{"id":11109,"date":"2012-03-27T02:55:29","date_gmt":"2012-03-27T01:55:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=11109"},"modified":"2012-03-27T02:55:29","modified_gmt":"2012-03-27T01:55:29","slug":"un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/","title":{"rendered":"Un ph\u00e9nom\u00e8ne de la clairvoyance: Madame Fraya par Simone de Tervagne"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Extrait de l\u2019E<em>ncyclop\u00e9die <\/em><em>\u00ab L\u2019Univers de la Parapsychologie et de l\u2019\u00c9sot\u00e9risme \u00bb dirig\u00e9 par Jean-Louis Victor, \u00e9ditions Martinsart, 1976 Tome 1<\/em><em>)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon l&rsquo;avis des plus \u00e9minents occultistes, Mme Fraya fut la plus grande voyante du si\u00e8cle. Elle est morte le 16 f\u00e9vrier 1954. Je l&rsquo;ai fr\u00e9quent\u00e9e pendant les six derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie. Elle m&rsquo;honorait de sa fid\u00e8le amiti\u00e9. Chaque fois que je l&rsquo;ai approch\u00e9e, j&rsquo;ai toujours \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9e par la jeunesse de son esprit, l&rsquo;\u00e9tendue de sa culture, l&rsquo;immensit\u00e9 de sa bont\u00e9 et, surtout par ce fabuleux don de clairvoyance, qui faisait d&rsquo;elle un personnage hors s\u00e9rie, un peu myst\u00e9rieux, mais jamais inqui\u00e9tant. Elle n&rsquo;avait rien d&rsquo;une illumin\u00e9e. Au contraire, elle gardait, en toutes circonstances, les deux pieds sur la terre, demeurant toujours merveilleusement humaine. Je la revois encore, assise dans son fauteuil Empire, arm\u00e9e de sa loupe \u00e0 la monture de nacre, cadeau de la reine Nathalie de Serbie, avec laquelle elle examinait attentivement les lignes et jusqu&rsquo;aux moindres signes des mains qui se tendaient vers elle. Elle m&rsquo;a avou\u00e9 avoir lu dans pr\u00e8s de six cent mille mains ! Imagine-t-on le nombre de secrets qui lui furent confi\u00e9s ? Le nombre de destins qu&rsquo;elle a \u00e9clair\u00e9s de ses \u00e9tonnantes lumi\u00e8res ?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"center\"><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/Fraya1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-11111\" title=\"Fraya1\" src=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/Fraya1.jpg\" alt=\"\" width=\"332\" height=\"448\" srcset=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/Fraya1.jpg 332w, https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/Fraya1-222x300.jpg 222w\" sizes=\"auto, (max-width: 332px) 100vw, 332px\" \/><\/a>Mme Fraya (1871-1954)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Presque toutes les personnalit\u00e9s des cinquante premi\u00e8res ann\u00e9es du si\u00e8cle l&rsquo;ont eue pour confidente&#8230; Les reines Nathalie de Serbie, Marie de Roumanie, Am\u00e9lie de Portugal ; la princesse de Saxe-Meiningen, soeur de Guillaume II; les pr\u00e9sidents Georges Clemenceau et Raymond Poincar\u00e9, les ministres Aristide Briand, Albert Sarrault, Louis Barthou et bien d&rsquo;autres&#8230; Jean Jaur\u00e8s, le prince Youssoupoff, Pierre Loti firent d&rsquo;elle leur confidente ; Anna de Noailles, Rosemonde G\u00e9rard, Anatole France, Marcel Proust, Colette, Andr\u00e9 Antoine, Maurice Rostand, Lucien et Sacha Guitry furent ses amis. Et toutes les grandes com\u00e9diennes vinrent la consulter : Julia Bartet, Sarah Bernhardt, C\u00e9cile Sorel, Marguerite Mor\u00e9no, Mary Marquet, pour n&rsquo;en citer que quelques-unes. \u00c9tonnante Sch\u00e9h\u00e9razade, \u00e0 chacune de mes visites, Mme Fraya faisait revivre, pour moi, son extraordinaire pass\u00e9, entrouvrant, un instant, les voiles qui nous s\u00e9paraient de cette Belle \u00c9poque, \u00e0 jamais r\u00e9volue&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque Valentine Dencausse vint au monde, le 21 mai 1871, \u00e0 onze heures du soir, \u00e0 Villeneuve-de-Marsan, dans les Landes, aucun signe particulier ne r\u00e9v\u00e9la \u00e0 sa famille qu&rsquo;un jour, cette toute menue petite fille deviendrait la grande, l&rsquo;unique Fraya, la plus \u00e9tonnante voyante du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Et cependant, chose \u00e9trange, son p\u00e8re, haut fonctionnaire au minist\u00e8re des Finances, poss\u00e9dait d\u00e9j\u00e0, par intermittences, il est vrai, ce fameux don de voyance. Seuls, ses intimes \u00e9taient au courant de ce que l&rsquo;on consid\u00e9rait alors comme une anomalie&#8230; Une anomalie un peu particuli\u00e8re car, \u00e0 l&rsquo;inverse de la plupart des devins dont la clairvoyance s&rsquo;exerce au profit d&rsquo;autrui, M. Dencausse, lui, connaissait surtout son propre avenir. C&rsquo;est ainsi que, des ann\u00e9es \u00e0 l&rsquo;avance, il avait pr\u00e9dit la date exacte de sa mort : \u00ab Je mourrai avant l&rsquo;hiver, avait-il dit aux siens, un 1<sup>er<\/sup> novembre, \u00e0 minuit, vers ma soixante-quinzi\u00e8me ann\u00e9e, sans souffrance ni agonie. Je garderai ma lucidit\u00e9 jusqu&rsquo;au bout. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son Trait\u00e9 de M\u00e9tapsychique, Charles Richet, professeur \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Paris, membre de l&rsquo;Institut, Prix Nobel de physiologie, commente en ces termes ce saisissant cas d&rsquo;auto-pr\u00e9monition\u00a0: \u00ab Il s&rsquo;agit de M. Dencausse, p\u00e8re de Mme Fraya, laquelle a donn\u00e9, comme on sait, \u00e0 diverses reprises, de beaux exemples de lucidit\u00e9. En mai 1916, M. Dencausse, \u00e2g\u00e9 de soixante-seize ans, annonce malgr\u00e9 une assez bonne sant\u00e9, qu&rsquo;il mourrait avant l&rsquo;hiver. Il s&rsquo;amaigrissait d&rsquo;ailleurs, et se nourrissait mal. Vers le 24 octobre il d\u00e9clare qu&rsquo;il savait le jour de sa mort, que ce serait le jour de la Toussaint. Le 28 octobre, le Dr Geley, appel\u00e9, ne lui trouve aucune l\u00e9sion organique ; pas de fi\u00e8vre, une l\u00e9g\u00e8re bronchite. M. Dencausse d\u00e9clare alors qu&rsquo;il mourra le jour de la Toussaint \u00e0 minuit sonnant, sans souffrance, ni agonie. Le lundi 30, tout allait bien, mais le mardi 31, une pneumonie se d\u00e9clare, avec fi\u00e8vre. Le 1<sup>er<\/sup> novembre, il \u00e9tait plus faible ; mais il pouvait parler et faire ses derni\u00e8res recommandations. Vers 23 heures et demie, il demanda \u00e0 sa femme : \u00ab Quelle heure est-il ? \u00bb Mme Dencausse, pour le tromper, dit : \u00ab Deux heures du matin. \u00bb Le malade r\u00e9pondit : \u00ab Non, il n&rsquo;est pas minuit. A minuit je mourrai. \u00bb A minuit, au moment o\u00f9 la pendule sonnait, il \u00e9tait mort, sans un soupir. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Adolescente, la jeune fille manifesta un go\u00fbt pr\u00e9coce pour la musique. Ses parents lui donn\u00e8rent les meilleurs professeurs de la r\u00e9gion et sa vie semblait s&rsquo;orienter tout naturellement vers une carri\u00e8re de pianiste-virtuose lorsque, vers sa dix-huiti\u00e8me ann\u00e9e, elle abandonna ses \u00e9tudes pour \u00e9pouser M. Louis-Erembert Delmas, professeur agr\u00e9g\u00e9 de grammaire, de vingt ans son a\u00een\u00e9, dont elle avait fait la connaisance chez des amis, \u00e0 Pau. D\u00e9tail curieux : ce fut pendant son voyage de noces, le quatri\u00e8me jour exactement, qu&rsquo;elle eut la fulgurante r\u00e9v\u00e9lation de son don de clairvoyance. Elle pensait que le choc physiologique, qui l&rsquo;avait fait femme, avait probablement d\u00e9clench\u00e9 en elle un autre choc, psychique celui-l\u00e0. A Nice, dans une chambre d&rsquo;h\u00f4tel anonyme, elle eut la vision de son avenir; elle sut qu&rsquo;elle ne partagerait pas la vie studieuse de son mari, dont les go\u00fbts philosophiques l&rsquo;avaient, un instant, s\u00e9duite. Elle se voyait, seule, \u00e0 Paris, dans un appartement assez sombre, recevant des milliers et des milliers de personnes, examinant leurs mains et leur faisant de surprenantes r\u00e9v\u00e9lations sur elles-m\u00eames ou leur entourage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maintes fois, \u00e0 cette \u00e9poque, en r\u00eave, la nuit, ou en clich\u00e9s, bien \u00e9veill\u00e9e, elle vit des centaines de mains qui se tendaient vers elle. La plupart \u00e9taient fines, soign\u00e9es, donnaient une impression de richesse. Mains d&rsquo;hommes d&rsquo;affaires, \u00e9nergiques, solides, mains de chefs, mains intelligentes&#8230; Mains de femmes : longues, douces, charg\u00e9es de bagues \u00e9tincelantes. D\u00e8s lors, elle \u00e9prouva la certitude de faire fausse route. Sans plus tarder, elle d\u00e9cida de tourner la page. Elle se s\u00e9para de son mari, sans toutefois divorcer, car, tr\u00e8s croyante, elle tenait \u00e0 respecter scrupuleusement les prescriptions de la religion catholique. De ce bref mariage, elle eut une fille, qui h\u00e9rita de son p\u00e8re la \u00ab gravit\u00e9 songeuse \u00bb et le go\u00fbt de la solitude. \u00c9crivain de talent, elle est l&rsquo;auteur d&rsquo;ouvrages philosophiques, notamment de : <em>Les P\u00e8lerins illumin\u00e9s<\/em> (Grasset), et <em>Les Bonheurs secrets<\/em> (Fasquelle), qu&rsquo;appr\u00e9ciait beaucoup Georges Clemenceau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ayant acquis la conviction de ne plus \u00ab nager contre le courant \u00bb, Valentine Dencausse r\u00e9solut d&rsquo;ob\u00e9ir \u00e0 la voix int\u00e9rieure qui lui sugg\u00e9rait de lire dans les mains&#8230; Elle se plongea dans la lecture de diff\u00e9rents ouvrages \u00e9sot\u00e9riques, chirologiques et autres. A sa grande d\u00e9ception, ceux-ci ne lui apprirent pas grand-chose. \u00ab C&rsquo;est dans le livre de la vie, m&rsquo;a-t-elle dit, que j&rsquo;ai puis\u00e9 les plus pr\u00e9cieux enseignements. Peu \u00e0 peu, j&rsquo;ai d\u00e9couvert dans les signes qui sillonnent les paumes des mains, les secrets de notre vie int\u00e9rieure et les r\u00e9actions que les \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs provoquent dans notre sensibilit\u00e9. J&rsquo;ai \u00e9tudi\u00e9 un grand nombre de mains avant de me mettre en contact avec le public. J&rsquo;ai fait de multiples exp\u00e9riences qui m&rsquo;aid\u00e8rent \u00e0 d\u00e9chiffrer le myst\u00e8re des \u00e2mes et juger du degr\u00e9 de leur \u00e9volution. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle r\u00e9solut d&rsquo;exp\u00e9rimenter son don naissant sur ses amies b\u00e9arnaises et basquaises. Le r\u00e9sultat d\u00e9passa tout ce qu&rsquo;elle avait pu imaginer. En quelques mois, elle devint une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 locale. Dans les salons des notabilit\u00e9s de Pau, de Bayonne, de Biarritz, les commentaires allaient bon train et partout on vantait ses m\u00e9rites. La justesse de ses r\u00e9v\u00e9lations, l&rsquo;\u00e9tonnante pr\u00e9cision de ses pr\u00e9dictions d\u00e9concertaient les plus sceptiques. C&rsquo;est \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0 que le destin lui donna un premier coup de pouce. Elle fut invit\u00e9e \u00e0 la Cour de la reine Nathalie de Serbie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mme Fraya m&rsquo;a fort bien d\u00e9crit ce premier \u00e9v\u00e9nement de sa nouvelle vie de voyante : \u00ab La reine Nathalie de Serbie \u00e9tait une fort belle femme d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es. Quoique r\u00e9pudi\u00e9e par son mari, l&rsquo;ex-roi Milan Obrenovitch IV, elle menait un train de vie fastueux. Elle avait choisi la France comme seconde patrie et venait de faire l&rsquo;acquisition, \u00e0 Biarritz, de la Villa Sachino, v\u00e9ritable palais, face \u00e0 la mer. Elle vivait l\u00e0, tr\u00e8s entour\u00e9e, surtout d&rsquo;hommes, donnant des bals, des r\u00e9ceptions d&rsquo;un luxe inou\u00ef, auxquels assistaient principalement les personnalit\u00e9s de la colonie russe <a id=\"ftnref1\" href=\"#ftn1\">[1]<\/a>. Un ancien ministre de Serbie avait entendu parler de mes pr\u00e9dictions. Il sugg\u00e9ra \u00e0 la reine Nathalie de m&rsquo;inviter \u00e0 la f\u00eate de charit\u00e9 qu&rsquo;elle pr\u00e9parait. C&rsquo;est ainsi que, bien avant mes d\u00e9buts officiels \u00e0 Paris, j&rsquo;exer\u00e7ai mon don de voyance pour la toute premi\u00e8re fois sous l&rsquo;auspice d&rsquo;une reine. \u00bb Ce fut au cours de cette premi\u00e8re r\u00e9ception qu&rsquo;elle fit la connaissance de Pierre Loti. Mais, r\u00e9serv\u00e9, m\u00e9fiant de nature et peut-\u00eatre intimid\u00e9, l&rsquo;\u00e9crivain ne lui demanda pas, ce jour-l\u00e0, de lever, pour lui, le voile de l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une ann\u00e9e passa. Entre temps, la jeune devineresse \u00e9tait venue s&rsquo;installer \u00e0 Paris. L\u00e0, second coup de pouce du destin. S\u00e9verine, journaliste c\u00e9l\u00e8bre, r\u00e9dactrice en chef du <em>Cri du Peuple<\/em>, pionni\u00e8re de la solidarit\u00e9 sociale, lui demanda de venir lire dans les mains des plus grands noms de France, lors d&rsquo;une f\u00eate de charit\u00e9 qu&rsquo;elle organisait au profit de l&rsquo;Orphelinat des Arts, au Jockey-Club. Et comme Valentine Dencausse h\u00e9sitait \u00e0 faire figurer son nom sur une affiche, S\u00e9verine, d&rsquo;autorit\u00e9, d\u00e9cida de lui chercher un pseudonyme. En potassant, au hasard, un ouvrage consacr\u00e9 aux l\u00e9gendes d&rsquo;outre-Rhin, elle trouva le nom de Fraya. Cette ancienne d\u00e9esse germanique porta chance \u00e0 la jeune devineresse car c&rsquo;est sous ce nom-l\u00e0 qu&rsquo;\u00e9lle parvint aux sommets de la renomm\u00e9e. Au Jockey-Club, elle fit la connaissance de l&rsquo;\u00e9lite parisienne, compos\u00e9e \u00e0 cette \u00e9poque de t\u00eates couronn\u00e9es ou promises \u00e0 la couronne, d&rsquo;hommes politiques influents, de ministres, d&rsquo;\u00e9crivains, de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s internationales. Cach\u00e9e derri\u00e8re un simple paravent, tel un pr\u00eatre au confessionnal, elle en re\u00e7ut plusieurs centaines, notamment l&rsquo;archiduc St\u00e9phane, Adrien H\u00e9brard, directeur du Temps, Arthur Meyer, directeur du Gaulois, les barons de Rothschild, Jules Lema\u00eetre, Anna de Noailles, Maurice Donnay, Alfred Capus, Porto-Riche et beaucoup d&rsquo;autres&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s le lendemain, comme une tra\u00een\u00e9e fulgurante, le nom de Fraya se r\u00e9pandit dans Paris&#8230; Dans les salons, les salles de r\u00e9daction, on ne parlait plus que de ses dons prodigieux. En deux jours, sa r\u00e9putation d\u00e9passa celle de la voyante la plus connue de l&rsquo;\u00e9poque : Mme de Th\u00e8bes. Avec l&rsquo;aide de la bienfaisante S\u00e9verine, elle trouva un spacieux appartement, situ\u00e9 au 11 bis, rue d&rsquo;Edimbourg et s&rsquo;y installa. Elle put alors constater l&rsquo;\u00e9tonnante justesse de ses premi\u00e8res visions. Le cadre o\u00f9 elle allait vivre lui apparut tel qu&rsquo;elle l&rsquo;avait pr\u00e9vu : assez sombre au point qu&rsquo;il fallut en \u00e9clairer les murs de miroirs anciens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ao\u00fbt 1902, Mme Fraya revint pr\u00e9cipitamment sur la c\u00f4te basque, car la reine Nathalie d\u00e9sirait qu&rsquo;elle f\u00fbt, une fois de plus, la principale attraction d&rsquo;une f\u00eate de charit\u00e9 qui devait avoir lieu dans les jardins du palais de Sachino et qui durerait trois jours. Cette fois-ci, elle occupait dans le parc, un curieux petit pavillon du genre gu\u00e9rite baln\u00e9aire, recouverte d&rsquo;une \u00e9paisse toile \u00e0 rayures vertes et blanches. Fix\u00e9 sur la fa\u00e7ade, un panneau annon\u00e7ait : \u00ab Fraya, graphologue c\u00e9l\u00e8bre, lit dans la main. \u00bb C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;elle revit Pierre Loti, devenu tr\u00e8s connu par ses romans <em>Azyiad\u00e9<\/em>, <em>Ramuntcho<\/em> et, surtout <em>P\u00eacheurs d&rsquo;Islande<\/em>. Cette fois, il voulut se faire lire dans les mains. Ce que Mme Fraya lui r\u00e9v\u00e9la le troubla si fort que, pour lui manifester sa reconnaissance, il lui consacra un article fort \u00e9logieux dans Le Figaro, sous le titre : \u00ab <em>Une chiromancienne chez une reine en exil<\/em>. \u00bb A partir de ce moment-l\u00e0, des relations amicales s&rsquo;\u00e9tablirent entre-eux et, par la suite, chaque fois qu&rsquo;ils se retrouvaient soit \u00e0 Paris, soit sur la c\u00f4te basque ils se rendaient mutuellement visite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, un journaliste du <em>Gaulois<\/em>, Julien de Narfon, voulut en savoir plus long sur la rencontre de Pierre Loti avec Mme Fraya. Car l&rsquo;article du romancier ne donnait aucun d\u00e9tail sur la nature des pr\u00e9dictions qui lui avaient \u00e9t\u00e9 faites. Il interrogea \u00e0 ce sujet Pierre Loti lui-m\u00eame qui lui r\u00e9pondit : \u00ab Jusqu&rsquo;\u00e0 samedi, je pensais que la chiromancie n&rsquo;\u00e9tait que blague, fumisterie, charlatanisme. C&rsquo;est ce jour-l\u00e0 que Mme Fraya, qui tenait, comme vous le savez, le \u00ab pavillon de la bonne aventure \u00bb \u00e0 la f\u00eate de Sachino, a lu dans ma main. C&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois que je me pr\u00eatais \u00e0 une \u00e9tude de ce genre, avec un scepticisme absolu, je vous l&rsquo;assure, bien que mon amie, Mme Juliette Adam, m&rsquo;e\u00fbt dit de ma chiromancienne \u00e9norm\u00e9ment de bien. Or, Mme Fraya m&rsquo;a racont\u00e9 des choses extraordinaires, renversantes, avec un luxe de pr\u00e9cisions et de d\u00e9tails qui m&rsquo;a fortement impressionn\u00e9 et troubl\u00e9. Malheureusement, ces choses font partie de ma vie intime et il m&rsquo;est vraiment impossible d&rsquo;en parler. Il y en a toutefois une que je ne vois pas d&rsquo;inconv\u00e9nient \u00e0 vous r\u00e9v\u00e9ler. Sachez donc que, pendant un voyage en Perse, je fus attaqu\u00e9 par des brigands qui me laiss\u00e8rent presque pour mort. Je n&rsquo;ai jamais parl\u00e9 en France de cette aventure que Mme Fraya ne pouvait pas conna\u00eetre. Elle m&rsquo;en a fait, pourtant, le r\u00e9cit tr\u00e8s exact, avec les circonstances de temps et de lieu. Cela ne tient-il pas du prodige ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab \u2014 Vous voil\u00e0 donc sur le chemin de Damas de la chiromancie ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab \u2014 Peut-\u00eatre ! Cependant, je ne me h\u00e2te pas de conclure. Je doute, j&rsquo;h\u00e9site. Je ne sais plus. J&rsquo;admettrais assez volontiers qu&rsquo;on p\u00fbt d\u00e9couvrir dans les lignes de la main, les indications plus ou moins vagues sur le caract\u00e8re, les tendances de l&rsquo;individu et en d\u00e9duire, si l&rsquo;on est habile, certaines circonstances soit pour le pass\u00e9, soit m\u00eame pour l&rsquo;avenir. Mais entre les lignes de la main et un \u00e9v\u00e9nement ext\u00e9rieur, tout \u00e0 fait ind\u00e9pendant de mon intelligence et de ma volont\u00e9, quel rapport peut-il bien y avoir, de cause \u00e0 effet ? Je ne comprend pas&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par la suite, Mme Fraya, qui collectionnait d\u00e9j\u00e0 les attestations des c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s, demanda \u00e0 Pierre Loti s&rsquo;il consentirait \u00e0 lui envoyer une lettre autographe. Il le fit en des termes particuli\u00e8rement flatteurs o\u00f9 il lui disait notamment que sa \u00ab divination sup\u00e9rieure l&rsquo;avait combl\u00e9 d&rsquo;\u00e9tonnement \u00bb. Et Mme Fraya lui r\u00e9pondit par une lettre charmante o\u00f9 elle le remerciait \u00ab de la bonne gr\u00e2ce avec laquelle il avait bien voulu acc\u00e9der \u00e0 son d\u00e9sir \u00bb. Ce fut au d\u00e9but de leurs relations amicales que Pierre Loti lui fit un don inestimable : il lui offrit le talisman auquel il tenait le plus, le fameux collier de la D\u00e9esse des faveurs, compos\u00e9 de quarante-six grains d&rsquo;ambre, s\u00e9par\u00e9s par des turquoises, qu&rsquo;il avait rapport\u00e9 d&rsquo;un voyage aux Indes. Grand amateur d&rsquo;objets rares, de f\u00e9tiches, de breloques et de m\u00e9dailles, il en portait constamment sur lui. Il les touchait de temps \u00e0 autre pour conjurer le mauvais sort&#8230; \u00ab Ne me demandez pas, lui dit-il, comment je l&rsquo;ai obtenu, je ne puis vous le dire. Je vous l&rsquo;offre afin qu&rsquo;il vous prot\u00e8ge ainsi que ceux qui vous sont chers. \u00bb<\/p>\n<table width=\"438\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"438\">\n<p align=\"center\"><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/Fraya2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-11112\" title=\"Fraya2\" src=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/Fraya2.jpg\" alt=\"\" width=\"336\" height=\"437\" srcset=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/Fraya2.jpg 336w, https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/Fraya2-230x300.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 336px) 100vw, 336px\" \/><\/a>Ce fabuleux talisman, Pierre Loti le rapporta des Indes et l&rsquo;offrit \u00e0 Mme Fraya en 1900. Chez elle, les plus illustres personnages de la Belle \u00c9poque et des Ann\u00e9es Folles all\u00e8rent le toucher. Il \u00e9tait la propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019auteure Simone de Tervagne (1911-1992).<\/p>\n<p align=\"center\">(photo J.-P. Trosset).