{"id":10470,"date":"2012-01-12T14:33:02","date_gmt":"2012-01-12T13:33:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=10470"},"modified":"2012-01-17T17:33:26","modified_gmt":"2012-01-17T16:33:26","slug":"systemes-urbains-mythe-et-ordre-utopique-par-gerard-goudal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/systemes-urbains-mythe-et-ordre-utopique-par-gerard-goudal\/","title":{"rendered":"Syst\u00e8mes urbains mythe et ordre utopique par G\u00e9rard Goudal"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue 3<sup>e<\/sup> Mill\u00e9naire. N<sup>o<\/sup> 6 ancienne s\u00e9rie. Janvier-F\u00e9vrier 1983)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;inspiration, l&rsquo;intuition, l&rsquo;illumination qui jaillissent dans les cerveaux ne sont pas toujours des id\u00e9es de g\u00e9nie. Elles peuvent \u00eatre aussi g\u00e9n\u00e9ratrices de cauchemars, m\u00eame lorsque les esprits qui les font naitre sont ceux de L\u00e9onard de Vinci ou Albrecht Mirer ! L&rsquo;obsession de mieux faire vivre ses contemporains a tracass\u00e9 plus d&rsquo;un homme. De l\u00e0 sont n\u00e9s des syst\u00e8mes politiques meurtriers (voir notre n\u00b0 4, <\/strong><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=6094\" target=\"_blank\"><strong>l&rsquo;article d&rsquo;Aim\u00e9 Michel<\/strong><\/a><strong>) et aussi des projets de villes \u00ab ou tout \u00e9tait \u00e9tudi\u00e9 pour le bonheur de l&rsquo;homme \u00bb. Quelle angoisse ! Bien avant nos cit\u00e9s de b\u00e9ton, la notion d&rsquo;une vie citadine organis\u00e9e \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 n\u00e9e quelques fois, comme les R\u00e9ductions du Paraguay ; elles ont \u00e9t\u00e9 \u00e9difi\u00e9es et des hommes ont d\u00fb y vivre. Pauvres hommes, fr\u00e8res de nos contemporains contraints eux aussi de vivre dans ces cit\u00e9s dortoirs qui fleurissent si bien en France et dont le proc\u00e8s n&rsquo;est plus \u00e0 faire.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les syst\u00e8mes urbains cr\u00e9\u00e9s par l&rsquo;utopie, sous la dominante de l&rsquo;ordre dans son sens le plus g\u00e9n\u00e9ral, se transcrivent sous la forme de sch\u00e9mas g\u00e9om\u00e9triques tr\u00e8s rigides : ils sont d&rsquo;autant plus exploitables dans certaines r\u00e9alisations urbaines, qu&rsquo;ils paraissent simples et facilement codifiables ; l&rsquo;histoire de l&rsquo;utopie d\u00e9voile un grand nombre de codes et de formules que les Architectes et urbanistes n&rsquo;ont pas cess\u00e9 d&rsquo;utiliser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La cr\u00e9ation intellectuelle de l&rsquo;espace ne vise pas \u00e0 la connaissance de propri\u00e9t\u00e9s contenues dans les choses, mais \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rimentation de syst\u00e8mes intellectuels nous permettant d&rsquo;agir sur le monde ext\u00e9rieur. Le concept d&rsquo;ordre puis\u00e9 dans l&rsquo;utopie aura comme fonction de limiter le champ d&rsquo;action de ces syst\u00e8mes et de restreindre le monde ext\u00e9rieur sur lequel ils agissent, aux hommes seuls.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici d&rsquo;ailleurs ce qu&rsquo;\u00e9crivait un disciple de Fourier, Victor Consid\u00e9rant dans son ouvrage \u00ab <em>Destin\u00e9es sociales<\/em> \u00bb (pp. 484 \u00e0 498)\u00a0: \u00ab Nous avons devant nous en regardant le Phalanst\u00e8re, le corps central au milieu duquel s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve la Tour d&rsquo;ordre ; les deux ailes qui tombent perpendiculairement sur le centre et forment la grande cour d&rsquo;honneur, o\u00f9 s&rsquo;ex\u00e9cutent les parades et man\u0153uvres industrielles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00bb Au point central du palais s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve et domine la Tour d&rsquo;ordre : c&rsquo;est l\u00e0 que sont plac\u00e9s l&rsquo;observatoire, le carillon, le t\u00e9l\u00e9graphe, l&rsquo;horloge, les pigeons de correspondance, la vigie de nuit ; c&rsquo;est l\u00e0 que flotte au vent le drapeau de la Phalange. La Tour d&rsquo;ordre est le centre de direction et de mouvement des op\u00e9rations industrielles du canton ; elle commande ses man\u0153uvres avec ses pavillons, ses signaux, ses lunettes et ses porte-voix comme un g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;arm\u00e9e plac\u00e9 sur un haut mamelon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00bb Et r\u00e9sumons la description pr\u00e9c\u00e9dente en disant que dans la construction soci\u00e9taire tout est pr\u00e9vu et pourvu, organis\u00e9 et combin\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les limites modestes de cet article nous essaierons de d\u00e9gager progressivement du mythe et de la dualit\u00e9 espace profane \/ espace sacr\u00e9 la notion d&rsquo;ordre que l&rsquo;on rencontrera syst\u00e9matiquement dans toutes les utopies. R\u00e9flexions d&rsquo;un architecte cet article se terminera par deux exemples de syst\u00e8mes urbains se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l&rsquo;utopie. Les architectes humanistes de la Renaissance reprennent dans leur trait\u00e9 d&rsquo;urbanisme l&rsquo;ordre utopique, ce sera notre premier exemple. Dans le second les j\u00e9suites au Paraguay nous montreront une r\u00e9alisation de cet u-topos, non-lieu, sur terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Utopie et mythe<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la Gr\u00e8ce antique, les liens qui unissaient le citoyen \u00e0 la ville \u00e9taient uniquement du ressort politique et non r\u00e9sidentiel. Le discours urbain \u00e9tait essentiellement un discours politique, \u00ab la cit\u00e9 est une association morale qui a pour base, non seulement la communaut\u00e9 d&rsquo;origine, mais aussi l&rsquo;identit\u00e9 des lois, la similitude des m\u0153urs et des fa\u00e7ons de penser \u00bb (Roland Martin. <em>L\u2019Urbanisme dans la Gr\u00e8ce antique<\/em>). Quant aux probl\u00e8mes relatifs aux conditions mat\u00e9rielles de la ville, il faudra attendre Aristote pour qu&rsquo;ils soient l&rsquo;objet d&rsquo;une recherche syst\u00e9matique. Essayons de d\u00e9finir les diff\u00e9rentes \u00e9tapes de l&rsquo;organisation urbaine ; l&rsquo;installation de la ville r\u00e9pondant aux mythes, nous d\u00e9finissons l&rsquo;urbanisme th\u00e9ologique ; r\u00e9pondant au politique (le mot polis d\u00e9signe alors tant\u00f4t le cadre politique o\u00f9 s&rsquo;incarne ce groupement, tant\u00f4t l&rsquo;habitat lui-m\u00eame), l&rsquo;urbanisme devient alors l&rsquo;objet de r\u00e9flexions purement sp\u00e9culatives et sert de caution \u00e0 l&rsquo;organisation politique de la cit\u00e9 id\u00e9ale. L&rsquo;utopie c\u00f4toie le discours politique et le mythe ; l&rsquo;identit\u00e9 de certains th\u00e8mes que nous retrouvons de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre nous am\u00e8ne \u00e0 analyser dans le mythe les oppositions ordre-d\u00e9sordre, sacr\u00e9-profane (oppositions que l&rsquo;on retrouvera dans l&rsquo;utopie sous la forme ordre-d\u00e9sordre, juste-mauvais).