A.-M. Cocagnac : Voyage au pays de l’âme ouverte


25 Apr 2011

(Revue Question De. No 24. Mai-Juin 1978)

Il se peut que l’Inde devienne un jour un pays semblable aux autres, nivelés par une nouvelle civilisation sans racines. Elle est encore pour moi la terre de Bharata, une île de feu qui émerge encore sur un océan d’indifférence, de doute et de peur. Elle occupe les trois dimensions d’un espace visible, mais en laisse pressentir une autre par laquelle elle communique avec la totalité de l’univers spirituel.

Je serais bien incapable de fournir des preuves de cette affirmation, quelques signes tout au plus. Dans la crise grave que suscite le déséquilibre démographique de ce pays, il ne manque pas de consciences indiennes pour penser que les solutions possibles ne pourront jamais faire table rase des acquis du passé. Les grandes voies spirituelles qui sillonnent l’histoire de ce peuple ne se terminent pas toutes aujourd’hui en cul-de-sac. Le yoga, l’éthique de la « Bhagavad-Gîtâ », le sens du Dharma (conformité de la loi morale à l’ordre cosmique) sont quelques exemples de cette vitalité toujours actuelle. Mais on pourrait y ajouter le goût des sciences, le sens de la logique, le talent mathématique, valeurs mieux faites pour rassurer l’Occident matérialiste.

Mais qui ne voit que ces valeurs mêmes sont liées aux autres, celles que l’on dit plus spirituelles ? Elles font partie d’un même vécu très ancien qui a donné ses fruits et risque encore de nous étonner. Les sinistres idéologies contemporaines qui prétendent construire sur une terre brûlée sont peut-être une manifestation de la tendance suicidaire de l’humanité. Puisse L’Inde rester aussi la terre de Shiva et de Durgâ, de Krishna et de Râma, de Bouddha et de Mahâvîra. Elle est la frange du manteau d’un Dieu qui remplit le Sanctuaire inaccessible. Elles est la source d’un fleuve puissant conduit par le courant de la non-violence.

Ce que fera l’Inde de son héritage sera pour les hommes une raison d’espérer ou un signe avant-coureur de leur fin.

LA DEESSE AU COUR DE BOMBAY

Lorsqu’on passe le carré doré des orfèvres qui affichent sans pudeur l’opulence de leur art subtil, on découvre au cœur de la ville le temple de l’ancienne patronne de Bombay : Shrî Mumbadevî. On compte, entre autres familiers de ce sanctuaire, les humbles kûli (coolies) qui sont les portefaix du marché. L’hindouisme manifeste ici encore sa veine populaire. Face à la réserve des jaïns ou à la rigueur formelle des musulmans, on constate là un véritable débordement de piété. Dans un ensemble commercial, le temple est lui-même une suite de boutiques spirituelles où chacun trouve son mode personnel de prier. Les offrandes, les gestes de respect se multiplient dans la cour exiguë qui ressemble un peu à un « passage du commerce » parisien. Sur le sol, pourtant, traîne la cendre des feux sacrificiels ; une femme en prend une pincée pour marquer le front d’un petit garçon. Guirlandes, poudres de couleurs, objets de dévotion bigarrés chargent les images, les cadres et les parties saillantes du décor du sanctuaire. La cohue mystique atteint parfois la densité de l’embouteillage, pour se résorber bientôt comme par miracle. Les gestes de la piété sont en effet, ici, aussi intenses que brefs. Cette foire mystique pousse certains étrangers à taxer cette dévotion de superstition. Nous sommes évidemment aux antipodes de l’abbaye de Solesmes ou d’une paroisse protestante de Hanovre ! Sur quel droit, finalement, s’appuie un tel jugement ? Qui peut connaître, de l’extérieur, ce qui se passe dans le cœur de ces fidèles de Shiva, de Hanuman et de Mumbadevî ? Je pense, pour ma part, qu’il s’y trouve beaucoup de tendresse et de confiance en des dieux ou un Dieu qui manifestent leur grandeur en des signes que nous jugeons trop, vite avant de les déclarer dérisoires. Religion à bon marché ? Certes, mais pourquoi la dire « trop facile » ? Qui peut connaître le prix d’un acte quand la pauvreté règne, quand l’espérance ne dépasse guère le quotidien ? Non, ce « bon marché » n’est pas une odieuse facilité. Les dieux qui font alliance avec les hommes font effectivement un curieux marché de leur amour : en retour de dons symboliques où entrent très peu de matière et beaucoup de cœur, ils versent dans ce même cœur le courage de vivre et la certitude d’être compris, aimé, enveloppé par une forme d’amour qui, dans toutes les langues du monde, s’appelle Miséricorde. Bon marché ? Ce n’est pas un chrétien dont le Dieu fut vendu pour trente deniers qui pourrait critiquer ce terme. Le Christ n’a-t-il pas dit aussi, voyant la pauvre femme qui mettait un sou dans le tronc du Temple de Jérusalem : elle a donné plus que tous les autres, parce qu’elle a donné de son nécessaire, de sa substance, de sa vie ?

