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serpent

« Tu es un océan qui embrasse tout, tu es le non-né au pied unique,

tu es le serpent des profondeurs océaniques ». Yajur Veda

 

 

« Que le souffle exhalé sorte et que le souffle inhalé entre, de leur propre accord.

La Kuṇḍalinī dont l’aspect est sinueux recouvre son essence dressée.

C’est la grande Déesse immanente et transcendante, le suprême Sanctuaire. »

Vijñāna Bhairava Tantra

 

 

 

Kuṇḍalinī signifie « l’annelée », la « lovée », on la compare à un serpent qui gît, enroulé, endormi, dans les tréfonds du corps humain.

Kuṇḍalinī représente l’énergie divine, primordiale, qui s’est enroulée, involuée en chaque être humain, sommeillant au centre de son bassin.

Cette énergie endormie est la source latente de toutes les puissances que le yoga se propose de libérer.

Toute pratique yoguique un tant soit peu sérieuse met cette énergie des profondeurs en mouvement et lui donne, en quelque sorte, la possibilité de s’éveiller, de se redresser, de s’élever et ainsi, de révéler la conscience à elle-même.

Les pratiques tantriques mettent plus particulièrement l’accent sur l’éveil de l’énergie Kuṇḍalinī.

Lorsqu’elle demeure endormie, enroulée, Kuṇḍalinī s’avère empoisonnante. Son poison instille en notre conscience l’ignorance, la confusion, la focalisation de notre attention sur la seule réalité matérielle, objective, temporelle. Sa morsure toxique nous fait nous identifier à nos pensées et à notre corps et nous rend ainsi mortels.

Une fois éveillée, Kuṇḍalinī devient efficiente et change radicalement de nature.

Elle hisse la conscience sur ses niveaux de fréquence les plus hauts, et confère la réalisation du Soi et donc, l’immortalité.

Dans son processus de déploiement ascendant, Kuṇḍalinī perce et fait vibrer différents centres de vie que la tradition nomme cakra ou padma.

Ces roues d’énergie vibrante s’étagent le long d’un axe compris entre le bassin (la région du périnée) et le sommet du crâne.

Cet axe, suśumnānāī, est la principale ī. Dans la conception tantrique, le corps subtil est sillonné d’innombrables ī – 72000 – représentant les veines ou canaux subtils véhiculant les courants de la vie, les flots de l’énergie – prāa -.

Suśumnā est en relation avec les deux grandes ī de la dualité qui se trouvent à gauche et à droite de cette tige médiane aussi délicate que la tige d’un lotus.

A droite, pigalā ou sūryanāḍī est la veine solaire qui représente nos tendances naturelles à l’action.

A gauche, iā ou somanāī véhicule l’énergie lunaire qui nous pousse à penser, à imaginer.

Ordinairement l’énergie de vie (prāa) alterne dans ces deux ī et nous prédispose à toujours agir et penser, agir et penser.

Dans le cadre de l’existence ordinaire, l’énergie ne devient disponible dans suśumnā que durant de brefs instants, si brefs que nous ne prenons pas conscience du changement.

La pratique du yoga unifie ces deux grands courants de la dualité et réengage l’énergie en suśumnā, aussi appelée madhyanāī, « Tige de la Déesse » ou « Voie du Milieu ».

Lorsque ce recentrage a lieu, nous nous éveillons à notre nature axiale, nous expérimentons un état de présence pure ; la conscience essentielle s’épanouit librement.

Nous ne sommes plus alors perdus, empoisonnés par le flux incessant de l’activité et de la pensée. Nous perçons la coquille du sommeil spirituel et nous éveillons à la pleine clarté de la présence immédiate, de la lumière consciente.

 

De multiples pratiques yoguiques et tantriques convergent vers le recueillement et le déploiement ascendant des énergies dans cet axe médian.

Suśumnā représente donc le fourreau subtil, vide, où Kuṇḍalinī va se redresser, se déployer, s’éveiller, entraînant dans son ascension la mise en effervescence, en vibration, des différentes roues de vie : les cakra.

 

Deux termes principaux sont utilisés pour définir ces carrefours, ces vortex spécifiques de l’énergie : cakra et padma.

