{"id":11947,"date":"2012-08-21T23:30:30","date_gmt":"2012-08-21T22:30:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=11947"},"modified":"2012-09-08T04:55:10","modified_gmt":"2012-09-08T03:55:10","slug":"le-catholicisme-le-salut-par-jesus-christ-par-albert-m-besnard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-catholicisme-le-salut-par-jesus-christ-par-albert-m-besnard\/","title":{"rendered":"Le catholicisme : Le salut par J\u00e9sus-Christ par Albert-M. Besnard"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Extrait de Les religions. \u00c9d. Marabout 1974)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>Albert<\/strong><\/em><strong><em>&#8211;<\/em><\/strong><em><strong>Marie Besnard<\/strong><\/em><strong><em> <\/em><\/strong><strong>[1926-1978]<\/strong><strong>. <\/strong><strong>N\u00e9 \u00e0 Toulouse, dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019\u00c9cole Polytechnique (Paris), il entra dans l\u2019Ordre dominicain en 1949. Apr\u00e8s son ordination sacerdotale et ses \u00e9tudes, il fut successivement prieur au Couvent de Strasbourg, ma\u00eetre des novices au Couvent de Lille, ma\u00eetre des \u00e9tudiants au Couvent du Saulchoir \u00e0 \u00c9tiolle. En 1968, il fut assign\u00e9 au Couvent Saint-Dominique de Paris pour prendre la direction de \u00ab\u00a0La Vie Spirituelle\u00a0\u00bb et en 1973 il fut \u00e9lu prieur, charge qu\u2019il garda jusqu\u2019\u00e0 sa mort. Th\u00e9ologien averti, grand pr\u00e9dicateur et auteur de nombreux ouvrages de spiritualit\u00e9, le fr\u00e8re Marie-Albert Besnard \u00e9tait plus encore un homme de pri\u00e8re. <a href=\"http:\/\/www.scribd.com\/doc\/105270469\/Albert-M-Besnard-Le-Catholicisme-1974\" target=\"_blank\"><em>Version PDF<\/em><\/a><\/strong><strong><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le catholicisme repr\u00e9sente en nombre et en extension, l&rsquo;une des grandes religions mondiales : environ 613 millions de fid\u00e8les, r\u00e9partis en 41 nations. La distribution en est tr\u00e8s in\u00e9gale : le catholicisme est massivement majoritaire en Am\u00e9rique latine (226 millions, soit plus de 90 % de la population), majoritaire en Europe occidentale (250 millions. 56 %), passe de fortes minorit\u00e9s en Am\u00e9rique du Nord et en Afrique noire (respectivement 23,6 % et 11,3 %), \u00e0 de tr\u00e8s faibles minorit\u00e9s dans le monde arabe (1,9 %) et en Asie (4 %). [Donn\u00e9es de 1974]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les chiffres ci-dessus ne doivent cependant pas \u00eatre re\u00e7us sans nuances. Ils recouvrent des degr\u00e9s d&rsquo;appartenance tr\u00e8s divers. Si le bapt\u00eame permet un rep\u00e9rage sociologique pr\u00e9cis des adeptes du catholicisme, tous les baptis\u00e9s sont loin d&rsquo;\u00eatre des pratiquants de leur religion, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;accomplir les actes religieux exig\u00e9s par leur Eglise. Beaucoup ne s&rsquo;affichent catholiques qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;occasion des grands \u00e9v\u00e9nements de leur existence : mariage, bapt\u00eame des enfants, enterrement. De plus tous les pratiquants sont loin d&rsquo;\u00eatre des \u00ab fid\u00e8les \u00bb au sens fort du mot, c&rsquo;est-\u00e0-dire loin d&rsquo;avoir personnellement fait leurs les convictions et les engagements que le catholicisme leur transmet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un tel d\u00e9calage entre adeptes sociologiques et fid\u00e8les engag\u00e9s existe dans toutes les religions. Ce d\u00e9calage n&#8217;emp\u00eache cependant pas le catholicisme d&rsquo;avoir une consistance ferme et des contours assez pr\u00e9cis dans les divers pays o\u00f9 il est implant\u00e9. Cela tient \u00e0 la solide unit\u00e9 qu&rsquo;il a r\u00e9ussi \u00e0 maintenir au cours des quelque vingt si\u00e8cles de son existence, non sans drames cependant, dont nous reparlerons. Le catholicisme n&rsquo;est pas seulement une \u00ab voie \u00bb spirituelle, comme le bouddhisme par exemple, il est une \u00ab Eglise \u00bb : le mot lui-m\u00eame est de cr\u00e9ation chr\u00e9tienne. Il faudra pr\u00e9ciser tout ce qu&rsquo;il repr\u00e9sente pour les catholiques, mais d\u00e9j\u00e0 chacun sait qu&rsquo;il d\u00e9signe un syst\u00e8me stable de structures socioreligieuses. La plus manifeste est la structure d&rsquo;autorit\u00e9 et de gouvernement. L&rsquo;\u00c9glise catholique a un centre d&rsquo;unit\u00e9 \u00e9vident, le pape. Celui-ci nomme les \u00e9v\u00eaques qui sont, en chaque dioc\u00e8se, les responsables effectifs de la communaut\u00e9 catholique. Cette hi\u00e9rarchie est second\u00e9e par un clerg\u00e9, jusqu&rsquo;ici c\u00e9libataire et tout entier d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 cette t\u00e2che, d&rsquo;ailleurs in\u00e9galement r\u00e9parti selon les r\u00e9gions. On compte, dans le monde, pr\u00e8s de 268000 membres du clerg\u00e9 s\u00e9culier et environ 145 000 membres du clerg\u00e9 r\u00e9gulier. Mais alors qu&rsquo;il y a en France environ un pr\u00eatre pour un millier de catholiques, la proportion est quatre \u00e0 cinq fois moindre en Am\u00e9rique latine. Pour beaucoup d&rsquo;observateurs du dehors, l&rsquo;Eglise catholique est essentiellement repr\u00e9sent\u00e9e par sa hi\u00e9rarchie et son clerg\u00e9. Leurs prises de position et leurs comportements sont purement et simplement identifi\u00e9s \u00e0 l&rsquo;expression catholique. C&rsquo;est une vue sommaire des choses, et l&rsquo;on pourrait plus justement affirmer que le catholicisme, c&rsquo;est avant tout la masse des la\u00efcs auxquels les mouvements d&rsquo;opinion de notre si\u00e8cle, et plus particuli\u00e8rement le r\u00e9cent concile de Vatican II, ont redonn\u00e9 conscience de leur r\u00f4le et de leurs responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le catholicisme est une religion historique<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les transformations et les \u00e9volutions auxquelles nous assistons dans le catholicisme rendent malais\u00e9e l&rsquo;explication de ce qu&rsquo;il pr\u00e9tend \u00eatre. C&rsquo;est au moment o\u00f9 on croit pouvoir l&rsquo;identifier une fois pour toutes \u00e0 une religion hi\u00e9rarchique et centralis\u00e9e, autoritaire et cl\u00e9ricale, cultuelle et moralisante, qu&rsquo;il brouille d\u00e9j\u00e0 cet aspect qui, \u00e0 certains, fait figure de repoussoir d\u00e9testable et, \u00e0 d&rsquo;autres, de refuge bienfaisant. Mais tout s&rsquo;\u00e9claire si l&rsquo;on remarque que le catholicisme est une religion historique. Cela ne veut pas dire simplement qu&rsquo;il est n\u00e9 \u00e0 un certain moment de l&rsquo;histoire : toutes les religions, \u00e0 ce titre, sont historiques. Cela veut dire que, n\u00e9 de la personne historique et du message de J\u00e9sus-Christ., il se consid\u00e8re comme un prolongement actif de la pr\u00e9sence de Dieu dans l&rsquo;histoire humaine avec le projet de la transformer du dedans. Il \u00e9pouse donc l&rsquo;histoire, il a partie li\u00e9e avec elle d&rsquo;une mani\u00e8re sp\u00e9cifique. Cette liaison est souvent ambigu\u00eb, parfois orageuse ; la g\u00e9n\u00e9ration qui monte conteste la mani\u00e8re dont s&rsquo;y sont prises les g\u00e9n\u00e9rations ant\u00e9rieures ; ceux du dehors n&rsquo;y voient qu&rsquo;une habilet\u00e9 consomm\u00e9e pour survivre \u00e0 tous les r\u00e9gimes et \u00e0 tous les peuples particuliers, mais, quelque interpr\u00e9tation qu&rsquo;on en donne, on ne peut supprimer cette originalit\u00e9 du fait catholique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En un sens, le catholicisme n&rsquo;est donc pas une religion \u00ab pure \u00bb une doctrine spirituelle de salut ind\u00e9pendante du contexte historique. Il a d\u00e9j\u00e0 eu plusieurs visages, et il en aura d&rsquo;autres. C&rsquo;est pourquoi, pour le comprendre, il faut proc\u00e9der en plusieurs \u00e9tapes, superposer des lectures faites sous des \u00e9clairages diff\u00e9rents, r\u00e9unir des points de vue dont aucun n&rsquo;est exclusif et dont tous sont n\u00e9cessaires. Successivement, nous examinerons donc l&rsquo;Eglise catholique :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1. Comme soci\u00e9t\u00e9 particuli\u00e8re au sein de la soci\u00e9t\u00e9 globale (sch\u00e9matique panorama de son histoire bimill\u00e9naire) ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2. Comme communaut\u00e9 de croyants, dans l&rsquo;essentiel de sa doctrine et de sa vie ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3. Comme institution religieuse, dans son organisation et sa structure internes ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">4. Comme milieu spirituel et mystique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>HISTOIRE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les rapports du catholicisme avec la soci\u00e9t\u00e9 globale ont \u00e9t\u00e9 si \u00e9troits, tout au long de son histoire, ils ont jou\u00e9 si fort dans les deux sens que nul ne pourrait comprendre certaines donn\u00e9es culturelles de l&rsquo;Occident s&rsquo;il voulait ignorer la place s\u00e9culaire qu&rsquo;y a tenue le catholicisme. Mais, inversement, nul ne peut comprendre ce dernier s&rsquo;il ne rep\u00e8re pas les grands tournants que l&rsquo;\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 l&rsquo;a amen\u00e9 \u00e0 prendre. Un tel survol historique n&rsquo;est pas simplement utile pour d\u00e9crire le pass\u00e9 du catholicisme, il est indispensable pour en saisir certaines particularit\u00e9s permanentes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut, sch\u00e9matiquement, distinguer dans l&rsquo;\u00e9volution du catholicisme quatre grandes p\u00e9riodes, et nous venons tout juste d&rsquo;entrer dans la cinqui\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une p\u00e9riode de croissance et d&rsquo;expansion<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette p\u00e9riode va de la premi\u00e8re pr\u00e9dication des disciples de J\u00e9sus (Pentec\u00f4te de l&rsquo;ann\u00e9e 30) jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9dit de Milan de 313. Ces trois si\u00e8cles sont une p\u00e9riode de croissance et d&rsquo;expansion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le christianisme naissant se d\u00e9gage du juda\u00efsme<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apparu d&rsquo;abord comme une secte du juda\u00efsme, le jeune christianisme prit tr\u00e8s vite conscience de deux choses. La premi\u00e8re, c&rsquo;\u00e9tait que la reconnaissance de J\u00e9sus, non seulement comme le Messie (ou Christ) attendu par le juda\u00efsme, mais aussi comme Fils de Dieu entra\u00eenait une nouveaut\u00e9 radicale dans le rapport des croyants au Dieu d&rsquo;Isra\u00ebl., instituait une Nouvelle Alliance entre Dieu et les hommes. Celle-ci aurait pu appara\u00eetre \u00e0 toute la communaut\u00e9 juive comme l&rsquo;aboutissement de son histoire ant\u00e9rieure. Il n&rsquo;en a pas \u00e9t\u00e9 ainsi, et l&rsquo;opposition tenace rencontr\u00e9e en milieu juif (d&rsquo;o\u00f9 il \u00e9tait pourtant issu) a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, dans le christianisme naissant, sa deuxi\u00e8me prise de conscience, \u00e0 savoir qu&rsquo;il devait d\u00e9passer le particularisme juda\u00efque \u2014 signifi\u00e9 par la loi juive et la circoncision \u2014 pour s&rsquo;ouvrir \u00e0 une vocation universelle. D&rsquo;o\u00f9 le sens du mot \u00ab catholique \u00bb, qui \u00e9voque l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;universalit\u00e9, de Tout int\u00e9gr\u00e9. La religion naissante acquit une ambition mondiale, selon le sens donn\u00e9 \u00e0 la derni\u00e8re parole du Christ dans l&rsquo;Evangile de Matthieu : \u00ab Faites de toutes les nations des disciples. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre le juda\u00efsme, qui allait continuer son destin avec les drames que l&rsquo;on sait (destruction de J\u00e9rusalem. et du Temple en 70, diaspora ou dispersion d\u00e9finitive en 135), et le christianisme, qui commen\u00e7ait le sien, le conflit demeurera aigu de longs si\u00e8cles durant. Les chr\u00e9tiens, apr\u00e8s avoir subi les premi\u00e8res vexations, succomberont volontiers et, il faut le dire, souvent jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;odieux, \u00e0 la tentation d&rsquo;un antis\u00e9mitisme dont ils ne conviendront, publiquement et solennellement, qu&rsquo;\u00e0 Vatican II qu&rsquo;il \u00e9tait contraire \u00e0 leurs principes m\u00eames.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dissidentes de la synagogue et compos\u00e9es en majorit\u00e9 de pa\u00efens convertis, les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes se fond\u00e8rent de plus en plus nombreuses au Moyen-Orient et dans les principales villes de l&rsquo;Empire romain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le terrain leur \u00e9tait favorable. Le polyth\u00e9isme officiel gr\u00e9co-romain ne satisfaisait plus des esprits qui, par ailleurs, \u00e9taient en proie \u00e0 une r\u00e9elle inqui\u00e9tude religieuse. Seules, les \u00ab religions \u00e0 myst\u00e8res \u00bb, venues d&rsquo;Asie, obtenaient du cr\u00e9dit et, aux yeux de beaucoup, le christianisme n&rsquo;apparaissait \u00eatre que l&rsquo;une d&rsquo;entre elles : qui se douterait aujourd&rsquo;hui que pendant un temps le culte de Mithra fut son plus redoutable concurrent ? Pourtant, le christianisme l&#8217;emporta. Son message parlait aux gens les plus divers : aux d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s, qui semblent avoir \u00e9t\u00e9 ses tout premiers clients, par ses promesses de fraternit\u00e9 et de justice ; aux esprits religieux, par la puret\u00e9 d&rsquo;un monoth\u00e9isme d\u00e9gag\u00e9 du particularisme juif ; aux esprits cultiv\u00e9s, par l&rsquo;accueil qu&rsquo;il fit tr\u00e8s vite \u00e0 l&rsquo;intelligence gr\u00e2ce \u00e0 sa doctrine du Verbe (Logos).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les pers\u00e9cutions fortifient l&rsquo;Eglise au lieu de l&rsquo;\u00e9branler<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ses succ\u00e8s m\u00eames lui valurent la pers\u00e9cution. En fait, tol\u00e9rant pour une multitude de cultes, l&rsquo;Empire romain n&rsquo;admettait gu\u00e8re une religion qui ne se contentait pas de se juxtaposer aux autres, mais qui d\u00e9montrait l&rsquo;inanit\u00e9 du polyth\u00e9isme sur lequel s&rsquo;appuyait id\u00e9ologiquement l&rsquo;ordre romain, et refusait \u00e0 l&#8217;empereur le titre divin de \u00ab Seigneur \u00bb. L&rsquo;administration romaine h\u00e9sita souvent sur la conduite \u00e0 tenir, et les pers\u00e9cutions ne furent ni constantes ni g\u00e9n\u00e9rales \u00e0 travers l&rsquo;Empire. Il y eut des accalmies, comme sous Alexandre S\u00e9v\u00e8re (222-235), et aussi des tentatives d&rsquo;extirpation radicale du christianisme, comme sous D\u00e8ce et Val\u00e9rien (entre 250 et 260). L&rsquo;\u00c9glise connut ainsi son \u00e2ge des martyrs, qui eut pour r\u00e9sultat de la fortifier plut\u00f4t que de l&rsquo;\u00e9branler. Pendant toute cette p\u00e9riode, le catholicisme s&rsquo;organisait. La cellule de base \u00e9tait l&rsquo;\u00e9glise locale, qui rassemblait sous l&rsquo;autorit\u00e9 d&rsquo;un \u00e9v\u00eaque les croyants d&rsquo;une m\u00eame ville. Ici appara\u00eet le sens originel du mot Eglise (en grec : ekkl\u00easia), qui est celui d&rsquo;assembl\u00e9e des croyants convoqu\u00e9e par l&rsquo;appel de Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9unions d&rsquo;enseignement et de culte se tenaient dans les maisons particuli\u00e8res. Entre elles les diff\u00e9rentes \u00e9glises locales \u00e9changeaient de nombreux signes de solidarit\u00e9 : visites mutuelles de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s, pr\u00e9dicateurs itin\u00e9rants, entraide mat\u00e9rielle, lettres <a id=\"ftnref1\" href=\"#ftn1\">[1]<\/a> qu&rsquo;elles s&rsquo;adressaient les unes aux autres \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement notable (c&rsquo;est ainsi que nous ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s les r\u00e9cits de nombreux martyres). Certaines \u00e9glises jouissaient d&rsquo;une pr\u00e9\u00e9minence particuli\u00e8re : telle Antioche ou Alexandrie, qui se rattachait \u00e0 l&rsquo;\u00e9vang\u00e9liste Marc, et surtout Rome, o\u00f9 Pierre, le premier des ap\u00f4tres, et Paul, furent martyris\u00e9s dans les ann\u00e9es 60.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;\u00e9dit de Milan (313) ouvre l&rsquo;\u00e8re constantinienne<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par l&rsquo;\u00e9dit de Milan en 313, Constantin mit fin aux pers\u00e9cutions et commen\u00e7a \u00e0 favoriser le christianisme qui ne devint cependant religion d&rsquo;\u00c9tat que sous Th\u00e9odose, en 380. Ce renversement de situation inaugura ce qu&rsquo;on a appel\u00e9 l&rsquo;\u00e8re constantinienne et devait marquer profond\u00e9ment le catholicisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il eut une s\u00e9rie d&rsquo;heureux effets, mais entra\u00eena aussi de graves ambigu\u00eft\u00e9s. Libre d\u00e9sormais, de s&rsquo;\u00e9panouir au plein jour, la foi chr\u00e9tienne produisit de grandes \u0153uvres spirituelles et intellectuelles. Le culte quitta la clandestinit\u00e9 ou la semi-clandestinit\u00e9 (maisons particuli\u00e8res ou catacombes) pour occuper l&rsquo;espace des basiliques qui lui \u00e9tait offert. Ce fut une \u00e9poque d&rsquo;intensive cr\u00e9ativit\u00e9 qui aboutit, tant en Orient, avec saint Basile et saint Jean Chrysostome, qu&rsquo;en Occident, avec saint Ambroise ou saint L\u00e9on, \u00e0 des liturgies \u00e0 la fois populaires et riches de symboles et de s\u00e8ve religieuse. Ces liturgies constituaient l&rsquo;un des facteurs les plus actifs d&rsquo;int\u00e9gration spirituelle, culturelle, affective \u00e0 la foi chr\u00e9tienne : c&rsquo;est par elles que cette foi \u00e9tait transmise et enseign\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le m\u00eame temps, de grands esprits, \u00e9v\u00eaques pour la plupart, oblig\u00e9s par leur charge \u00e0 expliquer les Ecritures et \u00e0 \u00e9claircir les questions qui ne manquaient pas de se poser \u00e0 la foi et \u00e0 la vie des fid\u00e8les, commenc\u00e8rent \u00e0 produire de nombreuses \u0153uvres th\u00e9ologiques. A ces pionniers de l&rsquo;intellectualit\u00e9 chr\u00e9tienne fut donn\u00e9 le titre de P\u00e8res de l&rsquo;Eglise, pour signifier l&rsquo;autorit\u00e9 particuli\u00e8re qu&rsquo;on leur reconnut dans l&rsquo;Eglise et, aujourd&rsquo;hui encore, en mati\u00e8re de doctrine ou de spiritualit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Leur r\u00f4le fut d&rsquo;autant plus important qu&rsquo;il serait erron\u00e9 d&rsquo;imaginer la paix constantinienne comme un temps de repos pour l&rsquo;Eglise. Ce fut, au contraire, au plan de l&rsquo;intelligence et de la foi, une p\u00e9riode de troubles et de probl\u00e8mes continuels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La foi primitive avait, d\u00e8s les premi\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations, subi soit la contamination d&rsquo;\u00e9sot\u00e9rismes non chr\u00e9tiens (les gnoses), soit la menace d&rsquo;interpr\u00e9tations qui en faussaient le sens (les h\u00e9r\u00e9sies). Or la paix constantinienne eut pour effet second de favoriser la fermentation de nombreuses h\u00e9r\u00e9sies.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Face aux h\u00e9r\u00e9sies, le premier concile de Nic\u00e9e (325) pr\u00e9cise la doctrine sur le Christ<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;affirmation du Christ comme incarnation du fils de Dieu celle d&rsquo;un Dieu unique en trois personnes (Trinit\u00e9), d\u00e9routaient la pens\u00e9e rationnelle et offraient prise \u00e0 de multiples malentendus. Par exemple, l&rsquo;arianisme consid\u00e9rait J\u00e9sus comme une cr\u00e9ature exceptionnelle, dou\u00e9e de pouvoirs divins, mais pas de la nature divine \u00e0 proprement parler. Cette opinion eut un succ\u00e8s consid\u00e9rable et mena\u00e7a un moment de pr\u00e9valoir dans le monde chr\u00e9tien. Le rem\u00e8de fut trouv\u00e9 par la convocation du premier concile \u0153cum\u00e9nique, c&rsquo;est-\u00e0-dire le rassemblement des \u00e9v\u00eaques des diverses r\u00e9gions. Ces \u00e9v\u00eaques prenaient ainsi conscience d&rsquo;\u00eatre la supr\u00eame instance de d\u00e9claration et de d\u00e9cision en mati\u00e8re de foi. Ce premier concile eut lieu \u00e0 Nic\u00e9e (Asie Mineure), en 325, et aboutit \u00e0 la premi\u00e8re formulation dogmatique : la divinit\u00e9 du Christ y \u00e9tait solennellement proclam\u00e9e. Ainsi s&rsquo;inaugurait un processus de pr\u00e9cision et de d\u00e9veloppement du dogme qui allait jouer dans le catholicisme, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque moderne, un si grand r\u00f4le. Vatican II sera, dans le recensement des th\u00e9ologiens catholiques, le vingt et uni\u00e8me concile \u0153cum\u00e9nique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Retenons-en ceci pour la compr\u00e9hension du catholicisme : autant on y affirme que toute la r\u00e9v\u00e9lation a \u00e9t\u00e9 livr\u00e9e une fois pour toutes en J\u00e9sus-Christ <a id=\"ftnref2\" href=\"#ftn2\">[2]<\/a>, autant on y admet que son interpr\u00e9tation n&rsquo;est jamais achev\u00e9e. En fonction des questions et difficult\u00e9s surgies au fil du temps l\u2019Eglise catholique estime conforme \u00e0 sa mission d&rsquo;ajouter de nouvelles explications.