Vimala Thakar : La vie est divine


11 Mar 2017

Je me demande ce qui se passait en vous lorsque vous étiez en train d’écouter nos précédentes discussions ? Votre écoute était-elle une activité partielle, l’écoute des mots, le tri de ce qui est à rejeter, de ce qui est à retenir, en envoyant ce qui paraît acceptable vers la mémoire, et en ayant la satisfaction d’avoir appris quelque chose de nouveau ? Est-ce le contenu de l’écoute, ou bien l’écoute est-elle en soi une action totale, une action de tout l’être, pas seulement l’audition, la réception sélective, un enrichissement de la mémoire ? Qu’implique l’expression : action totale ?

Nous sommes en train de parler de religion. Nous sommes en train de traiter du champ de conscience qui est invisible, intangible. Nous sommes en train d’exposer des faits psychologiques. Lorsque quelqu’un parle de faits psychologiques, qu’il met en évidence le mécanisme du mental, sa structure, sa façon d’opérer, est-ce que l’écoute résulte de la perception de ces faits ? Nous écoutons et nous percevons aussi notre univers psychologique et nous voyons si les faits psychologiques sont là, ainsi que la façon dont ils ont été signalés. L’écoute et la perception des vérités psychologiques ne peuvent pas être séparés. Si elles le sont, alors l’écoute des paroles, des discours ou la lecture de livres sur les enseignements des personnes « éveillées », peut devenir seulement une stimulation intellectuelle, un exercice intellectuel, une distraction émotionnelle.

Ainsi, lire et percevoir les faits à l’intérieur de nous, écouter et regarder les faits en même temps à l’intérieur de nous, devraient avoir lieu simultanément. Si cela se fait, l’audition et la perception sont mêlées l’une à l’autre, et alors la vérité découlant de cette perception devient la substance de notre être. Il ne reste plus de vérité présentée par quelqu’un, mais seulement celle due à cette écoute et à cette perception simultanées, qui devient la nourriture, la substance de notre propre être. Alors, j’espère que chacun d’entre nous a écouté, perçu et compris la vérité contenue dans les mots utilisés lors de nos dernières rencontres.

La recherche commence

Avec votre coopération, je voudrais regarder, ce matin, la vie d’un étudiant, d’un chercheur, avec un angle légèrement différent et je vous demande de m’accompagner dans cette démarche. Ceux d’entre vous qui sont nés en Inde, sont nés dans un pays ancien où la poursuite de la vérité, la quête de la réalité, a été le premier souci de nos ancêtres et ils ont transformé leurs vies en laboratoire de recherche. Leurs corps et leurs cerveaux étaient leurs laboratoires. Leurs explorations, leurs expérimentations et leurs vérifications ont été verbalisées et notées dans des livres. Vous ne pouvez pas échapper à l’écoute ou à la lecture de sujets religieux ou spirituels si vous êtes né dans ce pays, et que vous avez été élevé ici. Naturellement nous sommes nés dans une famille où il y a des traditions, des traditions morales appelées traditions religieuses, des traditions de la famille, de la caste, de la classe sociale et ainsi de suite. Nous sommes nés dans ce contexte.

Les statues des Dieux et des Déesses sont gardées quelque part, dans une pièce ou un coin de la maison et nous les voyons adorées, des mantras sont chantés, des rituels accomplis et ainsi de suite. C’est le dur travail de la vie indienne. Qu’est-ce que je fais ? A tel âge, cinq, vingt-cinq, cinquante ans, un besoin irrésistible s’est réveillé dans mon cœur afin de comprendre le sens de tout cela, et de trouver la validité de tout cela. Ainsi, le besoin s’est présenté à l’intérieur de moi. Le comment et le pourquoi de cela n’est pas important mais le fait est important. Si cela arrive, comme cela s’est produit pour quelques chanceux, alors commence le questionnement.

Questionner la tradition

Certains diraient : « pourquoi ces idoles dans ma maison ? Pourquoi mes parents adorent-ils ces idoles, y passant tellement de temps, chantant des mantras, ou faisant le Japa ? Pourquoi font-ils cela ? Quel est le rapport de tout cela avec la vie ? ». Si je le leur demande alors, ils diraient : « On nous a demandé de le faire. Nous avons vu nos parents le faire ». Cela ne m’avance pas vraiment. « C’est la tradition dans notre famille, nous l’avons fait. En tant que fils ou fille, tu devras aussi t’y conformer ».

