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« Je soutiens que l'homme est animé par l'Inconnu, une force merveilleuse qui dirige à la fois ce qu'il fait et ce qui lui advient. La proposition ' je vis ' n'est que conditionnellement correcte, elle n'exprime qu'une part étroite et superficielle du principe fondamental : "l'homme est vécu par le ça". » Groddeck, Le livre du ça.

« Le concept de Dieu correspond à celui d'esprit universel ou, en termes scientifiques, aux lois de la nature ou aux idées qui s'expriment en elles... C'est à cet esprit de la nature que la plupart des philosophes religieux ont l'habitude de donner le nom de Dieu. L'art, la science et la religion sont proches les uns des autres et on peut penser qu'ils ont une même essence. Il y aurait un inconscient qui connaîtrait ce que les religions nomment " Dieu ", c'est-à-dire l'esprit ou les lois qui régissent l'univers. » Heinrich Racker, Psicoanalisis del espiritu.

AVANT-PROPOS

 

La psychanalyse a déçu beaucoup de ceux qui avaient mis de grands espoirs en elle.

Cependant, les outils dont nous disposons pour promouvoir notre propre évolution sont trop rares pour que nous puissions mépriser ou rejeter ceux dont nous disposons. S'ils sont ébréchés ou insuffisants nous devons les réparer et les améliorer pour pouvoir les utiliser avec leur pleine efficacité.

INTRODUCTION

Psychanalyse et spiritualité : voici deux mots qui n'ont pas été souvent accolés.

Freud, qui avait ouvertement rejeté la religion en totalité, avait cependant conservé la distinction kantienne du noumène et du phénomène. Qui pourrait trancher, dire qui a raison des religieux et des areligieux ? La raison n'est pas capable de nous départager. Il n'est pas plus déraisonnable de croire que de ne pas croire. A quelle religion un psychanalyste peut-il adhérer ? Évidemment à une religion qui serait exempte de projections de l'inconscient. Freud, en refusant toute religion parce qu'il y décelait, avec raison, des projections de l'inconscient, a jeté, comme on dit en allemand, l'enfant avec l'eau du bain sans voir que l'essence de la religion différait des projections humaines qui en ternissent l'image. Dieu n'est pas un surmoi parental paternel, juge et vengeur. Mais derrière ces anthropomorphismes il y a peut-être une réalité dernière qui régit l'univers. Maintenant que les physiciens ont admis cette donnée fondamentale du réel, les autres sciences comme la psychanalyse, auront moins de peine, moins de mérite aussi, à suivre le mouvement. Le développement de la psychanalyse se heurte comme on sait à de grandes difficultés, dont une des raisons pourrait bien se trouver dans l'erreur fondamentale que fit Freud en rejetant la transcendance. (Admirons au passage son courage de briseur d'idoles. Mais s'il faut briser les idoles il est bon de savoir conserver le temple.)

Ce qui donne à l'homme sa place au-dessus des animaux ce n'est pas l'intelligence rationnelle et la technologie si grande soit leur beauté, mais bien sa capacité de se reconnaître relié au cosmos.

Cette capacité lui est essentielle et l'homme ne réalise son humanité que s'il atteint cette dimension. L'homme ne peut atteindre à l'équilibre, à la maturité, à l'amour vrai, que s'il se sait et se sent relié à l'amour (au noumène, au logos, au verbe, au divin, qu'on l'appelle comme on voudra), et comprend que cet amour qui n'a pas sa source en lui, le dépasse et l'inonde de toutes parts. Alors sa joie est telle que toute régression n'est plus possible. Seule une telle attitude peut faire que l'homme se sente gratifié de façon si profonde, à vrai dire illimitée, pour que toute revendication, agression jalousie ou envie, ne pouvant plus trouver d'aliment pour subsister, ne puissent que disparaître.

La religion est donc une source de gratification indispensable à l'équilibre de l'homme. La psychanalyse est fort utile pour dénouer des conflits qui paralysent la croissance. Mais son rôle se borne là. Elle ne peut prétendre à elle seule donner la santé. Pas plus que la pénicilline ou la cortisone. Le spectacle que donnent les disputes des psychanalystes et de leurs groupements nous renseigne suffisamment à ce sujet. Tout est relié à tout, c'est une loi universelle. Chaque atome, chaque électron dépend de tous les autres. Les physiciens nous l'ont appris. C'est maintenant au tour des biologistes et des psychologues de reconnaître la même vérité. [2]

Les liens de la plante avec le cosmos sont plus subtils et plus nombreux que ceux du minéral ; ceux de l'animal sont plus nombreux et plus subtils que ceux du végétal. On comprend que les liens de l'homme avec le cosmos soient les plus nombreux et les plus subtils de tous.

L'homme peut donc être conscient de sa relation au cosmos, et quand il développe la faculté dont il dispose à cette fin, il atteint un état particulier qui est le point maximum de l'évolution auquel il puisse accéder. Cette relation religieuse au Tout lui permet de recevoir le savoir, la sérénité, la force et l'équilibre. C'est cet état qui mérite le terme de santé.