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais la paix constantinienne introduisait aussi de graves ambigu\u00eft\u00e9s. Devenu religion officielle, le christianisme voyait affluer au bapt\u00eame des foules nombreuses dont l&rsquo;adh\u00e9sion n&rsquo;\u00e9tait pas toujours motiv\u00e9e par une conversion sinc\u00e8re. Apr\u00e8s l&rsquo;interdiction du culte pa\u00efen en 356, et malgr\u00e9 les efforts de l&#8217;empereur Julien l&rsquo;Apostat (361-363) pour redonner vigueur \u00e0 la culture pa\u00efenne, le mouvement g\u00e9n\u00e9ral des id\u00e9es \u00e9tait favorable au christianisme mais \u00e0 un christianisme qui risquait tr\u00e8s vite de devenir un nouveau conformisme. Beaucoup de chr\u00e9tiens fervents per\u00e7urent le danger d&rsquo;un atti\u00e9dissement g\u00e9n\u00e9ral de la foi, et c&rsquo;est par r\u00e9action qu&rsquo;un mouvement asc\u00e9tique et monastique se d\u00e9veloppa rapidement aux bordures des d\u00e9serts, surtout en Egypte, en Syrie-Palestine et en Asie mineure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le c\u00e9saro-papisme confond les pouvoirs de l&rsquo;Eglise et de l&rsquo;Etat<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;adversaire de l&rsquo;Eglise, l&#8217;empereur en devint le protecteur. Le r\u00e9sultat fut qu&rsquo;il chercha \u00e0 int\u00e9resser les \u00e9v\u00eaques au maintien de l&rsquo;ordre politique et qu&rsquo;il s&rsquo;effor\u00e7a lui-m\u00eame de r\u00e9tablir l&rsquo;ordre au sein de l&rsquo;Eglise troubl\u00e9e par les h\u00e9r\u00e9sies (c&rsquo;est par un acte imp\u00e9rial que fut convoqu\u00e9 le concile de Nic\u00e9e). Les relations de l&rsquo;Eglise et de l&rsquo;Etat commenc\u00e8rent \u00e0 faire probl\u00e8me. Bien des \u00e9v\u00eaques en furent conscients, et il faut noter les h\u00e9sitations, les changements d&rsquo;attitude de plusieurs concernant l&rsquo;appui qu&rsquo;il fallait ou non demander \u00e0 l&rsquo;Etat en des situations d\u00e9licates. Le \u00ab c\u00e9saro-papisme \u00bb, ou collusion de la hi\u00e9rarchie catholique avec le pouvoir politique autocratique, commen\u00e7a d&rsquo;\u00eatre une menace fr\u00e9quente de d\u00e9gradation du catholicisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n&rsquo;\u00e9taient pas seulement les interventions directes du pouvoir central qui constituaient une menace pour l&rsquo;originalit\u00e9 sp\u00e9cifique de la foi catholique. La contamination indirecte par tout l&rsquo;h\u00e9ritage gr\u00e9co-latin fut aussi un risque que l&rsquo;on mesure mieux avec le recul. Les \u00e9v\u00eaques prirent les m\u0153urs de hauts fonctionnaires de l&#8217;empire ; l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Rome h\u00e9rita du titre de \u00ab souverain pontife \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire du titre du grand pr\u00eatre du paganisme romain ; le c\u00e9r\u00e9monial de la cour imp\u00e9riale servit, pour plus d&rsquo;un rite, de mod\u00e8le \u00e0 la liturgie romaine, etc. Toute l&rsquo;histoire retrac\u00e9e jusqu&rsquo;ici \u00e9tait commune aux deux parties de l&#8217;empire, Orient et Occident. L&rsquo;essor politique de Byzance, puis les invasions barbares vont peu \u00e0 peu les rendre \u00e9trang\u00e8res l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre. Si la rupture officielle entre l&rsquo;Eglise d&rsquo;Orient et l&rsquo;Eglise d&rsquo;Occident ne devait intervenir une premi\u00e8re fois qu&rsquo;au milieu du IX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, puis d\u00e9finitivement en 1054, la s\u00e9paration de fait, par la force des \u00e9volutions divergentes, \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre d\u00e8s la chute de l&rsquo;Empire d&rsquo;Occident (476).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Eglise byzantine emportera le qualificatif d&rsquo;\u00ab orthodoxe \u00bb (\u00ab celle qui garde la vraie foi \u00bb), l&rsquo;Eglise romaine celui de \u00ab\u00a0catholique \u00bb (\u00ab celle qui tient l&rsquo;universel dans l&rsquo;unit\u00e9 \u00bb), mais chacune pr\u00e9tend revendiquer le qualificatif de l&rsquo;autre ; chacune, dans la d\u00e9rive qui les s\u00e9pare, fera valoir diff\u00e9remment les valeurs communes qu&rsquo;elle emporte. De l\u00e0 r\u00e9sulteront, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque moderne, les difficult\u00e9s, mais aussi les stimulations \u0153cum\u00e9niques, pour une nouvelle unit\u00e9 des Eglises chr\u00e9tiennes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Des invasions barbares \u00e0 la R\u00e9forme (V<sup>e<\/sup> &#8211; XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tandis que l&rsquo;Orient, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;invasion musulmane, continuait \u00e0 jouir de l&rsquo;h\u00e9ritage raffin\u00e9 de l&rsquo;Empire, le catholicisme occidental \u00e9tait plong\u00e9 dans sa premi\u00e8re crise de civilisation. Fallait-il pleurer et se lamenter sur la disparition d&rsquo;un monde avec lequel l&rsquo;Eglise avait fini par nouer une alliance fructueuse ? Fallait-il \u00ab passer aux barbares \u00bb ? Trois choses sauv\u00e8rent le christianisme occidental en ce moment crucial. D&rsquo;abord sa conviction qu&rsquo;il \u00e9tait porteur d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;avenir que ne pouvaient arr\u00eater les accidents de l&rsquo;histoire, de sorte qu&rsquo;il ne se sentit pas oblig\u00e9 de se laisser mettre au tombeau avec la civilisation gr\u00e9co-latine. Ensuite, la solidit\u00e9 de son organisation \u00e9piscopale qui en de nombreux endroits, fut le seul pouvoir r\u00e9el que les envahisseurs trouv\u00e8rent devant eux, qu&rsquo;ils jug\u00e8rent bon de respecter et utile de se concilier. Enfin, la s\u00e9duction d&rsquo;une religion qui, plus ou moins grossi\u00e8rement comprise, repr\u00e9sentait pour les barbares une r\u00e9elle promotion culturelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le bapt\u00eame de Clovis en 496 peut symboliser la nouvelle situation qui s&rsquo;instaure. C&rsquo;est une situation paradoxale. Le christianisme se trouva, en effet, en position missionnaire sans l&rsquo;avoir cherch\u00e9e. Il n&rsquo;a pas eu \u00e0 annoncer l&rsquo;Evangile \u00e0 ces peuples dans l&rsquo;espoir qu&rsquo;ils viendraient ensuite au bapt\u00eame, mais ce sont eux qui ont demand\u00e9 le bapt\u00eame, et l&rsquo;Eglise le leur a accord\u00e9 dans l&rsquo;espoir qu&rsquo;ils deviendraient ensuite chr\u00e9tiens, voire ce fut le pouvoir politique qui, pour ses propres raisons, lui amena des groupes entiers \u00e0 baptiser. Si \u00eatre chr\u00e9tien signifie autre chose que vivre dans des cadres sociaux chr\u00e9tiens, alors il y a eu, \u00e0 l&rsquo;origine de la Chr\u00e9tient\u00e9 occidentale, une m\u00e9prise qui explique certaines de ses difficult\u00e9s ult\u00e9rieures. Car l&rsquo;effondrement des cadres culturels de l&rsquo;Antiquit\u00e9, le bas niveau doctrinal du clerg\u00e9 dans ces si\u00e8cles mouvement\u00e9s ne permirent pas \u00e0 l&rsquo;Eglise de r\u00e9aliser partout l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation efficace de ceux qu&rsquo;elle venait d&rsquo;accepter au bapt\u00eame, encore moins de s&rsquo;opposer au bapt\u00eame de ceux qui n&rsquo;y acc\u00e9daient que sous la contrainte. La carence fut d&rsquo;autant moins per\u00e7ue que les nouveaux baptis\u00e9s acceptaient sans discuter la religion qu&rsquo;on leur proposait, sa doctrine et ses structures. L&rsquo;Eglise a vraiment eu alors conscience d&rsquo;\u00eatre la \u00ab m\u00e8re et ma\u00eetresse \u00bb de l&rsquo;Occident nouveau (c&rsquo;est le titre de l&rsquo;encyclique de Jean XXIII, <em>Mater et Magistra<\/em>, promulgu\u00e9e le 15 mai 1961). Les traits caract\u00e9ristiques du monde m\u00e9di\u00e9val commencent \u00e0 appara\u00eetre. C&rsquo;est tout d&rsquo;abord le cl\u00e9ricalisme : les clercs, ayant \u00e9t\u00e9 quasi les seuls \u00e0 sauvegarder la culture antique, conserv\u00e8rent le monopole du pouvoir intellectuel ; investis, en outre, d&rsquo;un pouvoir spirituel qui ne leur \u00e9tait contest\u00e9 par personne, ils devinrent fr\u00e9quemment les arbitres des situations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela n&rsquo;alla pas sans conflits avec le pouvoir temporel, mais ces conflits se d\u00e9roulaient \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un ordre admis par tous : l&rsquo;ordre chr\u00e9tien, o\u00f9 les deux pouvoirs \u2014 le spirituel et le temporel \u2014 \u00e9taient r\u00e9f\u00e9r\u00e9s \u00e0 la m\u00eame autorit\u00e9 divine et \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme compl\u00e9mentaires pour la gestion d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9alement chr\u00e9tienne (le point de d\u00e9part de cet \u00e9quilibre de force et de l&rsquo;id\u00e9ologie qui l&rsquo;accompagne est le couronnement de Charlemagne, comme empereur d&rsquo;Occident par le pape L\u00e9on III, \u00e0 la No\u00ebl de l&rsquo;an 800). Il fallut des si\u00e8cles de tensions, de crises et d&rsquo;\u00e9volution sociale pour que les deux partenaires comprennent qu&rsquo;ils avaient tout \u00e0 gagner \u00e0 discerner et \u00e0 respecter l&rsquo;autonomie de leurs comp\u00e9tences respectives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les clercs sont les fondements de l&rsquo;Occident chr\u00e9tien<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;est