Etymologiquement, cakra signifie roue, cercle, disque, roue du potier, moulin, mouvement circulaire.

Padma est le nom du nénuphar ou du lotus, ou de ce qui a la forme du lotus.

 

Les cakra peuvent donc être considérés de deux manières :

  • des zones subtiles de recueillement et de tournoiement intense de l’énergie : les roues de la vie ;

  • des lieux d’ouverture et d’épanouissement : les fleurs de la vie.

 

Dans le vécu, ces deux dynamismes se rejoignent. En s’activant, les roues de vie engendrent une intense mise en vibration de la zone corporelle correspondante et, à travers cette effervescence énergétique, une ouverture et une spatialisation de la conscience corporelle subtile.

D’objective – repliée sur elle-même - cette conscience devient ondulatoire, pulsante.

Le corps perd alors les limites bien étroites dans lesquelles l’identification à la pensée le maintient.

Tous les niveaux de cette expérience, de ce processus de dévoilement du corps subtil s’ancrent dans le sens tactile qui se déploie, alors, dans des dimensions vibratoires insoupçonnables.

 

 

J’ai personnellement exploré la réalité des « roues » d’une façon empirique, lors d’une situation qui semblait, en apparence, très éloignée des approches du yoga.

Je ne connaissais rien, à cette époque, sur les cakra. Je vivais « l’aventure » sur une petite île des Antilles : la Désirade, et avais pour occupation principale la pêche.

Dans les années 1979 – 1980, les conditions de pêche dans cette île étaient très rudimentaires : un petit bateau (une barque plutôt effilée pour bien « couper » la houle), un moteur, des lignes, quelques casiers.

Un jour de pêche, je me suis blessé, très légèrement en apparence, en marchant malencontreusement sur la gueule d’un « tazard », un poisson carnassier que nous avions attrapé et qui gisait au fond du bateau.

La blessure semblait tellement anodine que je ne m’en suis pas préoccupé. Quelques jours plus tard, une inflammation très sévère s’est développée rapidement.

Curieusement, les deux côtés se sont enflammés alors que je n’avais été blessé qu’à un seul pied. Les circuits lymphatiques devinrent gonflés et violacés des pieds jusqu’au cou, très nettement visibles.

Cet état (septicémie ?) a empiré tout au long de la journée.

Aucun médecin n’étant disponible sur l’île, je ne pouvais rien faire d’autre qu’attendre et endurer.

Dans la soirée, tout mon corps fut pris de tremblements incontrôlables ; je pensais aux symptômes du tétanos et me sentais vraiment très mal, très vulnérable.

Mon corps était brûlant d’une fièvre très élevée et tremblait, tremblait.

A un certain moment, je me suis senti absorbé dans une sorte de sommeil comateux et j’ai vraiment cru que ma dernière heure était venue.

Quelques heures plus tard, je me suis réveillé en pleine nuit.

J’allais toujours aussi mal mais je percevais intensément une sorte de rayonnement dans la région du nombril, un rayonnement vibrant, pulsant, irrésistible, souverain.

Ce rayonnement spontané, constitué d’ondes rythmiques puissantes se déploya pendant une heure environ. Toute mon attention y était focalisée, j’y entrevoyais spontanément la manifestation d’un dénouement heureux de cette expérience. Au bout d’une heure je me suis senti mieux et … apaisé. Je me suis endormi et lorsque je me suis réveillé le lendemain matin, j’étais guéri. Epuisé, mais guéri.

La roue ombilicale, je l’apprendrai plus tard, est le centre de l’énergie de vie. Son activation spontanée et intense avait ramené rapidement la santé dans mon corps.

Les jours et mois qui suivirent cette expérience furent marqués par une intensification de la région cardiaque et de la région frontale que la cartographie tantrique donne pour siège d’Ājñācakra : le siège de l’intuition. Avec le recul, je ne pense pas que cet épisode d’activation de la roue ombilicale, lors de cette pathologie, ait joué un rôle causal dans ce qui suivit. Au plus était-il l’un des éléments du vaste processus d’éveil spontané et sauvage de Kuṇḍalinī, qui commença à se déployer dans mon organisme à partir de ce moment.

