{"id":10581,"date":"2012-01-23T03:15:41","date_gmt":"2012-01-23T02:15:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=10581"},"modified":"2012-01-23T03:15:41","modified_gmt":"2012-01-23T02:15:41","slug":"klimax-par-oikos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/klimax-par-oikos\/","title":{"rendered":"Klimax par O\u00efkos"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>Cet essai par l&rsquo;association O\u00efkos, \u00e9crit en 1983, reste &#8211; malgr\u00e9 le fait que plusieurs donn\u00e9es sont \u00e0 r\u00e9viser &#8211;\u00a0 int\u00e9ressant dans ses analyses et conclusions&#8230;<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Co\u00c9volution. N<sup>o<\/sup> 13. \u00c9t\u00e9 1983)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Klimax en grec signifiait \u00e9chelon, degr\u00e9 d&rsquo;une \u00e9chelle, et par extension l&rsquo;adjectif qui en \u00e9tait d\u00e9riv\u00e9 s&rsquo;appliquait \u00e0 ces ann\u00e9es critiques qui, d&rsquo;apr\u00e8s les Grecs, orientent tous les sept ans la vie des individus.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Le terme est entr\u00e9 maintenant dans le vocabulaire de l&rsquo;\u00e9cologie : climax d\u00e9signe le moment dans la vie d&rsquo;une esp\u00e8ce o\u00f9, face \u00e0 des conditions nouvelles de son environnement, elle est vou\u00e9e \u00e0 trouver un nouvel \u00e9quilibre ou \u00e0 dispara\u00eetre.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>L&rsquo;humanit\u00e9 enti\u00e8re se trouve aujourd&rsquo;hui indubitablement \u00e0 un tel point critique ; la \u00ab crise \u00bb n&rsquo;est pas un incident de parcours des soci\u00e9t\u00e9s dites d\u00e9velopp\u00e9es, mais le point de rupture d&rsquo;une charge explosive accumul\u00e9e par notre esp\u00e8ce depuis son entr\u00e9e dans la culture et dans l&rsquo;histoire ; elle n&rsquo;a plus que deux issues : l&rsquo;explosion ou la mutation.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>\u2014 G. B. \u2014<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>La mutation ou la mort!<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: right;\">\u00ab <em>Tu choisiras la vie afin que tu vives, toi et ta semence<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Deut\u00e9ronome, XXX, 15 -19<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Au tournant de 1970, nous \u00e9tions peu <a id=\"ftnref1\" href=\"#ftn1\"><strong>[1]<\/strong><\/a> \u00e0 signaler la fin, pour les pays \u00ab d\u00e9velopp\u00e9s \u00bb, d&rsquo;une croissance exceptionnelle depuis la guerre ; ils allaient buter sur les limites de leurs ressources mat\u00e9rielles et \u00e9nerg\u00e9tiques. Depuis 1980, et dans l&rsquo;Occident tout entier, ceux-l\u00e0 m\u00eames qui en ridiculisaient l&rsquo;id\u00e9e n&rsquo;ont plus que La Crise \u00e0 la bouche, une crise en lettres majuscules, mais sans d\u00e9finition ni fin. Dans l&rsquo;hexagone, on chercherait en vain un \u00e9conomiste, quelle que soit son \u00e9cole, pour annoncer de fa\u00e7on cr\u00e9dible le bout du tunnel.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Nous sera-t-il permis de prendre un peu de recul ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La crise des crises<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Au premier abord, l&rsquo;image est bien celle d&rsquo;une humanit\u00e9 embarqu\u00e9e dans un train d&rsquo;enfer ; soudain, signal d&rsquo;alarme, stop ! Dans tous les pays de l&rsquo;Ouest, frein\u00e9s dans leur surconsommation de mati\u00e8re et d&rsquo;\u00e9nergie : surd\u00e9veloppement des technologies de pointe, et de l&rsquo;information en premi\u00e8re ligne. Les manipulations d&rsquo;atomes, de g\u00e8nes et de bits par ordinateur, assist\u00e9 d&rsquo;une cervelle humaine, rassasieront tous les app\u00e9tits, et jusque chez ceux qui ont faim : voil\u00e0 ce que nous disent les puissants du jour, pour y conforter leurs pouvoirs. En attendant, et quelles que soient les strat\u00e9gies \u00e9conomiques, politiques et \u00e9lectorales, c&rsquo;est le d\u00e9r\u00e8glement en cha\u00eene : des monnaies et du commerce international aux m\u0153urs en passant par la d\u00e9mographie, l&#8217;emploi, et ce qu&rsquo;on appelle encore la d\u00e9fense nationale et la s\u00e9curit\u00e9 sociale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;Est, o\u00f9 des personnages momifi\u00e9s nous promettent, depuis deux tiers de si\u00e8cle, des lendemains qui chantent par la r\u00e9volution mondiale : surd\u00e9veloppement de la police qui s&#8217;empare de l&rsquo;\u00c9tat sovi\u00e9tique, de l&rsquo;arm\u00e9e qui se saisit du peuple russe, du terrorisme \u00e9tatique qui frappe, de par le monde, ceux qui osent encore r\u00e9sister : et mort au Pape, \u00e0 la Pologne, \u00e0 l&rsquo;Afghanistan. A l&rsquo;Ouest, comme \u00e0 l&rsquo;Est, suracc\u00e9l\u00e9ration des armements atomiques, jusqu&rsquo;au pouvoir de tuer, retuer et surtuer, comme on \u00e9crabouille un \u00e9gar\u00e9 sur l&rsquo;autoroute, chacun des habitants de la terre : les deux Big Brothers s&rsquo;entendent \u00e0 proclamer la paix, par-dessus nos t\u00eates, par la terreur mutuelle. En attendant, progression, certifi\u00e9e par experts, du ch\u00f4mage dans le Nord, de la faim dans le Sud. Et un peu partout, foment\u00e9e par Nostradamus, la voyante de service ou les extra-terrestres : ins\u00e9curit\u00e9 dans le m\u00e9tro, Grande Peur de l&rsquo;An Deux Mille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Devant l&rsquo;impasse, on cherche alors \u00e0 banaliser La-Crise par la th\u00e9orie, \u00e0 la ramener au connu, ou \u00e0 extrapoler. On la pr\u00e9sente comme l&rsquo;un de ces renversements de tendance p\u00e9riodiques que cherche \u00e0 rep\u00e9rer l&rsquo;\u00e9conomie classique (nous serions au plus bas d&rsquo;un cycle de Kondratieff, la hausse est pour demain) ; ou comme l&rsquo;\u00e9clatement des contradictions internes du capitalisme international (lequel est jusqu&rsquo;ici toujours ressuscit\u00e9 de ses cendres) ; ou comme une amplification, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;\u00e9conomie-monde, de la crise atlantique de 1929 (qui n&rsquo;a trouv\u00e9 d&rsquo;issue que dans la guerre mondiale) ; ou comme un incident, dans un parcours globalement positif depuis pr\u00e8s de deux si\u00e8cles, acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 depuis 1945 (et l&rsquo;on oublie que les \u00ab miracles \u00bb \u00e9conomiques de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre se sont nourris de cette guerre).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais pour qui cherche \u00e0 la comprendre dans sa maturation historique, son d\u00e9cha\u00eenement actuel, et jusque dans ses tenants et aboutissants, La-Crise \u00e9conomique n&rsquo;est qu&rsquo;un d\u00e9tonateur : voyons plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 de la poudri\u00e8re. R\u00e9percut\u00e9e \u00e0 l&rsquo;instant m\u00eame par nos moyens de communication, elle frappe \u00e0 des degr\u00e9s divers tous les habitants de la terre. Aliment\u00e9e par l&rsquo;\u00e9quation fondamentale de notre physique \u2014 l&rsquo;\u00e9quivalence fulgurante de la masse et de l&rsquo;\u00e9nergie \u2014 elle peut en effet faire sauter la plan\u00e8te. Et cette accumulation d&rsquo;explosifs est comme le symbole d&rsquo;une humanit\u00e9 qui, ne trouvant plus de limites \u00e0 son avidit\u00e9 d&rsquo;avoir, finit par y perdre son \u00eatre. Saisie par le fantasme de la p\u00e9nurie dans une surabondance de ressources mat\u00e9rielles et \u00e9nerg\u00e9tiques, c&rsquo;est en vain qu&rsquo;elle se surinformatise pour chercher le bon usage de ces biens : aucun ordinateur, f\u00fbt-il son ma\u00eetre aux \u00e9checs, ne lui dira qu&rsquo;en faire ni comment le faire \u2014 pas m\u00eame pour les redistribuer \u00e0 ceux qui ont faim.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne sommes pris ni dans une impasse ni dans un incident de parcours. Cette crise est la Crise des crises, celle du sens de notre aventure sur la terre. Comment en chercher la fin, si nous n&rsquo;en trouvons pas l&rsquo;origine ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La double contrainte<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus encore qu&rsquo;un animal inachev\u00e9, pr\u00e9matur\u00e9, dangereux parce qu&rsquo;il a peur, illimit\u00e9 dans son d\u00e9sir, nous sommes d&rsquo;une esp\u00e8ce en crise : passants, passeurs entre deux mondes. Nous arrivons \u00e0 la crise finale, et si nous en sortons vainqueurs, nous aurons r\u00e9ussi \u00e0 muter : nous serons comme d&rsquo;une autre esp\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout comme le petit d&rsquo;homme, qui poussait pour sortir du ventre de sa m\u00e8re, salue sa naissance au monde par un cri de triomphe et d&rsquo;effroi, l&rsquo;homme g\u00e9n\u00e9rique \u2014 ou dans un autre langage, l&rsquo;anthropos essentiel \u2014, a toujours v\u00e9cu comme critique son entr\u00e9e dans la culture et l&rsquo;histoire. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, il se sent appel\u00e9 \u00e0 rompre avec l&rsquo;ordre de la nature, qu&rsquo;il s&rsquo;explique pourtant comme r\u00e9gl\u00e9 par ses dieux, puis avec celui d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 qui se donne pour naturelle au nom du seul Dieu\u00a0; et il exalte alors les exploits d&rsquo;Hercule, de Prom\u00e9th\u00e9e ou d&rsquo;Abel, sans parler de leurs \u00e9pigones r\u00e9volutionnaires ou cosmonautiques. De l&rsquo;autre, il tremble devant son audace, la ressent comme une faute : et nous incriminons le Diable sous toutes ses formes, Faust, Ca\u00efn, jusqu&rsquo;\u00e0 ce malheureux Adam que nous chargeons, Dieu sait pourquoi, du p\u00e9ch\u00e9 originel. Nous voici donc p\u00e9riodiquement coinc\u00e9s entre deux aspirations contraires, dans cette situation de double contrainte dont on sait, aujourd&rsquo;hui, \u00e0 quoi elle aboutit : \u00e0 la schizophr\u00e9nie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, les grandes civilisations du pass\u00e9 s&rsquo;assuraient leur dur\u00e9e par un savant \u00e9quilibre entre pouvoirs humains et divins, qui garantissait \u00e0 son tour l&rsquo;\u00e9quilibre entre l&rsquo;homme et la nature, et celui des rapports interhumains. La puissance numineuse <a id=\"ftnref2\" href=\"#ftn2\">[2]<\/a> qu&rsquo;ils investissaient dans leurs dieux, et par d\u00e9l\u00e9gation sur terre, dans leurs pr\u00eatres et leurs rois, maintenait dans des limites convenables l&rsquo;ardeur de leurs h\u00e9ros culturels. En cas de crise par abus de pouvoir, il leur restait la ressource de se d\u00e9charger de leur exc\u00e8s sur un bouc \u00e9missaire ; ils sacrifiaient alors leurs h\u00e9ros, et selon l&rsquo;ordre d&rsquo;urgence, leurs rois, leurs pr\u00eatres ou m\u00eame leurs dieux. Et quand l&rsquo;\u00e9rosion du sacr\u00e9 finissait par rompre cet \u00e9quilibre fondamental, la mort lente d&rsquo;une civilisation (la d\u00e9cadence romaine s&rsquo;est \u00e9tal\u00e9e sur des si\u00e8cles) n&rsquo;affectait pas l&rsquo;\u00e9cologie de notre esp\u00e8ce elle-m\u00eame : d&rsquo;autres suivaient leur cours, ou prenaient le relais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette situation s&rsquo;est trouv\u00e9e radicalement transform\u00e9e par la troisi\u00e8me de nos grandes crises, dont les deux premi\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9solues par mutation. Apr\u00e8s notre entr\u00e9e dans la culture au pal\u00e9olithique, et notre entr\u00e9e dans l&rsquo;histoire au n\u00e9olithique, nous voici dans la crise du jud\u00e9o-christianisme. Celui-ci, annonc\u00e9 par les religions universelles du mill\u00e9naire pr\u00e9c\u00e9dant le n\u00f4tre, a finalement d\u00e9truit tout \u00e9quilibre entre les hommes et leur Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec ce Jahweh dont il ne pouvait ni reproduire l&rsquo;image, ni prononcer le nom, ni contempler la face, l&rsquo;homme qui naissait \u00e0 l&rsquo;Occident disposait bien d&rsquo;une r\u00e9serve de transcendance sans \u00e9gale. Mais d\u00e8s le d\u00e9part, ce Tout-Puissant se d\u00e9clarait jaloux de tout pouvoir humain : ayant fait l&rsquo;homme \u00e0 son image, il lui interdisait pourtant cette connaissance du bien et du mal \u2014 notre seul guide fiable ici-bas \u2014 : qui \u00ab l&rsquo;\u00e9galerait aux dieux \u00bb. Interdire, \u00e0 des hommes de notre esp\u00e8ce, c&rsquo;est toujours les inciter \u00e0 la transgression. Au lieu de croquer la pomme sans complexe, Adam entrait en guerre avec lui-m\u00eame : il allait se sentir coupable de son audace comme de sa faiblesse, tout en s&rsquo;\u00e9galant \u00e0 Jahweh. De toutes les formes de la violence mim\u00e9tique, la seule que Ren\u00e9 Girard n&rsquo;ait pas perc\u00e9e du regard est la plus meurtri\u00e8re. Nous voyons tous les jours, et sur petit \u00e9cran, ce que peut l&rsquo;homme qui se prend pour (son) Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et sans doute, avec son cri d&rsquo;amour inou\u00ef, J\u00e9sus de Nazareth a-t-il lanc\u00e9 par le monde cet appel \u00e0 la Paix qu&rsquo;il nous reste \u00e0 entendre, aujourd&rsquo;hui o\u00f9 c&rsquo;est cette paix, ou la mort. Mais ne nous \u00e9tonnons pas qu&rsquo;il ait \u00e9t\u00e9 si peu suivi jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, sinon \u00e0 contre-sens : il \u00e9tait comme pr\u00e9matur\u00e9. Car comment aimer ses ennemis, tant que l&rsquo;homme reste un loup pour l&rsquo;homme, que l&rsquo;\u00e9tranger appara\u00eet en barbare, que le fort exploite le faible jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ext\u00e9nuer ? Comment voir que le Royaume est l\u00e0 sous les yeux, quand on est accabl\u00e9 par la faim, la maladie et la malemort ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En Occident, nous avons su desserrer les contraintes naturelles, et entrepris de r\u00e9gler nos rapports sociaux dans le respect de l&rsquo;individu. Ceci doit nous \u00eatre reconnu, quelles que soient nos fautes ; ceci doit \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9 pour l&rsquo;avenir de l&rsquo;esp\u00e8ce (s&rsquo;il en est un). L&rsquo;Occident reste le berceau des libert\u00e9s, m\u00eame s&rsquo;il devait conduire le monde \u00e0 sa perte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais aussi, nous vous sommes consid\u00e9r\u00e9s comme les h\u00e9ritiers de notre Dieu et de sa cr\u00e9ation sur la terre, dans la mer et le ciel. Il l&rsquo;avait faite bonne et fixe en six jours, avec une h\u00e9sitation pour l&rsquo;homme : il nous appartenait de l&rsquo;achever pendant son repos du septi\u00e8me. Il nous a d&rsquo;abord suffi de l&rsquo;exploiter \u00e0 nos fins, tel qu&rsquo;il nous \u00e9tait donn\u00e9 ; et jamais, jusqu&rsquo;\u00e0 Darwin et \u00e0 l&rsquo;\u00e9cologie, nous n&rsquo;avons cherch\u00e9 notre juste place dans un univers en pleine \u00e9volution. Notre morale, d&rsquo;inspiration religieuse, est rest\u00e9e sans fondement naturel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, nous ne nous sommes pas content\u00e9s de l&rsquo;h\u00e9ritage ; et en bons fils \u0153dipiens nous sommes mont\u00e9s \u00e0 l&rsquo;assaut du ciel, \u00e0 la source m\u00eame de la puissance cr\u00e9atrice. De la r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;un Dieu tout-puissant nous sommes pass\u00e9s \u00e0 l&rsquo;adoration, l&rsquo;idol\u00e2trie, la comp\u00e9tition, le partage des pouvoirs, la contestation, la destitution, et voici un si\u00e8cle la mise \u00e0 mort. A chaque d\u00e9gradation du sacr\u00e9 correspondait, sur le plan temporel, une crise de notre histoire, avec resacralisation provisoire, r\u00eaves d&rsquo;un retour \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or, espoirs messianiques, et lendemains sanglants. Aujourd&rsquo;hui, la s\u00e9cularisation de l&rsquo;Occident se donne pour achev\u00e9e : nos \u00c9glises elles-m\u00eames se pr\u00eatent \u00e0 tout accommodement, pourvu que le dogme soit respect\u00e9, \u00e0 la lettre. Ce qui s&rsquo;\u00e9labore de morale, dans la pratique des m\u0153urs et des techniques nouvelles, manque de tout fondement spirituel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La mutation ou la fin !