Cette relation au cosmos, faite d'amour, n'est pas nécessairement consciente. Elle peut fort bien demeurer inconsciente et n'être jamais verbalisée. C'est elle qui fait l'homme en santé, optimiste, heureux de vivre, aimant, généreux et confiant dans la vie. Une philosophie de l'absurde est une frustration de toutes les aspirations spirituelles de l'homme, et représente un handicap au développement de l'amour, puisque la relation psychique avec la source est coupée. L'homme dans cette position, qui ne sait pas où chercher l'amour (puisqu'il ignore qu'il se trouve en dehors de l'individu) ne peut que le chercher en lui-même. Il le cherche souvent en vain et son échec le culpabilise. Une psychanalyse qui ne lui montre pas le chemin du lieu où se trouve l'amour, ne le sortira pas d'affaire. Il restera un névrosé, quelles que soient les illusions ou les erreurs ou les mensonges avec lesquels il tentera de camoufler son mal.

L'a-religion est donc une maladie que la psychanalyse seule ne peut pas guérir et qui peut se traduire par tout l'éventail des symptômes névrotiques, caractériels, voire même le suicide ou la psychose.

Bien souvent les découvertes les plus valables de la science moderne trouvent dans les anciens textes sanscrits une confirmation saisissante. Ainsi les notions anciennes du rôle nocif de l'ego et de la philosophie dualiste trouvent dans l'œuvre psychanalytique de Mélanie Klein un écho très impressionnant.

En découvrant la position de réparation [3], c'est-à-dire la tendance à la réparation par amour, Mélanie Klein a montré l'existence dans l'inconscient de l'homme d'une aspiration vers les valeurs, à laquelle elle a donné la place centrale dans sa description du psychisme humain. Pour elle l'homme normal n'est donc pas déterminé par ses seules pulsions ni son aspiration au plaisir.

La psychanalyse a fort bien montré comment se forme le surmoi sadique de la névrose, de la maladie mentale et du comportement criminel. Elle a montré aussi comment la position de réparation permet à ce surmoi sadique de s'adoucir au point de devenir le moteur de l'évolution et des progrès individuels et collectifs. Mais son erreur a été de vouloir réduire en totalité la morale et la conscience aux facteurs individuels qu'elle venait de découvrir. Bien souvent l'homme de science se montre borné en disant : " j'ai découvert cela, cela seulement existe et rien n'existe au-delà de ce que j'ai vu moi-même ". Les arbres l'empêchent de voir la forêt. Si l'image du père a quelque chose à voir avec la formation du surmoi ou de la religion il ne faut pas réduire la morale ou la religion à de simples reflets des images paternelle ou parentale.

Il est bien des sentiments de culpabilité qui doivent être pris très au sérieux (par le patient et par le psychothérapeute) parce qu'ils émanent des profondeurs de notre être en évolution et n'ont rien de commun avec le sentiment de culpabilité de la névrose. C'est de ce dernier seulement que nous devons nous libérer.

Si le psychanalyste ne distingue pas entre les deux, il aggrave l'état de son patient au lieu de le libérer. Une bonne partie de l'égarement du monde moderne vient peut-être de là.

 

1. — L'EGO ET LA MALADIE DU MONDE MODERNE.

 

 

Essayons de faire une étude psychanalytique de l'ego. Tout d'abord, trois définitions :

Le moi : c'est une instance psychique inconsciente qui à la tâche d'harmoniser nos désirs, de choisir l'acte que nous accomplissons, d'en être conscient et responsable, et d'en conserver le souvenir.

Le vrai moi [4] : (ou le je) c'est la conscience que j'ai d'exister mais tout en étant une partie du tout (adualisme).

L’ego : c'est la conscience que j'ai d'exister mais en me croyant séparé de toutes les autres parties du tout (dualisme).

L'ego est donc une illusion. La conscience de l'ego est un sentiment basé sur la distinction sujet-objet (le dualisme), qui est une illusion fâcheuse. En effet, cette illusion produit immanquablement son fruit empoisonné : l’envie [5]. L'envieux désire s'approprier ce que l'autre possède parce qu'il s'en sent dépossédé. Je crois bien que le seul moyen de guérir l'envie est d'attaquer le mal à la racine, c'est-à-dire de se rendre compte que la conscience dualiste est une illusion. Alors peut naître l'amour vrai où la conscience de l'ego disparaît dans l'oubli de soi.

Ce que je fais, et qui me fait plaisir, est alors vécu dans une communion avec autrui, le plaisir est partagé avec tous et plus ma force est grande plus j'en suis heureux, non pour moi (dans le dualisme) mais pour tous (dans l'unité). Il n'y a plus conflit entre mon ego et les autres, il n'y a plus de meurtrissures de mon ego qui déclenchent une réaction agressive. Au contraire, lorsque mon ego est meurtri, si je prends conscience grâce à cela de l'erreur dualiste où j'étais, je peux recevoir cette meurtrissure de mon ego comme un bienfait, puisqu'elle me fait évoluer.

Le vrai moi n'est pas séparé des autres, il se sait identique à chacun, il est dépourvu d'ambition égotiste qui est à base d'envie (et celle-ci est toujours destructrice). Son ambition est à base de générosité, c'est pour donner plus aux autres qu'il veut croître. Mais comme les autres, c'est lui, il s'enrichit toujours plus en donnant. En devenant plus fort il devient plus humble.