Je sais gré à l’Inde de me contraindre à une telle révision de mes réactions, de mes émotions, de mes pensées et de mes mots.

UN FOU DANS LE TEMPLE DES JAINS

Je viens de passer une heure dans le temple jaïn de Malabar Hill, à Bombay. Ce temple de construction récente est entièrement couvert de peintures et de sculptures polychromes qui en font un grand livre d’images. L’effet est si surprenant que l’on hésite : Saint-Sulpice ou Disneyland ? Il s’agit en fait d’un art populaire très particulier qui combine l’habileté et la maladresse en toute naïveté. Cette décoration insolite fait de ce sanctuaire un hall de prière largement ouvert, offert à la sensibilité d’un peuple simple dans ses intentions comme dans ses actes. Il touche aussi le cœur du visiteur de hasard qui accepte de laisser à la porte du temple, avec ses chaussures, ses critères esthétiques classiques.

Les prophètes du jaïnisme se nomment Tirthankara, les « faiseurs de gué ». Leurs statues brillent derrière une sorte d’iconostase en argent qui donne à ce « Saint des Saints » un petit air byzantin ou russe. L’inspiration de ces statues est franchement magique. Elle fait jouer de puissants mécanismes de fascination. Leur matière métallique évoque le corps spirituel existant dans un autre ordre. La prunelle noire des yeux se détache vivement sur des globes oculaires phosphorescents. La présence du prophète s’impose ainsi d’une manière presque insoutenable. Ce rayonnement magique, ce regard quasi électrique expliquent le genre de culte que les fréquents dévots viennent rendre en ce lieu. Hommes, femmes, enfants défilent tour à tour devant la porte centrale de l’iconostase, pour saluer la sainte image, avant de faire la pradakshina, le tour rituel, en commençant par la gauche.

Le temps passe. Assis dans un coin discret, je vois se dérouler le film de la dévotion jaïn populaire. Souvent la cloche résonne pour annoncer au saint la venue d’un de ses fidèles. Un électricien, rituellement déchaussé, trafique dans les voûtes un bricolage dont les Indiens ont le secret. Ses coups de burin répondent à la cloche : il prépare le logement d’un piton entre l’aile sculptée d’un cygne et la tige d’une grosse fleur violette. La rumeur de la rue, quelques cris entrent par les portes du temple. Un gros corbeau profite du même chemin avant d’aller se percher sur une corniche intérieure. Il sait qu’on ne le chassera pas, il est ici chez lui : les jaïns ne sont-ils pas de fervents adeptes de la non-violence et de l’amitié avec les animaux ? Je vois subitement entrer un énergumène qui manifeste immédiatement sa dévotion d’une manière quelque peu agressive. Il s’attaque d’abord à la cloche dont il tire des volées tonitruantes. Il ramasse sur l’autel un livre de prières qu’il rejette d’un geste de dépit. Planté maintenant devant l’iconostase, il gesticule en émettant une mélopée stridente dont on peut se demander si elle est vraiment destinée au saint. Ses yeux, en effet, roulent de tout côté, cherchant l’effet produit sur les fidèles en prière, et très particulièrement sur ce visiteur étranger caché là-bas dans son coin. Il passe d’image en image, déployant une dévotion bruyante ; il semble un gros frelon enfermé dans une bouteille. Je finis par me sentir gêné, non pour moi-même, mais pour les habitués du temple que cette agitation délirante doit bien perturber.