<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous voici donc rabattus sur la terre, n&rsquo;ayant plus \u00e0 idol\u00e2trer que nous-m\u00eames, sans emploi pour nos pouvoirs surhumains, sans place assignable dans l&rsquo;univers, sans r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Ce qui transcende et nous-m\u00eames et l&rsquo;univers. Mais cette fois, m\u00eame en r\u00eave naturiste, aucun retour en arri\u00e8re n&rsquo;est pensable. Revenir \u00e0 Eden serait aussi d\u00e9sastreux que de l\u00e2cher la Bombe ; dans les deux cas, en dehors de quelques atolls, des milliards de terriens iraient \u00e0 l&rsquo;agonie, que ce soit par la faim ou par l&rsquo;irradiation. Ce n&rsquo;est pas le bon sauvage qu&rsquo;il nous faut int\u00e9grer dans un ordre qui le d\u00e9passe, mais l&rsquo;homme individuel, social et g\u00e9n\u00e9rique tel qu&rsquo;il se pr\u00e9sente en cette fin de si\u00e8cle, avec toutes ses facult\u00e9s, son exp\u00e9rience de l&rsquo;histoire, son savoir, ses techniques, et jusqu&rsquo;\u00e0 son ordinateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La fuite en avant nous est \u00e9galement interdite. Red\u00e9marrer dans le train d&rsquo;enfer o\u00f9 nous \u00e9tions lanc\u00e9s, avant le blocage actuel, pour une derni\u00e8re aventure eschatologique, id\u00e9ologique, technologique ou extra-terrestre : dans l&rsquo;\u00e9tat de guerre o\u00f9 nous sommes, guerre avec la nature, les autres et nous-m\u00eames, c&rsquo;est la catastrophe certaine. Enfin, ne comptons pas sur une rel\u00e8ve. Le naufrage de l&rsquo;Occident engloutirait les civilisations qu&rsquo;il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9branl\u00e9es ; et le nouvel ordre humain, plan\u00e9taire et pluriel, s&rsquo;il se pr\u00e9pare aujourd&rsquo;hui dans les d\u00e9bats de conscience et le secret des c\u0153urs, n&rsquo;est pas pr\u00eat pour demain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Amorc\u00e9e d\u00e8s notre entr\u00e9e dans l&rsquo;histoire, qu&rsquo;elle suit \u00e0 la trace comme un cordon Bickford, voici que la Crise arrive \u00e0 son Climax. Nous sommes sur le fil du rasoir, au couteau de la balance que de nos propres mains, nous avons charg\u00e9e des forces de la vie et des poids de la mort. Il suffit d&rsquo;un rien, de l&rsquo;inattention d&rsquo;une seconde ou d&rsquo;un fou, pour d\u00e9clencher l&rsquo;explosion. Mais pour \u00ab le choix de la vie \u00bb, il ne suffira pas d&rsquo;une mobilisation pour la paix, du bon sc\u00e9nario pour l&rsquo;avenir, d&rsquo;un projet de soci\u00e9t\u00e9 sans faille, d&rsquo;un changement de paradigme, d&rsquo;un suppl\u00e9ment d&rsquo;\u00e2me, ni m\u00eame du don de la proph\u00e9tie. Ce que nous signifie cette crise, c&rsquo;est la Mutation, ou la fin : une mutation qui d\u00e9passe en ampleur celles du pal\u00e9o- et n\u00e9olithique. Si avec les monstres de nos armements, et de nos \u00e9conomies, nous ne voulons pas p\u00e9rir comme les dinosaures, mais cette fois par suicide, et \u00e0 l&rsquo;instant m\u00eame, en atom\u00f4, comme disaient les grecs, il nous faut la m\u00e9tanoia <a id=\"ftnref3\" href=\"#ftn3\">[3]<\/a> compl\u00e8te, le changement de l&rsquo;esprit et du c\u0153ur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le silence des morales et des religions \u00e9tablies, qui d&rsquo;autre invoquer que l&rsquo;instance sp\u00e9cifique de l&rsquo;humanit\u00e9, commune \u00e0 tous les hommes, qui transcende notre histoire et l&rsquo;\u00e9volution elle-m\u00eame ? Par-del\u00e0 tout bruit, toute fureur, laissons parler la conscience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>LA SEULE CONSCIENCE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Conscience ! Que veut dire notre science ! Le mot fut pour la premi\u00e8re fois emprunt\u00e9 au latin en notre XII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, et depuis, il a re\u00e7u les d\u00e9finitions les plus diverses : de la vigilance de nos neurones c\u00e9r\u00e9braux \u00e0 la conscience plan\u00e9taire, en passant par nos diff\u00e9rents degr\u00e9s d&rsquo;attention au monde et \u00e0 nous-m\u00eames. Elle est \u00e0 l&rsquo;ordre du jour, et, dans les laboratoires de Berkeley ou de Stanford comme dans les ashrams de l&rsquo;Himalaya, on la d\u00e9crit, on l&rsquo;observe, l&rsquo;exp\u00e9rimente, la traque et l&rsquo;invoque dans tous ses \u00e9tats. Or elle \u00e9chappe \u00e0 toute prise, tant qu&rsquo;on n&rsquo;y voit pas le trait distinctif de l&rsquo;animal humain, ce qui de l&rsquo;animal fait un homme : une instance telle, \u00a0dans le d\u00e9veloppement de ses fonctions psychiques, qu&rsquo;elle lui permette de se saisir \u00e0 la fois de son identit\u00e9 et de son alt\u00e9rit\u00e9, dans la consid\u00e9ration de soi-m\u00eame et comme \u00e9tant de ce monde mais le transcendant, lorsqu&rsquo;il cherche \u00e0 se situer dans l&rsquo;univers. \u00ab Je est un autre \u00bb, s&rsquo;\u00e9criait Rimbaud. \u00ab Ma subjectivit\u00e9, et le cr\u00e9ateur \u00bb, lui r\u00e9pondait Lautr\u00e9amont.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis le XII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle o\u00f9 l&rsquo;homme de l&rsquo;Occident entreprenait de fonder son ego dans l&rsquo;affirmation de soi face au monde, pour finalement pr\u00e9tendre \u00e0 la ma\u00eetrise de soi-m\u00eame comme de l&rsquo;univers, il n&rsquo;a cess\u00e9 de sonder sa conscience dans une double intention, en deux sens apparemment contraires : le ciel \u00e9toil\u00e9 par-dessus sa t\u00eate, la loi morale dans son c\u0153ur. Ce qu&rsquo;il nous faut comprendre aujourd&rsquo;hui, pour r\u00e9pondre \u00e0 son appel, c&rsquo;est que sous ses deux aspects, il n&rsquo;y a qu&rsquo;une conscience. Nous trouvons au fond du puits ce que nous cherchons dans le ciel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est par la conscience morale (conscience en anglais, Gewissen en allemand), qu&rsquo;en notre for int\u00e9rieur, et dans la mesure de notre foi, nous apprenons d&rsquo;abord ce qui, pour nous, est le bien et le mal : m\u00eame si, comme disait l&rsquo;ap\u00f4tre, nous faisons le mal que nous ne voulons pas, incapables du bien que pourtant nous voulons. Mais bien loin qu&rsquo;elle nous \u00e9gale aux dieux, elle nous ram\u00e8ne \u00e0 notre condition de mortels. Dans la souffrance et le travail du c\u0153ur, elle nous enseigne aussi (\u00e9coutons-la bien, car nous n&rsquo;en sommes qu&rsquo;au d\u00e9but de cet apprentissage) que le mal que nous faisons \u00e0 notre prochain, \u00e0 autrui, \u00e0 la nature enti\u00e8re : ce mal finira toujours par nous revenir en pleine figure, par boomerang. C&rsquo;est \u00e0 nous-m\u00eames que s&rsquo;applique la loi du talion : or nous sommes en mesure de d\u00e9cha\u00eener le mal radical sur la terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A tous les niveaux des syst\u00e8mes naturels, l&rsquo;\u00e9cologie nous expose les r\u00e9troactions et les r\u00e9gulations en boucle qui en assurent l&rsquo;\u00e9quilibre, dans la dynamique de l&rsquo;\u00e9volution : nous avons \u00e0 les retrouver pas \u00e0 pas, dans nos rapports humains. C&rsquo;est en fondant notre identit\u00e9 non plus sur la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;ego, mais sur notre rapport aux autres et au monde, que nous pourrons faire enfin le bien que nous voulons, nous lavant ainsi de ce qui, en Occident, est devenu le p\u00e9ch\u00e9 capital de notre vie individuelle : l&rsquo;\u00e9gocentrisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, aux trois app\u00e9tits naturels, jouir \u2014 dominer \u2014 savoir, qui permettent \u00e0 l&rsquo;ego de s&rsquo;affirmer dans l&rsquo;ascendant de notre vie, mais qui nous rendent fous de d\u00e9sir si nous passons le milieu du chemin sans nous reconvertir, nous cherchons un autre pilotage dans les temp\u00eates. L&rsquo;\u00e9toile qui soudain scintille au fond de notre c\u0153ur, c&rsquo;est celle aussi qui, par-del\u00e0 tout ciel, r\u00e9git l&rsquo;ordre de l&rsquo;univers. Et ce que la sagesse de l&rsquo;Inde atteint d&rsquo;un coup d&rsquo;aile, mais en survolant nos mis\u00e8res : l&rsquo;ad\u00e9quation de notre \u00e2me \u00e0 celle du monde, d&rsquo;atman \u00e0 brahman, nous le d\u00e9couvrons \u00e0 petits pas, dans les tribulations de nos rapports humains mais en nous assurant progressivement des libert\u00e9s et des responsabilit\u00e9s de chacun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand, par l&rsquo;aperception na\u00efve, ou les raffinements du savoir, nous cherchons \u00e0 nous situer dans l&rsquo;univers, notre conscience d&rsquo;\u00eatre au monde (consciousness, Bewusztsein) ne nous parle pas autrement. Quels que soient les pouvoirs auxquels nous pr\u00e9tendons par l&rsquo;exploitation \u00e0 nos fins de la mati\u00e8re, de l&rsquo;\u00e9nergie et de l&rsquo;information, elle les ram\u00e8ne \u00e0 leurs proportions. Infiniment petits dans un univers infini, elle nous lib\u00e8re du p\u00e9ch\u00e9 capital de l&rsquo;homo sapiens : l&rsquo;anthropocentrisme. Nous ne sommes pas le centre du monde, notre esp\u00e8ce ne couronne pas l&rsquo;\u00e9volution, notre raison n&rsquo;est pas souveraine. Mais pour autant, elle ne nous r\u00e9duit pas \u00e0 l&rsquo;insignifiance, elle ne nous donne pas pour des tziganes en marge de l&rsquo;univers, elle ne nous dit pas qu&rsquo;ayant ext\u00e9nu\u00e9 notre Dieu, tout nous est permis. Car c&rsquo;est l\u00e0-m\u00eame qu&rsquo;elle nous signifie les limites de nos pouvoirs et de notre savoir, elle pointe vers leur au-del\u00e0 et nous ouvre \u00e0 une Transcendance qui \u00e9clipse celle que nous reconnaissions \u00e0 nos dieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour nous guider dans la vie quotidienne, comme dans la recherche du sens de notre passage sur la terre, la conscience s&rsquo;\u00e9claire elle-m\u00eame \u00e0 une double lumi\u00e8re : celle de l&rsquo;exp\u00e9rience scientifique, et de l&rsquo;exp\u00e9rience religieuse. Qu&rsquo;en est-il aujourd&rsquo;hui, aux