{"id":1,"date":"2008-06-16T00:00:00","date_gmt":"2008-06-16T00:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=1"},"modified":"2023-10-24T18:44:42","modified_gmt":"2023-10-24T17:44:42","slug":"de-lacte-complet-par-ren-four","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/","title":{"rendered":"De l&rsquo;acte Complet par Ren&eacute; Fou&eacute;r&eacute;"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Note: les textes sont pr\u00e9sent\u00e9s ici dans leur ordre original et non selon l\u2019ordre de publication erron\u00e9 dans la revue Spiritualit\u00e9. Il y a, aussi, au moins une erreur d\u2019impression que nous avons signal\u00e9e par (?). Les renvois dans le texte (ex. (5)) n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans la revue. Ces quelques erreurs ne r\u00e9duisent en rien l\u2019intelligibilit\u00e9 de cet important texte.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>De l&rsquo;acte complet envisag\u00e9 statiquement <\/strong><br \/>\n(Revue Spiritualit\u00e9, Num\u00e9ro 19-20, Juin-Juillet 1946)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce qui va suivre nous entendrons par \u00ab acte \u00bb non pas simplement un geste, un mouvement physique ou mental isol\u00e9, mais aussi bien tout ensemble d&rsquo;op\u00e9rations mat\u00e9rielles ou psychologiques r\u00e9alisant un changement caract\u00e9risable et signigificatif, un changement exprimable en termes d&rsquo;intention ou de fin particuli\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela dit, nous appellerons \u00ab actes complets \u00bb des actes qui se suffisent \u00e0 eux-m\u00eames, qui sont complets en soi. Ce sont des actes achev\u00e9s, pareils \u00e0 une phrase m\u00e9lodique parvenue \u00e0 son terme. C&rsquo;est pourquoi on peut encore les appeler \u00ab parfaits \u00bb au sens o\u00f9 les Grecs entendaient la perfection.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant toute leur dur\u00e9e, il y a co\u00efncidence rigoureuse entre l&rsquo;\u00eatre et le vouloir-\u00eatre ou, du moins entre ce qui, de l&rsquo;\u00eatre et du vouloir-\u00eatre peut se manifester dans l&rsquo;instant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut consid\u00e9rer des actes qui, bien qu&rsquo;ext\u00e9rieurement achev\u00e9s, laissent chez leur auteur une conscience d&rsquo;inach\u00e8vement. Les actes complets que nous avons en vue sont au-del\u00e0 de cette distinction. Dans l&rsquo;expression \u00ab actes complets \u00bb, le mot \u00ab acte \u00bb est pris au sens d&rsquo;acte total, d&rsquo;acte envisag\u00e9 \u00e0 la fois de l&rsquo;ext\u00e9rieur et de l&rsquo;int\u00e9rieur, dans son double aspect psychologique et mat\u00e9riel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les actes complets sont donc des actes doublement achev\u00e9s et dire qu&rsquo;ils se suffisent \u00e0 eux-m\u00eames, c&rsquo;est dire qu&rsquo;ils suffisent pleinement \u00e0 leur auteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En cons\u00e9quence, aucune conscience de d\u00e9sir ne peut trouver place en eux. Tout d\u00e9sir est d\u00e9sir d&rsquo;une satisfaction et l\u00e0 o\u00f9 existe une satisfaction pl\u00e9ni\u00e8re aucun d\u00e9sir n&rsquo;est concevable : on ne peut d\u00e9sirer ce que l&rsquo;on poss\u00e8de, dans l&rsquo;instant m\u00eame o\u00f9 on le poss\u00e8de.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les actes complets sont donc des actes essentiellement satisfaisants, des actes heureux.<br \/>\nQui les accomplit s&rsquo;y exprime pleinement et ad\u00e9quatement, se reconna\u00eet en eux sans r\u00e9serve. Ils ne peuvent donc laisser dans la m\u00e9moire du sujet aucun remords ou regret, aucun r\u00e9sidu effectif d\u00e9plaisant. S&rsquo;ils laissaient, en effet, un tel r\u00e9sidu, si l&rsquo;on \u00e9prouvait le d\u00e9sir de revenir sur ces actes pour les retoucher ou les compl\u00e9ter, ce serait la preuve que quelque chose manquait \u00e0 leur pl\u00e9nitude, qu&rsquo;ils ne constituaient pas une expression authentique de la volont\u00e9 ou de l&rsquo;intention profondes de leur auteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;aspect intime de l&rsquo;acte complet r\u00e9sulte de sa d\u00e9finition m\u00eame. De ce qu&rsquo;il constitue un acte plein, ne laissant rien \u00e0 d\u00e9sirer tant qu&rsquo;il dure, il s&rsquo;ensuit qu&rsquo;il est caract\u00e9ris\u00e9 par l&rsquo;absence de contradiction int\u00e9rieure. Une telle contradiction implique, en effet, l&rsquo;existence simultan\u00e9e de deux ou plusieurs tendances, de deux ou plusieurs vouloirs incompatibles. D\u00e8s lors la r\u00e9alisation pl\u00e9ni\u00e8re de ces tendances, de ces vouloirs, devient impossible. Quoi qu\u2019il fasse, quelque parti qu\u2019il prenne, le sujet ne peut s&rsquo;exprimer en entier. L&rsquo;un des vouloirs antagonistes reste inaccompli, il y a conscience d&rsquo;inach\u00e8vement, d\u00e9sir, insatisfaction. En cons\u00e9quence, un acte ne peut \u00eatre complet que s&rsquo;il est produit par un sujet chez qui toute contradiction int\u00e9rieure a cess\u00e9. En d&rsquo;autres termes, l&rsquo;acte complet suppose, r\u00e9alise une concentration totale de l&rsquo;\u00e9nergie du sujet, un rassemblement dans l&rsquo;instant de toutes ses puissances.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dire que l&rsquo;acte complet ne peut avoir pour auteur qu&rsquo;un sujet chez lequel toute contradiction int\u00e9rieure a\u00a0 cess\u00e9, c&rsquo;est dire que pendant toute la dur\u00e9e d&rsquo;un tel acte le sujet qui s&rsquo;y trouve engag\u00e9 perd toute conscience de soi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, pour que le sujet, in\u00e9vitablement int\u00e9rieur \u00e0 lui-m\u00eame, puisse se conna\u00eetre en tant que sujet externe, s&rsquo;objectiver \u00e0 son propre regard, il faut cesser en quelque mani\u00e8re de co\u00efncider avec lui m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est-\u00e0-dire que la conscience de soi suppose la formation d&rsquo;un pseudo-sujet, lat\u00e9ral, pour ainsi parler, au sujet r\u00e9el et qui lui est sur ajout\u00e9. Ce pseudo-sujet est \u00e9videmment virtuel, pareil \u00e0 un mirage optique, mais il implique une apparente dissociation de l&rsquo;unique centre conscient et agissant. Cette dissociation cr\u00e9e deux p\u00f4les au sein de la conscience, laquelle s&rsquo;identifie \u00e0 l&rsquo;un de ces p\u00f4les (dont le contenu devient alors inconscient), prend appui sur lui, pour observer et appr\u00e9cier l&rsquo;autre, les fonctions de chacun de ces p\u00f4les \u00e9tant permutables dans la dur\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toute conscience de soi est donc le produit, l&rsquo;expression d&rsquo;une contradiction interne, latente ou manifeste, donnant naissance aux deux termes indispensables : l&rsquo;observateur et l&rsquo;observ\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si toute contradiction cessait, si le sujet co\u00efncidait constamment avec lui-m\u00eame, il cesserait de s&rsquo;apercevoir, puisque, encore une fois, toute connaissance distincte suppose un \u00e9cart pr\u00e9alable entre ce qui conna\u00eet et ce qui est connu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;acte complet, pendant lequel toute contradiction int\u00e9rieure se trouve abolie, est par suite incompatible avec la conscience de soi. Celle-ci ne traduit-elle pas d&rsquo;ailleurs l&rsquo;attitude d&rsquo;un \u00eatre qui se regarde vivre, qui ne vit pas pleinement, qui n&rsquo;est pas enti\u00e8rement engag\u00e9 dans sa propre action ? Le sujet de l&rsquo;acte complet est trop intens\u00e9ment occup\u00e9 \u00e0 vivre pour avoir le temps de se regarder vivre, trop concentr\u00e9 sur son acte pour s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 lui-m\u00eame en tant qu&rsquo;acteur. En d&rsquo;autres termes, l&rsquo;acte