H. van der Hecht : Vivre plus intensément la théosophie avec Krishnamurti


11 Aug 2011

Dans ce texte le lecteur trouvera comment certaines personnes ou groupes étudient ou approchent l’enseignement de Krishnamurti. Ici il s’agit de groupe se rattachant aux enseignements théosophiques. Il est certain qu’une approche telle que celle décrite ici est très utile pour les débutants. Mais sitôt informés du processus du moi, un travail sérieux d’observation de soi-même est incontournable pour aller plus loin.

(Revue Le Lotus Bleu. No 6. Juin-Juillet 1991)

La Théosophie nous donne une vision magnifique de l’Homme et de l’Univers, la vision la plus belle et la plus inspirante qui soit: elle satisfait totalement le cœur et l’intelligence et répond à toutes les questions fondamentales que l’homme puisse se poser.

Mais trop peu nombreux sont ceux qui assimilent réellement son enseignement, qui l’étudient et l’appliquent avec le sérieux nécessaire pour que sa sagesse devienne pour eux une certitude et transforme, régénère leur propre vie, et aussi celle des autres à leur contact.

La tendance générale de l’homme moderne à disperser ses énergies intellectuelles, en raison d’une soif insatiable d’information, est une cause importante de la superficialité de l’étude et des efforts accordés à la Théosophie.

Et de ceux qui s’intéressent au côté caché des choses, trop peu possèdent au départ la capacité de discerner le vrai du faux suffisamment pour reconnaître le caractère d’authenticité, dé vérité, de parfaite cohérence et de désintéressement qui distingue la Théosophie de tant d’enseignements fallacieux prodigués par de multiples organisations qui exploitent la soif d’ésotérisme et la crédulité du public, et son goût du sensationnel.

Ainsi, peu de personnes s’arrêtent à la Théosophie, et moins encore prennent le temps de l’étudier sérieusement.

Comment stimuler son étude attentive, qui fera découvrir le sens infiniment vaste et profond qu’elle donne à la vie?

Quelques journées consécutives consacrées à un séminaire d’approfondissement de la vie intérieure à la lumière de la Théosophie, une sorte de retraite alternant les périodes d’étude avec des temps de réflexion silencieuse, dans une ambiance de fraternité et d’harmonie, sont une manière efficace de s’arracher au flux incessant des activités habituelles et des automatismes mentaux, pour prendre conscience de ce qu’est notre vie, et de la lumière, de la force régénératrice que peut apporter la Théosophie.

Si l’on ne peut donner quelques jours d’affilée, une journée entière consacrée de la sorte à la vie intérieure et répétée quelques fois à intervalles d’une, deux ou même quatre semaines, peut amener les participants à devenir plus attentifs à ce qui se passe en eux, à prendre conscience de la portée des vérités de la Sagesse éternelle, et à commencer de se transformer.

Un fil conducteur des réflexions partagées peut être offert par des passages tirés de l’un des précieux traités mystiques que diffuse la Société Théosophique: « La Lumière sur le Sentier« , « La Voix du Silence« , ou le petit livre « Aux Pieds du Maître« .

Mais si l’on dispose de vidéocassettes de causeries de Krishnamurti, le travail peut se faire d’une manière particulièrement stimulante pour les participants, parce qu’il s’adresse à eux bien plus directement qu’un livre: son approche des choses interpelle chacun personnellement, l’oblige à remettre entièrement en question sa façon de vivre, son comportement, sa pensée. Il appelle à réfléchir intensément sans proposer aucune information nouvelle à ajouter à un bagage mental déjà si hypertrophié qu’on ne le contient plus, mais en invitant au contraire à libérer l’intelligence des connaissances accumulées, pour percevoir directement la réalité des choses et de la vie.

Il émane de Krishnamurti, même en vidéo – à défaut de sa présence vivante que nous n’avons plus – une force et un rayonnement de sagesse qui touchent profondément. Il incite efficacement chacun à mettre de l’ordre dans sa vie intérieure, à trouver l’harmonie, à vivre véritablement.

Il enseigne en interrogeant, en obligeant à trouver soi-même les réponses. S’il n’expose pas la Théosophie mais au contraire remet en question ses enseignements et l’application qu’on en fait, ceci aboutit à faire briller plus intensément les vérités ainsi défiées de l’Antique Sagesse, et à en faire mieux comprendre le sens et la valeur. Il n’apporte pas une vision du monde mais une attitude juste à l’égard de la vie et de la connaissance, notamment théosophique: savoir écouter, regarder et voir par soi-même.

En posant les questions nécessaires, Krishnamurti dispense aux esprits qui savent réfléchir, un enseignement positif très profond qui amène précisément la transformation intérieure à laquelle vise l’enseignement théosophique: dissipation de l’illusion du moi séparé,  silence du mental, éveil de l’intuition (c’est-à-dire de la perception directe de la vérité dans une conscience de l’unité); extinction des émotions discordantes sous le regard intérieur attentif; relation vraie, d’amour, avec tout être humain et avec la nature: action juste découlant de cette relation authentique et de l’intuition éveillée; jaillissement intérieur, dans l’âme silencieuse, de l’énergie totale et manifestation consciente en l’homme de la Vie Une dans sa suprême beauté: Vérité, Amour, Joie, Intensité. Tout ceci à partir du silence intérieur et de l’attention ardente qui sont la vraie méditation.

