N°115 - L'approche corporelle Agrandir l'image

N°115 - L'approche corporelle

N°115 - Printemps 2015 - L'approche corporelle - Nicole Montineri, Dominique Casterman, Éric Baret, Patrice Gros, Véronique Berge, Georges Brunon, Paul Degryse, David Ciussi, Le Moine Gojo, Daria Halprin, Jacques Castermane, Danis Bois, Ke Wen et Dominique Casaÿs, Ellé  Foster, Karlfried Graf Durckheim, Sukhi Barber, Anna Guégan, N. Celiolisa

Plus de détails

7,90 € TTC

En savoir plus

N° 115   -   Printemps 2015


Thème :   L'approche corporelle
Du corps qu'on a au corps qu'on est

 

Sommaire

 

3e millénaire : Fil d'Ariane
Nicole Montineri : Entrer en résonance, libération de la souffrance
Dominique Casterman : Le corps subtil
Éric Baret : Le Yoga du Cachemire, un art traditionnel
Patrice Gros : Approche du corps énergétique dans la pratique du Reiki
Véronique Berge : Comment développer une attention cordiale à notre corps
Marion : Suis-je ou ai-je un corps ?
Georges Brunon : Éveil à la création
Paul Degryse : Le corps, un raccourci vers l'âme
David Ciussi : Le corps pied-à-terre du ciel
Le Moine Gojo : A propos du corps
Daria Halprin : L'enchantement du corps et de l'âme dans l'action de l'Art de la danse/mouvement
Jacques Castermane : Être corps vivant         
Danis Bois : Vers une formalisation de la relation au corps Sensible
Ke Wen & Dominique Casaÿs : Être dans le flux de la vie
Documents :
Ellé  Foster : Le centre solaire
Karlfried Graf Durckheim : Hara, centre vital
Portfolio :
Sukhi Barber : Sculptures
Bd :
Anna Guégan : Du Spirituel dans l'Aura
N. Celiolisa : Ce corps étrange 


Fil d'ariane : L'approche corporelle

 

L'une des questions existentielles qui mobilise tous les esprits – matérialistes, spiritualistes ou autres – est bien celle-ci : « Suis-je un corps ou ai-je un corps ? », suivant l'intitulé du texte de Marion. Consciente ou préconsciente, cette question présuppose un monde de croyances sur la façon dont nous vivons notre corporéité. Notre relation au corps est-elle directe ou par images interposées ? Pour le Moine Gojo : « Le corps que vous ressentez le matin en vous réveillant, et celui que l'anatomiste étudie dans ses livres, ne sont pas les mêmes », car « Le corps sensoriel n'a que faire de l'anatomie ». Le corps, notre corps, nous est aussi inconnu que l'univers qui nous abrite et nous habite. « Le corps, nous dit David Ciussi, contient le secret de la matière, le mouvement créateur et l'immatérialité … Dans notre corps, il y a donc de l'intelligence, de l'énergie et de la sagesse qui nous façonnent à chaque seconde. Posséder un corps, c'est être détenteur d'un cadeau inestimable qui permet la relation avec le Tout. C'est notre lieu de naissance et de renaissance, un lieu d'apprentissage, d'expérience, de transformation et de connaissance où s'incorpore notre conscience d'Être. » « Osons donc, écrit Véronique Berge, accorder plus de conscience à ce temple qu'est notre corps, afin de l'habiter pleinement avec patience, courage, persévérance, et ainsi, par le sentir, affiner nos capacités. » Cette approche a un enjeu majeur : trouver notre raison d'être, la vivre au coeur de nos vies, et porter sur la vie, la maladie et la mort un regard neuf. La maladie, la douleur, les lourdeurs,… sont-elles vécues dans une sensorialité pure, sans conditionnement, ou s'entretiennent-elles au fil des images négatives que nous sécrétons collectivement ? En effet, précise Jacques Castermane : « Le corps vivant est un champ d'action, de conscience et d'expérience … Le langage du corps vivant est la sensation. Ce n'est plus la pensée ».

 

Conscience du corps ou Présence ?