pas jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;institution le plus purement religieuse du christianisme, le monachisme, qui ne participa \u00e0 ces ambigu\u00eft\u00e9s. En se multipliant, les monast\u00e8res jou\u00e8rent, en effet, un r\u00f4le non n\u00e9gligeable. Ils \u00e9taient des lieux de d\u00e9veloppement et d&rsquo;accumulation de richesses terriennes, de concentration intellectuelle et culturelle (biblioth\u00e8ques, enseignement, espaces de loisirs pour le d\u00e9veloppement des lettres), de r\u00e9serve id\u00e9ologique (ils incarnaient l&rsquo;utopie du catholicisme m\u00e9di\u00e9val : faire de la soci\u00e9t\u00e9 un immense monast\u00e8re). Ce faisant, ils se laissaient entra\u00eener dans le jeu du syst\u00e8me f\u00e9odal qui les alourdissait et les \u00e9loignait de leur id\u00e9al primitif de simplicit\u00e9 et de pauvret\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or de la Chr\u00e9tient\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale se situe aux XII<sup>e<\/sup> -XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles. Une civilisation grandit qui se flattait d&rsquo;\u00eatre universelle et qui l&rsquo;\u00e9tait r\u00e9ellement \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;Europe occidentale. L&rsquo;Eglise g\u00e9rait des universit\u00e9s <a id=\"ftnref3\" href=\"#ftn3\">[3]<\/a> florissantes qui ignoraient les fronti\u00e8res : on allait \u00e9tudier \u00e0 Bologne, \u00e0 Paris, \u00e0 Cologne, \u00e0 Oxford, sans autre souci que d&rsquo;aller aux meilleurs ma\u00eetres. Le latin demeurait la langue v\u00e9hiculaire de la pens\u00e9e et de la liturgie. Des \u0153uvres furent compos\u00e9es, comme la \u00ab <em>Somme th\u00e9ologique<\/em> \u00bb de saint Thomas d&rsquo;Aquin, qui n&rsquo;eurent jamais plus leur \u00e9quivalent. La Chr\u00e9tient\u00e9 se couvrait de cath\u00e9drales, d&rsquo;\u00e9glises et de couvents nouveaux. L&rsquo;essor spirituel n&rsquo;\u00e9tait pas moindre : apr\u00e8s les fondations cisterciennes du XII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (monastiques), ce fut la naissance, au XIII<sup>e<\/sup>, des ordres mendiants, surtout franciscains et dominicains (apostoliques et itin\u00e9rants). Mais le tableau avait ses ombres : la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale, comme toute soci\u00e9t\u00e9 dont l&rsquo;\u00e9quilibre d\u00e9pend d&rsquo;une unanimit\u00e9 culturelle, ne pouvait tol\u00e9rer les dissidences. Elle lan\u00e7a la croisade contre les Cathares du Languedoc et institua l&rsquo;Inquisition, se donnant ainsi un visage dont elle aura de la peine plus tard \u00e0 convaincre ses adversaires qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un accident de son histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;Eglise ne comprend pas les aspects scientifiques de la Renaissance<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A partir des XIV<sup>e<\/sup>-XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, la soci\u00e9t\u00e9 occidentale s&rsquo;\u00e9mancipa progressivement de la tutelle de l&rsquo;\u00c9glise, dans un mouvement de s\u00e9cularisation croissante. Une nouvelle \u00e9volution se fit jour qui allait aboutir \u00e0 la naissance du monde moderne : rupture de l&rsquo;harmonie entre la foi et la raison, d\u00e9buts de l&rsquo;humanisme, d\u00e9veloppement de la conscience subjective, \u00e9clatement politique de l&rsquo;Europe, puis la Renaissance, les grandes d\u00e9couvertes g\u00e9ographiques, le mouvement des sciences, l&rsquo;essor du monde bourgeois&#8230; Contrairement \u00e0 ce qui s&rsquo;\u00e9tait produit lors des invasions barbares, le catholicisme n&rsquo;\u00e9tait plus en position de vitalit\u00e9 pour accueillir cet univers nouveau. En effet, il se trouvait en d\u00e9cadence dans l&rsquo;ordre de la pens\u00e9e : la th\u00e9ologie scolastique, apparemment brillante, raffinait sur des sp\u00e9culations qui n&rsquo;\u00e9taient ni les questions vitales de la foi ou de la pi\u00e9t\u00e9, ni les questions r\u00e9elles du monde profane. D\u00e9cadence aussi dans le gouvernement\u00a0: \u00e0 s&rsquo;\u00eatre trop crisp\u00e9e sur ses pr\u00e9rogatives \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du pouvoir politique, la papaut\u00e9 avait us\u00e9 son cr\u00e9dit, d\u00e9laiss\u00e9 sa fonction de t\u00e9moin de l&rsquo;Evangile, pos\u00e9 les bases d&rsquo;un syst\u00e8me de gouvernement (cardinalat, n\u00e9potisme) qui ferait obstacle aux volont\u00e9s de r\u00e9forme. D\u00e9cadence dans les ordres religieux, surtout lorsque, apr\u00e8s la \u00ab peste noire \u00bb de 1349, on reconstitua h\u00e2tivement les effectifs ; la pr\u00e9dication des reliques des saints ou des indulgences, l&#8217;emportait sur celle du dogme ou de l&rsquo;Ecriture. C&rsquo;est ainsi que la R\u00e9forme \u00e9clata comme un choc qui, d&rsquo;un coup, fait pr\u00e9cipiter une solution sursatur\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>De la R\u00e9forme \u00e0 Vatican II<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque, au d\u00e9but du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, Luther \u00ab protesta \u00bb contre les abus de l&rsquo;Eglise romaine et ses infid\u00e9lit\u00e9s au christianisme originel, il ne pr\u00e9tendit pas, tout d&rsquo;abord, constituer une autre \u00c9glise. C&rsquo;est bien l&rsquo;unique \u00c9glise catholique qu&rsquo;il voulait r\u00e9former <a id=\"ftnref4\" href=\"#ftn4\">[4]<\/a>. Mais ses questions furent pos\u00e9es dans un tel contexte th\u00e9ologique, social, culturel, politique que les th\u00e9ologiens romains qui les examin\u00e8rent en per\u00e7urent les outrances plus que les l\u00e9gitimes revendications. Rome opposa une fin de non-recevoir, l&rsquo;Europe chr\u00e9tienne fut cass\u00e9e en deux et d\u00e9chir\u00e9e par de sanglantes guerres de religion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour faire pi\u00e8ce aux r\u00e9formateurs et justifier leurs positions, les \u00e9v\u00eaques fid\u00e8les au pape proc\u00e9d\u00e8rent eux aussi \u00e0 une r\u00e9forme (la Contre-R\u00e9forme.) qui donna au catholicisme le visage sous lequel il sera connu jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours. On peut estimer, en effet, que c&rsquo;est Vatican II qui marque de mani\u00e8re significative la fin de cette p\u00e9riode.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le concile de Trente d\u00e9clenche la Contre-R\u00e9forme<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet effort porta d&rsquo;incontestables fruits de renouveau et permit au catholicisme de tenir bon dans les r\u00e9volutions d&rsquo;id\u00e9es, ou de r\u00e9gimes qui allaient se succ\u00e9der. La Compagnie de J\u00e9sus, dont la naissance est contemporaine du concile de Trente, caract\u00e9risa assez bien par son organisation centralis\u00e9e, par sa pi\u00e9t\u00e9 centr\u00e9e sur le r\u00e8gne du Christ, le Sacr\u00e9-C\u0153ur et l&rsquo;Eucharistie., par son id\u00e9al militant et son ob\u00e9issance inconditionnelle au Saint-Si\u00e8ge l&rsquo;esprit le plus noble et le plus f\u00e9cond de la Contre-R\u00e9forme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet affermissement d&rsquo;un catholicisme restructur\u00e9 avait pour contrepartie : la d\u00e9perdition de valeurs que l&rsquo;on m\u00e9connaissait sans y prendre garde, tandis que les r\u00e9formateurs les faisaient valoir \u00e0 leur mani\u00e8re (sacerdoce des fid\u00e8les, connaissance de la Bible, liturgie en langues usuelles, etc.) ; une rigidit\u00e9 du corps eccl\u00e9siastique qui le rendait moins apte aux changements que l&rsquo;histoire ult\u00e9rieure appellerait ; une incapacit\u00e9 de plus en plus grande de l&rsquo;esprit catholique \u00e0 entrer en dialogue v\u00e9ritable avec les philosophies et les sciences nouvelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au fur et \u00e0 mesure que le temps passait, ces d\u00e9ficiences s&rsquo;av\u00e9r\u00e8rent dramatiques pour le catholicisme. En butte \u00e0 une hostilit\u00e9 de plus en plus avou\u00e9e, surtout \u00e0 partir du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, critiqu\u00e9 pour ses intol\u00e9rances pass\u00e9es, d\u00e9nonc\u00e9 pour l&rsquo;influence et les pouvoirs qu&rsquo;il continuait d&rsquo;exercer sur la soci\u00e9t\u00e9, attaqu\u00e9 dans sa foi par le rationalisme qui allait en se d\u00e9veloppant, il se r\u00e9tractait sur ses positions traditionnelles, devenait de plus en plus m\u00e9fiant \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du monde moderne. Au niveau de l&rsquo;Eglise officielle, le paroxysme de cette attitude peut se symboliser par trois actes majeurs : en 1864, le \u00ab Syllabus \u00bb par lequel le pape Pie IX d\u00e9non\u00e7ait les erreurs du temps et estimait que l&rsquo;Eglise ne pouvait se r\u00e9concilier avec le monde moderne ; en 1869, la d\u00e9finition de l&rsquo;infaillibilit\u00e9 pontificale au premier concile du Vatican ; en 1907, la condamnation du modernisme par Pie X.