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;espace sacr\u00e9 est une rupture et une ouverture<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;espace sacr\u00e9 n&rsquo;existe que par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;espace profane : l&rsquo;homme religieux ne vit pas dans un espace homog\u00e8ne. L&rsquo;espace sacr\u00e9 participe \u00e0 la correspondance du cosmos et de la terre. Privil\u00e9gi\u00e9 entre tous les espaces, il est rupture et ouverture. Rupture par rapport \u00e0 l&rsquo;espace profane, ouverture vers le transcendant. Le symbole de l&rsquo;axis mundi comme lieu de rencontre entre le ciel et la terre prend ses racines dans les mondes inf\u00e9rieurs, royaume du profane. Le cosmos est essentiellement une cr\u00e9ation, une transformation du chaos. Le Grand Architecte, le Premier Moteur participent \u00e0 la victoire de l&rsquo;ordre. Toute cr\u00e9ation, c&rsquo;est-\u00e0-dire toute construction ou fabrication, en ayant comme mod\u00e8le exemplaire la cosmologie, r\u00e9it\u00e8re cette victoire et devient cosmique <a id=\"ftnref1\" href=\"#ftn1\">[1]<\/a>. \u00ab La Cr\u00e9ation du monde devient l&rsquo;arch\u00e9type de tout geste cr\u00e9ateur \u00bb (Mircea Eliade.). Les quatre parties de l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;\u00e9glise byzantine symbolisent les quatre directions cardinales, la mesure est \u00e0 ce titre une cr\u00e9ation. Sacraliser l&rsquo;espace, c&rsquo;est marquer une rupture, affirmer le passage du rituel au formel ; le symbole du pont et de la porte \u00e9troite le signifie. Il y a une rupture, puisque deux extr\u00eames, ouverture car passage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les mythes de fondation<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La cit\u00e9 doit \u00eatre fix\u00e9e dans le temps et l&rsquo;espace, et ceci en la rendant conforme au mod\u00e8le ab initio d&rsquo;une fa\u00e7on d\u00e9finitive. Les cit\u00e9s des soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles sont solidement enchain\u00e9es sur les mythes de fondation qui justifient \u00e0 leur tour les castes et les cat\u00e9gories socio-professionnelles. Le syst\u00e8me social ainsi produit ne doit sa solidit\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 celle du mythe. Que le mythe soit oubli\u00e9, que les attaches au cosmos disparaissent, la soci\u00e9t\u00e9 est livr\u00e9e au flot du devenir et s&rsquo;\u00e9teint.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le mythe et l&rsquo;utopie<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;utopie de Platon repose sur tout un ensemble mythique qui a \u00e9t\u00e9 rebrass\u00e9 le long des si\u00e8cles. Nous pouvons en tirer deux \u00e9l\u00e9ments principaux. D&rsquo;une part la notion des p\u00e9riodes successives et antith\u00e9tiques du monde : chez l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve de Socrate la r\u00e9gression est subie par tous les hommes \u00e0 un moment donn\u00e9 de la r\u00e9volution c\u00e9leste (\u00ab Ces p\u00e9riodes cosmiques entretiendront, dans certain mill\u00e9narisme, l&rsquo;espoir d&rsquo;un renouveau bienheureux de l&rsquo;humanit\u00e9 \u00bb (L. Gernet) ; d&rsquo;autre part l&rsquo;existence d&rsquo;un monde qui est au-del\u00e0 des temps, sym\u00e9trique \u00e0 celui qui est au-del\u00e0 de notre espace ; les \u00e2mes en disponibilit\u00e9 sont pr\u00eates pour les r\u00e9incarnations. C&rsquo;est par ces deux constantes que nous pouvons faire la liaison avec l&rsquo;utopie ou tout au moins la continuit\u00e9 profonde du mythe et de l&rsquo;utopie. La persistance des repr\u00e9sentations g\u00e9ographiques imaginaires, la notion de pays situ\u00e9s aux extr\u00e9mit\u00e9s du monde, \u00e0 l&rsquo;un ou \u00e0 l&rsquo;autre des quatre points cardinaux, des pays o\u00f9 l&rsquo;on ne peut acc\u00e9der que par un hasard extraordinaire (les utopies commencent, pour la plupart, par un naufrage, le r\u00e9cit lui-m\u00eame est une mort et une renaissance, comme l&rsquo;auteur qui a vu, et peut-\u00eatre trouv\u00e9, son propre salut dans la cr\u00e9ation de cette utopie) ; c&rsquo;est ce que l&rsquo;on retrouve dans l&rsquo;utopie et le mythe : il y a identit\u00e9 profonde entre la repr\u00e9sentation du pays des dieux, du pays des morts, de l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or et de Utopia. L. Gernet remarque que les habitants des mondes lointains et id\u00e9aux sont des justes qui ne connaissent pas les heurts de la soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9elle vivant au sein de l&rsquo;abondance et de l&rsquo;oisivet\u00e9. La nostalgie et le r\u00eave de ces pays lointains transforment le r\u00e9cit en une utopie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Chez Platon, elle poss\u00e8de un temps qui rel\u00e8ve de celui du r\u00eave ; elle commande et rappelle le pass\u00e9 dans un cycle nostalgique. Son d\u00e9sir effr\u00e9n\u00e9 d&rsquo;exorciser l&rsquo;avenir en le d\u00e9barrassant de tout inconnu nous ram\u00e8ne plus durement sur la terre, augmente notre masse jusqu&rsquo;\u00e0 nous fondre avec le sol et nous nous posons la question : \u00ab Et si le r\u00eave apr\u00e8s tout, \u00e9tait plus r\u00e9el que la r\u00e9alit\u00e9 ? s&rsquo;il \u00e9tait notre d\u00e9sir d&rsquo;une surr\u00e9alit\u00e9 ? \u00bb Ce soup\u00e7on s&rsquo;introduit dans toutes les utopies et fait \u00e9crire \u00e0 Gide : \u00ab C&rsquo;est par la porte \u00e9troite de l&rsquo;utopie qu&rsquo;on entre dans la r\u00e9alit\u00e9 bienfaisante. \u00bb L&rsquo;utopie r\u00e9v\u00e8le aussi une proph\u00e9tie, elle navigue toujours entre le plus et le moins ; elle d\u00e9crit, annonce pour que les choses arrivent, et aussi pour que d&rsquo;autres n&rsquo;arrivent pas. Elle se pose en censeur, \u00e9tablit ses lois, en fait des concepts si rigides qu&rsquo;elle en a \u00e9limin\u00e9 les mesures humaines du temps et de l&rsquo;espace et a produit \u00e0 son propre compte l&rsquo;espace et le temps concentriques. A l&rsquo;encontre de l&rsquo;espace sacr\u00e9 qui ne se d\u00e9mit que par son opposition au profane, l&rsquo;espace utopique est enti\u00e8rement utopique, l&rsquo;ordre y est entier. La mer qui entoure l&rsquo;\u00eele de thomas More n&rsquo;est pas le royaume de Cupidon, c&rsquo;est le lieu limite de l&rsquo;ordre et de rien, c&rsquo;est-\u00e0-dire la raison. L&rsquo;utopie rel\u00e8ve d&rsquo;une certaine puret\u00e9 de l&rsquo;ordre. Le d\u00e9sordre a servi \u00e0 la conception de l&rsquo;utopie, et s&rsquo;en est effac\u00e9 de lui-m\u00eame \u00e0 sa cr\u00e9ation. L&rsquo;utopie n&rsquo;exprime pas seulement la notion du temps et de l&rsquo;espace dans l&rsquo;ordre oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00catre relatif du devenir, \u00e0 l&rsquo;imperfection, au mal, \u00e0 la mort ; elle est en \u00e9quilibre entre la raison et rien ; c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;une prison est aussi une utopie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;ordre de l&rsquo;espace