Au point de vue de la dualité, il semble disparaître (c'est ce que veut dire mourir à soi-même), sa joie et sa force viennent de ce qu'il s'enrichit sans cesse en ne cessant de donner.

La psychanalyse est si récente qu'il est beaucoup trop tôt pour pouvoir discerner clairement ce qu'elle apporte de nouveau et en reconnaître toute la valeur.

Il est possible que dans l'avenir son nom restera lié aux deux grandes découvertes de Mélanie Klein : la position persécutoire et la position de réparation qui sont comme deux immenses axes qui découpent tout ce qui spécifie l'humain, qu'il soit social, moral, religieux, spirituel, mystique, intellectuel ou esthétique, et permettent de toujours retrouver son chemin dans le labyrinthe du psychisme humain, notamment les problèmes posés par l'ego.

La position de réparation constitue le moteur de l'évolution personnelle. Pour évoluer, pour devenir autre, il faut ressentir le point acquis jusque là comme insuffisant. Cette insatisfaction de soi, humble, est une souffrance qui constitue le moteur du progrès. Ainsi se gravissent les marches successives de l'individu évoluant, jamais satisfait de lui-même ou alors, n'évoluant plus.

La position de réparation accompagne l'être humain dès sa naissance. Il ne s'agit donc pas d'un stade. La spiritualité, elle aussi caractérise l'humain dès la plus petite enfance.

Dans la position persécutoire, le bébé croit posséder en lui-même la source de la vie, du bien-être et de la valeur qui est le " sein " maternel auquel il s'identifie. Il éprouve alors un sentiment euphorique (qui est à l'origine de l'orgueil ou de la mégalomanie de l'adulte). Lorsqu'il comprend que ce " sein " lui est retiré et qu'il appartient à sa mère, le bébé se sent dépossédé de tout son avoir le plus précieux, il se sent persécuté injustement. Il éprouve alors une rage revendicatrice et destructrice.

Lorsque son développement s'effectue normalement, le petit enfant apprend alors peu à peu à reconnaître sa mère telle qu'elle est et il cesse de la voir uniquement comme un " sein " qu'il s'approprie : il réalise avec dépression que ce " sein " ne lui appartient pas, il fait alors le deuil de son illusion possessive et intensifie son amour vrai pour sa mère [6]. Cet amour lui fait alors éprouver la douleur dépressive, non seulement de perdre sa toute puissance imaginaire mais aussi d'avoir attaqué sa mère et même de l'avoir ressentie comme persécutrice. Il découvre ainsi l'amour vrai dans la douleur dépressive et la culpabilité.

Cette position de réparation est le point central de l'évolution psychique. Toutes les tendances à la réparation et à la créativité se fondent sur la position de réparation ; celle-ci, qui existe déjà à la naissance, atteint son plein épanouissement vers le troisième mois de la vie déjà, et conditionne ensuite toute notre évolution intérieure jusqu'à la fin de notre vie. Elle est le moteur de toute évolution humaine, dans tous les domaines.

 

Le moi vrai se constitue d'abord par une identification et une assimilation de l'image de la mère intériorisée dans l'inconscient par un acte d'amour vrai, qui fait partie de la position de réparation.

 

 

Après la mère, le père, puis d'innombrable personnes ou événements viennent renforcer le moi vrai qui évolue tout au long de la vie.

 

L'ego se constitue par une identification non suivie d'assimilation de l'image de la mère intériorisée dans l'inconscient ; c'est un acte d'amour possessif avide qui fait partie de la position de persécution. Après la mère idéalisée, le père idéalisé, de nombreux autres personnages ou événements peuvent venir renforcer l'ego tout au long de la vie.

 

 

L'ego est conscient [7], le vrai moi l'est à peine. C'est pour cette raison qu'on s'oublie consciemment quand on est dans son vrai moi.

La perte de l'ego est le corollaire du plein développement de la position de réparation. Elle accompagne la maturité vraie, et l'indépendance de la personnalité qui, se sachant reliée au cosmos, ose se libérer des attachements extérieurs et intérieurs. L'attachement à la mère et la dépendance envers les parents est remplacée par la religion qui est la conscience de la dépendance, totale, au tout.

L'ego implique la possession, au niveau inconscient, d'un " objet " concret introjecté. C'est avoir.

Dans la position de réparation il n'y a plus de possession égocentrique de la mère (ou de son " sein ") par l'enfant, il n'y a donc plus d'ego. Il y a un moi vrai, et celui-ci seulement est capable d'aimer vraiment. C'est être et non avoir.

Quand le premier développement n'a pas pu se faire d'une façon tout à fait harmonieuse dans une excellente relation entre mère et enfant, ce dernier ne se sentant suffisamment aimé ni en sécurité, compense l'amour qu'il ne reçoit pas ou ne sait pas recevoir, en s'accrochant au fantasme qu'il possède un " sein " maternel tout-puissant qui lui fournit tout ce qui est nécessaire à sa survie. Ainsi échappe-t-il à l'angoisse d'abandon, qui est une angoisse mortelle.

Dans le développement normal, l'amour partagé de la mère et de l'enfant dans une communication parfaite était destiné à protéger l'enfant de l'angoisse de mort. L'enfant qui n'a pas pu vivre normalement cette relation de dépendance maternelle dans la confiance et l'amour, évite l'angoisse de mort lui aussi, mais au prix d'un arrêt de développement qui est l'ego.

