Robert Linssen : Voir le monde de l’intérieur


21 Jan 2009

(Revue Être Libre, Numéro 334, Février-Mai 1996)

Tenter de faire comprendre et surtout de faire pressentir intuitivement la nature réelle de l’homme et du monde en utilisant les limites du langage verbal est une tâche très ardue. Des sages, tels que Krishnamurti, Nisargadatta ou Ramesh Balsekar, insistent sur l’incommensurabilité entre les concepts, les tentatives les plus subtiles de l’activité mentale la plus abstraite et le monde du Réel. Nisargadatta déclare que nous sommes dans l’ignorance complète de CE que nous sommes et de ce qu’est réellement  le monde.

Krishnamurti a été génialement inspiré en donnant le nom « d’autreté » (otherness, en anglais) à l’Etre en soi. Rien, absolument rien des qualités ou propriétés que nous présente le monde familier ne peut nous servir de référence adéquate capable de nous donner une représentation de CE que pourrait être la nature exacte de la Source unique dont tout émane. Pourquoi ? Parce qu’elle est absolument autre que tout ce que nous pourrions concevoir. Toutes les images, symboles offerts ne sont que mémoires situées dans l’énorme réseau des échos morts d’un passé proche ou lointain. Pour cette raison, Krishnamurti nous dit souvent que notre vie intérieure n’est qu’une « marche stérile qui va du connu au connu ». Chacun, après avoir traversé les circonstances de la vie, ses plaisirs, ses souffrances, les naissances et les morts pour les êtres aimés et pour soi, se pose la question de savoir comment résoudre les problèmes innombrables qui se présentent inévitablement.

Tout être humain normal dispose d’une capacité d’amour et d’observation attentive mais concernant l’usage pratique de cette capacité, rien, absolument rien, ne lui a été enseigné, ni par ses parents, ni à l’école, ni à l’université. Nos parents se sont aimés. Ils nous ont conçus presque toujours sans s’en rendre compte. Nous sommes nés, sans avoir fait nous-mêmes quoi que ce soit pour cela. Les parents de nos parents ont fait de même et ainsi de suite. Ces gestes répétés des millions de fois ont abouti à la présence d’un nouveau-né, sans nom. Il est arrivé à cette étape provisoire grâce au travail d’une mémoire prodigieuse et d’un code génétique. La sagesse surprenante de ce code résulte d’un travail minutieux. Son début se noie dans les origines encore mystérieuses du jeu des univers qui naissent, explosent, meurent et disparaissent.

L’énorme évolution des sciences au cours du XXe siècle nous révèle que la quote-part individuelle du nouveau-né dans l’élaboration de sa structure psychosomatique s’est effectuée pendant des milliers d’années, antérieurement à sa naissance. Sa participation personnelle est infinitésimalement réduite.

L’univers doit être considéré comme la plénitude indivise d’un seul et même Vivant. Les Sages le considèrent comme le Seul véritable sujet, NON-NE, situé hors des atteintes de la pensée.

En attendant, le nouveau-né est là, bien présent. Des noms et prénoms vont lui être donnés par ses parents, sérieusement convaincus de l’importance de leur contribution personnelle à cet événement. Ceci devra en tout cas les aider le plus naturellement et spontanément à entourer le bébé de tout l’amour, de la tendresse et des soins nécessaires. Et cela en dépit de l’ignorance totale de la présence au cœur de ce petit être d’un trésor inestimable. Personne ne s’en doute mais le corps humain est sacré. Seul l’éveillé le sait.

Dans la vision des sages, les millions de naissances et de morts dont nous sommes à la fois les témoins et les victimes ne sont que les événements provisoires d’un mirage. Rien, absolument rien du rôle et de la nature véritable de notre nouveau-né lui seront révélés, à moins que…

Une instruction et une éducation conventionnelle, artificielle lui apprendront à écrire sans faute, à calculer, à s’exprimer correctement. Il se consacrera aux études lui donnant certificats, diplômes et titres lui permettant d’exercer une profession. Il jouera un rôle, s’identifiera à son nom, à son corps. Son égo se développera et s’affirmera. Il fondera une famille, affirmera son autorité, exercera son pouvoir, assurera sa continuité à travers ses enfants. Ceux-ci seront élevés dans la même ignorance des valeurs spirituelles.

