{"id":10630,"date":"2012-01-28T01:52:22","date_gmt":"2012-01-28T00:52:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=10630"},"modified":"2015-03-03T15:46:33","modified_gmt":"2015-03-03T14:46:33","slug":"la-marche-sur-le-feu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-marche-sur-le-feu\/","title":{"rendered":"La marche sur le feu par Jo\u00ebl Andr\u00e9"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Grand reportage sur la marche sur le feu qui a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans la revue Psi International et qui fait le tour des connaissances sur le sujet en 1977. Nous n\u2019avons pas reproduit les nombreuses illustrations qui accompagnaient le texte. Voil\u00e0 ce que disait Jacques Lacroix fondateur de la revue\u00a0: <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<table style=\"text-align: justify; height: 526px;\" border=\"1\" width=\"565\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"623\"><strong><em>L&rsquo;Acad\u00e9mie des Sciences et l&rsquo;Acad\u00e9mie de M\u00e9decine d\u00e9cernent, chaque ann\u00e9e, des centaines de r\u00e9compenses. Cela va d&rsquo;une modeste m\u00e9daille de bronze (souvent) \u00e0 une bourse d&rsquo;\u00e9tudes (tr\u00e8s rarement). Les apports en esp\u00e8ces sont beaucoup plus pr\u00e8s de 500 francs que de 5000. On a, il est vrai, une certaine satisfaction \u00e0 glisser sur sa carte de visite \u2014 ou ailleurs \u2014 \u00ab Laur\u00e9at de l&rsquo;Acad\u00e9mie&#8230; \u00bb Mais ce parfum de gloire mis \u00e0 part, tout le monde est d&rsquo;accord pour reconna\u00eetre que ces prix peuvent honorer une carri\u00e8re mais qu&rsquo;en aucun cas ils ne sauraient couvrir des recherches \u00e0 entreprendre. Surtout des recherches dans le domaine encore un tantinet \u00ab\u00a0maudit \u00bb de la parapsychologie, pour laquelle ces deux Acad\u00e9mies n&rsquo;ont pr\u00e9vu aucun encouragement.<\/em><\/strong><strong><em>J&rsquo;ai donc d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;agir seul et vite.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Je commence avec le ph\u00e9nom\u00e8ne de la marche sur le feu, qui existe depuis des si\u00e8cles et des si\u00e8cles. On le constate : on ne l&rsquo;explique pas. \u00ab\u00a0Si on ne peut l&rsquo;expliquer, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas ! \u00bb tranchent les \u00e9ternels n\u00e9gateurs \u2014 ils sont l\u00e9gion \u2014 qui refusent m\u00eame d&rsquo;en discuter. Sans vouloir \u2014 Dieu m&rsquo;en garde ! \u2014 donner l&rsquo;ombre d&rsquo;une le\u00e7on aux Acad\u00e9mies, je mets sur table le lingot d&rsquo;or que l&rsquo;on voit ci-contre et qui porte le num\u00e9ro 695167. Un lingot d&rsquo;or cot\u00e9 en bourse, \u00e0 ce jour, pr\u00e8s de deux millions et demi d&rsquo;anciens francs.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Il sera remis \u00e0 celui ou \u00e0 celle qui apportera la clef du myst\u00e8re des marches sur le feu qui se pratiquent sur tous les continents.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Nous n&rsquo;\u00e9cartons pas la supercherie mais il faudra la prouver. Si le marcheur a des \u00ab pouvoirs \u00bb, quels sont-ils ? Comment peut-on les mettre en \u0153uvre et comment peut-on pi\u00e9tiner impun\u00e9ment des braises ardentes ?<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Aucune date limite n&rsquo;est fix\u00e9e pour la communication des dossiers, quelle que soit la nationalit\u00e9 des auteurs. Un jury, pr\u00e9sid\u00e9 par le professeur Robert Tocquet, examinera p\u00e9riodiquement les \u00e9tudes au fur et \u00e0 mesure de leur r\u00e9ception. Un huissier assistera \u00e0 la s\u00e9ance terminale. Naturellement, les abonn\u00e9s et les lecteurs de PSI seront les premiers inform\u00e9s. On peut d\u00e8s maintenant m&rsquo;\u00e9crire : Jacques Lacroix, [\u2026]. Je r\u00e9pondrai personnellement \u00e0 toutes les questions que l&rsquo;on jugera utile de me poser.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Maurice Maeterlinck serait sans doute heureux qui \u00e9crivait : \u00ab On marche enfin hors des l\u00e9gendes, des contes \u00e0 dormir debout, des comm\u00e9rages, des illusions et des exag\u00e9rations, sur un terrain \u00e9troit mais assez s\u00fbr.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Eh bien, nous allons faire quelques pas sur ce terrain \u00e9troit que j&rsquo;ai l&rsquo;ambition d&rsquo;\u00e9largir et de raffermir sans cesse.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Jacques LA CROIX<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>A notre connaissance le prix n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9cern\u00e9 surtout que la revue n\u2019a pas surv\u00e9cu \u00e0 sa neuvi\u00e8me livraison en raison de l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de son fondateur. On trouve ici et l\u00e0 des chercheurs qui disent avoir trouv\u00e9 la r\u00e9ponse et qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9 injustement\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La marche sur le feu par Jo\u00ebl Andr\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Psi International. N<sup>o<\/sup> 2. Novembre-D\u00e9cembre 1977)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ces hommes, ces femmes, ces enfants qui, pieds nus \u2014comme sur une vaste pelouse verte \u2014 marchent sur un tapis de braises rougeoyantes&#8230; Vrai ou pas vrai ?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>PSI a men\u00e9 une enqu\u00eate dans tous les continents. La somme des documents re\u00e7us emplit plusieurs classeurs. Nous en avons fait un compte rendu fid\u00e8le, largement illustr\u00e9.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Une certitude : Il n&rsquo;y a pas de fraude. Une autre certitude : Aucune explication valable n&rsquo;a encore \u00e9t\u00e9 apport\u00e9e.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La premi\u00e8re \u00e9tude qui \u00e9carte quelques voiles du myst\u00e8re est l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;un fran\u00e7ais qui en a fait sa th\u00e8se de m\u00e9decine. Une th\u00e8se que six grands professeurs de Facult\u00e9 ont approuv\u00e9e.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pour la premi\u00e8re fois dans le monde, une revue consacre des dizaines de pages \u00e0 un sujet jadis \u00ab maudit \u00bb et qui \u2014 nous l&rsquo;esp\u00e9rons un peu gr\u00e2ce \u00e0 nous \u2014 va conna\u00eetre r\u00e9habilitation et applications b\u00e9n\u00e9fiques.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors m\u00eame que, dans les laboratoires de parapsychologie, on v\u00e9rifie les extraordinaires possibilit\u00e9s de la psych\u00e9 humaine, nous voudrions, dans les pages qui vont suivre, nous tourner vers le fonds vivant, populaire, \u00ab folklorique \u00bb de la paranormalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est de bon ton, aujourd&rsquo;hui, de se d\u00e9marquer de la \u00ab superstition \u00bb, pour mieux objectiver le fait exp\u00e9rimental. En ouvrant cette s\u00e9rie d&rsquo;articles sur l&rsquo;\u00e9trange immunit\u00e9 par laquelle le corps humain para\u00eet triompher du feu, nous tournerons plut\u00f4t nos regards vers le protagoniste un peu oubli\u00e9 de l&rsquo;aventure surnaturelle, \u00e0 savoir l&rsquo;Homme m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La marche sur le feu, ou pyrobatie, est d&rsquo;origine si ancienne que l&rsquo;on discute encore sur ses liens profonds avec les cultes les plus archa\u00efques de l&rsquo;humanit\u00e9. Et la pratique en est si largement r\u00e9pandue sur les cinq continents que l&rsquo;on se demande s&rsquo;il est vraiment possible de d\u00e9terminer l&rsquo;aire g\u00e9ographique o\u00f9 ce rite aurait pris naissance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;immunit\u00e9 au feu (incombustibilit\u00e9) est d\u00e9j\u00e0 attest\u00e9e dans la Bible : \u00ab Si tu marches dans le feu, tu ne te br\u00fbleras pas et la flamme ne t&#8217;embrasera pas. \u00bb (Isa\u00efe 43,2). Le roi Nabuchodonosor fit jeter au feu trois de ses fonctionnaires, d&rsquo;origine juive, qui refusaient de se prosterner devant une statue d&rsquo;or. Le roi et tous les t\u00e9moins constat\u00e8rent que le feu n&rsquo;avait aucun pouvoir sur ces trois hommes : leurs cheveux et leurs v\u00eatements \u00e9taient intacts ; la fum\u00e9e ne les incommodait m\u00eame pas. Devant ce miracle, Nabuchodonosor gracia les trois juifs et leur laissa pratiquer librement leur religion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Asie Centrale, le culte pyrobate est si ancien qu&rsquo;on a voulu faire de cette r\u00e9gion le lieu d&rsquo;origine de la marche sur le feu. N\u00e9 en Mongolie (o\u00f9 il \u00e9tait associ\u00e9 \u00e0 d&rsquo;autres pratiques de type shamanistique), le ph\u00e9nom\u00e8ne se serait transmis par la Chine jusqu&rsquo;au Thibet et en Inde, pour gagner ensuite l&rsquo;Europe orientale d&rsquo;une part, l&rsquo;Indon\u00e9sie et la Nouvelle-Z\u00e9lande d&rsquo;autre part. Certaines assertions recueillies aupr\u00e8s des peuples qui pratiquaient nagu\u00e8re ou pratiquent encore la marche sur le feu semblent confirmer cette hypoth\u00e8se. Mais l&rsquo;on sait la fragilit\u00e9 des mod\u00e8les \u00ab diffusionnistes \u00bb en anthropologie. Mieux vaut consid\u00e9rer que le rite en question est apparu ind\u00e9pendamment dans divers foyers humains du monde pour se r\u00e9pandre ensuite dans des zones limitrophes par contacts et \u00e9changes entre cultures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le monde antique, on dispose de textes o\u00f9 l&rsquo;immunit\u00e9 au feu est mentionn\u00e9e allusivement ou donne lieu \u00e0 des t\u00e9moignages directs. On trouve chez Sophocle (Antigone) l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;extase religieuse prot\u00e8ge des effets du feu. Le culte pyrobate de Thrace orientale est un vestige d&rsquo;anciens rites orgiaques c\u00e9l\u00e9br\u00e9s en l&rsquo;honneur de Bacchus ou de Pan. De nombreux cultes pa\u00efens du solstice d&rsquo;\u00e9t\u00e9 comportaient des affrontements ludiques avec la flamme. Mais c&rsquo;est avec des auteurs comme Pline l&rsquo;Ancien et Strabon que nous parviennent les premiers faits pr\u00e9cis. Voici ce que rapporte Pline.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Non loin de Rome, en territoire falisque, vivent quelques familles qu&rsquo;on appelle les Hirpi (les Loups). Lors du sacrifice annuel \u00e0 Apollon, sur le Mont Soracte, ils marchent sur des b\u00fbches r\u00e9duites \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de braises, sans se br\u00fbler. De ce fait, ils sont exempt\u00e9s, par d\u00e9cret du S\u00e9nat, des obligations militaires et autres charges\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 Strabon, qui signale les m\u00eames faits en Cappadoce et en Italie, il nous en donne ce bref aper\u00e7u : \u00ab C&rsquo;est l\u00e0 une saisissante c\u00e9r\u00e9monie. Ceux qui sont poss\u00e9d\u00e9s par la divinit\u00e9 (de la cit\u00e9 de F\u00e9ronia) traversent un vaste tapis de charbons ardents pieds nus, sains et saufs. Ces festivit\u00e9s sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9es chaque ann\u00e9e et rassemblent de nombreux spectateurs \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Virgile comme pour Pline, la divinit\u00e9 qui pr\u00e9side \u00e0 ces rites n&rsquo;est autre qu&rsquo;Apollon. Il semble bien qu&rsquo;effectivement, dans l&rsquo;ensemble des cultes pyrobates pr\u00e9chretiens, la signification solaire ait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9dominante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les commentateurs chr\u00e9tiens nous permettent de suivre le ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 diverses \u00e9poques, notamment au V<sup>e<\/sup>, XII<sup>e<\/sup> et XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, puis au XVIII<sup>e<\/sup>, en Espagne, en Gr\u00e8ce, et dans les r\u00e9gions de Thrace et de Mac\u00e9doine qui forment aujourd&rsquo;hui la Bulgarie. Nombre de ces commentateurs sont des pr\u00eatres, voire des \u00e9v\u00eaques, et leur t\u00e9moignage n&rsquo;est gu\u00e8re bienveillant, la plupart d&rsquo;entre eux attribuant l&rsquo;incombustibilit\u00e9 au Diable. Mais, peu \u00e0 peu, le culte se christianise et les anath\u00e8mes s&rsquo;apaisent. Au reste, l&rsquo;illustre exemple de Catherine de Sienne aurait d\u00fb rassurer l&rsquo;Inquisition elle-m\u00eame. On dit, en effet, qu&rsquo;un jour o\u00f9 elle se trouvait en \u00e9tat d&rsquo;extase, la sainte perdit l&rsquo;\u00e9quilibre et tomba dans le feu. Les religieuses, avec grand effroi, l&rsquo;y d\u00e9couvrirent s&#8217;empress\u00e8rent de lui porter secours. Au sortir du brasier, la sainte ne portait aucune trace de br\u00fblure et sa chevelure comme ses v\u00eatements \u00e9taient intacts. Sainte Dominique du Paradis (16<sup>e<\/sup> si\u00e8cle) pouvait elle, tenir dans ses mains sans aucun risque de charbons ardents. Un chroniqueur espagnol signa \u00e0 Tudela (Navarre) l&rsquo;existence d&rsquo;un nain qui marche sur la braise. Et, toujours en Espagne, une \u00ab famille \u00bb ou \u00ab caste \u00bb aurait eu le pouvoir de marcher dans les flammes gr\u00e2ce \u00e0 des proc\u00e9d\u00e9s magiques&#8230; autoris\u00e9s par l&rsquo;Inquisition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On voit donc que le ph\u00e9nom\u00e8ne a au moins pour lui une certaine continuit\u00e9 dans le temps, de l&rsquo;Antiquit\u00e9 \u00e0 nos jours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 la dispersion g\u00e9ographique du ph\u00e9nom\u00e8ne qui nous occupe, elle est telle qu&rsquo;il est quasiment impossible de tracer une carte exhaustive des lieux o\u00f9 la marche sur le feu a \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9e ou l&rsquo;est encore. A titre de rep\u00e8re, nous citerons les r\u00e9gions o\u00f9 l&rsquo;existence pass\u00e9e ou pr\u00e9sente de la pyrobatie ne fait aucun doute.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Asie, nous l&rsquo;avons dit, est un des hauts lieux de ce culte, et s&rsquo;il est difficile, pour des raisons politiques, d&rsquo;\u00e9valuer la persistance dudit culte en Mongolie, en Chine et au Thibet, nous savons qu&rsquo;il existe encore en Inde et au Japon. Il se maintient \u00e9galement en Indon\u00e9sie (Bali) et plus au Sud, dans les \u00eeles Fidji.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour l&rsquo;Afrique, le rite s&rsquo;observe \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat pur en Ethiopie, au Soudan et au Togo, ainsi qu&rsquo;en Afrique du Sud ; mais nul doute qu&rsquo;il ne fasse partie, m\u00eame sous une forme mixte et accessoire, de nombreux autres rituels sur ce continent. C&rsquo;est un peu le cas aussi en Am\u00e9rique du Nord o\u00f9 certaines tribus indiennes accomplissaient la danse sur le feu dans le cadre de c\u00e9r\u00e9monies \u00e0 signification plus g\u00e9n\u00e9rale, ou tout simplement sur les braises du foyer ordinaire allum\u00e9 pour les veill\u00e9es en commun. Malheureusement, on trouve peu de documents permettant de pr\u00e9ciser de quelles tribus il s&rsquo;agissait. En Am\u00e9rique du Sud, le culte pyrobate est signal\u00e9 au Mexique (Yucatan) et au Br\u00e9sil, associ\u00e9 au Vaudou local. L\u00e0 encore, des contributions plus pr\u00e9cises restent \u00e0 rassembler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En revanche, nous disposons d&rsquo;amples informations sur les variantes polyn\u00e9siennes de la marche sur le feu (passage sur des pierres chauff\u00e9es \u00e0 blanc) et un tr\u00e8s bel exemple de pyrobatie religieuse \u00e0 l&rsquo;\u00eele Maurice. Ce sont l\u00e0 les deux sources principales de t\u00e9moignages pour le Pacifique et l&rsquo;Oc\u00e9an Indien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, last but not least, notre Europe industrielle et scientiste abritait, il y a peu encore, de belles performances de marche sur le feu en Gr\u00e8ce et en Bulgarie (Thrace, Mac\u00e9doine). Et pour la plus grande gloire de notre mus\u00e9e culturel, un petit village espagnol maintient le flambeau (!) en traversant la braise ardente chaque ann\u00e9e \u00e0 la Saint-Jean. Nous lui consacrerons la place qu&rsquo;il m\u00e9rite dans la suite de cet article.