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N°34 - La Génèse

Hiver 1994 - comprend un dossier sur "la Génèse" - Jean KLEIN, Jean-Marc MANTEL, Albert LOW, Jacob NEEDLEMAN, Paul NOTHOMB...

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 34   -   Hiver 1994

Sommaire

Jean KLEIN : Au-delà de la connaissance.
Jean-Marc MANTEL : L'approche spirituelle
dans la menace suicidaire.

Albert LOW : La peur de l'échec, commentaires 
sur Nisargadatta.

Jacob NEEDLEMAN : Le Tao Te Ching (partie I).
Ervin LASZLO : Les racines du génie, pour une meilleure
compréhension de la créativité.

Bernard HEUVELMANS : La métamorphose des animaux
Inconnus en bêtes fabuleuses et des bêtes fabuleuses 
en animaux connus.

Alika LINDBERGH : Les animaux mythiques.
DOSSIER : La Genèse.
Paul NOTHOMB : Les Récits bibliques de la création.
Martin CAILLOUX : Création ex nihilo ou manifestation.
Yannick AUFFRET : La genèse biblique déchiffrée.

 

N°34 - Editorial    -   Hiver 1994


Un Fil d 'Ariane vers « L'Éternel Retour » 

 

Le dossier ouvert dans ce numéro nous interpelle sur nos origines : origine de l'homme et origine du cos mos. II fait suite au dossier du numéro 24 et s'insère dans le courant épistémologique novateur qui, depuis des penseurs comme Edmund Husserl, Rudolf Steiner, Martin Heidegger ou Roger Godel, tente de redécouvrir une foi authentique de l'Être essentiel qui ne s'appuie plus sur des croyances chimériques mais sur une vie de l'esprit éveillé à sa propre nature psychologique, par un itinéraire dont la rigueur se doit d'être analogue à celle d'une démarche scientifique.

