans « Saint Sivananda »[13], Sivaprasad, sans entreprendre une biographie, nous narre quelques épisodes intéressants de la vie du Swami, que le Swami lui-même a racontés. « Sage of Ananda Kutir »[14] par D. N. Jhingan, contient quelques éléments biographiques utiles et un répertoire bibliographique mal commenté, mais truffé de citations parfois bien choisies. « Light Fountain »[15] par Prism est une tentative intéressante et relativement bien réussie de dresser un tableau d’ensemble de la philosophie du Swami et des leçons pratiques qui découlent de sa vie et de son exemple.

Jean HERBERT

Message du Swami Shivananda  Sarasvati

(Revue Spiritualité. No 46-47. Septembre-Octobre 1948)

La Vérité, Dieu, Existence, Connaissance, Béatitude, l’Absolu, l’Amour, Allah, Christ sont des termes synonymes. De sorte que, lorsque je te salue, je salue le Tout-Puissant Seigneur Amour qui a son trône dans ton noble cœur, et nous nous efforçons tous, à notre humble manière, d’être ses Messagers.

Les écritures hindoues proclament l’Unité de l’Existence. Ce thème central se retrouve dans les paroles de tous les prophètes qui nous ont laissé un héritage inappréciable de Véritable Sagesse. Cette Vérité ou Dieu est UNE, bien qu’Elle ou Il ait été décrit de façons diverses par les prophètes. Cette Unité est partout. En fait, cette Unité seule existe, rien d’autre. Le monde visible qui est une fausse et illusoire production de l’Ego, a sa source dans l’Unité; c’est, pour ainsi dire, son ombre. Lorsque les sens sont détournés de leur objet, quand le mental est au repos et que l’intellect est réduit au silence, l’œil intérieur de l’intuition est ouvert et cela donne à l’homme une tout autre vision, car maintenant il voit Dieu en tout. Pour lui, seul Dieu existe et il proclame de toute sa force : « Toutes choses me sont chères, non à cause de leur apparence illusoire, mais parce qu’en vérité elles sont mon propre Atman, mon propre moi, le Seigneur, la Vérité ». Son cœur est alors rempli d’Amour, l’Amour universel.

J’ai parcouru toutes les écritures du monde, lu toutes les doctrines essentielles des principales religions qui sont celles de la majorité des peuples de la terre, mais je n’ai trouvé nulle part une semence qui puisse engendrer la discorde, la désunion, la haine et la désharmonie qui caractérisent la vie de l’humanité d’aujourd’hui. J’affirme que le Seigneur Jésus, le Seigneur Buddha, le Seigneur Krishna, le Seigneur Mahomet, le Seigneur Zoroastre, Confucius, en fait tous ceux qui ont apporté le Message de Vérité pour l’avancement de l’humanité, ont donné le même Message d’Amour et d’Unité, bien qu’en termes différents, afin d’être compris de leurs adeptes. Pourquoi ? Lorsque nous examinons de près les écritures des Hindous, nous voyons différents courants qui coulent sur des lignes parallèles. Le Courant de la connaissance, le Courant de l’action désintéressée, le Courant de l’Amour, le Courant de la Méditation, tous ces Courants mènent au même océan… Dieu, l’Infini. Les UPANISHADS contiennent l’essence de la Haute Sagesse. Les Védas prescrivent différents rites sacrificatoires. Les SMIRITIS exaltent l’esprit de droiture. Les PURANAS font naître l’amour de Dieu dans l’homme. Le même habit ne convient donc pas à Pierre, Jacques et Jean. De même la même façon d’exposer la vérité ne convient pas à tout le monde. C’est pourquoi Sri Sankarâchârya prêchait que ce qu’il faut posséder pour se libérer du circuit fermé des morts et des naissances, est la Connaissance de Dieu et si le Seigneur Krishna prêchait l’action désintéressée avec l’absolue renonciation intérieure, le Seigneur Jésus et le Seigneur Buddha exhortaient l’humanité à mener une vie vertueuse et à cultiver dans leur cœur le pur amour. En vérité, la ruine de l’humanité vient du fait qu’on n’a pas compris le sens des enseignements des prophètes. A quoi nous sert de savoir que le même Dieu habite dans nos cœurs, si nos pensées, nos paroles et nos actions ne le démontrent pas ? Celui qui agit ainsi, je l’appelle un hypocrite et un imposteur qui ne prononce que des lèvres : « Sarvam Kalu Idam Brahma » « Tout est Dieu », mais refuse de faire du bien aux créatures humaines, même au prix de sa propre vie. Je l’appelle aussi un véritable pharisien, un affreux serpent qui rampe dans l’herbe, celui qui prétend trouver son Dieu dans les divinités des temples et qui abandonne les dieux vivants, les dieux visibles qui sont dehors, nus et affamés. Je l’appelle aussi un fraudeur, un escamoteur et un voleur celui qui, prenant l’apparence d’un vrai croyant, ne recherche que son propre profit, est égoïste et exploiteur.