C’est leur chemin. Vous ne pouvez pas les obliger à comprendre et à expliquer. Donc, voilà où j’en suis. J’ai étudié à l’école, au collège, à l’université. J’ai étudié les sciences, les techniques, les lettres, etc.

Maintenant, je dois trouver par moi-même. Parce que demander aux aînés, essayer de parler avec eux, ce qui aurait pu être une voie d’éducation, n’est pas réalisable. Ce n’est pas possible. Alors, en lisant des livres, je découvre que ces idoles ont été utilisées afin de rappeler le divin pénétrant toute chose. Vous questionnez la personne qui s’occupe de faire le culte pour un Dieu ou une Déesse dans la famille. Ils ne sont pas en train d’adorer cette petite idole, haute de trois pouces ou de trois pieds, faite de métal ou de pierre. Ils disent : « C’est Dieu ». Ainsi, cette idole représente un certain pouvoir qui est indépendant du pouvoir et de la pensée humaine.

Ils disent que le divin pénètre tout. Antaryami, Ghata – Ghata – Wasi, omnipotent, omniprésent, omniscient. Manifestement, cette petite idole (Pratimaji), représente quelque chose qui pénètre tout, qui imprègne tout. Est-ce que je vois cela ? A travers les mots de mon père ou de ma mère ou de mon mari, est-ce que je perçois la vérité ?

Lorsqu’ils sont en train d’adorer Dieu et que je leur demande ce qu’ils entendent par Dieu et qu’ils me disent que ce n’est pas le morceau de pierre ou de métal qu’ils sont en train d’adorer. Les Bhajans, les chants ou tout ce qu’ils chantent, contiennent ces mots. Alors je comprends.

Je comprends désormais une vérité qui est que l’idole est un symbole, un symbole traditionnel, représentant quelque chose. Pourquoi le symbole est-il nécessaire dans le Bhakti Yoga ? L’Inde est un ancien pays et tout ce qu’il y a ici pourrait bien être le résultat de l’exploration et de l’expérimentation de nombreuses générations. Je ne rejette pas cela de but en blanc et je ne veux pas non plus l’accepter sous l’autorité de la tradition parce que l’acceptation ne rend pas réelle votre propre vérité. L’acceptation ne vous révèle pas la vérité. Elle devient un mécanisme répétitif de quelque chose que vous suivez sans le comprendre. Alors, pourquoi les aînés en ressentent-ils l’utilité ?

Peut-être satisfont-ils les besoins des analphabètes. Ils se sont occupés des besoins de la société dominée par l’émotion et ont compris que les gens ne peuvent pas faire concorder l’activité journalière et le Divin. Ils ne vivent pas dans la conscience que la Vie autour d’eux est Intelligence Suprême, qu’ils sont entourés par Elle, qu’ils sont composés d’Elle et sont nés d’Elle, qu’ils vivent et évoluent en Elle. Cette vérité basique est intellectuellement et théoriquement comprise mais ils ne peuvent pas relier leurs actions à cette Intelligence tout le temps. Alors, une ou deux fois par jour, ils s’assoient près du symbole et font leurs dévotions.

La Manière d’Apprendre

Supposons que j’arrive à coordonner mes activités avec la conscience. Si la révélation de la Vérité, l’essence du Bhakti Yoga, me rend capable d’être conscient de ce qui imprègne tout, de la nature de la Vérité, de la Réalité, qui pénètre tout, alors le symbole peut ne plus être nécessaire pour moi. Voyez-vous la façon d’apprendre ?

Yatah Sarvam, ce dont toute chose a émané, ce qui contient tout, le tout, la totalité, Yah Sarvam, ce qui s’est vêtu du tout, retenant son unicité, Sarva Druk Tatha, et étant simultanément celui qui perçoit. De Lui tout a émané, en Lui tout est contenu.

L’unicité a pris le masque du tout et en même temps, c’est le voyant, celui qui sait et qui comprend. Svatmanam namamyaham, c’est l’essence de mon être, je m’incline devant cette essence.