avant-postes du savoir et dans les hauts lieux de la foi ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Aux avant-postes des techniques<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut bien l&rsquo;avouer : dans les technologies de pointe, chauff\u00e9es \u00e0 blanc par nos dirigeants, les traces de la conscience fondent comme neige au soleil. En conclusion d&rsquo;une \u00e9tude sur les perspectives de la biotique \u2014 combinatoire des g\u00e8nes sur ordinateur \u2014 l&rsquo;un de nos plus brillants chercheurs (s&rsquo;) interrogeait r\u00e9cemment : \u00ab Vers quoi nous m\u00e8ne cette inqui\u00e9tante \u00e9volution ? \u00bb \u2014 comme s&rsquo;il n&rsquo;en \u00e9tait pas lui-m\u00eame promoteur. Qu&rsquo;on n&rsquo;aille pas all\u00e9guer la neutralit\u00e9 de la technique en elle-m\u00eame, ni de l&rsquo;usage qui peut en \u00eatre fait pour notre bien comme pour notre mal. Car en l&rsquo;occurrence, qui est le d\u00e9cideur, et au nom de quoi, de qui d\u00e9cide-t-il ? On conviendra que pour le simple usager, face aux gadgets audiovisuels auxquels il est conditionn\u00e9 24 heures sur 24, mais sur la production desquels il n&rsquo;est jamais consult\u00e9 la libert\u00e9 de choix est r\u00e9duite. Mais elle ne l&rsquo;est pas moins chez nos dirigeants, les yeux fix\u00e9s sur la balance des comptes de la nation, m\u00eame quand ils caressent leurs id\u00e9ologies : les voil\u00e0 bien forc\u00e9s de porter leur manipulations atomiques, g\u00e9n\u00e9tiques, biotiques, informatiques, t\u00e9l\u00e9matiques et robotiques (les -ismes, de nos jours, ont fait place aux -tiques), au niveau de la comp\u00e9tition, disons plut\u00f4t de la guerre \u00e9conomique internationale : quittes \u00e0 en faire, pour le bon public, des miroirs aux alouettes. Et en l&rsquo;absence de tout contr\u00f4le des citoyens que reste-t-il d&rsquo;autre aux techniciens eux-m\u00eames qu&rsquo;\u00e0 remettre sans conditions les fruits de leur recherche, quand ils n\u2019en font pas directement commerce, aux puissants du jour ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est parfaitement vrai que l&rsquo;ordinateur peut lib\u00e9rer le cerveau de ses t\u00e2ches subalternes, telles que le calcul mental, la mise en m\u00e9moire et la recherche d&rsquo;information, qui n&rsquo;ont plus alors \u00e0 s&rsquo;exercer qu&rsquo;\u00e0 titre de jogging mental. Et l&rsquo;usage convivial de la t\u00e9l\u00e9matique &#8211; pour penser globalement et agir localement, selon le mot d&rsquo;ordre de l&rsquo;\u00e9cologisme am\u00e9ricain &#8211; est l&rsquo;un de nos espoirs pour l&rsquo;avenir. Mais il est clair que dans l&rsquo;\u00e9tat actuel des mentalit\u00e9s, des structures sociales et des institutions politiques, bien loin que l&rsquo;intelligence artificielle d\u00e9multiplie le pouvoir cr\u00e9ateur de l&rsquo;intelligence humaine, c&rsquo;est celle-ci qui va s&rsquo;automatiser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Encore n&rsquo;est-ce pas l\u00e0 notre plus grand p\u00e9ril. Norbert Wiener, le p\u00e8re de la cybern\u00e9tique, nous en avait pr\u00e9venus : \u00ab Craignez de vos automates non point qu&rsquo;ils vous asservissent \u00e0 une intelligence sup\u00e9rieure, mais qu&rsquo;ils r\u00e9pondent servilement \u00e0 tous vos d\u00e9sirs. B\u00eates mais efficaces comme ils sont, ils ne se corrigent jamais. Et si vous ne savez pas bien ce que vous d\u00e9sirez \u2014 si vous ne d\u00e9sirez pas votre bien \u2014 ils vous m\u00e8neront en enfer. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&#8230; et de la recherche scientifique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La recherche fondamentale, quand elle n&rsquo;a pas d&rsquo;autre souci que la poursuite du vrai, serre de plus pr\u00e8s les traces de la conscience. D&rsquo;abord, dans la physique de l&rsquo;infiniment petit comme de l&rsquo;infiniment grand, elle nous d\u00e9couvre un univers qui finit toujours par prendre de court nos observations pr\u00e9alables et nos th\u00e9ories pr\u00e9con\u00e7ues. Ses limites reculent au moment m\u00eame o\u00f9 nous allons les saisir : plus nous perfectionnons nos instruments d&rsquo;observation et de mesure, plus nous raffinons sur nos conceptualisations et plus il nous \u00e9chappe. Pascal l&rsquo;a dit pour toujours : \u00ab Si votre vue s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0, que l&rsquo;imagination passe outre. Elle se lassera plut\u00f4t de concevoir, que la nature de fournir. \u00bb Et s&rsquo;il n&rsquo;est pas de limite assignable \u00e0 la recherche du savoir, il n&rsquo;en est pas non plus \u00e0 ce qu&rsquo;elle cherche \u00e0 savoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En Occident, les hommes de sciences en viennent \u00e0 faire l&rsquo;aveu dans leurs diff\u00e9rentes disciplines, et pour les fondements m\u00eames de notre logique et de nos math\u00e9matiques, armature de ce que nous appelons \u00ab La Science \u00bb, fer de lance de notre imp\u00e9rialisme intellectuel. \u00ab Le r\u00e9el est voil\u00e9 \u00bb, nous dit l&rsquo;un. \u00ab Implicite \u00bb, pr\u00e9cise l&rsquo;autre. \u00ab Ind\u00e9cidable \u00bb, reconnait le troisi\u00e8me. Un philosophe conclut : \u00ab Le r\u00e9el est mystique \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils nous en donnent alors des raisons d&rsquo;autant plus significatives qu&rsquo;elles n&rsquo;invoquent pas une imperfection provisoire de nos appareillages mat\u00e9riels et mentaux. Les cat\u00e9gories m\u00eames de notre entendement, l&rsquo;acte m\u00eame de l&rsquo;observation, et cette coupure \u00e9pist\u00e9mologique qui d\u00e9finit chaque champ et le champ m\u00eame du savoir, nous contraignent \u00e0 mutiler le r\u00e9el implicite pour nous l&rsquo;expliquer. C&rsquo;est en le d\u00e9pouillant de son int\u00e9grit\u00e9 que nous le voilons ; et s&rsquo;il nous est donn\u00e9 d&rsquo;explorer ces d\u00e9pouilles \u00e0 nos fins, avec une efficacit\u00e9 croissante \u00e0 la mesure de nos moyens, c&rsquo;est une pure illusion, aujourd&rsquo;hui mortelle, que de le croire \u00e0 notre disposition. Nous parviendrons peut-\u00eatre, et il le faut, \u00e0 la ma\u00eetrise de nous-m\u00eames : \u00e0 celle de l&rsquo;univers, jamais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Du coup, l&rsquo;image du monde et de nous-m\u00eames que nous nous faisons par La-Science est boulevers\u00e9e. Nous ne sommes plus un sujet qui se pose en s&rsquo;opposant \u00e0 un monde-objet auquel il finit par s&rsquo;imposer. En tous domaines du savoir le dualisme cart\u00e9sien, le m\u00e9canicisme de Newton, le positivisme de Comte, alors m\u00eame qu&rsquo;ils inspirent plus que jamais nos entreprises technologiques, perdent toute valeur d&rsquo;explication globale. On cherche au contraire \u00e0 r\u00e9int\u00e9grer dans le monde le sujet qui l&rsquo;observe, le calcule, le mesure, le raisonne et l&rsquo;arraisonne. Les plus extr\u00eames avanc\u00e9es de la th\u00e9orie, dans la physique des quanta et de la relativit\u00e9, font signe vers des intuitions mill\u00e9naires de la sagesse orientale. Mais l\u00e0 n&rsquo;est pas le plus important. En m\u00eame temps qu&rsquo;elle nous fait toucher du doigt ses limites, La-Science occidentale nous d\u00e9signe d&rsquo;une fa\u00e7on radicalement nouvelle l&rsquo;instance qui nous permet de les franchir. C&rsquo;est la conscience en effet qui nous r\u00e9v\u00e8le le r\u00e9el comme voil\u00e9 ; comme r\u00e9el, mais insaisissable finalement seul sacr\u00e9&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Insaisissable en tout cas par les moyens d&rsquo;observation et d&rsquo;exp\u00e9rimentation, les m\u00e9thodes, les \u00e9pist\u00e9mologies et (quand elle existe) la pens\u00e9e de La-Science elle-m\u00eame. Les rares physiciens qui osent aventurer leur r\u00e9flexion au-del\u00e0 du paradoxe de l&rsquo;observation \u2014 comment puis-je savoir que ce que j&rsquo;observe, \u00e9tant perturb\u00e9\u00a0 par mon acte d&rsquo;observation, est en lui-m\u00eame autre chose que ce que j&rsquo;observe ? \u2014 viennent buter sur ce paradoxe des paradoxes que pr\u00e9sente la conscience (de l&rsquo;observateur). Par sa vision binoculaire, ou plus exactement, comme nous allons le voir, \u00ab bi-c\u00e9r\u00e9brale \u00bb, la conscience nous permet de voir \u00e0 la fois le m\u00eame, et l&rsquo;autre : le m\u00eame, r\u00e9ductible par nos sciences et nos techniques, mais au prix d&rsquo;une coupure dans le r\u00e9el ; et l&rsquo;autre, la totalit\u00e9 du r\u00e9el implicite en chacun des champs, des ph\u00e9nom\u00e8nes, des objets et des points qu&rsquo;y d\u00e9coupe le savoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du miroir<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il est