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais d\u00e9j\u00e0 la position de l&rsquo;Eglise officielle ne refl\u00e9tait plus la position unanime des catholiques. C&rsquo;est au nom m\u00eame de leur foi qu&rsquo;un certain nombre d&rsquo;entre eux (tels John H. Newman en Angleterre, converti de l&rsquo;anglicanisme ; en France, Henri Lacordaire, Albert de Mun, le philosophe Maurice Blondel, Albert Lagrange (ex\u00e9g\u00e8te) se sentaient profond\u00e9ment accord\u00e9s \u00e0 la sensibilit\u00e9 de leur \u00e9poque et militaient en faveur des libert\u00e9s, du mouvement d\u00e9mocratique, d&rsquo;une attention au monde ouvrier, d&rsquo;un renouveau radical de la pens\u00e9e chr\u00e9tienne par la prise au s\u00e9rieux des sciences historiques et critiques. Ces courants s&rsquo;intensifi\u00e8rent au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Les grandes crises mondiales suscit\u00e8rent des prises de conscience de plus en plus aigu\u00ebs sur l&rsquo;inad\u00e9quation du catholicisme tridentin \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins de l&rsquo;\u00e9poque. Par le contact d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 avec l&rsquo;incroyance, par la lecture de la Bible, par le renouveau liturgique, par l&rsquo;engagement politique ou social, on red\u00e9couvrait des ressources oubli\u00e9es de l&rsquo;\u00e2me catholique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ajoutons que les parties non europ\u00e9ennes du catholicisme, issues de vagues d&rsquo;expansion missionnaire des XIII<sup>e<\/sup>, XVI<sup>e<\/sup>, XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, en Asie et en Afrique, commencent \u00e0 devenir majeures. Se d\u00e9gageant lentement des mentalit\u00e9s occidentales qui les ont d&rsquo;abord marqu\u00e9es, ces Eglises semblent devoir contribuer \u00e0 l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration des transformations du catholicisme tout entier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Avec le concile Vatican II, l&rsquo;Eglise revient aux sources<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le concile Vatican II consacra avec le poids de son autorit\u00e9 le meilleur de ces \u00ab ressourcements \u00bb r\u00e9cents. Il eut pour effet imm\u00e9diat de pr\u00e9cipiter le mouvement amorc\u00e9 et d&rsquo;accuser la distance entre ceux pour qui le catholicisme tridentin demeure le visage d\u00e9finitif et le plus parfait de l&rsquo;Eglise, et ceux qui esp\u00e8rent une Eglise aussi radicalement neuve par rapport \u00e0 ce dernier qu&rsquo;il l&rsquo;\u00e9tait lui-m\u00eame par rapport aux r\u00e9alisations ant\u00e9rieures. Il est trop t\u00f4t pour pr\u00e9voir l&rsquo;issue des tensions et des transformations du catholicisme contemporain. Du moins pourrons-nous mieux comprendre les raisons et les enjeux de la \u00ab crise \u00bb qui le saisit en portant maintenant sur lui trois regards successifs, moins ext\u00e9rieurs qu&rsquo;un panorama historique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>DOCTRINE ET VIE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;entr\u00e9e dans la communaut\u00e9 religieuse<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On devient catholique par la confession de foi et le bapt\u00eame. Par la confession de foi, celui qui devient croyant atteste qu&rsquo;il reconna\u00eet comme v\u00e9rit\u00e9 et \u00ab joyeuse nouvelle \u00bb le message de l&rsquo;\u00c9vangile tel que l&rsquo;Eglise le lui propose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce message a sa formulation stable dans le symbole de foi ou credo, mais cette formulation n&rsquo;est qu&rsquo;un raccourci, elle a toujours besoin d&rsquo;\u00eatre comment\u00e9e et d\u00e9velopp\u00e9e par une \u00ab cat\u00e9ch\u00e8se \u00bb, ou enseignement oral, qui est la forme \u00e9l\u00e9mentaire de la Tradition. C&rsquo;est pourquoi, depuis les ap\u00f4tres et les P\u00e8res de l&rsquo;Eglise jusqu&rsquo;aux centres modernes de \u00ab cat\u00e9chum\u00e9nat \u00bb (sans oublier les classiques cat\u00e9chismes), l&rsquo;essentiel du message s&rsquo;est transmis de bouche \u00e0 oreille, de mani\u00e8re plus ou moins efficace. Il y a deux formes usuelles du symbole de la foi. L&rsquo;une, plus br\u00e8ve (fix\u00e9e au VI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u00e0 Rome), est utilis\u00e9e dans le rituel du bapt\u00eame : c&rsquo;est le symbole dit des ap\u00f4tres. L&rsquo;autre est utilis\u00e9e dans la liturgie de la messe, c&rsquo;est le symbole dit de Nic\u00e9e-Constantinople, car sa formulation remonte \u00e0 ces conciles (325-381).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les \u00ab points fixes \u00bb des dogmes balisent le chemin de la foi<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les dogmes sont des pr\u00e9cisions ult\u00e9rieures du contenu de la foi que l&rsquo;Eglise a jug\u00e9 n\u00e9cessaire de \u00ab d\u00e9finir \u00bb pour r\u00e9pudier les h\u00e9r\u00e9sies, mettre fin \u00e0 des interpr\u00e9tations flottantes, fixer des certitudes (ces dogmes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9finis en concile, sauf ceux de l&rsquo;Immacul\u00e9e Conception et de l&rsquo;Assomption de la Vierge). Ces points fixes ne pr\u00e9tendent pas \u00eatre une explication des myst\u00e8res divins, mais baliser le chemin par lequel l&rsquo;esprit peut les appr\u00e9hender : des directions plus que des termes, et des tremplins pour la th\u00e9ologie ou la contemplation plus que des bornes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd&rsquo;hui, on pourrait dire que quelqu&rsquo;un qui \u00ab confesse J\u00e9sus-Christ \u00bb est quelqu&rsquo;un qui reconna\u00eet qu&rsquo;en J\u00e9sus de Nazareth, personnalit\u00e9 bien dat\u00e9e et situ\u00e9e dans l&rsquo;histoire juive, un \u00e9v\u00e9nement absolu s&rsquo;est accompli : le Dieu unique, cr\u00e9ateur de l&rsquo;univers, cherch\u00e9 \u00ab comme \u00e0 t\u00e2tons \u00bb, dit saint Paul, par toutes les religions, s&rsquo;est engag\u00e9 en personne, sans esprit de retour, en faveur de toute l&rsquo;humanit\u00e9. A travers la parole du Christ, \u00e0 travers ses actes finalement sa mort et sa r\u00e9surrection, ce Dieu s&rsquo;est manifest\u00e9 sous un visage nouveau et d\u00e9finitif, celui d&rsquo;une \u00ab paternit\u00e9 \u00bb qui n&rsquo;a aucun mod\u00e8le humain convenable, sinon pr\u00e9cis\u00e9ment les rapports qu&rsquo;entretient J\u00e9sus, Fils de Dieu incarn\u00e9, avec ce P\u00e8re transcendant. A toute vie humaine sont d\u00e9sormais ouverts un sens et un avenir \u00e9ternels, qui prennent corps d\u00e8s l&rsquo;instant pr\u00e9sent en toutes les responsabilit\u00e9s de l&rsquo;existence. Le propre du catholicisme est de penser qu&rsquo;une telle confession de foi, si elle est le fruit d&rsquo;une conscience libre et personnelle, n&rsquo;est pas le fait d&rsquo;une conscience solitaire. Elle doit amener \u00e0 consid\u00e9rer comme fr\u00e8res d&rsquo;une mani\u00e8re particuli\u00e8re tous ceux qui reconnaissent le \u00ab Dieu et P\u00e8re de J\u00e9sus-Christ \u00bb, et qui, \u00e0 ce titre, constituent \u00ab le peuple de Dieu \u00bb (terme biblique que Vatican II a remis en honneur). Elle am\u00e8ne aussi \u00e0 partager la volont\u00e9 du Christ de rassembler visiblement ceux qui croiraient en lui. \u00ab Qu&rsquo;ils soient parfaitement un \u00bb (Jean, XVII, 23).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Eglise catholique se d\u00e9finit th\u00e9ologiquement et, pourrait-on dire, mystiquement comme ce \u00ab peuple de Dieu \u00bb et comme cette unit\u00e9 des croyants autour du Christ (unit\u00e9 en un seul \u00ab corps \u00bb. Le Corps de J\u00e9sus-Christ est appel\u00e9, depuis saint Paul, \u00ab le Corps du Christ \u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le bapt\u00eame est une nouvelle naissance<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le bapt\u00eame est l&rsquo;acte social par lequel le converti devient membre actif de ce corps. Il ne signifie pas seulement adh\u00e9sion et engagement de la part du baptis\u00e9, ou accueil de la part de la communaut\u00e9. Le christianisme l&rsquo;appelle un sacrement : \u00e0 ses yeux, cette action sacr\u00e9e, avec le symbolisme de l&rsquo;eau qu&rsquo;elle met en \u0153uvre, a \u00e9t\u00e9 voulue par le Christ lui-m\u00eame comme un signe v\u00e9cu dans lequel, \u00e0 chaque fois, Dieu aussi s&rsquo;engage. A la communaut\u00e9, Dieu signifie qu&rsquo;il est toujours agissant au milieu d&rsquo;elle ; au baptis\u00e9, il conf\u00e8re la \u00ab gr\u00e2ce \u00bb de devenir vraiment son \u00ab fils \u00bb \u00e0 l&rsquo;image du Christ.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par gr\u00e2ce, le catholicisme entend la capacit\u00e9 de l&rsquo;homme d&rsquo;entrer avec Dieu dans une relation nouvelle : o\u00f9 le p\u00e9ch\u00e9 est pardonn\u00e9, o\u00f9 l&rsquo;esprit humain peut acqu\u00e9rir une connaissance juste du myst\u00e8re de Dieu, o\u00f9 existe une communion fonci\u00e8re avec Dieu (pas forc\u00e9ment exp\u00e9riment\u00e9e sensiblement), dans la pri\u00e8re et dans l&rsquo;amour, o\u00f9 cette communion devient le ferment d&rsquo;une disposition nouvelle \u2014 la charit\u00e9 \u2014 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de tout homme. Les chr\u00e9tiens consid\u00e8rent cette transformation du bapt\u00eame comme si d\u00e9cisive qu&rsquo;ils l&rsquo;appellent une \u00ab nouvelle naissance \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;itin\u00e9raire qui vient d&rsquo;\u00eatre sch\u00e9matis\u00e9 correspond \u00e0 un itin\u00e9raire d&rsquo;adulte venant au catholicisme. Dans les pays de vieille tradition catholique, le bapt\u00eame n&rsquo;est pas au terme d&rsquo;un cheminement de conversion, mais il est re\u00e7u d\u00e8s la naissance. Cette pratique fait actuellement l&rsquo;objet d&rsquo;un d\u00e9bat parmi les catholiques. Certains pensent qu&rsquo;on peut dissocier le bapt\u00eame proprement dit de la transmission \u00e0 l&rsquo;enfant de la vision du monde et des valeurs chr\u00e9tiennes, comme il est l\u00e9gitime (et d&rsquo;ailleurs in\u00e9vitable) de la part de tout milieu \u00e9ducatif. De toute mani\u00e8re, si le bapt\u00eame intervient avant l&rsquo;\u00e2ge du choix personnel, il ne prend tout son sens qu&rsquo;\u00e0 partir du moment o\u00f9 le baptis\u00e9 ratifie librement la foi signifi\u00e9e par le sacrement re\u00e7u.