sacr\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le monde n&rsquo;est pas homog\u00e8ne, les dieux ont cr\u00e9\u00e9 un territoire sacr\u00e9 et toute cr\u00e9ation humaine devra retrouver l&rsquo;acte premier, c&rsquo;est-\u00e0-dire divin. Les dieux se sont manifest\u00e9s et ont cr\u00e9\u00e9 des lieux sacr\u00e9s, le but de l&rsquo;homme sera de les retrouver, puisque tout se correspond dans l&rsquo;Univers. La liaison de l&rsquo;homme au Cosmos, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 d\u00e9finir au-del\u00e0 de l&rsquo;analogie entre le ciel et la terre la communication entre la totalit\u00e9 et l&rsquo;homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette communication se d\u00e9finit par un espace et un temps privil\u00e9gi\u00e9s, c&rsquo;est la sacralisation de l&rsquo;espace et du temps. En occupant un territoire \u00e9tranger, l&rsquo;homme le transforme symboliquement en cosmos par la cr\u00e9ation qui est une r\u00e9p\u00e9tition de la Cr\u00e9ation divine, en d\u00e9frichant les terres sauvages, il r\u00e9p\u00e8te l&rsquo;acte des dieux qui avaient organis\u00e9 le chaos en cosmos. C&rsquo;est la cr\u00e9ation d&rsquo;un espace sacr\u00e9, la volont\u00e9 de vivre dans un espace r\u00e9el ; \u00ab Une cr\u00e9ation implique surabondance de r\u00e9alit\u00e9 \u00bb (Mircea Eliade). Retrouver l&rsquo;acte cr\u00e9ateur, c&rsquo;est retrouver aussi le temps premier, r\u00e9it\u00e9rer la perfection des commencements pour revivre dans ce temps immacul\u00e9 ; chaque nouvelle ann\u00e9e est une nouvelle cr\u00e9ation, la renaissance est une naissance ; le temps cyclique est la sacralisation du temps, il est r\u00e9p\u00e9table, r\u00e9cup\u00e9rable \u00e0 l&rsquo;infini ; le temps et l&rsquo;espace sacralis\u00e9s interdisent \u00e0 l&rsquo;homme de se laisser emporter par les torrents inconnus des exp\u00e9riences subjectives. La mort du dragon, c&rsquo;est l&rsquo;acte de cr\u00e9ation des dieux qui organisent le chaos, la trace de la puissance divine dans la boue amorphe du grand d\u00e9sordre. La cr\u00e9ation d&rsquo;une ville est une victoire des dieux sur les terres arides, d\u00e9sordonn\u00e9es, incompr\u00e9hensibles. \u00ab Toute destruction de la ville est une victoire du d\u00e9sordre, un retour au temps d&rsquo;avant la Cr\u00e9ation \u00bb (Mircea Eliade. <em>Le Sacr\u00e9 et le Profane<\/em>.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sacr\u00e9 d\u00e9voile les structures les plus profondes du monde ; il s&rsquo;agit de lire dans le \u00ab Grand Livre de la Nature \u00bb, de d\u00e9couvrir le chiffre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous pensons que l&rsquo;importance attribu\u00e9e au nombre par l&rsquo;\u00e9cole pythagoricienne trouve ses aboutissements logiques dans les syst\u00e8mes urbains sur le concept de mesure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Un texte d&rsquo;Aristote rappelle que, \u00ab comme le disent les pythagoriciens, le tout et toutes choses sont d\u00e9limit\u00e9s par le nombre trois, car la fin, le milieu et le commencement caract\u00e9risent le nombre du tout et c&rsquo;est cela qui d\u00e9finit la triade\u00a0\u00bb. Affirmation banale et r\u00e9p\u00e9t\u00e9e sous diverses formes par les pythagoriciens : il y avait \u00e0 Delphes trois Muses qui portaient le nom de la corde la plus aig\u00fce de la lyre, de la plus grave et de celle qui donne un son interm\u00e9diaire. La triade est, dans ces conditions, ce qui unit un extr\u00eame \u00e0 l&rsquo;autre au moyen d&rsquo;un interm\u00e9diaire, ce qui est somme toute, un peu le r\u00f4le de \u00ab la ville \u00bb dans la constitution de Clisth\u00e8ne l&rsquo;Ath\u00e9nien. \u00ab Les pythagoriciens, dit Plutarque, appelaient la triade Dic\u00e9 : en effet comme il y a un exc\u00e8s dans l&rsquo;injustice qu&rsquo;on commet et une inf\u00e9riorit\u00e9 dans celle qu&rsquo;on subit, la justice se trouve r\u00e9alis\u00e9e entre l&rsquo;exc\u00e8s et l&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9 par l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 \u00bb (<em>De Iside<\/em>, 75, 381 b). C&rsquo;est cette id\u00e9e de mesure que l&rsquo;on rencontre chez Platon et Aristote. La disposition et le r\u00f4le de la ville se situent entre deux extr\u00eames. La mesure assimil\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ordre doit permettre ce fragile \u00e9quilibre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;ordre et l&rsquo;utopie<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Utopia \u00bb est cr\u00e9\u00e9e selon un proc\u00e9d\u00e9 typique de toute construction utopique. Dans ce livre Thomas More d\u00e9nonce les injustices dont il a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin en tant que chancelier. L&rsquo;\u00e9go\u00efsme, la recherche avide de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat personnel sont \u00e0 la base de cette soci\u00e9t\u00e9 corrompue. Le nouveau principe de la soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale s&rsquo;appuiera sur l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, les int\u00e9r\u00eats personnels n&rsquo;existeront plus. \u00ab A partir de ce centre dynamique et toujours anim\u00e9e par ce postulat, la r\u00e9flexion construit et d\u00e9duit, livr\u00e9e alors \u00e0 une logique interne \u00bb (Roger Mucchielli. <em>Le Mythe de la Cit\u00e9 id\u00e9ale<\/em>). Ce centre dynamique est un leitmotiv que l&rsquo;on retrouve dans toutes les utopies. C&rsquo;est le vaccin de la maladie qui a conduit la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 cet \u00e9tat moribond. Retrouver les structures r\u00e9elles de la soci\u00e9t\u00e9 est un danger pour l&rsquo;\u00e9quilibre de la soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale. Par d\u00e9duction, l&rsquo;utopien ne connait ni l&rsquo;absurde, ni le tragique. L&rsquo;utopie s&rsquo;enroule sur elle-m\u00eame selon la math\u00e9matique de l&rsquo;auteur, v\u00e9ritable horloger, qui lui donnera comme ressort l&rsquo;ordre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous les utopistes revendiquent au nom de la puret\u00e9, pour le corps, l&rsquo;\u00e2me, la vie sociale et l&rsquo;organisation politique. Platon cherche \u00e0 retrouver la puret\u00e9 des anciens Grecs Le mot cosmos dont on usait pour d\u00e9signer l&rsquo;\u00ab Univers \u00bb, \u00ab le Monde entier \u00bb, signifiait aussi \u00ab Bel ordre, arrangement convenable \u00bb. C&rsquo;est en ce sens que l&#8217;employait Hom\u00e8re. \u00ab Univers \u00bb et \u00ab bel ordre \u00bb \u00e9taient donc termes synonymes et le mot Cosmos les confondait dans la m\u00eame conception.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;analogie primitive de l&rsquo;homme et du Cosmos se sont substitu\u00e9es les analogies de structure et d&rsquo;ordre. Le nombre, \u00e9labor\u00e9 par le concept d&rsquo;ordre et d&rsquo;harmonie, sera dispens\u00e9 de toute influence humaine et servira \u00e0 son tour de justification \u00e0 toute harmonie. La cit\u00e9 \u00e9tant le microcosme, la taxis, ou l&rsquo;ordre des choses dans la cit\u00e9 doit r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;ordre sup\u00e9rieur du Cosmos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ordre dans la cit\u00e9 se manifeste par :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 la paix int\u00e9rieure et la concorde,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 l&rsquo;harmonie. Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un ordre m\u00e9taphysique. C&rsquo;est l&rsquo;ordre de la musique, l&rsquo;harmonie de la cit\u00e9 ayant des affinit\u00e9s avec l&rsquo;harmonie des sons. Les Muses (qui poss\u00e8dent l&rsquo;art de la musique) veillent sur la cit\u00e9 qui doit fuir tout ce qui est faux au sens musical,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 la mesure. C&rsquo;est-\u00e0-dire, \u00ab rien de trop \u00bb (adage grec que l&rsquo;on retrouvera encore dans la d\u00e9finition de la beaut\u00e9. Tout ce qui est enlev\u00e9 ou rajout\u00e9 \u00e0 une chose belle la d\u00e9truira par la m\u00eame occasion). La laideur n&rsquo;a pas de mesure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;utopie sert toujours l&rsquo;architecte<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Alors la ville ne sera plus con\u00e7ue comme un ensemble min\u00e9ral de rues, de places, de maisons banales ou de monuments essentiels, mais comme un organisme quasi vivant, complexe et d\u00e9licat qui, non seulement refl\u00e8te un \u00e9quilibre des forces sociales pr\u00e9caires mais qui, aussi, du fait de son existence physique, conditionne cet \u00e9quilibre et le remet perp\u00e9tuellement en question \u00bb <a id=\"ftnref2\" href=\"#ftn2\">[2]<\/a>. L&rsquo;utopie refuse cat\u00e9goriquement cette remise en question et fige la structure spatiale pour que la structure sociale se stratifie (dans ce sch\u00e9ma est incluse, bien entendu, toute extension dans l&rsquo;espace) ; c&rsquo;est partir du postulat selon lequel les hommes peuvent changer suivant l&rsquo;organisation de l&rsquo;espace dans lequel ils vivent : l&rsquo;organisation id\u00e9ale enfante ainsi la soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale. L&rsquo;utopie est devenue un r\u00e9servoir in\u00e9puisable de mod\u00e8les urbains, dans lequel l&rsquo;urbanisme n&rsquo;a pas cess\u00e9 de puiser. Aristote, le premier qui ait pos\u00e9 les probl\u00e8mes pratiques de la ville, associait \u00e9troitement le r\u00e9gime politique \u00e0 la structure de la ville.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Quant aux sites fortifi\u00e9s, ils ne conviennent pas \u00e9galement \u00e0 tout \u00e9tat ; ainsi, les acropoles conviennent aux r\u00e9gimes oligarchiques ; les plaines aux d\u00e9mocraties ; les aristocraties ne recherchent ni les unes ni les autres, mais pr\u00e9f\u00e8rent une pluralit\u00e9 de positions fortifi\u00e9es. \u00bb Ensuite Aristote d\u00e9conseille le damier d&rsquo;Hippodamos pour la s\u00e9curit\u00e9 militaire, bien que cette \u00ab disposition des habitations priv\u00e9es (soit) consid\u00e9r\u00e9e comme plus agr\u00e9able et plus commode pour les diverses activit\u00e9s si le site a \u00e9t\u00e9 bien trac\u00e9 \u00bb (Aristote. <em>La Politique<\/em>, 1330 a, b).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd&rsquo;hui on peut dire du plan en \u00e9chiquier: \u00ab c&rsquo;est \u00e9videmment le syst\u00e8me id\u00e9al pour l&rsquo;administration \u00bb <a id=\"ftnref3\" href=\"#ftn3\">[3]<\/a>. Nous pensons que cela n&rsquo;est pas si \u00e9vident, et que l&rsquo;auteur se range dans la lign\u00e9e de Thomas More en associant un sch\u00e9ma spatial particulier \u00e0 l&rsquo;Administration. Le d\u00e9s\u00e9quilibre des forces sociales dans les pays colonis\u00e9s a permis aux colons de choisir leurs mod\u00e8les urbains parmi les utopies ; ils en ont tir\u00e9 des sch\u00e9mas tr\u00e8s stricts qu&rsquo;ils ont impos\u00e9s le plus souvent. Pour que ce sch\u00e9ma ne subisse aucune d\u00e9formation, il doit faire partie int\u00e9grante de l&rsquo;id\u00e9al politique ou religieux mis en place. Le plan de la R\u00e9duction du Paraguay est command\u00e9 par l&rsquo;Eglise et les services publics qui lui sont juxtapos\u00e9s ; le r\u00e9gime politique instaur\u00e9 par les j\u00e9suites est une th\u00e9ocratie qui est, selon l&rsquo;abb\u00e9 Raynal, \u00ab le meilleur de tous les gouvernements s&rsquo;il \u00e9tait possible qu&rsquo;il se maint\u00eent dans la puret\u00e9 \u00bb <a id=\"ftnref4\" href=\"#ftn4\">[4]<\/a>. Au gouvernement id\u00e9al est associ\u00e9 le plan de la R\u00e9duction. Quand les visiteurs (pour la plupart des j\u00e9suites) quittent la \u00ab peuplade \u00bb et d\u00e9crivent les autres missions et villes qu&rsquo;ils traversent, ils associent avec une facilit\u00e9 d\u00e9concertante le d\u00e9sordre du sch\u00e9ma urbain au \u00ab mauvais \u00bb r\u00e9gime politique. Les rues trac\u00e9es au cordeau deviennent un label du bonheur. L&rsquo;utopie s&rsquo;accomplit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;image de la ville comme id\u00e9ogramme<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;image de la ville utopique devient un id\u00e9ogramme, et inversement, tout id\u00e9ogramme de ville est utopique au m\u00eame titre que \u00ab\u00a0le mod\u00e8le urbain \u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/utop1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-10473\" title=\"utop1\" src=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/utop1-300x98.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"98\" srcset=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/utop1-300x98.jpg 300w, https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/utop1.jpg 782w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Hi\u00e9roglyphes trac\u00e9s derri\u00e8re tout nom de localit\u00e9. (b est une forme stylis\u00e9e de signe a).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La J\u00e9rusalem c\u00e9leste<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;image de J\u00e9rusalem, projection sur la terre de la J\u00e9rusalem c\u00e9leste va devenir comme celle de son prototype id\u00e9al, un cercle parfait, parfois m\u00eame une s\u00e9rie de cercles concentriques. Dans la Mappa Mundi d&rsquo;Hereford, au c\u0153ur d&rsquo;un monde circulaire, J\u00e9rusalem est elle-m\u00eame une ville circulaire, entour\u00e9e d&rsquo;un rempart perc\u00e9 de quatre tours\u00a0; deux axes perpendiculaires se coupent au centre de la ville, \u00e0 la mani\u00e8re du cardo et decumanus du camp romain. A la fin du Moyen-Age, la J\u00e9rusalem d&rsquo;Hartmann Schedel comporte trois enceintes avec leurs tours. Cette image est pareille \u00e0 celle du monde au d\u00e9but du m\u00eame livre <a id=\"ftnref5\" href=\"#ftn5\"><strong>[5]<\/strong><\/a>. Le monument, Templum Salomonis, rend hommage \u00e0 Salomon, prince de la sagesse antique et de la Kabbale. Cette illustration reprend la tradition du Moyen Age et de l&rsquo;Antiquit\u00e9 qui attribue \u00e0 toutes les villes de l&rsquo;Orient des \u00e9difices circulaires.