<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mme Fraya ne s&rsquo;en s\u00e9parait jamais. Tout au long de sa carri\u00e8re, elle le garda \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle sur un petit gu\u00e9ridon, dans son cabinet de consultation. \u00ab En r\u00e9alit\u00e9, m&rsquo;avait-elle dit, ce n&rsquo;est pas un collier, mais un tr\u00e8s ancien rosaire hindou. Il provient d&rsquo;un temple de B\u00e9nar\u00e8s <a id=\"ftnref2\" href=\"#ftn2\">[2]<\/a>, le \u00ab Temple de la D\u00e9esse des faveurs \u00bb. A diff\u00e9rentes \u00e9poques de l&rsquo;ann\u00e9e, il \u00e9tait expos\u00e9 sur les genoux de la statue de la d\u00e9esse. Les fid\u00e8les se pr\u00e9cipitaient alors dans le temple, priaient \u00e0 haute voix et formulaient leurs voeux. Selon la croyance populaire, ces voeux devaient \u00eatre exauc\u00e9s dans l&rsquo;ann\u00e9e. Pierre Loti se trouva pr\u00e9cis\u00e9ment de passage \u00e0 B\u00e9nar\u00e8s un de ces jours-l\u00e0. Avec deux de ses marins, il p\u00e9n\u00e9tra dans le temple&#8230; Comment devint-il le propri\u00e9taire de ce fabuleux talisman ? Myst\u00e8re&#8230; Il ne me donna aucun d\u00e9tail \u00e0 ce sujet. Je me suis toujours demand\u00e9 s&rsquo;il ne l&rsquo;avait pas vol\u00e9&#8230; En revanche, il me parla longuement de sa l\u00e9gende, qu&rsquo;il tenait d&rsquo;un brahmane de B\u00e9nar\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00ab Ce rosaire se trouvait primitivement dans un monast\u00e8re du Tibet, plusieurs si\u00e8cles avant l&rsquo;\u00e8re chr\u00e9tienne. Les Grands Initi\u00e9s, qui pratiquaient la magie th\u00e9urgique, le charg\u00e8rent de radiations b\u00e9n\u00e9fiques d&rsquo;une puissance telle qu&rsquo;elles d\u00e9fient le temps ! Quand, apr\u00e8s des ann\u00e9es de rites, de passes magn\u00e9tiques et de pri\u00e8res, ils le jug\u00e8rent digne des dieux, ils le firent porter \u00e0 B\u00e9nar\u00e8s par des moines qui l&rsquo;offrirent \u00e0 la D\u00e9esse des faveurs. J&rsquo;y tiens beaucoup, beaucoup&#8230; Anna de Noailles, Marcel Proust, entre autres, venaient souvent le toucher&#8230; Ceux qui croient aux vertus des talismans sont moins rares qu&rsquo;on ne le pense&#8230; Qui donc est s\u00fbr de poss\u00e9der un bonheur d\u00e9finitif et stable ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s l&rsquo;ann\u00e9e 1910, Mme Fraya pressentit qu&rsquo;un conflit mondial d&rsquo;une gravit\u00e9 exceptionnelle approchait&#8230; Diff\u00e9rents \u00e9v\u00e9nements troublants vinrent renforcer sa certitude int\u00e9rieure. Le premier se situa, en juillet 1910, \u00e0 Vichy, o\u00f9 Mme Fraya \u00e9tait venue en compagnie de sa fille Marcelle. Pendant que celle-ci faisait la cure, la voyante recevait des consultants dans l&rsquo;appartement qu&rsquo;elle avait lou\u00e9 pour la dur\u00e9e de son s\u00e9jour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Chaque soir, apr\u00e8s le d\u00eener, m&rsquo;avait-elle dit, j&rsquo;aimais aller prendre l&rsquo;air, me promener sans but, \u00e0 travers la ville redevenue paisible. Un soir, non loin du parc, je tombe nez \u00e0 nez avec Jean Jaur\u00e8s, que je connaissais bien. Sa silhouette, d&rsquo;ailleurs, ne passait pas inaper\u00e7ue. Trapu, lourdaud, se mouvant avec des gr\u00e2ces d&rsquo;ours apprivois\u00e9, hiver comme \u00e9t\u00e9, il portait le col de son pardessus relev\u00e9 comme s&rsquo;il craignait les courants d&rsquo;air. Pourtant, il jouissait d&rsquo;une robuste sant\u00e9. Sa r\u00e9sistance physique \u00e9tait d&rsquo;ailleurs proverbiale. D\u00e8s qu&rsquo;il me vit, le c\u00e9l\u00e8bre tribun vint \u00e0 moi. De but en blanc, il me parla de chiromancie, car cela le passionnait. De m\u00eame que toutes les formes de pr\u00e9monitions, d&rsquo;intuition, de pressentiments. Pr\u00e9c\u00e9demment, il m&rsquo;avait fort surprise en me r\u00e9v\u00e9lant qu&rsquo;il lui arrivait de voir, \u00e0 l&rsquo;avance, certains \u00e9v\u00e9nements pr\u00e9cis de son propre avenir !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Ce soir-l\u00e0, je sentais qu&rsquo;il \u00e9tait obs\u00e9d\u00e9 par une id\u00e9e qui ne le quittait pas. En pleine rue, \u00e0 br\u00fble-pourpoint, il me demanda de lui lire dans la main&#8230; \u00ab Je ne veux pas savoir quand je mourrai, mais comment je mourrai \u00bb, me dit-il. Comme la nuit tombait, je lui proposai de marcher jusqu&rsquo;au prochain r\u00e9verb\u00e8re qui venait de s&rsquo;allumer. Et l\u00e0, il me tendit ses mains&#8230; J&rsquo;y vis tr\u00e8s nettement le signe d&rsquo;une mort violente, mais je n&rsquo;osais le lui dire. J&rsquo;\u00e9tais l\u00e0, profond\u00e9ment troubl\u00e9e \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;un homme aussi bon, aussi chevaleresque, aussi talentueux mais qui, malheureusement, mettait parfois son talent oratoire au service d&rsquo;id\u00e9es chim\u00e9riques (ne disait-il pas, qu&rsquo;en cas de guerre, les socialistes allemands marcheraient aux fronti\u00e8res pour ouvrir les bras aux soldats fran\u00e7ais, plut\u00f4t que de se battre contre eux ?) bref, qu&rsquo;un homme de sa valeur put dispara\u00eetre dans la force de l&rsquo;\u00e2ge, d&rsquo;une mani\u00e8re aussi brutale. Il per\u00e7ut mon embarras :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab \u2014 Vous pouvez tout me dire. Allez-y !.. Que voyez-vous ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab \u2014 Je vois que vous mourrez de mort violente&#8230; dans la rue&#8230; \u00ab Alors lui, m&rsquo;interrompant, ajouta\u00a0: \u00ab Et moi, je vais achever votre pr\u00e9diction&#8230; Ce sera \u00e0 la veille d&rsquo;une d\u00e9claration de guerre&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Exactement quatre ans plus tard, le 31 juillet 1914, il fut assassin\u00e9 par Raoul Vilain, au caf\u00e9 du Croissant, rue Montmartre. A ce moment-l\u00e0, boulevers\u00e9e, je me rem\u00e9morai notre rencontre \u00e0 Vichy et je sus que c&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 le signe\u00a0: nous \u00e9tions \u00e0 la veille d&rsquo;une guerre&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s la fin de 1913, Mme Fraya fut effray\u00e9e par le nombre consid\u00e9rable de morts violentes qu&rsquo;elle voyait dans les mains des jeunes hommes qui venaient la consulter. Et comme, \u00e0 cette \u00e9poque, ni l&rsquo;automobile, ni l&rsquo;aviation n&rsquo;\u00e9taient parvenues au stade meurtrier o\u00f9 nous les voyons aujourd&rsquo;hui, elle ne pouvait que conclure \u00e0 l&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9 d&rsquo;une guerre prochaine&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;autres pr\u00e9dictions faites \u00e0 une illustre consultante vinrent confirmer ses pressentiments. \u00ab Un jour, m&rsquo;a-t-elle dit, une myst\u00e9rieuse personne, toute v\u00eatue de noir, grande, mince, tr\u00e8s droite, sans un bijou, sans m\u00eame une bague \u2014 pourtant, \u00e0 son annulaire, se devinait la marque faite par une alliance qu&rsquo;elle avait d\u00fb retirer pour mieux me mettre \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve \u2014 s&rsquo;assit en face de moi et, sans un mot, me tendit un sp\u00e9cimen d&rsquo;\u00e9criture, sans signature, afin que je l&rsquo;examine. J&rsquo;ignorais tout de l&rsquo;identit\u00e9 de la visiteuse, bien qu&rsquo;elle m&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e par une amie, une dame de l&rsquo;aristocratie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Imm\u00e9diatement, je lui dis : \u00ab La personne qui a \u00e9crit ces lignes occupe une situation tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e. Mais cet homme, car je vois nettement qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u00e9criture masculine, est sujet \u00e0 de violents coups de t\u00eate. Attention, bient\u00f4t, il en commettra un d&rsquo;une importance consid\u00e9rable, qui risque de le ruiner, ainsi que tous les siens&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Tr\u00e8s p\u00e2le, et toujours sans prononcer un mot, cette dame me tendit ses mains pour que je les examine. \u00ab Quelle destin\u00e9e compliqu\u00e9e, m&rsquo;exclamai-je ! Que de lignes enchev\u00eatr\u00e9es ! Quelle puissance et quelle richesse ! et, tout \u00e0 la fois, quelles angoisses et quel chagrin ! \u00bb Je vis qu&rsquo;elle \u00e9tait mari\u00e9e, m\u00e8re de famille, mais que son mari la traitait durement, injustement, car c&rsquo;\u00e9tait une femme de grand m\u00e9rite. Soudain, j&rsquo;eus une vision pr\u00e9cise : je fis un rapprochement entre cette femme et la feuille \u00e9crite qui se trouvait encore sur mes genoux : \u00ab Cet homme, qui n&rsquo;est pas votre mari, sera la cause de votre ruine. Le danger vous menace tous, vous et vos enfants&#8230; Vous devrez, un jour, quitter votre pays. Le mot exil vous environne&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Ma consultante se leva d&rsquo;un bond, reprit sa lettre et me toisa : \u00ab Madame, ce que vous venez de dire est absurde, ridicule, insens\u00e9. Ma famille occupe une situation qui ne peut s&rsquo;effondrer : je suis la princesse de Saxe-Meiningen et cette \u00e9criture est celle de mon fr\u00e8re, l&#8217;empereur Guillaume II. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Sans me d\u00e9partir de ma s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, je lui r\u00e9pondis : \u00ab Je maintiens, Madame, tout ce que je viens de vous dire. Je ne me suis pas tromp\u00e9e. Bient\u00f4t votre fr\u00e8re d\u00e9clarera la guerre \u00e0 l&rsquo;Europe. Il y perdra sa puissance, car il sera vaincu&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Je ne vous crois pas, reprit la princesse, impressionn\u00e9e par mon calme. En tout cas, la France peut \u00eatre tranquille. En v\u00e9rit\u00e9, mon fr\u00e8re l&rsquo;adore. \u00bb Plus troubl\u00e9e qu&rsquo;elle ne voulait le para\u00eetre, elle ajouta : \u00ab Vous \u00eates un personnage \u00e9trange. Je crois qu&rsquo;il plairait \u00e0 mon fr\u00e8re de vous conna\u00eetre, car il s&rsquo;int\u00e9resse \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 la graphologie et \u00e0 la chirologie. Nous feriez-vous le plaisir de venir passer un mois sur notre yacht qui se trouvera \u00e0 Venise au mois de septembre prochain ? Nous projetons une croisi\u00e8re dans l&rsquo;Adriatique. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Ce fut plus fort que moi. Sans souci de tout protocole, oubliant que j&rsquo;avais devant moi la soeur d&rsquo;un empereur, je l&rsquo;interrompis d&rsquo;un geste de la main : \u00ab Madame, je suis infiniment honor\u00e9e de cette invitation. L&rsquo;an pass\u00e9, je l&rsquo;eusse accept\u00e9e avec joie. Pourtant, cette ann\u00e9e, je puis vous affirmer que ni votre yacht, ni Guillaume II ne se trouveront \u00e0 Venise en septembre. Et d&rsquo;ailleurs, vous ne penserez plus du tout \u00e0 cette croisi\u00e8re. Une \u00e8re sanglante commencera en Europe, par la volont\u00e9 puissante de l&#8217;empereur d&rsquo;Allemagne. \u00bb Elle prit cong\u00e9 de moi, on ne peut plus incr\u00e9dule. Cinq mois plus tard, la guerre \u00e9clatait. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La grande p\u00e9riode de Mme Fraya devait se situer, \u00e9trange co\u00efncidence, aux heures les plus sombres de la guerre 1914-1918. Pour la premi\u00e8re fois dans les annales de la clairvoyance, une voyante allait jouer un r\u00f4le historique. Non pas un r\u00f4le l\u00e9gendaire comme celui que Hom\u00e8re attribue aux oracles de l&rsquo;Odyss\u00e9e et de l&rsquo;Iliade, mais un r\u00f4le r\u00e9el, avec preuves irr\u00e9futables et t\u00e9moignages d&rsquo;hommes politiques de premier plan, tels Raymond Poincar\u00e9, Alexandre Millerand, Aristide Briand, Albert Sarraut, Louis Barthou, Malvy et beaucoup d&rsquo;autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela se passa au d\u00e9but de septembre 1914. En pleine nuit, \u00e0 deux heures du matin, elle re\u00e7ut un coup de t\u00e9l\u00e9phone du minist\u00e8re de la Guerre, lui demandant de passer d&rsquo;urgence rue Saint-Dominique, afin de donner son opinion sur le d\u00e9roulement des op\u00e9rations militaires. La Premi\u00e8re Arm\u00e9e allemande se trouvait \u00e0 Compi\u00e8gne. Senlis et Creil \u00e9taient en flammes&#8230; Devant un parterre de ministres angoiss\u00e9s, dans une indescriptible atmosph\u00e8re de panique, elle avait pu pr\u00e9dire avec certitude et pr\u00e9cision que : 1\u00b0 les Allemands n&rsquo;entreraient pas dans Paris ; 2\u00b0 que leur victoire allait tomber \u00e0 l&rsquo;eau ; 3\u00b0 qu&rsquo;aux environs du 10 septembre ils se retrancheraient sur l&rsquo;Aisne ; 4\u00b0 que ce serait l&rsquo;\u00e9croulement de leur plan de campagne rapide. A partir du 12 septembre, la miraculeuse victoire de la Marne, remport\u00e9e sur l&rsquo;ennemi par les g\u00e9n\u00e9raux Joffre et Galli\u00e9ni, devait donner, une fois de plus, raison \u00e0 Mme Fraya.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa renomm\u00e9e prit alors des proportions fabuleuses. Les hommes politiques les plus sceptiques tinrent \u00e0 conna\u00eetre l&rsquo;\u00e9tonnante devineresse. Raymond Poincar\u00e9, alors Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, la re\u00e7ut plusieurs fois \u00e0 l&rsquo;lys\u00e9e. Par la suite, il vint la consulter chez elle, rue d&rsquo;Edimbourg.