vrai qu&rsquo;au regard de La-Science, la carte n&rsquo;est pas le territoire \u2014 il n&rsquo;existe jamais, dans le cerveau de l&rsquo;observateur, que des images brouill\u00e9es de la chose m\u00eame \u2014 la conscience nous permet, comme dit Konrad Lorenz, de voir l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du miroir. Elle branche \u00e0 la fois l&rsquo;observateur, et le ph\u00e9nom\u00e8ne observ\u00e9, sur ce qui les transcende l&rsquo;un et l&rsquo;autre. Aussi le discours actuel sur l&rsquo;auto-organisation, l&rsquo;autor\u00e9f\u00e9rence et l&rsquo;auto-transcendance, qui \u00e9claire des champs communs \u00e0 la biologie, et aux sciences humaines, se condamne-t-il finalement au cercle vicieux, en commen\u00e7ant par mettre la conscience entre parenth\u00e8ses. <em>L&rsquo;autos<\/em>, le m\u00eame ne se transcende pas : il est transcend\u00e9. Comment diable le baron de M\u00fcnchausen s&rsquo;y prend-il pour d\u00e9coller de la terre en se tirant par les cheveux ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette exclusion a priori de l&rsquo;instance constitutive de notre esp\u00e8ce entra\u00eene les m\u00eames cons\u00e9quences pour la th\u00e9orie, actuellement au rouet, de l&rsquo;\u00e9volution : \u00ab l&rsquo;\u00e9mergence \u00bb de la conscience y parait plus incompr\u00e9hensible encore que celle de la vie, ou que la cr\u00e9ation ex nihilo. Car si vous ne la situez pas d\u00e8s l&rsquo;origine (eh oui, d\u00e8s le Big Bang !), en relation avec l&rsquo;Esprit qui cr\u00e9e \u00e0 tout instant l&rsquo;univers, vous ne la retrouverez pas au milieu, o\u00f9 cet Esprit se d\u00e9voile et se d\u00e9robe dans les ph\u00e9nom\u00e8nes inconscients de la nature, comme dans les images inconscientes et les pens\u00e9es plus ou moins conscientes du cerveau humains ; et encore moins \u00e0 la fin. Fin d&rsquo;ailleurs toute provisoire, sauf suicide de notre esp\u00e8ce : car si le principe anthropique <a id=\"ftnref4\" href=\"#ftn4\">[4]<\/a> nous expose, par progression r\u00e9trospective, comment les conditions initiales de l&rsquo;\u00e9volution \u00e9taient telles qu&rsquo;elles devaient n\u00e9cessairement d\u00e9boucher sur l&rsquo;homme tel qu&rsquo;il est aujourd&rsquo;hui \u2014 capable, en particulier, de proposer des th\u00e9ories sur l&rsquo;\u00e9volution \u2014 aucun \u00e9volutionniste ne se hasarde \u00e0 pr\u00e9dire ce qu&rsquo;il en sera apr\u00e8s lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais comment la conscience nous fait-elle voir \u00ab de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du miroir \u00bb ? C&rsquo;est ici que la neurophysiologie du cerveau, sans jamais faillir \u00e0 la m\u00e9thode exp\u00e9rimentale, nous d\u00e9couvre des horizons peu classiques. Pour faire bref, l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re gauche, surd\u00e9velopp\u00e9 dans notre civilisation masculine et scientifique, est celui o\u00f9 s&rsquo;exerce principalement la pens\u00e9e digitale, calculatrice, analytique. L&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re droit, plus cultiv\u00e9 chez les femmes et dans d&rsquo;autres civilisations, est celui de la pens\u00e9e analogique, sensible \u00e0 la fois aux d\u00e9tails qui font la diff\u00e9rence, et aux ensembles que l&rsquo;on saisit d&rsquo;un seul regard. Dans la situation de crise o\u00f9 nous sommes, rien n&rsquo;est plus urgent que de r\u00e9\u00e9quilibrer ces deux modes de pens\u00e9e, celui-ci nous d\u00e9voilant l&rsquo;aspect du r\u00e9el que celui-l\u00e0 occulte en cherchant \u00e0 s&rsquo;en emparer. Quel autre arbitrage peuvent-ils trouver que celui de la conscience, qui leur apprend, sans jamais se confondre, \u00e0 se critiquer, compl\u00e9ter et f\u00e9conder mutuellement ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nietzsche disait, peu avant sa folie : \u00ab Depuis Copernic, nous roulons du centre vers X. \u00bb C&rsquo;est par rapport \u00e0 cet X que nous avons \u00e0 nous situer par la conscience, comme ce fut le cas voici 1500 ans pour le z\u00e9ro, et voici quelques si\u00e8cles pour l&rsquo;infini. Mais cette fois, il d\u00e9passe tous nos calculs, il est l&rsquo;op\u00e9rateur m\u00eame de la transcendance. Pour le saisir \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00e0 tous les niveaux d&rsquo;une cr\u00e9ation en perp\u00e9tuelle \u00e9volution, il ne suffira pas d&rsquo;un changement de niveau logique, de paradigme ou d&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie : il nous faudra passer \u00e0 un autre registre de nos ressources c\u00e9r\u00e9brales, \u00e0 une autre fa\u00e7on de penser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et sans doute n&rsquo;est-ce plus l&rsquo;affaire de La-Science, au sens de l&rsquo;Occident. Mais elle nous aura guid\u00e9s d&rsquo;une main s\u00fbre jusqu&rsquo;au pas du seuil qu&rsquo;il ne lui appartient pas de franchir. Comme la th\u00e9ologie n\u00e9gative du Moyen Age, et la docte ignorance de Nicolas de Cuse, elle nous aura ouverts, par ses limites m\u00eames, \u00e0 une dimension nouvelle de la transcendance : pour notre esp\u00e8ce en crise, celle de l&rsquo;Absolu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;\u00e9clairage de l&rsquo;Esprit<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Tournons-nous alors vers ceux qu&rsquo;on appelle aujourd&rsquo;hui les ma\u00eetres spirituels : les serviteurs de l&rsquo;Esprit. De tout temps, en tous lieux, par-del\u00e0 m\u00eame leurs conditionnements ethniques et culturels, selon la pente ou l&rsquo;ascendant de leur esprit, th\u00e9ologique ou m\u00e9taphysique, gnostique ou mystique, par toutes voies de r\u00e9flexion, m\u00e9ditation, contemplation et de pri\u00e8re, asc\u00e8se, exaltation ou extase ; parlant par l&rsquo;enseignement, la vision, l&rsquo;illumination, la r\u00e9v\u00e9lation, la proph\u00e9tie, le don des langues, ou par leur silence, poursuivant l&rsquo;accord de dieux multiples, la confrontation au seul Dieu, la fusion avec l&rsquo;\u00e2me du monde, le retour au Tao, le court-circuit du Zen, l&rsquo;an\u00e9antissement dans le Vide : ils ont r\u00e9pondu \u00e0 l&rsquo;appel de la conscience, et cherch\u00e9 le sens du passage de l&rsquo;homme sur la terre non dans l&rsquo;affirmation et le d\u00e9ploiement de ses propres pouvoirs mais dans son rapport \u00e0 Ce qui le d\u00e9passe, \u00e0 l&rsquo;X, au Sans-Nom. (Par pure commodit\u00e9, nous l&rsquo;appellerons l&rsquo;Esprit). Qu&rsquo;ont-ils \u00e0 dire aux hommes de notre temps ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les moyens actuels de communication leur offrent des occasions de rencontres sans pr\u00e9c\u00e9dent avec leurs compagnons spirituels, \u00e0 travers l&rsquo;espace et le temps. Mais ils ne peuvent \u00e9chapper aux pi\u00e8ges de tout \u0153cum\u00e9nisme que si, au lieu de trouver la convergence de leurs voies diff\u00e9rentes dans un accord minimal, ils le cherchent dans le facteur commun qui les transcende toutes. C&rsquo;est de cette r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;Absolu qu&rsquo;ont besoin les femmes et les hommes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, pour le pilotage de ce bateau ivre, de ce radeau de M\u00e9duse qu&rsquo;est devenu notre vaisseau spatial Terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Naturellement, ils n&rsquo;en savent rien. Voici 2000 ans, qu&rsquo;il fut dit : \u00ab Pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu&rsquo;ils font \u00bb \u2014 et m\u00eame s&rsquo;ils n&rsquo;en veulent rien savoir. Aussi n&rsquo;est-ce encore que manque de compassion, pour ceux qui ont su trouver leur Orient, s&rsquo;il leur suffit de partager avec leurs disciples les fruits de leur vie int\u00e9rieure. Ce qu&rsquo;il leur reste \u00e0 montrer et \u00e0 interpr\u00e9ter \u2014 sans laisser confondre ce qu&rsquo;ils pointent, avec le doigt qui le d\u00e9signe \u2014 ce sont les m\u00e9diations n\u00e9cessaires \u00e0 leurs fr\u00e8res moins avanc\u00e9s. Dans la vie spirituelle comme dans l&rsquo;ordre social, il ne peut \u00eatre donn\u00e9 \u00e0 chacun que selon ses besoins, et selon ses talents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Heureux ceux qu&rsquo;une main courante invisible guide \u00e0 travers tous d\u00e9pouillements : de nos trois app\u00e9tits naturels, jouir \u2014 dominer \u2014 savoir, qui concourent \u00e0 notre perte tant qu&rsquo;ils restent asservis \u00e0 l&rsquo;ego ; des illusions qui ne consolent pas des au-del\u00e0 de complaisance et des \u00e9ternisations de l&rsquo;ego ; des id\u00e9ologies idol\u00e2tres qui flattent notre ego d&rsquo;appartenir \u00e0 un peuple, une race, une nation, une classe ou une civilisation se disant \u00e9lus. Mais bienheureux ceux qui sauront tisser les fils d&rsquo;or de la Nouvelle Alliance : le pacte de chacun avec son prochain comme diff\u00e9rent de soi-m\u00eame, seule issue possible aux pi\u00e8ges de la mim\u00e9sis ; le pacte entre les sexes, o\u00f9 chaque question masculine trouvera sa r\u00e9ponse au f\u00e9minin ; le pacte entre tous les habitants de la terre \u2014 et c&rsquo;est ce pacte, ou la mort de notre esp\u00e8ce ; le pacte avec la nature qui \u00e9chappe \u00e0 toutes nos prises, qui r\u00e9pond, et au-del\u00e0, \u00e0 tous nos besoins, mais qui se venge t\u00f4t ou tard de chacune de nos agressions ; et le pacte des pactes avec l&rsquo;Esprit qui, par des voies que nous pouvons rep\u00e9rer pour l&rsquo;\u00e9volution pass\u00e9e de notre esp\u00e8ce, de la terre et du cosmos, mais qu&rsquo;il ne nous appartient pas de projeter dans l&rsquo;avenir, nous aimante vers notre au-del\u00e0. Le premier de nos commandements est d&rsquo;y rester ouverts.