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les fabriques<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Presque toutes les \u00e9poques ont aim\u00e9 disposer au fond des tableaux ces motifs d&rsquo;architecture qu&rsquo;on appelle les fabriques : une arcade, une \u00e9glise ou une ville. Il n&rsquo;est pas rare qu&rsquo;elles soient un contresens flagrant au sujet principal du tableau. Dans les \u00ab Tr\u00e8s Riches Heures du Duc de Berry \u00bb <a id=\"ftnref6\" href=\"#ftn6\"><strong>[6]<\/strong><\/a>, les rois Mages se rencontrent sous les murs de Paris. Job, sur son fumier, est repr\u00e9sent\u00e9 par Fouquet devant le donjon de Vincennes.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em> <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>On distingue dans le tableau les fabriques des beaut\u00e9s naturelles. L&rsquo;image de la ville renvoie \u00e0 la nature humanis\u00e9e par ses analogies d&rsquo;ordre et de structure ; et nous pensons que c&rsquo;est parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit de signes conventionnels que les fabriques appartiennent au domaine de l&rsquo;utopie ; que le spectateur puisse identifier la ville n&rsquo;a aucune importance. La fabrique sera per\u00e7ue en tant que \u00ab structure urbaine \u00bb, elle s&rsquo;identifiera \u00e0 un sch\u00e9ma tr\u00e8s pr\u00e9cis (il \u00e9tait courant au Moyen Age d&rsquo;illustrer les r\u00e9cits de voyage \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger par des villes de France tr\u00e8s probablement connues du lecteur : on pouvait ainsi reconna\u00eetre Bourges en Syrie et Rouen en Egypte).<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La cit\u00e9 \u00e9tait italienne. La cit\u00e9 id\u00e9ale est rationnelle et naturelle<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00e9crits des architectes humanistes de la Renaissance italienne se joignent aux aspirations des cit\u00e9s-Etats italiennes en opposition ouverte avec les Grands du monde antique et de l&rsquo;\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale (l&rsquo;Empire Romain, l&rsquo;Empire Germanique, le Royaume d&rsquo;Italie). L&rsquo;utopie fait alors partie des armes que se donnent les cit\u00e9s-Etats contre l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie romaine. Elle se pr\u00e9sente comme un trait\u00e9 d&rsquo;urbanisme, et loin de ne figer qu&rsquo;une structure purement imaginaire, elle s&rsquo;accomplit sur une ville bien r\u00e9elle. L\u00e9onard de Vinci redessine Milan ; Florence est pour L\u00e9onardo Bruni la cit\u00e9 id\u00e9ale ; Filarete d\u00e9die au duc Francesco Sforza son \u00ab <em>Trattato die architectura<\/em> \u00bb (\u00ab Et dans ta glorieuse ville de Milan, je construisis la c\u00e9l\u00e8bre auberge des pauvres du Christ dont tu as toi-m\u00eame pos\u00e9 la premi\u00e8re pierre, et bien d&rsquo;autres choses encore \u00bb), dans lequel il relate la construction de la ville id\u00e9ale : \u00ab Sforzinda \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/utop2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-10474\" title=\"utop2\" src=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/utop2-300x295.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"295\" srcset=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/utop2-300x295.jpg 300w, https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/utop2.jpg 477w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Lavedan.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Fuarete. Plan de ville id\u00e9ale<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La Renaissance d\u00e9couvre des lois math\u00e9matiques immanentes dans la nature et chez l&rsquo;homme. L&rsquo;homme coordonne la nature : la raison humaine et la loi naturelle ne peuvent plus entrer en contradiction et la cit\u00e9 id\u00e9ale sera rationnelle et naturelle ; construite par la raison humaine, elle r\u00e9pondra \u00e0 la nature humaine. Dans les trait\u00e9s grecs, les hommes de la Renaissance trouveront un solide appui \u00e0 ces raisons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/utop3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-10475\" title=\"utop3\" src=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/utop3-300x291.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"291\" srcset=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/utop3-300x291.jpg 300w, https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/utop3.jpg 577w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Giorgio Martini. Ville id\u00e9ale<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;abord, la cit\u00e9 id\u00e9ale doit \u00eatre de m\u00eame importance que les cit\u00e9s-Etats italiennes. En effet, Aristote, dans la Politique (1326 B), d\u00e9clare que les citoyens doivent se conna\u00eetre l&rsquo;un l&rsquo;autre afin de bien choisir leurs magistrats (de m\u00eame pour la cit\u00e9 platonicienne qui ne doit pas exc\u00e9der cinq mille quarante citoyens). L\u00e9onardo Bruni, chancelier de Florence, est un des premiers traducteurs de Platon et d&rsquo;Aristote. Florence est alors la cit\u00e9 bien ordonn\u00e9e, belle, dans laquelle il fait bon vivre, bref o\u00f9 r\u00e8gnent taxis et cosmos ; gardons-nous de le prendre au mot (et heureusement pour les Florentins du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle que leur ville ne r\u00e9pondait pas \u00e0 ce dessein cosmique), ce tableau appartenait aux discours politiques et essayait de montrer aux grandes puissances la valeur de la cit\u00e9-Etat. Cette cit\u00e9 id\u00e9ale a le sch\u00e9ma qui sera repris durant toute la Renaissance <a id=\"ftnref7\" href=\"#ftn7\">[7]<\/a>. \u00ab Nulle chose n&rsquo;est en elle (Florence) d\u00e9sordonn\u00e9e, aucune inconvenante, aucune sans raison, aucune sans fondement ; toutes choses ont leur place, et non seulement d\u00e9termin\u00e9e, mais convenable et due. Distincts sont les offices, distincts les jugements, distincts les ordres \u00bb <a id=\"ftnref8\" href=\"#ftn8\">[8]<\/a>. On peut se demander si L. Bruni ne reprend pas Platon \u00e0 son compte (la R\u00e9publique est le livre le plus lu au XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/utop4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-10476\" title=\"utop4\" src=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/utop4-300x294.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"294\" srcset=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/utop4-300x294.jpg 300w, https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/utop4.jpg 363w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>V. Andreae. Ville id\u00e9ale.