Vous comprenez ? Si vous questionnez la tradition en essayant d’apprendre grâce à elle, en demandant pourquoi cela vous est fait et non aux autres, en enquêtant, en explorant et en découvrant, alors, l’essence, la vérité derrière la tradition deviendra vôtre et le symbole sera secondaire ou inutile. La question n’est pas d’accepter ou de rejeter. La question n’est pas de dire de ne pas l’adorer, que ce n’est pas Dieu, que c’est un symbole. Ce n’est pas nécessaire de raconter d’autres choses. Mais ce qui s’est passé, c’est que vous avez fait un saut de la tradition vers la découverte.

Vous devez questionner chaque tradition. Ainsi, lorsque vous demandez pourquoi ils font le Japa, pourquoi ils chantent des mantras, vous découvrirez qu’ils utilisent l’énergie du son. Le son contient la lumière. L’élément son, le Nada, et Agni, l’élément feu, ne peuvent être séparés. Ce sont des énergies interdépendantes qui sont utilisées pour le Yajña et le Havana, et utilisées pour chanter les mantras.

Voulez-vous utiliser cette énergie du son ? Voulez-vous vous envelopper dans cette énergie sonore ? Voulez-vous l’utiliser comme une thérapie ? Vous voyez ? Alors, vous découvrirez ce qui a incité vos aïeux à vivre et à utiliser le mantra, le Japa et le Yajña.

Maintenant, si vous vous renseignez, si vous questionnez dans ce sens, vous aurez l’intrépidité de l’humilité, vous aurez la réceptivité de celui qui étudie. Alors, vous découvrirez le but derrière les mantras ou des Yajña. Vous avez appris pourquoi c’est ainsi. Si j’étais vous, j’irais un peu plus loin et j’expérimenterais. Rappelez-vous, votre amie Vimala a passé trois mois dans une grotte où Swami Ramtirth a vécu près de Terhi, après avoir fait son M.A. Je voulais découvrir les effets de l’énergie du son sur le système nerveux et le système chimique. Il fallait que je découvre cela.

Supposons que vous découvriez que cette répétition de l’énergie sonore peut être utilisée comme une thérapie, mais qu’elle affecte le cerveau et le fait s’engourdir. La quiétude qu’elle apporte, le semblant de paix qui apparaît, ne lui donnent pas de dynamisme. Le jour où Vimala découvrit cela, elle sortit de la grotte. Vous voyez désormais qu’il n’est pas nécessaire d’utiliser l’énergie du son car un de ses effets secondaires est la paralysie de la sensibilité. Non seulement du cerveau mais de tout l’être. C’est une sorte d’hypnose, d’autohypnose. La tranquillité qui en résulte a de nombreux effets secondaires perturbateurs. A cette époque là, elle essaya de découvrir s’il y avait un moyen de se passer de l’énergie du son et de la lumière. La recherche se poursuit dans cette voie.

Quelle est Votre Priorité Absolue ?

Ce matin, j’essaye de voir avec vous comment un chercheur sérieux procède pour aller plus loin. Né dans une société lourdement conditionnée, vous pouvez façonner une certaine forme de paix dans votre propre sadhana, en toute sécurité, en trouvant la vérité, en comprenant le sens de la vie, ceci étant la première priorité pour vous. C’est un jeu très dangereux. Car, une fois que vous découvrez la vérité, la vérité ne vous lâche plus, même si vous voulez qu’elle le fasse. Elle vous « aiguillonne ». Elle fait en sorte de vous faire sentir sa présence. Vous ne pouvez pas continuer à suivre l’ancienne routine. Alors, vous vous sentez coupable. Alors, vous ne pouvez supporter la division dans votre être. Si vous parlez de la vérité verbalement, que vous en discutez intellectuellement, et que vous vivez en contradiction avec elle, d’une façon complètement différente, alors apparaît une division dans votre personnalité. Et si cela trouve le moyen de se cristalliser, la personnalité peut se dédoubler au nom de la religion, au nom de la spiritualité. Ce serait un désastre.