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Georges Clemenceau, tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 de toutes pr\u00e9occupations \u00e9sot\u00e9riques, tint lui aussi \u00e0 la conna\u00eetre et la fit venir plusieurs fois dans son c\u00e9l\u00e8bre rez-de-chauss\u00e9e de la rue Franklin. Un matin de printemps de l&rsquo;ann\u00e9e 1920, Mme Fraya se rendit donc chez lui, en compagnie de sa fille Marcelle. Non seulement le vieil homme d&rsquo;\u00c9tat tenait \u00e0 conna\u00eetre l&rsquo;auteur des <em>Bonheurs secrets<\/em> avec laquelle il entretenait des relations \u00e9pistolaires, mais il d\u00e9sirait \u00e9galement que Mme Fraya \u00e9tudi\u00e2t l&rsquo;\u00e9criture de Paul Deschanel ! L&rsquo;\u00e9lection r\u00e9cente de ce dernier \u00e0 la Pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique avait particuli\u00e8rement affect\u00e9 le \u00ab P\u00e8re la Victoire \u00bb. Bien qu&rsquo;il n&rsquo;e\u00fbt pas pos\u00e9 officiellement sa candidature, il avait aspir\u00e9 \u00e0 occuper cette supr\u00eame fonction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Il me tendit, m&rsquo;a dit Mme Fraya, une br\u00e8ve note administrative dactylographi\u00e9e, sign\u00e9e par Paul Deschanel, datant de l&rsquo;\u00e9poque toute r\u00e9cente o\u00f9 celui-ci \u00e9tait pr\u00e9sident de l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale. J&rsquo;examinai cette signature : \u00ab Il s&rsquo;agit, lui dis-je, d&rsquo;un \u00eatre fin, lettr\u00e9, distingu\u00e9, mais sans grande personnalit\u00e9. Nature inqui\u00e8te, sensible, dou\u00e9e d&rsquo;une vive perspicacit\u00e9. A la fois souple et impulsif. Fonci\u00e8rement honn\u00eate. Sujet \u00e0 de petits accidents bizarres. De sant\u00e9 d\u00e9licate, en d\u00e9pit des apparences. Je doute fort qu&rsquo;il puisse aller au bout de son septennat. \u00bb Je ne pensais pas si bien dire ! Cinq mois plus tard, en septembre 1920, Paul Deschanel dut d\u00e9missionner pour raison de sant\u00e9. Pr\u00e9c\u00e9demment, lors d&rsquo;un voyage \u00e0 Montbrison, on l&rsquo;avait trouv\u00e9 en pyjama, errant le long de la voie ferr\u00e9e. Au cours d&rsquo;un bref arr\u00eat du train, en pleine nuit, en rase campagne, il avait ouvert la porti\u00e8re de son wagon-lit et \u00e9tait descendu. Lorsqu&rsquo;un garde-champ\u00eatre le d\u00e9couvrit, il pronon\u00e7ait des phrases incoh\u00e9rentes. D\u00e8s que la nouvelle de sa d\u00e9mission fut officielle, Georges Clemenceau m&rsquo;envoya ce mot sur sa carte de visite : \u00ab Bravo, Madame, vous aviez vu juste&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre 1914 et 1930, Mme Fraya fut litt\u00e9ralement d\u00e9bord\u00e9e, assi\u00e9g\u00e9e, tant sa renomm\u00e9e d\u00e9passait les fronti\u00e8res. Des demandes de consultations, un courrier volumineux lui parvenaient de partout. Sans parler des invitations de plus en plus nombreuses auxquelles elle \u00e9tait convi\u00e9e. \u00ab Les jours o\u00f9, en raison d&rsquo;une importante r\u00e9ception, je tardais \u00e0 rentrer chez moi, m&rsquo;a-t-elle dit, je savais que mon salon d&rsquo;attente regorgeait de monde rien que par les apparitions de mains autour de moi&#8230; Il en surgissait de tous c\u00f4t\u00e9s&#8230; Il me semblait qu&rsquo;elles allaient me toucher&#8230; Alors, vite, je prenais cong\u00e9 de mes h\u00f4tes, tout surpris de ma pr\u00e9cipitation&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;histoire de ces apparitions de mains passionnait l&rsquo;une des plus grandes amies de Mme Fraya : l&rsquo;illustre po\u00e9tesse Anna de Noailles. Elle lui demandait de lui raconter exactement ce qu&rsquo;elle voyait et de lui d\u00e9crire minutieusement les mains qui se tendaient vers elle. \u00ab La divine comtesse, ainsi qu&rsquo;on la nommait, \u00e9tait, tout \u00e0 la fois, tr\u00e8s impressionnable et tr\u00e8s impulsive, m&rsquo;a dit Mme Fraya. D&rsquo;origine roumaine, n\u00e9e princesse de Brancovan, elle comptait, au nombre de ses anc\u00eatres, des princes grecs et des empereurs de Byzance. De la race slave, elle h\u00e9rita l&rsquo;humeur fantasque, de ses lointaines origines hell\u00e8nes, les immenses yeux noirs qui lui d\u00e9voraient le visage et, surtout, cette ardeur, ce lyrisme, ce langage sublime qui firent d&rsquo;elle la reine incontest\u00e9e de la po\u00e9sie&#8230; D&rsquo;une sant\u00e9 fragile, elle ne pouvait vivre que couch\u00e9e. Elle recevait toujours amis et visiteurs allong\u00e9e sur un canap\u00e9, dans un salon aux volets mi-clos de son h\u00f4tel particulier de la rue Scheffer. Elle souffrait d&rsquo;une grave affection intestinale, mais refusait de se laisser op\u00e9rer. Lorsqu&rsquo;elle d\u00e9sirait me voir, sa secr\u00e9taire ou la doctoresse Francion-Lobre qui la soignait, me t\u00e9l\u00e9phonait pour me demander de \u00ab\u00a0pr\u00e9parer la chaise-longue\u00a0\u00bb. D\u00e8s que sa voiture s&rsquo;arr\u00eatait devant l&rsquo;immeuble, Justine, ma fid\u00e8le servante, se pr\u00e9cipitait pour l&rsquo;aider. On l&rsquo;installait alors sur la chaise-longue au milieu de coussins et de fourrures. Elle avait les mains les plus petites et les plus fines que j&rsquo;aie jamais tenues dans les miennes. Elle me demandait souvent : \u00ab Croyez-vous que je deviendrai un jour, une vieille femme ? Ce serait horrible ! \u00bb Je lui r\u00e9pondais : \u00ab Rassurez-vous, vous ne laisserez \u00e0 personne le souvenir d&rsquo;une d\u00e9ch\u00e9ance physique&#8230; Vous d\u00e9passerez cinquante-deux ans et vous garderez jusqu&rsquo;au bout l&rsquo;apparence d&rsquo;une grande jeunesse&#8230; \u00bb Un jour de m\u00e9lancolie, elle me confia : \u00ab Je voudrais mourir jeune pour ne pas conna\u00eetre la douleur de perdre ceux que j&rsquo;aime&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peu avant sa fin, en mai 1933, elle r\u00e9clama Mme Fraya. Celle-ci se rendit \u00e0 son chevet. D&rsquo;une main qui ne tremblait pas, Anna de Noailles lui d\u00e9dica\u00e7a son dernier ouvrage de sa haute et noble \u00e9criture qui couvrait toute la page de garde. \u00ab Toujours tr\u00e8s belle, malgr\u00e9 ses cinquante-trois ans, m&rsquo;a dit Mme Fraya, d&rsquo;une \u00e9mouvante p\u00e2leur, lucide jusqu&rsquo;au bout, elle a pris mes mains dans les siennes et m&rsquo;a dit \u00ab Jurez-moi que vous croyez \u00e0 la survie ! Jurez-moi que la mort n&rsquo;est pas la fin de tout ! \u00bb Fid\u00e8le \u00e0 elle-m\u00eame jusque dans la mort, elle refusa \u00ab l&rsquo;horrible d\u00e9ch\u00e9ance physique \u00bb. Selon ses derni\u00e8res volont\u00e9s, son corps fut embaum\u00e9, entour\u00e9 de bandelettes parfum\u00e9es tel celui d&rsquo;une reine de l&rsquo;\u00c9gypte antique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marcel Proust fut, tout \u00e0 la fois, un admirateur et ami d&rsquo;Anna de Noailles et de Mme Fraya. Dans sa correspondance avec Anna de Noailles, il est plusieurs fois question des visites du romancier \u00e0 l&rsquo;illustre voyante. Avec son doigt\u00e9 souverain, sa gentillesse, celle-ci sut, maintes fois, r\u00e9concilier les deux \u00e9crivains dont l&rsquo;amiti\u00e9 \u00e9tait si souvent travers\u00e9e \u00ab d&rsquo;orages et de brouilles \u00bb, qu&rsquo;\u00e0 une certaine \u00e9poque, ils ne se virent que dix fois en quinze ans ! Anna de Noailles, sinc\u00e8rement navr\u00e9e des bouderies de Proust, chargea Mme Fraya de les r\u00e9unir lors d&rsquo;un petit d\u00eener chez elle, rue d&rsquo;Edimbourg. Ce qu&rsquo;elle fit : \u00ab Et quoiqu&rsquo;au d\u00e9but, il y eut un peu de nervosit\u00e9 dans l&rsquo;air, je r\u00e9ussis \u00e0 arrondir les angles par quelques phrases empreintes de la plus cordiale bonne humeur. Peu apr\u00e8s, Anna de Noailles et Marcel Proust devisaient comme s&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient vus la veille ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les Lettres \u00e0 la Comtesse de Noailles pr\u00e9sent\u00e9es et comment\u00e9es par elle-m\u00eame, se trouve une lettre o\u00f9 Marcel Proust l&rsquo;entretient du Dr Vaschide, que les deux \u00e9crivains connaissaient bien. Ce Dr Vaschide, de nationalit\u00e9 roumaine, fut un \u00e9l\u00e8ve du professeur Pierre-Marie. \u00ab Il \u00e9crivit, dit Mme de Noailles, un volume sur les r\u00eaves qui suscita d&rsquo;int\u00e9ressants commentaires avant que la th\u00e9orie de Freud ne fit son apparition. D&rsquo;une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 d&rsquo;\u00e2me sans borne, il \u00e9puisa rapidement en labeurs excessifs et en d\u00e9pense d&rsquo;amiti\u00e9 une sant\u00e9 vigoureuse. Il mourut \u00e0 trente-trois ans, selon une pr\u00e9diction faite devant moi, cinq ans auparavant, par Mme Fraya, dont la facult\u00e9 de clairvoyance le passionnait. Assur\u00e9 de vaincre l&rsquo;incr\u00e9dibilit\u00e9, il n&rsquo;h\u00e9sitait pas \u00e0 amener Mme fraya dans les h\u00f4pitaux au chevet de ses malades et il attendait d&rsquo;elle un diagnostic d\u00fb \u00e0 son inspiration surprenante. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De son c\u00f4t\u00e9, dans son <em>Essai sur la psychologie de la main<\/em>, le Dr Vaschide \u00e9crivait, quelques ann\u00e9es avant sa mort : \u00ab Je n&rsquo;oublierai pas la surprise de mon ami le Dr Schraeck Notzing, le psychologue munichois bien connu, lorsque Mme Fraya lui tra\u00e7a, chez moi, son portrait psychologique avec une richesse de d\u00e9tails exub\u00e9rants. J&rsquo;ignorais, pour ma part, ces d\u00e9tails et Mme Fraya \u00e9tait dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 de les conna\u00eetre avant sa consultation. Elle lui tra\u00e7a m\u00eame les caract\u00e8res et les \u00e9v\u00e9nements de la vie des membres de sa famille ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, le Dr Eug\u00e8ne Osty (qui fut pr\u00e9sident de l&rsquo;Institut m\u00e9tapsychique international de 1925 \u00e0 1938) consigna, dans son ouvrage \u00a0<em>Lucidit\u00e9 et Intuition<\/em> le t\u00e9moignage de la veuve du Dr Vaschide\u00a0: \u00ab Mme Fraya avait pr\u00e9dit \u00e0 mon mari, pendant l&rsquo;hiver 1904, en pr\u00e9sence de la comtesse de Noailles et de moi-m\u00eame, que le docteur mourrait \u00e0 trente-trois ans, d&rsquo;une pneumonie. Malheureusement, cette pr\u00e9diction s&rsquo;est r\u00e9alis\u00e9e le 13 octobre 1907, de point en point\u00a0\u00bb. Toujours dans <em>Lucidit\u00e9 et Intuition<\/em>, voici en quels termes le Dr Osty analyse les dons paranormaux de Mme Fraya : \u00ab Les sujets lucides sont comme des miroirs dans lesquels se refl\u00e8te la pens\u00e9e intuitive latente en chacun de nous. Mais les sujets de valeur sont rares. Mme Fraya est de ceux-l\u00e0. Elle est un prodige permanent&#8230; Ses remarquables analyses psychologiques \u00e9manent directement de son intuition. Chez elle, cette facult\u00e9 s&rsquo;exerce aussi ais\u00e9ment que l&rsquo;intelligence normale. L&rsquo;\u00e9laboration des images, leur interpr\u00e9tation et leur traduction, tout cela se fait avec la rapidit\u00e9 de la plus active pens\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Avec la m\u00eame facilit\u00e9 qu&rsquo;on raconterait un \u00e9v\u00e9nement auquel on vient d&rsquo;assister, Mme Fraya raconte une individualit\u00e9 inconnue d&rsquo;elle, sans plus d&rsquo;efforts que s&rsquo;il s&rsquo;agissait de la plus banale conversation. On