Edoardo Bratina : Végétarisme et spiritualité


28 Aug 2011

(Revue Le Lotus Bleu. Décembre 1982)

On sait que depuis l’antiquité on recommandait à ceux qui voulaient pratiquer une discipline spirituelle et notamment la méditation, de suivre des normes strictes d’une alimentation végétarienne, pour obtenir des résultats réels dans cette discipline. De telles prescriptions étaient justifiées non seulement pour des raisons morales, pour ne pas causer des souffrances à des êtres vivants, mais aussi pour des raisons d’ordre physiologique, et il est en effet facile à découvrir, par l’expérience personnelle, que l’alimentation végétarienne constitue une condition essentielle pour obtenir les meilleurs résultats.

C.W. Leadbeater dans son opuscule « Végétarisme et Occultisme » met en évidence les deux raisons principales qui militent en faveur du végétarisme : celles qui sont physiologiques et celles qui sont occultes. Les premières se basent sur des recherches faites par des hommes de science éminents qui ont démontré que l’alimentation végétarienne complète est la seule rationnelle pour l’homme. En effet il ressort des statistiques que les végétariens vivent plus longtemps, et qu’ils sont moins sujets à des maladies infectieuses et de dégénérescence. Les raisons occultes invoquées par C.W. Leadbeater en faveur du végétarisme résident dans le fait reconnu que chaque cellule de l’organisme est un système vibrant et il s’ensuit que l’assimilation par l’homme de cellules animales stimule des vibrations analogues en l’homme lui-même. Les animaux éprouvent des émotions violentes qui de cette manière tendent à se reproduire dans l’homme qui se nourrit de leur chair, ce qui abaisse le niveau moyen de sa conscience sensible. En outre les animaux terrorisés par les mauvais traitements et l’abattage impriment encore une plus grande violence à leurs émotions ; et ils secrètent dans le sang des toxines générées par la peur, la fatigue et la haine envers l’homme suscitées en de telles conditions.

Plus récemment on a découvert également d’autres mécanismes psychophysiologiques de la plus haute importance et facilement vérifiables, et qui démontrent d’une façon incontestable que l’alimentation végétarienne est essentielle pour une méditation valable, reconnue comme base indispensable de toute discipline spirituelle.

On sait que la nourriture carnée accroit l’acidité du sang, tandis que l’ingestion de végétaux et de fruits tend à augmenter l’alcalinité. Nous savons également que l’organisme réagit à l’acidité par la diminution de l’anhydride carbonique (CO2) dans le sang et un plus grand besoin en oxygène : en outre l’acidité favorise la prolifération microbienne.

L’alimentation végétarienne provoque l’effet opposé ; elle réduit l’acidité du sang et détermine ainsi automatiquement l’augmentation de la pression de l’anhydride carbonique (ou dioxyde de carbone) dans les poumons et par conséquent une réduction de la quantité d’oxygène qui afflue au cerveau.

Ce processus déclenche une série de réactions en chaîne. Le sang moins oxygéné provoque la dilatation des vaisseaux sanguins du cerveau et favorise ainsi le rythme « alpha » qui est celui qui prévaut normalement à l’état de méditation et dans l’exercice de la perception extrasensorielle. Le même processus a lieu dans la relaxation neuromusculaire puisqu’elle ralentit le rythme respiratoire, donc une moindre quantité d’oxygène est inhalée, ce qui entraîne une augmentation proportionnelle de l’anhydride carbonique dans le sang. Ceci provoque l’accélération du rythme cérébral correspondant à l’onde « alpha », analogue à celle qui s’établit dans l’état de méditation.

Une hémorragie subite provoque la même condition ; la perte de sang entraîne une oxygénation diminuée du cerveau, un accroissement du CO2 dans le sang, l’effet du rythme cérébral « alpha », la relaxation musculaire, la sensation du détachement des influences du monde, un sentiment de bien-être, etc… Des états analogues se rencontrent également en haute montagne, où à cause de la moindre quantité d’oxygène s’établit spontanément le rythme cérébral « alpha ». C’est peut-être pour cette raison que les montagnards sont des gens calmes et réfléchis. La passion pour l’alpinisme est due probablement à une telle expérience de sérénité que procure la haute montagne. Les anachorètes de toutes les religions choisissent leurs demeures sur les altitudes et c’est peut-être pour cette raison que le haut plateau du Tibet a été, depuis les temps les plus antiques, la résidence préférée des mystiques et des mages.

Un alpiniste qui participait à une expédition sur l’Himalaya décrivit en ces termes ses sensations lors de la montée sur l’Everest : « Je sentis une moitié de moi-même qui s’élevait, pleine d’une assurance sublime et consciente de la beauté des lieux ; elle gronda, encouragea et fortifia l’autre partie de moi, qui supportait péniblement les efforts de l’ascension ».

En ces dernières années de nombreux examens psychophysique ont été accomplis sur des sujets en état de méditation comme des Yoguis indiens, des moines tibétains et moines Zen japonais et également sur des personnes occidentales entraînées à la méditation. Dans tous les cas on a constaté la présence de rythmes cérébraux « alpha » de grande amplitude et la diminution de la consommation d’oxygène qui dans certains cas se réduisit jusqu’à 50 % du minimum considéré comme nécessaire pour le maintien des fonctions vitales.

En même temps on a constaté toutes les autres phases du processus en chaîne. Ceci démontre que l’alimentation végétarienne constitue une condition essentielle pour la pratique de la méditation en particulier et pour la vie spirituelle en général, étant donné qu’elle prédispose au rythme cérébral « alpha », qui s’exprime par la sérénité et le calme intérieur. Avec une nourriture carnée il est presque impossible de conserver d’une façon prolongée le rythme « alpha » sans altérer les mécanismes psychophysiques et qui entraîne des déséquilibres métaboliques et l’apparition de troubles organiques.

Il ne suffit évidemment pas d’être végétarien pour devenir spirituel, pas plus qu’un séjour en haute montagne ne saurait y suffire, mais telles sont indubitablement les conditions qui favorisent la méditation laquelle ouvre la voie à la Spiritualité.

Edoardo BRATINA

Rivista Italiana di Teosofia, mai 1982


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