 

En quelques décennies, corps et spiritualité se sont retrouvés sur les mêmes sentiers, dans l'amorce d'« un changement de civilisation » remarque Dominique Casaÿs qui constate qu'« il y a une recherche de valeur qui s'articule autrement qu'auparavant. Pour prendre un exemple, la question de la séparation du corps et de l'esprit est envisagée sous un angle nouveau grâce à l'apport des philosophies orientales ». Paul Degryse soulève également le fait que « la dualité corps/esprit a été considérée pendant deux millénaires en Occident, dans un rapport non seulement de séparation mais de dévalorisation du corps par rapport à l'esprit… » C'est l'observation des processus de séparation et de dévalorisation qui devient “purificateur”, dans la mesure où il nous faut apprendre à voir où nous en sommes. Car pour Ke Wen : « L'unité corps-esprit est une maîtrise qui doit être travaillée ». Dans cette perspective, c'est alors, analyse Danis Bois, « toute une gamme de rapports au corps qui se déclinent, selon le niveau perceptif de l'observant, depuis “J'ai un corps”, vers “Je vis mon corps”, puis “J'habite mon corps” pour enfin aller vers : “Je suis mon corps” ». Cet ultime rapport au corps marque l'étape non-duelle de la relation corps-esprit. Car il ne faut pas oublier, souligne le Professeur Bois que « l'homme peut ne pas habiter son corps. Il peut être en quelque sorte un “présent-absent” à sa vie, dès lors qu'il a perdu le contact avec son vécu ». Dominique Casterman va alors jusqu'à nous faire remarquer que : « Si nous sommes vraiment attentifs au corps qu'on a (cette entité qui entretient les relations avec les autres et le monde), c'est-à-dire être dans la pratique de l'écoute silencieuse dénuée de tout jugement, de toute emprise, de tout rejet, la finesse de perception liée à son incroyable complexité ouvre la conscience à l'univers entier ; et notre corps devient alors tout l'univers ». Le mystère de l'incarnation, par la synergie du microcosme et du macrocosme, a tissé notre conscient et notre inconscient d'une non-duelle relation corps-esprit. « Dans l'enseignement du Reiki, nous dit aussi Patrice Gros, il est également essentiel de comprendre que le corps n'est pas différent ni séparé de l'esprit. Le corps et la conscience sont simplement deux aspects d'une même réalité. Si l'on agit sur le corps, c'est aussi sur l'esprit que l'on opère, et vice-versa … Une fois le corps-réceptable (ou “corps miroirs”) purifié de toutes ses mémoires, le corps essentiel (ou corps de gloire) pourra alors rayonner sans entrave, révélant la vraie nature de la conscience ! » De la conscience “du” corps qu'il nous faut apprivoiser, comme moyen d'éveil à soi, nous arrivons à la conscience pure, à la Présence… Par une approche directe, Éric Baret va alors jusqu'à affirmer que : « Tout ce qu'on appelle le corps est une invention qui s'est cristallisée pour défendre l'image d'une personne … Sentir son corps en tant que tel, montre qu'on est revenu à une restriction, à un schéma corporel. Le corps est donc devenu un instrument de défense ». Car la sensation, précise-t-il est « un outil momentané ». Un outil qu'il faut apprendre à utiliser en lui permettant de se transformer, de s'affiner, de se purifier… L'artiste Daria Halprin indique qu'« en approfondissant notre compréhension de ce que sont le souffle, le corps et le mouvement, nous augmentons aussi notre capacité de conscientisation et de présence à l'ici et maintenant. En réalité, c'est seulement en étant conscient de l'ici et maintenant que la transformation peut avoir lieu ».