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Francesco di Giorgia \u00e9crivait que les architectes et urbanistes imposent leurs propres plans selon les \u00ab raisons de l&rsquo;architecture \u00bb. Ce que la Renaissance a trouv\u00e9 chez Platon, c&rsquo;est la mani\u00e8re d&rsquo;atteindre la cit\u00e9 id\u00e9ale au moyen de l&rsquo;ordre ; sa confiance en la raison humaine a transform\u00e9 le mythe platonicien en une r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;il sera peut-\u00eatre difficile d&rsquo;atteindre, mais dont on aper\u00e7oit d\u00e9j\u00e0 les murailles ; il n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 regarder Milan ou Florence. \u00ab Ce qui frappait le plus (les hommes de la Renaissance) \u00e9tait le caract\u00e8re rationnel de l&rsquo;\u00c9tat juste, la possibilit\u00e9 d&rsquo;atteindre la concorde au moyen d&rsquo;un ordre capable de dominer les oppositions, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une justice capable d&rsquo;int\u00e9grer l&rsquo;homme dans l&rsquo;ordre naturel, de ramener la loi humaine \u00e0 la loi de la nature \u00bb <a id=\"ftnref9\" href=\"#ftn9\">[9]<\/a>. Les mouvements mill\u00e9naristes sont d\u00e9finitivement ignor\u00e9s. Les pauvres ne pourront plus se r\u00e9volter contre les riches, car \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;harmonie naturelle, les classes sociales vivront dans l&rsquo;entente, et l&rsquo;\u00e9quilibre sera assur\u00e9 par de justes lois (cinq ans apr\u00e8s la mort de L\u00e9onard de Vinci, la guerre des paysans, en 1525, se termina par un bain de sang ; dix ans plus tard le mouvement anabaptiste du \u00ab Royaume de Dieu \u00e0 M\u00fcnster \u00bb fut \u00e9cras\u00e9 avec la m\u00eame violence).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la cit\u00e9 id\u00e9ale, la disposition des constructions marquera fortement les diff\u00e9rences de classes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Chez L\u00e9onard de Vinci, ce sont les \u00e9tages qui marqueront les distinctions sociales. \u00ab Les personnes de qualit\u00e9 \u00bb tiendront la ville haute, la \u00ab pauvraille \u00bb vivra dans les rues basses et dans les souterrains. D\u00fcrer, dans son trait\u00e9 sur les fortifications, nous laisse le plan d&rsquo;une cit\u00e9 id\u00e9ale. Les gentilshommes habiteront pr\u00e8s du palais du souverain, tandis que les ouvriers auront leur logis pr\u00e8s de leur lieu de travail ; chaque \u00eelot \u00e9tant ainsi affect\u00e9 \u00e0 un corps de m\u00e9tier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e9onard de Vinci lie \u00e9troitement la beaut\u00e9 \u00e0 une organisation politique rationnelle dans sa description de Milan, ville id\u00e9ale. Il compare le d\u00e9sordre de la ville du Moyen Age qui vivait repli\u00e9e sur elle-m\u00eame selon les aspirations de chacun \u00e0 l&rsquo;ordre de la nouvelle ville planifi\u00e9e et parfaite. On retrouve de m\u00eame que chez L\u00e9onardo Bruni les m\u00eames cat\u00e9gories spatiales et sociales qui seraient le r\u00eave de la bourgeoisie citadine du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. La Raison qui supporterait ces utopies est celle dont le philosophe disait : \u00ab la Raison ne fut autre chose que le r\u00e8gne id\u00e9alis\u00e9 de la bourgeoisie. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les rues N sont plus hautes que les rues P S de 6 brasses, et chaque rue doit \u00eatre large de 20 brasses, avec une pente d&rsquo;une 1\/2 brasse, des bords vers le centre ; dans cette partie m\u00e9diane il y aura, de brasse en brasse, une ouverture longue d&rsquo;une brasse, large d&rsquo;un doigt par o\u00f9 l&rsquo;eau de pluie s&rsquo;\u00e9coulera dans les rigoles pratiqu\u00e9es au niveau des rues P S. Et \u00e0 chaque extr\u00e9mit\u00e9, dans la largeur de cette rue, qu&rsquo;on construise, sur des colonnes, des arcades larges de 6 brasses. Et sache que si quelqu&rsquo;un voulait parcourir la ville, uniquement en utilisant les rues hautes, il pourrait le faire commod\u00e9ment ; de m\u00eame, qui voudrait circuler en ne prenant que les basses. Dans les rues hautes ne doivent passer ni chariots, ni autres v\u00e9hicules semblables : elles ne servent qu&rsquo;aux personnes de qualit\u00e9. Dans les rues basses, passeront les charrettes et autres transports destin\u00e9s \u00e0 l&rsquo;usage et aux commodit\u00e9s du peuple. Chaque maison tournera le dos \u00e0 sa voisine cependant que la rue basse les s\u00e9pare ; par les portes N arrivent les provisions, telles que bois, vins et autres produits semblables. Dans les rues souterraines, on vidange lieux d&rsquo;aisance, \u00e9curies et tout lieu naus\u00e9abond de ce genre. D&rsquo;un arc \u00e0 l&rsquo;autre il doit y avoir 30 brasses, chaque rue recevant la lumi\u00e8re par les ouvertures des rues sup\u00e9rieures. Et \u00e0 chaque arc s&rsquo;ouvre un escalier en spirale, car dans les angles de ceux qui sont carr\u00e9s les gens urinent et satisfont leurs besoins. Au premier tournant qu&rsquo;il y ait une porte ouvrant sur des latrines et urinoirs publics. Par cet escalier, on descend de la rue haute \u00e0 la rue basse et les rues hautes doivent commencer hors des portes pour avoir, quand elles y arrivent, une hauteur de 6 brasses. Que cette ville soit \u00e9difi\u00e9e pr\u00e8s de la mer ou pr\u00e8s d&rsquo;un fleuve important, afin que les immondices de la ville, charri\u00e9es par l&rsquo;eau, soient emport\u00e9es au loin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les r\u00e9ductions du Paraguay<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Lorsque apr\u00e8s une ann\u00e9e enti\u00e8re de sueurs et fatigues, il eut \u00e9tabli dans sa peuplade le m\u00eame ordre qui s&rsquo;observe chez les autres peuplades chr\u00e9tiennes&#8230; il tourna ses vues vers d&rsquo;autres nations barbares pour les soumettre au joug de l&rsquo;\u00e9vangile. \u00bb (Lettre C, p. 335.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab On d\u00e9vastait l&rsquo;Am\u00e9rique depuis un si\u00e8cle, lorsque les j\u00e9suites y port\u00e8rent cette infatigable activit\u00e9 qui les avait fait si singuli\u00e8rement remarquer d\u00e8s leur origine. \u00bb L&rsquo;abb\u00e9 Raynal commence en ces mots la description de la R\u00e9publique des Guaranis au Paraguay. Deux p\u00e8res j\u00e9suites, Maceta et Cataldino, constituent la premi\u00e8re communaut\u00e9 chr\u00e9tienne au sein de la tribu guarani au Paraguay. \u00ab Cette r\u00e9publique id\u00e9ale \u00bb tiendra cent cinquante ans ; elle d\u00e9buta avec la premi\u00e8re \u00ab R\u00e9duction \u00bb <a id=\"ftnref10\" href=\"#ftn10\">[10]<\/a>, \u00e0 Loretta, en 1607, et finit \u00e9limin\u00e9e en 1768 par les fonctionnaires de Charles III qui venait de d\u00e9cr\u00e9ter le bannissement des j\u00e9suites de tous les territoires espagnols (durant deux si\u00e8cles, les R\u00e9ductions font l&rsquo;objet de controverses violentes, \u00e0 tel point que l&rsquo;on peut se demander s&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas du proc\u00e8s des j\u00e9suites). L&rsquo;abb\u00e9 Raynal attribue ce succ\u00e8s au mod\u00e8le inca que les j\u00e9suites se sont efforc\u00e9s d&rsquo;imiter, tout au moins dans la structure sociale. \u00ab Cependant aucune de ces institutions ne jeta un aussi grand \u00e9clat que celle qui fut form\u00e9e dans le Paraguay, parce qu&rsquo;on lui donna pour base les maximes que suivaient les Incas dans le gouvernement de leur empire et dans leurs conqu\u00eates \u00bb (G.T. Raynal. <em>Histoire philosophique et politique<\/em>, p. 256).