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Nous sommes conditionnés par des siècles de préceptes religieux et moraux auxquels s'ajoutent les croyances plus récentes des spiritualités New-Age et orientales. Notre regard sur le monde et sur nous-mêmes est constamment déterminé, généralement à notre insu, par ce conditionnement. Nous ne sommes pas libres de voir le réel ; de réaliser qui nous sommes vraiment ; de connaître nos désirs, nos motivations et nos vocations voire notre potentiel humain ou d'évaluer la justesse de nos actions et de nos choix.

 

Quoi que nous fassions sous l'emprise de ce conditionnement, nous ne progressons pas, ni individuellement - en regard de cet accomplissement personnel auquel nous aspirons - ni socialement, dans notre " vivre ensemble ". Ce sentiment de " tourner en rond " est général en Occident où le désir de " se connaître " est aussi prégnant que la confusion est totale. Sans une " mise à plat " de tous nos systèmes de croyances, même ce qui nous semble a priori le plus légitime, ce sentiment ne peut que persister.

 

La spiritualité survivra évidemment à l'abandon des croyances et des institutions qui se sont greffées sur cette aspiration originelle. Mais il y a mieux : une spiritualité authentique pourrait renaître de cette épuration. Je ne conçois d'ailleurs pas d'alternative. Les vieilles structures, celles de nos croyances internes comme celles de nos structures externes, sont solides et sur la défensive mais le tremblement de l'âme est de magnitude 9 sur l'échelle de la transformation. Il y a quarante ans que nous entendons parler de " changement de paradigme " mais autant d'années que les modèles restent les mêmes, ancrés dans les mêmes schémas de fuites individuels et collectifs. Aujourd'hui, les signes du déclin de nos vieux modèles sont flagrants. Et ce constat n'est plus abstrait ou philosophique, il vient nous toucher jusque dans notre chair, dans notre âme.

 

Mais aurons-nous le courage d'abandonner nos croyances pour vérifier ce que nous pouvons découvrir, sur nous-mêmes, sur l'existence, une fois libérés de ce lourd héritage mental et émotionnel ? Car la peur est toujours maîtresse des lieux. C'est d'ailleurs ce qui a contribué au discrédit de la démarche spirituelle tant il est évident à ceux qui l'observent que le moteur des pratiques et rituels est la terreur devant l'inconnu et la recherche de sécurités. Pourtant, l'aspiration spirituelle ensevelie sous ces instincts n'est pas un leurre. Elle ne décline jamais, elle, toujours prête à faire une percée dans la chape pesante de nos automatismes, de nos réflexes conditionnés, de nos mentalisations épuisantes, de nos conditionnements collectifs. Elle ne nous parle pas de " faire ", de " croire " ni de " pratiquer " mais d'être et de partager. Là où le " croyant " s'attache à accomplir précisément ses tâches pour obtenir une gratification future, l'aspirant spirituel ne ressent que l'appel à " être vivant " et cette " nostalgie de l'amour " qui motive tous ses actes.

 

Pourquoi ces deux aspirations ne peuvent-elles être considérées comme des " croyances " ? Parce qu'elles transcendent le temps et les groupes organisés, se manifestant tout autant hors des cercles spirituels qu'en leur sein, et cela depuis la nuit des temps. Il n'y a pas de différence notable entre l'être humain qui recourt à une méditation pour éveiller la Kundalini, vivre une extase et celui qui prend une drogue ou encore un autre qui va faire plusieurs tours de grand huit dans une fête foraine. Le goût de l'intensité est une expression dérivée du besoin de se sentir vivant, adoptant des formes diverses dans nos sociétés superficielles, et le plus souvent frustrantes. La quête affective, de la même façon, n'est pas radicalement différente quand elle s'exprime dans le besoin d'être proche du maître spirituel ou de fusionner avec le cosmos, dans la recherche de l'âme sœur, d'un partenaire sexuel ou dans le besoin de reconnaissance sociale. De fait, la quête de joie et la demande d'amour sont universelles, mais nous avons tendance à croire que les méthodes utilisées par les spiritualités cherchent à atteindre et produisent quelque chose de supérieur, alors qu'il ne s'agit que du même appel humain à une vie vécue dans sa plénitude.

