
Après avoir vécu dans la contraction de l’« enfer » et résisté à mes démons durant les premières semaines qui suivirent mon diagnostic, je tombai sur un petit livre dont le titre m’attira : Le Guide de l’Homme paresseux ver l’illumination, de Taddeus Golas. Je l’ouvris et, à la dernière page, tombai sur la phrase : « Si vous apprenez à aimer l’enfer, vous serez au paradis. » Cette phrase m’ouvrit les yeux sur ce que je savais déjà intuitivement : la clé est d’accepter le moment tel qu’il est et la vie telle qu’elle est.
A cet instant, pour quelques délicieuses secondes, je me sentis en complète et totale harmonie avec mon moi et ma vie. Je pouvais accepter l’enfer, puisque j’y vivais, mais, avec étonnement, je découvris qu’il n’était pas facile d’aimer le paradis. Quelque part dans mon conditionnement, je croyais que je ne le méritais pas et que je n’en étais pas digne. C’était là la source principale de ma maladie.
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Lorsque je pris conscience de mon manque de combativité, il me sembla que ma seule possibilité était de céder complètement à mon énergie féminine d’acceptation. J’étais enfin prête à accepter que j’avais un virus mortel dans mon organisme. J’avais adopté le mythe disant que le sida était fatal à cent pour cent et très contagieux, comme on le croyait presque universellement à l’époque.
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Heureusement, je vivais sur la plage. Je n’avais qu’à jeter un coup d’œil par la fenêtre pour voir la danse éternelle des vagues de l’océan.
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L’océan, comme un amant fidèle, m’enseignait le cycle naturel d’expansion et de contraction. Tandis que je regardais la marée monter puis se retirer, une idée pointa en moi, comme le soleil à l’horizon au-dessus de l’océan : ce cycle d’expansion et de contraction existait aussi en moi. Je me rendis compte que mon être entier, comme le cycle de la vie sur cette planète, suivait ce rythme naturel, cette pulsation continue de contraction et d’expansion : inspir-expir, jour-nuit, été-hiver, naissance-mort. […]
L’océan me guidait avec sa douce fidélité, m’ouvrant les yeux à la beauté simple de l’instant présent. Dans chacun de ces précieux moments de communion, je me purifiais en rejetant le poison de ma vie. L’important n’était plus de juger, de comparer et de réclamer que les choses soient différentes. Je me sentais en état d’expansion, ma conscience s’élargissait et n’était plus exclusivement focalisée sur mes problèmes. Je pouvais apprécier la beauté et la simplicité du don que constitue le fait d’être en vie.
Mon corps répondit immédiatement à mon changement de conscience en relâchant les tensions qu’il avait retenues si longtemps. Cela ressemblait à un profond « aaah ». Je pouvais de nouveau respirer. […]
J’appris lentement à dire oui à mes sentiments de contraction en faisant de longues promenades sur la plage. L’océan m’acceptait telle que j’étais dans l’instant, sans me demander si j’étais dans la contraction ou l’expansion. Je finis par apprendre à découvrir en moi l’équivalent de cette acceptation. Lorsque je regarde en arrière, je m’aperçois qu’accepter la contraction de mon mental fut un moyen d’accéder à l’expansion de mon âme.
Pour dire oui à ma contraction, je devais accepter ma colère, ma peur, ma culpabilité et ma honte. Je commençais à dire oui à tout, puisque je ne pouvais plus dire non.
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Mais maintenant je mourais du sida et, d’une certaine manière, cela me semblait différent.
[…] Je devais aller jusqu’au bout de mon honnêteté pour accepter que j’hébergeais dans mon organisme une maladie grave et que je risquais de mourir bientôt. Mais les moments de lâcher prise étaient rares et extrêmement fragiles. Ils semblaient survenir par « accident », quand j’étais trop épuisée pour continuer à me plaindre sur la façon dont les choses se passaient.
Ce fut le tournant de ma reddition. Je finis par dire oui à mon état comme faisant partie de moi. Jusque-là , il m’avait été beaucoup plus facile de garder l’illusion d’une séparation entre moi et l’« ennemi », dans l’espoir que celui-ci disparaîtrait aussi mystérieusement qu’il était apparu. Lorsque j’acceptai honnêtement le fait que mon système immunitaire était en train de ma lâcher peu à peu et que j’aillais mourir dans dix-huit mois ou moins, l’illusion de vivre pour toujours me fut, comme un voile, soudainement arrachée du visage. Pourtant, même quand j’étais entraînée dans le tourbillon de la peur, une voix presque imperceptible me rappelait : « Reste ouverte. Cette expérience a sa valeur. Dans ce qui se passe maintenant, il y a quelque chose à apprendre. » Une fois que je me serais rendue à la vérité, je le savais, ma vie changerait du tout au tout. Je ne pourrais plus considérer les choses comme allant de soi.
Je me revois assise à la table de la cuisine avec un calendrier, comptant les 492 jours qu’il me restait à vivre si j’avais de la chance. Quelque chose bascula en moi quand j’eus vraiment compris avec mes tripes que chaque jour qui passait ne reviendrait jamais ; soudain, chacun d’eux était précieux. Ce n’était pas une compréhension intellectuelle, je ressentais véritablement chaque instant comme sacré. Je ne pouvais en perdre un. Cette prise de conscience transforma ma façon de répondre à la vie. La plénitude de chaque instant éclata à mes yeux et je me mis à accueillir chacun d’eux avec le cœur ouvert.
Dénégation, résistance et contrôle disparurent et furent remplacés par une force intérieure que je n’avais pas connue jusque-là . Dans ce moment de reddition, le brouillard se leva, dévoilant tous les aspects fragmentaires de ma personnalité qui avait lutté les uns contre les autres . Je reconnaissais mes subpersonnalités et leurs conflits – mon moi qui jugeait se battait contre le fragment de moi qui niait ; la partie de moi qui résistait essayait de s’occuper de toutes les autres. En regardant plus profondément derrière tous ces masques, je découvrais une petite fille vulnérable qui avait une peur terrible de mourir et cherchait désespérément quelqu’un ou quelque chose pour la protéger.
Au début, le concept de reddition me parut très effrayant. Pour moi, la reddition avait toujours été le résultat d’une lutte de pouvoir, avec un gagnant et un perdant. […]
Se rendre ne signifie pas abandonner son pouvoir. La reddition est la voix du maître guérisseur. C’est dire oui à la vie et accepter ce qui est. […]
La reddition est l’état le plus simple et pourtant le plus grand qu’un être humain puisse atteindre. C’est accepter les choses exactement comme elles sont dans le moment présent, sans passé ni futur, au-delà du jugement. […]
L’énergie de guérison me devenait accessible parce que je vivais dans l’acceptation. Celle-ci conduit au pardon, qui est un pas important vers la guérison. Comme guérir, pardonner est une permission et non un faire. Il est impossible de forcer le pardon. C’est la floraison naturelle des graines de la reddition. Pour moi, le pardon survint spontanément, dans l’instant, et fut une porte ouverte vers l’amour de moi-même et des autres.
L’amour est l’énergie de guérison la plus importante. C’est la seule chose nécessaire pour que les miracles puissent se produire.
Niro Markoff Asistent, Comment je me suis guérie du sida et suis redevenue séronégative, Editions Vivez Soleil, 1992, pp. 67-78.