peut l&rsquo;interrompre dans le cours de l&rsquo;expos\u00e9 des connaissances intuitives, l&rsquo;intuition cesse alors de fonctionner et la raison entre en sc\u00e8ne, puis, aussit\u00f4t apr\u00e8s, l&rsquo;activit\u00e9 reprend. Mme Fraya repr\u00e9sente un \u00eatre de cerveau tr\u00e8s \u00e9volu\u00e9, dans lequel la fonction de lucidit\u00e9 s&rsquo;est organis\u00e9e au m\u00eame titre que celle de l&rsquo;intelligence consciente. Cela lui permet de contraindre son intuition \u00e0 une somme de travail que beaucoup de personnes n&rsquo;oseraient pas demander \u00e0 leur raison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Sa formule psychique peut \u00eatre ainsi \u00e9tablie : sujet lucide \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de veille, chiromancienne et graphologue en apparence, intuitive pure en r\u00e9alit\u00e9. J&rsquo;ai une grande admiration pour sa magnifique intuition&#8230; J&rsquo;avoue, pourtant, qu&rsquo;au d\u00e9but de nos relations, voulant, un jour, mettre \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve ses facult\u00e9s divinatoires, j&rsquo;imaginai le stratag\u00e8me suivant : je tra\u00e7ai, de la main gauche, quatre lignes d&rsquo;\u00e9criture, tout en m&rsquo;effor\u00e7ant de changer tous les d\u00e9tails qui ont un sens psychologique. Et je priai une dame, inconnue de Mme Fraya, de lui demander de vouloir bien parler sur l&rsquo;auteur des lignes \u00e9crites. Il faut savoir que j&rsquo;\u00e9crivais de la main gauche pour la premi\u00e8re fois. Le truquage consciencieux de chaque lettre, ajout\u00e9 \u00e0 la grossi\u00e8ret\u00e9 de l&rsquo;ensemble, formait un gribouillis devant lequel le meilleur graphologue aurait fui&#8230; D\u00e8s que lui fut pr\u00e9sent\u00e9e cette bizarre \u00e9criture, Mme Fraya se prit \u00e0 rire et d\u00e9clara qu&rsquo;il lui \u00e9tait impossible de faire une analyse avec une \u00e9criture aussi intentionnellement rendue difforme. Mais, comme la dame insistait, Mme Fraya lui dit : \u00ab Je veux bien, pour vous faire plaisir, essayer de vous dire quelque chose sur la personne dont vous me pr\u00e9sentez l&rsquo;\u00e9criture, mais ce que je peux dire en pareille condition sera n\u00e9cessairement incomplet. \u00bb Et, imm\u00e9diatement, elle se mit \u00e0 parler d&rsquo;abondance, sans nul effort, sans la moindre h\u00e9sitation, cependant que la dame \u00e9crivait sous sa dict\u00e9e, suivant ma recommandation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Il en sortit un petit chef-d&rsquo;oeuvre de psychologie, comme \u00e0 l&rsquo;ordinaire et, de plus, des r\u00e9v\u00e9lations tr\u00e8s nettes sur ma vie actuelle et sur ma vie prochaine, qui m&rsquo;avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 faites par elle pr\u00e9c\u00e9demment&#8230; Et comme cela se passait au d\u00e9but d&rsquo;une s\u00e9ance, la dame demanda alors \u00e0 Mme Fraya une consultation pour elle-m\u00eame et lui tendit ses mains. Et celle-ci, apr\u00e8s avoir signal\u00e9 et pr\u00e9cis\u00e9 la vie actuelle de sa consultante, se mit ensuite \u00e0 lui parler de diverses personnes de sa famille et notamment de son mari&#8230; Mme Fraya brossa la psychologie de ce dernier et exposa son existence pr\u00e9sente et prochaine&#8230; Et ce fut, en r\u00e9sum\u00e9, la reproduction de la consultation graphologique faite quelques minutes auparavant&#8230; car le mari de la dame, c&rsquo;est moi&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De son c\u00f4t\u00e9, le professeur Alfred Binet, du Coll\u00e8ge de France, inventeur des tests destin\u00e9s \u00e0 mesurer les degr\u00e9s de l&rsquo;intelligence, fut tellement frapp\u00e9 par les dons de la voyante, qu&rsquo;il lui proposa de faire quelques exp\u00e9riences sous sa direction. \u00abAu jour fix\u00e9, m&rsquo;a dit Mme Fraya, il me condusit dans plusieurs \u00e9coles communales de Paris pour me faire examiner des mains d\u00a0\u00bbenfants de neuf \u00e0 douze ans afin d&rsquo;\u00e9tablir un diagnostic m\u00e9dical et pr\u00e9ciser les particularit\u00e9s de leur caract\u00e8re. Par pr\u00e9caution et pour \u00e9viter des interventions amicales, il avait fait installer une porti\u00e8re qui dissimulait le visage des enfants. Ceux-ci n&rsquo;avaient qu&rsquo;\u00e0 en soulever un coin pour me montrer leurs mains. J&rsquo;ai su, quand l&rsquo;exp\u00e9rience fut termin\u00e9e, que l&rsquo;instituteur avait choisi parmi ses \u00e9l\u00e8ves les plus intelligents et les plus inf\u00e9rieurs par l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9. J&rsquo;ai obtenu 87 % de r\u00e9ponses exactes pourcentage qui fut consid\u00e9r\u00e9 comme un succ\u00e8s <a id=\"ftnref3\" href=\"#ftn3\">[3]<\/a>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce ne furent pas seulement les hommes politiques et les scientifiques qui se passionn\u00e8rent pour le ph\u00e9nom\u00e8ne Fraya, mais aussi un grand nombre d&rsquo;\u00e9crivains illustres. Outre Pierre Loti, Anna de Noailles et Marcel Proust, citons, au hasard, Sacha Guitry et Colette. Dans son ouvrage <em>L&rsquo;Esprit<\/em> o\u00f9 Sacha Guitry a not\u00e9 maintes r\u00e9parties humoristiques de ses amis, il parle d&rsquo;un d\u00eener o\u00f9 il avait invit\u00e9 Mme Fraya : \u00ab Je me souviens d&rsquo;un soir o\u00f9 j&rsquo;avais invit\u00e9 \u00e0 d\u00eener Fraya, notre illustre Fraya nationale. Il y a de cela vingt ans. C&rsquo;\u00e9tait pour lui faire rencontrer Antoine, qui ne connaissait pas encore cette femme dont l&rsquo;intelligence tient r\u00e9ellement du prodige et dont certaines pr\u00e9dictions se sont r\u00e9alis\u00e9es de la mani\u00e8re la plus saisissante. Et je me souviens de l&rsquo;affectueuse estime que professait \u00e0 son \u00e9gard l&rsquo;\u00e9blouissant, le merveilleux Adrien H\u00e9brard. Or, ce soir-l\u00e0, nous attendions Fraya. Nous \u00e9tions cinq ou six Elle \u00e9tait en retard. Et nous en profitions pour bien convaincre Antoine : \u00ab\u00a0Vous allez voir&#8230; Elle est \u00e9tonnante&#8230; inou\u00efe&#8230;\u00a0\u00bb. Elle entra, timide, charmante et, dans son trouble, \u00e0 peine assise, elle nous dit : \u00ab\u00a0Quoi de nouveau ?\u00a0\u00bb \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Colette, elle, alla la consulter \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 elle \u00e9tait englu\u00e9e dans des soucis sentimentaux. Dans <em>Mes apprentissages<\/em>, l&rsquo;illustre romanci\u00e8re a relat\u00e9 sa premi\u00e8re visite, rue d&rsquo;Edimbourg : \u00ab La voyante Fraya, (alors jeune et aux premiers jours de sa renomm\u00e9e), regarda mes paumes, s&rsquo;\u00e9tonna\u00a0: \u2014 C&rsquo;est&#8230; Oh, c&rsquo;est curieux ! Je n&rsquo;aurais jamais cru&#8230; Il va falloir en sortir&#8230; \u2014 De quoi ? \u2014 D&rsquo;o\u00f9 vous \u00eates. \u2014 D\u00e9m\u00e9nager ? \u2014 Aussi, mais c&rsquo;est un d\u00e9tail. Il va falloir en sortir. Vous avez beaucoup tard\u00e9&#8230; En quoi, je fus, malgr\u00e9 les termes sybillins de sa consultation, de son avis&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour conter dans le d\u00e9tail la vie prodigieuse de Mme Fraya, il faudrait un volume <a id=\"ftnref4\" href=\"#ftn4\">[4]<\/a>. Je voudrais simplement ici donner un aper\u00e7u de ses principales croyances et de ses id\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Je suis, m&rsquo;avait-elle dit, d&rsquo;accord avec le Dr Osty : les lignes de la main ne sont pour moi qu&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment excitateur. Une \u00e9criture \u00e9galement. Cela favorise ma voyance, mais \u00e0 la base, ce que je vois, avant tout, ce sont des images, des clich\u00e9s, que je d\u00e9cris fid\u00e8lement, sans toujours \u00eatre en mesure de les expliquer, ni de pr\u00e9ciser \u00e0 quelle date ils deviendront r\u00e9alit\u00e9&#8230; Ma voyance, tr\u00e8s particuli\u00e8re, est provoqu\u00e9e par une sorte d&rsquo;\u00e9motion de l&rsquo;esprit. Par exemple, aupr\u00e8s d&rsquo;un \u00eatre destin\u00e9 \u00e0 une mort violente, j&rsquo;\u00e9prouve un serrement de coeur plein d&rsquo;angoisse et qui ne se dissipe qu&rsquo;apr\u00e8s le d\u00e9part du visiteur. Un personnage de moralit\u00e9 douteuse provoque en moi une g\u00eane indicible, tandis que la pr\u00e9sence d&rsquo;hommes de bien me communique une sorte d&rsquo;exaltation int\u00e9rieure qui me vivifie&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab De m\u00eame, une bizarre impression de joie m&rsquo;envahit lorsque je me trouve en pr\u00e9sence d&rsquo;un \u00eatre que le bonheur va visiter. Chaque client m&rsquo;apporte, en somme, son aura particuli\u00e8re, le fardeau plus ou moins lourd de sa destin\u00e9e. Il m&rsquo;arrive souvent d&rsquo;\u00eatre toute impr\u00e9gn\u00e9e de la d\u00e9solation des \u00eatres que j&rsquo;ai re\u00e7us et leurs drames, par un ph\u00e9nom\u00e8ne myst\u00e9rieux, me semblent personnels, tant je ressens le contrecoup de la pr\u00e9sence qui me questionne, tant sa vie int\u00e9rieure se manifeste d&rsquo;une fa\u00e7on presque mat\u00e9rielle \u00e0 ma sensibilit\u00e9. Quoique mon p\u00e8re f\u00fbt, lui-m\u00eame, dou\u00e9 de la prescience des choses futures, je ne suis pas certaine que ce soit h\u00e9r\u00e9ditaire. Je crois que c&rsquo;est un don de Dieu, qui peut vous \u00eatre accord\u00e9 inopin\u00e9ment. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa science graphologique \u00e9tait tr\u00e8s particuli\u00e8re. Par exemple, lorsqu&rsquo;on lui soumettait une \u00e9criture, non seulement elle d\u00e9crivait la personne physiquement et moralement, mais encore elle pr\u00e9cisait son \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me et son \u00e9tat physiologique au moment o\u00f9 elle avait \u00e9crit la lettre. Et c&rsquo;\u00e9tait toujours d&rsquo;une surprenante justesse. Les manifestations de l&rsquo;au-del\u00e0 ? Elle y croyait absolument : \u00ab Quoique je sois contre le spiritisme parce qu&rsquo;il nous met en contact avec le monde invisible que nous ne connaissons pas, je dois vous avouer que, bien souvent, j&rsquo;ai eu, sans les solliciter, des manifestations de d\u00e9c\u00e9d\u00e9s&#8230; Je crois que la mort r\u00e9side dans la destruction du corps mat\u00e9riel, mais que notre \u00e2me n&rsquo;est pas atteinte par elle&#8230; Je crois en la survie&#8230; Je crois aussi que notre passage terrestre a pour but notre \u00e9volution, notre perfectionnement gr\u00e2ce \u00e0 des exp\u00e9riences personnelles. Quant \u00e0 notre destin, je ne pense pas qu&rsquo;on puisse le changer, tout au moins dans les lignes g\u00e9n\u00e9rales&#8230; Je crois que les \u00e9v\u00e9nements marquants de la vie de chacun se pr\u00e9parent dans l&rsquo;invisible et qu&rsquo;ils sont inscrits d&rsquo;avance, au moment de notre naissance. L&rsquo;heure de notre mort, entre autres&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Impuissante et d\u00e9sol\u00e9e, j&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 la lente progression de la maladie qui emporta Mme Fraya. Elle habitait alors, rue Chardin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle souffrait d&rsquo;art\u00e9rite. A la suite d&rsquo;une chute qu&rsquo;elle fit dans l&rsquo;escalier, son mal s&rsquo;aggrava. Son genou gauche devint si douloureux qu&rsquo;elle dut s&rsquo;aliter. Son \u00e9tat demeura stationnaire jusqu&rsquo;au printemps 1953. En avril de cette ann\u00e9e-l\u00e0, \u00e0 nouveau, brusquement, elle s&rsquo;affaiblit, souffrit davantage de sa jambe et perdit le sommeil. Alors, elle