complet est l&rsquo;acte dans lequel selon l&rsquo;expression famili\u00e8re et si juste \u00ab on s&rsquo;oublie \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons indiqu\u00e9 d\u00e9j\u00e0 que c&rsquo;est aussi l&rsquo;acte dans lequel on est soi-m\u00eame. Ainsi donc, se r\u00e9aliser pleinement, devenir compl\u00e8tement soi-m\u00eame, c&rsquo;est perdre toute conscience de soi en tant que sujet. Et \u00e0 l&rsquo;homme qui se pense comme un moi repr\u00e9sentable, qui ne veut pas renoncer \u00e0 son propre spectacle, au spectacle de sa propre entit\u00e9, cet \u00e9panouissement, cet accomplissement supr\u00eame, d\u00e8s lors qu&rsquo;on les suppose ind\u00e9finiment maintenus, apparaissent comme \u00e9quivalents \u00e0 l&rsquo;an\u00e9antissement, comme je l&rsquo;ai \u00e9crit ailleurs. Vue du dehors, la pl\u00e9nitude semble un vide et l&rsquo;individu effray\u00e9 s&rsquo;accroche \u00e9perdument \u00e0 la conscience qu&rsquo;il a de lui-m\u00eame, c&rsquo;est- \u00e0-dire \u00e0 sa propre et douloureuse contradiction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette \u00e9pouvante au seuil de la r\u00e9alisation ultime est le drame de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si, avec Bergson, on entend par acte libre un acte \u00ab qui \u00e9mane de notre personnalit\u00e9 tout enti\u00e8re \u00bb et pr\u00e9sente avec elle \u00ab cette ind\u00e9finissable ressemblance que l&rsquo;on trouve parfois entre l&rsquo;oeuvre et l&rsquo;artisan \u00bb, l&rsquo;acte complet, qui ramasse toutes les puissances de l&rsquo;\u00eatre et en lequel l&rsquo;\u00eatre se reconna\u00eet, est un acte libre. La libert\u00e9 ainsi envisag\u00e9e, d\u00e9finie comme l&rsquo;absence de toute contradiction int\u00e9rieure, est d&rsquo;ailleurs la seule qui soit exp\u00e9rimentalement v\u00e9rifiable, la seule dont nous puissions avoir la notion directe, le sentiment v\u00e9cu, tant du moins, que, n&rsquo;\u00e9tant pas \u00e9tablie en permanence mais surgissant d&rsquo;une mani\u00e8re intermittente, elle peut appara\u00eetre, \u00e0 chaque nouvelle manifestation, comme la rupture d&rsquo;une contrainte pr\u00e9alable. Si elle devient continue, ind\u00e9finiment persistante, elle cesse d&rsquo;\u00eatre per\u00e7ue, et le sujet se trouve dans un \u00e9tat de pure existence qui constitue un d\u00e9passement de l&rsquo;antinomie contrainte-libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien qu&rsquo;on puisse le tenir pour objectivement limit\u00e9, dans son \u00e9tendue comme dans ses r\u00e9sultats, l&rsquo;acte complet est, psychologiquement et vitalement, infini. Si l&rsquo;infini math\u00e9matique est ce, au del\u00e0 de quoi on ne peut aller, l&rsquo;infini psychologique est ce au-del\u00e0 de quoi on ne d\u00e9sire pas aller.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand un acte ou une pr\u00e9sence nous remplit, absorbe toutes nos forces d&rsquo;\u00e9motion et de pens\u00e9e, quand aucun mouvement, aucun d\u00e9sir ne peut \u00eatre, ni \u00eatre con\u00e7u, qui nous entra\u00eenerait hors de l&rsquo;\u00e9tat o\u00f9 nous sommes, dont il nous d\u00e9couvrirait les insuffisances, cet \u00e9tat est v\u00e9ritablement sans bornes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car il ne peut y avoir de bornes ressenties que l\u00e0 o\u00f9 existe un d\u00e9sir de les d\u00e9passer. On peut m\u00eame dire que le d\u00e9sir n&rsquo;est que le fait de reconna\u00eetre consciemment ces bornes. Ainsi donc, l&rsquo;acte complet est infini. Non pas sous les esp\u00e8ces d&rsquo;une accumulation, non pas \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un espace ou d&rsquo;une grandeur, mais en tant qu&rsquo;il est int\u00e9rieurement non-born\u00e9, qu&rsquo;il exclut toute conscience de finitude.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette absence de bornes ou, ce qui revient au m\u00eame, de toute contradiction, de toute r\u00e9sistance intime, entra\u00eene cette cons\u00e9quence qu&rsquo;au jugement de son auteur, l&rsquo;acte complet est totalement acte, sans aucun m\u00e9lange de puissance, si l&rsquo;on entend le mot \u00ab puissance \u00bb comme l&rsquo;entendaient les scolastiques. L&rsquo;acte complet est donc, en parlant toujours le langage de l&rsquo;Ecole, un acte pur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il n&rsquo;est pas seulement un acte pur sous ce biais, il l&rsquo;est encore au sens o\u00f9 l&rsquo;on entend par acte pur un acte qui est accompli pour lui-m\u00eame, qui n&rsquo;est souill\u00e9 d&rsquo;aucun calcul, qui contient sa propre fin. Si, en effet, l&rsquo;acte complet n&rsquo;\u00e9tait, dans l&rsquo;intention de son auteur, que le moyen d&rsquo;un acte plus vaste, si on poursuivait \u00e0 travers lui un r\u00e9sultat lointain et d&rsquo;importance majeure, il ne pourrait se suffire \u00e0 lui-m\u00eame, il ne serait pas complet en soi. Il laisserait subsister apr\u00e8s lui, et m\u00eame pendant son accomplissement, une sourde conscience d&rsquo;inach\u00e8vement, une impatience. Il ne serait que partie ou commencement d&rsquo;un acte encore inachev\u00e9, qui constituerait le v\u00e9ritable objet du d\u00e9sir et qui, seul, pourrait \u00eatre complet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;acte complet, contenant sa fin propre, est \u00e0 lui-m\u00eame sa propre r\u00e9tribution. Il n&rsquo;est achet\u00e9 au prix d&rsquo;aucune r\u00e9compense, ni arrach\u00e9 par aucune contrainte. C&rsquo;est donc un acte gratuit. Il n&rsquo;est pas sollicit\u00e9 par l&rsquo;attrait d&rsquo;une repr\u00e9sentation du futur, par la fascination d&rsquo;un id\u00e9al dont il serait distinct. Il n&rsquo;est dirig\u00e9 vers aucun but qui lui serait ext\u00e9rieur. Il surgit de lui-m\u00eame, spontan\u00e9ment. Chacun de ses moments r\u00e9sulte d&rsquo;une impulsion non-provoqu\u00e9e et toujours r\u00e9alisable. Ce n&rsquo;est pas un acte sans raison, c&rsquo;est un acte qui contient sa propre raison, et qui r\u00e9alise son objet dans l&rsquo;instant m\u00eame o\u00f9 il le con\u00e7oit. S&rsquo;il en \u00e9tait autrement, si l&rsquo;acte restait, en quelque sorte, en suspens, la force vive contenue en lui deviendrait d\u00e9sir, comme devient pression la force vive d&rsquo;un mobile dont le mouvement est entrav\u00e9. Il y aurait \u00e0 la fois conscience d&rsquo;obstacle et conscience de d\u00e9sir, contradiction intime; perception d&rsquo;un temps qui, mesurant l&rsquo;\u00e9paisseur de l&rsquo;obstacle, viendrait remplir l&rsquo;intervalle entre le d\u00e9sir et sa r\u00e9alisation. Enfin, l&rsquo;effort du d\u00e9sir contre l&rsquo;obstacle r\u00e9v\u00e9lerait un moi se connaissant comme l&rsquo;auteur de cet effort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;il se suffit \u00e0 lui-m\u00eame, \u00e0 tout moment de sa dur\u00e9e, l&rsquo;acte complet, consid\u00e9r\u00e9 par une conscience qui se placerait au coeur m\u00eame de l&rsquo;impulsion dont il d\u00e9rive, est ind\u00e9pendant de tout ce qui le pr\u00e9c\u00e8de et de tout ce qui le suit. Il ne saurait donc appara\u00eetre ni comme un moment, interm\u00e9diaire ou final, d&rsquo;un acte d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9, ni comme l&rsquo;amorce d&rsquo;un acte qui l&rsquo;ach\u00e8verait dans le futur. En d&rsquo;autres termes, \u00e9tant ferm\u00e9 sur soi, il n&rsquo;est pas plus contraint de se rattacher au pass\u00e9 que d&rsquo;envisager l&rsquo;avenir. \u00ab Quand l&rsquo;action est compl\u00e8te aujourd&rsquo;hui, il n&rsquo;y a pas de demain \u00bb. (Krishnamurti). L&rsquo;acte complet est donc hors du temps, en ce sens que pendant qu&rsquo;il dure, son auteur ne peut se sentir limit\u00e9 par le temps, envisag\u00e9 dans sa d\u00e9composition commune en pass\u00e9, pr\u00e9sent et avenir. Il n&rsquo;a m\u00eame pas besoin de penser ce temps