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le baptis\u00e9 entre dans une communaut\u00e9 de foi qui se pr\u00e9sente aussi comme une communaut\u00e9 d&rsquo;esp\u00e9rance et de charit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une religion de salut<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le christianisme, en effet, se pr\u00e9sente comme une religion de salut. En cela, il est radicalement distinct de tout d\u00e9isme, par exemple, bien qu&rsquo;il lui soit arriv\u00e9, au cours des si\u00e8cles r\u00e9cents, d&rsquo;\u00eatre contamin\u00e9 par le d\u00e9isme chez beaucoup de ses fid\u00e8les, notamment dans la bourgeoisie du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Le d\u00e9isme est la reconnaissance d&rsquo;un Etre supr\u00eame, auteur et garant de l&rsquo;ordre du monde et de la soci\u00e9t\u00e9, qu&rsquo;il s&rsquo;agit de se concilier par un culte raisonnable, dans une perspective moralisante et statique. Le christianisme, lui, est histoire, drame, mouvement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le christianisme est participation \u00e0 une vie nouvelle<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le chr\u00e9tien re\u00e7oit l&rsquo;Evangile comme l&rsquo;annonce d&rsquo;une \u00ab vie nouvelle \u00bb : nouvelle par rapport \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience universelle d&rsquo;une existence soumise \u00e0 la d\u00e9ception, \u00e0 l&rsquo;injustice, sans cesse renaissante, au mal sous toutes ses formes, finalement \u00e0 la mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que le chr\u00e9tien voit partout o\u00f9 l&rsquo;on rencontre l&rsquo;un ou l&rsquo;autre de ces \u00e9checs, c&rsquo;est le p\u00e9ch\u00e9. Ce n&rsquo;est pas exclusif d&rsquo;autres causes rationnellement analysables : le chr\u00e9tien moderne comprend aussi fort bien que l&rsquo;injustice, par exemple, se cristallise et se perp\u00e9tue \u00e0 travers des structures sociales ou \u00e9conomiques d\u00e9termin\u00e9es. Mais le p\u00e9ch\u00e9 est cette faille intime, ce d\u00e9sordre radical qui rend l&rsquo;homme individuellement (\u00ab concupiscence \u00bb) et collectivement vuln\u00e9rable au mal, inexplicablement complice de ce qui le d\u00e9truit sous couleur d&rsquo;\u00eatre son bien. Cette faille est cong\u00e9nitale \u00e0 l&rsquo;homme depuis que, d\u00e8s ses origines, il s&rsquo;est laiss\u00e9 entra\u00eener \u00e0 se s\u00e9parer de Dieu (p\u00e9ch\u00e9 originel). Que soit cicatris\u00e9e cette blessure de sa libert\u00e9 par la r\u00e9conciliation avec Dieu, telle sera la premi\u00e8re signification du mot \u00ab salut \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce mot ne doit pas \u00e9voquer une esp\u00e8ce de sauve-qui-peut en vue de quitter au plus vite une terre maudite. Il est beaucoup plus proche de ce que des esprits modernes expriment lorsqu&rsquo;ils disent que l&rsquo;essentiel serait de \u00ab changer la vie \u00bb. Mais l&rsquo;exp\u00e9rience chr\u00e9tienne du salut se s\u00e9pare ici de l&rsquo;esp\u00e9rance juive du 1<sup>er<\/sup> \u00a0si\u00e8cle. Cette derni\u00e8re attendait le Messie comme le justicier foudroyant, et le royaume de Dieu comme l&rsquo;irruption instantan\u00e9e d&rsquo;un nouvel ordre de choses. Non sans difficult\u00e9, les disciples du Christ ont appris de lui qu&rsquo;il ne venait pas r\u00e9aliser une lib\u00e9ration \u00e9clair, mais une lib\u00e9ration progressive, \u00e0 laquelle il d\u00e9pendrait toujours de l&rsquo;homme de s&rsquo;associer ou pas, et que le royaume de Dieu commen\u00e7ait modestement par la transformation r\u00e9elle mais t\u00e9nue des c\u0153urs et, \u00e0 partir de l\u00e0, des masses humaines et de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;histoire de la \u00ab mission \u00bb a ses ombres et ses lumi\u00e8res<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoi qu&rsquo;il en soit, c&rsquo;est sous l&rsquo;impulsion de cette esp\u00e9rance et dans la conviction d&rsquo;ob\u00e9ir \u00e0 une mission explicite, confi\u00e9e par le Christ \u00e0 ses disciples, que le catholicisme, \u00e0 toutes les \u00e9poques de son histoire, a cherch\u00e9 \u00e0 se propager. Nous ne pouvons entrer ici dans le d\u00e9tail de l&rsquo;expansion missionnaire du catholicisme. C&rsquo;est un tableau o\u00f9 l&rsquo;ombre et la lumi\u00e8re, l&rsquo;ambigu et l&rsquo;admirable sont \u00e9troitement m\u00eal\u00e9s. Si l&rsquo;on met \u00e0 part les cas aberrants de conversions forc\u00e9es, tristement r\u00e9els, bien que contradictoires avec les principes m\u00eames de sa th\u00e9ologie, la conscience catholique se trouve confront\u00e9e \u00e0 plusieurs questions : n&rsquo;a-t-on pas confondu parfois la proposition honn\u00eate et loyale de la foi et le recrutement sommaire d&rsquo;adeptes attir\u00e9s par des proc\u00e9d\u00e9s plus humains qu&rsquo;\u00e9vang\u00e9liques ? N&rsquo;a-t-on pas m\u00e9connu, au nom d&rsquo;une th\u00e9ologie trop simpliste, toutes sortes de valeurs culturelles et m\u00eame religieuses de certains peuples, pour leur imposer sans vraie n\u00e9cessit\u00e9 non seulement la foi mais aussi un type culturel particulier ? N&rsquo;a-t-on pas accept\u00e9 avec trop de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, en beaucoup d&rsquo;endroits, de faire cause commune avec le colonialisme ? A-t-on vraiment aid\u00e9 les nouveaux chr\u00e9tiens \u00e0 d\u00e9velopper les virtualit\u00e9s sp\u00e9cifiques par lesquelles ils pouvaient enrichir la catholicit\u00e9 de l&rsquo;Eglise et la faire sortir de son occidentalit\u00e9 ? De la grande r\u00e9vision des rapports \u00e0 \u00e9tablir entre peuples et entre cultures, qui s&rsquo;impose \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 contemporaine, l&rsquo;Eglise semble tirer pour sa part des conclusions franches. Elle proclame, \u00e0 Vatican II, \u00ab interdire s\u00e9v\u00e8rement de forcer qui que ce soit \u00e0 embrasser la foi, ou de l&rsquo;y amener ou attirer par des pratiques indiscr\u00e8tes \u00bb ; dans les diff\u00e9rents peuples, elle affirme \u00ab d\u00e9couvrir avec joie et respect les semences du Verbe qui s&rsquo;y trouvent cach\u00e9es \u00bb ; elle souhaite que les jeunes Eglises \u00ab empruntent aux coutumes et aux traditions de leurs peuples, \u00e0 leur sagesse, \u00e0 leur science, \u00e0 leurs arts, \u00e0 leurs disciplines, tout ce qui peut contribuer \u00e0 confesser la gloire du Cr\u00e9ateur, mettre en lumi\u00e8re la gr\u00e2ce du Sauveur, et ordonner comme il faut la vie chr\u00e9tienne \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une \u00e9thique de vie<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi les t\u00e2ches que le Concile assigne aux \u00ab chr\u00e9tiens venus de tous les peuples et rassembl\u00e9s dans l&rsquo;Eglise \u00bb, il souligne le combat \u00ab pour \u00e9viter de mani\u00e8re absolue le m\u00e9pris \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des races \u00e9trang\u00e8res, le nationalisme exacerb\u00e9, et promouvoir l&rsquo;amour universel des hommes \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, le commandement propre du Christ, celui qui r\u00e9sume \u00e0 lui seul la \u00ab loi nouvelle \u00bb de l&rsquo;\u00c9vangile, c&rsquo;est le commandement de l&rsquo;amour fraternel ouvert \u00e0 tout prochain \u00e9largi jusqu&rsquo;aux ennemis. (\u00ab Je vous donne un commandement nouveau : comme je vous ai aim\u00e9s, aimez-vous les uns les autres \u00bb, Jean, XIII, 34. \u00ab Moi, je vous dis : aimez vos ennemis, faites du bien \u00e0 ceux qui vous ha\u00efssent \u00bb, Luc, VI, 17.) Pour le chr\u00e9tien, la nouveaut\u00e9 de ce commandement ne vient pas d&rsquo;abord de son contenu : des hommes de plus en plus nombreux, par le simple sens de l&rsquo;humanit\u00e9 qui est en eux, le con\u00e7oivent comme un id\u00e9al \u00e0 promouvoir. La nouveaut\u00e9 chr\u00e9tienne, c&rsquo;est que le Fils de Dieu, par le don de sa propre vie et comme premi\u00e8re pierre de l&rsquo;\u00e9difice \u00e0 construire apr\u00e8s lui et avec lui, a pos\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;un tel amour inter-humain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Nouveau Testament l&rsquo;a appel\u00e9 charit\u00e9 pour signifier la radicale nouveaut\u00e9 de son d\u00e9voilement et de son origine divines, mais le mot dans nos langues, de par la faute des chr\u00e9tiens eux-m\u00eames, a perdu toute sa vigueur. Avec le Christ, quelque chose a commenc\u00e9 qui n&rsquo;est plus un simple id\u00e9al projet\u00e9, qui est davantage qu&rsquo;un exemple et qu&rsquo;un appel : c&rsquo;est la greffe, dans l&rsquo;\u00e2me humaine, d&rsquo;une \u00e9nergie neuve, ce que le christianisme appelle le don de l&rsquo;Esprit saint (\u00ab L&rsquo;amour a \u00e9t\u00e9 r\u00e9pandu dans nos c\u0153urs par l&rsquo;Esprit saint qui nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 \u00bb, saint Paul, Ep\u00eetre aux Romains, III, 5.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est une \u00e9nergie de r\u00e9conciliation : elle appelle \u00e0 renverser toutes les sortes de barri\u00e8res qui s\u00e9parent les hommes, du fait que c&rsquo;est pour tous, sans distinction, que le Christ a donn\u00e9 sa vie. C&rsquo;est une \u00e9nergie de communion : elle appelle \u00e0 accueillir les autres, dit saint Paul, comme Dieu a lui-m\u00eame accueilli sans r\u00e9serve tout homme dans le Christ. C&rsquo;est une \u00e9nergie de personnalisation, car la conviction que chaque personne humaine est vou\u00e9e \u00e0 un accomplissement \u00e9ternel lui conf\u00e8re une dignit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La morale catholique ne devrait \u00eatre rien d&rsquo;autre que l&rsquo;ensemble des cons\u00e9quences de ce principe d&rsquo;amour, dans tous les domaines de l&rsquo;activit\u00e9 humaine. Mais, ici, trois difficult\u00e9s devaient in\u00e9vitablement se rencontrer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re est la complexit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre humain et de ses situations existentielles. Saint Augustin r\u00e9sumait bien l&rsquo;\u00ab utopie chr\u00e9tienne \u00bb dans son mot c\u00e9l\u00e8bre : \u00ab Aime seulement, et tu pourras te fier \u00e0 ce que ton instinct te dira de faire. \u00bb Mais, sauf chez des personnalit\u00e9s exceptionnelles, cette maxime n&rsquo;\u00e9tait gu\u00e8re op\u00e9ratoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En tout cas, le catholicisme est conscient du fait que, pour devenir efficace, l&rsquo;amour a besoin d&rsquo;\u00eatre \u00e9clair\u00e9 par la connaissance de la nature de l&rsquo;homme et par l&rsquo;analyse de sa situation d&rsquo;\u00eatre dans la soci\u00e9t\u00e9. Pour cette t\u00e2che, il a, en g\u00e9n\u00e9ral, largement emprunt\u00e9 aux philosophies des cultures o\u00f9 il s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9. C&rsquo;est ainsi que le sto\u00efcisme, le n\u00e9o-platonisme, plus tard l&rsquo;aristot\u00e9lisme ont marqu\u00e9 ses doctrines morales, non sans susciter r\u00e9guli\u00e8rement des contestations de la part des tenants d&rsquo;une morale plus purement \u00e9vang\u00e9lique. Probablement, le catholicisme se d\u00e9battra sans cesse avec cette difficult\u00e9, car ni la lettre de l&rsquo;Evangile ni le seul pr\u00e9cepte d&rsquo;aimer ne suffisent \u00e0 d\u00e9terminer ce qu&rsquo;il convient pratiquement de faire en telle situation donn\u00e9e. Mais aussi bien la contestation de ceux qui sont sensibles \u00e0 la simplicit\u00e9 et \u00e0 la virulence des