se r\u00e9signa \u00e0 dormir \u00e0 coups de piq\u00fbres, mais non \u00e0 interrompre son activit\u00e9, qui \u00e9tait toute sa vie. A partir de ce moment-l\u00e0 et, jusqu&rsquo;\u00e0 la fin, elle re\u00e7ut dans sa chambre \u00e0 coucher, aux murs tapiss\u00e9s de toile ancienne. Assise sur son lit, en robe de nuit rose, toujours tr\u00e8s coquette et tr\u00e8s soign\u00e9e, la loupe \u00e0 la main, le visage doucement \u00e9clair\u00e9 par la petite lampe de sa table de chevet o\u00f9, depuis qu&rsquo;elle \u00e9tait alit\u00e9e, un superbe chat noir semblait monter la garde, elle donnait, de plus en plus, une impression de surnaturel. \u00ab La semaine derni\u00e8re, me dit-elle, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 deux doigts de la mort. Je n&rsquo;avais plus que cinq de tension&#8230; Le professeur qui me soigne \u00e9tait tr\u00e8s pessimiste&#8230; Mais moi, je savais bien que mon heure n&rsquo;avait pas encore sonn\u00e9&#8230; Tandis qu&rsquo;il r\u00e9digeait une ordonnance, la derni\u00e8re, croyait-il, quoique tr\u00e8s affaiblie, je me suis surprise en train de l&rsquo;observer, pendant qu&rsquo;il \u00e9crivait&#8230; Malgr\u00e9 moi, j&rsquo;analysais son \u00e9criture, je faisais de la graphologie&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son dernier No\u00ebl fut le plus \u00e9mouvant de sa longue carri\u00e8re. Ses amis, anciens et nouveaux, d\u00e9fil\u00e8rent pour lui offrir leurs voeux de prompte gu\u00e9rison. Dans le salon d&rsquo;attente, je rencontrai Lady Alexander Korda portant un petit arbre de No\u00ebl richement d\u00e9cor\u00e9. Elle \u00e9tait boulevers\u00e9e \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que les jours de son amie \u00e9taient compt\u00e9s&#8230; \u00ab De telles personnes ne devraient jamais mourir, me dit-elle. Elle est ph\u00e9nom\u00e9nale&#8230;. Elle voit r\u00e9ellement dans l&rsquo;Invisible. Elle aura travers\u00e9 la vie sans jamais cesser de faire le bien&#8230; Chaque ann\u00e9e, je s\u00e9journe en France sp\u00e9cialement pour la voir. Tout derni\u00e8rement encore, elle m&rsquo;a fait des pr\u00e9dictions qui viennent de se r\u00e9aliser. La princesse Bibesco, qui m&rsquo;avait fait faire sa connaissance, me disait toujours : \u00ab\u00a0Quand elle commence \u00e0 parler, c&rsquo;est comme si un fluide \u00e9lectrique la traversait&#8230; Comme la Pythie de Delphes&#8230; N&rsquo;arr\u00eatez pas le flot de ses paroles&#8230; Ne la questionnez pas&#8230; Laissez-la parler, car c&rsquo;est l\u00e0, la vraie voyance&#8230;\u00a0\u00bb \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vers le Jour de l&rsquo;an, brusquement, son \u00e9tat de sant\u00e9 empira&#8230; \u00catonnamment lucide, malgr\u00e9 son extr\u00eame faiblesse, elle savait que sa fin \u00e9tait proche&#8230; A l&rsquo;un de ses clients, \u00e0 qui elle venait de pr\u00e9dire un avenir brillant, elle pr\u00e9cisa : \u00ab Lorsque ces \u00e9v\u00e9nements se r\u00e9aliseront, vous ne pourrez pas venir me les annoncer, parce que je ne serai plus l\u00e0. \u00bb A moi qui \u00e9tais venue prendre de ses nouvelles, elle dit : \u00ab La mort r\u00f4de autour de moi&#8230; Je la vois&#8230; Et pourtant, j&rsquo;ai encore tant de choses \u00e0 faire&#8230; Tant de gens ont encore besoin de moi ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mme Collin, sa gouvernante et amie, sut que sa fin approchait lorsqu&rsquo;elle cessa d&rsquo;\u00eatre coquette&#8230; Jusqu&rsquo;alors, m\u00eame les jours o\u00f9 elle ne recevait personne, elle gardait, intacte, son \u00e9tonnante vitalit\u00e9. Elle r\u00e9clamait son miroir, se faisait coiffer, se poudrait le visage. Vers les derniers jours de janvier, elle ne r\u00e9clama plus rien. Notre ultime entretien eut lieu le 5 f\u00e9vrier 1954. A mon arriv\u00e9e, Mme Collin m&rsquo;avait dit : \u00ab Mme Fraya va mieux\u2026 Elle qui ne s&rsquo;alimentait plus depuis quinze jours, a mang\u00e9 une glace&#8230; Vous pouvez monter&#8230; Elle sera heureuse de vous voir&#8230; \u00bb Presque diaphane dans son lit, frileusement recouverte d&rsquo;une fourrure, elle semblait somnoler, les yeux mi-clos. D\u00e8s qu&rsquo;elle entendit ma voix, elle prit mes mains dans les siennes et me dit : \u00ab Il fait donc si froid dehors ? \u00bb Elle se redressa pour mieux me voir : \u00ab Je ne vois plus tr\u00e8s clair, mais je vous reconnais bien&#8230; \u00bb D&rsquo;une voix raffermie et sur le ton d&rsquo;une conversation normale, elle poursuivit : \u00ab Un P\u00e8re j\u00e9suite est venu me confesser. Je lui ai dit : \u00ab\u00a0Mon P\u00e8re, je ne m&rsquo;accuse que d&rsquo;une chose : c&rsquo;est de lire l&rsquo;avenir dans les mains&#8230;\u00a0\u00bb. Et il m&rsquo;a r\u00e9pondu : \u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas un p\u00e9ch\u00e9\u00a0\u00bb. Il m&rsquo;a rappel\u00e9 cette phrase des Livres Saints : \u00ab\u00a0Que celui qui a le don de proph\u00e9tie proph\u00e9tise !&#8230;\u00a0\u00bb. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, sans transition, comme si elle tenait \u00e0 me dire une chose importante, \u00e0 laquelle elle venait juste de penser : \u00ab Dites bien que je n&rsquo;ai jamais form\u00e9 d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves&#8230; que mon don est intransmissible&#8230; \u00bb Avec une force soudaine, elle appuya sur ce dernier mot. Puis encore : \u00ab Ne vous confiez qu&rsquo;\u00e0 bon escient : fuyez les faux m\u00e9diums annonciateurs de catastrophes&#8230; La clairvoyance doit toujours \u00eatre constructive&#8230; \u00bb Maintenant, elle semblait d\u00e9tendue, tranquillis\u00e9e, e\u00fbt-on dit. Apr\u00e8s quelques minutes de silence, elle me conta son dernier r\u00eave : \u00ab La nuit pass\u00e9e, j&rsquo;ai vu en songe ma grand&rsquo;m\u00e8re, qui m&rsquo;a dit : \u00ab\u00a0Je voudrais pouvoir t&rsquo;aider, te gu\u00e9rir, mais il devient bien tard&#8230;\u00a0\u00bb \u00bb Quelques jours avant sa mort, elle eut encore un r\u00eave. Elle en parla \u00e0 sa fille et \u00e0 Mme Collin : Elle avait vu \u00ab tous ses morts qui venaient la chercher \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lendemain, elle entra en agonie. Elle ne cessait de parler \u00e0 des clients imaginaires&#8230; Mme Collin la surprit en train de murmurer : \u00ab Vous \u00eates Viennoise, Madame, et jolie, comme toutes les Viennoises&#8230; Vos affaires vont s&rsquo;arranger&#8230; Avant huit jours, vous recevrez une bonne nouvelle&#8230; Vous, Monsieur, actuellement, vous fr\u00f4lez un pr\u00e9cipice&#8230; Il vous faudra patienter plusieurs ann\u00e9es avant d&rsquo;entrevoir une am\u00e9lioration de votre situation&#8230; Mais ne perdez pas confiance, croyez-moi, vous finirez par triompher&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je la vis, pour la derni\u00e8re fois, la veille de sa mort, mais elle ne me reconnut pas. Un froid polaire s\u00e9vissait sur Paris. Le gel avait crev\u00e9 un tuyau d&rsquo;eau \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage m\u00eame o\u00f9 elle agonisait&#8230; Une stalactite g\u00e9ante, pesant plus de cent kilos, s&rsquo;\u00e9tait form\u00e9e, puis d\u00e9tach\u00e9e et, en tombant, avait fracass\u00e9 toutes les vitres de la v\u00e9randa&#8230; Le salon d&rsquo;attente, l&rsquo;entr\u00e9e, le hall \u00e9taient compl\u00e8tement inond\u00e9s. A mon arriv\u00e9e, il r\u00e9gnait, dans toute la maison, un froid intense, les conduites d&rsquo;eau du chauffage central ayant \u00e9clat\u00e9, elles aussi. En outre le compteur \u00e9lectrique, sur lequel s&rsquo;\u00e9tait abattu le bloc de glace, ne fonctionnait plus. La nuit tombait. S&rsquo;\u00e9clairant \u00e0 la bougie, quelques intimes de Mme Fraya la veillaient, tandis que les pompiers, alert\u00e9s en toute h\u00e2te, d\u00e9tachaient \u00e0 coups de hache les gigantesques gla\u00e7ons qui mena\u00e7aient de s&rsquo;\u00e9crouler sur la v\u00e9randa&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9solation la plus totale semblait s&rsquo;\u00eatre abattue sur cette maison au moment pr\u00e9cis o\u00f9 cette grande \u00e2me allait la quitter. D\u00e9sempar\u00e9e, \u00e0 bout de fatigue, Mme Collin ne savait plus que faire pour rem\u00e9dier \u00e0 cette lugubre situation. En toute h\u00e2te, j&rsquo;allai \u00e0 la pharmacie la plus proche, pour chercher des ampoules de solu-camphre. A la lueur de la bougie, on fit \u00e0 la moribonde une derni\u00e8re piq\u00fbre. Le lendemain matin, elle quitta ses consultants imaginaires et retrouva, pour quelques heures, toute sa lucidit\u00e9. Elle dit \u00e0 sa fid\u00e8le amie : \u00ab Vous pourrez dire que Dieu existe, j&rsquo;en ai maintenant la certitude. \u2014 Vous le voyez ? \u2014 Pas encore, mais je devine sa pr\u00e9sence&#8230; Il est environn\u00e9 d&rsquo;une \u00e9clatante lumi\u00e8re&#8230; \u00bb A midi trente, son fin visage empreint d&rsquo;une grande s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, elle rendit l&rsquo;\u00e2me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s que la nouvelle de sa mort fut connue, les journaux de la capitale, des plus graves aux plus populaires, tinrent \u00e0 lui rendre un dernier hommage. Ils lui consacr\u00e8rent tous des articles d&rsquo;une tenue parfaite, sans la moindre raillerie ou ironie pour son inhabituelle profession. Ses obs\u00e8ques eurent lieu le vendredi 19 f\u00e9vrier dans une petite chapelle lat\u00e9rale de l&rsquo;\u00e9glise de Notre-Dame-de-Gr\u00e2ce, \u00e0 Passy. Elle fut enterr\u00e9e au cimeti\u00e8re de Bagneux. Et, par la volont\u00e9 de sa fille, tous ses objets personnels bibelots pr\u00e9cieux, vases romantiques, gravures, bougeoirs en opaline, loupes \u00e0 monture de nacre et m\u00eame&#8230; le fameux talisman de Loti furent vendus aux ench\u00e8res, \u00e0 la Salle Drouot.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;assistai \u00e0 cette vente. Au fond de moi-m\u00eame monta cette pri\u00e8re : \u00ab Si Mme Fraya dispose d&rsquo;un pouvoir dans l&rsquo;Invisible, qu&rsquo;elle m&rsquo;aide \u00e0 acqu\u00e9rir son fameux collier. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le miracle eut lieu. Des brocanteurs ignorants ayant d\u00e9clar\u00e9 que ce collier \u00ab n&rsquo;avait aucune valeur \u00bb, que \u00ab ce n&rsquo;\u00e9tait que de la p\u00e2te de verre ! \u00bb, l&rsquo;ench\u00e8re ne monta gu\u00e8re et je pus acheter ce fabuleux talisman, vieux de deux mille ans, pour un prix modique. J&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 exauc\u00e9e. Avec le temps, plusieurs ex-voto de marbre vinrent orner sa tombe. Ils portaient tous ce simple mot : \u00ab Merci \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plusieurs fois par an, je me rends au cimeti\u00e8re de Bagneux en compagnie d&rsquo;une \u00e9tonnante voyante-m\u00e9dium : Marie V\u00e9drine. A maintes reprises, elle a capt\u00e9, devant la tombe, des messages. Ceux-ci, selon elle, \u00e9maneraient de la grande disparue pour laquelle, sans l&rsquo;avoir connue, elle \u00e9prouvait une vive admiration. Que faut-il penser de ces communications, de ces pr\u00e9dictions d&rsquo;outre-tombe ? \u00c9manent-elles vraiment de Mme Fraya ? Tout ce que je puis dire, c&rsquo;est que je les ai consign\u00e9es dans un cahier et qu&rsquo;elles se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es exactes dans la proportion de sept sur dix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici le message que Marie V\u00e9drine a capt\u00e9, le 16 f\u00e9vrier 1974, vingti\u00e8me anniversaire de la mort de Mme Fraya. \u00ab Redites bien que je n&rsquo;ai jamais form\u00e9 d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves et que mon don est intransmissible. Je d\u00e9sapprouve les voyants ou voyantes qui se servent de mon nom&#8230; Qu&rsquo;ils me laissent en paix&#8230; \u00bb Totalement en \u00e9tat second, Marie V\u00e9drine, les yeux clos, se mit \u00e0 tanguer l\u00e9g\u00e8rement. Je dus lui prendre le bras pour la soutenir. Elle semblait respirer avec difficult\u00e9. Le message continua, politique cette fois : \u00ab Les Isra\u00e9liens et les Arabes feront encore couler des fleuves de sang ! La haine de ces deux peuples ne s&rsquo;att\u00e9nuera pas. De graves \u00e9v\u00e9nements menacent la France dans un avenir pas tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9. Le Pr\u00e9sident Pompidou dispara\u00eetra rapidement de la sc\u00e8ne politique, min\u00e9 par un mal sournois. \u00bb Nul n&rsquo;ignore que le Pr\u00e9sident Pompidou est, effectivement, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 peu apr\u00e8s au d\u00e9but d&rsquo;avril 1974.