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;est que temps maintenant de permettre une premi\u00e8re approche concr\u00e8te du ph\u00e9nom\u00e8ne lui-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous d\u00e9crirons pour ce faire, une des c\u00e9r\u00e9monies les plus repr\u00e9sentatives, celle qui a lieu chaque ann\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9tat de Maddhya Pradesh (Inde). Le rituel est c\u00e9l\u00e9br\u00e9 aux alentours du mois de mars, et dans l&rsquo;esprit des participants hindous, c&rsquo;est avant tout une c\u00e9r\u00e9monie d&rsquo;actions de gr\u00e2ce et de purification.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;on commence par creuser une sorte de tranch\u00e9e d&rsquo;une dizaine de m\u00e8tres de long sur un m\u00e8tre de large et un m\u00e8tre de profondeur. Cette fosse est ensuite combl\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aide de branches et de troncs d&rsquo;arbres. Apr\u00e8s quelques pri\u00e8res \u00e0 la divinit\u00e9, on enflamme le bois, qu&rsquo;on laissera br\u00fbler jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la fosse soit devenue un v\u00e9ritable chemin de braises ardentes d&rsquo;o\u00f9 s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent de courtes flamm\u00e8ches.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les cloches du temple se mettent alors \u00e0 sonner et la c\u00e9r\u00e9monie proprement dite commence. Sur une seule file, dans un silence total, les marcheurs descendent dans la fosse. Ils s&rsquo;avancent lentement sur les charbons incandescents. R\u00e8gle importante, il convient de ne jamais se retourner ni de jeter un seul coup d&rsquo;\u0153il vers la droite ou vers la gauche. Pendant tout le temps que dure le passage sur les braises, des assistants attisent le feu en l&rsquo;\u00e9ventant avec des faisceaux de branchages. Arriv\u00e9s \u00e0 l&rsquo;autre extr\u00e9mit\u00e9 de la fosse, les marcheurs s&rsquo;avancent vers l&rsquo;autel o\u00f9 chacun d\u00e9pose aux pieds de la divinit\u00e9 de l&rsquo;eau et des fleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chez les Kadar de Muringayali, le rituel prend une tournure plus religieuse encore. La marche sur le feu a lieu en l&rsquo;honneur de Kundathi-K\u00e2li pendant le Kumbalan (en f\u00e9vrier) ; les fid\u00e8les je\u00fbnent, prennent trois bains par jour et suspendent la plupart de leurs activit\u00e9s quotidiennes. Ils \u00e9vitent \u00e9galement de parler \u00e0 une femme. Si toutes ces pr\u00e9cautions sont rigoureusement observ\u00e9es, le fid\u00e8le pourra traverser sain et sauf une fosse de 25 m\u00e8tres de long, remplie de b\u00fbches incandescentes. La chaleur est cens\u00e9e \u00eatre miraculeusement absorb\u00e9e par deux b\u00e2tons en or plac\u00e9s dans le temple devant l&rsquo;effigie de K\u00e2li. Le fait de triompher de cette \u00e9preuve conf\u00e8re \u00e0 l&rsquo;adepte, dit-on, des pouvoirs occultes (domination des esprits du mal). Cette croyance est partag\u00e9e par de nombreuses communaut\u00e9s qui pratiquent la marche sur le feu dans d&rsquo;autres r\u00e9gions du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Int\u00e9ressant exemple de diffusion culturelle : aux \u00eeles Fidji, les pyrobates sont d&rsquo;ob\u00e9dience hindoue et affirment que la coutume elle-m\u00eame leur vient de Madras. La puissance du feu est, comme en Inde, personnifi\u00e9e sous la forme d&rsquo;une d\u00e9esse dont les noms peuvent varier mais que l&rsquo;on d\u00e9signe parfois comme la \u00ab Force \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici encore, la c\u00e9r\u00e9monie est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d&rsquo;une p\u00e9riode de purification. Pendant dix jours, les futurs protagonistes de la marche sur le feu s&rsquo;abstiennent de tabac et d&rsquo;alcool, ainsi que de rapports sexuels. Puis, dans le temple et sous l&rsquo;autorit\u00e9 d&rsquo;un pr\u00eatre, s&rsquo;accomplissent diverses danses et sacrifices d&rsquo;animaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En guise d&rsquo;\u00e9preuve pr\u00e9liminaire, le pr\u00eatre cingle d&rsquo;un fouet les corps nus et prostern\u00e9s des adeptes. Si le fouet ne laisse ni sang ni marque, on estime que le postulant est suffisamment investi par la \u00ab Force \u00bb pour affronter le feu. Ce n&rsquo;est pas tout. Le matin m\u00eame du grand jour, apr\u00e8s un bain de purification dans la rivi\u00e8re voisine, les adeptes se r\u00e9unissent en cercle. On leur enfonce divers objets m\u00e9talliques (pointes, fils, crochets, etc.) \u00e0 travers les joues, la peau du dos, des bras et de la poitrine. L&rsquo;absence de sang indique qu&rsquo;un sujet est d\u00e9finitivement pr\u00eat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les marcheurs se dirigent alors en procession vers le tapis de braises, que l&rsquo;on a soigneusement \u00e9galis\u00e9 au pr\u00e9alable (cette pr\u00e9caution est d&rsquo;ailleurs commune \u00e0 la plupart des rites de passage sur le feu dans le monde). Le pr\u00eatre s&rsquo;engage le premier, lentement, solennellement. Parmi les autres marcheurs, certains restent derri\u00e8re le pr\u00eatre et observent le m\u00eame pas que lui. D&rsquo;autres s&rsquo;arr\u00eatent et dansent sur les braises. Quelques-uns traversent &#8230; aussi vite qu&rsquo;ils peuvent !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les cas de br\u00fblure sont rares. Ils ne se produisent que si le marcheur a enfreint quelque interdit pendant la purification, ou s&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 \u00ab souill\u00e9 \u00bb par le contact, m\u00eame minime, d&rsquo;un des non-participants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 des pr\u00e9paratifs et la gravit\u00e9 du rituel n&#8217;emp\u00eache d&rsquo;ailleurs pas que les spectateurs et h\u00f4tes de passage y soient les bienvenus. On encourage m\u00eame les spectateurs curieux, surtout les m\u00e9decins, \u00e0 examiner les pieds et les v\u00eatements des marcheurs sur le feu avant et apr\u00e8s le passage sur les braises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, aucune trace de br\u00fblure ni m\u00eame de roussi, n&rsquo;est jamais constat\u00e9e. Cette immunit\u00e9 insolite a, bien entendu, suscit\u00e9 la perplexit\u00e9, sinon la m\u00e9fiance, de la plupart des commentateurs. Mais, pour nombreuses et diverses que puissent \u00eatre les tentatives d&rsquo;explication, elles rel\u00e8vent toutes, comme on va le voir, de suppositions plus ou moins fond\u00e9es. Non que nous voulions ici engager une plaidoirie en faveur de la pyrobatie. Il s&rsquo;agit seulement de pr\u00e9senter les hypoth\u00e8ses qui reviennent le plus souvent \u00e0 son sujet et de montrer qu&rsquo;aucune d&rsquo;elles ne suffit \u00e0 \u00e9clairer l&rsquo;ensemble des faits, m\u00eame si certaines d\u00e9ductions peuvent rendre compte de tel ou tel aspect partiel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a sugg\u00e9r\u00e9, par exemple, que l&rsquo;\u00e9paisse couche corn\u00e9e de la plante des pieds, chez des sujets qui marchent nu-pieds \u00e0 longueur d&rsquo;ann\u00e9e, les prot\u00e8ge des effets du feu. Et de fait, on comprendrait bien que cette protection naturelle \u00e9vite toute douleur au pyrobate (du moins s&rsquo;il ne s&rsquo;attarde pas sur le feu) mais la corne elle-m\u00eame n&rsquo;est pas incombustible et devrait pr\u00e9senter des traces de br\u00fblures, au moins superficielles. Tel n&rsquo;est pas le cas, et des observations m\u00e9dicales ont montr\u00e9 que la temp\u00e9rature de la plante du pied est absolument normale (37\u00b0) m\u00eame lorsqu&rsquo;on examine le marcheur imm\u00e9diatement, \u00e0 la sortie du brasier. Nous verrons \u00e9galement que des citadins europ\u00e9ens ou am\u00e9ricains (qui n&rsquo;ont, surtout les femmes, aucune raison d&rsquo;avoir la peau des pieds sp\u00e9cialement dure) ont pu, eux aussi et sans aucun dommage, fouler le tapis ardent. Les exceptions existent, bien entendu, mais les accidents graves sont presque toujours dus \u00e0 quelque manquement aux r\u00e8gles et prescriptions qu&rsquo;observent les indig\u00e8nes eux-m\u00eames.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus \u00ab ouverte \u00bb et extensive, nous para\u00eet l&rsquo;hypoth\u00e8se qui attribue l&rsquo;immunit\u00e9 des pyrobates \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de transe. Certaines donn\u00e9es confirment cette conception.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A Bali, notamment, les femmes qui dansent sur des charbons ardents se disent elles-m\u00eames \u00ab poss\u00e9d\u00e9es par un dieu \u00bb. De m\u00eame, dans quelques rites Vaudou (assez peu courants d&rsquo;ailleurs), seul peut affronter la braise celui qui est \u00ab chevauch\u00e9 \u00bb, poss\u00e9d\u00e9 par un \u00ab loa \u00bb. Si un spectateur, n&rsquo;\u00e9tant pas lui-m\u00eame en transe, s&rsquo;avise de toucher celui qui est en train de marcher sur le feu, cela peut \u00eatre dangereux pour tous les deux. De nombreux pyrobates d&rsquo;Europe d\u00e9crivent leur \u00e9tat pendant le \u00ab passage \u00bb, comme une \u00ab communion avec le saint \u00bb, une fusion de l&rsquo;\u00e2me avec celle du saint \u00bb, etc. L&rsquo;on a donc bien affaire, dans de nombreux cas, \u00e0 une transe extatique, de nature mystique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais nous voudrions nuancer la th\u00e8se en question, car si elle se rapproche, selon nous, de l&rsquo;essence du ph\u00e9nom\u00e8ne, elle est fort loin de la d\u00e9crypter dans toute son ampleur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;une part, le terme de \u00ab transe \u00bb ne saurait pr\u00e9tendre \u00e0 une valeur explicative, au sens o\u00f9 l&rsquo;entend la science. En parlant de transe ou de suggestion, on ne fait que renvoyer le probl\u00e8me \u00e0 un autre, plus ardu encore, qui est celui des facult\u00e9s supraphysiques de l&rsquo;homme dans des \u00e9tats inhabituels de conscience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ensuite, les marcheurs ne sont pas tous dans un \u00e9tat \u00ab second \u00bb, notamment les h\u00f4tes de passage que l&rsquo;on invite au dernier moment \u00e0 se joindre aux initi\u00e9s. D&rsquo;ailleurs, dans bien des pays, la marche sur le feu ne s&rsquo;accompagne d&rsquo;aucune mise en condition physique ou psychique, \u00e0 moins que l&rsquo;on ne veuille appeler ainsi l&rsquo;euphorie et l&rsquo;impatience que l&rsquo;on retrouve dans n&rsquo;importe lequel de nos villages \u00e0 l&rsquo;approche d&rsquo;une festivit\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici toutefois un exemple qui confirme bien la possibilit\u00e9 d&rsquo;une pyrobatie \u00ab prosa\u00efque \u00bb mais, d&rsquo;une mani\u00e8re inattendue, donne sa revanche \u00e0 la th\u00e8se \u00ab psycho-initiatique \u00bb que d\u00e9fendent certains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1930, dans l&rsquo;\u00e9tat de Baroda (Inde), la femme d&rsquo;un officier britannique assista et participa \u00e0 une s\u00e9ance fort int\u00e9ressante. L&rsquo;officiant principal \u00e9tait un Parsi et \u00e9tait donc&#8230; dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 de marcher sur le feu ! L&rsquo;on sait que, pour les membres de sa secte, le feu est consid\u00e9r\u00e9 comme tout \u00e0 fait sacr\u00e9. Mais notre Parsi affirmait \u00eatre capable de rendre le feu inoffensif &#8230; pour les autres ! Il aurait acquis cet \u00e9tonnant pouvoir en je\u00fbnant et priant pendant trois ans avant d&rsquo;\u00eatre instruit par \u00ab ceux qui savent vraiment marcher sur le feu \u00bb (et qu&rsquo;il ne voulut pas nommer).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, cette s\u00e9ance faisait partie d&rsquo;un divertissement offert \u00e0 ses h\u00f4tes par le Gaekwar (ou Gaeshwar). Ni rituel, ni purification, aucune mise en condition physique ou psychique ne pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent la performance que nous allons d\u00e9crire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous les volontaires march\u00e8rent sur la braise, pieds nus, v\u00eatus de longues robes flottantes, qui ne furent m\u00eame pas roussies par le feu. Pendant le passage, la chaleur \u00e9manant du foyer \u00e9tait telle que le Gaekwar et les autres spectateurs furent oblig\u00e9s de rester \u00e0 distance. Et pourtant la narratrice et la princesse indienne sortirent de la fournaise indemnes. La peau de leurs pieds \u00e9tait intacte. D\u00e9tail paradoxal (mais le \u00ab dossier Marche sur le Feu \u00bb abonde en bizarreries de ce genre), ce n&rsquo;est que quelques temps apr\u00e8s la s\u00e9ance qu&rsquo;elles \u00e9prouv\u00e8rent&#8230; d&rsquo;intenses br\u00fblures. Peur r\u00e9troactive ? Le Parsi, lui, commenta la chose avec une pointe d&rsquo;ironie en expliquant que les deux femmes n&rsquo;auraient pas d\u00fb tenter l&rsquo;\u00e9preuve sans avoir accompli le je\u00fbne et les pri\u00e8res n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 ce petit incident, l&rsquo;on voit que la transe n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire pour marcher sur le feu sans que l&rsquo;\u00e9piderme soit br\u00fbl\u00e9. Et en supposant qu&rsquo;un quelconque \u00ab \u00e9tat second \u00bb m\u00eame incomplet, ait pu \u00eatre impos\u00e9 aux participants (hypnose, drogue, etc.) on ne voit pas que le m\u00eame traitement ait pu \u00eatre inflig\u00e9 &#8230; \u00e0 ces longues robes flottantes (donc d&rsquo;un tissu tr\u00e8s fin) qui, s&rsquo;enflammant, auraient r\u00e9duit les protagonistes \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de torches vivantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">**<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour en revenir aux hypoth\u00e8ses les plus fr\u00e9quemment \u00e9mises sur la pyrobatie, il en est une qui ne peut gu\u00e8re \u00eatre absolument rejet\u00e9e, et qui a m\u00eame le bon sens de son c\u00f4t\u00e9, mais qui s&rsquo;av\u00e8re extr\u00eamement partielle. Les pyrobates, explique-t-on, enduisent pr\u00e9alablement la plante de leurs pieds de diverses substances protectrices (alun, d\u00e9coctions v\u00e9g\u00e9tales, p\u00e2tes min\u00e9rales, etc.). Sans doute, une technique de ce type assure-t-elle une protection suffisante pour la br\u00e8ve travers\u00e9e d&rsquo;un lit de braises. Mais \u00e0 lui seul, l&rsquo;exemple que nous donnions plus haut relativise cette hypoth\u00e8se au moins sur deux points. D&rsquo;abord, celle-ci n&rsquo;explique pas l&rsquo;incombustibilit\u00e9 des v\u00eatements (ou des chaussures) telle qu&rsquo;elle fut constat\u00e9e \u00e0 diverses occasions. Ensuite, on ne saisit pas bien pourquoi, une \u00e9ventuelle substance protectrice ayant jou\u00e9 son r\u00f4le (puisque la peau \u00e9tait intacte au sortir du brasier), les deux pyrobates improvis\u00e9es dont nous venons de parler, auraient \u00e9prouv\u00e9 de violentes douleurs&#8230; un bon moment apr\u00e8s leur passage sur la braise. En dernier lieu, on ne peut croire que, parmi les dizaines de personnes de bonne foi qui ont elles-m\u00eames accompli la travers\u00e9e du feu, il ne s&rsquo;en soit pas trouv\u00e9 une seule pour d\u00e9noncer le subterfuge dont les pyrobates indig\u00e8nes leur auraient fait partager le secret.