Ce processus était spontané, incroyablement intense. J’y assistais, très étonné.

 

L’exploration consciente du corps senti nous amène à percevoir l’extraordinaire sensibilité et liberté dynamique du « corps subtil ».

 

Ce corps subtil représente le médiateur privilégié entre la dimension mondaine de notre forme et la Présence immédiate sans forme.

Le corps subtil possède des qualités qui dépassent largement celle du corps apparent.

Corps d’ondes, de pulsations, de vibrations, de fourmillements, de frémissements, de souffles, il a l’espace et l’immensité pour vêtements, la lumière et l’énergie pour moelle.

La quiétude et la félicité ondoient dans son cœur. La Conscience tisse sa méta-substance.

Il est extensible, et ne se limite aucunement à l’enveloppe charnelle.

Il peut ainsi se dilater amplement, se « spatialiser ».

 

La découverte des voies du yoga m’amena rapidement à dévoiler cet espace vibratoire étonnant, paradoxal, du corps subtil, des courants d’énergie pulsante qui y coulent et ces roues tourbillonnantes, rayonnantes qui en constituent les foyers.

Ce déploiement vibratoire s’accompagnait de moments de recueillement, d’absorption irrépressible durant lesquels le silence et le vide intérieurs s’épanouissaient naturellement.

Ce silence ne s’offrait pas comme une expérience, il n’était pas un objet subtil dont je pouvais jouir.

Plus intime que moi-même, ce silence se révélait plutôt comme le fond conscient, abyssal dans lequel la question « qui suis-je ? » s’abolissait en s’accomplissant entièrement, parfaitement.

Que trouvais-je ainsi dans ces moments de recueillement intense ?

Un silence indescriptible, plus subtil que le subtil, une bénédiction, un retour au non-lieu originel où toute quête, toute démarche, toute question, tout mouvement se dissolvent.

 

 

 

Un silence paix.

Un silence joie.

Un silence amour.

Un silence « Je ».

 

Dans mon vécu et ma démarche, le déploiement de l’énergie et le recueillement méditatif furent et sont toujours concomitants.

Partenaires tourbillonnants ou langoureusement enlacés, ils vont l’amble, ils dansent ensemble.

 

Quelques mois après ce déclenchement spontané de la puissance du centre ombilical – manipūra - ma pratique se résumait en un recueillement intense dans la roue du cœur - anāhata –.

Lorsque la concentration atteignait une certaine intensité, « je » basculais dans un niveau de réalité intérieure, un espace au centre de la poitrine, où régnaient sans partage un silence virginal, une lumière intime sans foyer, une douceur aimante, paisible et extatique.

Je « revenais » de ces absorptions spontanées avec un sentiment de tranquillité incroyable, de clarté, de lucidité, de légèreté.

 

Le cœur, anāhata, se révèle être l’espace souverain où la conscience entame son processus de reconnaissance d’elle-même.

Le cœur, ce lieu que nous désignons tous spontanément de la main en la portant au centre de notre poitrine, lorsque nous disons « je », « moi ».

Le cœur, siège suprasensible de la conscience.

Le cœur, espace subtil de réception du divin.

 

La Chandogya Upaniad l’affirme avec beauté :

 

« Le petit espace à l’intérieur du cœur est aussi grand que le vaste univers.

Les paradis et la terre se trouvent là, ainsi que le soleil, la lune et les étoiles ;

Le feu, les éclairs et le vent sont aussi là,

ainsi que tout ce qui est présent comme ce qui ne l’est pas.

Car tout l’univers entier est en LUI et il loge au sein de notre cœur. »

 

 

Comment s’ouvrir à ce potentiel dynamique et aux éclosions de conscience qui l’accompagnent ?

 

Il suffit de rassembler, de concentrer, de recueillir notre attention et notre respiration dans suśumnanāī, l’axe divin, la tige de la Déesse.

 

EXERCICE :

 

L’exercice que je vous propose est simple, ses effets sont puissants.

Je vous invite à le réaliser dans une position assise confortable, une des grandes poses de yoga : siddhāsana ou sukhāsana.