Si la religiosité, si la communion avec la Vérité, la communion avec la Réalité, le

Divin de la vie, le mystère de la réalité, est la priorité absolue, alors la recherche devrait commencer. Alors, on pourrait se lancer dans ce voyage intérieur de la découverte de soi. Sinon, la religion serait un nouveau chemin pour l’hypocrisie. La religion peut conduire à la scission, à la division intérieure, à l’obsession, et à la névrose. Nous ne voulons pas ajouter aux troubles déjà existants. Si cette découverte, cette compréhension, ce vécu de la vérité, n’est pas la priorité absolue, principale, alors la vitalité, l’élan, la passion ne sont pas présentes dans votre vie.

Alors vous vivez une double vie. Intellectuellement, vous ne rendez pas hommage à la vérité de façon bien sincère. Vous dites que c’est votre conviction et dans la vie de tous les jours, vous suivez aveuglément, mécaniquement, de façon ritualiste, les traditions, les coutumes et tout le reste.

Vivre la Vérité

Ainsi, il est vraiment nécessaire de se poser cette question : « Si je trouve la vérité, si je comprends la vérité, si j’en découvre la signification, que vais-je en faire ? Vais-je la vivre ? Et supposons que les gens qui m’entourent n’aiment pas cela, qu’ils s’y opposent, qu’ils ne coopèrent pas, alors y aura-t-il un consentement, une intrépidité à vivre cela tout seul ? A être seul avec la vérité, seul avec l’intelligence suprême, seul avec la Vie ? Est-ce que je veux faire cela ?

Prenons un exemple. Il y a cent ans, vivait une personne sur les bords du Gange qui fut appelée plus tard Ramakrishna Paramahamsa. C’était un garçon qui n’était jamais allé à l’école. Né dans un tout petit village, dans une famille pauvre, il vint à Dakshineshwar.

Il devint peu à peu le prêtre du temple de Kali. Et il regardait cette Kali, non seulement comme sa mère mais il voyait en elle la force régulant et contrôlant le monde. Maa, Ami Jontro, Tumi Jontri, je suis un instrument entre les mains d’un pouvoir cosmique. Il se rendit compte que derrière l’idole, derrière le symbole, est la Vérité invisible. Il le découvrit.

Savez-vous ce qui en résulta ? Sa belle femme Sharda vint à Dakshineshwar et ce même Ramakrishna qui avait découvert la vérité derrière le culte de Kali, adora sa femme comme la mère.

Ils étaient mariés. Ils étaient jeunes. Ils n’avaient pas fait vœu de célibat. La découverte de la Vérité n’était pas un effort de volonté. Ce jeune homme fut conduit à la maison d’une prostituée par Mathurbabu. C’était une jolie jeune demoiselle et elle était en train de chanter. Mathurbabu était convaincu qu’elle séduirait ce jeune homme, Ramakrishna. Mais Ramakrishna dit : « Maa, je vous ai vu dans le temple et vous êtes déjà venue ici ». Il voit la Vérité. Ce n’est pas une croyance. Ce n’est pas une crédulité. La perception est révolutionnée. La découverte de la Vérité est une chose dangereuse, sauf si on consent à vivre la vérité que l’on a comprise.

Laissons de coté Ramakrishna. Il y avait un couple, Gangasati et son compagnon de vie Kahalubha, qui vivait dans le district de Bhavnagar, dans le village de Samdhiyala. Ils comprenaient la Vérité et La vivaient. « Hun Ane Maru, E To Mananu Che a Kaarana Paanbai, E Man Jo Cheel Dhani Mati Jai To, Ramadu Tamane Bavan Bar ».

Gangasati et son mari ont vécu leur vie entière dans un petit village. La tradition ne les a pas empêchés de vivre la vérité qu’ils avaient découverte. Pourquoi nous empêche-telle de le faire ? Elle n’a pas fait obstacle à un jeune homme, Narsimha Mehta lorsqu’il fut expulsé de la maison. Elle n’a pas fait obstacle à Meera, cette belle jeune femme. Vous voyez ? Elle ne leur a pas fait obstacle car ils étaient prêts à payer le prix pour vivre la vérité. C’est simple, très simple.