On comprend pourquoi l'ego est ensuite, la vie durant, un obstacle considérable au changement et au progrès personnel. Il a peur de mourir et son conservatisme est responsable du dogmatisme et du fanatisme.

En réalité, un tel sujet est toujours insatisfait, car l'inconscient, qui ne se laisse jamais duper, perçoit fort bien le mensonge ; il envoie au conscient l'information nécessaire mais le malheureux, victime de son ego, ne sait pas interpréter le message de l'inconscient et il continue à renforcer son ego, en recherchant des satisfactions narcissiques dont il est avide et indépendant.

Lorsqu'il est critiqué, ou qu'il échoue, le sujet narcissique éprouve de l'angoisse et ressent que perdre son ego avec lequel il est identifié, c'est tout perdre, c'est n'être plus rien. Constatant qu'il n'est pas conforme à l'image qu'il a de lui-même, il éprouve un sentiment de catastrophe intime, de destruction de l'image de soi. Le moment est venu pour lui de se poser la question, qui suis-je donc ? Mais l'angoisse est souvent bien trop forte pour qu'il puisse penser ; il est assailli par le sentiment : je ne suis rien. Et pour apaiser son angoisse, il va concentrer ses efforts pour renforcer son ego.

Se sentant anéanti intérieurement (on voit là à l'œuvre l'instinct de mort) le sujet peut attribuer sa destruction intime à une attaque maléfique exercée par quelqu'un d'autre que lui. Il réagit alors par de le rage. Ainsi l'ego bafoué est cause de violence. Il est dit que Jésus a été " haï sans cause " [8]. En réalité, s'il n'y avait pas de cause objective, il y avait une cause inconsciente. Ceux qui l'ont haï et l'ont tué ont cherché à se débarrasser de lui parce qu'il menaçait leur ego sur lequel ils avaient construit toute leur personnalité. Jésus représentait pour eux une menace ressentie inconsciemment comme mortelle.

Le dilemme inconscient des assassins de Jésus était : il faut le tuer pour ne pas être " tués " par lui, mourir à leur ego étant mis en équation inconsciente avec être " tués ".

C'est pourquoi il est si dangereux de vivre dans son ego, qui est mensonge, illusion de sécurité et de satisfaction, et ne peut que trahir.

Au contraire, lorsque ce contact avec l'être vivant tout au fond de soi, est maintenu grâce au vrai moi, toute la personne s'en trouve vivifiée ; le mental est apaisé, serein, et exempt de dépression ; le physique exempt de maladies psychosomatiques ; le sujet aime et communique avec autrui, avec tous les êtres vivants et le cosmos tout entier dans la liberté, la vie et la croissance.

" L'ego est l'ennemi invincible de l'homme et se manifeste sous l'aspect de quatre grandes passions humaines : la colère, l'orgueil, la tromperie, l'envie " [9].

Sans ego, sans dualisme, pas d'envie, pas de possessivité, donc pas de jalousie, pas de frustration, donc pas de colère, pas d'avidité, donc pas de tromperie.

La perte de l'ego ferme la porte à toute possibilité de névrose. La perte de l'ego rend fort et comblé, au-delà de tout désir.

 

II. — LA PSYCHANALYSE ET L'EGO

 

 

Bien des erreurs de la psychanalyse à ses débuts, ses maladies d'enfance en quelque sorte, proviennent de ce qu'elle a adopté un point de vue dualiste.

Ainsi le fait de prendre la partie pour le tout (ou l'objet partiel pour la personne entière), se retrouve dans la tendance de Freud, ayant découvert le ça et ses pulsions, de ramener tout l'homme à ses pulsions, et de refuser d'admettre que l'homme se trouve situé dans une relation de communication par toutes les fibres de son être avec le cosmos tout entier. Pour lui l'homme est poussé par ses seules pulsions, par une " vis à tergo ".

L'erreur de Freud, qui est celle de toute la science du XIXe siècle, est d'envisager l'énergie sous toutes ses formes non comme universellement diffuse mais comme uniquement localisée dans ses manifestations. Pour Freud, l'amour est issu de l'homme seul, la haine aussi ; il en serait la source dernière et unique. Or il est tout aussi scientifique de partir de l'hypothèse exactement inverse et de dire (avec l'advaïta Vedanta) que tout est dans tout, que l'univers est un tout où rien ne se crée, rien ne se perd, dont toutes les forces se répercutent sur tous les objets matériels [10], où le psychisme (le logos, la vie, l'amour ou la créativité) ne sont pas des expressions de l'homme isolé dans le Tout, mais sont des expressions du Tout lui-même à travers la manifestation, dont l'homme est la plus élevée dans ce qui est pour nous de visible.

Freud, parce qu'il avait localisé de façon définitive la source des pulsions dans le ça, se privait définitivement de toute possibilité de jamais comprendre le dynamisme spirituel de l'homme, et toutes ses possibilités d'évolution spirituelle en dehors de la psychanalyse, celle-ci se trouvant alors érigée au rang de panacée insurpassable. C'est cette erreur si grave qui a fait tomber la psychanalyse dans le discrédit où elle se trouve actuellement pour beaucoup. C'est le sort que l'évolution réserve, justement, aux fausses idoles. La psychanalyse doit se défaire de toutes ces erreurs pour retrouver la place éminente à laquelle elle a droit parmi les disciplines médicales et les sciences de l'homme.

