
Un après-midi fatal de ma quinzième année, mon essence jusque-là rêveusement assoupie, se réveilla, de façon aussi brusque qu’effrayante, sous un de ses aspects : devoir de force penser aux impensables. Le reste de la journée et toute la nuit je me tordis dans des réflexions convulsives à dix-millièmes de millimètre — conséquence obligatoire de mon « instinct » fondamental : je suis tout-puissant — impossible d’arrêter la volonté tant que mon corps béni n’y mit pas le holà. Depuis, cela ne m’a jamais lâché entièrement ; ne serait-ce qu’une minute ; un nombre incalculable de fois je me suis cru sur le point de succomber — le plus terrible des tâcherons divins — à dix-huit heures par jour de la plus rude des corvées, en apparence à propos de rien. Dix-neuf ans après seulement, j’ai célébré une grande victoire ; mes crampes mentales, que j’avais longtemps tenues pour une maladie, comme l’aurait fait toute l’humanité — européenne du moins — ont été, à la suite de machinations invraisemblables, terrassées et piétinées au point de perdre tout semblant de menace… Il a fallu dix-neuf ans de ma vie, des années de convulsions permanentes, d’étouffement et de terreurs, pour que mûrissent les doux fruits… Ce n’est que de cette façon que l’humanité, que tout dans notre petit univers, va de l’avant.
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« Je suis celui qui suis ». Il est bien évident que j’ignore ce que le Christ a voulu dire par là. Moi, j’entends que mon essence consiste en la conscience de Mon absoluité, soit : en l’Etre-étant ; ou bien, bref : je suis Dieu… En un sens plus restreint : ce par quoi peut bien se caractériser mon moi animal (ce que je suis) est parfaitement insignifiant pour la définition de moi ; le moi est en réalité Moi = Être-étant = absoluité ; moi, je suis Moi, l’homme, comme tout, n’est en vérité que Dieu, Allah il Allah, — tout le reste n’est que fumée et vapeur…
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Mon état, soit l’état du monde ou de Dieu, est, en tant qu’absolu, — Eclat Divin —, lumière, c’est-à-dire symbole du Plus-Haut et, parlant, de l’absolument invariable ; son « écroulement » essentiel et permanent, — son instabilité douloureuse et qui se tord — sont une « convulsion ». C’est délibérément que j’ai choisi l’image grotesque : « convulsion de la lumière ».
Ladislav Klíma, Je suis la Volonté Absolue (Métaphilosophiques), Café Clima Editeur, 1984, p. 13, p. 138, p. 141.
* idem, p. 91.