divis\u00e9, sauf si cette pens\u00e9e constitue pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;objet, le contenu de l&rsquo;acte complet. Mais alors, dans ce dernier cas, la consid\u00e9ration du temps n&rsquo;intervient pas \u00e0 propos d&rsquo;autre chose que le temps m\u00eame, et nous retrouvons, l\u00e0 encore, cette id\u00e9e que l&rsquo;acte complet est ferm\u00e9 sur lui-m\u00eame, int\u00e9rieur \u00e0 soi, contient sa propre fin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette intemporalit\u00e9 de l&rsquo;acte complet ne signifie pas qu&rsquo;en le consid\u00e9rant logiquement et de l&rsquo;ext\u00e9rieur on ne puisse y d\u00e9couvrir des \u00e9l\u00e9ments du pass\u00e9, ni pr\u00e9voir sa contribution \u00e0 la gen\u00e8se de d\u00e9veloppements futurs. Mais ce qui est vrai objectivement et discursivement, du point de vue d&rsquo;une logique externe, n&rsquo;est pas psychologiquement ou subjectivement ressenti, ne constitue pas une donn\u00e9e intuitive de l&rsquo;acte saisi dans la vivacit\u00e9 de son accomplissement, une condition exp\u00e9riment\u00e9e consciemment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;on veut voir ce point clairement, que l&rsquo;on se mette en esprit dans la condition d&rsquo;un homme attach\u00e9 \u00e0 un travail qui absorbe enti\u00e8rement son int\u00e9r\u00eat. Ce travail dont nous pouvons imaginer, par exemple, qu&rsquo;il consiste \u00e0 remonter un m\u00e9canisme d\u00e9licat, comporte, \u00e0 n&rsquo;en pas douter, des moments successifs si telle pi\u00e8ce doit \u00eatre mise en place avant telle autre, une certaine distribution des op\u00e9rations dans le temps est impos\u00e9e. Mais l&rsquo;on peut dire que le temps qui intervient ici est plut\u00f4t dans les gestes que dans la pens\u00e9e. Il fait partie en quelque sorte de l&rsquo;action. Il n&rsquo;est pas un obstacle d\u00e9fini que cette action aurait \u00e0 vaincre. On fait l&rsquo;op\u00e9ration pr\u00e9sente : on n&rsquo;est pas accabl\u00e9 par la connaissance pr\u00e9alable des op\u00e9rations qui devront le suivre, du temps que prendront ces op\u00e9rations. On ne souffre pas de n&rsquo;avoir pas d\u00e9j\u00e0 atteint le terme du travail entrepris, on n&rsquo;attend pas ce terme comme une sorte de r\u00e9compense de l&rsquo;effort actuel. L&rsquo;action parfaite dans laquelle on est engag\u00e9 appara\u00eet comme un \u00e9quilibre d\u00e9licat entre l&rsquo;impatience d&rsquo;obtenir un r\u00e9sultat et la conscience des inconv\u00e9nients ou p\u00e9rils inh\u00e9rents \u00e0 une h\u00e2te excessive, \u00e0 une pr\u00e9cipitation aveugle. On arrive ainsi \u00e0 un rythme naturel de l&rsquo;action, on fait tout ce que l&rsquo;on est capable de faire en le faisant bien. D\u00e8s lors, on n&rsquo;est affect\u00e9 \u00e9motionnellement ni par la consid\u00e9ration du futur ni par celle du pass\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le m\u00e9canisme, une fois remis en \u00e9tat de fonctionnement, peut avoir une utilit\u00e9. Cette utilit\u00e9 n&rsquo;est pas envisag\u00e9e. On remonte le m\u00e9canisme pour la satisfaction m\u00eame de le remonter, de le voir surgir peu \u00e0 peu comme un \u00e9difice qui deviendrait progressivement complet. Il y a activit\u00e9 de jeu, activit\u00e9 gratuite au sens o\u00f9 nous l&rsquo;avons d\u00e9finie plus haut. Cette activit\u00e9 ludique ne tend pas vers une joie qui lui serait ext\u00e9rieure, qu&rsquo;il faudrait attendre d&rsquo;un avenir. L&rsquo;acte n&rsquo;est pas distinct de la joie qu&rsquo;il procure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut faire la diff\u00e9rence la plus expresse entre des \u00e9motions qui se d\u00e9veloppent dans le temps et un temps dont la consid\u00e9ration susciterait des \u00e9motions de d\u00e9sir ou de regret, un temps qui se dresserait comme un obstacle en soi devant l&rsquo;individu agissant. Cette sorte de temps, ce temps \u00e9mouvant ne peut trouver place dans la conscience de qui agit compl\u00e8tement. Pour un tel agent, la consid\u00e9ration du pass\u00e9 ou du futur n&rsquo;offre pas plus d&rsquo;int\u00e9r\u00eat que celle du pr\u00e9sent. Il n&rsquo;\u00e9prouve pas le besoin de quitter l&rsquo;un de ces temps pour s&rsquo;en aller vivre dans un autre. Le temps se r\u00e9duit pour lui \u00e0 la conception d&rsquo;un ordre successif des choses, il d\u00e9finit un cadre de l&rsquo;action mais non un moteur ou un frein pour celle-ci. Un temps ainsi con\u00e7u n&rsquo;engendre ni h\u00e2te ni paresse chez qui en prend conscience. Il n&rsquo;est plus que sch\u00e9ma intellectuel, instrument de classification ou de pr\u00e9vision, trace ou prolongement syst\u00e9matique de trace. Cessant de solliciter l&rsquo;action, de la conditionner du dehors au regard de l&rsquo;acteur, il appara\u00eet dans son contenu formel, comme la cr\u00e9ation, le produit de cette action m\u00eame. N&rsquo;est-elle pas \u00e0 l&rsquo;origine des \u00e9v\u00e8nements qui peuplent et soutiennent la dur\u00e9e? Les \u00e9v\u00e8nements du pass\u00e9 ne sont qu&rsquo;actes accomplis et ceux du futur, qu&rsquo;actes pr\u00e9sum\u00e9s. Et c&rsquo;est encore un acte pr\u00e9sent qui les pr\u00e9sume.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vu de l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;acte complet, le temps appara\u00eet donc non comme un principe mais comme une cons\u00e9quence non comme une r\u00e9alit\u00e9 contraignant l&rsquo;acte mais comme une r\u00e9alit\u00e9 pos\u00e9e par l&rsquo;acte et qui en explicite la nature (3). Un tel temps se trouve d\u00e8s lors d\u00e9nu\u00e9 sinon d&rsquo;importance du moins d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Il cesse d&rsquo;\u00eatre une chose d\u00e9sirable ou insupportable, une chose que l&rsquo;on veuille tour \u00e0 tour accumuler ou d\u00e9truire. Il s&rsquo;efface comme objet de pr\u00e9occupation distinct. Et le sujet vit dans le pr\u00e9sent, \u00ab non dans un pr\u00e9sent qui fait partie du temps mais dans le pr\u00e9sent qui est action\u00bb (Krishnamurti).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi donc, bien que l&rsquo;acte complet laisse voir, \u00e0 qui l&rsquo;observe du dehors et d&rsquo;un point de vue analytique, comme une solidarit\u00e9 une organisation dynamique des moments distincts, ext\u00e9rieurs les uns aux autres et se r\u00e9partissant dans les cat\u00e9gories de la temporalit\u00e9, la division du temps que cette vision suppose n&rsquo;est pas effectivement ressentie, ni r\u00e9ellement et pleinement pens\u00e9e par l&rsquo;auteur de l&rsquo;acte, durant cet acte m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La distinction entre le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et l&rsquo;avenir subsiste encore physiquement ~ la vie pratique deviendrait sans cela impossible et m\u00eame comme notion intellectuelle, mais elle est d\u00e9pouill\u00e9e de la qualit\u00e9, de la coloration, de l&rsquo;efficacit\u00e9 \u00e9motionnelles qu&rsquo;elle poss\u00e8de \u00e0 l&rsquo;ordinaire. On pourrait dire qu&rsquo;elle devient purement op\u00e9ratoire, instrumentale ; que, s&rsquo;incorporant invisiblement aux actes, faisant partie de leur structure intime, de leur essence, les articulant en quelque sorte, elle est agie plut\u00f4t que v\u00e9ritablement, vitalement ressentie (4). La coh\u00e9rence mat\u00e9rielle, la coordination dans le temps, des gestes ou des initiatives ne cesse pas d&rsquo;\u00eatre assur\u00e9e et correspond bien \u00e0 un discernement implicite des moments, \u00e0 un respect informul\u00e9 de l&rsquo;ordre successif qui est ins\u00e9parable de toute action. Mais cette coordination, cet ordre ne sont plus, en g\u00e9n\u00e9ral, repr\u00e9sent\u00e9s et aucun temps n&rsquo;est vu dans une lumi\u00e8re sp\u00e9cialement et irr\u00e9sistiblement s\u00e9ductrice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne retrouve plus, en rapport avec les profondeurs vives du sujet, ce sens du pass\u00e9 qui inclut on ne sait quel regret \u00e9mouvant, quelle nostalgie m\u00e9lancolique, et comme la pesanteur inexorable, accablante, d&rsquo;une histoire infinie dont les moments sont \u00e0 la fois r\u00e9volus et irr\u00e9vocables. Ni ce sens de l&rsquo;avenir qui est lourd de toutes les attentes, de toutes les peurs et de tous les espoirs. On n&rsquo;attend plus un futur o\u00f9 l&rsquo;on pourrait enfin vivre compl\u00e8tement. Surtout, il n&rsquo;y a plus en nous la vision consciente, l&rsquo;\u00e9vocation de ce personnage identifi\u00e9 \u00e0 nous-m\u00eames qui, ainsi que nous le montrerons plus loin, se d\u00e9gage comme une vapeur des fissures de l&rsquo;action incompl\u00e8te et qui se d\u00e9tourne intentionnellement et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment du pr\u00e9sent pour se plonger dans les gouffres du pass\u00e9 ou du futur, ob\u00e9issant \u00e0 des attirances vertigineuses ou \u00e0 d&rsquo;insurmontables r\u00e9pulsions. Cette pr\u00e9sence fantomale se dissipe en m\u00eame temps que la division du temps dont elle s&rsquo;alimentait, et le sujet de l&rsquo;acte complet, \u00e9chappant \u00e0 l&rsquo;obsession du d\u00e9sir comme \u00e0 celle du regret, vit dans une dur\u00e9e indivise qui, rassemblant en elle le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et le futur du sens commun, peut \u00eatre appel\u00e9e un pr\u00e9sent. (?)e n&rsquo;est pas \u00e0 dire que l&rsquo;acteur soit enferm\u00e9 dans ce pr\u00e9sent, mais plut\u00f4t que tout devient pr\u00e9sent: pass\u00e9 et futur perdant leurs caract\u00e8res \u00e9motionnellement distinctifs se confondent psychologiquement avec le pr\u00e9sent, lequel n&rsquo;est m\u00eame plus pens\u00e9 en tant que pr\u00e9sent. En effet, ni le pass\u00e9, ni le pr\u00e9sent, ni le futur ne peuvent \u00eatre con\u00e7us en eux-m\u00eames. Chacun d&rsquo;eux ne se laisse concevoir qu&rsquo;au moyen des autres, n&rsquo;est d\u00e9finissable que dans ses rapports avec les autres. Supprimer les divisions du temps, c&rsquo;est donc, en un sens, supprimer le temps m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du fait m\u00eame qu&rsquo;il unifie toutes les puissances du sujet et r\u00e9alise une intense, une supr\u00eame<br \/>\nconcentration de l&rsquo;\u00e9nergie, l&rsquo;acte complet rev\u00eat, dans la conscience qu\u2019en, prend son auteur, une limpidit\u00e9, une transparence admirables. Il atteint ce point d&rsquo;harmonie o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments concourant \u00e0 la produire n&rsquo;entrent plus en conflit et, de ce fait, deviennent vitalement invisibles bien que l&rsquo;on puisse encore, intellectuellement, les distinguer. C&rsquo;est-\u00e0-dire que bien qu&rsquo;il soit possible, du dehors ou apr\u00e8s coup, de discerner dans l&rsquo;acte complet des composantes mentales, \u00e9motionnelles et physiques, ces composantes sont si intimement associ\u00e9es qu&rsquo;elles ne peuvent plus \u00eatre, de l&rsquo;int\u00e9rieur et dans leur donn\u00e9e vive, les objets d&rsquo;une observation distincte. Une sorte d&rsquo;alignement survient entre l&rsquo;\u00e9motion, la pens\u00e9e et l&rsquo;action (5), alignement qui les fait concourir, converger en une synth\u00e8se organique pr\u00e9sentant une unit\u00e9 propre, une signification originale, constituant en elle-m\u00eame une r\u00e9alit\u00e9 simple et neuve. C&rsquo;est comme si trois tubes de vis\u00e9e primitivement disjoints venaient s&#8217;embo\u00eeter pour former ensemble un tube unique dont les sections deviendraient indiscernables, ou comme si les fragments d&rsquo;une lentille bris\u00e9e se ressoudaient avec tant de perfection que la lentille reprit sa transparence premi\u00e8re et redevint capable de r\u00e9aliser \u00e0 son foyer une \u00e9blouissante concentration de lumi\u00e8re.<br \/>\nC&rsquo;est cet alignement, cet ajustement, ce concours r\u00e9ciproque des puissances de l&rsquo;\u00eatre qui efface les caract\u00e8res propres, l&rsquo;existence distinctive de chacune d&rsquo;elles. De la m\u00eame fa\u00e7on que, sur un disque en rotation, un dosage judicieux des couleurs fondamentales d\u00e9truit toute coloration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces puissances se d\u00e9signaient et se d\u00e9finissaient mutuellement par leurs d\u00e9saccords, leur opposition m\u00eame. Ou encore par le fait qu&rsquo;elles s&rsquo;\u00e9veillaient successivement et non simultan\u00e9ment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>De l&rsquo;acte complet envisag\u00e9 statiquement<\/strong> (suite)<br \/>\n(Revue Spiritualit\u00e9, Num\u00e9ro 21-22, Ao\u00fbt-Septembre 1946)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00e9motions vives, dans leur \u00e9lan premier, dans leur exigence d&rsquo;un accomplissement litt\u00e9ral, inconditionnel et imm\u00e9diat, entraient en conflit avec la raison. Se pr\u00e9cipitant aveugl\u00e9ment vers leur objet, l&rsquo;\u00e9treignant d\u00e9j\u00e0 en imagination, elles \u00e9taient comme retenues dans leur prime saut par les avertissements de cette raison qui, m\u00e9moire logique, m\u00e9moire structurale des exp\u00e9riences pass\u00e9es, leur faisait voir quels r\u00e9sultats, aussi f\u00e2cheux qu&rsquo;in\u00e9vitables, allaient surgir de l&rsquo;action pr\u00e9sente ou projet\u00e9e, leur r\u00e9v\u00e9lait ces incompatibilit\u00e9s irr\u00e9ductibles que, dans leur impatience, elles n&rsquo;\u00e9taient que trop port\u00e9es soit \u00e0 m\u00e9conna\u00eetre, soit \u00e0 m\u00e9priser. Ainsi il y avait lutte entre cet emportement vers la satisfaction imm\u00e9diate, cette fr\u00e9n\u00e9sie de r\u00e9alisation instantan\u00e9e et l&rsquo;appr\u00e9hension des difficult\u00e9s futures, des lendemains douloureux qui seraient la ran\u00e7on de cet \u00e9lan aveugle. Ce conflit opposait en apparence l&rsquo;\u00e9motion \u00e0 la pens\u00e9e mais constituait en r\u00e9alit\u00e9, par l&rsquo;interm\u00e9diaire de cette pens\u00e9e, une lutte entre le d\u00e9sir direct et le d\u00e9sir r\u00e9fl\u00e9chi, entre le d\u00e9sir passager et le d\u00e9sir permanent. Il faisait de l&rsquo;action un compromis d\u00e9cevant, une r\u00e9alit\u00e9 b\u00e2tarde qui, incapable de traduire pleinement soit les \u00e9motions soit la raison ne pouvait que s&rsquo;opposer aux unes et \u00e0 l&rsquo;autre, acqu\u00e9rant ainsi un semblant d&rsquo;existence distincte et isol\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00e9motions et la raison ne se diff\u00e9renciaient pas seulement en se heurtant, elles se diff\u00e9renciaient encore, si l&rsquo;on peut dire, en se fuyant. Elles ne s&rsquo;animaient alors que l&rsquo;une apr\u00e8s l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand les \u00e9motions \u00e9taient \u00e9veill\u00e9es, la raison restait en sommeil ou r\u00e9ciproquement. Il y avait \u00e9motion sans pens\u00e9e ou pens\u00e9e sans \u00e9motion. Le terme manquant devenait pr\u00e9sent \u00e0 l&rsquo;esprit par son absence m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A partir du moment o\u00f9 les \u00e9motions deviennent spontan\u00e9ment logiques, c&rsquo;est-\u00e0-dire enveloppent une connaissance claire de leurs aboutissements et s&rsquo;ajustent \u00e0 cette connaissance, elles sont susceptibles de se d\u00e9velopper en action sans interf\u00e9rer entre elles ni se limiter mutuellement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elles peuvent s&rsquo;exprimer successivement sans heurts ou, ce qui revient au m\u00eame, sans douleur pour le sujet. La raison qui se pr\u00e9sentait comme une sorte de correcteur des \u00e9motions, ext\u00e9rieur \u00e0 celles-ci, vient maintenant s&rsquo;int\u00e9grer \u00e0 elle, les p\u00e9n\u00e8tre dans leur masse, se