<a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/utop5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-10477\" title=\"utop5\" src=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/utop5-300x194.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"194\" srcset=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/utop5-300x194.jpg 300w, https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/01\/utop5.jpg 731w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em> <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>La r\u00e9duction Guaranios imagin\u00e9e (et h\u00e9las construite) par les j\u00e9suites au Paraguay. Peut-on imaginer quelque chose de plus cauchemardesque que cette ville ? Uniformit\u00e9 totale, r\u00e9duction de l&rsquo;homme \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de pion. Comment les pauvres indios pouvaient-ils vivre l\u00e0-dedans !<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Les missionnaires font faire trois semences aux Indiens de chaque peuplade, qui sont en \u00e9tat de travailler. La premi\u00e8re est pour les Indiens ; la seconde pour le bien commun de la peuplade, et la troisi\u00e8me est destin\u00e9e \u00e0 l&rsquo;entretien des \u00e9glises. \u00bb (Lettre B, p. 379.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab A l&rsquo;exemple des Incas, les j\u00e9suites avaient \u00e9tabli le gouvernement th\u00e9ocratique \u00bb <a id=\"ftnref11\" href=\"#ftn11\">[11]<\/a>. Ce monde a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme la parfaite image de la primitive \u00e9glise. L&rsquo;\u00e9ducation religieuse y \u00e9tait tr\u00e8s pouss\u00e9e. Tous les habitants devaient aller \u00e0 la messe quotidiennement, assister aux cort\u00e8ges et participer aux processions. Ce sera au nom de l&rsquo;ordre divin que la chr\u00e9tient\u00e9 d\u00e9livrera les Indiens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Il fallait fixer l&rsquo;inconstance de ces peuples accoutum\u00e9s \u00e0 une vie vagabonde et errante ; et pour les rassembler en soci\u00e9t\u00e9, leur en faire go\u00fbter les douceurs et les avantages \u00bb (Lettre A, p. 239). La R\u00e9publique est donc divis\u00e9e en une cinquantaine de R\u00e9ductions qui jouissaient chacune d&rsquo;une autonomie \u00e9conomique, juridique et financi\u00e8re. La ville \u00e9tait divis\u00e9e en quartiers ; chaque quartier command\u00e9 par un cacique (l&rsquo;ancien chef de clan), dont le r\u00f4le principal \u00e9tait de d\u00e9noncer les p\u00e9ch\u00e9s de ses \u00ab prot\u00e9g\u00e9s \u00bb. \u00ab Le coupable vient remercier le missionnaire du soin qu&rsquo;il prend de son salut&#8230; et ce serait parmi eux un signe certain d&rsquo;un mauvais naturel, si quelqu&rsquo;un manquait \u00e0 cet usage \u00bb (Lettre A, p. 237).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque R\u00e9duction comportait de trente \u00e0 cinquante caciques sur une population d&rsquo;\u00e0 peu pr\u00e8s dix mille habitants. Dix \u00e0 quinze habitants \u00e9lus par leurs cong\u00e9n\u00e8res formaient le conseil municipal, ils avaient chacun une responsabilit\u00e9 pr\u00e9cise : police des rues, propret\u00e9, juge, commissaire&#8230; <a id=\"ftnref12\" href=\"#ftn12\">[12]<\/a>. Quant au plan de la R\u00e9duction, il nous est donn\u00e9 par un t\u00e9moin. Le P\u00e8re Florentin de Bourges, abandonn\u00e9 de ses guides (\u00ab Le peu d&rsquo;esp\u00e9rance qu&rsquo;ils (les guides) eurent de faire fortune avec moi, les d\u00e9termina sans doute \u00e0 prendre parti ailleurs \u00bb), erre dans les for\u00eats du Paraguay depuis plus d&rsquo;un mois quand il tombe par hasard sur la \u00ab R\u00e9duction \u00bb de Saint-Fran\u00e7ois-Xavier. \u00ab J&rsquo;entrai dans la peuplade, et j&rsquo;allai droit \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise. Elle fait face \u00e0 une grande place, o\u00f9 aboutissent les principales rues, qui sont toutes fort larges et tir\u00e9es au cordeau \u00bb (Lettre A, p. 233)&#8230; \u00ab Les maisons qu&rsquo;ils se sont b\u00e2ties eux-m\u00eames sont d&rsquo;un seul \u00e9tage ; elles sont solides et sans nul ornement d&rsquo;architecture&#8230; celle des p\u00e8res j\u00e9suites est \u00e0 peu pr\u00e8s semblable, \u00e0 la r\u00e9serve qu&rsquo;elle a deux \u00e9tages \u00bb (idem, pp. 233 et 234). Une galerie courait, ininterrompue, d&rsquo;une maison \u00e0 l&rsquo;autre. On pouvait ainsi traverser toute la ville sans craindre la pluie ou le soleil. Par contre, l&rsquo;\u00e9glise, monumentale, attire toutes les attentions <a id=\"ftnref13\" href=\"#ftn13\">[13]<\/a> ; elle est \u00ab vaste et magnifique \u00bb et \u00ab serait certainement estim\u00e9e dans les plus grandes villes d&rsquo;Europe \u00bb (Lettre A, p. 236).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le m\u00eame t\u00e9moin, apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre repos\u00e9 dans cette \u00ab peuplade \u00bb, continue son voyage. \u00ab Je passai par Saint-Nicolas et par La Conception, deux autres peuplades de la mission du Paraguay&#8230; Les rues en sont droites et bien align\u00e9es, les maisons solides et d&rsquo;un seul \u00e9tage. Les deux \u00e9glises font face chacune \u00e0 une grande place&#8230; On observe dans ces deux peuplades, comme dans toutes les autres de la mission, le m\u00eame ordre que dans celle dont je viens de parler. On prendrait chaque peuplade pour une nombreuse famille, ou pour une communaut\u00e9 religieuse bien r\u00e9gl\u00e9e \u00bb (Lettre A, p. 244.). Autant l&rsquo;uniformit\u00e9 des maisons de la ville ignore l&rsquo;individu, autant la r\u00e9p\u00e9tition des sch\u00e9mas urbains ignore la R\u00e9duction au profit de la R\u00e9publique. Les \u00ab R\u00e9ductions \u00bb ont eu, durant cent ans, un r\u00f4le de place-forte mais \u00e0 la mani\u00e8re de la ville \u00ab utopique \u00bb, ces murailles servent autant \u00e0 emprisonner qu&rsquo;\u00e0 d\u00e9fendre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une prison<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les j\u00e9suites ont demand\u00e9 au roi d&rsquo;Espagne de d\u00e9pendre directement de lui et non des gouvernements locaux ; ceci permettait aux R\u00e9ductions d&rsquo;avoir une autonomie politique que peu de missions se sont vant\u00e9es d&rsquo;avoir. Ces missions \u00e9taient install\u00e9es dans des contr\u00e9es ne rec\u00e9lant aucune mine d&rsquo;or et d&rsquo;argent, il a \u00e9t\u00e9 relativement ais\u00e9 aux j\u00e9suites de passer au crible le passage des voyageurs, et en particulier des Europ\u00e9ens, par des r\u00e8glements tr\u00e8s rigoureux sur la dur\u00e9e du s\u00e9jour d&rsquo;un \u00e9tranger dans une R\u00e9duction (Voir <em>les Lettres<\/em>.). La d\u00e9pendance compl\u00e8te du voyageur vis \u00e0 vis des habitants d&rsquo;une r\u00e9gion de la \u00ab R\u00e9publique \u00bb et la stricte ob\u00e9issance des Indiens aux missionnaires nous permettent de penser que ce syst\u00e8me se r\u00e9v\u00e9la tr\u00e8s efficace. \u00ab Bien des choses contribuent \u00e0 la vie innocente que m\u00e8nent ces nouveaux fid\u00e8les&#8230; le peu de communication qu&rsquo;ils ont avec les europ\u00e9ens (et) l&rsquo;ordre \u00e9tabli par les premiers missionnaires, qui s&rsquo;est perp\u00e9tu\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours et qui s&rsquo;observe avec beaucoup d&rsquo;uniformit\u00e9 dans toutes ces missions \u00bb (Lettre A, p. 236.