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne croyons donc pas que l&rsquo;explication en question puisse rendre compte de tous les cas de marche sur le feu. Non seulement parce que, bien souvent, les passages successifs des m\u00eames protagonistes sont suffisamment nombreux et rapproch\u00e9s pour r\u00e9duire \u00e0 n\u00e9ant l&rsquo;effet protecteur d&rsquo;une substance quelconque ; mais aussi parce qu&rsquo;on conna\u00eet d&rsquo;autres formes d&rsquo;incombustibilit\u00e9 (cheveux, v\u00eatements, peau du cr\u00e2ne, bouche, etc.) qui rendent singuli\u00e8rement improbable l&rsquo;universalit\u00e9 de l&rsquo;argument que nous venons d&rsquo;examiner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et sans vouloir d\u00e9cider des conclusions futures que susciteraient de nouvelles recherches dans ce domaine, je soumets au lecteur, \u00e0 titre d&rsquo;\u00e9nigme, le t\u00e9moignage suivant qui nous introduit au culte polyn\u00e9sien de l&rsquo;UMU-TI, sur lequel nous reviendrons plus longuement par la suite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Au troisi\u00e8me passage, Terii l\u00e8ve son faisceau de feuillages et crie \u00ab ATIRA, Assez \u00bb ! Soudain, il se d\u00e9tourne vivement et se met \u00e0 ramper \u00e0 plat ventre sur la fournaise de pierres br\u00fblantes pendant une quinzaine de m\u00e8tres. Parvenu \u00e0 l&rsquo;autre extr\u00e9mit\u00e9 du brasier, il se redresse, ricane et fait signe aux touristes de venir v\u00e9rifier la r\u00e9alit\u00e9 de son pouvoir. L&rsquo;un d&rsquo;eux place ses mains sur les plantes de pieds de Terii. D\u00e9concert\u00e9, il se tourne vers les autres curieux et s&rsquo;\u00e9crie : \u00ab C&rsquo;est incroyable ! Elles ne sont m\u00eame pas chaudes ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais revenons en Asie et voyons si les impavides bouddhistes japonais ne nous r\u00e9servent pas des surprises du m\u00eame genre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A Yamahura (District de Saitama) \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque du solstice d&rsquo;hiver, les yamabushi (ou exorcistes bouddhistes) accomplissent une c\u00e9r\u00e9monie de marche sur le feu. Apr\u00e8s plusieurs semaines de purification, ils traversent un tapis de charbons ardents, assist\u00e9s par les habitants des villes et des villages voisins. L\u00e0 encore, le rite a pour but de d\u00e9livrer l&rsquo;homme des influences mal\u00e9fiques. M\u00eame coutume dans le district de Miye, vers la mi-avril. Les Yamabushi empilent du bois dans le jardin du temple et entourent ce b\u00fbcher d&rsquo;un cordon sacr\u00e9 avant de l&rsquo;enflammer. Une fois que le bois est r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de braises, on l&rsquo;\u00e9galise soigneusement et, petite note bouddhiste, on jette du sel dans le feu pour le purifier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans d&rsquo;autres r\u00e9gions du Japon, les pyrobates, avant d&rsquo;affronter la braise appuient fortement leurs pieds sur un tumulus de sel dispos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du tapis ardent. Ce d\u00e9tail a servi de base \u00e0 une explication chimique de l&rsquo;insensibilit\u00e9 au feu. Le lecteur en trouvera l&rsquo;expos\u00e9 dans le t\u00e9moignage que nous reproduisons plus loin. Mais, l\u00e0 encore, l&rsquo;arbre risque de cacher la for\u00eat, car l&rsquo;usage du sel avant le passage sur le feu est totalement inconnu de la plupart des pyrobates du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Yamabushi op\u00e8rent \u00e9galement \u00e0 Fukuro-Machi (district de Shizuoka), toujours de la mani\u00e8re que nous venons d&rsquo;\u00e9voquer. Le rite est ici pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d&rsquo;une procession o\u00f9 les fid\u00e8les portent une ch\u00e2sse sacr\u00e9e. On traverse ensuite les charbons ardents sur environ six m\u00e8tres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il existe aussi une f\u00eate japonaise qui, sans comporter de marche sur le feu proprement dite, n&rsquo;en est pas moins saisissante du point de vue de l&rsquo;incombustibilit\u00e9. Elle se d\u00e9roule \u00e0 Oshizu-Machi (district d&rsquo;Osaka), dans le temple d&rsquo;Ebisu, consid\u00e9r\u00e9 comme le saint patron des p\u00eacheurs. A la mi-d\u00e9cembre, la nuit, autour d&rsquo;un feu de 108 fagots, les jeunes p\u00eacheurs dansent nus et se bousculent ludiquement. L&rsquo;un d&rsquo;eux choisi par tirage au sort, est port\u00e9 sur les \u00e9paules de ses camarades et&#8230; jet\u00e9 dans le feu, dont il s&rsquo;\u00e9chappe comme il peut !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici maintenant l\u2019int\u00e9ressante contribution d&rsquo;un t\u00e9moin fran\u00e7ais qui, vers 1900, eut l&rsquo;occasion de participer \u00e0 une marche sur le feu au Japon. Ses propos furent publi\u00e9s dans la presse fran\u00e7aise en 1939. Nous les reprenons dans leur entier, car l&rsquo;observation y est pr\u00e9cise et honn\u00eate. Mais, nous l&rsquo;avons dit, \u00e0 supposer que l&rsquo;explication qui nous est donn\u00e9e \u00e0 la fin soit recevable pour les sp\u00e9cialistes, elle ne suffit aucunement \u00e0 rendre compte de la plupart des autres cas d&rsquo;insensibilit\u00e9 au feu d\u00e9j\u00e0 expos\u00e9s ou restant \u00e0 d\u00e9crire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>En 1901, j&rsquo;\u00e9tais au Japon, \u00e0 Tokyo ; \u00e0 l&rsquo;ambassade o\u00f9 j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s aimablement re\u00e7u par notre ambassadeur, M. Dubail, on me conseilla de voir une f\u00eate au cours de laquelle se pratiquait la marche sur le feu.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab La c\u00e9r\u00e9monie se d\u00e9roulait dans la cour d&rsquo;un temple autour de laquelle avaient \u00e9t\u00e9 dress\u00e9s des gradins bond\u00e9s de spectateurs. Au centre de la cour, des coolies s&rsquo;affairaient autour d&rsquo;un b\u00fbcher rectangulaire d&rsquo;environ 5 m\u00e8tres de long sur 2 de large et d&rsquo;une hauteur d&rsquo;\u00e0 peu pr\u00e8s 1 m\u00e8tre. Au son de nombreux coups de gong, \u00e0 la porte du temple parurent les bonzes v\u00eatus de leurs ornements rituels, de couleurs voyantes ; entourant le b\u00fbcher, ils y mirent le feu en l&rsquo;allumant tout autour.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Il y eut aussit\u00f4t un \u00e9norme brasier d&rsquo;une chaleur suffocante et les coolies arm\u00e9s de longues et fortes perches se mirent \u00e0 battre les fagots pour tasser la braise. En peu de temps, le brasier \u00e9tait r\u00e9duit \u00e0 un pied de hauteur \u00e0 peine, puis les coolies avec de larges \u00e9ventails activ\u00e8rent la combustion jusqu&rsquo;\u00e0 ce que les charbons fussent \u00e0 blanc.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Ce brasier, martel\u00e9 et \u00e9galis\u00e9, devint un vrai tapis de feu constamment tenu \u00e0 blanc par les \u00e9ventails. Aucune flamme ne subsistait, toute la surface \u00e9tant semblable \u00e0 une plaque de fer rougi. Cependant, les bonzes firent verser \u00e0 chaque extr\u00e9mit\u00e9 du rectangle, et le touchant, le contenu de plusieurs sacs de gros sel marin. Tout \u00e9tait pr\u00eat pour la c\u00e9r\u00e9monie.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Alors les bonzes s&rsquo;avanc\u00e8rent et r\u00e9cit\u00e8rent des pri\u00e8res et invocations, puis, enlevant chaussures et chaussettes et relevant leurs robes, pieds nus, ils entr\u00e8rent dans le brasier. Mais, avant de mettre le pied sur des charbons, ils marchaient forc\u00e9ment sur le sel, puis faisaient quelques pas et ressortaient, non sans b\u00e9nir le b\u00fbcher et l&rsquo;assistance.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Le public fut alors invit\u00e9 \u00e0 traverser le brasier. Il fut recommand\u00e9 de se pr\u00e9senter pieds nus, en ayant soin de ne pas laisser tra\u00eener son v\u00eatement sur le feu, et chaque fid\u00e8le dut obligatoirement tenir en main une amulette qui \u00e9tait une sentence \u00e9crite sur un papier pli\u00e9 en quatre.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab J&rsquo;ai vu passer ainsi sur le feu, pieds nus, plusieurs centaines de personnes, hommes, femmes et enfants. Il y avait cinq pas \u00e0 faire, mais les enfants de trois, quatre ou cinq ans en faisaient bien huit ou dix ; or, personne n&rsquo;\u00e9prouva la moindre br\u00fblure ; j&rsquo;ai examin\u00e9 des pieds d&rsquo;enfants : ils \u00e9taient seulement chauds. Mais une femme ayant laiss\u00e9 un peu de sa robe, celle-ci prit feu instantan\u00e9ment.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Je n&rsquo;ai alors pas h\u00e9sit\u00e9 et, quittant souliers et chaussettes, mon pantalon bien relev\u00e9, j&rsquo;ai suivi la foule ; un bonze m&rsquo;a remis un papier, puis apr\u00e8s avoir bien frott\u00e9 mes pieds dans le sel, j&rsquo;ai bravement pos\u00e9 un pied nu sur le feu. J&rsquo;avais la figure r\u00f4tie par la chaleur du brasier, les mains aussi, mais \u00e0 la plante des pieds je n&rsquo;\u00e9prouvais rien de plus que la sensation de marcher dans le sable d&rsquo;une plage chauff\u00e9e par le soleil.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab J&rsquo;ai ainsi fait, rapidement je l&rsquo;avoue, cinq pas. Puis j&rsquo;ai recommenc\u00e9 pour bien analyser mes sensations et, cette fois-l\u00e0, j&rsquo;ai march\u00e9 pos\u00e9ment, et toujours sans plus de dommage que la premi\u00e8re fois. Aucune br\u00fblure, mais les pieds noirs comme si j&rsquo;avais pi\u00e9tin\u00e9 du charbon.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Il ne me serait rest\u00e9 aucune trace de cette \u00e9tonnante promenade si je n&rsquo;avais eu \u00e0 un pied une petite coupure dans laquelle s&rsquo;\u00e9tait incrust\u00e9 un peu de sel qui m&rsquo;a cuit toute la soir\u00e9e.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Je d\u00eenais ce soir-l\u00e0 avec quelques compatriotes, dont le m\u00e9decin de l&rsquo;ambassade. Il m&rsquo;a expliqu\u00e9 que tout le myst\u00e8re, comme je m&rsquo;en \u00e9tais dout\u00e9, r\u00e9sidait dans le sel ; \u00e0 la condition qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas la moindre flamme, la plante du pied pos\u00e9 sur ce sel en retenait assez pour d\u00e9gager sur les charbons une couche de vapeur d&rsquo;eau, qui, pendant un temps tr\u00e8s court, isolait la peau du brasier<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vers la m\u00eame \u00e9poque, le repr\u00e9sentant des Etats-Unis au Japon, sa femme et deux officiers de marine, firent une exp\u00e9rience semblable avec des pr\u00eatres shinto\u00efstes. Nous n&rsquo;avons pu savoir si le sel avait, l\u00e0 aussi, \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour des raisons \u00e9videntes, il est difficile de se renseigner aujourd&rsquo;hui sur le feu dans un pays qui en est pourtant, selon beaucoup d&rsquo;auteurs, le lieu d&rsquo;origine, c&rsquo;est-\u00e0-dire la Chine. Le t\u00e9moignage qui suit fut recueilli par l&rsquo;une des nombreuses missions qui exer\u00e7aient leur minist\u00e8re en Chine avant l&rsquo;av\u00e8nement du r\u00e9gime communiste. Il s&rsquo;agit, nous dit l&rsquo;auteur, d&rsquo;un pr\u00eatre de la secte de Taou.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;homme r\u00e9cite, sur un rythme pr\u00e9cipit\u00e9, diverses incantations et formules magiques. La chaleur du brasier proche et celle du soleil aidant, il se trouve bient\u00f4t plong\u00e9 dans un \u00e9tat d&rsquo;exaltation qu&rsquo;il emphatise encore par une s\u00e9rie de gestes symboliques. Agitant une clochette, sonnant du cor, il fait plusieurs fois le tour du foyer en brandissant une \u00e9p\u00e9e. Puis il jette du sel et du riz cru dans le feu (pour obtenir la protection des dieux) ; alors, frappant la braise de son \u00e9p\u00e9e, les yeux lev\u00e9s vers le ciel, il s&rsquo;\u00e9lance sur le tapis ardent qu&rsquo;il franchira \u00e0 trois reprises avant de dispara\u00eetre dans la foule.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et sur cette br\u00e8ve incursion en Chine, que nous tenterons de compl\u00e9ter si d&rsquo;autres contributions nous parviennent, quittons l&rsquo;Asie pour les \u00eeles polyn\u00e9siennes, o\u00f9 la marche sur les pierres br\u00fblantes est le moment culminant d&rsquo;une c\u00e9r\u00e9monie appel\u00e9e \u00ab Umu-Ti \u00bb. En voici, d&rsquo;entr\u00e9e de jeu, la relation abr\u00e9g\u00e9e, d&rsquo;apr\u00e8s un t\u00e9moin fran\u00e7ais qui eut l&rsquo;avantage d&rsquo;organiser lui-m\u00eame une s\u00e9ance de pyrobatie (contre une vingtaine de dollars vers\u00e9s au sorcier de la vall\u00e9e de Vaiaau, dans l&rsquo;\u00eele de Raiateia).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les dimensions de la fosse sont plus que respectables. Quinze \u00e0 vingt m\u00e8tres de long sur dix m\u00e8tres de large et un m\u00e8tre au moins de profondeur. Le fond de la fosse est tapiss\u00e9 de troncs d&rsquo;arbres secs que l&rsquo;on recouvre de petites branches vertes, puis de plus grosses, pour terminer par d&rsquo;\u00e9normes troncs entiers. Le tout constitue un b\u00fbcher de trois m\u00e8tres de haut, sur lequel on hisse d&rsquo;\u00e9normes pierres (que huit hommes portent avec difficult\u00e9) ; on comble les interstices \u00e0 l&rsquo;aide de cailloux plus petits. La veille de la c\u00e9r\u00e9monie, le b\u00fbcher est allum\u00e9 : il br\u00fblera quinze ou vingt heures (jusqu&rsquo;\u00e0 cinquante heures dans certains cas). Le jour de l&rsquo;Umu-Ti, les indig\u00e8nes, arm\u00e9s de longues perches, \u00e9galisent la fournaise et en enl\u00e8vent tous les morceaux de bois mal consum\u00e9s. Les pierres br\u00fblantes sont maintenant au niveau du sol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s de longues et fort belles incantations, le sorcier distribue aux aides des faisceaux de feuillage (le fameux Ti qui donne son nom \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie). Les marcheurs frappent les pierres avec leurs feuilles de Ti et s&rsquo;avancent sur les pierres incandescentes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous les spectateurs qui veulent, m\u00eame \u00e0 l&rsquo;improviste, participer \u00e0 la marche, sont admis \u00e0 suivre le sorcier. Ce dernier ne se retourne que lorsque tous ont travers\u00e9 la fournaise. Voici l&rsquo;impression subjective qu&rsquo;en retire notre t\u00e9moin, qui a lui-m\u00eame accompli le rite de l&rsquo;Umu-Ti.