dissout en elles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon le mot de Krishnamurti \u00ab elle entre en fusion dans l&rsquo;intensit\u00e9 de la lucidit\u00e9 \u00e9motionnelle \u00bb et forme avec les \u00e9motions une substance unique et homog\u00e8ne. Il n&rsquo;y a plus alors, \u00e0 proprement parler, ni \u00e9motions, ni pens\u00e9e, ni effort, mais un fonctionnement total, un mouvement int\u00e9rieur simple et ind\u00e9composable, un \u00e9coulement d&rsquo;\u00e9nergie qui s&rsquo;effectue de lui-m\u00eame sans arr\u00eat et sans obstacle. Il devient superflu de rechercher ce qui, dans ce flot, d&rsquo;o\u00f9 se d\u00e9tachent \u00e0 chaque instant des actions externes, appartient \u00e0 l&rsquo;\u00e9motion ou proc\u00e8de de la pens\u00e9e. L&rsquo;homme, dans ces conditions, a le sentiment d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;origine d&rsquo;un flux de vie, compact et lisse, d&rsquo;un \u00e9lan homog\u00e8ne et indiff\u00e9renci\u00e9, d&rsquo;une continuit\u00e9 de jaillissement int\u00e9rieur. Les eaux de la conscience coulent uniform\u00e9ment, d&rsquo;un seul jet, sans remous, ni tourbillons pour en alt\u00e9rer la transparence ou en retenir le cours. C&rsquo;est cette animation simultan\u00e9e, indivise, de toutes les puissances du sujet qui le rend limpide \u00e0 son propre regard. Ce regard qu&rsquo;aucun conflit n&rsquo;obscurcit, peut atteindre, en certaines circonstances, un paroxysme de lumi\u00e8re qui, pour employer un mot tr\u00e8s ancien mais toujours ad\u00e9quat, toujours valable, n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que l&rsquo;illumination.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les diff\u00e9rents moments \u00e9motionnels se succ\u00e8dent dans un ordre intellectuellement coh\u00e9rent et, en apparence, ind\u00e9finiment viable, soutiennent entre eux des rapports qui sont conformes \u00e0 leurs natures respectives. L&rsquo;intelligence ne d\u00e9couvre aucune contradiction logique, aucune incompatibilit\u00e9 fonci\u00e8re entre les sentiments qui viennent emplir le coeur. D\u00e8s lors les actes correspondant \u00e0 ces sentiments successifs se d\u00e9veloppent sans se faire obstacle. M\u00eame si, du point de vue d&rsquo;autrui, une contradiction existe, elle n&rsquo;est pas ressentie par l&rsquo;acteur lui-m\u00eame. Son action est \u00e0 tout instant parfaite \u00e0 son propre regard, c&rsquo;est-\u00e0-dire au regard des crit\u00e8res dont il dispose. Dans ces conditions, et du moment que l&rsquo;action suit sans retard, ni r\u00e9sistance, le mouvement, le progr\u00e8s des crit\u00e8res, aucun conflit n&rsquo;est concevable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;acte n&rsquo;appara\u00eet plus, au sentiment de son auteur, comme une diversit\u00e9 vaincue, comme une association heureuse de composants qui resteraient distincts en d\u00e9pit de cette association m\u00eame, mais comme une simplicit\u00e9 existant par elle-m\u00eame, ant\u00e9rieure en quelque sorte \u00e0 toute diff\u00e9renciation et rebelle \u00e0 toute analyse. On ne per\u00e7oit plus une sorte de mosa\u00efque, o\u00f9 des fronti\u00e8res se laisseraient voir entre les \u00e9l\u00e9ments assembl\u00e9s. On prend conscience d&rsquo;une totalit\u00e9 d&rsquo;un seul tenant, ou si l&rsquo;on veut d&rsquo;un fonctionnement total dont la r\u00e9solution coutumi\u00e8re en activit\u00e9s sp\u00e9cifiques pourrait bien \u00eatre le produit d&rsquo;un mirage cr\u00e9\u00e9 par la discontinuit\u00e9, l&rsquo;imperfection des sens. Imperfection naturelle, certes, mais dont l&rsquo;acceptation na\u00efve nous aurait conduits \u00e0 des interpr\u00e9tations qui, bien que techniquement valables et f\u00e9condes, seraient psychologiquement illusoires. En sorte que si l&rsquo;ordre caract\u00e9ristique de l&rsquo;acte complet appara\u00eet comme une synth\u00e8se, au regard d&rsquo;une pens\u00e9e accoutum\u00e9e \u00e0 se mouvoir parmi les distinctions et les oppositions, il pourrait, consid\u00e9r\u00e9 en soi, passer pour une non-dualit\u00e9 primitive dont toutes les complexit\u00e9s intellectuelles auraient \u00e9t\u00e9 d\u00e9gag\u00e9es au prix d&rsquo;un fractionnement sensible, d&rsquo;une analyse tardive. D\u00e8s lors, ce qui, du point de vue des distinctions, se pr\u00e9sente comme une conciliation, un ajustement savant et intentionnel de fonctions diff\u00e9renci\u00e9es, ne se r\u00e9v\u00e9lerait plus, dans la conscience de l&rsquo;acte complet, que comme une r\u00e9alit\u00e9 primitive, naturellement indivise, et qui n&rsquo;aurait paru se fragmenter qu&rsquo;en vertu d&rsquo;une illusion propre \u00e0 notre optique sensorielle ou sensori-mentale, de la m\u00eame fa\u00e7on qu&rsquo;une ligne droite rev\u00eat une apparence bris\u00e9e quand la r\u00e9fraction usuelle intervient. Et le conflit entre ces interpr\u00e9tations oppos\u00e9es ne ferait qu&rsquo;exprimer le paradoxe d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 oblig\u00e9e de se fractionner virtuellement pour se saisir mais \u00e9trang\u00e8re dans son fond \u00e0 toute discontinuit\u00e9, \u00e0 toute division r\u00e9elle (6).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il en \u00e9tait bien ainsi, on voit combien serait grande l&rsquo;erreur de ceux qui s&rsquo;imaginent parvenir \u00e0 l&rsquo;acte complet par une conciliation intellectuelle des diff\u00e9rences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout d&rsquo;abord, en effet, cette tentative de conciliation pr\u00e9suppose la conviction pratique que les diff\u00e9rences sont r\u00e9elles. En outre, la m\u00e9thode adopt\u00e9e pour les accorder conduit \u00e0 une analyse toujours plus pouss\u00e9e de leur notion. Pour mieux les unir, on est amen\u00e9 \u00e0 en diviser toujours davantage le concept, \u00e0 consid\u00e9rer des d\u00e9tails de plus en plus fins, \u00e0 se perdre dans des subtilit\u00e9s croissantes et inextricables. En sorte que c&rsquo;est avec un esprit obs\u00e9d\u00e9 par la diff\u00e9rence que l&rsquo;on se flatte de r\u00e9aliser l&rsquo;unit\u00e9. Il n&rsquo;est pas surprenant que l&rsquo;on aboutisse \u00e0 un \u00e9chec. Ces critiques resteraient encore valables m\u00eame si l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;acte complet, au lieu d&rsquo;avoir un fondement absolu n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une apparence que nous serions incapables de d\u00e9passer et qui, en cons\u00e9quence, ferait fonction pour nous d&rsquo;absolu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans tous les cas, pour parvenir \u00e0 l&rsquo;acte complet, il faudrait, non pas chercher \u00e0 concilier des diff\u00e9rences, mais \u2014 ce qui est tout autre chose perdre le sens de la distinction. Ce qui ne peut avoir lieu qu&rsquo;au prix d&rsquo;une transformation vitale cons\u00e9cutive \u00e0 une grande tension int\u00e9rieure (7).