Dominique Casterman : Une approche métaphysique de l’anatomie cosmologique de l’être humain et de son devenir


30 Jun 2018

Avertissement

Les idées proposées dans ce texte se doivent d’être accueillies intuitivement, car toutes tentatives de rationalisation coutumière nous ramèneraient à des images inspirées par un film imaginatif proche de nos tendances exclusivement matérialistes procédant du monde manifesté perçu par nos sens.

La démarche ici proposée, et combien incomplète, est fondée sur le discernement philosophique qui commence là où finissent les partialités affectives et les préjugés intellectuels afin de libérer le mental de ses erreurs habituelles. Certains auteurs (comme P. Brunton) évoque une voie peu connue qui se nommait grana yoga : ‘‘le yoga du discernement philosophique’’ ; et dont l’étape culminante était asparsa yoga : ‘‘le yoga de l’irréfutable’’ (‘‘Ce qui est’’). Krishnamurti évoquait la ‘‘vision pénétrante’’.

Il faut se garder d’identifier nos méthodes, nos points de vue, nos préférences avec l’insondable Réalité. Nous pouvons concevoir un chemin qui nous paraît évident mais sans oublier qu’il s’agit d’un outil imaginé par l’intellect pour atteindre les confins de ce qui est objectivement observable.

Les méthodes dont on se sert sont des moyens pour s’interroger sur la Réalité. Les évidences intellectuelles intuitives ne sont pas la Réalité, il faut les voir comme des formulations spéciales n’ayant qu’une utilité provisoire, comme on se sert du doigt pour montrer la lune à un enfant car les productions de notre mental ne sont pas des vérités autonomes.

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Selon la métaphysique traditionnelle, tous les aspects de l’univers manifesté émanent de la Réalité Une fondamentale, intemporelle, a-causale : c’est le Non-Être, c’est-à-dire l’ensemble des possibilités de manifestation et de non-manifestation. Ce Principe absolu fait un avec l’Esprit universel, l’Être, c’est-à-dire l’ensemble des possibilités de manifestation. Les Âmes, en tant que non manifestées, sont les Essences intemporelles et immuables de tous les êtres et choses manifestés, et sont inséparables de l’Esprit universel : elles sont les esprits de l’Esprit universel.

Ce qui précède est représentatif – bien que toute représentation de l’Absolu soit impossible – de la Réalité Une fondamentale. Les Âmes non manifestées, Essences des entités manifestées sont intemporelles et immuables avons-nous dit ; mais les Âmes impliquent aussi des parties manifestées dans l’espace-temps, et ouvrent le monde terrestre à l’intemporel ; c’est le caractère biface des Âmes ou des Essences, une face tournée vers l’intemporel immuable et une autre tournée vers le temporel manifesté mouvant.

Les âmes en tant qu’individuelles ou manifestées pourraient, à titre d’hypothèse, s’expliquer aujourd’hui par l’existence de champs morphogénétiques, la physique quantique affirme d’ailleurs que seuls les champs sont fondamentaux même s’ils sont imperceptibles ! Les âmes en tant qu’individuelles représentent toutes les mémoires propres et collectives de toutes les entités manifestées, connues et inconnues, peut-être l’inconscient collectif de Jung ; Krishnamurti parle des mémoires résiduelles de l’humanité constituée de milliards d’individus tous identifiés à leur ‘‘moi’’ superficiel, avec des milliards de sentiments, d’émotions, de pensées accumulés de génération en génération depuis l’émergence de l’humanité. Nous pouvons encore évoquer la mémoire de l’univers où tout est mémorisé dans une ronde incessante de naissances et de morts successives des particules élémentaires, des atomes, des molécules, des êtres vivants, des planètes, des étoiles, des galaxies et des univers.

Les âmes manifestées sont probablement immortelles, mais en continuelle transformation dans le cours de chaque existence ; nous naissons avec une âme propre, mais nous ne cessons de la modifier au cours de notre vie.

Les Âmes intemporelles sont, elles, éternelles ; elles sont les possibilités de manifestation de l’Esprit universel : des Modèles immuables, universels, éternels (les Idées de Platon) qui s’associent aux âmes individuelles (grâce à leur caractère biface) correspondant à leurs Essences immuables procédant de l’infinité des possibles, pour finalement s’incarner dans des entités physiques. Spinoza disait : « J’entends par Dieu un être absolument infini, c’est-à-dire une substance constituée par une infinité d’attributs dont chacun exprime une essence éternelle et infinie. »

Les âmes en tant qu’individuelles (ou plus généralement manifestées), constamment confrontées aux conditions de l’existence, ne cessent de se transformer, et au moment de la mort physique elles ne sont plus identiques à ce qu’elles étaient à leur naissance. L’esprit dans la matière évolue avec les circonstances phénoménales. Cela signifie que ces âmes mouvantes et animées seront associées (encore le caractère biface des Âmes) à des Âmes intemporelles dotées d’autres Essences ; raison pour laquelle un être vivant jamais ne peut se réincarner identiquement ; il n’y a d’ailleurs pas de réincarnation mais incarnation d’une Âme intemporelle dans un nouveau corps via les âmes individuelles transformées par les contacts avec les événements des existences successives. Il n’y a donc pas de ‘‘moi’’ qui se réincarne, seules les Essences s’incarnent.

Les Âmes intemporelles sont inséparables du Principe absolu en tant que ce Principe contient l’infinité des possibilités de manifestation de toutes les entités particulières ; tandis que les âmes individuelles sont en continuelles transformations. Les âmes conçues comme connexions entre les Essences intemporelles et les entités manifestées subissent des ruptures progressives dont la finalité est la mort physique ; mais c’est aussi le point de départ pour une nouvelle incarnation d’une Essence intemporelle s’associant à une âme individuelle transformée par l’enseignement de la vie et ayant quitté son corps physique précédent (karma évolutif).

Si par une Connaissance spéciale nous parvenons à ne plus laisser derrière nous des mémoires résiduelles, notre âme propre n’est plus dans les dispositions requises pour poursuivre l’aventure liée à un karma évolutif. Dans ces conditions, au moment de la mort, notre âme individuelle est directement et entièrement déterminée par L’Esprit absolu, donc libre de tous les particularismes qui progressivement et par nécessité conduisent à cette ouverture libératrice.