Telle est le cas de l’immense majorité des êtres humains. Ceux-ci sont de véritables exilés, privés des richesses spirituelles cependant inépuisables de leur nature profonde.

Au seuil du troisième millénaire, environ sept milliards d’hommes et de femmes vivent les suites de l’aventure de notre nouveau-né. Ils sont prisonniers, inconscients d’un exil qui est la source fondamentale de leurs angoisses et de leurs souffrances. Le monde nous présente des faits incroyables de tyrannie, de brutalité, de perversité. A l’opposé, quelques éveillés réalisent la délivrance de leurs fausses identifications au corps, à l’image d’eux-mêmes. Ils vivent un mode de vie harmonieux puisant son inspiration dans la découverte de la source spirituelle unique dont ils émanent. Ils sont le « sel de la terre ».

Les déformations inhérentes aux analyses statistiques tendent à nous poser la question de savoir quelles seraient le nombre d’êtres vivant dans une telle harmonie. Quelle serait l’efficience de leur action ? Une telle question est ridicule. Ils ne sont peut-être pas un millier. Il ne s’agit pas dans ce domaine de « quantité » mais de « qualité ». Les rythmes de l’évolution ne sont pas constants. La progression géométrique peut devenir exponentielle. La rapidité considérable des progrès scientifiques du XXe siècle en est un exemple évident. Le surgissement soudain de la recherche spirituelle au cours des vingt dernières années laisse entrevoir un XXIe siècle profondément spirituel.

En dépit de la montée de la violence, de la cruauté et de la dégradation des mœurs, l’ampleur des mutations spirituelles neutralisera les énergies destructrices du passé. La croissance des crises a provoqué de nombreuses enquêtes. Des savants appartenant à toutes les disciplines, des philosophes, des Sages, souhaitent mettre à jour l’origine de la dégradation sans précédent affectant l’équilibre biologique planétaire et celui des relations humaines. Le développement des suicides et l’augmentation de la consommation de la drogue chez les jeunes (qu’on cherche à légaliser), les inégalités socio-économiques, la montée de la haine et de l’agressivité dans les écoles constituent des faits d’une exceptionnelle gravité.

Les crimes quotidiens que l’humanité commet contre les équilibres de la nature et les grands cycles biologiques de la vie révèlent soudain leurs effets désastreux. Les déséquilibres de plus en plus nombreux que nous révèle l’ampleur de la pollution, l’empoisonnement des océans, la destruction de la couche d’ozone protectrice de la planète, l’intoxication de l’atmosphère terrestre n’ont pas été suffisants. Voici qu’en différentes régions du monde apparaissent soudain des maladies nouvelles totalement inconnues, résultant de l’action irrésistible de virus et de bactéries jamais rencontrés. Leur potentiel de destruction est incroyable. Des milliers d’êtres humains meurent en quelques jours en Afrique et ailleurs.

Des sages, tel Krishnamurti, déclarent la gravité exceptionnelle de la situation et annoncent « la maison brûle ». David Bohm et Krishnamurti écrivent, à la suite d’une enquête sur les causes de crises actuelles, dans « The future of humanity », éd. Miranda, La Haye 1985 : « Le cerveau s’est enfermé dans une programmation auto-destructrice de plus en plus négative. Celle-ci développe l’égoïsme, enferme l’homme en lui-même. L’homme est devenu victime de la dégradation de sa pensée devenue entièrement destructrice. Son pouvoir exclusif de division et d’opposition en fait une fonction négative. La pensée morcelante accorde priorité aux parties qu’elle oppose entre elles au détriment d’une vision globale. Ceci conduit les individus et les collectivités à des attitudes de concurrence au lieu de coopération. La bienveillance et l’amour cèdent la place à la méfiance, l’hostilité, l’opposition.

L’homme fait endurer à l’homme des souffrances et des cruautés qu’aucune espèce animale n’a fait et ne pourrait imposer à d’autres espèces animales.

En cette fin du XXe siècle, la fonction de fragmentation et de division de la pensée a conduit l’humanité dans une situation psychologique désastreuse dans ses conséquences sociales, politiques, économiques et militaires. Au point de vue psychologique et spirituel, l’humanité s’est enfermée dans l’impasse d’une vision du monde constituent l’ultime négation de l’enseignement des sages de tous les temps.