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Nous avons travers\u00e9 le four \u00e0 plusieurs reprises sans \u00eatre autrement incommod\u00e9s que par une tr\u00e8s forte chaleur qui monte \u00e0 la t\u00eate. Les indig\u00e8nes sont pieds nus. Comme plusieurs spectateurs, j&rsquo;ai v\u00e9rifi\u00e9 la semelle de mes chaussures de cuir, aucune trace de br\u00fblure. J&rsquo;ai palp\u00e9 et examin\u00e9 les pieds des indig\u00e8nes sans trouver la moindre br\u00fblure. Nous interrogeons ; aucune explication plausible n&rsquo;a pu \u00eatre donn\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent<\/em>&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre perplexit\u00e9 ne fera que cro\u00eetre si nous tenons compte d&rsquo;un curieux incident qui vient subvertir toutes les donn\u00e9es thermiques du probl\u00e8me. Au bout d&rsquo;un moment, en effet, le sorcier annonce que la travers\u00e9e du four est termin\u00e9e : elle devient dangereuse, explique-t-il car la chaleur des pierres n&rsquo;est plus assez forte ! Un marin am\u00e9ricain, qui ne croit pas aux avertissements du sorcier, pose son pied sur une pierre du foyer. Toujours, selon notre t\u00e9moin, \u00ab &#8230; <em>on entend la chair qui gr\u00e9sille, il hurle, on l&#8217;emm\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;infirmerie<\/em> &#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien que l&rsquo;Umu-Ti se fasse rare en Polyn\u00e9sie, nous pouvons en pr\u00e9ciser bien des aspects gr\u00e2ce aux comptes rendus de la Soci\u00e9t\u00e9 Polyn\u00e9sienne et \u00e0 divers t\u00e9moignages priv\u00e9s. Un reportage publi\u00e9 en France vers 1914 nous apprend ainsi que le nombre de travers\u00e9es peut aller jusqu&rsquo;\u00e0 douze ; il y est confirm\u00e9 d&rsquo;autre part qu&rsquo;au moment o\u00f9 les pierres perdent de leur chaleur, le passage du feu devient tr\u00e8s dangereux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Teuira Henry, qui, en tant que Polyn\u00e9sienne, a \u00e9tudi\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne \u00ab de l&rsquo;int\u00e9rieur \u00bb, insiste sur les propri\u00e9t\u00e9s magiques et protectrices que les indig\u00e8nes attribuent aux faisceaux de feuilles de Ti (Dracaena Terminalis). Et si beaucoup d&rsquo;auteurs ont not\u00e9 que les poils des jambes et les v\u00eatements des participants n&rsquo;\u00e9taient m\u00eame pas roussis, Miss Henry, elle, s&rsquo;est avis\u00e9e de l&rsquo;absence d&rsquo;odeur pyrique chez ceux qui viennent pourtant de traverser une fournaise port\u00e9e \u00e0 plusieurs centaines de degr\u00e9s. Elle mentionne \u00e9galement qu&rsquo;un lieutenant de vaisseau fran\u00e7ais (qui n&rsquo;est pas celui dont nous parlons plus loin) et plusieurs officiers ont pris part \u00e0 la marche sur le feu, toujours \u00e0 Raiateia.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La presse am\u00e9ricaine donna une certaine publicit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Umu-Ti lorsque l&rsquo;on apprit l&rsquo;exp\u00e9rience faite au Japon par le Repr\u00e9sentant am\u00e9ricain, Alfred Buck, d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9. Le Consul de Turquie aux \u00c9tats-Unis, Ely Hall, fit alors parvenir aux journaux les d\u00e9tails de sa propre aventure dans l&rsquo;\u00eele de Taha, proche de Raiateia.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le consul \u00e9tait accompagn\u00e9 du Commandant Germinot, officier \u00e0 bord du b\u00e2timent \u00ab Le Protet \u00bb. Son r\u00e9cit, \u00e9tay\u00e9 de photographies, corrobore ceux que nous avons d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9s. Quant \u00e0 ses impressions personnelles, elles valent d&rsquo;\u00eatre cit\u00e9es, car elles confirment le curieux contraste entre l&rsquo;insensibilit\u00e9 des pieds au contact du mat\u00e9riau incandescent et l&rsquo;agression thermique \u00e9prouv\u00e9e par le reste du corps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Nous avons enlev\u00e9 nos chaussures, retrouss\u00e9 nos bas de pantalon et pris place parmi les initi\u00e9s qui chantaient et entraient dans la fournaise en frappant les pierres avec des feuilles de Ti. Mais, peu apr\u00e8s, je regrettai de m&rsquo;\u00eatre montr\u00e9 aussi hardi. Par le pass\u00e9, jamais je n&rsquo;avais affront\u00e9 une chaleur comparable \u00e0 celle-l\u00e0. Ma moustache et mes cheveux se mirent \u00e0 friser tellement que je ne pus les lisser \u00e0 nouveau pendant plusieurs jours. Mes mains cuisaient litt\u00e9ralement. Dans mes oreilles, on aurait dit que le feu s&rsquo;insinuait jusque dans les tympans. Sur ma peau, les gouttes de transpiration semblaient port\u00e9es \u00e0 \u00e9bullition&#8230; Pendant tout ce temps, mes pieds restaient frais et je sortis de l&rsquo;\u00e9preuve sain et sauf. Je suis, encore aujourd&rsquo;hui, incapable d&rsquo;expliquer tout cela. Et les scientifiques de haut rang qui \u00e9taient l\u00e0 pendant la c\u00e9r\u00e9monie ne purent que se perdre en conjectures, tout comme les officiers du navire fran\u00e7ais<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Consul ajoute que l&rsquo;imp\u00e9ratif de ne pas se retourner ou regarder de c\u00f4t\u00e9 pendant la travers\u00e9e lui a paru essentiel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il existe au moins deux autres t\u00e9moignages importants sur l&rsquo;Umu-Ti polyn\u00e9sien. Nous n&rsquo;examinerons pour l&rsquo;instant que l&rsquo;un d&rsquo;eux, r\u00e9servant le second pour une partie plus critique de notre propos. Dans le r\u00e9cit que nous retiendrons ici, le colonel Gudgeon, outre ce qu&rsquo;il d\u00e9crit des pr\u00e9paratifs et performances que nous connaissons d\u00e9j\u00e0, apporte quelques d\u00e9tails qui semblent opacifier encore l&rsquo;\u00e9nigme de l&rsquo;Umu-Ti.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est tout \u00e0 fait \u00e0 l&rsquo;improviste que le colonel et ses amis furent invit\u00e9s \u00e0 suivre, dans la fournaise, la file des initi\u00e9s. <em>\u00ab Le \u00ab tohunga \u00bb (pr\u00eatre) dit \u00e0 M. Goodwin : \u00ab J&rsquo;\u00e9tends mon mana (pouvoir) sur vous ; faites traverser vos amis \u00bb. Il y avait quatre Europ\u00e9ens le Dr W. Craig, le Dr G. Craig, M. Goodwin et moi \u2014 et ma foi, nous nous sommes engag\u00e9s hardiment. J&rsquo;ai travers\u00e9 sain et sauf, et un seul des participants fut br\u00fbl\u00e9 gravement ; et cela parce qu&rsquo;en d\u00e9pit des instructions, il avait regard\u00e9 derri\u00e8re lui \u2014 ce qui est strictement contraire aux r\u00e8gles<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La seule explication \u00e0 laquelle nous avions pens\u00e9, pour cette r\u00e8gle si r\u00e9pandue chez les pyrobates, impliquait dans le fait de se retourner, un d\u00e9s\u00e9quilibre postural du marcheur, dont le pied alors enfoncerait dans la braise au lieu d&rsquo;y adh\u00e9rer selon une r\u00e9partition uniforme. Mais, d\u00e8s lors qu&rsquo;il s&rsquo;agit de pierres plates, et non d&rsquo;un tapis mall\u00e9able, cette hypoth\u00e8se s&rsquo;effondre d&rsquo;elle-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Subjectivement, les sensations \u00e9prouv\u00e9es par le colonel rejoignent celles que d\u00e9crivait le Consul turc. Chaleur intense au niveau du corps et surtout de la t\u00eate, mais rien aux pieds, si ce n&rsquo;est une suite de l\u00e9gers chocs \u00ab \u00e9lectriques \u00bb qui persist\u00e8rent pendant environ sept heures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certains commentateurs ont, pour des motifs que nous \u00e9noncerons par la suite, contest\u00e9 que les pierres de surface de la fournaise atteignent des temp\u00e9ratures vraiment \u00e9lev\u00e9es. Le colonel Gudgeon nous livre un incident qui semble leur donner tort. Une demi-heure apr\u00e8s la travers\u00e9e, un indig\u00e8ne fait remarquer au pr\u00eatre que les pierres risquent de n&rsquo;\u00eatre plus assez chaudes pour faire cuire le Ti (dont Miss Henry nous indique par ailleurs qu&rsquo;il ne cuit pas facilement). Pour toute r\u00e9ponse, le pr\u00eatre jette sur les pierres br\u00fblantes le faisceau de Ti vert qu&rsquo;il tient \u00e0 la main : en quelques secondes, le branchage s&rsquo;enflamme. Le colonel Gudgeon se demande comment des temp\u00e9ratures assez fortes pour embraser instantan\u00e9ment un feuillage vert, n&rsquo;ont pas eu, une demi-heure auparavant, le moindre effet nocif sur la \u00ab tendre peau \u00bb (sic) de sa vo\u00fbte plantaire. Ni sur celle, pourrions-nous ajouter, des quelques deux cents marcheurs ayant travers\u00e9 le chemin ardent ce jour-l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A noter que le guide n&rsquo;\u00e9tait pas, cette fois-l\u00e0, un vieux pr\u00eatre exp\u00e9riment\u00e9 mais un jeune homme issu d&rsquo;une famille chez laquelle le don pyrobate serait h\u00e9r\u00e9ditaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes maintenant familiaris\u00e9s avec l&rsquo;id\u00e9e que des Occidentaux sans pr\u00e9jug\u00e9s religieux ni conceptions magiques peuvent, tout comme les initi\u00e9s indig\u00e8nes, marcher sur des braises ou des pierres chauff\u00e9es \u00e0 blanc sans subir la moindre br\u00fblure, \u00e0 condition qu&rsquo;ils respectent certaines r\u00e8gles \u00e9l\u00e9mentaires. Nous serons donc moins surpris de d\u00e9couvrir maintenant la marche sur le feu jusque dans des contr\u00e9es proches des grandes capitales europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi de la Bulgarie, o\u00f9 la marche sur le feu \u00e9tait largement r\u00e9pandue jusqu&rsquo;au d\u00e9but de ce si\u00e8cle. Apr\u00e8s la guerre balkanique de 1912, elle n&rsquo;a subsist\u00e9 que dans quelques villages et on peut la consid\u00e9rer comme aujourd&rsquo;hui disparue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Traditionnellement, la f\u00eate avait lieu le jour de la Saint Constantin et de la Sainte H\u00e9l\u00e8ne (22 et 23 mai dans le calendrier julien, 2 et 3 juin selon notre calendrier), ainsi que le jour de Sainte Marina (17 juillet), de la Sainte Trinit\u00e9 (50 jours apr\u00e8s P\u00e2ques), le jour d&rsquo;Enudven (24 juin), etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un journaliste fran\u00e7ais a pu observer la marche sur le feu au village de Beulgari, vers les ann\u00e9es trente. Gr\u00e2ce \u00e0 cette contribution, on peut se faire une assez bonne id\u00e9e du culte bulgare dans sa sp\u00e9cificit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00ab nestinari \u00bb (ainsi se nomment les pyrobates bulgares) se rassemblent autour d&rsquo;un grand feu allum\u00e9 sur la place du village. Quelques-uns des fid\u00e8les portent les saintes icones d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne et Constantin. Lorsque le b\u00fbcher est consum\u00e9, on \u00e9tale la braise et une petite procession s&rsquo;avance parmi le cercle des villageois, au son du tambour et de la cornemuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une vieille femme, v\u00eatue de noir, la t\u00eate couverte d&rsquo;un voile noir, les pieds nus, se signe devant les ic\u00f4nes et les embrasse. Elle en saisit une, avec laquelle elle fait le tour du feu au son de la musique. Au troisi\u00e8me tour, elle p\u00e9n\u00e8tre \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du foyer, pi\u00e9tine la braise et la mart\u00e8le de ses pieds nus, en serrant extatiquement l&rsquo;ic\u00f4ne contre sa poitrine. Quittant le tas de braises, elle y retourne, en ressort \u00e0 nouveau et y revient encore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A son tour, un homme se pr\u00e9cipite vers le foyer et, par deux fois, longuement, remue la braise de ses pieds nus (si ce d\u00e9tail n&rsquo;est pas d\u00fb \u00e0 une erreur d&rsquo;observation, il est clair qu&rsquo;ici, ce n&rsquo;est pas la fa\u00e7on de poser les pieds sur les tisons qui prot\u00e8ge le pyrobate des brulures). Autrefois, tous les villageois ou presque dansaient ainsi sur le feu, mais d&rsquo;apr\u00e8s la vieille \u00ab baba \u00bb Nouna, la coutume se perd et les \u00ab nestinari \u00bb ne sont plus que quelques-uns \u00e0 accomplir le rite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie, les \u00ab nestinari \u00bb se retirent dans une \u00e9glise. Pendant qu&rsquo;il s&rsquo;entretient avec eux, le journaliste regarde \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e les pieds de la vieille femme, \u00ab <em>des pieds petits, fins, \u00e0 la peau douce, des pieds qui ne semblent pas habitu\u00e9s \u00e0 marcher nus &#8230; Nulle br\u00fblure n&rsquo;y appara\u00eet <\/em>\u00bb. Il interroge Baba Nouna sur la curieuse immunit\u00e9 des \u00ab nestinari \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Est-il vrai qu&rsquo;ils ne ressentent rien en dansant sur la braise ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 \u00ab <em>Naturellement, nous ne sentons rien. Saint Constantin et Sainte H\u00e9l\u00e8ne ne vont pas nous laisser br\u00fbler ! Ils marchent devant nous et jettent de l&rsquo;eau sur la braise, et nous ne sentons rien<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour subjective qu&rsquo;elle soit, r\u00e9sumons l&rsquo;opinion du journaliste auquel nous devons ces \u00e9l\u00e9ments : ce qui est certain, pour lui, c&rsquo;est que les \u00ab nestinari \u00bb sont sinc\u00e8res et que nul truquage n&rsquo;entre dans leur jeu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On assistait \u00e0 un culte semblable au village de Kosti, \u00e0 ceci pr\u00e8s que les danseuses, ici, accompagnent leurs passages sur le feu de cris r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, \u00ab vakh, vakh, vakh ! \u00bb \u2014 ce qui semble prouver que le silence total observ\u00e9 chez presque tous les pyrobates, n&rsquo;est pas non plus une condition essentielle de l&rsquo;immunit\u00e9 au feu. Toujours \u00e0 Kosti, la pratique pyrobate se transmet de m\u00e8re en fille et le passage sur la braise est souvent li\u00e9 au v\u0153u d&rsquo;expier d&rsquo;anciens p\u00e9ch\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s bien des recherches sur l&rsquo;origine de la pyrobatie bulgare, le folkloriste et acad\u00e9micien bulgare Milahail Arnaoudov \u00e9met l&rsquo;hypoth\u00e8se que les Protobulgares en ont emprunt\u00e9 le culte aux peuples de Chine Occidentale. L&rsquo;\u00c9tat primitif des Protobulgares \u00e9tait en effet limitrophe de la Chine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout comme son voisin slave, la Gr\u00e8ce nous offre un riche floril\u00e8ge pyrobate et de tr\u00e8s \u00e9rudits documents ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9s \u00e0 ce sujet par les universitaires de ce pays. Les divers cultes, ou \u00ab Anastenaria \u00bb, abondaient surtout au Nord-Est de la Thrace. De m\u00eame qu&rsquo;en Bulgarie, ils \u00e9taient plac\u00e9s sous la protection des Saints H\u00e9l\u00e8ne et Constantin, bien que poussant des racines plus anciennes dans la tradition baccho-dionysiaque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tr\u00e8s proches des \u00ab nestinari \u00bb sont donc ces pyrobates nomm\u00e9s \u00ab anastenarides \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab soupirants \u00bb. Ils doivent cette appellation au fait que, dans la journ\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dant la marche sur le feu, ils ex\u00e9cutent des danses collectives pendant lesquelles ils ne cessent de souffler et de siffler. Ces modes respiratoires ont sans doute une grande importance physiologique pour favoriser l&rsquo;immunit\u00e9 thermique. Les yogis indiens, on le sait, obtiennent des \u00e9tats avanc\u00e9s d&rsquo;insensibilit\u00e9 \u00e0 la douleur par des proc\u00e9d\u00e9s respiratoires soigneusement codifi\u00e9s (pr\u00e2nayama). Il est douteux que les \u00ab anastenarides \u00bb disposent de techniques aussi pr\u00e9cises, mais les modifications sensorielles li\u00e9es aux variations du souffle n&rsquo;en sont pas moins d\u00e9cisives ici. Parmi les nombreux chercheurs ayant \u00e9tudi\u00e9 les Anastenaria, il convient de mentionner le Professeur Tanagras, m\u00e9decin et Pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 de Recherches Psychiques. Le Professeur Tanagras avait la formation requise pour aborder les nombreux aspects psychophysiques du ph\u00e9nom\u00e8ne et rapprocher les Anastenaria des innombrables pratiques semblables chez d&rsquo;autres peuples du monde. Sa plus grande r\u00e9ussite fut d&rsquo;obtenir qu&rsquo;\u00e0 Mavrolephki, pr\u00e8s de Drama, trois danseuses \u00ab Anastenaria \u00bb ex\u00e9cutent leur danse sous son contr\u00f4le le jour de la Saint-Jean. Elles pass\u00e8rent trois fois de suite \u2014 deux d&rsquo;entre elles pieds nus, la troisi\u00e8me ayant gard\u00e9 ses bas \u2014 sur les charbons ardents, qu&rsquo;elles remu\u00e8rent \u00e9galement \u00e0 pleines mains. Le tout sans subir la moindre br\u00fblure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Anastenaria se produisaient encore dans cinq autres villages grecs et trois villages bulgarophones des monts Strandza, et au moins dans sept villages de la province de Vizyi. Signalons encore l&rsquo;existence de pratiques similaires dans les villages de Langadhas (Mac\u00e9doine) et Sainte-H\u00e9l\u00e8ne. En mai 1957, un film documentaire fut tourn\u00e9 dans ces deux endroits par une \u00e9quipe de chercheurs comprenant le docteur Pierre Cassoli, l&rsquo;anthropologue Lidio Cipriani et le professeur Beonio-Brochieri.