Nous essayons de refuser l’évidence qui consiste à vivre la vérité. Il me semble qu’il y a une peur de vivre. Nous ne voyons pas que la Vérité est sa propre sécurité, que la liberté est sa propre protection. Soit nous ne voyons pas cela, soit nous avons peur de la vie, nous craignons la liberté, nous sommes effrayés par la religion.

Il y a des siècles, quand Shankara, un garçon de cinq ans, annonça à sa mère qu’il devenait « renonçant », toute la société du Kerala fut ennuyée. Comment peux-tu devenir un Sanyasin sans avoir été maître de maison ? Et le garçon répondit : « Yat Aharev Virajet, Tat Aharev Pravrajet ». A partir du moment où il y a, en vous, cette renonciation intérieure, vous avez le droit de vivre le renoncement extérieur.

Mais, lorsque sa mère mourut et qu’il revint auprès d’elle, il en paya le prix. Parce que le Sanyasin était revenu à la maison. Personne ne voulait toucher le corps de sa mère.

Il dut le couper en morceaux et le porter jusqu’au lieu de crémation. L’histoire de l’Inde est remplie de tels individus comme Shri Ramkrishna, Shri Ramana, ou J.

Krishnamurti. Chacun a payé le prix.

Les traditions ne doivent donc pas être rejetées. Elles ne doivent pas non plus être acceptées, elles doivent être comprises. Le sens de tout cela doit être compris. Par ailleurs, peu d’entre nous ont l’intrépidité de se fier à la compréhension et au jugement auxquels nous sommes arrivés. Nous manquons d’assurance. Nous hésitons, pensant à ce qui arrivera si nous avons tort. Alors, qu’en est-il ? Si ma vérité n’est pas correcte, il est possible que j’hésite et je tirerai un enseignement de cette hésitation.

Mais nous pensons : dans le cas où j’ai tort, laissez-moi avoir la sécurité psychologique, laissez-moi faire ce que les autres font, suivre la foule, appartenir à la foule. La sécurité sur le plan social et psychologique sont pour nous prioritaires, mais ne sont pas la Vérité. Nous croyons que nous voulons la Vérité ! C’est ce que nous croyons.

Cela va être un peu difficile pour mes amis de tout enregistrer parce que l’intensité aujourd’hui a été forte. Je partage le cœur de ma vie avec vous. Alors, la voix, la modulation, la commodité du système, tout cela était en dehors de l’objectif de mon propos. Mais je ne vais pas m’excuser. Nous nous sommes rassemblés pour partager.

Alors, pourquoi devrais-je vous ménager ?

Les Divisions Intérieures

Beaucoup d’entre nous ont peut-être lu des livres sur le Vedanta, assisté au satsanga, écouté les discours sur le Vedanta et se sont sentis portés par eux. Ils ont apparemment un effet positif sur nos émotions. Nous admirons ces écritures mais vivons selon la tradition. J’ai un fils en âge d’être marié. Je dois lui trouver une femme, mais elle doit être de ma caste. Ou bien je dois trouver un homme pour ma fille qui soit de ma caste.

« Brahma satyam, Jagat Mithya, Jeevo Brahmaiva Na Para », « Sarvam Khalu Idam Brahman », dans l’Ashram, dans le satsang. Alors que dans la vie de tous les jours, nous pensons autrement : « Mais pourquoi ne pas convertir les cent cinquante millions de musulmans en citoyens de second rang ? L’Hindouisme devrait être la base du nationalisme ! C’est le fondement ! »

Comment réconcilier le Vedanta avec cela ? Nous en faisons une conviction spirituelle à la mode – sans rapport avec la vie ! Au moyen âge, au temps de la renaissance culturelle en Europe, lorsqu’ils exploraient les superstitions et les mythes religieux, il y avait des effusions de sang et des batailles. Donc, intellectuellement nous acceptons.

Regardez le jeu que nous jouons dans la vie. Nous voulons être religieux. Nous désirons avoir la religiosité. Mais observez le jeu d’auto-trahison que nous jouons envers nous-mêmes.

Nous acceptons intellectuellement. Et dans la vie, d’un point de vue pratique, nous disons : « Non, non, je vais beaucoup contrarier mes amis. Cela m’est égal que ce soit une femme ou un homme de telle ou telle caste ou classe sociale, mais vous savez, c’est vis à vis de ma femme, de mon mari, de mes amis ! » Ainsi donc, il me semble qu’il n’y a pas seulement des contradictions dans nos vies mais aussi des divisions intérieures que nous justifions et défendons.