 

Il y a une forte probabilité qu'émerge bientôt une spiritualité nouvelle, sans passé, dans l'abandon complet de nos systèmes de croyances. Pour accompagner cette transformation, il y a cependant un préalable : nous devons être capables de reconnaître ce qui, en nous-mêmes, relève de la croyance. Parce que nous avons l'habitude de présenter un concept ou une conviction - qui n'est pas issue d'une expérience consciente - comme une vérité ultime (de fait, la subtilité d'une croyance peut nous faire croire que nous ne croyons rien, ce qui est une forme comme une autre de croyance). Chaque religion ou groupe spirituel protège un corpus plus ou moins sophistiqué de conceptions des origines et finalités de la vie. Et la l'adoption de ces interprétations exclusives finit par apparaître comme une réalité unique et indiscutable.

 

Or, cet attachement à des conceptions intellectuelles et divergentes de l'existence, en plus d'être à l'origine des guerres les plus meurtrières que nos civilisations ont subies, génère cet enfermement mental dont nous souffrons plus que tout, l'attention étant mobilisée sur des épiphénomènes, des cogitations stériles, des exaltations sans fondement, et toute cette agitation en surface de notre vie creuse le fossé entre les appels universels et intimes mentionnés précédemment et les nécessités artificielles créées par nos systèmes de croyances.

 

Les conditionnements dans le champ de la spiritualité sont au bord de l'effondrement. Je qualifie ce genre de " catastrophe " de " salutaire ". Mais je constate que si nous n'accompagnons pas en conscience ce séisme, les chercheurs vont s'accrocher aux morceaux d'épave de leurs vieilles habitudes plutôt que de se laisser porter par la vague, ou encore se sentir démunis, croyant qu'il ne peut rien rester de précieux après un tel effondrement.

 

Une spiritualité sans passé n'est pas une option. C'est la résurgence de l'appel réel qui nous anime essentiellement. Cycliquement, les formes se dissolvent pour laisser surgir le fond. Notre époque nous donne des signes très nets qu'il ne nous est plus possible de faire l'économie d'un renouveau radical de la spiritualité si nous voulons voir advenir un nouveau paradigme pour l'humanité

 

Je propose à tous les chercheurs, de quelque bord qu'ils soient (puisque les systèmes dont ils sont issus ne comptent pas) de se rassembler en eux-mêmes et entre eux pour contempler la possibilité d'une simplification si radicale que le sens même de la vie leur apparaîtra avec la même évidence que celle qui pousse la rivière à suivre son cours. Nous avons longtemps disserté sur la source de la rivière, sa profondeur, et sa destination mythique, depuis ses berges, nous invectivant les uns les autres, sans jamais mettre plus d'un doigt de pied dans l'eau. Nous avons cru connaître la force de son courant en le mesurant avec des outils et en discutant des résultats de nos mesures. Nous avons eu la certitude réconfortante qu'il suffisait de croire en la rivière pour en ressentir la vie. Nous avons donné des noms multiples à la rivière et nous sommes battus lorsque ces noms étaient différents. Puis, un jour comme aujourd'hui, à force de se battre, l'un d'entre nous tombe à l'eau et entre en contact direct avec la nature de la rivière. Celui-là ne discutera plus sur la berge mais les autres sauront-ils se mettre à nu pour plonger avec lui ? Tel est le dilemme de notre époque. Cependant, nous n'avons jamais été autant aidés qu'aujourd'hui. Il est des séismes qui, en nous précipitant dans le flot de la vie, sont plus convaincants que les mots. Les miens ne sont là que pour proposer un accompagnement conscient de cette révolution en cours.

 

 

Depuis onze ans, Thierry Vissac invite les chercheurs spirituels à un échange profond et intime sur les rouages de leur quête, à une rencontre avec soi défrichée du poids du jugement et des espoirs excentriques de l'ego spirituel. Site Internet : http://www.istenqs.org

Thierry est l'auteur de plusieurs ouvrages dont : " A bout de course - le dernier dialogue ", " Ni singe ni sage ou l'éveil de l'homme nouveau ", et de deux DVD vidéo : " Entretien avec Thierry Vissac ", parus aux Editions La Parole Vivante.

Dernière modification le dimanche, 17 février 2013
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