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De l&rsquo;avis d&rsquo;un ethnologue grec, c&rsquo;est au village de Costi qu&rsquo;avaient lieu les plus brillantes c\u00e9r\u00e9monies. Et pour les villages voisins ou rattach\u00e9s au m\u00eame culte, le chef des \u00ab Anastenarides \u00bb devait toujours \u00eatre originaire de Costi. Ce privil\u00e8ge li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;appartenance g\u00e9ographique, nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 \u00e0 Raiateia. Nous verrons, par un exemple \u00e0 venir, qu&rsquo;il souffre quelques exceptions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l&rsquo;ensemble, les Anastenaria sont tout \u00e0 fait semblables \u00e0 ce que nous avons vu en Bulgarie. Un cort\u00e8ge se forme au son de la musique, pour se rendre \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise et y prendre les icones sacr\u00e9es. Sur la place du village br\u00fble un grand feu dont les braises formeront un \u00e9pais tumulus. Les \u00ab Anastenarides \u00bb y dansent en criant, en sautant, passant et repassant dans le brasier pendant une demi-heure chacun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Anastenarides sont d&rsquo;ailleurs les plus exalt\u00e9s des pyrobates. Il arrive fr\u00e9quemment, qu&rsquo;apr\u00e8s la c\u00e9l\u00e9bration du rite propre \u00e0 leur village, les danseurs se pr\u00e9cipitent par monts et par vaux vers des villages proches o\u00f9 l&rsquo;on r\u00e9p\u00e8te la danse sur le feu. Les festivit\u00e9s peuvent ainsi durer jusqu&rsquo;\u00e0 huit jours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si nous avons vu, pr\u00e9c\u00e9demment, des sujets marcher sur le feu avec leurs chaussures (des Occidentaux notamment), il semble qu&rsquo;ici la nudit\u00e9 des pieds soit obligatoire. En t\u00e9moigne le r\u00e9cit suivant : \u00ab <em>Le vieux \u00e9tait un Anastenaris. Et tandis qu&rsquo;on \u00e9tait en train de causer, il bondit vers le feu ; et comme il portait des tsarouques, il nous dit : \u00ab Mes enfants, enlevez-moi mes tsarouques pour qu&rsquo;ils ne soient pas br\u00fbl\u00e9s \u00bb. Nous les lui enlev\u00e2mes et il entra pieds nus dans l&rsquo;\u00e2tre. Et quel \u00e2tre ! C&rsquo;\u00e9tait une v\u00e9ritable fournaise ! Et il dansa pendant tout un quart d&rsquo;heure sur le feu ardent, et quand il sortit de l\u00e0, ses pieds \u00e9taient comme avant<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame paradoxe thermique constat\u00e9 \u00e0 Meliki, du temps de la domination turque. Quelqu&rsquo;un, s&rsquo;\u00e9tant enivr\u00e9, voulut danser sur le feu en gardant ses chaussures aux pieds. Les assistants lui crient d&rsquo;enlever ses chaussures. Trop tard, elles sont d\u00e9j\u00e0 \u00e0 moiti\u00e9 br\u00fbl\u00e9es. L&rsquo;homme se retire vivement du foyer et, ayant quitt\u00e9 ses chaussures, retourne au brasier pour y danser pieds nus : il en sort indemne de toute br\u00fblure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En dehors des explications th\u00e9oriques qu&rsquo;ils requi\u00e8rent, les deux r\u00e9cits qui pr\u00e9c\u00e8dent ont le m\u00e9rite de nous apprendre que les \u00ab Anastenarides \u00bb avaient coutume de danser sur le feu m\u00eame en dehors des grandes f\u00eates religieuses (souvent \u00e0 l&rsquo;occasion de r\u00e9jouissances familiales). Et ni la d\u00e9votion aux icones ni la conjonction entre Anastenaria et f\u00eates des Saints ne doit nous laisser croire que le rite pyrobate grec se confond avec l&rsquo;observance du calendrier liturgique chr\u00e9tien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non seulement, nous venons de le voir, les \u00ab Anastenarides \u00bb dansent sur le feu \u00e0 l&rsquo;occasion de r\u00e9unions priv\u00e9es, mais le culte lui-m\u00eame en tant que rite orgiaque (au sens non p\u00e9joratif du terme) est bien ant\u00e9rieur au christianisme. L&rsquo;\u00c9glise eut d&rsquo;ailleurs une attitude tout-\u00e0-fait hostile \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ces pratiques, certains ev\u00eaques n&rsquo;h\u00e9sitant pas \u00e0 faire ch\u00e2tier physiquement les Anastenarides. Mais la population s&rsquo;affirma solidaire de ces hommes courageux, souvent remarquables thaumaturges et conseillers avis\u00e9s dans les affaires villageoises ou familiales. Et devant l&rsquo;authenticit\u00e9 des faits (telle qu&rsquo;elle pouvait \u00eatre \u00e9tablie \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque) et l&rsquo;intensit\u00e9 religieuse des Anastenarides, l&rsquo;Orthodoxie elle-m\u00eame finit par s&rsquo;incliner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On raconte ainsi qu&rsquo;un \u00e9v\u00eaque qui avait interdit les Anastenaria, surprit un jour des villageois accomplissant le rite en grand secret. Quand il les r\u00e9unit pour leur en faire reproche, les accus\u00e9s se content\u00e8rent de nier les faits. Certain de pouvoir les confondre, l&rsquo;\u00e9v\u00eaque leur ordonna de se d\u00e9chausser pour d\u00e9couvrir des traces de br\u00fblures. Voyant au contraire leurs plantes de pieds absolument intactes, il revint sur son interdiction et laissa les villageois f\u00eater les Anastenaria comme ils l&rsquo;entendaient.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">**<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En dehors de son int\u00e9r\u00eat anthropologique et historique le ph\u00e9nom\u00e8ne de pyrobatie est-il susceptible d&rsquo;observations actuelles et permet-il l&rsquo;approche exp\u00e9rimentale qui lui vaudrait l&rsquo;attention renouvel\u00e9e des milieux scientifiques ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous n&rsquo;exclurons pas, au terme de cette premi\u00e8re approche, que des faits ignor\u00e9s de nous puissent nous contraindre par la suite \u00e0 modifier certaines affirmations de d\u00e9tail. Et nous invitons tous ceux qui, tenant pour une raison ou une autre \u00e0 faire avancer le probl\u00e8me, voudraient nous communiquer les informations qu&rsquo;ils d\u00e9tiennent, \u00e0 le faire sans h\u00e9sitation, quelle que puisse \u00eatre leur position \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des faits d&rsquo;incombustibilit\u00e9 et de leur authenticit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, nous avons donn\u00e9 une approche descriptive et comparative de l&rsquo;\u00e9trange pratique qu&rsquo;est la pyrobatie, ou marche sur le feu. De l&rsquo;Inde \u00e0 la Bulgarie, des \u00eeles polyn\u00e9siennes \u00e0 la Gr\u00e8ce, du monde antique \u00e0 nos jours, on rencontre ce rite associ\u00e9 \u00e0 divers cultes et croyances, c\u00e9l\u00e9br\u00e9 avec plus ou moins d&rsquo;audace et d&rsquo;ampleur, tomb\u00e9 en d\u00e9su\u00e9tude ou conserv\u00e9 dans toute sa vigueur. Nous avons largement d\u00e9crit les aspects fondamentaux et les variantes d&rsquo;ex\u00e9cution de ces s\u00e9ances au cours desquelles les initi\u00e9s indig\u00e8nes (mais aussi les visiteurs occidentaux) marchent pieds nus sur des charbons ardents ou des pierres incandescentes en toute immunit\u00e9. Et nous avons \u00e9voqu\u00e9 les nombreuses hypoth\u00e8ses par lesquelles on a jusqu&rsquo;ici tent\u00e9 d&rsquo;expliquer le ph\u00e9nom\u00e8ne ; l&rsquo;aspect partiel ou insuffisant des diff\u00e9rentes tentatives dans ce sens a \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9 par des exemples pr\u00e9cis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien entendu, nous ne pouvons pr\u00e9voir toutes les objections, tous les contre-exemples, tous les cas de fraude qui peuvent \u00eatre oppos\u00e9s \u00e0 l&rsquo;authenticit\u00e9 de la pyrobatie et en g\u00e9n\u00e9ral des ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;incombustibilit\u00e9. Mais nous essaierons, dans cette seconde partie de notre expos\u00e9, de mettre en relief les donn\u00e9es actuelles de la question, celles qui emp\u00eachent de rel\u00e9guer la marche sur le feu au domaine de pratiques superstitieuses et d\u00e9pass\u00e9es, voire tout simplement illusoires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9loignement g\u00e9ographique ou temporel des faits invoqu\u00e9s n&rsquo;est pas une des moindres causes de scepticisme. Et de fait, les exemples les plus saisissants et les plus complets de pyrobatie nous viennent souvent de contr\u00e9es lointaines ou d&rsquo;\u00e9poques r\u00e9volues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais nous disposons n\u00e9anmoins de t\u00e9moignages r\u00e9cents, de documents photographiques et d&rsquo;observations scientifiques ou quasi-scientifiques qui compl\u00e8tent, pr\u00e9cisent et authentifient les faits recueillis par ailleurs aupr\u00e8s de cultures exotiques ou de traditions pass\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est ainsi que de nos jours, chaque ann\u00e9e, dans un pays que visitent des millions de touristes, on peut assister \u00e0 une marche sur le feu tout \u00e0 fait publique, la\u00efque et municipale, et qui, si elle ne s&rsquo;entoure d&rsquo;aucun appr\u00eat mystique ou magique, n&rsquo;en est pas moins fort semblable aux pratiques que l&rsquo;on rencontre sous d&rsquo;autres latitudes et en d&rsquo;autres temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est en Espagne que nous retrouvons la coutume pyrobate. Le passage sur la braise a lieu chaque ann\u00e9e \u00e0 San Pedro Manrique, \u00e0 une cinquantaine de kilom\u00e8tres de Soria, capitale de la province du m\u00eame nom. Le village compte environ un millier d&rsquo;habitants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 23 juin, veille de la Saint-Jean, l&rsquo;huissier municipal, allume le brasier officiel \u00e0 20h45. Au pr\u00e9alable, on a minutieusement balay\u00e9 l&#8217;emplacement pour en \u00e9liminer toute trace de cailloux, menus objets m\u00e9talliques, etc. On dispose alors sept charges de ch\u00eane au centre d&rsquo;un cercle de huit m\u00e8tres de diam\u00e8tre ceint d&rsquo;une palissade de 90 centim\u00e8tres de haut, dans laquelle est m\u00e9nag\u00e9 un acc\u00e8s unique. Ce dispositif permettra de contenir la foule \u00e0 distance convenable du foyer de braises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vers 23 heures on remue le brasier \u00e0 l&rsquo;aide de longues perches. Une demi-heure plus tard, les employ\u00e9s municipaux commencent \u00e0 frapper de ces m\u00eames perches, les plus gros brandons pour les r\u00e9duire \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de braises plus petites. Dix minutes apr\u00e8s, entrent par la porte de la palissade les hommes qui vont marcher sur le tapis ardent. En g\u00e9n\u00e9ral, ils se signalent par leur jeune \u00e2ge (entre 16 et 18 ans), mais on trouve aussi parmi eux quelques adultes, voire un ou deux vieillards. Les hommes commencent \u00e0 se d\u00e9chausser sous les yeux du public ; une fois nu-pieds, ils font quelques pas de danse au son de la musique. Aucune attitude de recueillement pr\u00e9alable. La plupart des participants fument tranquillement le cigare des jours de f\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A minuit, les employ\u00e9s municipaux commencent \u00e0 gauler les braises pour les \u00e9taler. On enl\u00e8ve \u00e9ventuellement les gros tisons qui ne se sont pas consum\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de braise. Une fois \u00e9galis\u00e9, le tapis ardent s&rsquo;\u00e9tend sur trois m\u00e8tres de long et un m\u00e8tre de large, sur une \u00e9paisseur de 15 \u00e0 20 cm. Les employ\u00e9s enl\u00e8vent alors leurs vestes et les agitent au-dessus du brasier pour l&rsquo;attiser. Les charbons virent au rouge, des flamm\u00e8ches s&rsquo;en \u00e9l\u00e8vent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne sait pas \u00e0 l&rsquo;avance qui marchera le premier sur le feu. A minuit et quart, un des jeunes gens hisse sur son dos le maire du village et s&rsquo;\u00e9lance sur le lit de braises. En cinq ou six enjamb\u00e9es, appliquant fermement \u00e0 chaque pas ses pieds sur les charbons, il franchit la fournaise et, sous les applaudissements du public, re\u00e7oit l&rsquo;accolade du maire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les employ\u00e9s de la Mairie \u00e9galisent \u00e0 nouveau les braises, l\u00e0 o\u00f9 les pieds du premier marcheur ont laiss\u00e9 leur empreinte. D\u00e8s que le tapis est redevenu uniforme, un autre gar\u00e7on le franchit, avec autant de d\u00e9termination que le premier. Pendant le passage, la foule garde un silence total, mais d\u00e8s qu&rsquo;un marcheur a termin\u00e9 sa travers\u00e9e, elle l&rsquo;acclame bruyamment. En g\u00e9n\u00e9ral, les pyrobates de San Pedro ne traversent le brasier qu&rsquo;avec un cavalier sur leurs \u00e9paules ou sur leur dos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque acteur de la marche sur le feu pose ses pieds de quatre \u00e0 six fois sur la braise, sans h\u00e2te et en adh\u00e9rant bien aux charbons, comme l&rsquo;ont observ\u00e9 tous les commentateurs. Un vieil homme est particuli\u00e8rement acclam\u00e9 : il a pos\u00e9 ses pieds sur le feu neuf fois, avec application et fermet\u00e9. Il est vrai qu&rsquo;il ex\u00e9cute le passage du feu pour la quaranti\u00e8me fois dans sa vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s une trentaine de travers\u00e9es, toutes r\u00e9ussies et salu\u00e9es par le public, le maire d\u00e9clare la s\u00e9ance termin\u00e9e : elle a dur\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s une demi-heure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les habitants de San Pedro sont persuad\u00e9s qu&rsquo;\u00eatre originaire de ce village est une condition \u00ab sine qua non \u00bb pour poss\u00e9der le don de traverser la fournaise indemne. Et de fait, plusieurs visiteurs \u00e9trangers au village, se sont gri\u00e8vement br\u00fbl\u00e9s en tentant l&rsquo;\u00e9preuve, les l\u00e9sions subies ayant mis jusqu&rsquo;\u00e0 trois mois pour gu\u00e9rir. Cependant, certains villageois attribuent plut\u00f4t de tels \u00e9checs au manque de sang-froid (!) et de confiance en soi. Les gens de San Pedro, eux, \u00ab plaquent \u00bb leurs pieds sur les braises avec d\u00e9cision et&#8230; en retenant leur respiration. Il semble que ce soit l\u00e0 