Pour les Eveillés, l’univers est une plénitude indivise d’un seul Vivant, monobloc et d’un seul tenant. Cette Totalité Une est intemporelle, acausale, totalement hors des atteintes de la pensée. Pour Krishnamurti, elle est un Inconnu, une Autreté dont la vision ne passe pas par le cerveau. Mais elle est accessible par une certaine « intelligence du cœur ».

Sri Nisargadatta et Ramesh Balsekar enseignent que c’est à ce niveau et ce niveau seulement que réside CE que nous sommes réellement comme Présence toujours renouvelée d’une forme suprême d’amour-intelligence-béatitude.

Ainsi que l’écrit Ramesh Balsekar (« The final truth »), « La vérité ne peut être ni décrite, ni expliquée. La vérité est ce qui EST et son acceptation. Chaque mot qui tente de la présenter ne peut qu’indiquer une direction vers Elle. La compréhension de la Vérité ne peut être réalisée. Elle ne peut que surgir… Et lorsqu’elle se réalise, elle ne peut être acceptée que lorsque l’esprit est vide du « moi » et le cœur est plein d’amour ».

« La Vérité ne peut être décrite, ni expliquée. La Vérité est ce qui EST. Chaque mot qui tente de la représenter ne peut qu’indiquer une direction vers ELLE. La compréhension de la Vérité ne peut que surgir. Et lorsqu’elle se réalise, elle ne peut être acceptée que lorsque l’esprit est vide « du mois » et le cœur est plein d’Amour ».

LA MUTATION INDISPENSABLE

Ces quelques lignes écrites par Ramesh Balsekar montrent immédiatement l’importance de la mutation psychologique qui s’impose à nous pour autant que le cheminement vers l’Eveil spirituel nous intéresse. Tout dans ce domaine nous semblera paradoxal.

Le premier paradoxe résulte du fait que l’enseignement des Eveillés affirme qu’à notre insu, nous sommes déjà une plénitude de « Lumière-amour conscience infinie ». La réalisation de l’Eveil n’implique donc pas l’acquisition de nouveaux biens. Elle est beaucoup plus un « défaire » qu’un « faire » au sens familier du terme. Il faut et il suffit de délivrer notre actuelle vision intérieure de l’obstacle formé par le dépôt des milliards de mémoires qui se sont accumulées au cours d’un passé lointain.

Le second paradoxe est indissociablement lié au premier : il n’y a pas de personne ! L’ego est une illusion responsable de toutes les souffrances et les crises tant individuelles que collectives. Ainsi que l’enseignent les sciences nouvelles, telles la biologie systémique, nous sommes des milliardaires de la mémoire. Cet énorme patrimoine d’informations qui fut une aide est actuellement une entrave. Les enseignements chrétiens le désignent par l’expression « le Vieil homme » dont il est indispensable de se « dépouiller ».

Il va de soi que toute action émanant de là volonté de l’ego ne peut qu’engendrer les effets destructeurs et générateurs de conflits sans fin. Tels ont été les enseignements des Éveillés de tous les temps, qu’ils soient bouddhistes, anciens chrétiens, taoïstes, channistes, zennistes, soufis, advaitistes, védantins, etc. Cette vision est reprise et développée par les Eveillés contemporains, tels Sri Aurobindo, Ramana Maharshi, Sri Nisargadatta, Krishnamurti, Ramesh Balsekar, Jean Klein, Eric Baret, Francis Lucille, etc.

Pour les Eveillés, la réalité de CE que nous sommes réellement occupe une place de priorité absolue par rapport au monde manifesté qui en émane. Leur point de vue est irréductible à ce sujet. Il s’agit d’ailleurs d’une vision qui n’a aucun point en commun avec ce que nous désignons par des termes tels que « point de vue » émanant d’un quelconque acte mental ou de conceptualisation.

Les premiers pas sur le cheminement de l’Eveil exigent de notre part une vision claire du faux comme étant faux. Sri Nisargadatta répète constamment que « nous sommes réellement CE que nous ne connaissons pas ».

Les conséquences de cette affirmation sont énormes. Elles impliquent le fait que ce que nous connaissons est un ensemble de résidus de perceptions et de concepts mémorisés qui n’ont plus de rapport avec l’actualité vivante du présent. En nous se rencontrent deux aspects contradictoires : le résiduel formé par la somme des mémoires du passé et le Vivant qui est toujours neuf dans le renouvellement créateur du Présent. Ceci est clairement évoqué par Krishnamurti qui écrit « que notre vie intérieure est une marche stérile qui va du  » connu au connu  » ».