 

Guérison et Corps de libération

 

Dans les situations de la vie quotidienne, lorsque nous avons besoin d'un appui sûr, d'une solution vraie, notre mental tourne et retourne sans savoir comment s'orienter. Jacques Castermane évoque ce fait en nous conseillant : « Quand on se demande ce qu'il faut faire, je crois qu'il faut demander à notre corps ce qu'il nous dit. C'est se donner la chance d'une transformation de notre manière d'être vis-à-vis du monde et de la vie ». Face à la maladie, aux prises avec la souffrance, nous ne savons pas non plus trouver une issue naturelle à la guérison… Avec son expérience de thérapeute, Daria Halprin nous dit qu'« alors que le passé reste vivant dans la base mémorielle de notre corps et de notre psyché, notre corps et notre motricité ont aussi le potentiel de déclencher un processus vivant de création qui nous permet de vivre plus pleinement dans le présent, qui facilite la prise de conscience immédiate, la guérison et le changement ». De son côté, Paul Degryse dénonce le fait que le corps déspiritualisé est « traité ni plus ni moins comme un objet » pour nous entraîner dans « le consumérisme … de la médecine et de la psychothérapie ». Il nous montre qu'« au lieu de travailler à la séparation du corps et de l'esprit en considérant le premier comme inférieur au second, le chamanisme toltèque permet au contraire, de travailler à leur rencontre jusqu'à en faire fusionner les énergies et, passant ainsi du pouvoir d'autoguérison et de guérison à l'immortalité par le retour du corps à ce qu'il est, c'est-à-dire pure énergie et lumière… » En d'autres termes, Éric Baret indique que « Voir son propre fonctionnement met l'accent sur sa résolution » ; car « le yoga du Cachemire s'appuie sur la résorption sensorielle ». Concrètement, Nicole Montineri rappelle qu'« un corps souffrant peut nous ramener au véritable sens de notre existence ici… » car « Désormais nous ne pouvons plus gaspiller notre énergie en de vaines occupations, en des futilités qui nous agitent dans tous les sens ». D'ailleurs, ajoute-t-elle, la souffrance « n'occupe notre esprit que tant que nous n'avons pas réalisé qui nous sommes, cette essence qui transcende toutes les limitations de l'existence terrestre. »

 

Le corps subtil et ses centres

 

La distinction artificielle (mentale) : corps physique / corps subtil n'apporte aucun éclairage sur ce qu'est cet autre corps qui ne peut être un quelque chose d'objectivable. Créateur, c'est, nous dit Georges Brunon, « la dimension créatrice » elle-même. Toutefois, en approcher la réalité implique d'observer notre façon naïve, “empirique”, de s'en représenter l'“anatomie”. Seule l'expérience toujours renouvelée peut nous révéler les centres d'énergie qui l'animent. Nicole Montineri en témoigne ainsi « Notre corps possède des centres d'énergie récepteurs et émetteurs le long de son axe, dont chacun résonne d'une fréquence vibratoire spécifique, et dont l'origine est l'énergie pure, surgie de la trame du silence primordial ». Dans sa dimension imaginale, il est, selon les traditions, « constitué de “chakras”, de “tandiens”, de “marmas” et de “points majeurs”, qui seront mobilisés lors d'un soin. » nous dit Patrice Gros. Si l'objectif de ce numéro n'est pas d'aborder l'existence des “chakras” que nous avions traitée, il y a quelques années (voir n°18), nous présentons ici deux documents. L'un de Ellé Foster qui aborde le « centre solaire » comme centre de l'âme et du corps, localisé dans le « plexus solaire » ; et l'autre de Karlfried Graf Durckheim qui présente le « centre de gravité » du corps et de l'esprit, situé dans le « hara ». Le raccourci serait d'opposer l'un à l'autre comme l'Occident à l'Extrême-Orient ; ce serait oublier que nous sommes constitués de trois niveaux psychosomatiques au sein desquels se situent trois fonctions essentielles. La fonction “intellectuelle”, ou plus exactement cérébrale, ayant pris l'importance abusive qu'on lui connaît avec ses limitations cognitives, l'approche corporelle/sensorielle devient de plus en plus nécessaire et indispensable à un nouveau mode de vie au quotidien. Elle ne renie rien de l'intellect qui n'y trouve aucune opposition, elle oriente l'âme et l'esprit dans les mystères du corps qu'on est.

 

NDLR : Nous avions publié un numéro sur ce thème (n° 56, épuisé depuis longtemps, bientôt disponible en version pdf).

 

Avis

Aucun avis n'a été publié pour le moment.

Donnez votre avis