Et il en est de même de celui qui trompe les gens en se vantant de posséder des pouvoirs occultes. Toutes les religions du monde condamnent un tel individu. Le royaume des cieux lui est fermé. Le Seigneur Krishna l’appelle « Asuric » ou démoniaque. Le Seigneur Buddha en fait un fou. Le Seigneur Krishna appelle « saint » toute personne qui veut du bien à tous les êtres. Souvenez-vous que le mot « être » inclus TOUT CE QUI A VIE, PAS SEULEMENT LES ETRES HUMAINS. Le Seigneur Christ dit : « Celui qui n’aime pas son frère, qu’il a vu, comment peut-il aimer Dieu qu’il n’a pas vu ? » Et nous avons ce commandement de lui que Celui qui aime son Dieu aime aussi son frère. Le prophète de l’Islam a aussi déclaré péremptoirement : « N’a pas besoin de rosaire celui dont le fil des jours est enfilé de grains d’Amour, de service, de charité et de renoncement ».

Qui est responsable de ce manque de compréhension ? « L’ignorance », répond le sage indien. La lumière de la connaissance en l’homme est voilée par un écran épais d’ignorance. Et c’est la cause profonde de l’état de servitude dans lequel est plongé le monde, avec tous les maux qui l’accompagnent. C’est le s Satan » de Jésus; le « Mara » de Buddha. Le défaut du corps est la paresse, le défaut du gardien est la négligence, le défaut de la femme est le manque de chasteté, le défaut de celui qui donne c’est son avarice. Mais l’ignorance est le plus grand défaut, un défaut ou une faute pire que toutes les autres fautes. Car cette faute qu’est l’ignorance est véritablement la semence, alors que les autres fautes sont le tronc, les branches et les feuilles… et le fruit est la servitude et la souffrance. C’est cette ignorance qui a fait oublier à l’homme que le royaume des cieux est en lui et que nous sommes des dieux et qu’en vérité nous retournons à Lui et que TOUT est Brahman, c’est-à-dire Dieu. C’est cette ignorance qui donne naissance à l’individualisation. Sous son influence toxique l’homme s’individualise, se sépare violemment du reste et devient un agité. Il se construit sa propre prison et il est pris comme le ver est pris dans son cocon. L’ignorance obscurcit la compréhension de l’homme et il en résulte immédiatement un manque de discernement. L’homme est alors incapable de discerner le bien du mal, le réel de l’irréel, le vrai du faux. Il prend son propre corps pour l’âme immortelle. Il s’identifie à sa femme, à ses enfants, à sa classe sociale, à son parti, à son pays, à sa profession, etc… C’est à ce point que commence le servage, celui qui se voit de l’extérieur. Il s’attache. Cette virulente bactérie, fatalement venimeuse, qu’on appelle ATTACHEMENT, lui entre dans le sang. L’étroitesse d’esprit, l’égoïsme et la jalousie, et une armée d’autres maux ont leur origine dans cet attachement. Bien entendu, cette passion produit des amours et des haines. Il aime ceux auxquels il est attaché, déteste ceux qui ne donnent pas dans ses passions. Maintenant, le monstre hideux « Haine » lève la tête. Les actions qu’il accomplit sous l’influence de ces amours et de ces haines fait que l’homme s’attache solidement à la roue des réincarnations. La force de l’Amour est telle —et nous devons nous souvenir que la nature profonde de l’homme est divine — que même dans cette condition dégradante, l’être humain aime. Cet amour est limité et a pour motif des désirs égoïstes. C’est donc uniquement un amour de soi-même qui conduit à des souffrances infinies. Pitoyable est la condition de l’homme ! Est-ce que quelqu’un, parmi ceux qu’il aime, l’aidera au moment de la mort ? L’homme peut-il trouver un ami sincère et désintéressé ? Dans ce qu’on est convenu « le monde », il ne peut pas y avoir de véritable amour. Même l’expression la plus élevée de l’amour humain est entachée d’égoïsme, motivée qu’elle est par le désir d’assouvir ses passions. L’homme à peine à réaliser que le Seigneur, son véritable ami, son père, sa mère qui vit dans son cœur, ne l’abandonnera jamais, bien que l’homme puisse l’oublier. C’est en Dieu que nous trouvons le parfait Amour, le parfait Amour est l’état divin. Le parfait Amour est caractérisé par le désintéressement, la pureté, l’absence de condition, la spontanéité et l’irrévocabilité. Un tel Amour Pur brise tous les liens, jette bas toutes les barrières, annihile toutes les limites de classes, de croyances, de sexes, de nationalités, de positions sociales et même les positions sur l’échelle de l’évolution et se déverse de façon permanente sur l’univers entier, tout comme le soleil qui répand sa lumière sur tous. Cet Amour, c’est Dieu. C’est un puissant remède pour détruire cette maladie : la Haine. Celui qui a appris comment cultiver ce pur Amour dans le jardin de son cœur, ne serait-ce que dans une très faible mesure, gagne immédiatement le cœur de tous ceux avec qui il entre en contact. Son cœur s’élargit jusqu’à remplir l’univers et il devient vite conscient de l’Unité du Cosmos. On dit aussi qu’il est arrivé à la Réalisation Advaitique de sa Divinité le «  summum bonum. », c’est-à-dire le plus grand bien qui puisse récompenser tout effort humain. Ce Pur Amour est une force irrésistible. Elle ne dort pas en celui qui la possède. Ce sauveur — car il devient tel — réalise que la voix du peuple est la voix de Dieu. Il s’efforce tout de suite d’alléger les maux dont souffre l’humanité. Il devient lui-même un exemple de service désintéressé. Il fait de sa personne l’instrument le mieux capable d’accomplir la volonté de Dieu. Il a traversé cet immense océan des naissances et il met les autres en mesure de le suivre. Rien ne le trouble. Sa paix intérieure passe dans tous ceux qui l’approchent. Il est toujours joyeux et le bonheur envahit tout son être. Pauvre est le Parfum du santal et de la fleur de jasmin, mais le parfum qui se dégage de ceux qui sont pénétrés de ce Pur Amour, monte jusqu’au plus haut des  cieux. C’est vraiment un Ancien quel que soit son âge car un homme n’est pas un Ancien parce qu’il a le chef blanc. Il est digne d’être appelé un Ancien, digne d’être adoré, celui en qui demeure ce Pur Amour. Il ne craint rien. Personne ne peut lui faire du tort. Si Quelqu’un cherche à l’offenser, le mal revient sur l’offenseur comme du sable fin qu’on lance contre le vent. Le mal quitte ce saint une fois pour toutes. Gloire aux êtres divins, dont le noble cœur est rempli de Pur Amour.