L'erreur de Freud, découvrant le rôle absolument coercitif de l'inconscient dans les névroses, fut d'en déduire, implicitement, qu'il n'existait pas d'autre déterminisme que celui de l'inconscient.

La fausse religion, enfantine, se crée sur le modèle du comportement de l'enfant qui, ne trouvant pas que ses parents sont tels qu'il désire qu'ils soient, fabrique un père ou des parents idéaux, tels qu'il veut qu'ils soient, à sa convenance. Ainsi il évite de les connaître tels qu'ils sont, frustrants ou décevants. Il refuse ses parents réels, imparfaits mais vrais, et les refabrique dans son monde imaginaire. Ce sont ces parents faux qu'il croit aimer. En réalité les parents réels ont été refusés et imaginairement détruits.

A l'âge adulte, ce même mécanisme se répète si l'on n'y prend pas garde. C'est alors Dieu que je refuse dans sa réalité et que je fabrique à ma convenance. Il est facile de comprendre que le contact de la réalité va bien vite me donner la preuve que ce dieu n'existe pas. Et c'est bien vrai. Mais l'erreur c'est d'en déduire que le vrai Dieu n'existe pas, c'est confondre mes projections de mes désirs et d'un idéal faux sur Dieu avec Dieu lui-même. Dieu n'est pas un idéal. Ou Dieu est Dieu et c'est lui qui se révèle à moi ou il n'est pas et je n'ai pas à le fabriquer tel que je désire qu'il soit pour me plaindre ensuite que ce dieu n'est pas conforme au modèle, c'est-à-dire à mes désirs, ce dieu de pacotille que j'ai fabriqué ! La foi, c'est autre chose !

 

III. — UN PAS EN AVANT DANS LA COMPREHENSION

 

DE LA POSITION DE REPARATION.

 

 

 

Freud n'a donc fait que la moitié du chemin. Il a découvert les sources inconscientes du mental, il nous en a appris l'exploration mais n'a pas vu ce qui existe sous le mental.

Et c'est là que se trouvait la plus belle découverte à faire, qu'il a ratée. Lorsque les conflits du patient ont été résolus à travers la compréhension et l'interprétation du psychanalyste, survient un silence où le mental du patient se tourne vers les couches sous-jacentes de son psychisme avec lesquelles il se trouve dans un état de communication intériorisée qui est source de paix, de contentement et de désir d'aimer. C'est la position de réparation. Ce qui manque à la psychanalyse actuelle, c'est de continuer encore à interpréter au patient ce qu'il vit à ce moment, pour lui faire prendre conscience qu'il est en contact avec une réalité fondamentale au fond de lui-même, que celle-ci lui est transcendante et cosmique et que c'est la source où il doit apprendre à puiser son inspiration à tout instant de sa vie.

Le psychanalyste doit être capable, pour l'avoir réalisé profondément lui-même, de faire comprendre à son patient que s'il peut faire durer cette nouvelle attitude mentale toutes les minutes de son existence, il sera définitivement délivré de tous les conflits du mental, (de l'ego) qui se nomment, envie, jalousie, avidité, récrimination, morcellement, destructivité, en un mot ce que Mélanie Klein décrit comme position de persécution.

Si le psychanalyste ne comprend pas ce fait, il manquera l'occasion de le faire saisir à son patient chaque fois qu'il se présentera. L'analyse se bornera à chaque nouvelle séance à analyser les éléments de la position de persécution qui se représenteront toujours à nouveau. Privée de l'élan vers l'amour et la générosité que l'analyse complète de la position de réparation devrait donner, l'analyse va se prolonger indûment beaucoup trop longtemps et aboutir souvent à un résultat décevant.

Il n'y a vraiment aucun argument justifiant le fait de laisser le patient rechercher tout seul le sens de sa vie sans lui montrer où il peut le trouver. Le psychanalyste qui montre le chemin à son patient, le libère et lui donne, grâce à la psychanalyse, l'occasion de réellement guérir.

Car c'est en retrouvant cette communication nouménale au fond de soi chaque fois que nous l'avons perdue, que nous parvenons à une transformation vraiment radicale de notre être, la source neuve où notre être s'abreuve étant la seule capable de nous combler vraiment de manière à nous permettre de transcender toutes les frustrations. Notre effort ne consiste pas à vouloir aimer mais seulement à perdre la conscience dualiste de l'ego, qui rompt la communication avec les forces cosmiques de vie et d'amour.

Si dans la position de persécution l'homme est seul, séparé des autres et de tout dans son refus orgueilleux de communiquer, dans la position de réparation il est uni à tous et à tout.

Cet état de communication cosmique où nous sommes témoin de nous-même comme formant une partie du grand tout, nous rend indépendants de tous les conditionnements. C'est le véritable état adulte. Nous ne sommes plus dépendants des satisfactions, des connaissances, des marques d'affection, etc. Plus nous sommes débarrassés de l'ego, plus nous sommes comblés, moins nous courons le risque de régresser dans la revendication, l'amertume, la violence (la position de persécution).