Je me trompe. La clientèle habituelle de ces lieux poursuit son petit chemin de dévotion sans plus se soucier de cet encombrant personnage que du corbeau qui continue à s’agiter dans la corniche. Une petite fille entre. Elle pousse gentiment cet excité qui occupe tout le devant du sanctuaire au point de masquer le darshan du saint, son regard bienfaisant, chose particulièrement inconvenante. Elle continue par la suite sa prière sans manifester le moindre émoi.

J’imagine la même scène dans un lieu public parisien, peut-être même dans une église. J’entends déjà le klaxon de police secours, avertie d’urgence, pour embarquer le perturbateur vers un centre psychiatrique, vers le Paradis du Valium.

Je pense que ce personnage doit être connu des gardiens du temple, jugé inoffensif et intégré, vaille que vaille, à la communauté religieuse du quartier. Il me vient à l’idée qu’un tel acte est de moins en moins possible dans la société contemporaine occidentale. On connaît aujourd’hui le facteur proprement social de certaines affections mentales. La même société, qui se sent confusément créatrice de perturbations psychiques, tolère mal de telles manifestations. La présence de ces échecs suscite de puissants réflexes de défense qui conduisent à séquestrer ceux que l’on a préalablement aliénés. Selon des modalités différentes, le monde capitaliste et l’ordre socialiste n’échappent pas à cette aberration.

Jadis encore, l’Innocent, le Ravi ou le Jobastre avaient leur place dans la communauté villageoise. Dans le monde des santons contemporains, le Ravi est éliminé. On ne croit plus à son pouvoir de voyant qui lui faisait ouvrir la fenêtre des combles pour voir, avant tout autre, l’Etoile mystérieuse qui annonçait Dieu. Incapable de paix, l’humanité se tranquillise comme elle peut.

Pourtant, dans ce Bombay qui entend vivre au XXe siècle, existe encore un lieu qui est peut-être saint parce qu’il accueille encore des esprits que l’on dit dérangés et qui ne sont parfois que dérangeants.

LES IMAGES D’UN AMOUR TOTAL

L’érotisme de la sculpture des temples de Khajuraho n’est pas ce que bien des touristes souhaiteraient trouver : l’excitation d’adultes immatures cachée par un sourire en coulisse, gêné et ravi. Les éternels collégiens se rinceront toujours l’œil sur le détail sans pouvoir laver leur regard. Une réflexion profonde éclaire pourtant la vision. Le détail ne tient ici sa signification qu’en vertu de sa place dans l’ensemble. Ici, moins que partout ailleurs, la sculpture doit être considérée comme une décoration. Elle fait bloc avec l’architecture, parce que l’architecture elle-même est un bloc de pierre, dressé, ouvragé pour la divinité. L’analyse d’un temple hindou en pierre appareillée ne doit jamais perdre de vue les sanctuaires taillés jadis dans les falaises ou les rochers côtiers (Ellora, Mahaballipuram, etc.). Le shikhara est la tour à arêtes curvilignes qui domine le sanctuaire principal. Il vaudrait mieux sans doute dire qu’elle est le sanctuaire. C’est une masse à la fois matérielle et spirituelle, une accumulation de particules énergétiques ; les sculptures comptent parmi ces éléments et manifestent, en plénitude, la puissance de cet ensemble.

Le regard qui détache ces formes vivantes de la composition générale risque de les tuer, ou tout au moins de les salir. N’en est-il pas ainsi lorsque l’homme considère sa propre fonction sexuelle en dehors de la totalité de son comportement ? N’y a-t-il pas même, dans ce processus, la racine de toute obscénité ? La sexualité considérée comme une manifestation d’énergie a des chances de s’épanouir et de révéler une dimension que cache un regard par trop primaire.