Ainsi que l’écrit Stanislas Grof, dans sa préface du livre de David Bohm, « La plénitude de l’Univers » :

« La pensée humaine en tant que telle est une réponse active de la mémoire qui inclut des éléments intellectuels, émotionnels, sensoriels et somatiques dans un processus unifié et inextricable; celle-ci ne fait que nous répéter quelques vieux souvenirs. Il est impossible de créer quoi que ce soit qui soit nouveau dans son principe; dans ce contexte même, la nouveauté est mécanique ».

La pensée n’est pas l’intelligence et la prise de conscience de la mécanicité de son processus nous conduira inévitablement à calmer notre agitation mentale. La réalisation du silence mental constitue une aide considérable dans le cheminement vers l’Eveil intérieur.

Nous vidons notre mental de l’encombrement des échos mémoriels d’un passé pour le rendre vacant. Le silence intérieur nous permet d’être disponibles au niveau profond de la conscience pure, sans limite. Celle-ci porte les empreintes de l’infinitude de CE que nous sommes réellement. Dès ce moment, le cheminement de notre éveil s’éclaire d’une joie et d’une lumière nouvelles. Soudain l’irruption explosive d’une véritable bénédiction émane de CE que nous sommes réellement et n’avons jamais cessé d’être.

Nous venons d’évoquer un état naturel de conscience pure mais l’énoncé d’une réserve s’impose immédiatement afin d’éviter toute confusion dans ce domaine. En effet, il ne faut pas confondre la conscience pure et ses contenus. Nous ne connaissons généralement que les contenus de la conscience et l’ampleur de leur présence masque à nos yeux la pureté première de CE que nous sommes réellement.

Krishnamurti et Sri Nisargadatta insistent fréquemment sur la confusion dans laquelle nous nous trouvons ici.

Ainsi que le déclare Sri Nisargadatta (« La source de la conscience », pp. 191, etc.) :

« Vous êtes avant qu’aucune pensée ne puisse surgir. Toutes les pensées, images, etc., susceptibles d’apparaître ne sont que des mouvements à l’intérieur de la conscience. La conscience pure une fois là, tout est là : le monde et toute les transactions du monde. Assistez simplement à tout cela. Cela arrive, cela se produit, il n’y a pas d’observateur individuel. Vous êtes témoin du fonctionnement total de la conscience universelle.

C’est seulement lorsque l’identité avec le « corps-intellect » — (les contenus de la conscience) — sera rejetée et l’identité avec la seule conscience fermement établie, que ce que je vous dis prendra sa pleine signification. Vous êtes l’illimité, l’illimité n’est pas perceptible aux sens. En vous limitant à un corps, vous vous êtes exclus du potentiel illimité que vous êtes en réalité ».

« Dans la méditation, la conscience médite sur elle-même et demeure au cœur d’elle-même. Vous ne pourrez plus être volontairement associé à ce qui se produit spontanément dans le monde. Vous ne pourrez plus être concerné, ni par les causes, ni par les effets et c’est alors que vous acceptez votre véritable nature. Toute activité traversant le corps se produira spontanément, indépendamment de ce que vous êtes réellement ».

La non-compréhension de ce qui vient d’être cité entraîne fréquemment l’étonnement ou le désaccord du lecteur occidental. Le fait de « ne plus être concerné par l’idenditification aux événements du monde extérieur » ne peut être confondu avec une indifférence ou l’évasion d’un repli sur soi. Au contraire. La vision du « faux comme étant faux » nous révèle l’évidence de l’inexistence d’un égo et le caractère aberrant de l’identification à l’image que nous avons de nous-mêmes.

Le monde extérieur n’est, ni une illusion totale, ni pur néant, mais l’imperfection de notre qualité d’attention nous donne des apparences « surfacielles » de la matière des images fausses et entièrement illusoires. Dès le début de notre naissance nous sommes piégés.

Les progrès considérables de la physique au cours du XXe siècle nous révèlent le bien-fondé de la « vision pénétrante » réalisée par les anciens Eveillés des « Voies abruptes » du bouddhisme, du taoïsme et de l’advaïta védanta : il n’y a pas d’ego ! L’évidence de cette vérité de prime abord paradoxale vient d’être soulignée par Ramesh Balsekar, disciple de Sri Nisargadatta dans son livre remarquable « The final Truth, Advaïta Press, Los Angeles).