pr\u00e9ceptes de l&rsquo;Evangile que l&rsquo;\u00e9tude r\u00e9fl\u00e9chie des philosophies et des sciences humaines continueront \u00e0 jouer un r\u00f4le indispensable pour que la charit\u00e9 puisse porter ses fruits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>A la loi d&rsquo;amour se substituent r\u00e8gles et sanctions<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me difficult\u00e9 provient de la tendance \u00e0 identifier l&rsquo;appel de l&rsquo;Evangile \u00e0 l&rsquo;amour du prochain avec la morale soci\u00e9taire du milieu chr\u00e9tien. On imposa comme loi, avec sanctions \u00e0 l&rsquo;appui, ce qui apparaissait les cons\u00e9quences n\u00e9cessaires du commandement de l&rsquo;amour, mais sans toujours se soucier de savoir si, et comment, l&rsquo;amour pouvait animer dans les personnes concr\u00e8tes ces comportements impos\u00e9s. A partir du moment o\u00f9 l&rsquo;Eglise eut une influence directe sur l&rsquo;organisation de la soci\u00e9t\u00e9, cette tendance en fit l&rsquo;inspiratrice et la gardienne des m\u0153urs. Elle contribua de la sorte, globalement parlant, \u00e0 diffuser en Occident de pr\u00e9cieuses valeurs (dignit\u00e9 de la personne humaine, sens des plus pauvres, amour de la paix, etc.), y compris celles auxquelles on pouvait l&rsquo;accuser parfois d&rsquo;\u00eatre la premi\u00e8re infid\u00e8le. Mais il lui arriva aussi de se laisser entra\u00eener, par la logique de ce r\u00f4le, \u00e0 \u00e9mousser, sinon \u00e0 trahir, l&rsquo;originalit\u00e9 subversive du commandement \u00e9vang\u00e9lique en succombant au juridisme, au moralisme ou au conformisme sociologique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En outre, \u00e0 partir du moment o\u00f9 au monolithisme m\u00e9di\u00e9val succ\u00e9da un monde s\u00e9culier pluraliste, fut contest\u00e9e massivement la pr\u00e9tention de l&rsquo;Eglise d&rsquo;\u00e9dicter pour tous la r\u00e8gle des m\u0153urs. Mais, m\u00eame ramen\u00e9 aux limites de la juridiction l\u00e9gitime de l&rsquo;Eglise sur ses propres fid\u00e8les, le probl\u00e8me demeure ouvert : comment entretenir le jaillissement inventif de l&rsquo;amour du prochain, tout en lui proposant des normes objectives que la tradition re\u00e7oit de la R\u00e9v\u00e9lation (par exemple le mariage indissoluble) ou qu&rsquo;elle d\u00e9duit d&rsquo;une r\u00e9flexion sur la \u00ab\u00a0loi naturelle \u00bb, bien que cette derni\u00e8re m\u00e9thode soit actuellement contest\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La troisi\u00e8me difficult\u00e9 est la plus banale, mais non la moindre : c&rsquo;est l&rsquo;infid\u00e9lit\u00e9 des catholiques \u00e0 ce dont ils font profession. Sur ce point, il est int\u00e9ressant de constater l&rsquo;\u00e9volution de la sensibilit\u00e9 chr\u00e9tienne. Dans les premiers si\u00e8cles, il semble bien que l&rsquo;id\u00e9al moral de la communaut\u00e9 croyante \u00e9tait plac\u00e9 tr\u00e8s haut. Le bapt\u00eame repr\u00e9sentait un changement de vie consid\u00e9rable, au point que beaucoup pr\u00e9f\u00e9raient le retarder. Plus tard, s&rsquo;instaura la discipline du sacrement de p\u00e9nitence, mais vue comme une exception pour les cas extr\u00eames. Or, la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tait l\u00e0 : les chr\u00e9tiens n&rsquo;\u00e9taient pas tous des saints. Le sens du p\u00e9ch\u00e9 se d\u00e9veloppa tr\u00e8s fort dans la sensibilit\u00e9 d\u00e8s le haut Moyen Age, amenant la pratique habituelle de la confession et tout un climat spirituel de p\u00e9nitence accompagn\u00e9 de pratiques asc\u00e9tiques (car\u00eame et r\u00e8gles de je\u00fbne, p\u00e8lerinages et recherches des indulgences, etc.). La th\u00e9ologie peina en querelles sur les rapports de la nature et de la gr\u00e2ce, du p\u00e9ch\u00e9 et de la gr\u00e2ce (notamment au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la querelle du jans\u00e9nisme). Les si\u00e8cles ult\u00e9rieurs devaient r\u00e9agir contre ce climat qui finissait par faire davantage perdre de vue l&rsquo;appel \u00e9vang\u00e9lique plut\u00f4t qu&rsquo;il n&rsquo;aidait \u00e0 le retrouver. Se reconna\u00eetre p\u00e9cheur pouvait n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;une mani\u00e8re formaliste et d\u00e9tourn\u00e9e d&rsquo;\u00e9luder ses vraies responsabilit\u00e9s morales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est admis qu&rsquo;il y a, dans le catholicisme contemporain, une crise du sens du p\u00e9ch\u00e9 et du sacrement de confession ; on peut y voir, pour une part, le r\u00e9sultat d&rsquo;une m\u00e9diocrit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, pour une autre, le d\u00e9sarroi des consciences individuelles dans les mutations actuelles, mais aussi le besoin de r\u00e9apprendre, d&rsquo;abord modestement, \u00e0 pratiquer le positif de l&rsquo;amour du prochain et du \u00ab Sermon sur la montagne \u00bb (voir Matthieu, V, 7, Luc, V, 20-49 ; les B\u00e9atitudes, la Justice nouvelle, la Vraie Pri\u00e8re, la R\u00e8gle d&rsquo;or).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La liturgie<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration chr\u00e9tienne, les fid\u00e8les s&rsquo;assemblaient le dimanche \u00ab pour chanter des hymnes au Christ comme \u00e0 un Dieu \u00bb (selon les termes d&rsquo;une lettre de Pline le Jeune \u00e0 l&#8217;empereur Trajan), pour entendre l&rsquo;Ecriture et son enseignement et pour c\u00e9l\u00e9brer l&rsquo;Eucharistie. Cet ensemble liturgique, qui deviendra la messe, et dont l&rsquo;obligation hebdomadaire sera \u00e9dict\u00e9e au XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, constitue l&rsquo;expression n\u00e9cessaire de toute communaut\u00e9 de fid\u00e8les.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pour le catholique, le culte et le sacr\u00e9 ont un caract\u00e8re original<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne, les diverses manipulations de sacr\u00e9, qui constituent les formes multiples du culte religieux, n&rsquo;ont plus de raison d&rsquo;\u00eatre. Une seule r\u00e9alit\u00e9 accomplit d\u00e9sormais le contact entre Dieu et les hommes, c&rsquo;est le Christ lui-m\u00eame (appel\u00e9 donc unique pr\u00eatre ou m\u00e9diateur), c&rsquo;est son corps crucifi\u00e9 et glorifi\u00e9 (qui se substitue \u00e0 toute esp\u00e8ce de sacrifice une fois pour toutes), c&rsquo;est son esprit communiqu\u00e9 aux croyants (qui deviennent ainsi tous habilit\u00e9s \u00e0 s&rsquo;approcher directement de Dieu). Tout se concentre et se personnalise dans le Christ, qui n&rsquo;est pas un \u00ab objet \u00bb sacr\u00e9, mais la saintet\u00e9 vivante \u00ab dans une \u00e2me et un corps \u00bb. Par sa pr\u00e9sence d&rsquo;incarnation, toute la sph\u00e8re humaine et terrestre redevient sainte et digne de Dieu ; par sa volont\u00e9 de salut \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des hommes, signifi\u00e9e par sa mort sacrificielle et \u00e9ternellement actuelle, ceux qui s&rsquo;approchent de lui dans la foi sont sanctifi\u00e9s \u00e0 leur tour et entrent en communion avec Dieu. C&rsquo;est pourquoi il inaugure un culte \u00ab en esprit et en v\u00e9rit\u00e9 \u00bb (voir Jean, IV, 24), o\u00f9 il s&rsquo;agit essentiellement d&rsquo;accueillir un tel don, de s&rsquo;y associer et d&rsquo;en rendre gr\u00e2ce \u00e0 celui qui en est la source.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La liturgie catholique n&rsquo;est que la c\u00e9l\u00e9bration communautaire et festive de cet accueil et de cette action de gr\u00e2ce. Deux m\u00e9diations sensibles, qui s&rsquo;articulent \u00e9troitement dans la messe, la rendent possible. La premi\u00e8re est la parole de l&rsquo;Ecriture, qui conserve l&rsquo;enseignement du Christ et la signification de ses faits et gestes. La deuxi\u00e8me est le sacrement de l&rsquo;Eucharistie que les catholiques consid\u00e8rent comme l&rsquo;un de leurs biens les plus essentiels. En effet, c&rsquo;est un condens\u00e9 de tout l&rsquo;\u00c9vangile : c&rsquo;est le rappel (le \u00ab m\u00e9morial \u00bb) de tous les repas pris famili\u00e8rement entre le Christ et ses disciples, et plus particuli\u00e8rement du dernier repas (la C\u00e8ne) qui r\u00e9v\u00e8le la simplicit\u00e9 d&rsquo;intimit\u00e9 (la Nouvelle Alliance) dans laquelle le Fils de Dieu veut rassembler les hommes entre eux et avec lui ; c&rsquo;est aussi la reprise, dans le symbolisme du pain et du vin, du sens et de la pr\u00e9sence effective (\u00ab pr\u00e9sence r\u00e9elle \u00bb) de son sacrifice, permettant ainsi aux fid\u00e8les de tous les temps de s&rsquo;y associer ; c&rsquo;est encore l&rsquo;annonce du \u00ab banquet \u00bb dont parlent les proph\u00e8tes d&rsquo;Isra\u00ebl, o\u00f9 s&rsquo;exprimera la joie d&rsquo;une humanit\u00e9 d\u00e9finitivement lib\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puisque, dans le culte \u00ab en esprit et en v\u00e9rit\u00e9 \u00bb, il n&rsquo;y a plus qu&rsquo;un seul pr\u00eatre, le Christ, et que tous les croyants lui deviennent unis comme en un seul corps, l&rsquo;\u00c9glise qui est ce corps se consid\u00e8re comme un \u00ab peuple sacerdotal\u00a0\u00bb. Vatican II a remis en honneur cette doctrine traditionnelle du sacerdoce des fid\u00e8les. Elle signifie que tous les baptis\u00e9s ont un \u00e9gal pouvoir d&rsquo;offrir \u00e0 Dieu le culte qui lui pla\u00eet et qui est celui d&rsquo;une vie droite et juste dans le m\u00e9tier, la famille, la cit\u00e9 ; et que, par rapport aux r\u00e9alit\u00e9s du salut, ils sont tous \u00e9gaux en dignit\u00e9 (ce qui ne veut pas dire que leurs r\u00f4les soient identiques).