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On remarquera que les attributs que nous avons \u00e9t\u00e9 logiquement conduit \u00e0 conf\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;acte complet sont, pour la plupart, ceux-l\u00e0 m\u00eames que les th\u00e9ologiens consid\u00e8rent comme convenant \u00e0 Dieu : perfection, fid\u00e9lit\u00e9, infinit\u00e9, simplicit\u00e9, intemporalit\u00e9, etc. Cette constatation n&rsquo;a pas lieu de nous surprendre. Ce que les hommes ont v\u00e9n\u00e9r\u00e9, en la nommant Dieu, c&rsquo;est l&rsquo;image de leur propre bonheur. Or, pr\u00e9cis\u00e9ment, l&rsquo;acte complet est la formule m\u00eame du bonheur humain. Il est donc naturel qu&rsquo;il manifeste les attributs pr\u00eat\u00e9s traditionnellement \u00e0 la divinit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>De l&rsquo;acte complet envisag\u00e9 dialectiquement <\/strong><br \/>\n(Revue Spiritualit\u00e9, Num\u00e9ro 18, 15 Mai 1946)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parlant de l&rsquo;acte complet, nous disions:<br \/>\n\u00ab Si l&rsquo;acte restait en quelque sorte en suspens, la force vive contenue en lui deviendrait d\u00e9sir, comme devient pression la force vive d&rsquo;un mobile dont le mouvement est entrav\u00e9. Il y aurait \u00e0 la fois conscience d&rsquo;obstacle et conscience de d\u00e9sir, contradiction intime : perception d&rsquo;un temps qui, mesurant l&rsquo;\u00e9paisseur de l&rsquo;obstacle, viendrait remplir l&rsquo;intervalle entre le d\u00e9sir et sa r\u00e9alisation. Enfin l&rsquo;effort du d\u00e9sir contre l&rsquo;obstacle r\u00e9v\u00e9lerait un moi se connaissant comme l&rsquo;auteur de cet effort \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces lignes, si l&rsquo;on s&rsquo;arr\u00eate \u00e0 les m\u00e9diter, peuvent sugg\u00e9rer une nouvelle mani\u00e8re d&rsquo;envisager l&rsquo;acte complet. Si, en effet, l&rsquo;existence d&rsquo;un intervalle entre le d\u00e9sir et son accomplissement est g\u00e9n\u00e9ratrice d&rsquo;incompl\u00e9tude, l&rsquo;annulation de cet intervalle doit nous conduire \u00e0 l&rsquo;acte complet. Celui-ci pourrait donc \u00eatre d\u00e9fini, tout au long de sa dur\u00e9e, comme la r\u00e9alisation d&rsquo;un d\u00e9sir qui se formulerait \u00e0 tout moment de telle sorte qu&rsquo;il n&rsquo;existerait pas d&rsquo;intervalle psychologiquement perceptible entre ce d\u00e9sir et sa r\u00e9alisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un tel \u00e9nonc\u00e9, qui parait introduire la notion d&rsquo;un d\u00e9sir au sein de l&rsquo;acte complet, n&rsquo;est-il pas en contradiction avec nos analyses ant\u00e9rieures qui nous feraient exclure de ce m\u00eame acte toute conscience effective de d\u00e9sir?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non, car la nouvelle d\u00e9finition propos\u00e9e, si le d\u00e9sir subsiste encore comme cause ou source logique du mouvement impliqu\u00e9 dans l&rsquo;acte, il n&rsquo;existe plus comme fait de conscience. La notion m\u00eame du d\u00e9sir ne peut se former que l\u00e0 o\u00f9 un intervalle observable s\u00e9pare l&rsquo;application de la volont\u00e9, \u00e0 r\u00e9aliser un acte d\u00e9j\u00e0 con\u00e7u, de la r\u00e9alisation effective de cet acte. D\u00e9sir et r\u00e9alisation ne se peuvent d\u00e9finir que pour autant qu&rsquo;ils sont disjoints. A partir du moment o\u00f9 ils deviennent constamment co\u00efncidants, se transforment incessamment l&rsquo;un et l&rsquo;autre, il n&rsquo;y a plus, \u00e0 proprement parler, ni d\u00e9sir ni r\u00e9alisation, mais un flux d&rsquo;action persistant, une transformation continue et consciente qui constitue un d\u00e9passement dialectique de l&rsquo;antith\u00e8se d\u00e9sir-r\u00e9action.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La repr\u00e9sentation de l&rsquo;acte complet que nous venons de formuler est donc parfaitement compatible avec notre affirmation ant\u00e9rieure selon laquelle aucun d\u00e9sir conscient ne peut trouver place au sein de l&rsquo;acte complet. Mais alors que cette affirmation \u00e9tait purement statique, la nouvelle repr\u00e9sentation obtenue est essentiellement dynamique. Elle introduit d&#8217;embl\u00e9e un mouvement au coeur de l&rsquo;acte complet, et cet acte nous appara\u00eet d\u00e8s lors comme un processus complet et nuanc\u00e9, comme un jeu de substitutions fluides, une permanente r\u00e9duction de contrastes perp\u00e9tuellement renaissants. Tout ce qui en lui, semblait immuable se mobilise dans le creuset du devenir et r\u00e9v\u00e8le de nouveaux aspects.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ainsi que la continuit\u00e9 de l\u2019acte complet devient une continuit\u00e9 dans le jaillissement de d\u00e9sirs successifs qui, s&rsquo;accomplissant d\u00e8s qu&rsquo;ils se formulent et s&rsquo;\u00e9teignant dans leur accomplissement m\u00eame, ne peuvent parvenir \u00e0 une existence durable et distincte. On peut dire que, dans cette hypoth\u00e8se, l&rsquo;intervalle entre le d\u00e9sir et son objet, restant toujours plus petit que tout \u00e9cart perceptible, constitue un infiniment petit psychologique. Envisag\u00e9 sous ce biais l&rsquo;acte complet appara\u00eet comme l&rsquo;addition, l&rsquo;int\u00e9grale de d\u00e9marches \u00e9l\u00e9mentaires, de m\u00eame qu&rsquo;en g\u00e9om\u00e9trie on r\u00e9duit une courbe continue \u00e0 une juxtaposition innombrable d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments rectilignes et infinit\u00e9simaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si, pendant l&rsquo;effectuation d&rsquo;un acte, l&rsquo;intervalle entre certains d\u00e9sirs instantan\u00e9s ~ o\u00f9, si l&rsquo;on veut, entre certaines expressions instantan\u00e9es du d\u00e9sir ~ et les r\u00e9alisations \u00e9l\u00e9mentaires correspondantes se dilatait et, d&rsquo;infiniment petit, devenait fini, des suspensions se manifesteraient dans l&rsquo;activit\u00e9, des trous se creuseraient dans l&rsquo;acte qui, d\u00e8s lors, ne pourrait \u00eatre complet. Il y aurait des moments o\u00f9 le d\u00e9sir serait pr\u00e9sent et ne serait pas satisfait. De tels moments qui seraient des moments de passivit\u00e9, d&rsquo;insatisfaction, d&rsquo;incertitude, ne peuvent trouver place dans l&rsquo;acte complet. Ce dernier, en cons\u00e9quence, ne saurait \u00eatre le passage discontinu d&rsquo;un d\u00e9sir \u00e0 un accomplissement mais une transition continue et graduelle. Sa nature ne s&rsquo;apparente pas \u00e0 celle d&rsquo;un mouvement intermittent et saccad\u00e9 mais \u00e0 celle d&rsquo;un mouvement interrompu et fluide, \u00e9voquant l&rsquo;image d&rsquo;une courbe aux inflexions nombreuses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puisque tout d\u00e9sir tend \u00e0 se r\u00e9aliser sans d\u00e9lai, l&rsquo;existence d&rsquo;un intervalle observable, d&rsquo;un intervalle fini, entre le d\u00e9sir et sa r\u00e9alisation atteste la pr\u00e9sence d&rsquo;un obstacle. L&rsquo;acte naissant est emp\u00each\u00e9 ou g\u00ean\u00e9. Le sujet \u00e9prouve le sentiment d&rsquo;une contrainte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Inversement, le passage continu, psychologiquement instantan\u00e9, du d\u00e9sir \u00e0 la r\u00e9alisation signifie l&rsquo;absence ou la continuelle r\u00e9duction, le perp\u00e9tuel effacement des obstacles. En d&rsquo;autres termes, il est synonyme de libert\u00e9 de l&rsquo;acte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons d\u00e9j\u00e0, montr\u00e9 que l&rsquo;acte complet \u00e9tait un acte libre, mais la libert\u00e9 que nous avions envisag\u00e9e \u00e9tait une libert\u00e9 statique se r\u00e9duisant \u00e0 une absence de contradiction int\u00e9rieure et nous avions indiqu\u00e9 que si cette libert\u00e9 se trouvait \u00e9tablie en permanence, il ne serait pas possible d&rsquo;en \u00e9prouver le sentiment. Il n&rsquo;en va pas de m\u00eame de celle que nous venons de consid\u00e9rer en dernier lieu et qui r\u00e9side non dans l&rsquo;absence de toute contradiction int\u00e9rieure mais dans le fait que les contradictions qui peuvent surgir restent \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat naissant et sont en voie de constante r\u00e9solution. Une telle libert\u00e9, m\u00eame permanente, peut s&rsquo;\u00e9prouver toujours. Elle s&rsquo;accompagne du sentiment d&rsquo;une perp\u00e9tuelle rupture de limites qui ne semblent surgir que pour \u00eatre d\u00e9pass\u00e9es, de barri\u00e8res qui semblent avoir juste assez de consistance pour r\u00e9v\u00e9ler la puissance qui les dissipe : fragiles entraves qui ne naissent que pour mourir et ne meurent que pour rena\u00eetre, s&rsquo;\u00e9largissant \u00e0 chaque renaissance, devenant des cercles toujours plus vastes et lumineux, sans qu&rsquo;on puisse envisager de