Khajuraho est un grand ensemble. Jetons, par exemple, un coup d’œil sur le temple de Lakshmana. Il faut bien tout d’abord distinguer le sanctuaire proprement dit de son socle. Chacune de ces deux parties possède une signification différente. La base recèle le bouillonnement cahotique du monde matériel, le sanctuaire proprement dit décrit un processus de sublimation des forces actives de l’univers.

Dans la frise du socle, on distingue, parmi d’autres manifestations de la vie, les violences des armes et du sexe. Les carambolages soldatesques, la zoophilie ont leur place dans ce tableau très réaliste. L’architecte n’a pas ici éludé les aspects déplaisants de l’humanité. C’est le domaine des fantasmes déchaînés. Il semble que les Indiens de ce temps aient parfaitement compris le danger que fait courir la dissociation de tels fantasmes. Leur sens spirituel élevé ne leur interdisait pas de considérer le fond sadomasochiste qui existe en tout homme. Dégagés de toute censure et sans complaisance, ils fixaient sur les murs de leur temple des images susceptibles de faire plus réfléchir que frémir. Le temple était alors un grand yantra, un support de méditation; cette fantasmagorie n’était pas exclue de cet instrument spirituel, tout en se tenant à distance respectueuse du sanctuaire proprement dit. Ainsi s’agitait dans l’infrastructure du temple un monde terriblement humain en lequel l’ordre du Dharma se trouvait perpétuellement menacé par le foisonnement interne des pulsions. Le défilé des soldats, la théorie des éléphants ne garantissent qu’un ordre illusoire. Ils contribuent même au désordre, car la violence est toujours prête à retourner au chaos. De fait, la sexualité déchaînée au niveau de ses besoins les plus élémentaires, vécue sous ses aspects les plus débiles, manifeste de la sorte la vie à l’état brut, à l’état de brute.

Le sanctuaire, en revanche, et très spécialement le Garbha qui en est le cœur, possède une série de représentations amoureuses d’un tout autre esprit. Les Mithuna sont des couples qui décrivent tous les aspects d’un jeu amoureux différent de celui décrit sur le socle, parfaitement contrôlé. Ici, le vis-à-vis, le face à face sont aussi importants que le coït. Même charnellement enlacés, des couples ne cessent pas de se scruter du regard, en une contemplation quasi extatique. L’un voit sans doute dans l’autre l’image d’un dieu possible. Quant aux postures qui attirent l’œil égrillard des touristes, ce sont en fait les asana d’un yoga dont le but spirituel est évident. La portée de ces images dépasse le plan d’un enseignement technique amoureux. Elles désignent le chemin de l’unité intérieure pour conduire vers le dieu. Certaines poses acrobatiques se terminent en pyramides humaines parfois totalement irréalisables. L’extravagance de ces poses est significative : on ne peut y voir un simple moyen pour augmenter la seule jouissance physique. Il s’agit, au contraire, de nier la pesanteur de la chair en désordre, pour révéler la puissance ascensionnelle des corps enlevés par un grand souffle intérieur.

Les anciens Indiens le savaient : l’homme peut faire l’amour avec son corps subtil, et, quand il élève des temples à sa propre image, la pierre elle-même s’envole pour tracer vers le haut le chemin du cœur.

L’EXTASE ET L’ORGASME

La grande extase de Thérèse d’Avila était bien faite pour susciter l’intérêt des psychanalystes et le ricanement des psychologues de hasard. Ce dard qui s’enfonce dans le cœur de la femme ravie, cette jouissance de nature orgasmique mettent en question la nature purement « spirituelle » de cet événement.

Naïve, Thérèse écrivait sans détour et rédigeait sans le savoir un « matériel » propre à retenir l’attention de la psychologie contemporaine ; fantastique Thérèse : elle n’était pas double au point de farder les expériences de sa vie profonde, elle n’était pas dupe non plus de ses propres émotions. Je la tiens, en vérité, pour femme de grand sens et pas du tout « femelle » au point de confondre le mouvement des entrailles avec ceux du cœur.