L’étudiant sérieux de la Théosophie reconnaît que, simplement à partir du silence de la pensée, dans l’attention parfaite et l’absence de toute projection mentale, y compris d’une image du « moi » personnel, il développera le discernement, le détachement, la juste conduite et l’amour, et que seront écartées les trois entraves mentales que constituent l’illusion du moi séparé, la superstition et le doute. Autrement dit, seront ainsi remplies les conditions requises pour aborder avec succès le sentier qui mène à la perfection humaine, et pour franchir même la première de ses étapes.

Krishnamurti ne dément jamais les enseignements théosophiques: il remet simplement en question l’usage que l’on en fait. Celui qui voit une contradiction entre sa pensée et la Théosophie n’a bien compris ni l’une ni l’autre. Pour le chercheur de vérité, elles sont complémentaires.

Ceci dit, comment l’étude en commun basée sur des vidéocassettes de Krishnamurti se fera-t-elle avec fruit dans la pratique?

Il y a des vidéocassettes de causeries ou de dialogues isolés, et surtout de séries de causeries données à Saanen ou ailleurs. Celles de Saanen existent avec une excellente traduction française intercalée dans les pauses entre les phrases anglaises.

Krishnamurti pose des questions mais n’y répond pas. Toutefois, parce qu’elles sont bien posées, elles aident à trouver la réponse juste et souvent la suggèrent. De nombreuses idées s’enchaînent, et fréquemment l’orateur passe presque imperceptiblement d’un sujet à un autre. Après avoir vu et entendu une cassette pour la première fois, l’on a généralement de la peine à bien en retrouver le contenu.

C’est pourquoi la préparation du séminaire consiste à apporter aux participants, comme aide-mémoire pour nourrir leurs réflexions, des feuilles rappelant les idées essentielles abordées dans chaque causerie, et qui seront distribuées après la projection. La rédaction de ces feuilles est grandement facilitée s’il existe un texte écrit des causeries enregistrées.

Après la projection, qui dure environ une heure et quart, 30 à 45 minutes seront réservées à la réflexion silencieuse, avant un échange d’idées.

Pour cet échange, le groupe ne doit pas être trop nombreux: 10 à 20 personnes peut-être. Le travail consistera à se demander: Que dit somme toute Krishnamurti dans cette causerie? Quelles idées développe-t-il? Quelles questions pose-t-il et quelles réponses pouvons-nous y donner? Quelles réponses suggère-t-il?

Vu la difficulté éprouvée par beaucoup de personnes pour retrouver, même avec l’aide-mémoire distribué, la substance des causeries plus que fragmentairement, l’échange d’idées ne sera fructueux que si l’organisateur a mûrement réfléchi au contenu des cassettes préalablement, et est ainsi en mesure de raviver la mémoire des participants. De préférence, quelques uns au moins des membres du groupe devraient avoir déjà attentivement étudié et compris le message de Krishnamurti. Autrement les idées émises risquent de n’avoir que peu de rapport avec le contenu des cassettes, qui est très profond et très beau, important et enrichissant à saisir.

La projection, la période de réflexion, puis l’échange d’idées, remplissent le programme d’une matinée à peu près jusqu’au déjeuner. Celui-ci sera suivi d’une heure de pause, peut-être même de promenade silencieuse et de réflexion.

L’après-midi, l’on reverra la cassette du matin, et cette fois le sens en sera mieux pénétré. Une nouvelle période de réflexion amènera un deuxième échange d’idées. Après le dîner, détente ou réflexion, ou les deux, pour clore la journée.

Le même programme sera repris le jour suivant avec la deuxième causerie, et ainsi de suite. Les séries de Saanen comportent cinq ou six causeries. Le travail gagne en profondeur de jour en jour.

Nous avons organisé ainsi un séminaire de cinq jours fin Août 1989, dans le cadre merveilleux qu’offre le Centre Théosophique de Naarden en Hollande, à un groupe désireux de se recueillir dans un lieu de beauté et de paix. Nous étions 14 personnes venues de Belgique, de France et de Suisse, et toutes furent enthousiastes.

Nous comptons répéter cette expérience chaque été, et si possible à d’autres moments de l’année: peut-être pendant les vacances de Noël et de Pâques.

Une condition fondamentale de la réussite du travail est, toutefois, que tous les participants, sans exception, viennent non pour trouver une distraction ou une occasion de discussion, mais pour approfondir leur vie intérieure et leur compréhension du monde, et réaliser plus d’harmonie et de vérité dans leur existence.

Henriette van der HECHT


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