l&rsquo;aspect d\u00e9cisif, puisque deux \u00e9trangers au village ont pu, en employant la technique locale, traverser le feu sans dommage. Selon un ethnologue qui a bien observ\u00e9 l&rsquo;\u00e9preuve elle-m\u00eame, on a \u00ab <em>l&rsquo;impression que ce n&rsquo;est pas difficile et qu&rsquo;il suffirait d&rsquo;avoir de la d\u00e9cision pour pouvoir en faire autant<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme on le voit, la c\u00e9r\u00e9monie de San Pedro est d\u00e9pourvue au maximum d&#8217;emphase religieuse ou magique. Et les dimensions du tapis de braises sont moins spectaculaires que celles des fosses ardentes de Maddhya Pradesh ou de Raiateia. N\u00e9anmoins, un observateur a pu dire que la chaleur du foyer est si intense qu&rsquo;on la ressent \u00e0 plus de cinq m\u00e8tres, et la m\u00e9saventure de certains visiteurs nous apprend que l&rsquo;\u00e9preuve n&rsquo;est pas sans risque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoi qu&rsquo;il en soit, la proximit\u00e9 g\u00e9ographique du ph\u00e9nom\u00e8ne (par rapport aux grands centres urbains d&rsquo;Europe occidentale) et sa parfaite actualit\u00e9 sont deux aspects essentiels de la c\u00e9r\u00e9monie de San Pedro, du moins pour notre propos qui est d&rsquo;offrir un cas observable, v\u00e9rifiable, \u00e0 la curiosit\u00e9 du lecteur et \u00e0 la sagacit\u00e9 des chercheurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces derniers tireront peut-\u00eatre parti d&rsquo;une indication que fournissent les villageois eux-m\u00eames sur la n\u00e9cessit\u00e9 de porter un cavalier pour traverser le brasier. Ce qui pourrait sembler un surcro\u00eet de t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 est au contraire, pour les marcheurs, un facteur essentiel de s\u00e9curit\u00e9 : mieux le pied adh\u00e8re aux charbons, moins on risque d&rsquo;\u00eatre br\u00fbl\u00e9. On en d\u00e9duira des cons\u00e9quences diff\u00e9rentes selon qu&rsquo;on tend \u00e0 une explication chimique du probl\u00e8me ou que l&rsquo;on y voit un indice de l&rsquo;attitude psychique essentielle aux pyrobates. Pour ces derniers, rien n&rsquo;est plus dangereux que l&rsquo;ind\u00e9cision ou l&rsquo;h\u00e9sitation et on peut penser que le port d&rsquo;un cavalier les aide tout autant \u00e0 \u00e9quilibrer leur posture ambulatoire qu&rsquo;\u00e0 affermir leur disposition mentale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les scientifiques qui voudraient examiner par eux-m\u00eames les pieds des jeunes pyrobates de San Pedro ne devraient pas rencontrer davantage de difficult\u00e9s que les universitaires ou simplement les curieux qui ont pu le faire sans probl\u00e8me jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent. Bien entendu, hormis les cas d&rsquo;accidents, on n&rsquo;a jamais remarqu\u00e9 de br\u00fblures, mais on ne constate m\u00eame aucune rougeur ou chaleur de la peau plantaire. Un ethnologue a observ\u00e9 que la plante des pieds des marcheurs n&rsquo;est pas sp\u00e9cialement corn\u00e9e ou durcie. Quant au recours \u00e0 quelque substance protectrice, c&rsquo;est une id\u00e9e qui suscite l&rsquo;hilarit\u00e9 des gens de San Pedro. Je rappelle que les pyrobates se d\u00e9chaussent devant le public, ce dont devront tenir compte les sp\u00e9cialistes qui voudraient, sur place, d\u00e9mystifier le ph\u00e9nom\u00e8ne en invoquant un subterfuge chimique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, l&rsquo;absence de transe ou d&rsquo;exaltation mystique chez les acteurs de cette c\u00e9r\u00e9monie en font un cas id\u00e9al pour une \u00e9tude objective.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Venons-en maintenant \u00e0 l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 d&rsquo;un ensemble de faits qui ont pour trait commun les pr\u00e9cautions et mesures exp\u00e9rimentales dont ils ont \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet. M\u00eame s&rsquo;ils soul\u00e8vent \u00e0 leur tour un certain nombre de questions, on peut esp\u00e9rer qu&rsquo;\u00e0 partir d&rsquo;eux s&rsquo;engageront des exp\u00e9riences plus pr\u00e9cises, et qu&rsquo;\u00e0 tout le moins la discussion des donn\u00e9es qu&rsquo;il apporte contribuera \u00e0 une red\u00e9finition m\u00e9thodologique du probl\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fait de l&rsquo;immunit\u00e9 au feu (ou incombustibilit\u00e9) fut souvent observ\u00e9 par des scientifiques, et l&rsquo;on peut rappeler le r\u00e9cit de Sir William Crookes \u00e0 propos du c\u00e9l\u00e8bre m\u00e9dium Daniel Douglas Home : \u00ab <em>Un jour, je le vis s&rsquo;approcher d&rsquo;un feu de bois bien enflamm\u00e9 et, prenant une grosse braise ardente, la mettre au creux d&rsquo;une de ses mains, la recouvrir de l&rsquo;autre et souffler dans ce petit fourneau improvis\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la braise devienne incandescente et que les flammes l\u00e8chent ses doigts<\/em> \u00bb. Ni \u00e0 ce moment, ni par la suite, on ne put voir de marques de br\u00fblure sur ses mains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;aucuns crieront \u00e0 l&rsquo;illusionnisme et nous croyons bon de produire un autre r\u00e9cit (toujours \u00e0 propos de D. D. Home) qui nous para\u00eet att\u00e9nuer l&rsquo;\u00e9vidence d&rsquo;un tel argument. \u00ab <em>Alors qu&rsquo;il \u00e9tait en transe au cours d&rsquo;une s\u00e9ance \u00e0 Londres, il se dirigea vers la chemin\u00e9e o\u00f9 somnolait un large brasier, il l&rsquo;attisa avec ses mains jusqu&rsquo;\u00e0 ce que de grandes flammes en jaillissent, puis il s&rsquo;agenouilla, se pencha en avant et plongea son visage dans le feu ; il l&rsquo;y remua de droite et de gauche comme il l&rsquo;aurait fait dans un bassin d&rsquo;eau. Lorsqu&rsquo;il se releva, ni ses cheveux ni sa peau ne portaient la moindre trace de br\u00fblure<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Pour prouver qu&rsquo;il ne s&rsquo;agissait pas d&rsquo;une simulation, il reprit un charbon ardent dans la chemin\u00e9e et le tenant dans sa main se dirigea vers les spectateurs : la chaleur \u00e9tait si forte qu&rsquo;aucun des t\u00e9moins ne put s&rsquo;en approcher \u00e0 moins de dix centim\u00e8tres<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puisque nous sommes dans ce domaine, signalons que l&rsquo;incombustibilit\u00e9 semble \u00eatre transmissible \u00e0 d&rsquo;autres personnes par le sujet poss\u00e9dant ce don. C&rsquo;\u00e9tait le cas pour Douglas Home et celui d&rsquo;une certaine Annie Hunter, de Bournemouth, qui croquait des charbons ardents qu&rsquo;elle saisissait \u00e0 mains nues. En 1923, interview\u00e9e par un journaliste du \u00ab London Daily Express \u00bb, elle lui posa sur la t\u00eate un charbon ardent : le reporter ne ressentit rien, mais il se br\u00fbla douloureusement les doigts lorsqu&rsquo;il essaya de prendre la braise avec ses mains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Naturellement, les r\u00e9cits qui pr\u00e9c\u00e8dent pr\u00eatent aux critiques d&rsquo;usage et \u00e0 moins de r\u00e9aliser des exp\u00e9riences semblables dans des conditions scientifiques irr\u00e9prochables, il est difficile de recevoir des faits de ce genre avec une certitude absolue. Mais dans le domaine de la pyrobatie proprement dite, nous tenons une exp\u00e9rience cruciale, qui eut lieu en Angleterre en 1935 \u00e0 Carshalton.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sous la surveillance et le contr\u00f4le du c\u00e9l\u00e8bre investigateur Harry Price et de plusieurs hommes de science, le mystique Hindou Kuda Bux marcha sur une couche de braises ardentes dont la pr\u00e9paration avait exig\u00e9 la combustion de sept tonnes de bois. Un pyrom\u00e8tre enregistra une temp\u00e9rature de 800\u00b0. Aussit\u00f4t apr\u00e8s le passage de Kuda Bux sur la braise, la temp\u00e9rature de ses plantes de pied fut mesur\u00e9e par le Pr Pannet : elle \u00e9tait normale. Signalons que Kuda Bux, avant sa performance, s&rsquo;\u00e9tait soigneusement lav\u00e9 les pieds sous le contr\u00f4le de Harry Price lui-m\u00eame, qui fit preuve par ailleurs de son habilet\u00e9 \u00e0 d\u00e9masquer la fraude dans plusieurs cas spectaculaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bux devait passer une deuxi\u00e8me fois sur la couche ardente, mais y renon\u00e7a en d\u00e9clarant : \u00ab <em>Quelque chose s&rsquo;est bris\u00e9 en moi, je ne peux pas&#8230;<\/em> \u00bb Deux des assistants tent\u00e8rent \u00e0 leur tour de traverser la fournaise. Ils firent demi-tour imm\u00e9diatement, tant la chaleur \u00e9tait intense. Mais le bref contact avec la braise avait \u00e9t\u00e9 encore trop long, car ils portaient d\u00e9j\u00e0 des br\u00fblures tr\u00e8s douloureuses. En ce qui nous concerne, cette exp\u00e9rience se passe de commentaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre observation qui semble m\u00e9riter l&rsquo;\u00e9pith\u00e8te de scientifique est celle r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 Mavrolefki (Gr\u00e8ce) par le Pr Tanagras, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9. Les mains et les pieds des femmes, qui avaient march\u00e9 sur la braise et l&rsquo;avaient remu\u00e9e \u00e0 mains nues, furent tr\u00e8s soigneusement examin\u00e9s par le Pr Tanagras qui \u00e9tait, rappelons-le, m\u00e9decin. Aucune marque de br\u00fblure ne fut d\u00e9cel\u00e9e, pas m\u00eame une l\u00e9g\u00e8re rougeur. Les plantes des pieds n&rsquo;\u00e9taient pas calleuses, comme on aurait pu le supposer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les bas d&rsquo;Abrami, la femme qui les avait gard\u00e9s Ruelle pour marcher sur le feu, furent soumis \u00e0 l&rsquo;examen au laboratoire de M. Georgiad\u00e8s, professeur de m\u00e9decine l\u00e9gale \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Ath\u00e8nes. Ces bas pr\u00e9sentaient deux trous dus \u00e0 l&rsquo;usage prolong\u00e9, mais aucune atteinte par le feu n&rsquo;y fut d\u00e9cel\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On s&rsquo;assura aussi par tous les moyens scientifiques permis qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas utilisation de proc\u00e9d\u00e9s chimiques de prophylaxie (c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;application de substances isolantes sur la peau). L&rsquo;on objectera que bien des scientifiques ont \u00e9t\u00e9 dup\u00e9s dans l&rsquo;\u00e9tude des ph\u00e9nom\u00e8nes paranormaux par m\u00e9connaissance des pr\u00e9cautions sp\u00e9ciales requises dans ce domaine. Mais le Pr Tanagras savait la sp\u00e9cificit\u00e9 des probl\u00e8mes de recherches psychiques pour avoir \u00e9tudi\u00e9, outre l&rsquo;immunit\u00e9 psychophysique, les ph\u00e9nom\u00e8nes de clairvoyance, de t\u00e9l\u00e9pathie et de t\u00e9l\u00e9kin\u00e9sie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il en va de m\u00eame pour les chercheurs du Comit\u00e9 de Recherches psychiques de l&rsquo;Universit\u00e9 de Londres, qui firent, dans des conditions scientifiques, ex\u00e9cuter la marche sur des charbons ardents \u00e0 un groupe de pyrobates professionnels musulmans. Les conclusions des exp\u00e9rimentateurs anglais furent qu&rsquo;aucune transe magique ou spirituelle n&rsquo;intervenait, plusieurs sujets anglais ayant eux-m\u00eames acquis la technique en peu de temps sans conditionnement psychique particulier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On observa \u00e9galement que les personnes de faible poids avaient plus de facilit\u00e9s que les individus corpulents, (ce que contredit d&rsquo;ailleurs la pratique des habitants de San Pedro qui consid\u00e8rent le suppl\u00e9ment de poids comme un atout essentiel). Pour r\u00e9sumer les conclusions des sp\u00e9cialistes britanniques, ils estim\u00e8rent qu&rsquo;en dernier ressort, tout le monde \u00e9tait capable d&rsquo;apprendre \u00e0 marcher sur le feu. Cette affirmation, outre qu&rsquo;elle constitue une int\u00e9ressante alternative avec la th\u00e8se \u00ab mystique\u00a0\u00bb, ouvre de larges perspectives \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rimentation moderne. S&rsquo;il suffit, en effet, d&rsquo;apprendre la technique aupr\u00e8s d&rsquo;un expert, chacun peut v\u00e9rifier par lui-m\u00eame et sur lui-m\u00eame l&rsquo;aptitude \u00e0 la pyrobatie, ce qui exclut tout recours \u00e0 l&rsquo;illusionnisme ou \u00e0 la fraude.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il existe aussi des hypoth\u00e8ses qui, sans contester l&rsquo;authenticit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne ni mettre en doute la bonne foi des pyrobates, se fondent sur des donn\u00e9es physico-chimiques afin d&rsquo;expliquer rationnellement l&rsquo;incombustibilit\u00e9. Le principe serait un peu celui qui permet d&rsquo;\u00e9teindre la flamme d&rsquo;une bougie avec les doigts. En posant fermement le pied sur la braise, on l&rsquo;\u00e9touffe momentan\u00e9ment, laissant \u00e0 la surface une mince couche de charbon, tr\u00e8s peu conductrice de chaleur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette explication n&rsquo;est peut-\u00eatre pas \u00e0 n\u00e9gliger pour les cas simples, o\u00f9 l&rsquo;on accomplit quelques pas sur les charbons ardents. Elle devient caduque lorsque la braise est saisie ou brass\u00e9e \u00e0 pleines mains, que l&rsquo;on s&rsquo;y tra\u00eene \u00e0 plat ventre, qu&rsquo;on y plonge la t\u00eate, etc. M\u00eame chez les pyrobates, certains foulent litt\u00e9ralement la braise en profondeur, tel ce jeune grec dont les pieds, selon un journaliste italien, avan\u00e7aient dans les charbons ardents \u00ab <em>comme le soc d&rsquo;une charrue entre dans les mottes de terre<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rappelons aussi que dans certains cas, la chaleur autour du foyer est telle que les spectateurs doivent s&rsquo;en tenir \u00e9loign\u00e9s de plusieurs m\u00e8tres. A de telles temp\u00e9ratures, celui qui est au c\u0153ur de la fournaise devrait se trouver s\u00e9rieusement incommod\u00e9. Or les pyrobates confirm\u00e9s ne sont absolument pas \u00e9prouv\u00e9s par ce consid\u00e9rable d\u00e9gagement thermique qui fut mesur\u00e9 bien des fois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il nous faut maintenant revenir sur l&rsquo;Umu-Ti polyn\u00e9sien (marche sur des blocs de pierres br\u00fblantes) pour examiner la tentative exp\u00e9rimentale men\u00e9e \u00e0 ce sujet par un membre de la Smithsonian Institution (Washington).