On a dit que le plus gros organe sexuel de l’homme était son cerveau. Cela est vrai si l’on entend par là qu’une certaine fonction cérébrale peut déployer la jouissance du corps. Par elle, le plaisir éprouvé par le flux des sécrétions endocrines, par les contractions musculaires et l’affinement exquis des sensations épidermiques, se transforme en une perception très particulière. C’est l’entrée dans un ordre nouveau, hors de l’espace et du temps. Cet épanouissement cérébral est habituellement lié à l’activité génitale normale ; l’amour est une fonction humaine qu’il est fort dangereux de diviser.

Une question pourtant demeure. Il semble que certains états de méditation puissent déclencher la perception élargie induite généralement par l’acte sexuel. L’accès au « septième ciel » ne passe pas toujours par la satisfaction viscérale. Certes, l’expérience que recouvre cette métaphore cosmologique peut être de nature très diverse : l’union au Dieu personnel des chrétiens n’est pas la fusion avec le Brahman ou l’expérience du Vide propre aux bouddhistes. Il semble cependant que l’élargissement de la perception habituelle caractérise toutes ces manifestations de type extatique. On pourrait donc parler d’une « échancrure de la conscience » commune à l’orgasme pleinement vécu comme à l’extase apparemment la plus désincarnée.

Si, pour reprendre une image biblique, il existe une échelle entre Terre et Ciel, les mystiques font figure d’acrobates capables de saisir au vol les barreaux les plus élevés de ce chemin vertical.

En revanche, il n’est pas exclu que le déclenchement autonome de cette perception cérébrale puisse, par contrecoup, provoquer quelques manifestations génitales confuses. Les prétendus « purs esprits » s’en offusquent ; saint Jean de la Croix voyait là, au contraire, avec une humilité teintée d’humour, la revendication du corps. La structure organique lui semblait ainsi prendre « à sa manière » sa part de bonheur créé par cette perception de Dieu.

Le cerveau semble donc mettre parfois en service un circuit qui se caractérise par une ouverture de la conscience. L’orgasme, la création scientifique ou artistique, l’extase et sans doute bien d’autres activités « paranormales » de l’esprit semblent relever de ce pouvoir. Cette étrange puissance mène vers des rencontres de natures diverses : le partenaire du jeu sexuel, la réalité inspirante, Dieu appartiennent à des ordres fort différents. Une certaine ressemblance lie cependant ces diverses modalités de perception. Cela explique pourquoi les saints parlent volontiers comme des amoureux, les amants comme des mystiques, pourquoi on dit aussi, des savants et des artistes, qu’ils sont en gestation ou qu’ils accouchent.

Cette apparente confusion du langage est, en réalité, sa force d’expression. Si le psychologue ne voit qu’un sexe dans le dard que brandit l’ange pour percer le cœur de sainte Thérèse, c’est qu’il prend le niveau de sa propre description pour celui de l’ultime raison des choses.

Connaître l’imprécision d’un langage, discerner la puissance évocatrice de ce flou volontaire, n’est en aucune manière profiter de la confusion qu’il peut faire naître. Seul le refus de voir suscite et entretient la confusion. Saisir en revanche les interférences, les interactions entre des activités analogues, ne peut que dissiper l’obscurité. Les contacts frontaliers de domaines très particuliers permettent sans doute l’essor de la poésie, qui est le langage du cœur.

Quelle analyse aurait le droit de tuer pour la disséquer cette langue cordiale ? Si parfois les anges brandissent le sexe au lieu de le porter à l’endroit prévu, c’est qu’il s’agit sans doute d’un instrument d’amour « plus que phallique ». Ce n’est pas non plus la flèche aveugle du petit dieu cupide ; c’est le trait enflammé porteur du feu de l’Agapè, de l’amour mystérieux qui ouvre dans ce monde les portes de l’Ailleurs.

A.M. Cocagnac

En Inde, janvier-février 1978