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N°114 - Pouvons-nous changer ?

N°114 - Hiver 2014 - Pouvons-nous changer ? - Michael Siciliano, Eric Baret, Lionel Cruzille, Somasekha, Marc Halévy, Sahaj Neel, Pierre Rabhi, Anne-Gaëlle, Patrick Fischmann, Martine Régis, Yves Bernabeu, Rupert Spira, J. Krishnamurti, G.I. Gurdjieff, Phillip Charles Lucas, Alain, Anna Guégan

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 114   -   Hiver 2014

Thème :   Pouvons-nous changer ?

 

Sommaire

3e millénaire : Le fil d'Ariane
Michael Siciliano : Le Changement : Illusion ou Réalité ?
Eric Baret : Vivre sans idéologie
Lionel Cruzille : Changement et transformation de soi
Somasekha : L'espace du regard
Marc Halévy : La fin du monde “moderne”
Sahaj Neel : Fracture sociale ou unité de l'âme : Pladoyer pour la connaissance de soi
Pierre Rabhi : Renouer avec l'intelligence
Anne-Gaëlle : Pure vibration de la vie
Patrick Fischmann : Les éclaireurs du changement
Martine Régis : L'appel de la Vie-Une
Yves Bernabeu : Pour un vrai changement autonome
Rupert Spira : Retourner notre attention vers sa source
Documents :
J. Krishnamurti : La révolution fondamentale
G.I. Gurdjieff : S'observer pour changer
Étude : 
Phillip Charles Lucas : Les gourous de l'Advaita Moderne Non Traditionnelle et leurs critiques par l'Advaita Moderne Traditionnelle (3e et dernière partie)
Témoin d'Éveil :
Alain : Basculement de conscience
Portfolio :

Antoine Josse : Sculptures et peintures
BD : 
Anna Guégan : Relooking Thinking

  


Fil d'ariane

 

Pouvons-nous changer ?


Le monde des apparences change, rien ne perdure, tout se transforme, et pourtant, suivant un très ancien dicton : « Rien de nouveau sous le soleil ! » L'adversité égotique, les conflits de personnes, les guerres physiques, idéologiques et psychologiques, demeurent. « Nous faisons de cette planète magnifique un supermarché et un champ de bataille, nous en faisons le lieu de toutes les destructions. Nous donnons plus d'importance aux armes qu'à la vie. » constate Pierre Rabhi. « Jamais, ajoute-t-il, la transgression envers la vie n'a été aussi grande [...] Nous sommes aujourd'hui clairement face au dernier ultimatum : changer pour ne pas disparaître ! »

Ce qui est dit ici avec lucidité, c'est ce que tout le monde (ou presque !) appréhende. « Les gens ont parfaitement raison. Nous sommes à la croisée des chemins, précise Marc Halévy. D'un côté, il y a l'ancienne logique moderniste, moribonde, usée, obsolète [...] De l'autre côté, il y a la nouvelle logique socioéconomique qui émerge, dans un processus bottom-up, comme une forêt qui pousse spontanément sur une friche. Cette forêt, qui sera le monde de demain, naît de petites graines individuelles enfouies au plus profond de chacun de nous et qui demandent, de la part de chacun, le maximum de soin. Personne ne peut faire germer notre graine à notre place. » Ici, l'objectif est clairement défini !

Le changement de chacun pour lui-même (charité bien ordonnée commence par soi-même !) est un changement pour la collectivité, pour la société, pour la civilisation en marche. Ce changement créateur commence au cœur de chacun ; il ne s'impose pas, il n'est pas le résultat de “mesurettes”, de réformes ou de révolution connue ; il n'est pas “extérieur”. D'ailleurs, remarque Yves Bernabeu, « Le monde extérieur crée des conditions qui sont contraires à l'Éveil de la conscience parce que c'est le seul domaine qui ne peut être acheté ou vendu ». L'Éveil est en effet beaucoup trop subversif pour être connu par le plus grand nombre, pour être prôné par les États, par les grands systèmes éducatifs limités au normatif.

Tout changement extérieur mène au nihilisme de la conscience. Et le XXe siècle en est témoin, toute révolution du dehors, ne sème en retour que la misère, la tyrannie et des conditions d'existence souvent bien pires. Ce que lesdits “printemps arabes” ne font que confirmer en ce début de troisième millénaire... Pour le plus grand malheur des femmes et des hommes qui ont pressentis le besoin d'une liberté de l'esprit dans une société nouvelle.

Et nous en sommes là ?!... Parce que « depuis notre naissance, fait remarquer Rupert Spira, nous avons été conditionnés par notre culture à porter notre attention sur les objets » ; parce que nos sociétés contemporaines se sont construites sur « la falsification de la relation à soi-même » dit aussi Sahaj Neel, « sur la négation de la Connaissance de soi, dénonce-t-elle, [...] nous sommes bien la seule société humaine depuis le début de l'humanité ayant clamé qu'il n'est pas besoin de se connaître, ni au travers d'une spiritualité, ni au travers d'un apprentissage, du modelage artisanal ou de l'ouverture médicinale sur les lois universelles ».