Lorsque j’ai utilisé le terme d’honnêteté impitoyable envers soi-même, j’avais en tête ce jeu d’auto-trahison qui continue au nom de la religion, au nom de la spiritualité.

Alors, sommes-nous vraiment honnête au sujet de la religion et de la religiosité ? Existe-t-il un consentement à être vulnérable devant la vie ?

Voyez l’Ashram Vyavastha dans la société Indienne, la société Indoue. Il parle de

Brahmacharya, Gruhasthashram, Vanaprasthashram et Sanyasa. Y a-t-il un consentement en moi à vivre vraiment l’état de Sanyasa comme l’Ahram Chaturtha ?

Regardez les compromis que nous faisons même avec la tradition.

Nous prenons ce qui nous arrange psychologiquement et nous laissons le reste. Si vous suivez cela logiquement, avec une compréhension claire, alors vous devez lâcher-prise sur toutes les identifications – ma maison, ma propriété, ma famille, mon enfant, moi et mon… Nous disons : « Namay Swaha, Rupay Swaha, Kulay Swaha, Gunay Swaha ».

Dans Viraja Homa, vous faites votre propre Shraddha. Allons-nous jusque là ? Non.

Une personne comme Krishnamurti dit : « Monsieur, après soixante ans, vivez dans votre famille comme si vous étiez mort ». C’était sa façon de parler de la vérité. C’était sa manière d’initier les gens au secret du Sanyasa. Vivre comme si vous étiez mort, c’est-à-dire, aucune identification où que ce soit, aucun sens de la possession. Vous vivez avec des personnes. Elles ne vous appartiennent pas. Vous ne leurs appartenez pas. Vous n’avez aucune revendication à leur égard. Ainsi, nous ne pouvons pas jouer avec la vérité. Nous ne pouvons pas être désinvoltes vis-à-vis d’elle. C’est là la difficulté.

Prenons un angle légèrement différent. Je lis des livres de psychologie. J’entends des propos sur la psychologie et je comprends intellectuellement, théoriquement. C’est comme cela que la compréhension commence. Elle pénètre le cerveau et s’infiltre ensuite dans chaque niveau de l’être. Mais cela doit commencer par le mot. Je comprends ainsi que ce que nous appelons l’esprit n’est qu’un amalgame de conditionnements. L’ego est un concept. Le moi est un concept. Dans la deuxième moitié du vingtième siècle, cette vérité a été mise en mots par des scientifiques, des psychologues et aussi par des enseignants qui étaient entrés en communication avec les vérités profondes de la vie. L’ego individuel ou le moi individuel, le soi, n’existe pas en tant que tel. C’est seulement un mode de fonctionnement. Nous avons été conditionnés pour fonctionner de cette manière, psychologiquement, cérébralement, neurologiquement.

Alors je comprends que l’esprit individuel n’existe pas et que l’ego est un concept. Je parle de cela. Quand je vis dans une famille et que quelqu’un dit quelque chose qui me blesse, je me mets en colère. Je comprends que c’est une réaction. Cette colère est une réaction et cependant, je reste en colère. Je veux exprimer ma colère, je veux revendiquer, je veux être le plus fort. Et si quelqu’un dit : « Allons, hier tu parlais de cela dans le groupe de rencontre, tu discutais si élégamment et aujourd’hui, tu laisses s’exprimer toutes ces réactions !». Alors je réponds : « Oui, c’est mon habitude. Vous savez, c’est une très vieille habitude ». Je ne permets même pas à la souffrance et à l’angoisse, d’avoir trahi ma propre compréhension, d’opérer en moi. Je recouvre cela de défense et de justification. Ne faisons-nous pas cela ?

Nous le faisons dans la religion, nous le faisons dans la psychologie. Alors, la question à un million de dollars est : « Est-ce que je veux sortir de tout ceci ? » La question du comment n’est pas importante. Cette question doit être le fondement de notre recherche, un fondement inébranlable à l’intérieur de moi.