La compréhension profonde, intuitive de ce phénomène, peut raccourcir énormément une psychanalyse, voire même, pourquoi pas, la rendre sans objet. On ne doit pas pouvoir psychanalyser un saint. Son inconscient doit exister, mais en repos, dans une zone potentielle, non investie de son être.

La psychanalyse vue ainsi devient une méthode, non seulement de découverte de l'inconscient, mais aussi de libération de tous les attachements de l'ego, une arme pour faire diminuer l'ego par la connaissance de soi.

L'absence d'ego (c'est à dire de conscience de moi en tant que séparé d'autrui), supprime tout conflit. J'aime tout le monde parce que je ne suis pas distinct de tout le monde qui est moi. Je m'aime dans les autres et dans tout l'univers. C'est la source de la vraie joie, sans plus de névrose. Tout l'être est aspiré, attiré dans un champ de forces cosmiques qui est Dieu, le logos, la vie, la vibration de Brahman, ou l'innommé ! Peu importe le nom !

L'amour, la joie, le sentiment de compréhension de l'autre, le dynamisme, la créativité, l'initiative, le succès, l'intégration, tous les corollaires de la position de réparation sont sous la dépendance de cette communication cosmique.

(Ce ne sont pas seulement les individus qui sont victimes de l'erreur dualiste, la science occidentale l'est aussi.)

Les savants, élevés dans une philosophie dualiste, qui a renforcé leur ego, projettent sans s'en rendre compte des présuppositions dualistes dans chacune de leurs recherches. Et ils retrouvent dans leurs conclusions les prémisses dualistes qu'ils ont posées à leur insu au départ !)

La croissance des êtres vivants traduit l'utilisation qu'ils font des forces cosmiques. La position de réparation n'est qu'un cas particulier, au sommet de la hiérarchie des créatures, du même phénomène de croissance.

Ces réflexions donnent à la psychanalyse une dimension nouvelle qui lui a manqué jusqu'à présent. Bien comprises, elles paraissent être de nature à lui permettre de ne plus décevoir.

Quand l'inconscient se révèle à l'observateur attentif, il permet de contempler une vérité d'une incomparable beauté. En effet chacun des domaines du réel porte la même marque, et sa beauté est partout pour qui sait la voir.

La bonne psychanalyse naît quand la distinction entre le médecin et le malade s'estompe à l'arrière-plan du conscient du psychanalyste ou, mieux, disparaît. Alors surgit l'interprétation juste, qui sera efficace, celle qui transforme le malade qui l'accepte. Dans l'exercice de son art, le psychanalyste est semblable au tireur à l'arc Zen. Ce n'est pas lui en tant que psychanalyste, rattaché à telle ou telle école, qui agit. Il n'est qu'un intermédiaire.

Un psychanalyste [11], paraphrasant Ambroise Paré [12] disait de son malade : je lui parlai, mais Dieu le guérit.

Freud nous a montré la nécessité pour l'analyste de se défaire totalement de son ego pour pouvoir donner des interprétations et éviter les pièges du contre-transfert. Bion [13] pour sa part, a insisté sur le profond silence intérieur que l'analyste doit maintenir en lui pendant la séance. Il doit vider son esprit de tout désir, de toute émotion, de tout souvenir et de toute pensée.

Pour pouvoir effectuer son travail d'interprétation, le psychanalyste doit être capable de se soumettre lui-même à l'ascèse qui consiste à se dépouiller au maximum de son ego. Tout amour-propre, toute ambition, tout désir, plus encore, tout souvenir doit être aboli de l'esprit du psychanalyste pendant la durée de la séance. Son esprit doit être dépouillé de toutes les couches superficielles et réduit à l'innocente pureté de sa seule couche fondamentale, dans le silence intérieur où seul le vécu présent du patient vient s'inscrire.

Si l'analyste sait se soumettre à cette ascèse, il lui est facile de reconnaître le vécu du patient, et de l'interpréter sans être victime de sa subjectivité et de ses projections.

Si l'analyste est parvenu à ne plus se sentir exister consciemment en tant que distinct de son patient, ce dernier ne pourra jamais parvenir à le manier, à le contrôler, ou à le faire " tomber dans ses défenses ".

L'analyste idéal évite tous les pièges du contre-transfert parce qu'il est sans égo.

L'analyste se trouve dans la nécessité absolue de se débarrasser de son égo (c'est à dire de la conscience de la séparation) quand il interprète à son patient. Pour pouvoir comprendre ce dernier il doit se trouver en empathie avec lui, c'est à dire se sentir un avec lui.

Il n'y a qu'un pas à faire pour adopter la même attitude dans tous les actes de la vie.

Cette attitude, si profitable dans notre pratique professionnelle, il peut nous devenir naturel de la conserver dans tous les autres moments de notre vie quotidienne.

C'est par ce détour bien inattendu (celui de la théorie de la technique), que la psychanalyse se trouve rejoindre la sagesse orientale. Nul doute qu'en puisant largement dans l'expérience millénaire de celle-ci, la psychanalyse n'y trouve les remèdes des troubles de croissance dont elle souffre présentement.

Le psychanalyste doit posséder certaines qualités ; il doit être équilibré, capable d'aimer, il doit aimer son patient.