Le vrai changement de conscience, l'individuation, n'est possible que par la connaissance de soi. Toute autre révolution ne fait qu'avorter la Conscience par un retour aux vieux démons, aux illusions politiques du changement.
Mais alors, comment changer réellement ?

« Dans un autre temps, assez récent, souligne Martine Régis, changer c'était sans doute améliorer, apaiser, rendre plus facile un vécu qui s'était construit autour des hauts et des bas de la vie [...] Mais si le changement que nous avons pu connaître jusqu'à présent était plutôt comme une amélioration d'un état existant, celui dont nous parlons à présent laisse supposer une autre approche, dans laquelle le mental, tel que nous l'utilisons aujourd'hui, ne peut plus jouer son rôle... réducteur ».

Nous avons tellement intellectualisé les problèmes, les conflits, l'environnement, la société et nous-même ; nous avons tellement “mentaliser” le monde et notre existence dans le monde. Nous avions tellement pris l'habitude de ne “voir”, ou de ne “comprendre”, qu'avec notre tête, que tout semble s'être rigidifié, “normalisé”... pour ne pas changer. Cette approche est devenue tellement commune, et, surtout, sans aucune autre alternative, que nous n'avons plus l'espace intérieur, la conscience inspirée, la volonté créatrice de changer réellement.

Bienheureusement, au regard de l'Ultime Réalité, tout est possible, même si la difficulté semble insurmontable... A l'instar de Jean Klein (voir notre document), Éric Baret pose l'ensemble des problèmes sociopolitiques en termes concis : « C'est l'imaginaire d'être quelqu'un qui empêche la vie sociale. [...] Quand vous vous prenez pour une personne, vous êtes un poison pour la société, pour l'environnement [...] car vous êtes toujours en demande ».

A l'image des petits changements extérieurs nous croyons qu'il suffit d'opérer un changement de soi par soi, de moi par moi,... d'ego pour l'ego... C'est le leurre dénoncé par J. Krishnamurti au cours de ses nombreuses années de conférences et d'entretiens de par le monde (voir notre document). Le changement doit être global, ce doit être un changement de notre totalité qui n'est possible que par la connaissance panoramique de nous-même qui sommes à la fois l'observateur et l'observé. Hormis cette perspective accomplie, Somasekha donne un très bon exemple du changement partiel : « Dans l'agitation du quotidien, vous pouvez ressentir le besoin de vous “recentrer” en revenant par exemple, à la sensation corporelle ou à la respiration. Cet exercice d'attention et de présence peut s'avérer utile, pour un temps, pour retrouver une certaine forme de sérénité. Toutefois, cette pratique a sa limite car elle est une façon de refuser une partie de la réalité et de garder le contrôle, de se protéger. C'est une manière d'éviter de s'abandonner à la vie, à son jeu libre et spontané, à son intelligence et son cœur de vérité ».

Par l'approche égotique de la vie, « L'être humain, nous dit Patrick Fischmann à la lumière des contes traditionnels, peut se révéler telle une citadelle aux murs hérissés d'habitudes, une forteresse gardée par un escadron de certitudes, d'illusions et d'hypothèses ». Et, évidemment, « Les remparts ne cèdent pas sous les coups de boutoirs mais par la grâce d'une musique s'ajustant à la fraîcheur de l'Onde. Et là, les murailles et les résistances cèdent sous les fontaines de la conscience ».
Cette approche, éternellement nouvelle d'un « vrai changement autonome » – selon les termes d'Yves Bernabeu –, ne répond à aucune habitude apprise. Elle nous invite à voir nos réactions, nos comportements répétitifs « que nous entretenons tout au long de notre vie, nous fait remarquer Michael Siciliano, car ils nous sont devenus familiers, constituant ainsi notre espace de sécurité. Et nous avons tendance à perpétuer ce qui nous est familier et connu. Si nous voulons transformer ces comportements sources de souffrance, alors, aussi ancrés sommes-nous dans les comportements mêmes que nous voulons changer, tout autant devons-nous nous exercer à modifier notre façon de répondre. »

Pour Lionel Cruzille, la réponse au changement : « c'est l'engagement corps et âme sur une Voie véritable proposant un travail sur les trois centres. Ceux-ci sont le corps physique (comprenant le centre sexuel), le corps émotionnel et le corps mental. C'est la raison pour laquelle si l'on observe un tant soit peu les spiritualités anciennes et traditionnelles, nous ne manquerons pas de voir qu'elles allient toutes un travail sur les trois centres... ».

Cette approche, préconisée par G.I. Gurdjieff (voir notre document), s'avère la démarche essentielle à un véritable changement qui ne peut naître, au sein d'une société, qu'à travers la réalité d'êtres humains conscients de leur propre fonctionnement. Car une révolution fondamentale ne peut naître que de l'intérieur ! D'une « exploration » au sens où l'entend Rupert Spira qui souligne que « Si nous essayons de changer nos pensées, nos sentiments, nos réactions sans, au préalable, explorer le sentiment profond que nous avons de nous-mêmes, le changement ne sera que temporaire. »

Ouvrons maintenant ce numéro avec les vœux d'Anne Gaëlle : « Que le printemps de la vie se prononce, et qu'elle coule dans nos veines comme une sève neuve et verdoyante, au cœur même de l'hiver ».

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