Vision traditionnelle et pensée moderne similitudes et différences L'initié aux mystères des Traditions antiques, d'Orient et d'Occident, était appelé à un retour à l'Origine. Le che minement vers l'état humain initial ou primordial, consistait en une « répétition de l'acte cosmogonique par excellence » comme l'explique Mircea Eliade [1]. A rebours, cette quête de « l'Éternel Retour » conduisait l'aspirant à la naissance d'une compréhension de la chute originelle figu rée pour certains auteurs par l'allégorie des six jours de la Genèse [2].L'étape de la Connaissance non-duelle se révélait dans, et par, la « lumiè re ni créée ni incréée de l'Intelligence », suivant l'expression plus tardive d'un Robert Fludd, Philosophe hermétique du XVIe siècle [3]. La démarche intérieure ouvrait aux dimensions divines de l'Être que notre cosmologie scientifique ne nous permet plus d'envisager, même au titre d'hypothèse !Pourtant, dans la quête des origines, la science moder ne aboutit à des constatations assez semblables à celles de la cosmogonie ésotérique traditionnelle.Ce parallèle, très sommaire (voir tableau précédent), entre science moderne et ésotérisme traditionnel ne s'arrê te pas à une simple et naïve analogie. L'étude de ces deux modes d'investigation - que beaucoup voudrait voir s'exclure à tout prix -, celle de la science et celle de la Tradition (antérieure aux fragmentations religieuses), montre leur nécessaire complémentarité.Ce n'est donc pas à un syncrétisme qu'il nous faut aujourd'hui travailler, mais à une rencontre Science et Tradition, à la rencontre de leurs similitudes et de leurs différences pour une complémentarité de ces deux voies où l'épistémologie, en tant que connaissance expérientielle de nos moyens d'investigation, devient le chaînon indis pensable, et actuellement manquant.Reprenant les termes poétiques d'Hubert Reeves, « l'homme est de la poussière d'étoiles », nous aimerions préciser que l'homme est de la poussière d'étoiles par son corps et de la lumière d'étoiles par son intelligence. Et nous pourrions encore aller plus loin en distinguant la lumière d'étoiles, Lumen ou « lumière rayonnée ou diffusée », de la lumière originelle, Lux ou « lumière de source », suivant les subtiles distinctions des anciens [5] ; signifiant par là qu'un niveau d'intelligence supérieure est encore envisageable. Nous sommes à l'époque cruciale où l'appréhension du monde ne doit plus s'effectuer sur la base des mécanismes automatiques de la conscience ordi naire dé-moralisée (dans tous les sens du terme), mais devrait s'opérer sur la base épistémologique d'une « réduction transcendantale », pour reprendre les termes du philosophe Edmund Husserl [6]La Genèse : récits cosmologiques ou textes initiatiques Précisons que nous n'avons pas vou lu, dans ce dossier, nous prononcer pour une interprétation « initiatique » (allégorique) ou « historique » (cosmolo gique) de la Genèse attribuée à Moise. Le professeur Paul Nothomb nous présente son approche intérieure des Récits bibliques de la création ; et Martin Cailloux, hébraïsant et indianiste, nous montre que les écrits bibliques parlent de l'approche non duellistes, au même titre que les philosophe orientales encore en vigueur, fréquemment présenté par troisième millénaire. De plus, ces démarches spirituelles ne nous paraissent pas contradictoires avec la version résolument « historique » de Yannick Auffret.Si, depuis le VIe siècle, contente d'expliquer la Genèse en termes purement physiques [7], les Récits de la Création, quoiqu'aborder naïvement par l'esprit profane limité au sens littéral des textes, n'en demeure pas moins rattachée à une tradition d'interprétation allégorique comme en témoigne, par exemple, le Zohar [8].La Genèse bénéficierait-elle d'un avantage, sur les autres cosmogonies aujourd'hui connues [9], en répondant, à la fois avec la même rigueur, à une double interprétation, initiatiques et cosmologiques ? Son aspect allégorique n'a, en effet, échapper ni aux cabalistes et ni aux mystiques. De plus, ses précisions numériques se prêtent à une interprétation de type « historiques ». Nous pensons que le propre des cosmogonies antiques était non seulement de parler d'une création « historique » du monde mais encore d'une « recréation » initiatique de l'homme qui, pour découvrir la réalité de ces origines universelles, devait au préalable réalisé un cheminement intérieur identique à l'acte cosmogonique. Or la genèse, entretenant délibérément l'ambiguïté, confortent ces deux approches -- Science extérieur et Tradition intérieure -- revers et avers d'une vérité universelle.Dans la conception moderne de la création appelée Modèle Standard du Big Bang : 
1) l'état du monde avant le Big Bang demeure incom préhensible car inaccessible aux théories unitaires actuelles; 
2) il reste aujourd'hui un témoignage de la soupe primordiale de particules dans le rayonnement fossile de photons à 3 K découvert dès les années 60 ; 
3) la matérialisation de l'univers s'est effectuée par découplage successif des particules élémentaires puis par la combinaison de celles-ci en atomes de plus en plus lourds, etc.
La vision traditionnelle de l'Éternel Retour à l'Origine dévoile à l'initié que : 
1) antérieurement à la Création règne un état primordial (materia prima) « sans dimension ni quantité. puisqu on ne pouvait la dire ni petite ni grande, sans propriétés ni tendances, sans mouvements ni repos , nous dit Robert Fludd [3] l'Intelligence de l'homme éveille à sa réalité intemporelle essentielle est identique à « la lumière ni créée ni incréée » qui préside au Fiai Lux, à l'acte créateur : cet éveil de l'Intelligence à sa Lumière originelle témoigne d'une antériorité de I Esprit sur la matière ; la création du monde procède à la fois de séparations successives ('les eaux inférieures et supérieures, etc...) et d'une densification progressive. 