La Communion avec le Divin de la Vie

Ainsi, nous apprenons de nos échanges partagés ici que la religiosité exige l’intrépidité. Je n’ai pas vu d’insécurité dans ma vie. Toutes les fois que vous vous teniez dans la vérité et que vous la viviez, que le Divin vous a protégé, pas sous une forme personnifiée mais sous l’aspect majestueux de la vie cosmique, la sécurité, la protection étaient présentes. Vous n’avez même pas idée d’où ça venait.

S’il y a l’intrépidité et l’impulsion pour vivre en communion avec le Divin de la vie, cette Suprême Intelligence, qui imprègne le monde entier, si vous Lui donnez une chance d’opérer en vous, alors, la tradition Indienne appelle cela, capituler, le renoncement à l’ego. Vous savez, c’est le langage traditionnel que les jeunes gens modernes n’apprécient pas : Pourquoi devrais-je renoncer ? N’abandonne pas ! Donnez-Lui une chance de fonctionner !

Les expressions anciennes de confiance ou d’abandon sont traditionnellement très lourdes de sens. De nombreuses nuances sont contenues dans le sens de ces mots. Ce sont les mots occidentaux. Shraddha est le mot sanskrit. « Satye Pratishthita Dharana, Iti Shraddha ». Avoir ses fondements dans la vérité que vous avez comprise est « Shraddha ». Le mot confiance ne nous dit pas la même chose. Mais j’ai vu la vérité : ce Cosmos, toute cette vie, n’est pas l’œuvre de l’homme, n’est pas façonné par ses pensées, ses concepts ou ses théories. C’est un phénomène qui s’auto-génère, tout est né de lui et vit en lui, et je suis moi aussi né de lui et vis en lui. Une fois que vous voyez la vérité, comment pouvez-vous alors vous sentir encore isolé ? Comment pouvez-vous encore avoir peur ?

De la même manière que le poisson naît dans l’eau, de l’eau, vivant dedans, nous sommes nés de cette Suprême Intelligence, cette Chaitanya, ce Divin. Ne suis-je pas en train de dire que la Vie elle-même est Divine, l’ »Êtreté » de la Vie. Si vous êtes enraciné dans la vérité que vous comprenez, alors apparaît la confiance, Shraddha. Et lorsque cela se produit, le Je, le soi, l’ego, reconnaît le champ où il peut opérer, et aussi le champ où son mouvement est non pertinent. Ainsi, il agit sur le plan physique, matériel et social. Mais lorsqu’il s’agit de la relation avec le Divin de la vie, le mystère de la vie, il relâche tout effort. Le maintien du relâchement de l’effort mental est appelé lâcher-prise, c’est le fait de se dédier, « Samarpanam ».

S’il vous plait, ne vous trompez pas sur l’expression « sans ego », mais comprenez son véritable sens. Dans ces moments sans ego, c’est-à-dire quand l’ego est devenu non-opérant, il n’a pas été détruit. Il devient inactif en tant que centre de la conscience. Il n’est pas la source de la perception. Il n’est pas la source de vos réponses. Ainsi, lorsqu’il est inopérant, suspendu, non actif et immobile, alors la Suprême Intelligence qui pénètre tout, imprègne tout, prend en charge votre être. Quand elle prend en charge votre être, et utilise vos sens, en agissant à travers lui, alors, ce que vous appelez la grâce divine est sur vous.

Pour parler dans le langage moderne, l’alliance entre la conscience individuelle et la conscience cosmique a eu lieu. Et selon la terminologie psychologique la plus récente, une transformation dimensionnelle dans cet individu a eu lieu. Un sacré bond s’est produit de la dimension du « je », du soi, du moi, vers la Totalité ou l’ »Êtreté ».

Ce matin, nous démarrions notre échange en disant que nous étions nés dans un pays où la conscience est très lourdement encombrée de conditionnements et où la vie est remplie de traditions, de coutumes. Alors, comment commençons-nous ? Où commençons-nous ? Que faisons-nous avec la vérité que nous découvrons ? Nous avons échangé aujourd’hui autour des implications et des conséquences de ces questions.

(Extrait Vivre une vie vraiment religieuse Traduit par Annie Grippari & Patrick Delhumeau). Emprunté au site Français consacré à Vimala et son œuvre