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« À plusieurs reprises, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec Stephen Jourdain sur l’importance de l’imaginaire comme voie d’accès à notre identité fondamentale. Ces entretiens m’ont permis de faire une synthèse de ce qu’il entendait par « l’aquarelle mystique ». Cela se présente comme un jeu. Un jeu enfantin avec un but divin… celui de comprendre le je originel. Le texte est donc un exposé de la règle du jeu. Par la suite, nous avons eu plusieurs entretiens, dont « la liberté du Comanche », qui sont venus apporter des informations précieuses à la mise en place de cette aquarelle. » (Christian Jourdain)

Que se passe t-il au moment où l’enfance déraille ? Il semble que le tout jeune enfant n’ait pas intégré la séparation comme cette réalité qui place l’autre dans un ailleurs infranchissable. Cet autre, le monde, ou soi-même vécu comme une entité dépendante du monde, forme une image négative dont il semble impossible de sortir.

De cette image négative émanent des teintes de mauvaises qualités qui retentissent comme n’allant pas. Cette image mentale, globale, est très organisée, ce qui laisse supposer qu’on est devant un symbole et pas une image picturale. Le geste à faire c’est de prendre du recul et de voir tout en une seule fois. Il s’agit d’aller au fond du phénomène et d’en avoir une vision panoramique. Il y a une seule couleur, une teinte empoisonnée qui sous-tend tout : il suffit de la voir pour s’en débarrasser parce qu’elle prétendait être objective, dès l’instant où tu la vois, ce n’est plus du non-moi, mais du moi, ce n’est plus du non-vécu, c’est du vécu, c’est terminé !

Cette image est prise pour la réalité parce qu’on n’en a tout simplement pas conscience en tant qu’image.

Cette image, qui peut être juste la situation dans laquelle je suis engagé, cette image a une organisation, il y a un ordre. Admettons que la situation s’aggrave beaucoup, alors l’image se simplifie et apparaît clairement sous la forme d’un symbole. Tu reconnais le symbole, tu sais que tu es en train de le lire, c’est fini !

La structure définie de l’image est très importante. Cette image est bien souvent faite essentiellement des gens qu’on connaît. En changeant de place les personnages de l’image, tu vas détruire l’effet destructeur de l’image.

Oui, d’une image on devrait pouvoir en faire ce qu’on veut, lui injecter du bleu par exemple…

En fait il n’y a pas de situation. Toute la merde qui se met en place est mentale. Elle n’existe pas en soi, en elle-même à l’extérieur de soi.

Voir la pseudo réalité  pour ce qu’elle est, mentale, c’est déjà l’avoir « flinguée ».

Il faut que les nuages se dissolvent suffisamment pour que le soleil filtre, pour déclencher le contact avec la valeur, la valeur « moi ».

Derrière l’image mentale « moi », il y a le sentiment d’une réalité « moi » qui n’est pas perçue comme « vérité fallacieuse ».

Ce dont il faut se débarrasser, c’est du faux-moi, la réalité qu’on prête à un moi quelconque, bidon, fictif sur laquelle on s’appuie pour dire qu’il existe et mettre en place le moyeu de toute la folie. C’est le moi du rêve, il faut le balancer.

C’est « le divin suicide de l’égo », l’expression d’Arnaud Desjardins qu’on a par ailleurs critiquée,  prend son sens.

Le faux moi, qu’est-ce que c’est ? J’ai bien le droit de mettre en place un moi imaginaire mais il ne faut pas lui prêter une réalité de type objectif, extérieur. C’est un être charmant qui n’a pas le droit de s’emparer de ton identité. C’est l’axe du rêve, le moyeu de l’affaire qu’il faut faire sauter.

Ce qui prétend à jamais me séparer de tout, me sépare de moi-même. Il faut impliquer le sujet pensant dans le phénomène de symbolisation.

On peut alléger la réification de cette situation mentale, on peut la fluidifier, mais il faut aller plus loin et dégommer ce moi en qui on confère une pseudo réalité. Il faut absolument que l’image moi, que cet axe apparaisse juste comme une image.