terme \u00e0 cette dilatation, ainsi se dessine un \u00e9ternel mouvement de l&rsquo;action, qui suscite ses propres obstacles (point m\u00e9connu par Wells dans son \u00ab Times Explorer \u00bb) mais chaque obstacle devient le point de d\u00e9part d&rsquo;un \u00e9lan nouveau, constitue le tremplin d&rsquo;un rebondissement, comme ces pierres que le flot rencontre et par lesquelles il est soulev\u00e9 \u00e0 une hauteur qu\u2019il n\u2019e\u00fbt point de lui-m\u00eame atteinte. A ce degr\u00e9, il n&rsquo;y a plus ni contentement st\u00e9rilisant, ni la douloureuse tension d&rsquo;un effort qui encha\u00eene, mais le progr\u00e8s illimitable d&rsquo;un mouvant \u00e9quilibre entre une pression et une r\u00e9sistance, une sorte de pulsation dont les ondes se propagent spontan\u00e9ment et jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;infini, l&rsquo;effusion in\u00e9puisable d&rsquo;une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 fr\u00e9missante, reportant toujours au-del\u00e0 le flot jaillissant d&rsquo;une invisible source. De cela r\u00e9sulte une sensation positive de libert\u00e9 qui ne fait qu&rsquo;un avec la sensation de couler, de se r\u00e9pandre, de s&rsquo;extravaser sans arr\u00eat, sous l&rsquo;effort d&rsquo;une sorte de pression int\u00e9rieure qui \u00e9carte avec aisance tous les obstacles et introduit dans l&rsquo;exp\u00e9rience de la vie comme une \u00e9l\u00e9gance dynamique, et un parfum de d\u00e9licieuse r\u00e9alit\u00e9. Ainsi cette conscience de libert\u00e9, de la seule libert\u00e9 qui puisse \u00eatre directement et constamment saisie, est la conscience m\u00eame de ce que Krishnamurti appelle le mouvement de la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On voit comment ce qui \u00e9tait libert\u00e9 inconstatable et passive, dans notre vision statique de l&rsquo;acte complet, devient ici lib\u00e9ration permanente et active, perception d&rsquo;un mouvement qui se d\u00e9livre \u00e0 tout instant des entraves qui pourraient le retenir. Ce que nous appelions absence de contradiction int\u00e9rieure, unit\u00e9 pure, se r\u00e9v\u00e8le contradiction toujours renaissante et toujours surmont\u00e9e, contradiction se d\u00e9truisant \u00e0 mesure qu&rsquo;elle se formule et qui ne parvient pas \u00e0 \u00eatre vraiment contradiction mais se fond dans l&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;un mouvement qui renferme \u00e0 la fois en lui-m\u00eame deux polarit\u00e9s contraires et d\u00e9pass\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;infinit\u00e9, ou si l&rsquo;on veut, la non-finit\u00e9 statique de l&rsquo;acte complet nous appara\u00eet maintenant comme un perp\u00e9tuel d\u00e9passement de bornes, comme un progr\u00e8s sans terme. D&rsquo;ailleurs les bornes ne sont plus des limites fixes mais des lisi\u00e8res apparentes d&rsquo;une tension vou\u00e9e \u00e0 se poursuivre sans fin. La simplicit\u00e9 se laisse voir comme une complexit\u00e9 r\u00e9solue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons d\u00e9fini l&rsquo;acte complet comme le d\u00e9passement de l&rsquo;antith\u00e8se d\u00e9sir-r\u00e9alisation. Or, cette antith\u00e8se \u00e9tait le produit d&rsquo;une fragmentation de l&rsquo;acte dans et par le temps. La continuit\u00e9 de l&rsquo;acte se trouvait ainsi bris\u00e9e et, aux points de rupture, il y avait insertion d&rsquo;un temps d\u00e9sirable constituant une sorte de corps \u00e9tranger, une enclave d&rsquo;inertie relative, une pr\u00e9sence morte dans la chair vivante de l&rsquo;acte, un obstacle \u00e0 son cours naturel. L&rsquo;\u00e9limination de ce temps-obstacle restitue \u00e0 l&rsquo;acte sa puret\u00e9 essentielle, son homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 dans la dur\u00e9e. Nous retrouvons donc ainsi d&rsquo;une nouvelle mani\u00e8re l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;acte complet est un acte pur, perceptible comme un mouvement simple et ind\u00e9composable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s lors que d\u00e9sir et r\u00e9alisation ne sont pas s\u00e9par\u00e9s, la notion du temps comme distance entre le d\u00e9sir et la r\u00e9alisation dispara\u00eet. Nous comprenons comment surgit l&rsquo;intemporalit\u00e9 de l&rsquo;acte complet, comment elle peut se concilier avec un devenir r\u00e9el, et nous comprenons aussi que Krishnamurti ait pu parler d&rsquo;un devenir pur qui ne comporte pas de temps (timeless becoming). Loin d&rsquo;\u00eatre d\u00e9truit, le changement empirique devient changement pur. Ce qui est d\u00e9truit c&rsquo;est le temps d\u00e9fini comme \u00ab dur\u00e9e en vue d&rsquo;un progr\u00e8s \u00bb (Krishnamurti). Cette d\u00e9finition rejoint celle qui envisage le temps comme une distance entre le d\u00e9sir et la r\u00e9alisation. En effet, l\u00e0 o\u00f9 intervient la notion de progr\u00e8s, les notions de croissance et d&rsquo;ach\u00e8vement, donc de r\u00e9alisation, s&rsquo;introduisent implicitement. Si l&rsquo;on progresse, c&rsquo;est vers une fin qui est l&rsquo;accomplissement d&rsquo;un d\u00e9sir consciemment ou inconsciemment formul\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que nous avons dit de la continuit\u00e9 de l&rsquo;acte complet ne doit pas nous faire consid\u00e9rer le mouvement inh\u00e9rent \u00e0 cet acte comme un mouvement toujours uniforme. Si, en effet, ce mouvement est un mouvement sans rupture, sans arr\u00eats impos\u00e9s, il peut toutefois comporter des ralentissements (aux approches d&rsquo;un \u00ab obstacle \u00bb) et ces acc\u00e9l\u00e9rations cons\u00e9cutives (apr\u00e8s le d\u00e9passement de cet obstacle).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est donc, en g\u00e9n\u00e9ral, un mouvement rythm\u00e9, \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un mouvement musical. Et ce rythme peut engendrer une exaltation grandissante. Il peut scander une sorte de galop \u00e9bloui, de chevauch\u00e9e triomphale, franchissant tous les obstacles avec une vitesse qui ne cesse de s&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer. Nous ne savons plus alors si nous allons \u00e0 l&rsquo;univers ou si l&rsquo;univers vient \u00e0 nous, si nous d\u00e9sirons ce qui nous advient ou s&rsquo;il nous advient pr\u00e9cis\u00e9ment ce que nous d\u00e9sirons, si notre pens\u00e9e devient la r\u00e9alit\u00e9 ou si la r\u00e9alit\u00e9 se soumet \u00e0 notre pens\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes amen\u00e9s \u00e0 nous demander: \u00abQu&rsquo;est-ce qui nous r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;acte complet dans son fond, le concept statique ou le concept dynamique?\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre mais les deux \u00e0 la fois. L&rsquo;acte complet est la synth\u00e8se de ces deux points de vue qui en r\u00e9v\u00e8lent chacun des aspects v\u00e9ridiques. L&rsquo;aspect statique est peut-\u00eatre plus profond mais s&rsquo;il existait seul, toute perception s&rsquo;arr\u00eaterait. Libert\u00e9, infinit\u00e9 cesseraient d&rsquo;\u00eatre des objets de conscience. Nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 fait observer \u00e0 propos de la libert\u00e9 envisag\u00e9e statiquement et d\u00e9finie comme absence de contradiction int\u00e9rieure, qui se manifesterait ind\u00e9finiment ne pourrait plus \u00eatre constat\u00e9e, ne formerait plus un \u00e9l\u00e9ment d&rsquo;exp\u00e9rience distinct.