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre voyante-m\u00e9dium, Jacqueline Lebeau, a pu \u00e9galement capter un message, mais cette fois, rue Chardin. Elle avait eu l&rsquo;intuition de s&rsquo;y rendre, accompagn\u00e9e de son fils G\u00e9rard, tout en sachant bien que le petit h\u00f4tel particulier de Mme Fraya \u00e9tait ferm\u00e9, les scell\u00e9s appos\u00e9s sur les portes. L\u00e0, une surprise l&rsquo;attendait : elle trouva la porte d&rsquo;entr\u00e9e fracass\u00e9e et l&rsquo;int\u00e9rieur d\u00e9vast\u00e9 <a id=\"ftnref5\" href=\"#ftn5\">[5]<\/a>. \u00ab Debout, sur le trottoir, devant le portail grand ouvert, m&rsquo;a-t-elle dit, j&rsquo;ai eu un serrement de coeur, puis j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 envahie par une grande tristesse. Ma poitrine \u00e9tait oppress\u00e9e, comme si j&rsquo;\u00e9tais prise dans un \u00e9tau. Ce fut plus fort que moi. L\u00e0, en pleine rue, je me suis mise \u00e0 pleurer&#8230; En m\u00eame temps, une voix m&rsquo;a dit : \u00ab\u00a0Entre, n&rsquo;aie pas peur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Je suis entr\u00e9e. Je suis mont\u00e9e au premier \u00e9tage dans une pi\u00e8ce qui donne sur la rue. Je devais apprendre, par la suite, qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de son cabinet de consultation. Tout \u00e0 coup, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 impr\u00e9gn\u00e9e de l&rsquo;\u00e9motion et de la d\u00e9solation presque mat\u00e9rielles de Mme Fraya. J&rsquo;avais l&rsquo;impression qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tait incorpor\u00e9e en moi, tellement je ressentais les contrecoups de sa pr\u00e9sence. Je me suis d\u00e9tendue et j&rsquo;ai pu communiquer avec elle&#8230; Elle parlait \u00e0 voix basse. Elle avait une esp\u00e8ce d&rsquo;accent rocailleux. Elle m&rsquo;a dit : \u00ab Merci, ma ch\u00e8re enfant, d&rsquo;\u00eatre venue. Ces larmes m&rsquo;ont fait du bien. J&rsquo;ai une peine infinie de voir ma maison ouverte \u00e0 tous les vents. Quel spectacle ! On se croirait sur un champ de bataille ! Cette maison que j&rsquo;aimais tant, o\u00f9 j&rsquo;ai vers\u00e9 bien des larmes, mais o\u00f9 j&rsquo;ai eu des moments merveilleux ! J&rsquo;y ai connu I&rsquo;ingratitude, mais j&rsquo;avais de bons amis. Tous ces souvenirs, ces mille riens auxquels je tenais, parce qu&rsquo;ils repr\u00e9sentaient \u00e0 mes yeux une valeur sentimentale, ont \u00e9t\u00e9 la proie des clochards ! Quoique, dans le monde des esprits, nous n&rsquo;ayons plus besoin de rien, le souvenir existe et le regret des \u00eatres et des choses que nous avons aim\u00e9s demeure. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi donc, par del\u00e0 la mort, le ph\u00e9nom\u00e8ne Fraya persiste. Loin de s&rsquo;estomper dans la brume du pass\u00e9, son prestige ne fait que grandir. Je n&rsquo;en veux pour preuves que ce flot de lettres et de t\u00e9moignages des plus hautes personnalit\u00e9s que je continue \u00e0 recevoir \u00e0 son sujet. Voici, \u00e0 titre d&rsquo;exemples, d&rsquo;abord quelques extraits d&rsquo;une lettre importante que m&rsquo;a envoy\u00e9e le R. P. Bruckberger, ensuite un t\u00e9moignage particuli\u00e8rement significatif de Lady Alexander Korda.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le R. P. Bruckberger fait part, dans sa lettre, de ses consid\u00e9rations s\u00f9r la clairvoyance en g\u00e9n\u00e9ral et sur Mme Fraya en particulier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Je me demande ce que Mme Fraya, qui faisait profession de pr\u00e9dire l&rsquo;avenir, e\u00fbt r\u00e9pondu \u00e0 un tribunal d&rsquo;Inquisition ? Comme Savonarole, que ses proph\u00e9ties ne venaient que d&rsquo;elle-m\u00eame ? Je ne le crois pas. Elle admettait volontiers que sa voyance \u00e9tait un don. Un don de qui ? Pour l&rsquo;Inquisition, la question \u00e9tait l\u00e0. \u00c9tait-ce un don de Dieu ? \u00c9tait-ce un don du diable ? Il est \u00e9vident que l&rsquo;\u00c9glise ne peut pas condamner indistinctement toute pr\u00e9diction de l&rsquo;avenir. H\u00e9riti\u00e8re de la religion juda\u00efque, parmi ses Livres Saints qu&rsquo;elle tient pour inspir\u00e9s de Dieu, elle a d&rsquo;admirables livres proph\u00e9tiques. L&rsquo;argument de proph\u00e9ties, \u00e9tendues sur des mill\u00e9naires et accomplies en J\u00e9sus-Christ, est au coeur du christianisme et fonde directement la croyance en la divinit\u00e9 de J\u00e9sus-Christ. L&rsquo;\u00c9glise pense qu&rsquo;il fallait que cet homme tir\u00e2t son origine au-dessus du temps pour avoir nou\u00e9 en lui-m\u00eame tous les fils proph\u00e9tiques attach\u00e9s au hasard des si\u00e8cles, et pour avoir r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 lui tout seul un ensemble de proph\u00e9ties dispers\u00e9es sur deux mill\u00e9naires, car il s&rsquo;est \u00e9coul\u00e9 deux mille ans entre le r\u00e9cit de la Gen\u00e8se, premier livre de la Bible, et la naissance de J\u00e9sus-Christ.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Le fait m\u00eame de la voyance et de la pr\u00e9diction de l&rsquo;avenir a toujours \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme extr\u00eamement grave, parfois dangereux, fr\u00f4lant le sacr\u00e9, et ce fait est essentiel \u00e0 l&rsquo;histoire religieuse de l&rsquo;humanit\u00e9. Cependant, aujourd&rsquo;hui, et dans le train ordinaire de la vie, l&rsquo;\u00c9glise s&rsquo;en m\u00e9fie. Pourquoi ? Peut-\u00eatre parce qu&rsquo;elle a peur du diable. Je crois plut\u00f4t que, d&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, l&rsquo;\u00c9glise trouve qu&rsquo;\u00e0 chaque jour suffit sa peine, elle craint que des pr\u00e9dictions inconsid\u00e9r\u00e9es, m\u00eame si elles sont vraies, et surtout si elles sont vraies, limitent la libert\u00e9 des \u00eatres, les poussent soit au fatalisme, soit au d\u00e9sespoir, soit \u00e0 la r\u00e9volte, soit \u00e0 la timidit\u00e9 devant leur destin, toutes ces attitudes \u00e9tant des p\u00e9ch\u00e9s, et des p\u00e9ch\u00e9s graves contre la Providence divine et la respectabilit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab L&rsquo;\u00c9glise est tr\u00e8s soucieuse de prot\u00e9ger la libert\u00e9 des \u00e2mes, en face et \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de leur propre destin. Elle fait un devoir aux hommes de s&rsquo;en remettre \u00e0 Dieu de leur sort final, et des circonstances de leur mort. Il faut que chacun prie pour son avenir et pour obtenir la gr\u00e2ce d&rsquo;une bonne mort, mais il n&rsquo;est pas toujours bon d&rsquo;en savoir trop long sur ce sujet. Ne rempla\u00e7ons pas la pri\u00e8re par les tarots. C&rsquo;est dire que le don de voyance, quand il existe, ne doit s&rsquo;exercer que dans un climat de fraternelle responsabilit\u00e9, de pudeur, de respect des autres et de mis\u00e9ricorde, toutes qualit\u00e9s d&rsquo;ailleurs que semble avoir eues Mme Fraya. Je me garderai bien de la juger, je ne suis pas Inquisiteur. Il est \u00e9vident que, pour les juges de Savonarole, tout \u00e9tait blanc ou noir, toute pr\u00e9diction, tout don de voyance ne pouvait provenir que de Dieu ou du diable. Si pas de Dieu, c&rsquo;\u00e9tait du diable. Et on vous r\u00f4tissait all\u00e8grement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Il y a s\u00fbrement bien des ph\u00e9nom\u00e8nes qui, aussi surprenants soient-ils, rel\u00e8vent de l&rsquo;ordre naturel\u00a0: il ne faut avoir recours \u00e0 aucune cause surnaturelle pour les expliquer. Il y a aussi des ph\u00e9nom\u00e8nes qui, tout en \u00e9tant d&rsquo;ordre naturel, restent inexplicables, on ne peut les nier pour autant. La voyance de Mme Fraya me para\u00eet \u00eatre dans cette cat\u00e9gorie. Bien des faits sont irr\u00e9futables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Cette lettre n&rsquo;est pas une explication. Elle est une m\u00e9ditation hasardeuse sur des ph\u00e9nom\u00e8nes qui restent fascinants, inexplicables totalement, li\u00e9s pourtant \u00e0 la destin\u00e9e humaine. Chacun de nous, dans le cours de sa vie, a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de quelques-uns de ces ph\u00e9nom\u00e8nes, qui donnent le pressentiment d&rsquo;un envers de la vie, qui en serait la v\u00e9ritable version, comme d&rsquo;une \u00e9criture que certains auraient la facult\u00e9 de d\u00e9chiffrer, en transparence, \u00e0 travers le papier. Pourquoi vouloir \u00e9liminer l&rsquo;\u00e9trange ? L&rsquo;homme lui-m\u00eame est un animal essentiellement \u00e9trange. Sa sup\u00e9riorit\u00e9 sur les autres animaux n&rsquo;est pas tellement de savoir r\u00e9soudre les probl\u00e8mes, que d&rsquo;abord de se poser les questions. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"right\">P\u00e8re Bruckberger<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De son c\u00f4t\u00e9, avec une extraordinaire spontan\u00e9it\u00e9 et une sinc\u00e9rit\u00e9 totale, Lady Alexander Korda n&rsquo;a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 donner ce t\u00e9moignage : \u00ab Avec son incroyable intuition, Mme Fraya \u00e9tait un ph\u00e9nom\u00e8ne comme il ne s&rsquo;en rencontre gu\u00e8re qu&rsquo;un ou deux par si\u00e8cle&#8230; J&rsquo;avais en elle une foi illimit\u00e9e. A un moment donn\u00e9, je souffrais d&rsquo;une inflammation. Je suis all\u00e9e consulter un m\u00e9decin parisien. Une amie, la princesse Bibesco, m&rsquo;accompagnait. Le m\u00e9decin me dit alors de revenir le voir, le lendemain, lundi, \u00e0 quinze heures, pour une autre consultation. Le lundi matin, le chef de la grande organisation \u00ab\u00a0London Film\u00a0\u00bb est arriv\u00e9 ici avec un sac plein d&rsquo;argent. Cela m&rsquo;a fait rire et je lui ai demand\u00e9 : \u00ab\u00a0Que comptez-vous faire de tout cet argent ?