Pour distinguer cet axe en tant qu’image, tu proposes ce jeu qu’est « l’aquarelle mystique » : je forme une image de ce que je sens le plus « moi », une image de mon esprit que je place à l’extérieur de ma tête qui va devenir aussi imaginaire que cette image. On voit bien que le faux moi peut sauter, mais c’est un jeu très  subtil, difficile à mettre en place à cause de ce sentiment d’exister en deçà du jeu.

L’obstacle fondamental n’est peut-être pas cette gène qui consiste à dire « moi j’existe, je suis réel parce qu’il faut bien quelqu’un pour produire cet imaginaire. » On est dans l’imaginaire pur, et dans ce jeu je n’ai pas l’obligation de me référer à la réalité, je n’ai pas à m’en soucier, je suis libre. L’imaginaire pur est une manifestation suprême de liberté.

Il reste un  sentiment de séparation entre moi-en deçà du jeu et moi imaginaire ?

On sait bien ce qu’on va faire : on va s’élever dans l’imaginaire pur. Mais il y a peut-être quelque chose qu’on n’a pas compris à propos de cet imaginaire pur. Il n’implique rien, ça ne compte pas. Quand on joue, on sait qu’on joue, on fait très bien la différence avec la réalité. Quand on joue dans la cour de l’école aux gendarmes et aux voleurs, on mesure l’irréalité absolue du jeu, cela n’empêche pas de jouer. Dans l’imaginaire pur, en tant que joueur on n’est pas soumis à l’obligation de faire référence à la réalité des pavés de l’école et des autres enfants.

On a ce modèle, quand on est petit il y a des transes d’amusement, donc le jeu marche vraiment très bien.

Les gens se brident et empêchent l’aquarelle mystique de se mettre en place parce qu’ils n’arrivent pas à comprendre qu’ils sont libres et qu’ils ont le privilège extraordinaire d’imaginer. J’ai le droit d’imaginer, même si je suis mourant, que je ne suis pas mourant et que je suis en train de faire l’amour à une ravissante femme rousse dans une chambre tendue de soie verte. Je peux le faire et ceci n’implique nullement de faire référence à une réalité quelconque. La seule loi qui s’impose à moi, c’est ma propre fantaisie, ma liberté.

Il y a la technique de l’aquarelle mystique et celle du Comanche (la destruction de l’autre en tant qu’entité séparée, par l’annihilation de l’image mentale qu’on forme de lui). J’ai l’impression aujourd’hui qu’il me faut faire la synthèse des deux.

On pressent bien la nature des obstacles mais ce qu’on n’a pas compris c’est l’essence même de l’imaginaire pur, c’est un lieu de liberté absolue. La seule loi qui régit cela c’est l’amour de jouer et ma propre liberté omniprésente. C’est l’essentiel de la règle du jeu et si on en n’a pas conscience, on va être incapable de jouer.

La règle du jeu pose l’acte libre.

Cela devrait être assez parlant. C’est un privilège énorme, heureusement que nous avons cette possibilité, c’est notre seul espace de liberté, il faut comprendre ça. Sans cela, nous serions coincés. Mais dans notre geôle, il y a une brèche dans le mur et c’est la brèche de l’imaginaire pur.

Là je suis libre.

Le type s’élève dans l’imaginaire pur, puis à un moment il se fait un reproche : « tout ça ce sont des conneries, j’existe tout de même ». C’est vrai que cela peut tout casser, que cela peut être une gène, mais ce n’est pas le fond du problème. Ce qu’on n’a pas compris c’est : quand j’imagine, je m’inscris immédiatement dans la dimension de ma propre et infinie liberté. Puisque je suis libre, il n’y a aucune loi qui pèse sur moi, si ce n’est la nécessité de ma propre liberté.

L’imaginaire pur, métaphysiquement, c’est beaucoup plus important encore que je ne le suppose moi-même dans mes écrits… C’est l’unique lieu où une liberté absolue puisse se manifester pour nous. Si on n’approche pas ce jeu de cette manière là, on va « dé-jeuifier » le jeu et l’entacher de réalité. Ce qui est exaltant dans l’aquarelle mystique, c’est cette extraordinaire liberté. C’est probablement le seul royaume de la liberté de chacun.

Dernière modification le lundi, 28 mai 2012
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