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y aurait appauvrissement du contenu de la vie. Dans l&rsquo;acte complet il y a transfiguration mais non destruction pure et simple des notions qui se d\u00e9gagent des activit\u00e9s communes, des activit\u00e9s non compl\u00e8tes. Ce qu&rsquo;il y avait de douloureux, d&rsquo;imparfait est \u00e9limin\u00e9 mais une perception demeure dont on peut dire qu&rsquo;elle est parfaite, \u00e0 condition d&rsquo;entendre cette perfection dans un sens dynamique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On pourrait dire que les d\u00e9finitions statiques conviennent \u00e0 l&rsquo;acte tout fait, \u00e0 l&rsquo;acte d\u00e9j\u00e0 accompli, tandis que les analyses conviennent \u00e0 l&rsquo;acte se faisant. Les unes caract\u00e9risent l&rsquo;acte dans sa totalit\u00e9, les autres le caract\u00e9risent dans l&rsquo;instant, \u00e0 chaque moment de son effectuation. Pour ainsi dire, si l&rsquo;on compare l&rsquo;acte complet \u00e0 une mesure musicale, les unes d\u00e9finissent la mesure tout enti\u00e8re, les autres d\u00e9crivent le mouvement qui fait passer d&rsquo;une note \u00e0 l&rsquo;autre au sein de la mesure.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 330px; text-align: right;\">Ren\u00e9 Fou\u00e9r\u00e9<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans ce qui va suivre nous entendrons par \u00ab acte \u00bb non pas simplement un geste, un mouvement physique ou mental isol\u00e9, mais aussi bien tout ensemble d&rsquo;op\u00e9rations mat\u00e9rielles ou psychologiques r\u00e9alisant un changement caract\u00e9risable et signigificatif, un changement exprimable en termes d&rsquo;intention ou de fin particuli\u00e8re.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":17793,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[61],"tags":[42,8],"class_list":["post-1","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-r-fouere","tag-eveil","tag-non-dualite"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>De l&#039;acte Complet par Ren&eacute; Fou&eacute;r&eacute; - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"De l&#039;acte Complet par Ren&eacute; Fou&eacute;r&eacute; - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Dans ce qui va suivre nous entendrons par \u00ab acte \u00bb non pas simplement un geste, un mouvement physique ou mental isol\u00e9, mais aussi bien tout ensemble d&#039;op\u00e9rations mat\u00e9rielles ou psychologiques r\u00e9alisant un changement caract\u00e9risable et signigificatif, un changement exprimable en termes d&#039;intention ou de fin particuli\u00e8re.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2008-06-16T00:00:00+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2023-10-24T17:44:42+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Ren\u00e9-Fou\u00e9r\u00e9-1-e1528661457701.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"300\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"222\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"3e mill\u00e9naire\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"3e mill\u00e9naire\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"34 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/\"},\"author\":{\"name\":\"3e mill\u00e9naire\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5\"},\"headline\":\"De l&rsquo;acte Complet par Ren&eacute; Fou&eacute;r&eacute;\",\"datePublished\":\"2008-06-16T00:00:00+00:00\",\"dateModified\":\"2023-10-24T17:44:42+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/\"},\"wordCount\":7181,\"commentCount\":0,\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Ren\u00e9-Fou\u00e9r\u00e9-1-e1528661457701.jpg\",\"keywords\":[\"Eveil\",\"Non-dualit\u00e9\"],\"articleSection\":[\"Fou\u00e9r\u00e9 Ren\u00e9\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"CommentAction\",\"name\":\"Comment\",\"target\":[\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/#respond\"]}]},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/\",\"url\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/\",\"name\":\"De l'acte Complet par Ren&eacute; Fou&eacute;r&eacute; - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Ren\u00e9-Fou\u00e9r\u00e9-1-e1528661457701.jpg\",\"datePublished\":\"2008-06-16T00:00:00+00:00\",\"dateModified\":\"2023-10-24T17:44:42+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Ren\u00e9-Fou\u00e9r\u00e9-1-e1528661457701.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Ren\u00e9-Fou\u00e9r\u00e9-1-e1528661457701.jpg\",\"width\":300,\"height\":222},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"De l&rsquo;acte Complet par Ren&eacute; Fou&eacute;r&eacute;\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website\",\"url\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/\",\"name\":\"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\",\"description\":\"L&#039;Homme en devenir\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5\",\"name\":\"3e mill\u00e9naire\",\"url\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/author\/admin\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"De l'acte Complet par Ren&eacute; Fou&eacute;r&eacute; - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"De l'acte Complet par Ren&eacute; Fou&eacute;r&eacute; - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","og_description":"Dans ce qui va suivre nous entendrons par \u00ab acte \u00bb non pas simplement un geste, un mouvement physique ou mental isol\u00e9, mais aussi bien tout ensemble d'op\u00e9rations mat\u00e9rielles ou psychologiques r\u00e9alisant un changement caract\u00e9risable et signigificatif, un changement exprimable en termes d'intention ou de fin particuli\u00e8re.","og_url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/","og_site_name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","article_published_time":"2008-06-16T00:00:00+00:00","article_modified_time":"2023-10-24T17:44:42+00:00","og_image":[{"width":300,"height":222,"url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Ren\u00e9-Fou\u00e9r\u00e9-1-e1528661457701.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"3e mill\u00e9naire","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"3e mill\u00e9naire","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"34 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/"},"author":{"name":"3e mill\u00e9naire","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"headline":"De l&rsquo;acte Complet par Ren&eacute; Fou&eacute;r&eacute;","datePublished":"2008-06-16T00:00:00+00:00","dateModified":"2023-10-24T17:44:42+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/"},"wordCount":7181,"commentCount":0,"image":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Ren\u00e9-Fou\u00e9r\u00e9-1-e1528661457701.jpg","keywords":["Eveil","Non-dualit\u00e9"],"articleSection":["Fou\u00e9r\u00e9 Ren\u00e9"],"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"CommentAction","name":"Comment","target":["https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/#respond"]}]},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/","name":"De l'acte Complet par Ren&eacute; Fou&eacute;r&eacute; - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Ren\u00e9-Fou\u00e9r\u00e9-1-e1528661457701.jpg","datePublished":"2008-06-16T00:00:00+00:00","dateModified":"2023-10-24T17:44:42+00:00","author":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/#primaryimage","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Ren\u00e9-Fou\u00e9r\u00e9-1-e1528661457701.jpg","contentUrl":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Ren\u00e9-Fou\u00e9r\u00e9-1-e1528661457701.jpg","width":300,"height":222},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lacte-complet-par-ren-four\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"De l&rsquo;acte Complet par Ren&eacute; Fou&eacute;r&eacute;"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/","name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","description":"L&#039;Homme en devenir","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5","name":"3e mill\u00e9naire","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/author\/admin\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17793"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}