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La foi ne parle plus aux hommes et aux femmes de l&rsquo;an 2000 comme il y a 3000 ans, \u00e0 l&rsquo;aube des religions axiales ; ni comme en l&rsquo;an z\u00e9ro de Mo\u00efse, de J\u00e9sus ou de Mahomet. Pourtant d\u00e9j\u00e0, les grands proph\u00e8tes mettaient en garde l&rsquo;homme du n\u00e9olithique, au nom de l&rsquo;Anthropos essentiel, contre le d\u00e9veloppement de ses propres pouvoirs, d\u00e8s lors qu&rsquo;il ne les int\u00e9grait pas dans le jeu des forces qui gouvernent l&rsquo;univers. Encore ne disposait-il que des rudiments de l&rsquo;\u00e9criture, du calcul, de l&rsquo;agriculture et de la vie urbaine. Mais d\u00e9j\u00e0, la lune de la Grande D\u00e9esse p\u00e2lissait dans le ciel, Sophia n&rsquo;y \u00e9tait pas encore constell\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A pr\u00e9sent, nous nous sommes assur\u00e9s de pouvoirs dont les dieux n&rsquo;eussent pas r\u00eav\u00e9 : aupr\u00e8s de la fusion nucl\u00e9aire que nous allons reprendre au c\u0153ur des \u00e9toiles, la foudre de Jupiter n&rsquo;est qu&rsquo;un p\u00e9tard de gamin ; et nous disposons de bien plus que le n\u00e9cessaire pour notre bien. Mais nous en userons pour notre mal tant que, esclaves de nous-m\u00eames, nous nous croirons ma\u00eetres du monde. A des pouvoirs croissant jusqu&rsquo;\u00e0 la d\u00e9mesure, nous ne trouverons de r\u00e9gulation que dans un rapport constant \u00e0 ce qui passe toute mesure. En l&rsquo;an 2000, s&rsquo;il y a encore des hommes sur la terre, la puissance numineuse qu&rsquo;ils reconna\u00eetront \u00e0 l&rsquo;Esprit \u00e9clipsera celle de toutes les th\u00e9ophanies connues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que nous a d\u00e9couvert le savoir, tant par sa docte ignorance que par ce qu&rsquo;il sait, il nous reste \u00e0 le vivre. Notre terre, notre esp\u00e8ce, notre civilisation et tout d&rsquo;abord notre ego, ne sont pas le nombril du monde, le point final de l&rsquo;\u00e9volution, le triomphe de l&rsquo;histoire. Nous ne sommes pas davantage une monade autarcique, le micro- du\u00a0 macrocosme ; ni les fils prodigues de cet Adam qui, chass\u00e9 du Paradis, recevait pourtant mandat d&rsquo;assujettir la terre. Mais la \u00ab figure de sable qui s&rsquo;efface au rivage de la mer \u00bb (comme dit Michel Foucault), ce n&rsquo;est pas anthropos de toujours, c&rsquo;est sa peau de serpent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Car nous savons aussi \u2014 apprenons \u00e0 le vivre ! \u2014 que\u00a0 nous sommes tout autre chose qu&rsquo;un ego enferm\u00e9 dans le sac de sa peau, ou dans le cercle de son cogito. Par les milliards de milliards d&rsquo;atomes de notre corps, nous sommes contemporains du Big Bang, et par nos milliards de cellules, de la naissance de la vie ; notre code g\u00e9n\u00e9tique est celui de toutes les esp\u00e8ces vivant sur la terre, et nous le savons par les milliards de neurones de notre cerveau, radar ou holographe de l&rsquo;univers, s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas brouill\u00e9 par notre ego. En les rendant tous \u00e0 la terre-m\u00e8re, \u00e0 nos enfants ou \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9, avec notre dernier soupir de mortels, nous devrions bien pouvoir saluer, comme le saint d&rsquo;Assise, notre fr\u00e8re le Soleil et notre s\u0153ur la Mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, l&rsquo;\u00e9cologie nous conduit \u00e0 nous int\u00e9grer tous pouvoirs humains confondus, dans des syst\u00e8mes naturels de plus en plus vastes et complexes. Et par la conscience qui les transcende tous, en s&rsquo;ouvrant elle-m\u00eame \u00e0 l&rsquo;op\u00e9rateur universel de la transcendance, nous sommes aimant\u00e9s vers ce point fulgurant d&rsquo;o\u00f9 fuse en tous lieux, \u00e0 tout instant, l&rsquo;\u00e9tincelle de la cr\u00e9ation. Avec l&rsquo;homme, a-t-on dit, l&rsquo;\u00e9volution devient consciente d&rsquo;elle-m\u00eame. Et si, par l&rsquo;ouverture de l&rsquo;homme, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;Esprit qui cherchait l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la conscience de soi ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le Nouvel Age<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">De nos jours, les ma\u00eetres spirituels ne manquent pas de r\u00e9pondants ou d&rsquo;appelants ; et un peu partout sur cette terre qui entre sous le signe du Verseau, voici que naissent des enfants d&rsquo;Aquarius, des villages solaires, des foyers d&rsquo;\u00e9veil \u00e0 la conscience plan\u00e9taire, des lieux de culte pour le Nouvel Age. Le P\u00e8re Teilhard, Shri Aurobindo trouvent donc ainsi une post\u00e9rit\u00e9 ; et il est bon qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;irr\u00e9sistible informatisation de notre soci\u00e9t\u00e9, en elle-m\u00eame vide de sens quand elle n&rsquo;est pas d\u00e9c\u00e9r\u00e9brante, r\u00e9ponde une prise de conscience \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la terre, en attendant la supra-conscience cosmique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Faisons la part, et elle est grande, des amateurs d&rsquo;exp\u00e9riences corporelles, sexuelles, psychiques, parapsychiques et psych\u00e9d\u00e9liques, seuls, en couples, en groupes ou en troupeaux, avec ou sans gourous professionnels. Adressons-nous aux annonciateurs du Nouvel Age, qui ne manquent pas de souffle, de visions fondatrices, de sens de l&rsquo;organisation, et d\u00e9j\u00e0 d&rsquo;argumentation. Dans leur \u00e9lan qui trop souvent fait l&rsquo;impasse sur le Mal en ce monde, qu&rsquo;ils prennent garde, en Californie et ailleurs, \u00e0 ne pas r\u00e9p\u00e9ter l&rsquo;erreur des p\u00e8lerins du Mayflower. Quittant la Babylone du Vieux Continent, ils allaient fonder la J\u00e9rusalem terrestre : et c&rsquo;est la m\u00e9gamachine des Etats-Unis qui se mettait en branle, broyant la terre, les hommes et les esprits autochtones de l&rsquo;Am\u00e9rique.<\/p>\n<table style=\"text-align: justify;\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"text-align: center;\" width=\"600\" valign=\"top\"><strong>OIKOS<\/strong><\/p>\n<p>OIKOS. Est-il possible que ce mot   grec soit, aujourd&rsquo;hui, entendu et senti avec la m\u00eame intensit\u00e9 cr\u00e9atrice   qu&rsquo;il fut, pour la premi\u00e8re fois chant\u00e9 et pens\u00e9 par les bergers vigilants de   l&rsquo;Attique avant toute cassure au sein de la parole ?<\/p>\n<p>OIKOS. La crise actuelle sans   pr\u00e9c\u00e9dent, est la crise de\u00a0 \u00ab\u00a0l&rsquo;habiter   \u00bb de l&rsquo;homme dans le monde et du monde en l&rsquo;homme. C&rsquo;est aussi celle du   silence de l&rsquo;Autre Dimension.<\/p>\n<p>OIKOS. Pour habiter \u00e0 notre faim :   r\u00e9concilier \u2014 r\u00e9concilier tel est le ma\u00eetre verbe en ces temps de   d\u00e9tresse, pour demeurer dans l&rsquo;amour insurg\u00e9 du vivant.<\/p>\n<p>R\u00e9concilier l&rsquo;homme, anthropos, avec   lui-m\u00eame. Tout lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>R\u00e9concilier la femme, anthropos, avec   elle-m\u00eame. Tout elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>R\u00e9concilier l&rsquo;homme et la femme,   compagnons de grandes solitudes qui se c\u00f4toient. \u00c9veilleurs de tendresse et   de forces alli\u00e9es.<\/p>\n<p>R\u00e9concilier l&rsquo;\u00eatre humain avec son   milieu de vie naturelle et avec ses semblables \u00e0 des \u00e9chelles de territoires   et de soci\u00e9t\u00e9s vraiment humaines. R\u00e9concilier l&rsquo;\u00eatre humain avec sa source et   sa br\u00e8che cosmique au del\u00e0 des faux-semblants archa\u00efques comme des magiques   pr\u00e9visions. Casser tous les dogmes, Etre partout investi et d\u00e9tach\u00e9 !