« Les hommes de science découvrent que l’être humain n’est qu’un ensemble de membres et d’organes qui ne sont eux-mêmes qu’une collection de minuscules créatures vivantes que la science nomme « cellules ». Celles-ci ne sont elles-mêmes qu’un ensemble de particules. Vous, qui apparaissez à autrui comme une entité individuelle, avec une forme, une substance et une certaine image mentale, vous n’existez pas. Vous n’êtes « rien » en tant que personne séparée. Vous êtes simplement une vibration d’énergie d’une forme particulière, une danse de particules d’énergie et d’onde. Telle est la vue magnifique que les physiciens du monde subatomique ont de vous. Ils savent que comme « corps – individuel », vous n’êtes rien ».

La délivrance de l’identification fausse à notre singularité psychologique superposée est immensément bénéfique dans ses effets. Elle contribue instantanément à nous situer à la place secondaire que la nature nous assigne dans l’immensité de l’Univers considéré comme totalité indivise d’un seul et même Vivant. C’est là le seul Sujet qui retrouve le Place prioritaire que notre transparence intérieure lui permet de réaliser. Ceci n’est qu’une commodité du langage car pour l’Eveillé rien n’a été perdu!

Ceci nous permet de mieux comprendre la raison pour laquelle le fait que « nous » ne sommes plus concernés par les événements du monde extérieur n’est pas l’effet d’une régression égoïste et ne peut être considéré négativement. Notre « vacance » intérieure cède la place à la Plénitude prioritaire éminemment positive, illuminante et créatrice de CE que nous sommes réellement.

Cette réalisation naturelle et parfaitement saine se trouve résumée dans la simple expression de la sagesse chinoise : « Retourner chez soi ».

La doctoresse Renée Weber et David Bohm enseignent qu’une telle réalisation est un puissant facteur de santé physique, biologique et psychologique. (« Le paradigme holographique », par Ken Wilber).

La cause unique de la souffrance résulte de l’emprisonnement de la conscience dans les limites d’un ego. Celui-ci pour se maintenir s’attribue un rôle et recherche la sécurité en s’accordant de l’importance. Au cœur de l’équilibre de la conscience universelle, les egos sont des tourbillons provisoires d’énergies conflictuelles et des facteurs de souffrances. Le comportement harmonieux et anonyme des cellules dans un organisme en bonne santé est un exemple intéressant. Les cellules et les organes d’un corps sain fonctionnent parfaitement sans attirer notre attention à leurs activités. Le bien-être corporel ignore leur présence. La douleur n’apparaît qu’à partir du moment où des cellules ou un organe sont en déséquilibre ou conscients de leur rôle.

Un peu de réflexion, non par notre mental mais par « l’intelligence du cœur » nous permettrait de sentir l’évidence de ce qui vient d’être évoqué.

Nous devons nous délivrer du piège dans lequel nous sommes tombés suite à la prédominance des valeurs fausses auxquelles la majorité du monde actuel donne son adhésion. Nous sommes psychologiquement noyés dans un inconscient collectif substantiel dont nous absorbons les contenus par une sorte d’osmose constante.

Un ancien proverbe chinois évoque le cercle vicieux dont nous sommes victimes. Il déclare à ce propos que « lorsqu’un chien aboie à une ombre dix mille chiens en font immédiatement une réalité ». C’est précisément ce qui se produit concernant l’importance que l’homme moderne accorde à l’image de lui-même. Lorsqu’un être humain s’identifie à son ego dix mille ignorants en font immédiatement une réalité.

Le climat de l’Eveil est paradoxal. Il est admirablement décrit par Ramesh Balsekar (« The Final Truth », p. 237) :

» Le point final est que vous n’existez pas comme une entité individuelle.
» Vous êtes à la fois « rien » et « toutes choses ». Accepter cela dès le départ au niveau intellectuel vous conduit à une vision suprême. La réalisation que vous n’êtes pas le néant d’un vide, mais que votre corps (avec des yeux, des oreilles, un cerveau) utilise la conscience universelle dans son fonctionnement.
« Ceci nous révèle notre présence nouménale subjective avec la totalité de l’Univers comme « corps objectif (cependant fait de la même présence). Telle est l’Illumination ».

Cette réalisation permet enfin le plein épanouissement de l’« humanité divine » de l’être humain par sa coopération spontanée au Jeu intemporel de l’immensité universelle.