2) l'intelligence de l'homme éveillé à sa réalité intemporelle essentielle est identique à « la lumière ni créée ni incréé » qui préside au Fiat lux, à l'acte créateur ; cet éveil de l'Intelligence à sa Lumière originelle témoigne d'une antériorité de l'Esprit sur la matière ; 
3) la création du monde procède à la fois de séparations successives (les eaux inférieures et supérieures, etc...) Et d'une densification progressive.
Pour une nouvelle approche : l'épistémologie expérientielle Science et Religion, par les voies de l'astrophysicien Michel Cassé [11] et de l'écrivain chrétien Claude Tresmontant [12], se cherchent dans une troisième voie dont l'accès paraît, à beaucoup de penseurs contemporains, bien hypothétique. 3e millénaire en appelle à cette voie d'accomplissement du dépassement des guillemets en est « opposés » par une nouvelle épistémologie qui ne repose pas sur une nouvelle conception du monde mais sur un mode de Connaissance, une métanoïa , un mode de penser, radicalement différent du savoir relatif actuel au sein duquel nos facultés de perception, de sentiments et de penser s'opposent et se fragmentes sans perspectives d'épanouissement humain.C'est donc un retour à l'Origine, à une révolution culturelle occidentale et européenne fondatrice d'un dialogue novateur entre Science et Tradition qu'il convient de travail et. Sans oublier que le prélude à cette épistémologie expérientielle consiste à reconnaître le « complexe d'Oedipe » enfoui dans la conscience prométhéenne des hommes de ce XXe siècle finissant lesquels, pour mieux aurait des guillemets assassinés « leur Créateur, se meurent, par eux-mêmes, d'angoisse existentielle et de destruction écologique, preuve tangible de leur insensibilité profonde à la vie de la planète.La science ne conduite en effet : 
a) à une connaissance approfondie de la manifestation « corporels » de l'Univers ; 
b) pour aboutir à une infranchissable limite que s'impose la pensée rationnelle ordinaire bardée de conditionnements spatio-temporels et culturels ; 
c) puis nous amène, enfin, à nous interroger sur le sens d'une Création, qui semble bien avoir eu lieu il y a environ 10 milliards d'années, et sur celui d'une évolution physique qui en a indubitablement découlé.
Inversement, la connaissance initiatique : 
c) témoigne d'une compréhension particulière du sens de « l'évolution » puisqu'elle évoque une « chute originelle » à laquelle se réfère tout l'enseignement des arts libéraux du moyen âge, une « involution » [4] ; 
b) semble avoir permis la Co-naissance ultime de l'état primordial d'avant la manifestation ; 
a) parle de l'Esprit originelle puis des âmes déchues, mais n'apporte, en revanche, aucune information constructive sur la composition matérielle des corps élémentaires dont l'univers est physiquement constitué.
[1] - Mircea Eliade, Le Mythe de l'éternel retour. Ed. Gallimard, 1969. 
[2] - Voir, par exemple, Maître Ekchart, l'oeuvre latine, tome I, Commentaires de la Genèse. Ed. Cerf, 1984. 
[3] - Voir 3e millénaire nº 24. Voir de Jocelyn Godwin, Robert Fludd. Philosophe Hermétique et Arpenteur de Deux Mondes.Ed. JJ Pauvert, 1980. 
[4] - Les sept arts libéraux (dialectique, rhétorique, grammaire, arithmétique, géométrie, musique et astronomie) donnaient à l'enseignement dispensé dans les écoles des premiers siècles chrétiens d'Occident jusqu'aux premières s'université du moyen âge, une orientation spirituelle inconcevable à la pensée moderne. La notion de « chute originelle », d'asservissement de l'homme à la matière, était au centre de cet enseignement qui nécessitait l'apprentissage d'Art libérateur. La Science est née sur un abandon progressif de l'étude des arts libéraux au bénéfice du développement des arts mécaniques, dit vulgaire. Le progrès des arts mécaniques, c'est-à-dire des techniques, a imposé, dès le XVIIe siècle, une conception d'évolution de l'homme du monde ; rejetant la vision ésotérique traditionnelle de « chute » ou d'« involution » de l'homme et du monde. Voir : Les Arts Mécaniques Au Moyen Âge. Cahiers d'Études Médiévales nº 7, Ed. Vrin, 1982. 
[5] - Lumière Et Cosmos. Cahiers De L'Hermétisme, Ed. Albin Michel, 1981. Les anciens distinguaient la lumière diffusée, lumen, de la lumière de source, lux. C'est notion ne peuvent être contredit par le physicien contemporain y sait pertinemment que la lumière ne se montra lui que par des photons, manifestation indirecte et seconde d'une réalité voilée à la conscience dualiste qui appréhende le monde dans la conscience de ses propres mécanismes d'appréhension. 
[6] -voir 3e millénaire nº 33. Edmund Husserl, la crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale. Ed. Gallimard, 1976. 
[7] - Pierre Duhem, Le Système Du Monde, tome II, la première tentative de concordiste entre le récit de la genèse et la physique. Ed. Hermann, 1965. 
[8] - Paul Vulliaud, Siphra DiTzeniutha, le livre du secret. Ed. Orientales, 1977 
[9] - La Naissance Du Monde, Ed.Euil, 1959. 
[10] - les connaisseurs pensent peut-être aux fameuses Stances de Dzyan auxquelles se réfère H.P. Blavatsky dans sa Doctrine Secret. Ce texte peu connu parle, lui, sans ambiguïté d'une création et d'une involution « historique » de l'homme. Sri Krishna Prem, L'Homme mesure de toute chose : commentaires sur les Stances de Dzyan. Ed. Du Rocher, 1980. 
[11] - Michel Cassé, Du Vide Et De La Création. Ed. Odile Jacob, 1983. [12] - Claude Tresmontant, Sciences de l'univers et problème métaphysique. Ed. du Seuil, 1976. Et, L'Histoire De L'Univers Et Le Sens De La Création. Ed. O.E.I.L, 1985.