<\/p>\n<p>OIKOS. Entre la dissimulation   \u00e9sot\u00e9rique et la momification dogmatique le Doute cr\u00e9ateur est notre lieu et   notre outil. Et la beaut\u00e9 viendra comme une gr\u00e2ce et non comme volont\u00e9.<\/p>\n<p>OIKOS. Le moment est venu de relier   nos saisons, nos corps et nos chants, de partager nos \u00e9quinoxes, de d\u00e9lier la   paix.<\/p>\n<p>OIKOS. Le moment est venu de faire   l&rsquo;histoire avec l&rsquo;\u0153il tamis\u00e9 du c\u0153ur.<\/p>\n<p>OIKOS. Alors l&rsquo;aventure humaine dans   l&rsquo;extr\u00eame fragilit\u00e9 de ce moment o\u00f9 tout appara\u00eet mena\u00e7ant et givr\u00e9 peut   commencer \u00e0 devenir une histoire d&rsquo;amour.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu&rsquo;ils nous permettent donc de tirer la le\u00e7on de 2000 ans de gloires et de mis\u00e8res. Tout comme en psychanalyse individuelle, les peuples ne peuvent pas conjurer sans anamn\u00e8se <a id=\"ftnref5\" href=\"#ftn5\">[5]<\/a> la terreur de leur histoire, et ses extr\u00e9mit\u00e9s totalitaires. Pour nous autres Europ\u00e9ens, cette remise en m\u00e9moire est v\u00e9cue comme une mort : mort des mythologies pa\u00efennes, de la th\u00e9ocratie d&rsquo;\u00c9glise, du Saint-Empire, des r\u00eaves imp\u00e9riaux, de la souverainet\u00e9 nationale, de la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne ; et finalement, depuis Yalta, mort de notre Europe comme protagoniste de l&rsquo;Histoire. Il faut passer par cette mort, et le travail du deuil, pour que la Crise devienne Mutation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il doit y avoir un tribunal de l&rsquo;histoire, un jugement dernier sur cette terre, en ouverture de l&rsquo;avenir, les voix basses de la souffrance humaine, lorsqu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 surmont\u00e9e, r\u00e9pondront aux incantations du Nouvel Age : que ce soient celles des dissidents de l&rsquo;Est, t\u00e9moignant jusqu&rsquo;o\u00f9 va le courage de la libert\u00e9, ou des survivants d&rsquo;Auschwitz, d&rsquo;Hiroshima, du Goulag, s&rsquo;ils ont pu endurer leur martyre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il nous faudra entendre aussi les appels, les cris des peuples du Tiers Monde, \u00e9cartel\u00e9s entre nos technologies et leurs dieux ; quel que soit le profit qu&rsquo;ils peuvent tirer de nos apports, et de nos transferts, c&rsquo;est de leur fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 eux-m\u00eames que nous avons \u00e0 prendre l&rsquo;\u00e9coute. Quand aux plus pauvres des pauvres dans le Quart Monde, expropri\u00e9s de leurs ressources, de leur terre et de ses esprits, il ne suffira pas de leur rendre justice, en redistribuant \u00e0 leurs fins notre accumulation de moyens \u2014 ni de demander leur pardon. Quand les derniers des hommes, qui sont aussi les premiers, peuvent encore c\u00e9l\u00e9brer chaque jour leur messe au soleil, pieds nus sur la terre sacr\u00e9e : ils nous appellent \u00e0 notre naissance au monde, \u00e0 notre \u00e9merveillement d&rsquo;alors.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;est pas de conscience efficace sans une \u00e2me qui l&rsquo;inspire ; et l&rsquo;anima des terriens, depuis le n\u00e9olithique a \u00e9t\u00e9 progressivement refoul\u00e9e par l&rsquo;animus, l&rsquo;esprit masculin, g\u00e9nie ou d\u00e9mon. Elle avait encore moins d&rsquo;espace o\u00f9 se d\u00e9ployer, dans cet Occident qui, au terme de son histoire, se donne pour enti\u00e8rement s\u00e9cularis\u00e9. Bien au-del\u00e0 de la lutte pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des sexes, o\u00f9 les militantes sont trop souvent pi\u00e9g\u00e9es par la d\u00e9finition masculine de leurs droits, c&rsquo;est aujourd&rsquo;hui \u00e0 celles qui portent, donnent, gardent et perp\u00e9tuent la vie d&rsquo;arracher le train de ce monde \u00e0 sa pente fatale : dernier acte de la lutte \u00e9ternelle entre Eros et Thanatos, pulsions de vie, et de mort. Qu&rsquo;elles aillent puiser jusqu&rsquo;au fond du c\u0153ur et de la matrice la ressource n\u00e9cessaire pour le grand renversement, la petite inclinaison d\u00e9cisive dans la balance des \u00e9nergies sexuelles, psychiques, et spirituelles qui gouvernent nos rapports avec le monde : jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement de cet \u00e9quilibre entre Animus et Anima qui, dans toutes les grandes traditions prend figure de hi\u00e9rogamie, de mariage sacr\u00e9. Ce n&rsquo;est pas un hasard si, en anthropologie, elles sont en train de d\u00e9couvrir une toute autre version de notre pr\u00e9histoire ; ni si, dans l&rsquo;ordre de l&rsquo;imaginal, reparaissent les figures de Gaia, r\u00e9gulatrice de l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me terrestre, et de cette Sophia c\u00e9leste qui, partageant les pouvoirs de l&rsquo;Esprit, prot\u00e8ge les hommes contre leur d\u00e9mesure et la col\u00e8re de leurs dieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pour le pire et pour le meilleur<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce projet de retrouver l&rsquo;\u00e9quilibre de notre esp\u00e8ce dans la dynamique de l&rsquo;univers, voici des ann\u00e9es qu&rsquo;\u00e0 tous les niveaux, les \u00e9cologistes de toutes vocations, des plus th\u00e9oriques aux plus terre-\u00e0-terre, ont entrepris de le r\u00e9aliser. Fils et filles du Grand Refus des ann\u00e9es 60, dans les campus am\u00e9ricains, les universit\u00e9s allemandes et les rues de Paris, ceux qui ont pu \u00e9viter les pi\u00e8ges de la r\u00e9cup\u00e9ration, et la fascination du terrorisme, ont recommenc\u00e9 par le commencement\u00a0: les mains nues, dans le d\u00e9sert ou les ruines de notre civilisation. Ils ont appris \u00e0 soigner le sol, les plantes et les b\u00eates, \u00e0 se b\u00e2tir leur demeure pour habiter la terre. Ils apprennent aujourd&rsquo;hui la culture de la sant\u00e9 et du corps, les technologies douces l&rsquo;usage convivial de nos moyens d&rsquo;informations et de communication, les r\u00e8gles n\u00e9cessaires pour la survie de toute communaut\u00e9, celles de la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre le f\u00e9minin et le masculin, comme entre les g\u00e9n\u00e9rations. Il leur reste, pour trouver l&rsquo;inspiration globale de leur action locale, \u00e0 passer de l&rsquo;\u00e9cologie de la nature et des rapports entre l&rsquo;homme et la nature, par celle des rapports interhumains, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cologie de l&rsquo;Esprit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Moins patients qu&rsquo;eux, et notamment en France, d&rsquo;autres ont pr\u00e9matur\u00e9ment engag\u00e9 l&rsquo;image publique de l&rsquo;\u00e9cologie dans les luttes politiciennes. Comme ils n&rsquo;avaient gu\u00e8re d&rsquo;autres propositions que celles du refus, les professionnels du leurre \u00e9lectoral n&rsquo;ont pas eu \u00e0 s&rsquo;en inqui\u00e9ter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Nous voici revenus aux temps o\u00f9 le mentir est vrai, le noir se dit blanc, et l&rsquo;affreux fait le beau \u00bb <a id=\"ftnref6\" href=\"#ftn6\">[6]<\/a>. Or, tandis que dans tous les pays d&rsquo;Occident, quelles que soient leurs couleurs \u00e9lectorales, les techniciens de l&rsquo;atome, du g\u00eane et du bit, foncent dans le brouillard, que les \u00e9conomistes de toutes \u00e9coles donnent du nez sur l&rsquo;impasse, et que les enjeux de l&rsquo;\u00e9conomie-monde se disputent par-dessus nos t\u00eates, les leurres perdent de leur cr\u00e9dibilit\u00e9 : il est trop \u00e9vident que les princes qui nous gouvernent, avec leurs virages \u00e0 180 degr\u00e9s, ont perdu le contr\u00f4le du tigre dans leur moteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Encore heureux quand, pour apaiser la b\u00eate, ils ne disposent que de quelques sous-marins atomiques&#8230; Mais que dire de ces Big Brothers au paroxysme de leur rivalit\u00e9 ? De part et d&rsquo;autre du mur de Berlin, o\u00f9 l&rsquo;Europe est juch\u00e9e comme un mannequin-cible pour leurs feux crois\u00e9s, ils se renvoient par t\u00e9l\u00e9phone rouge les calculs truqu\u00e9s de leur capacit\u00e9 mutuelle de M\u00e9gamort. Il d\u00e9pend de deux hommes, de deux cervelles humaines scl\u00e9ros\u00e9es, de presser sur le bouton terminal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, voici qu&rsquo;en Allemagne f\u00e9d\u00e9rale, en Europe de l&rsquo;Ouest, et mieux encore aux Etats-Unis, des vagues humaines sans pr\u00e9c\u00e9dent, toutes g\u00e9n\u00e9rations, confessions, id\u00e9ologies confondues, viennent d\u00e9ferler contre ce Mur de la Honte. \u00c9coutons ceux qui l\u00e0-bas, moins na\u00effs qu&rsquo;on ne pense, se d\u00e9clarent pour une d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration volontaire de