La base d’une Unité durable parmi les hommes, c’est cette religion de Pur Amour. Les hommes ne peuvent être unis que s’ils se libèrent de la haine et de l’étroitesse d’esprit. Partout où il y a amour, il y a paix. C’est par l’Amour et seulement par l’Amour qu’on pourra mettre un terme à l’état de confusion qui règne dans le monde d’aujourd’hui.

Toutes les barrières artificielles doivent tomber. L’homme doit renoncer à son égocentrisme, à ses idées préconçues, à ses préjugés et à ses intérêts égoïstes. Il devrait marcher dans le chemin de la vertu. Il devrait ne plus être attaché aux choses mondaines. Les sens devraient être sous son contrôle. L’homme est, après tout, le produit de la somme totale de ses pensées. C’est pourquoi il devrait faire siens les trois secrets du bonheur : NE VOIR AUCUN MAL, N’ENTENDRE AUCUN MAL, NE FAIRE AUCUN MAL. Il faut qu’il réalise que deux maux ne sauraient faire un bien. Il faut qu’il supprime en lui l’inclination qu’il a de rendre le mal pour le mal. Le mal est une sorte de connaissance qui nous permet, par comparaison, d’apprécier la supériorité du bien. C’est pourquoi l’homme devrait avoir pitié de ses frères moins évolués et s’efforcer de leur apprendre la loi d’AMOUR, en donnant l’exemple. Il devrait toujours émettre des pensées d’Amour. Mais avant tout il doit avoir le contrôle de soi. L’amour de l’argent est la cause de tous les maux. L’agression devrait cesser. Le désir de remporter la victoire engendre la haine. L’homme devrait se mettre sérieusement à l’étude des écritures de sa propre religion, sans idée préconçue et ensuite devrait s’efforcer de conformer sa vie à leur enseignement. Il devrait aimer son prochain comme lui-même. C’est la vie divine. Et c’est la seule porte du Royaume des Cieux.

Voilà mon message au troisième Congrès du Conseil Spirituel Mondial. J’exhorte le Congrès à se constituer en une puissante force et à répandre rapidement son message d’Amour Universel à travers le monde. Il n’y a pas de temps à perdre. Les nuages qui s’amoncellent en ce moment, annonciateurs d’une nouvelle guerre mondiale, plus dévastatrice encore que les précédentes, doivent être disperses. Il y a une puissante force, une réserve inépuisable de puissance en vous, la toute puissance du Seigneur. L’activité dans laquelle vous êtes tous engagés est noble et divine. Rien ne peut être plus sacré, plus cher au cœur de Dieu. Allumez la torche de l’Amour, tenez-la haute et guidez le monde à sa lumière.

Salut, salut, O messagers d’Amour ! Puissent toutes vos entreprises être couronnées de succès ! Que Dieu vous bénisse tous !

SHIVANANDA


[1] Le premier ministre actuel du Bengale, le Dr. B.C. Roy, donne chaque matin des consultations gratuites à quelque 200 malades, et tout le monde trouve cela fort naturel.

[2] 1945, XXXII et 421 pages

[3] 4e édition, révisée, 1946. XXXVI et 361 pages.

[4] 1946, 176 pages.

[5] 5e édition, augmentée, 1945. XII et 144 pages.

[6] Light Fountain (voir ci-après), p, 201.

[7] Philosophy and teachings of Swami Sivananda, 1947. XVI et 692 pages.

[8] 1947, XXVII, 217, 56 et X pages.

[9] 1947, XV et 184 pages.

[10] 1947, 100 pages.

[11] s. d., 48 pages.

[12] 1945, XVI et 197 pages.

[13] s. d., 127 pages.

[14] 1944, 216 pages.

[15] 1944, 234 pages.