
Quand pour la première fois j’ai réellement rencontré le Bouddha Dharma, ce fut une expérience si particulière et si forte que je n’ai jamais eu aucun doute à son sujet. En fait l’expérience se situait, par son intensité, au même niveau que l’expérience du pardon dans la chrétienté. Elle revenait à voir mon non-moi. Je voyageais en train quand c’est arrivé, traversant le Pendjab pour aller à Pathankot, lisant un livre sur le bouddhisme. Et assise là dans ce train bondé, avec la chaleur et les odeurs, il fut soudain absolument clair comme le jour que je n’existais pas de la manière dont je pensais exister. Cette prise de conscience s’accompagne d’une expérience que je ne peux comparer qu’à l’éclatement d’un grain de pop-corn. C’était comme si l’intérieur se répandait sur l’extérieur, et je regardais avec une joie émerveillée. J’eus alors une sensation de soulagement inexprimable : « Je n’ai besoin de rien faire avec le moi, je n’ai pas besoin de l’améliorer ou de la rendre bon, de le sacrifier ou de la crucifier. Je n’ai besoin de rien faire, car il n’existe même pas. Tout ce que je dois faire, c’est reconnaître qu’il s’agit d’une convention, d’une fiction. »
J’éprouvais un immense sentiment de délivrance, et avec lui vint soudain, immédiatement, le sentiment que c’était une délivrance qui permettait d’agir. Immédiatement surgit cette pensée : « Désormais, cela nous permettra de risquer et d’agir au nom de tous les êtres. » Cela semblait en parfait accord avec l’immense besoin de justice sociale qui se faisait sentir.
Joanna Macy, entretien avec Anne Bancroft, Femme en quête d’absolu, Albin Michel, 1991.