\u00a0\u00bb Il me r\u00e9pond : \u00ab\u00a0C&rsquo;est pour r\u00e9gler votre op\u00e9ration, votre clinique, votre h\u00f4tel&#8230; \u2014 &#8230; et mes fun\u00e9railles aussi, sans doute ? m&rsquo;\u00e9criai-je ?.. Je comprends maintenant pourquoi vous avez apport\u00e9 tant d&rsquo;argent&#8230;\u00a0\u00bb Tout \u00e0 coup, je r\u00e9alisai compl\u00e8tement ce qui m&rsquo;attendait. \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce que vous dites ? Quelle op\u00e9ration ? \u2014 Soyez courageuse. Vous avez un cancer. On ne vous l&rsquo;avait pas dit. Demain apr\u00e8s-midi, \u00e0 trois heures, on va vous enlever un organe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Alors, je commen\u00e7ai \u00e0 crier, \u00e0 protester : \u00ab On ne touchera \u00e0 aucun de mes organes avant que j&rsquo;aie \u00e9t\u00e9 voir Mme Fraya&#8230; \u00bb Je cours hors de ma chambre, de l&rsquo;H\u00f4tel Astoria, et je me fais conduire s\u00e9ance tenante, 6, rue Chardin. Je me pr\u00e9cipite dans la chambre de Mme Fraya et, haletante, boulevers\u00e9e, je lui dis : \u00ab Mme Fraya, Madame Fraya, on veut me tuer ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Je lui raconte toute l&rsquo;histoire : \u00ab J&rsquo;ai, para\u00eet-il, un cancer, et on veut m&rsquo;op\u00e9rer&#8230; Que dois-je faire\u00a0? Conseillez-moi ! Je ferai ce que vous me direz de faire. \u00bb Elle me regarda, avec ses yeux p\u00e9n\u00e9trants, surnaturels, et me dit : \u00ab Ne vous affolez pas et \u00e9coutez-moi !.. Vous n&rsquo;avez pas de cancer, vous n&rsquo;\u00eates m\u00eame pas malade du tout. Laissez-les attendre avec l&rsquo;op\u00e9ration, n&rsquo;allez surtout pas \u00e0 la clinique et ne retournez jamais plus chez un m\u00e9decin&#8230; Votre maladie ? Je vais vous la dire&#8230; C&rsquo;est que votre mari, Sir Alexander Korda, chef de la puissante \u00ab\u00a0London Film\u00a0\u00bb est tr\u00e8s riche&#8230; On veut vous op\u00e9rer pour gagner de l&rsquo;argent&#8230;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab J&rsquo;\u00e9tais tellement heureuse et rassur\u00e9e par ces paroles que j&rsquo;ai couru jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ambassade de Hongrie o\u00f9 j&rsquo;avais deux amis : l&rsquo;ambassadeur Baron Villany et le comte T\u00e9l\u00e9ky. Je leur ai racont\u00e9 toute l&rsquo;histoire. Ils m&rsquo;ont invit\u00e9e \u00e0 d\u00e9jeuner dans un restaurant hongrois et nous avons f\u00eat\u00e9 ensemble mon op\u00e9ration \u00e9vit\u00e9e&#8230; De cette fa\u00e7on, Mme Fraya m&rsquo;a sauv\u00e9 la vie plus d&rsquo;une fois&#8230; Avec elle, je perds l&rsquo;une de mes plus ch\u00e8res et plus fid\u00e8les amies, car nous \u00e9tions tr\u00e8s unies. Que Dieu, Notre Seigneur, lui donne sa b\u00e9n\u00e9diction et une place exceptionnelle aupr\u00e8s de lui, car elle l&rsquo;a bien m\u00e9rit\u00e9e, elle qui a sauv\u00e9 tant de gens du danger&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"right\">Lady Alexander Korda.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab P.S. Depuis ce temps-l\u00e0, je n&rsquo;ai jamais \u00e9t\u00e9 malade et ne suis plus jamais all\u00e9e chez un m\u00e9decin\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"right\">SIMONE DE TERVAGNE<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a id=\"ftn1\" href=\"#ftnref1\">[1]<\/a> La reine Nathalie, d&rsquo;origine russe, \u00e9tait la fille du colonel Kechko.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a id=\"ftn2\" href=\"#ftnref2\">[2]<\/a> B\u00e9nar\u00e9s \u2014 aujourd&rsquo;hui Varanasi \u2014 est la ville sainte par excellence de l&rsquo;Inde.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a id=\"ftn3\" href=\"#ftnref3\">[3]<\/a> Le r\u00e9sultat de ces exp\u00e9riences fut publi\u00e9 par le professeur Binet dans <em>L&rsquo;Ann\u00e9e Philosophique<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a id=\"ftn4\" href=\"#ftnref4\">[4]<\/a> Ce volume est paru aux \u00c9ditions Pygmalion sous le titre \u00ab\u00a0<em>Une voyante \u00e0 l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e<\/em> \u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a id=\"ftn5\" href=\"#ftnref5\">[5]<\/a> Le l\u00e9gataire universel \u2014 l&rsquo;Institut de France \u2014 avait fait vendre l&rsquo;h\u00f4tel particulier \u00e0 un promoteur. Avant sa d\u00e9molition, les clochards venaient y passer la nuit&#8230; Actuellement, un immeuble de b\u00e9ton se dresse \u00e0 sa place.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec la m\u00eame facilit\u00e9 qu&rsquo;on raconterait un \u00e9v\u00e9nement auquel on vient d&rsquo;assister, Mme Fraya raconte une individualit\u00e9 inconnue d&rsquo;elle, sans plus d&rsquo;efforts que s&rsquo;il s&rsquo;agissait de la plus banale conversation. On peut l&rsquo;interrompre dans le cours de l&rsquo;expos\u00e9 des connaissances intuitives, l&rsquo;intuition cesse alors de fonctionner et la raison entre en sc\u00e8ne, puis, aussit\u00f4t apr\u00e8s, l&rsquo;activit\u00e9 reprend. Mme Fraya repr\u00e9sente un \u00eatre de cerveau tr\u00e8s \u00e9volu\u00e9, dans lequel la fonction de lucidit\u00e9 s&rsquo;est organis\u00e9e au m\u00eame titre que celle de l&rsquo;intelligence consciente. Cela lui permet de contraindre son intuition \u00e0 une somme de travail que beaucoup de personnes n&rsquo;oseraient pas demander \u00e0 leur raison.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[85,558],"tags":[],"class_list":["post-11109","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-parapsychologie","category-portrait"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Un ph\u00e9nom\u00e8ne de la clairvoyance: Madame Fraya par Simone de Tervagne - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Un ph\u00e9nom\u00e8ne de la clairvoyance: Madame Fraya par Simone de Tervagne - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Avec la m\u00eame facilit\u00e9 qu&#039;on raconterait un \u00e9v\u00e9nement auquel on vient d&#039;assister, Mme Fraya raconte une individualit\u00e9 inconnue d&#039;elle, sans plus d&#039;efforts que s&#039;il s&#039;agissait de la plus banale conversation. On peut l&#039;interrompre dans le cours de l&#039;expos\u00e9 des connaissances intuitives, l&#039;intuition cesse alors de fonctionner et la raison entre en sc\u00e8ne, puis, aussit\u00f4t apr\u00e8s, l&#039;activit\u00e9 reprend. Mme Fraya repr\u00e9sente un \u00eatre de cerveau tr\u00e8s \u00e9volu\u00e9, dans lequel la fonction de lucidit\u00e9 s&#039;est organis\u00e9e au m\u00eame titre que celle de l&#039;intelligence consciente. Cela lui permet de contraindre son intuition \u00e0 une somme de travail que beaucoup de personnes n&#039;oseraient pas demander \u00e0 leur raison.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2012-03-27T01:55:29+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/Fraya1.jpg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"3e mill\u00e9naire\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"3e mill\u00e9naire\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"55 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/\"},\"author\":{\"name\":\"3e mill\u00e9naire\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5\"},\"headline\":\"Un ph\u00e9nom\u00e8ne de la clairvoyance: Madame Fraya par Simone de Tervagne\",\"datePublished\":\"2012-03-27T01:55:29+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/\"},\"wordCount\":10985,\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/Fraya1.jpg\",\"articleSection\":[\"Parapsychologie \/ Ph\u00e9nom\u00e8nes\",\"Portrait\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/\",\"url\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/\",\"name\":\"Un ph\u00e9nom\u00e8ne de la clairvoyance: Madame Fraya par Simone de Tervagne - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/Fraya1.jpg\",\"datePublished\":\"2012-03-27T01:55:29+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/#primaryimage\",\"url\":\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/Fraya1.jpg\",\"contentUrl\":\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/Fraya1.jpg\"},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Un ph\u00e9nom\u00e8ne de la clairvoyance: Madame Fraya par Simone de Tervagne\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website\",\"url\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/\",\"name\":\"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\",\"description\":\"L&#039;Homme en devenir\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5\",\"name\":\"3e mill\u00e9naire\",\"url\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/author\/admin\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Un ph\u00e9nom\u00e8ne de la clairvoyance: Madame Fraya par Simone de Tervagne - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Un ph\u00e9nom\u00e8ne de la clairvoyance: Madame Fraya par Simone de Tervagne - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","og_description":"Avec la m\u00eame facilit\u00e9 qu'on raconterait un \u00e9v\u00e9nement auquel on vient d'assister, Mme Fraya raconte une individualit\u00e9 inconnue d'elle, sans plus d'efforts que s'il s'agissait de la plus banale conversation. On peut l'interrompre dans le cours de l'expos\u00e9 des connaissances intuitives, l'intuition cesse alors de fonctionner et la raison entre en sc\u00e8ne, puis, aussit\u00f4t apr\u00e8s, l'activit\u00e9 reprend. Mme Fraya repr\u00e9sente un \u00eatre de cerveau tr\u00e8s \u00e9volu\u00e9, dans lequel la fonction de lucidit\u00e9 s'est organis\u00e9e au m\u00eame titre que celle de l'intelligence consciente. Cela lui permet de contraindre son intuition \u00e0 une somme de travail que beaucoup de personnes n'oseraient pas demander \u00e0 leur raison.","og_url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/","og_site_name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","article_published_time":"2012-03-27T01:55:29+00:00","og_image":[{"url":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/Fraya1.jpg","type":"","width":"","height":""}],"author":"3e mill\u00e9naire","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"3e mill\u00e9naire","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"55 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/"},"author":{"name":"3e mill\u00e9naire","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"headline":"Un ph\u00e9nom\u00e8ne de la clairvoyance: Madame Fraya par Simone de Tervagne","datePublished":"2012-03-27T01:55:29+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/"},"wordCount":10985,"image":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/Fraya1.jpg","articleSection":["Parapsychologie \/ Ph\u00e9nom\u00e8nes","Portrait"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/","name":"Un ph\u00e9nom\u00e8ne de la clairvoyance: Madame Fraya par Simone de Tervagne - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/Fraya1.jpg","datePublished":"2012-03-27T01:55:29+00:00","author":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/#primaryimage","url":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/Fraya1.jpg","contentUrl":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/Fraya1.jpg"},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-phenomene-de-la-clairvoyance-madame-fraya-par-simone-de-tervagne\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Un ph\u00e9nom\u00e8ne de la clairvoyance: Madame Fraya par Simone de Tervagne"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/","name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","description":"L&#039;Homme en devenir","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5","name":"3e mill\u00e9naire","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/author\/admin\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11109","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11109"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11109\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11109"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11109"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11109"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}