Si cela est impossible pour vous, asseyez-vous simplement sur une chaise, le dos bien droit, sans tension.

 

« Dans un premier temps, je vous invite à habiter votre assise ; laissez les pieds, les fesses, le bassin et les cuisses se déposer sur leur support.

Laissez votre attention balayer et sonder les éventuelles tensions correspondant aux zones de défense : front, espace entre les yeux, yeux, tempes, mâchoires, dents, langue, nuque, épaules, bas-ventre.

Puis revenez à une conscience vivante du mouvement de votre respiration.

Prenez vraiment le temps de vous rendre disponible.

Puis, à partir de cette qualité de présence, laissez votre attention remonter au sommet de votre crâne et s’y établir.

Prenez le temps pour le faire, sans générer de tensions.

Evoquez une fleur blanche très délicate aux multiples pétales et rangées de pétales qui s’ouvre doucement.

Placez également votre respiration dans cette zone comme si vous respiriez par le sommet du crâne.

Caressez délicatement et tactilement cette fleur avec le souffle.

Evoquez l’éclosion de la fleur, les pétales qui s’ouvrent en frémissant comme des ailes de papillon.

Explorez le ressenti.

Ne cherchez aucun résultat.

Restez détendu.

Sondez l’espace au-dessus, le ciel.

Explorez tactilement le ciel.

Peut-être ressentirez-vous, rapidement, une tranquillité, une diminution nette, sensible, de l’activité mentale et donc de l’agitation.

 

Cet espace supraphysique, au-dessus de la tête, devient, si nous prenons l’habitude d’y recueillir notre attention et notre souffle, intensément vivant, vibrant, clair, vaste, silencieux.

Lorsque dvādaśānta, le centre relais de l’énergie universelle dans le corps(au-dessus de la tête,dans l’espace) se réactive, nous le ressentons comme une infusion de vibrations très fines. Nous l’éprouvons également tel l’épanouissement d’une clarté nouvelle, d’une étendue, d’une expansion, d’une tranquillité.

 

Puis, à votre rythme, dès que cet espace vous semble vivant, laissez lentement votre attention redescendre dans la tête, dans le cou, dans le cœur, au milieu de la poitrine.

Prenez un peu de temps et respirez dans ces trois roues de vie.

Avec un peu d’habitude, cette qualité vibratoire supérieure va accompagner le mouvement descendant de votre attention : les pouvoirs et qualités supérieurs de la conscience (paix, silence, douceur, clarté…) commencent à inonder, à infuser le cerveau, le cou, le cœur.

Centrez votre attention dans le cœur, respirez au centre de la poitrine.

Evoquez une fleur rose pâle, très délicate, qui s’épanouit tournée vers le haut, avec, en son centre, un joyau de couleur verte, une émeraude très pure.

Polissez amoureusement le joyau du cœur avec le souffle.

Plongez dans le mystère du cœur.

Puis convoquez la force de votre élan, de votre aspiration à rejoindre l’essence de la conscience.

Laissez cet élan, cette aspiration, cette adoration pure s’élancer du cœur vers le haut, le sommet du crâne et l’espace au-dessus.

Cet élan s’apparente à un mouvement ascendant animé d’une vibration, d’une onde subtile. Gardez-le relié à votre respiration, laissez-le s’épuiser de lui-même puis…appréciez.

 

Appréciez et doucement revenez au cœur, comme précédemment.

 

 

La fleur du cœur s’ouvre.

 

Le ciel descend dans le cœur. Goûtez la saveur.

 

Ouvrir le centre du cœur est la félicité de l’esprit. 

 

 

Lorsque nous renouvelons régulièrement cet exercice contemplatif, nous activons une sorte de relais supraphysique à travers lequel nous nous reconnectons aux énergies supérieures, à un flot descendant de puissances et de qualités spirituelles qui inondent et infusent alors, progressivement, toutes les roues (cakra) et, par leur intermédiaire, le corps tout entier.

Le corps lui-même, la conscience que nous en avons alors, s’offre telle une masse vibrante, lumineuse et immense de conscience.

 

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Dernière modification le dimanche, 22 mai 2016

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