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S.P. Langley a finement observ\u00e9 les diff\u00e9rentes phases d&rsquo;une s\u00e9ance d&rsquo;Umu-Ti et a tent\u00e9 de pr\u00e9ciser la temp\u00e9rature r\u00e9elle des blocs de pierre chauff\u00e9s pendant des heures par un brasier de troncs d&rsquo;arbres entiers et de branchages. Ayant fait extraire de la fournaise un de ces lourds blocs basaltiques, il le fit immerger dans un vaste baquet \u00e0 demi rempli d&rsquo;eau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s immersion de la pierre, l&rsquo;eau s&rsquo;\u00e9leva \u00e0 peu pr\u00e8s jusqu&rsquo;au bord et entra dans une \u00e9bullition si violente qu&rsquo;une bonne partie d\u00e9borda du baquet. L&rsquo;\u00e9bullition se poursuivit pendant 12 minutes. Mesurant la quantit\u00e9 d&rsquo;eau \u00e9vapor\u00e9e et tenant compte approximativement de celle qui avait d\u00e9bord\u00e9, tenant compte par ailleurs des caract\u00e9ristiques (volume, densit\u00e9, etc.) du bloc lui-m\u00eame, qu&rsquo;il fit \u00e9tudier en laboratoire \u00e0 Washington, Langley conclut que la temp\u00e9rature moyenne de la pierre au moment de son immersion dans le baquet \u00e9tait de 1200\u00b0 Fahrenheit, soit \u00e0 peu pr\u00e8s 650\u00b0 Celsius, ce qui est consid\u00e9rable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, ajoute Langley, il se trouve que le type de basalte dont \u00e9tait constitu\u00e9 le bloc est une vari\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s faiblement conductrice de chaleur. On pouvait, \u00e0 main nue, en tenir un petit fragment par un bout en chauffant l&rsquo;autre extr\u00e9mit\u00e9 au chalumeau aussi longtemps qu&rsquo;on voulait. Langley en d\u00e9duit qu&rsquo;en fait, la partie inf\u00e9rieure des pierres, celle qui est immerg\u00e9e dans le feu pendant le passage des marcheurs, est certainement tr\u00e8s chaude, mais que la partie sup\u00e9rieure, qui d\u00e9passe de la fosse et sur laquelle les marcheurs posent leurs pieds, est d&rsquo;une temp\u00e9rature bien moins \u00e9lev\u00e9e. Et m\u00eame supportable, si l&rsquo;on veut g\u00e9n\u00e9raliser \u00e0 partir de l&rsquo;exp\u00e9rience du fragment chauff\u00e9 au chalumeau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour mieux nous faire partager ses soup\u00e7ons, Langley dit avoir constat\u00e9 que le grand pr\u00eatre, Papa-Ita, ne marchait jamais sur les pierres dont la surface \u00e9tait incandescente (\u00ab red-hot \u00bb). Un des Occidentaux qui \u00e9taient pr\u00e9sents en demanda la raison \u00e0 Papa-Ita, qui r\u00e9pondit que ses anc\u00eatres ne lui avaient pas appris \u00e0 proc\u00e9der de la sorte. Langley lui demanda alors s&rsquo;il accepterait de poser son pied, ne serait-ce que quelques secondes, entre deux des pierres incandescentes qu&rsquo;on voyait \u00e0 la surface, ou d&rsquo;en saisir une \u00e0 pleines mains. Papa-Ita promit de le faire mais ne tint pas parole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et Langley, qui d\u00e9cid\u00e9ment ne m\u00e9nage pas ses assauts contre l&rsquo;authenticit\u00e9 de l&rsquo;Umu-Ti, mentionne la r\u00e9flexion que lui fit un Consul-d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 des Etats-Unis. Selon ce dernier, Papa-Ita avait \u00e9chou\u00e9 lors d&rsquo;une tentative r\u00e9cente de pyrobatie dans une \u00eele voisine, o\u00f9 les roches utilis\u00e9es sont plus proches du marbre que du basalte. Ainsi, l&rsquo;immunit\u00e9 des pyrobates de Raiateia serait due \u00e0 la faible conductivit\u00e9 du basalte local, et non \u00e0 on ne sait quelle protection \u00ab magique \u00bb. Pour appuyer ses dires, le diplomate am\u00e9ricain monta sur une des pierres (\u00e0 l&rsquo;endroit le plus chaud, estime Langley) : avant qu&rsquo;il ne commence \u00e0 ressentir une chaleur excessive \u00e0 travers \u00ab les fines semelles de ses chaussures \u00bb, il s&rsquo;\u00e9coula huit \u00e0 dix secondes, ce qui tendait \u00e0 prouver que la temp\u00e9rature des blocs rocheux est supportable pour un pied nu pendant un bref instant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les observations de Langley, pour incisives qu&rsquo;elles soient, ont \u00e9t\u00e9 vivement critiqu\u00e9es par d&rsquo;autres sp\u00e9cialistes. On lui oppose notamment que son exp\u00e9rience thermom\u00e9trique avec le bloc de basalte est incompl\u00e8te (nombreux param\u00e8tres impr\u00e9cis\u00e9s) et donc non pertinente. D&rsquo;autre part, la s\u00e9ance que d\u00e9crit Langley \u00e9tait une pure d\u00e9monstration de prestige, et non la grande c\u00e9r\u00e9monie traditionnelle \u00e0 laquelle d&rsquo;autres Occidentaux ont particip\u00e9. Les pierres n&rsquo;avaient \u00e9t\u00e9 chauff\u00e9es que pendant quatre heures, et non vingt, trente ou cinquante heures comme ce fut le cas lors des v\u00e9ritables rites d&rsquo;Umu-Ti. Langley n&rsquo;a d&rsquo;ailleurs pas lui-m\u00eame march\u00e9 sur la fournaise. Enfin, si comme nous l&rsquo;avons vu, des Occidentaux ont pu sans dommage suivre les indig\u00e8nes sur les pierres ardentes, d&rsquo;autres ont subi de graves br\u00fblures pour n&rsquo;avoir pas respect\u00e9 les prescriptions du pr\u00eatre ou du sorcier, ce qui prouve que la chaleur des pierres est bien r\u00e9elle et le danger de la travers\u00e9e aussi. On sait par ailleurs qu&rsquo;un feuillage vert jet\u00e9 sur la fournaise s&rsquo;y enflamme instantan\u00e9ment, m\u00eame une demi-heure apr\u00e8s que la temp\u00e9rature a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9cro\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En admettant qu&rsquo;il faille faire de l&rsquo;Umu-Ti un cas \u00e0 part dans la famille des cultes pyrobates, il faut se h\u00e2ter de l&rsquo;observer sur le terrain s&rsquo;il existe encore des initi\u00e9s capables de l&rsquo;accomplir. S&rsquo;il s&rsquo;av\u00e8re que les suppositions de Langley sont fond\u00e9es (c&rsquo;est-\u00e0-dire si les pyrobates polyn\u00e9siens choisissent les pierres sur lesquelles ils posent leurs pieds en fonction de leur apparence et de leur sur\u00e9l\u00e9vation par rapport aux couches incandescentes de la fosse), cela n&rsquo;enl\u00e8verait de toute fa\u00e7on rien au myst\u00e8re de l&rsquo;immunit\u00e9 aux charbons ardents, etc. Mais il faudra avoir expliqu\u00e9 pourquoi, si l&rsquo;Umu-Ti repose sur l&rsquo;astuce que propose Langley, la travers\u00e9e de la fosse est possible au moment o\u00f9 la temp\u00e9rature est maximale, et devient impossible, \u00e0 moins de br\u00fblures imm\u00e9diates, lorsque la temp\u00e9rature d\u00e9cro\u00eet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Reste \u00e0 conclure et loin de nous la pr\u00e9tention de mettre ici un terme \u00e0 l&rsquo;investigation des ph\u00e9nom\u00e8nes de pyrobatie, d&rsquo;incombustibilit\u00e9, voire d&rsquo;immunit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral. Il nous semble au contraire que les recherches en ce domaine ne font que commencer.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">**<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Est-il possible de r\u00e9duire l&rsquo;\u00e9nigme physiologique et psychique pos\u00e9e par le fait que des hommes, encore de nos jours, puissent appliquer la plante de leurs pieds sur des braises port\u00e9es \u00e0 plusieurs centaines de degr\u00e9s et s&rsquo;en sortent indemnes, sans la moindre trace de br\u00fblure ou de rougeur ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne reviendrons pas sur les hypoth\u00e8ses classiques, dont nous avons montr\u00e9 que chacune peut s&rsquo;appliquer \u00e0 quelques cas restreints, mais que dans leur ensemble, elles s&rsquo;annulent les unes par les autres. On peut toujours exhiber un cas contradictoire \u00e0 chacune d&rsquo;entre elles, quel que soit l&rsquo;aspect causal invoqu\u00e9 (fraude, illusionnisme, substance prophylactique, transe, protection naturelle par la corne plantaire, r\u00e9action chimique momentan\u00e9e, etc.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La neurologie peut \u00e0 la rigueur, avec la th\u00e9orie des localisations c\u00e9r\u00e9brales, justifier l&rsquo;insensibilit\u00e9 \u00e0 la douleur par inhibition de certains centres nerveux, mais cela ne rend pas compte de l&rsquo;incombustibilit\u00e9 proprement dite, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la pr\u00e9servation de l&rsquo;\u00e9piderme de toute l\u00e9sion apr\u00e8s qu&rsquo;on l&rsquo;a expos\u00e9 \u00e0 des temp\u00e9ratures pour lesquelles des mat\u00e9riaux bien moins combustibles s&rsquo;enflamment ou fondent instantan\u00e9ment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous laisserons donc le lecteur \u00e0 sa conviction propre et les chercheurs aux conclusions de leur choix. Peut-\u00eatre notre propos aura-t-il stimul\u00e9 la r\u00e9flexion de certains ou r\u00e9veill\u00e9 en d&rsquo;autres des souvenirs de faits ou d&rsquo;informations qu&rsquo;ils tiendront \u00e0 nous faire partager. Nous accueillerons donc tr\u00e8s volontiers les t\u00e9moignages directs ou indirects et tout document ou r\u00e9f\u00e9rence susceptibles d&rsquo;\u00e9largir nos connaissances. Quant aux d\u00e9ductions ou hypoth\u00e8ses que pourront formuler ceux qui nous liront, elles seront examin\u00e9es avec soin, dans l&rsquo;espoir qu&rsquo;une discussion ouverte s&rsquo;engage sur cette question.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La pyrobatie devant l\u2019universit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De tous les documents consult\u00e9s pour l&rsquo;\u00e9laboration de cet article, il en est un qui m\u00e9rite une place \u00e0 part. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une th\u00e8se pour le grade de Docteur en m\u00e9decine, soutenue en 1968 par le Dr Bruno Blaive \u00e0 la Facult\u00e9 Mixte de M\u00e9decine et de Pharmacie de Marseille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Donnons une id\u00e9e des comp\u00e9tences scientifiques r\u00e9unies \u00e0 l&rsquo;occasion de cette soutenance de th\u00e8se. Le pr\u00e9sident du Jury n&rsquo;\u00e9tait autre que le Pr Gastaut, titulaire de la Chaire d&rsquo;Anatomie Pathologique et doyen de la Facult\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que d&rsquo;\u00e9minents sp\u00e9cialistes aient accueilli favorablement une th\u00e8se aussi \u00ab marginale \u00bb, voil\u00e0 qui rassure quant \u00e0 l&rsquo;avenir des recherches psycho-physiques d&rsquo;avant-garde. La qualit\u00e9 du travail soumis par le Dr Blaive \u00e0 la Facult\u00e9 justifie, il est vrai, l&rsquo;attention et l&rsquo;approbation qu&rsquo;il re\u00e7ut en retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">**<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme \u00e0 l&rsquo;\u00eele Maurice et aux Fidji, la communaut\u00e9 pyrobate de la R\u00e9union qu&rsquo;a \u00e9tudi\u00e9 pendant un an le Dr Blaive est d&rsquo;appartenance tamule. C&rsquo;est \u00e0 la fin du si\u00e8cle dernier que se produisit la massive immigration d&rsquo;Hindous en provenance du Sud-Est de l&rsquo;Inde et de Ceylan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La marche sur le feu a lieu chaque ann\u00e9e de la fin d\u00e9cembre au d\u00e9but janvier. Elle est surtout consacr\u00e9e \u00e0 la d\u00e9esse Draupadi, de laquelle les marcheurs attendent divers bienfaits \u00ab spirituels ou mat\u00e9riels \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les indications concr\u00e8tes que nous empruntons au Dr Blaive r\u00e9sultent d&rsquo;une vingtaine d&rsquo;observations effectu\u00e9es par lui en divers endroits de la R\u00e9union.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si les autres groupes ethniques de l&rsquo;\u00eele ont longtemps consid\u00e9r\u00e9 les pratiques religieuses tamules avec une \u00ab terreur superstitieuse \u00bb (l&rsquo;Eglise catholique excommuniant, pour sa part, tout acteur ou t\u00e9moin du culte pyrobate), la communaut\u00e9 tamule a toujours accueilli sans difficult\u00e9 les fid\u00e8les d&rsquo;ob\u00e9diences diff\u00e9rentes. Ce qui permit \u00e0 de rares individus de race blanche de marcher avec succ\u00e8s sur le feu apr\u00e8s avoir subi la pr\u00e9paration n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La p\u00e9riode pr\u00e9paratoire (je\u00fbne ou r\u00e9gime v\u00e9g\u00e9tarien, pri\u00e8res, offrandes) dure 18 jours, pendant lesquels on travaille normalement, la soir\u00e9e et la nuit \u00e9tant consacr\u00e9es aux pratiques religieuses. En plus du r\u00e9gime v\u00e9g\u00e9tarien, le marcheur devra observer la continence sexuelle et s&rsquo;abstenir d&rsquo;alcool.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le cycle pr\u00e9paratoire se cl\u00f4t sur une importante veill\u00e9e assortie de pri\u00e8res, d&rsquo;offrandes et de musique. Nous regrettons de ne pouvoir nous attarder ici sur les d\u00e9tails de ce rituel, d&rsquo;une grande d\u00e9licatesse esth\u00e9tique et symbolique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la veill\u00e9e succ\u00e8de une c\u00e9r\u00e9monie dite du Grand M\u00e2t, lequel est abattu aussit\u00f4t apr\u00e8s pour laisser place \u00e0 la fosse dont les dimensions sont \u00ab r\u00e9glementaires \u00bb : 5,30 m de long sur 2,45 m de large et 0,45 m de profondeur. A chaque angle de la fosse on plante un piquet de bois : autour de l&rsquo;aire ainsi form\u00e9e, on tend des cordes qui sacralisent le lieu jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ouverture de la marche sur le feu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;effigie de Draupadi est alors amen\u00e9e du temple et plac\u00e9e face au foyer. Devant elle on immole un coq, puis l&rsquo;on br\u00fble les fragments de camphre. C&rsquo;est alors que le Grand-Pr\u00eatre et les assistants se rendent \u00e0 la rivi\u00e8re proche pour parfaire leur purification.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un \u00e9norme tas de bois consacr\u00e9 est entass\u00e9 pr\u00e8s du foyer. Le Grand-Pr\u00eatre et le gardien apportent le feu sur des feuilles de bananier. Sur ces braises, on entasse de grosses b\u00fbches et bient\u00f4t s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent de hautes flammes qu&rsquo;alimente constamment le gardien du foyer. Il est environ neuf heures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De ce d\u00e9but de matin\u00e9e jusque vers 18 heures, se d\u00e9roule la procession des divinit\u00e9s plac\u00e9es sur un grand char richement d\u00e9cor\u00e9. B\u00e9n\u00e9dictions, offrandes et sacrifices se succ\u00e8dent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque les marcheurs reviennent vers le foyer, celui-ci s&rsquo;\u00e9tale en une couche de braises de 9 cm (\u00e9paisseur \u00ab rituelle \u00bb) sur toute la surface de la fosse. A l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 du tapis ardent, on a creus\u00e9 une seconde fosse, profonde de 10 cm environ : juste avant la marche, elle sera remplie d&rsquo;eau et de lait de coco et \u00e0 chaque sortie du foyer, les marcheurs la traversent. Le Dr Blaive fait observer que cette nappe liquide, vu ses faibles dimensions et l&rsquo;infiltration, \u00ab <em>ne peut, \u00e0 aucun moment, modifier les caract\u00e9ristiques du foyer<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au son du carillon et des tambours, le cort\u00e8ge fait le tour de la chapelle et s&rsquo;immobilise devant le foyer. Dans un silence total, le Grand-Pr\u00eatre se hisse sur le tranchant d&rsquo;une lame de sabre et ex\u00e9cute quelques pas de danse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peu apr\u00e8s, il jette au centre de la fournaise un collier de fleurs de frangipane. Ce d\u00e9tail a son importance car ces fleurs \u00ab <em>\u00e9paisses, aux p\u00e9tales gorg\u00e9es d&rsquo;eau, ne doivent pas se consumer&#8230; Si elles roussissent imm\u00e9diatement, c&rsquo;est que le moment n&rsquo;est pas propice \u00e0 la travers\u00e9e du foyer ; et l&rsquo;on attend quelques minutes dans la pri\u00e8re<\/em>. \u00bb Ce qui semble indiquer qu&rsquo;il existe un intervalle critique favorisant la pyrobatie ; \u00ab <em>ni trop chaud ni trop froid<\/em> \u00bb, car nous avons vu qu&rsquo;une temp\u00e9rature trop basse est \u00e9galement pr\u00e9judiciable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Grand-Pr\u00eatre s&rsquo;avance, les mains jointes sur le front, ramasse le collier de fleurs puis s&rsquo;engage sur la braise, lentement, le visage serein. Ses pieds, note le Dr Blaive, s&rsquo;enfoncent dans le tapis ardent. Les marcheurs le suivent, chacun portant sur la t\u00eate un lourd c\u00f4ne fleuri. Si certains avancent rapidement, \u00ab <em>le visage contract\u00e9 et couvert de sueur<\/em> \u00bb, la majorit\u00e9 reste calme et passe lentement sur les braises. Quelques uns m\u00eame s&rsquo;y attardent pour danser. A la sortie du brasier, les marcheurs traversent rapidement la fosse remplie d&rsquo;eau avant d&rsquo;entreprendre une seconde, puis une troisi\u00e8me travers\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s le dernier passage, tous les marcheurs font le tour du foyer en dansant pour remercier la d\u00e9esse. Les tambours reprennent et la foule, subitement exalt\u00e9e, vient embrasser les pieds des marcheurs. On se jette sur le sol, on boit avec ferveur l&rsquo;eau devenue boueuse de la fosse plac\u00e9e \u00e0 la sortie du foyer, les femmes se prosternent.