Nous avons vu qu'il ne peut être équilibré s'il n'assume pas consciemment ou inconsciemment sa relation au tout universel en acquiesçant à toutes les lois qui l'informent, le créent, le tissent et l'inspirent à chaque instant.

Si le psychanalyste a compris que c'est en participant au tout cosmique qu'il trouve son équilibre, comment pourrait-il conserver le secret de cette découverte pour lui seul sans en faire profiter son patient ?

La psychanalyse ne peut pas à elle seule guérir quiconque qui demeure séparé du Tout, rétréci dans l'isolation mortelle de l'ego.

Deux voies s'ouvrent : ou bien le psychanalyste délègue au prêtre la tâche de faire retrouver au malade le sens de sa vie, ou bien le psychanalyste se fait prêtre et, ayant lui-même été libéré par la découverte du sens de l'être, il se sent qualifié pour la tâche de guider les autres sur cette voie. Faute de distinguer ce dilemme, le psychanalyste se trouvera souvent pour son très grand malheur dans la position de l'aveugle qui guide des aveugles.

Si l'on regarde l'égo de très près, on verra que tout le problème de sa pérennité tient au fait que lorsqu'on est totalement identifié à son égo, la perte de celui-ci réactive une angoisse de mort et d'annihilation intérieure intolérable. Ce fait est l'obstacle majeur au progrès décisif que représente l'étape suivante de l'évolution, caractéristique du stade adulte, qui est la diminution ou la disparition de l'ego en faveur d'une conscience de participer à la vie cosmique.

C'est seulement en prenant conscience que nous sommes créés à chaque instant, dans un état de dépendance absolue, qu'il devient possible, facile et désirable de mourir à (l'illusion de vivre par) soi-même. Je n'ai plus à me soucier de moi-même, mon existence, comme celle de chaque électron ou atome du cosmos, est la résultante du jeu de toutes ses forces infinies que je ne peux même pas concevoir.

Tous les esclavages, la dictature, les asservissements économiques, familiaux, sociaux et religieux ne peuvent exister que s'il y a une psychologie de l'ego, c'est à dire une image psychique distincte du sujet, que ce dernier investit de pouvoirs imaginaires et à laquelle il se soumet ensuite par peur ou pour s'en incorporer la puissance. [14]

La perte de l'égo dans la communication cosmique libère de la peur (c'est-à-dire de la position de persécution) et du désir de puissance. En effet si je suis déjà tout, je ne peux rien désirer de plus : que pourrait souhaiter celui qui est déjà comblé !

Pour pouvoir conduire son patient jusque là, c'est-à-dire à la vraie guérison et à la fin de l'analyse, il faut que le patient sente très clairement qu'il est aimé par son analyste. Si ce dernier n'est pas dans la position de réparation, comment pourrait-il y conduire son patient ?

Avant de pouvoir se sentir en sécurité dans l'amour cosmique, l'enfant a besoin pendant longtemps de s'appuyer sur l'amour concret et sensible de ses parents. On ne lâche réellement les bras de ses parents que si l'on en a trouvé dans le cosmos, l'équivalent. A vrai dire, les parents n'ont jamais crée eux-mêmes leur enfant pas plus qu'ils ne l'ont aidé à vivre, c'est toujours les forces éternelles qui font tout le travail, les parents ne sont que des intermédiaires, temporairement indispensables. Les psychanalystes aussi.

Sans égo il n'y a pas de souffrance, du moins pas celle créée par l'agression revendicatrice intériorisée dans l'égo. Il n'y a pas de peur morbide non plus et le cercle vicieux peur-agression, qui renforce sans fin la position de persécution, est brisé. La peur, c'est la peur de la mort de l'ego, de sa meurtrissure ou sa destruction. Sans égo il n'y a plus cette angoisse ni cette souffrance. Et ceci est à la portée de chacun qui veut bien faire l'effort de devenir vraiment adulte.

C'est en éclairant l'ego sous toutes ses faces pour mieux le faire disparaître que la psychanalyse doit aider à guérir.

Le chemin de l'évolution de l'homme va de la dépendance et de l'attachement, à l'indépendance et au détachement. La jalousie, l'envie, la violence sont toutes nos maladies d'enfance. Les psychanalystes ont abondamment décrit tous les modes de possessivité (oralité de succion, cannibalisme, omnipotence, possessivité anale...)

Combien sont rares les hommes qui sont capables d'aimer en adultes, librement, sans dépendre de celui ou de celle qu'ils croient aimer !

Aujourd'hui où tout converge, n'est-il pas naturel que la psychanalyse, qui a tant fait pour rendre à l'homme névrosé la capacité de jouir de la vie et de ses plaisirs, découvre à son tour qu'il est bon de ne pas tomber dans la dépendance du plaisir ?

 

IV. — PSYCHANALYSE, MORALE ET SENS DE LA VIE [15]

 

 

L'enfant participe à sa naissance [16], dont il est conscient. Notre mentalité d'adulte tend à nous obscurcir ce fait. En effet nous avons tellement l'habitude de vivre dans une conscience de dualité qu'il nous est difficile de concevoir qu'à la naissance nous avions une conscience moniste. Nous étions dans le paradis originel, avant le " péché originel ", qui est l'ego.