la puissance am\u00e9ricaine <a id=\"ftnref7\" href=\"#ftn7\">[7]<\/a> ; la non-violence, lorsque bien loin de pr\u00e9parer \u00e0 la soumission, elle est le fruit de la conqu\u00eate de soi, dispose d&rsquo;une virulence plus contagieuse encore que toutes les violences de la mim\u00e9sis. Et saluons ces jeunes Gr\u00fcnen d&rsquo;Allemagne de l&rsquo;Ouest, qui, s&rsquo;ils cherchent encore leur voie politique par-del\u00e0 les mouvements de la peur, sont d\u00e9j\u00e0 en mesure de renvoyer la balle \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9diteur. Car s&rsquo;il est bien certain que l&rsquo;\u00c9tat sovi\u00e9tique cherche \u00e0 manipuler les mouvements divers pour la paix\u00a0: gare au choc en retour. D\u00e9j\u00e0 de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du rideau de fer, se l\u00e8vent des cohortes de jeunes qui veulent bien de la faucille \u2014 ils en figurent sur leurs pancartes, en tordant les armes de guerre \u2014 mais non du marteau-pilon. Quel souffle ne trouveraient-ils pas si, de part et d&rsquo;autre de l&rsquo;Atlantique, se joignaient les mains qui cherchent la paix&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">This is the worst of times, this is the best of times <a id=\"ftnref8\" href=\"#ftn8\">[8]<\/a>. Pour le pire et pour le meilleur, nous voici bloqu\u00e9s dans notre train fou, au climax de la Crise, au couteau de la balance entre vie et mort. Aimant\u00e9e par l&rsquo;Esprit, la conscience humaine est notre seule boussole ; mais elle ne peut rien sans relais sur la terre, sans points d&rsquo;appui dans nos c\u0153urs. Alors, n&rsquo;est-il pas temps que du simple \u00ab \u00e9colo \u00bb aux ma\u00eetres spirituels, en passant par le d\u00e9bat de nos sciences sur la conscience, l&rsquo;autocritique de l&rsquo;Europe, la longue patience des dissidents de l&rsquo;Est et de l&rsquo;Ouest, les appels et les cris du Tiers et du Quart Monde, l&rsquo;\u00e9veil \u00e0 la conscience plan\u00e9taire du Nouvel Age, passe enfin le courant qui, tel un \u00e9lectrochoc, nous remettra les pieds sur terre pour la marche en avant ? Ce courant qu&rsquo;ont \u00e0 lancer les trois s\u0153urs, gardiennes de la vie ici-bas : la Gaia de la terre, la Sophia c\u00e9leste, et notre anima, l&rsquo;Ariane des hommes perdus dans le noir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un premier pas&#8230;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les pieds sur terre, et en avant : mais c&rsquo;est le premier pas qui co\u00fbte. Ce n&rsquo;est pas par hasard si, tout comme les futurologues qui nous pianotent sur ordinateur les sc\u00e9narios de l&rsquo;avenir, les utopistes de la cit\u00e9 du soleil ou de la colonisation extra-terrestre restent muets sur la transition. Entre les r\u00eaves des uns, les cauchemars des autres, et les premiers grondements des foules que les morsures de La-Crise retournent dans leurs sommeil : o\u00f9 est la lampe-temp\u00eate pour \u00e9clairer notre premier pas ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans notre vie individuelle, il nous arrive de trouver le bon usage de la maladie, du deuil, de l&rsquo;amour, et de la mort m\u00eame, par le retrait du monde et le retour sur soi. Il nous faut en premi\u00e8re urgence, du moins dans les pays assez avanc\u00e9s pour r\u00e9ussir leur mutation par la-Crise, une consultation en profondeur des populations, saisies dans leur lieu, leur quartier, leur pays, leur r\u00e9gion ; c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;en 1789 les \u00c9tats G\u00e9n\u00e9raux avaient donn\u00e9 son \u00e9lan \u00e0 la R\u00e9volution Fran\u00e7aise, pr\u00e9parant l&rsquo;assembl\u00e9e constituante et les institutions nouvelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Que veulent-elles finalement qu&rsquo;il soit fait de cette accumulation monstrueuse par l&rsquo;\u00c9tat et les multinationales, de richesses naturelles et de moyens techniques qui pourraient servir au bien de tous ? Que feraient-elles \u2014 que ferait chacun de nous pour son compte \u2014 d&rsquo;une redistribution g\u00e9n\u00e9rale des terres, des outils de travail et des moyens de se cultiver ? Pour le savoir, pour qu&rsquo;elles-m\u00eames le sachent en v\u00e9rit\u00e9, ce ne sont pas des masses informes et informatisables qu&rsquo;il faut consulter, aujourd&rsquo;hui fascin\u00e9es par les leurres de l&rsquo;assistance et de la jouissance que leur tendent les affam\u00e9s de puissance. C&rsquo;est l&rsquo;homme, c&rsquo;est la femme dans leur int\u00e9grit\u00e9 personnelle et leurs communaut\u00e9s, capables d&rsquo;eux-m\u00eames et d&rsquo;autrui : les seuls auxquels on puisse et doive faire confiance. Il n&rsquo;est pas d&rsquo;autre fondement humain pour la d\u00e9mocratie : et sans lui, pas de d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, pendant toute la dur\u00e9e de la consultation, il est imp\u00e9ratif que l&rsquo;\u00c9tat soit dessaisi des moyens de conditionner l&rsquo;opinion : black out sur les medias et les sondages pr\u00e9fabriqu\u00e9s. Et il ne manquera pas de t\u00e2ches pour cet \u00c9tat r\u00e9duit au minimum, sous la haute surveillance des gardiens de la consultation : recensement des ressources \u00e0 redistribuer, moratoire pour les armements, moratoire pour les applications des technologies de pointe, moratoire pour les dettes du Tiers et du Quart Monde. Non pour gagner du temps, pour un dernier quart d&rsquo;heure. Mais pour marquer le pas, celui qui co\u00fbte et qui, pour nous, est celui de la sortie de la Crise et de l&rsquo;entr\u00e9e en Mutation. Hic Rhodus&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Un peu partout dans nos t\u00e9n\u00e8bres, comme les chandelles de la No\u00ebl dans les cimeti\u00e8res scandinaves, s&rsquo;allument les foyers de la Nouvelle Alliance. Qu&rsquo;ils convergent ! Mais l&rsquo;immensit\u00e9 de l&rsquo;enjeu y requiert un engagement \u00e0 sa mesure. Et puisqu&rsquo;il en va de tout, comment n&rsquo;y serait-on pas appel\u00e9 au plus complet d\u00e9pouillement ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand lib\u00e9r\u00e9 de tout sauf de l&rsquo;unique n\u00e9cessaire, on arrive \u00e0 la plus haute cime, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on ne peut plus que mourir \u00e0 soi-m\u00eame \u2014 le c\u0153ur battant, on crie vers le ciel. La seule voix qu&rsquo;on entende, et elle s&rsquo;impose alors, souveraine, est celle de la compassion : \u00ab Fais retour \u00e0 la terre ! \u00bb Mais ce n&rsquo;est plus la m\u00eame terre, ce ne sont plus les m\u00eames femmes, les m\u00eames hommes \u00e0 aimer : \u00e0 transporter par l&rsquo;Amour et l&rsquo;Esprit au-del\u00e0 d&rsquo;eux-m\u00eames.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn1\" href=\"#ftnref1\">[1]<\/a> <em>Halte \u00e0 la croissance ?<\/em> (Fayard 1972). Dans <em>Quelles limites ?<\/em> (Seuil 1974) nous analysions ces limites comme bien plus psycho-sociologiques que mat\u00e9rielles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn2\" href=\"#ftnref2\">[2]<\/a> Numineuse se dit en histoire des religions, depuis W. Otto, de la Puissance qui transcende toutes nos figurations du divin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn3\" href=\"#ftnref3\">[3]<\/a> M\u00e9tanoia : cette conversion de l&rsquo;esprit et du c\u0153ur, par attention exclusive au divin, fut la discipline spirituelle des P\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise grecque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn4\" href=\"#ftnref4\">[4]<\/a> Principe bien fond\u00e9, qui nous dit d&rsquo;o\u00f9 nous venons, mais non o\u00f9 nous allons : alors que l&rsquo;anthropocentrisme fait de nous le centre du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn5\" href=\"#ftnref5\">[5]<\/a> Anamn\u00e8se : technique de rem\u00e9moration usit\u00e9e en psychanalyse, pour lever les refoulements de nos souvenirs personnels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn6\" href=\"#ftnref6\">[6]<\/a> \u00ab Black is white and foul is fair \u00bb (Shakespeare).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn7\" href=\"#ftnref7\">[7]<\/a> cf. le mouvement pour le Freeze : le gel des armements nucl\u00e9aires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn8\" href=\"#ftnref8\">[8]<\/a> Nous sommes au pire de temps, et c&rsquo;en est le meilleur (Shakespeare).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mais pour qui cherche \u00e0 la comprendre dans sa maturation historique, son d\u00e9cha\u00eenement actuel, et jusque dans ses tenants et aboutissants, La-Crise \u00e9conomique n&rsquo;est qu&rsquo;un d\u00e9tonateur : voyons plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 de la poudri\u00e8re. 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