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">**<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous en arrivons maintenant \u00e0 l&rsquo;aspect le moins spectaculaire, mais aussi le plus stimulant, de la th\u00e8se du Dr Blaive. Nous ne pouvons discuter en d\u00e9tail les pr\u00e9cieux \u00e9l\u00e9ments rassembl\u00e9s par ce dernier, mais nous conseillons \u00e0 tout chercheur soucieux d&rsquo;\u00e9lucider la question de recourir \u00e0 l&rsquo;ouvrage que nous r\u00e9sumons ici. Pour notre part, nous nous contenterons de fournir au lecteur les extraits qui, sans lasser son attention, lui permettront de pr\u00e9ciser l&rsquo;image de la pyrobatie telle que nous l&rsquo;avons jusqu&rsquo;ici esquiss\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le combustible utilis\u00e9 \u00e0 la R\u00e9union, nous apprend-on, est le tronc de tamarin ou de manguier, \u00ab <em>excellent combustible laissant une cendre blanche, fine, \u00e9paisse et homog\u00e8ne<\/em> \u00bb. Voil\u00e0 qui renforce singuli\u00e8rement la position de ceux qui r\u00e9duisent l&rsquo;immunit\u00e9 pyrobate \u00e0 de judicieuses interpolations des lois physico-chimiques \u00e9l\u00e9mentaires. A ceux-l\u00e0 nous rappelons qu&rsquo;une hirondelle ne fait pas le printemps, et que le Dr Blaive lui-m\u00eame, sur ce point comme sur tous ceux que nous mentionnerons \u00e0 partir de son ouvrage, ne se permet pas de conclure ou \u00ab d&rsquo;expliquer \u00bb la marche sur le feu quant \u00e0 sa r\u00e9alit\u00e9 fondamentale. A vrai dire, n&rsquo;e\u00fbt-il pas de lui-m\u00eame adopt\u00e9 cette prudente r\u00e9serve que nous nous serions de toute fa\u00e7on tenu \u00e0 l&rsquo;attitude qui est la n\u00f4tre depuis le d\u00e9but de cette \u00e9tude : le mat\u00e9riel le plus pr\u00e9cieux pour l&rsquo;avancement des recherches sur l&rsquo;incombustibilit\u00e9 est certes celui qui autorise encore les v\u00e9rifications ; et plus encore celui que nous transmettent des t\u00e9moins form\u00e9s aux disciplines et m\u00e9thodes objectives. Mais contribuer \u00e0 l&rsquo;approche syst\u00e9matique d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne est tout autre chose que d&rsquo;en donner la grille th\u00e9orique exhaustive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est dans cet esprit que nous proposons au lecteur ces fragments d&rsquo;une th\u00e8se par ailleurs passionnante dans sa rigueur m\u00eame : nous ne chercherons ni \u00e0 dissimuler les \u00e9l\u00e9ments qui semblent r\u00e9duire le prodige pyrobate \u00e0 quelques observances simples de lois naturelles, ni \u00e0 emphatiser les \u00e9nonc\u00e9s quasi-\u00e9nigmatiques par lesquels le Dr Blaive laisse entendre que la marche sur le feu, quels que puissent \u00eatre les proc\u00e9d\u00e9s de facilitation dont elle s&rsquo;entoure, n&rsquo;en rel\u00e8ve pas moins d&rsquo;une cosmosophie transcendante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne ferons que survoler l&rsquo;expos\u00e9 plus strictement scientifique qui suit ces consid\u00e9rations. Disons que nous avons rep\u00e9r\u00e9 dans le texte du Dr Blaive certaines notions qui seraient \u00e0 reprendre dans l&rsquo;examen ult\u00e9rieur du probl\u00e8me. Ainsi en va-t-il de la distinction entre r\u00e9cepteurs thermiques et transmetteurs de la sensation douloureuse, les premiers pouvant \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9s par la fr\u00e9quence li\u00e9e \u00e0 leur d\u00e9charge, (en fonction des temp\u00e9ratures) les secondes par les vitesses de transmission de l&rsquo;influx nerveux selon le groupe de fibres auquel on a affaire. Nous n&rsquo;abuserons pas de la patience du lecteur, nous r\u00e9servant de discuter plus \u00e0 fond la question au cas o\u00f9 l&rsquo;on nous demanderait des pr\u00e9cisions dans ce domaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">**<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il convient toutefois de mentionner certains param\u00e8tres significatifs que le Dr Blaive emprunte \u00e0 d&rsquo;autres auteurs. Telle cette \u00ab temp\u00e9rature critique douloureuse \u00bb qui serait constante par rapport \u00e0 la temp\u00e9rature stabilis\u00e9e de la peau et interviendrait \u00e0 45\u00b0. Telle encore cette intensit\u00e9 de rayonnement \u00e0 partir d&rsquo;une intensit\u00e9 liminaire (c&rsquo;est-\u00e0-dire minimale pour que le sujet en ressente les effets). Il s&rsquo;av\u00e8re que l&rsquo;intervalle entre la plus petite intensit\u00e9 amenant la sensation de douleur et la valeur maximale que peut supporter le sujet est du simple au double. Les variations que le sujet, entre ces deux limites, peut appr\u00e9cier diff\u00e9rentiellement, portent sur une vingtaine de degr\u00e9s. Pour arides que paraissent ces d\u00e9tails, nous avons cru bon de les mentionner ici, parce que nous croyons qu&rsquo;ils ram\u00e8nent \u00e0 leurs justes proportions des questions telles que celle-ci : pourquoi y-a-t-il des temp\u00e9ratures critiques en-dessous d&rsquo;un certain seuil, ou plus simplement, pourquoi risque-t-on davantage de se br\u00fbler \u00e0 un feu d\u00e9croissant qu&rsquo;\u00e0 un foyer en pleine activit\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Dr Blaive ne manque pas d&rsquo;\u00e9tudier le probl\u00e8me thermique sous ses trois aspects classiques : rayonnement, conduction et convection. Le premier point l&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 remarquer que si la couche superficielle (60 \u00e0 70\u00b0) isole le marcheur de la couche \u00e0 haute temp\u00e9rature (700\u00b0), elle n&rsquo;en transmet pas moins le rayonnement de cette derni\u00e8re. Quant \u00e0 la conduction, le r\u00f4le protecteur du rev\u00eatement plantaire n&rsquo;est pas \u00e9limin\u00e9 \u00e0 priori. La convection, elle, serait responsable des br\u00fblures qui atteignent les r\u00e9gions sup\u00e9rieures du corps, les couches d&rsquo;air s&rsquo;\u00e9chauffant et se d\u00e9pla\u00e7ant progressivement vers le haut. Le Dr Blaive retient \u00e9galement le fait que la vo\u00fbte plantaire du marcheur n&rsquo;est expos\u00e9e au contact direct avec le brasier que de mani\u00e8re altern\u00e9e. La d\u00e9perdition de chaleur intervenant \u00e0 chaque changement de pied, \u00ab <em>une temp\u00e9rature superficielle de 60\u00b0 environ peut \u00eatre support\u00e9e sans l\u00e9sion pendant 8 \u00e0 10 secondes<\/em> \u00bb (temps qui, nous l&rsquo;avons dit, est celui du passage du feu \u00e0 la R\u00e9union, hormis peut-\u00eatre le cas o\u00f9 certains fid\u00e8les s&rsquo;arr\u00eatent au milieu du lit ardent pour y danser de fa\u00e7on plus prolong\u00e9e).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s avoir fait remarquer que la temp\u00e9rature d\u00e9gag\u00e9e par le foyer est intense (\u00ab <em>on ne peut l&rsquo;approcher sans protection<\/em> \u00bb), le Dr Blaive fournit les mesures suivantes :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 quelques instants apr\u00e8s la marche, \u00e0 un m\u00e8tre au-dessus du foyer, 50\u00b0 au bout d&rsquo;une minute.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 en surface, 50\u00b0 au bout de 5 \u00e0 6 secondes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 en profondeur, 250\u00b0 en 30 secondes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 temp\u00e9rature d&rsquo;\u00e9quilibre : 700\u00b0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un ing\u00e9nieux dispositif permet au Dr Blaive de pr\u00e9ciser ces mesures. Marchant sur la braise avec des nu-pieds dont la semelle comporte un thermom\u00e8tre (le r\u00e9servoir de mercure \u00e9tant en contact direct avec la couche cendr\u00e9e superficielle), il obtient, au-dessus du tapis ardent, 48\u00b0 en 1 minute, 100\u00b0 en 50 secondes lorsqu&rsquo;on se trouve au centre, 110\u00b0 en 20&Prime; au voisinage d&rsquo;un bord auquel il attribue la cote 0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sachant que le temps de passage est de 8 \u00e0 10 secondes, on sera tent\u00e9 de consid\u00e9rer que la question est r\u00e9solue, puisque (dans le m\u00eame ordre que ci-dessus et pour le temps de passage effectif) on aurait au pire \u00e0 affronter des temp\u00e9ratures allant de 32 \u00e0 60\u00b0. Nous verrons que c&rsquo;est l\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;encadrement quantitatif des intervalles thermiques suscitant la douleur associ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;effet de br\u00fblure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant d&rsquo;entamer cette discussion, r\u00e9sumons les consid\u00e9rations du Dr Blaive sur les aspects pr\u00e9paratoires (physiques et psychiques) de la marche sur le feu \u00e0 la R\u00e9union. Bien qu&rsquo;aucun examen m\u00e9dical ne soit r\u00e9alisable juste avant la c\u00e9r\u00e9monie, le Dr Blaive a pu suivre le car\u00eame pr\u00e9liminaire et d\u00e9clare qu&rsquo;\u00e0 sa connaissance, ni drogue ni substance protectrice ne sont utilis\u00e9es. La seule pr\u00e9caution notable reste le port de v\u00eatements mouill\u00e9s au niveau du tronc (ceci parce que les br\u00fblures les plus fr\u00e9quentes ont lieu au niveau de la zone axillaire et de la face interne des bras).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notons que la pr\u00e9sence d&rsquo;une couche corn\u00e9e substantielle sous la plante des pieds est une aide probable \u00e0 la pratique pyrobate des tamules de la R\u00e9union et que la d\u00e9ambulation de plusieurs heures sur un sol surchauff\u00e9 par le soleil pr\u00e9pare sans doute heureusement les marcheurs \u00e0 des performances plus&#8230; ardentes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Dr Blaive ouvre la discussion m\u00e9dico-pathologique sur cette constatation que les marcheurs examin\u00e9s par lui apr\u00e8s la travers\u00e9e du feu ne pr\u00e9sentent en g\u00e9n\u00e9ral aucune l\u00e9sion ni \u00ab ph\u00e9nom\u00e8ne vaso-moteur \u00bb au niveau de la vo\u00fbte plantaire et de ses points d&rsquo;appui. Evoquant la possibilit\u00e9 de br\u00fblures \u00ab retard\u00e9es \u00bb, le Dr Blaive signale que celles-ci sont difficiles \u00e0 observer, car dans les rares cas o\u00f9 il y a eu br\u00fblure, le pyrobate tamul se cache : il consid\u00e8re en effet sa m\u00e9saventure comme due \u00e0 l&rsquo;absence de protection divine ce qui serait l&rsquo;indice de sa propre impuret\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et quitte \u00e0 br\u00fbler nos propres vaisseaux (!), nous citerons en son entier ce passage redoutablement empirio-physiologique qui, si d&rsquo;autres ph\u00e9nom\u00e8nes ne s&rsquo;en exceptaient \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence, sonnerait le glas de l&rsquo;hypoth\u00e8se supra-physique en mati\u00e8re d&rsquo;immunit\u00e9 au feu. Voici ce qu&rsquo;\u00e9crit le Dr Blaive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Pour conclure et apr\u00e8s avoir soulign\u00e9 \u00e0 nouveau le caract\u00e8re sp\u00e9culatif de cette discussion en l&rsquo;absence de toute exp\u00e9rimentation, on voit que la non-br\u00fblure par le feu, lors de la marche, pourrait \u00eatre en partie expliqu\u00e9e dans la mesure o\u00f9 le seuil de br\u00fblure ne serait pas atteint, soit par suite du r\u00f4le protecteur d&rsquo;une couche corn\u00e9e plantaire hypertrophi\u00e9e et peut-\u00eatre modifi\u00e9e pr\u00e9alablement par une longue marche sur un sol surchauff\u00e9, soit par un temps de contact avec le foyer trop court pour que les premi\u00e8res l\u00e9sions apparaissent et o\u00f9 un grand nombre de ph\u00e9nom\u00e8nes secondaires comme l&rsquo;\u00e9tat hypno\u00efde interviendraient pour accentuer cet \u00ab \u00e9tat-limite \u00bb dont les faibles possibilit\u00e9s de variations des param\u00e8tres permettraient d&rsquo;expliquer les cas de br\u00fblures<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lecteur, qui prend connaissance de ceci apr\u00e8s avoir, au fil de notre article, vu d\u00e9filer le panorama fascinant et contradictoire de la pyrobatie, sera sans doute tent\u00e9 de soupirer de soulagement, comme apr\u00e8s un r\u00eave absurde que l&rsquo;\u00e9veil ram\u00e8ne \u00e0 ses justes proportions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Loin de nous l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;en dissuader \u00e0 toute force. La r\u00e9action du public d\u00e9cidera si nous devons livrer l&rsquo;hypoth\u00e8se qui nous est personnelle \u00e0 ce sujet, ou si les donn\u00e9es rationnelles rassembl\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent suffisent \u00e0 ranger la pyrobatie au rang des fantasmagories d&rsquo;une humanit\u00e9 peu \u00e9volu\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ce n&rsquo;est pas une mince co\u00efncidence si la th\u00e8se du Dr Blaive \u2014 la m\u00eame qui pourrait induire chez le lecteur un scepticisme d\u00e9sabus\u00e9 \u2014 se termine par une troisi\u00e8me partie dont l&rsquo;intitul\u00e9 ne laisse aucun doute sur sa propre \u00ab Weltanschauung \u00bb : L&rsquo;espace et le temps sacr\u00e9 \u2014 Introduction au symbolisme du feu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et bien que le Dr Blaive les introduise avec de s\u00e9rieuses r\u00e9serves dans le cours de son expos\u00e9, nous mentionnerons pour conclure deux termes qui pourraient, une fois d\u00e9velopp\u00e9s, s&rsquo;av\u00e9rer d&rsquo;une importance-cl\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9lucidation du myst\u00e8re pyrobate : concentration de la pens\u00e9e et \u00ab augmentation de la conscience\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Jo\u00ebl ANDR\u00c9<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La marche sur le feu, ou pyrobatie, est d&rsquo;origine si ancienne que l&rsquo;on discute encore sur ses liens profonds avec les cultes les plus archa\u00efques de l&rsquo;humanit\u00e9. Et la pratique en est si largement r\u00e9pandue sur les cinq continents que l&rsquo;on se demande s&rsquo;il est vraiment possible de d\u00e9terminer l&rsquo;aire g\u00e9ographique o\u00f9 ce rite aurait pris naissance.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[1299,85],"tags":[647,1052,99],"class_list":["post-10630","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-andre-joel","category-parapsychologie","tag-histoire","tag-pyrobatie","tag-science"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>La marche sur le feu par Jo\u00ebl Andr\u00e9 - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-marche-sur-le-feu\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"La marche sur le feu par Jo\u00ebl Andr\u00e9 - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"La marche sur le feu, ou pyrobatie, est d&#039;origine si ancienne que l&#039;on discute encore sur ses liens profonds avec les cultes les plus archa\u00efques de l&#039;humanit\u00e9. 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