L'état psychique de l'enfant à sa naissance [17] doit être en continuité avec son vécu prénatal et ce dernier doit correspondre à ce que nous appelons le sentiment de la communication avec l'univers, l'utérus étant pour le fœtus l'équivalent de l'univers.

C'est cet état qu'il faut de toute importance éviter de traumatiser au moment de la naissance, car il est destiné à durer toute la vie, comme une toile de fond sur laquelle viendront se tisser tous les motifs que constitueront les perceptions diacritiques, les souvenirs et les expériences qui conditionneront la construction de l'intelligence logique et symbolique, et la conscience du temps et de l'espace.

L'intelligence de l'adulte est constituée, Descartes l'a fort bien vu, de deux intelligences superposées en palimpseste, l'une fondamentale, intuitive, immédiate, créatrice et qui connaît par amour, qui fonctionne par empathie et qui précède la pensée ; l'autre qui est dualiste et rationnelle et qui connaît par son pouvoir séparateur.

Quand la communication avec l'entourage a été défectueuse parce-que la naissance a été vécue comme un traumatisme, le sujet peut avoir de la peine, sa vie durant, à trouver le sens de sa vie. Son désir profond de retourner dans le ventre maternel peut se traduire consciemment par le sentiment que sa vie n'a pas de sens. En réalité c'est le patient lui-même qui dès sa naissance, a inversé le sens d'une partie de son courant vital. La guérison de ce symptôme comporte le renversement du sens de l'élan vital, c'est-à-dire l'acceptation de sa naissance.

Il est un moyen d'éviter d'être confronté avec l'angoisse métaphysique liée au sentiment que la vie est absurde et totalement dépourvue de sens, c'est de se réfugier dans l'illusion de posséder dans son propre égo une sécurité protectrice. Beaucoup évitent le suicide grâce à cette illusion. On comprend que le psychanalyste ait la tâche ardue dans ce cas.

Celui qui à la place de vivre en Dieu choisit de vivre dans son petit égo dont il fait son Dieu, fait un mauvais calcul.

En choisissant de posséder son égo (qui nous l'avons vu est mis en équation dans l'inconscient avec un " objet " primitif partiel, le " sein " maternel [18], le sujet choisit de perdre la réalité divine [19] qu'il ne peut posséder mais par laquelle il ne peut qu'être possédé. Il est un fou qui a choisi de posséder par lui-même au lieu d'être possédé par Dieu même.

Cette vision nouvelle que le psychanalyste doit donner à son patient puisque c'est ce que ce dernier vient chercher auprès de lui, représente une révolution intérieure : le passage de la condition d'enfant à la vraie condition adulte.

Il ne s'agit en effet de rien moins que de chercher à faire disparaître la conscience de la dualité, l'affirmation orgueilleuse de l'égo individuel en face du monde. Il semble que ce soit là le couronnement normal du processus de la croissance humaine, celle-ci s'accomplissant dès la naissance dans le sentiment de la dualité ; la compétition, l'avidité, la colère, la possessivité, la jalousie constituant autant de caractéristiques jusqu'à présent inévitables et liées à la conscience de l'égo qui jalonnent le développement normal de l'enfant vers la vraie maturité.

Notes :

[1] - Prof. John A. Wheeler. The known and the unknown. American scientist - spring 68.
[2] - Henri Prat, Le champ unitaire en biologie. P.U.F.
[3] - Qu'elle a nommé position dépressive, ce qui prête à confusion car dépression et position dépressive sont deux états qui n'ont souvent rien de commun.
[4] - Voir à ce sujet : Arnaud Desjardins, Les chemins de la sagesse. Vol. 3.
[5] - Freud avait le premier soupçonné l'importance de ce sentiment, mais c'est à Mélanie Klein que nous devons son étude plus poussée ; voir son chef-d'œuvre : Envie et gratitude, Paris, Payot.
[6] - C'est à ce moment qu'il reconnaît sa mère comme un être humain entier.
[7] - En anglais : selfish.   
[8] - Jean XV. /25.
[9] - Cosmogonie d'Urantia, p. 1271. Paris 1962, Editions Urantia.
[10] - C'est aujourd'hui une idée acceptée par la physique moderne. Là aussi l'évolution s'opère en partant du morcellement pour aboutir à l'intégration totale.
[11] - Sacha Nacht.
[12] - Je le pansai, Dieu le guérit.
[13] - Attention and Interpretation. Tavistock, Londres, 1970.
[14] - « Tant qu'un homme croit devoir trembler devant un être surnaturel, il y aura des prêtres qui revendiqueront des droits et des privilèges, et qui voudront faire trembler les hommes devant eux ». Vivekananda
[15] - V.E. Frankl, la psychothérapie et son image de l'homme. Paris.
[16] - II n'est pas rare qu'au cours d'une psychanalyse, le patient retrouve le souvenir précis des éléments de sa naissance. Ce fait prouve l'existence d'un psychisme à la naissance (cf. Winnicott. De la pédiatrie à la psychanalyse. Payot, Paris, p. 72).
[17] - S'il n'est pas traumatisé à la naissance par l'accoucheur.
[18] - Dont l'introjection est représentée dans le mythe d'Éden par le fait de manger la pomme.
[19] - C'est la perte du paradis décrit par le mythe de la chute originelle édénique.

 

 

Dernière modification le dimanche, 17 février 2013
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