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une forteresse<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le trafic des esclaves organis\u00e9 par les mameluks (m\u00e9tis br\u00e9siliens et repris de justice) et certains europ\u00e9ens \u00e9tait une entreprise tr\u00e8s florissante, qui trouvait des d\u00e9bouch\u00e9s dans les mines du P\u00e9rou et dans certaines foires publiques, connues \u00e9videmment des autorit\u00e9s militaires. L&rsquo;autonomie des R\u00e9ductions permit aux j\u00e9suites d&rsquo;en faire des lieux de refuge contre ce genre d&rsquo;incursions, jusqu&rsquo;\u00e0 doter les Indiens d&rsquo;armes \u00e0 feu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis ces trafiquants sp\u00e9culaient non seulement sur la personne, mais aussi sur l&rsquo;\u00e2me des Indiens ; \u00ab Ils publiaient que ces Indiens n&rsquo;avaient de l&rsquo;homme que la figure ; que c&rsquo;\u00e9taient de v\u00e9ritables b\u00eates d\u00e9pourvues de raison, et incapables d&rsquo;\u00eatre admis au bapt\u00eame et aux autres sacrements \u00bb (Lettre C, p. 268.). Il n&rsquo;en fallut pas plus pour que le pape Paul III d\u00e9clare par une bulle sp\u00e9ciale que les Indiens \u00e9taient \u00ab des hommes raisonnables \u00bb (idem, p. 268.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce r\u00e9gime aust\u00e8re produira une \u00ab esp\u00e8ce de moines \u00bb qui d\u00e9solera jusqu&rsquo;au p\u00e8re Raynal de ne pas trouver en eux autre chose qu&rsquo;une triste neutralit\u00e9 pour toute chose. \u00ab S&rsquo;il \u00e9tait sans vice, il \u00e9tait aussi sans vertu. Il n&rsquo;aimait point, il n&rsquo;\u00e9tait point aim\u00e9. Un Guarani sans passion n&rsquo;existe ni dans le fond d&rsquo;un bois, ni dans la soci\u00e9t\u00e9, ni dans une cellule \u00bb (idem, p. 275.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn1\" href=\"#ftnref1\">[1]<\/a> Dans la maison traditionnelle chinoise, le toit repr\u00e9sente le ciel, et la terre qui supporte est figur\u00e9e par la terrasse. L&rsquo;\u00e9difice doit \u00eatre une image de l&rsquo;univers. Le toit est rond, la terrasse carr\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn2\" href=\"#ftnref2\">[2]<\/a> Anatole Kopp. Pr\u00e9face du livre d&rsquo;Alain Medarn : <em>La Ville censure<\/em>. Editions Anthropos. Paris, 1971.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn3\" href=\"#ftnref3\">[3]<\/a> Georges Chabot. <em>Les Villes<\/em>. (coll. Armand Colin, 1952).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn4\" href=\"#ftnref4\">[4]<\/a> <em>Histoire politique et philosophique<\/em>, p. 259.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn5\" href=\"#ftnref5\">[5]<\/a> <em>Liber Cronacarum<\/em> (Nuremberg, 1493), cit\u00e9 par Pierre Lavedan dans <em>La Repr\u00e9sentation des villes dans l&rsquo;art du Moyen Age<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn6\" href=\"#ftnref6\">[6]<\/a> Draeger Imprimeurs. Paris, 1970.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Planche 48. La rencontre des mages. Au fond de l&rsquo;illustration, on aper\u00e7oit la Sainte Chapelle, le Palais, Notre Dame et l&rsquo;abbaye de Montmartre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Planche 49. L&rsquo;adoration des mages. Au fond, il s&rsquo;agit maintenant de Bourges, capitale du Berry.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn7\" href=\"#ftnref7\">[7]<\/a> L&rsquo;abbaye de Th\u00e9l\u00e8me n&rsquo;a pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 cet \u00ab ordre \u00bb. La devise : \u00ab Fay ce que vouldras \u00bb dans ce \u00ab monast\u00e8re \u00e0 l&rsquo;envers est inscrite tout de m\u00eame dans un monast\u00e8re, communaut\u00e9 \u00e9troite dans laquelle on retrouve la constante utopique, l&rsquo;uniformit\u00e9. \u00ab Par cette libert\u00e9, entr\u00e8rent en louable \u00e9mulation de faire tous ce qu&rsquo;\u00e0 un seul voyaient plaire. Si quelqu&rsquo;un ou quelqu&rsquo;une disait : \u00ab buvons \u00bb, tous buvaient, si disait \u00ab jouons \u00bb, tous jouaient ; si disait \u00ab allons \u00e0 l&rsquo;\u00e9bat des champs \u00bb, tous y allaient. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn8\" href=\"#ftnref8\">[8]<\/a> L\u00e9onardo Bruni. <em>Le Vere lode de la milita et gloriosa Citta di Firenze<\/em>. Florence 1899. Traduit par Eugenio Garin dans <em>Les Utopies de la Renaissance<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn9\" href=\"#ftnref9\">[9]<\/a> Eugenio Garin. <em>La cit\u00e9 id\u00e9ale de la Renaissance<\/em>, p. 13 \u00e0 35, dans <em>Les utopies \u00e0 la Renaissance<\/em>. Voir note G, p. 106.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn10\" href=\"#ftnref10\">[10]<\/a> Ce mot faisait partie du vocabulaire sp\u00e9cial des colonies espagnoles en Am\u00e9rique du Sud&#8230; La \u00ab R\u00e9duction \u00bb est la stabilisation des tribus nomades en villages, stabilisation impos\u00e9e par les colonisateurs qui occup\u00e8rent les terres. En fait, la contamination de ce mot de \u00ab r\u00e9duction \u00bb par des implications \u00e9thiques est in\u00e9luctable, soit qu&rsquo;on y voit des petites cit\u00e9s mod\u00e8les (R\u00e9publique en r\u00e9duction), soit des forteresses-refuges, \u00ab des r\u00e9duits \u00bb au sens militaire. Tir\u00e9 de la note 2, p. 120. <em>Le mythe de la cit\u00e9 id\u00e9ale<\/em>. Le mot peuplade \u00e9tait employ\u00e9 par les missionnaires dans ce sens, comme nous le verrons dans les extraits de lettres que nous citons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn11\" href=\"#ftnref11\">[11]<\/a> G.T. Raynal. <em>Histoire philosophique et politique<\/em>, p. 259.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn12\" href=\"#ftnref12\">[12]<\/a> Voir Roger Mucchielli. <em>Le Mythe de la cit\u00e9 id\u00e9ale<\/em>, p. 125.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn13\" href=\"#ftnref13\">[13]<\/a> Les maisons particuli\u00e8res des Guaranis avaient d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement simples, d&rsquo;une simplicit\u00e9 qui contrastait avec la richesse des \u00e9glises. Ces premi\u00e8res cabanes, b\u00e2ties de cannes de jonc, rev\u00eatues d&rsquo;un torchis, ne poss\u00e9daient \u00ab ni fen\u00eatre, ni chemin\u00e9e, ni si\u00e8ges, ni lits \u00bb. C. Lugon. <em>La R\u00e9publique des Guaranis<\/em>, p. 53.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La cr\u00e9ation intellectuelle de l&rsquo;espace ne vise pas \u00e0 la connaissance de propri\u00e9t\u00e9s contenues dans les choses, mais \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rimentation de syst\u00e8mes intellectuels nous permettant d&rsquo;agir sur le monde ext\u00e9rieur. 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