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>STRUCTURES ET ORGANISATION<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s avoir d\u00e9crit les principaux traits de la vie interne et de la doctrine du catholicisme, il convient de pr\u00eater attention aux Structures dont il s&rsquo;est dot\u00e9 au service de cette vie et de cette doctrine. Ces structures ont eu, au cours des si\u00e8cles, des d\u00e9veloppements institutionnels consid\u00e9rables, au point que nombre de catholiques eux-m\u00eames ont de la peine \u00e0 en discerner les \u00e9l\u00e9ments essentiels et permanents de ceux qui peuvent sans dommage devenir caducs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La Tradition et le magist\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour une foi et pour une Eglise qui ont leur origine dans une r\u00e9v\u00e9lation historique, la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une transmission fid\u00e8le s&rsquo;impose avant tout. On l&rsquo;appelle la Tradition. Il ne faut pas l&rsquo;imaginer comme la pure et simple conservation de \u00ab traditions \u00bb institu\u00e9es, au sens sociologique du mot. C&rsquo;est une continuit\u00e9 vivante gr\u00e2ce \u00e0 laquelle la parole et la pr\u00e9sence du Christ s&rsquo;actualisent dans les g\u00e9n\u00e9rations successives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La R\u00e9v\u00e9lation n&rsquo;a qu&rsquo;une source, mais deux formes de transmission<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Trois donn\u00e9es majeures pr\u00e9cisent les conditions de cette transmission :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1) La consignation, dans une Ecriture faisant autorit\u00e9, des t\u00e9moignages des ap\u00f4tres. L&rsquo;ensemble de ces textes (les quatre Evangiles, les Actes des Ap\u00f4tres, les diverses Ep\u00eetres et l\u2019Apocalypse) constitue le Nouveau Testament dont la liste officielle (ou \u00ab canon \u00bb) a \u00e9t\u00e9 pratiquement acquise vers le V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. L&rsquo;un des d\u00e9bats les plus aigus avec les protestants a port\u00e9 sur le r\u00f4le de l&rsquo;\u00c9criture : l&rsquo;Eglise catholique n&rsquo;a jamais admis le principe \u00ab scriptura sola \u00bb (l&rsquo;Ecriture, unique r\u00e8gle de foi) des R\u00e9form\u00e9s. Vatican II a fourni des pr\u00e9cisions importantes : la Constitution sur la R\u00e9v\u00e9lation affirme (n\u00b0 9) que \u00ab l&rsquo;Eglise ne tire pas de la seule Ecriture sainte sa certitude sur le contenu total de la R\u00e9v\u00e9lation \u00bb (constitution dogmatique, Dei Verbum, promulgu\u00e9e le 18 novembre 1965) ; cependant, elle a \u00e9cart\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il y avait deux sources distinctes de la R\u00e9v\u00e9lation, l&rsquo;Ecriture, d&rsquo;une part, et d&rsquo;autre part, une pr\u00e9tendue tradition orale, fort difficile \u00e0 discerner. En fait, \u00ab la Sainte Tradition et la Sainte Ecriture sont reli\u00e9es et communiquent \u00e9troitement entre elles&#8230; toutes deux jaillissent d&rsquo;une source divine identique \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2) les ap\u00f4tres d\u00e9sign\u00e8rent des \u00e9v\u00eaques \u00ab auxquels ils remirent leur propre fonction d&rsquo;enseignement \u00bb (n\u00b0 7). Cette fonction est appel\u00e9e \u00ab magist\u00e8re \u00bb. La succession apostolique est une pi\u00e8ce essentielle du catholicisme. Elle signifie que les \u00e9v\u00eaques, successeurs des ap\u00f4tres par une lign\u00e9e ininterrompue, ont seuls re\u00e7u \u00ab la charge d&rsquo;interpr\u00e9ter de fa\u00e7on authentique la Parole de Dieu \u00bb (n\u00b0 10).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3) Une conviction est puis\u00e9e dans les promesses du Christ et dans l&rsquo;exp\u00e9rience de la communaut\u00e9 eccl\u00e9siale, d&rsquo;une assistance vivante de l&rsquo;Esprit saint, pour r\u00e9aliser cette interpr\u00e9tation authentique de la Parole de Dieu. Ce troisi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment est capital pour faire comprendre que la Tradition, au sens catholique du mot, n&rsquo;est pas la pure r\u00e9p\u00e9tition d&rsquo;une parole primordiale ni la transmission d&rsquo;un message clos, \u00ab la tradition qui vient des ap\u00f4tres fait, sous l&rsquo;assistance du Saint-Esprit, des progr\u00e8s dans l&rsquo;Eglise \u00bb (n\u00b0 8).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des trois donn\u00e9es qui pr\u00e9c\u00e8dent, c&rsquo;est la seconde qui, aux yeux de l&rsquo;historien, est d\u00e9cisive. Selon la conscience que le magist\u00e8re aura de son r\u00f4le, l&rsquo;Ecriture sera mise en valeur ou mise en sommeil, et l&rsquo;Esprit saint aura le champ libre, ou, selon l&rsquo;expression de saint Paul, sera plus ou moins \u00e9teint. De ce point de vue, Vatican II a repr\u00e9sent\u00e9 un effort consid\u00e9rable pour retrouver un \u00e9quilibre authentique, apr\u00e8s une longue p\u00e9riode o\u00f9 le magist\u00e8re s&rsquo;\u00e9tait exerc\u00e9 moins en cherchant dans l&rsquo;Ecriture l&rsquo;inspiration des attitudes nouvelles requises par l&rsquo;\u00e9volution du monde qu&rsquo;en empruntant \u00e0 des th\u00e9ologies trop peu renouvel\u00e9es un arsenal apolog\u00e9tique d&rsquo;armes et d&rsquo;arguments contre les erreurs \u00bb du temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est remarquable que cet effort ait \u00e9t\u00e9 le fruit d&rsquo;un concile et que l&rsquo;Eglise catholique ait retrouv\u00e9 par l\u00e0 le fonctionnement, autrefois \u00ab traditionnel \u00bb, de sa structure de magist\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, c&rsquo;est le corps \u00e9piscopal tout entier qui a la responsabilit\u00e9 de la tradition et de la conduite de l&rsquo;Eglise. Tel est le sens de la coll\u00e9gialit\u00e9 (voir Ev\u00eaque) \u00e9piscopale solennellement affirm\u00e9e \u00e0 Vatican II.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le pape<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est au sein de ce \u00ab coll\u00e8ge des \u00e9v\u00eaques \u00bb qu&rsquo;il faut voir le r\u00f4le du pape. Successeur de l&rsquo;ap\u00f4tre Pierre, en tant qu&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Rome, le pape h\u00e9rite de la primaut\u00e9 dont le Christ a investi Pierre par rapport aux autres ap\u00f4tres. Pendant plusieurs si\u00e8cles, cette primaut\u00e9 s&rsquo;\u00e9tait exerc\u00e9e de fa\u00e7on discr\u00e8te quoique r\u00e9elle, sous forme d&rsquo;arbitrage en des conflits qui mena\u00e7aient la foi ou la paix de l&rsquo;Eglise. L&rsquo;\u00e9volution politique et eccl\u00e9siastique de l&rsquo;Occident latin am\u00e8ne l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Rome \u00e0 intervenir de plus en plus directement dans les \u00e9glises locales. Pendant des si\u00e8cles, la tendance fut \u00e0 la centralisation et \u00e0 une sorte de gouvernement monarchique de l&rsquo;Eglise par le pape. Ce fut au point que l&rsquo;Eglise catholique parut jusqu&rsquo;\u00e0 Pie XII comme une sorte de superorganisation religieuse, totalement centr\u00e9e au Vatican d&rsquo;o\u00f9 \u00e9manaient mots d&rsquo;ordre, directives, mises en garde, nominations, etc., et dont les \u00e9v\u00eaques n&rsquo;apparaissaient qu&rsquo;en tant que fonctionnaires locaux \u00e0 la mani\u00e8re dont les pr\u00e9fets civils le sont du pouvoir central.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le pouvoir pl\u00e9nier du pape s&rsquo;exerce au sein des coll\u00e8ges d&rsquo;\u00e9v\u00eaques<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean XXIII a commenc\u00e9 \u00e0 manifester que, sans cesser aucunement d&rsquo;\u00eatre le premier pasteur de l&rsquo;Eglise, le pape pouvait jouer son r\u00f4le autrement et mieux utiliser la structure coll\u00e9giale de l&rsquo;Eglise. Vatican II n&rsquo;a rien enlev\u00e9 aux pr\u00e9rogatives de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Rome : \u00ab Le pontife romain a sur l&rsquo;Eglise, en vertu de sa charge de vicaire du Christ et de pasteur de toute l&rsquo;Eglise, un pouvoir pl\u00e9nier supr\u00eame et universel qu&rsquo;il peut toujours exercer librement \u00a0\u00bb (Actes du Concile, Constitution sur l&rsquo;Eglise, n<sup>o<\/sup> 22. Le Centurion). Mais en affirmant que l&rsquo;ordre des \u00e9v\u00eaques constitue lui aussi, en union avec le pontife romain, son chef, et jamais en dehors de ce chef, le sujet d&rsquo;un Pouvoir supr\u00eame et pl\u00e9nier sur toute l&rsquo;Eglise \u00bb, en revitalisant l&rsquo;exercice concret des responsabilit\u00e9s coll\u00e9giales, le r\u00e9cent concile a commenc\u00e9 de modifier sensiblement l&rsquo;image que l&rsquo;Eglise donne d&rsquo;elle-m\u00eame. Probablement appara\u00eetra-t-elle de moins en moins comme une organisation monolithique et davantage comme une pluralit\u00e9 d&rsquo;\u00e9glises locales n&rsquo;ayant pas forc\u00e9ment des mod\u00e8les de fonctionnement identiques : le r\u00f4le de la papaut\u00e9 comme p\u00f4le d&rsquo;unit\u00e9 n&rsquo;en sera que plus important, mais s&rsquo;accomplira sur un mode diff\u00e9rent de celui d&rsquo;autrefois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le pape et le concile \u0153cum\u00e9nique, convoqu\u00e9 et approuv\u00e9 par lui, d\u00e9tiennent l&rsquo;autorit\u00e9 supr\u00eame. Le synode \u00e9piscopal, convoqu\u00e9 au gr\u00e9 du pape, mais dont une partie est \u00e9lue par les conf\u00e9rences \u00e9piscopales, a un r\u00f4le consultatif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les cardinaux ont pour pr\u00e9rogative essentielle d&rsquo;\u00eatre les \u00e9lecteurs du pape lors d&rsquo;un conclave. On distingue les cardinaux qui continuent de r\u00e9sider \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;un dioc\u00e8se et les cardinaux de curie, collaborateurs directs du Saint-Si\u00e8ge dans l&rsquo;administration de l&rsquo;Eglise. Nomm\u00e9s par le pape, leur nombre est en augmentation constante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La curie est l&rsquo;organe de l&rsquo;administration quotidienne de l&rsquo;Eglise \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelon du Saint-Si\u00e8ge. Elle comprend : la secr\u00e9tairerie d&rsquo;\u00c9tat, qui coordonne l&rsquo;ensemble ; le conseil pour les affaires publiques, qui s&rsquo;occupe des rapports avec les gouvernements ; les congr\u00e9gations (\u00e9quivalant \u00e0 des d\u00e9partements minist\u00e9riels) : pour la doctrine de la foi (c\u00e9l\u00e8bre autrefois sous le nom de Saint-Office), pour les \u00e9glises orientales, des \u00e9v\u00eaques, de la discipline des sacrements, des rites, pour le clerg\u00e9, des religieux et instituts s\u00e9culiers, de l&rsquo;enseignement catholique, pour l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation des peuples. Viennent ensuite trois secr\u00e9tariats : pour l&rsquo;union des chr\u00e9tiens, pour les religions non chr\u00e9tiennes, pour les non-croyants. Deux autres organismes r\u00e9cents : le conseil des la\u00efcs et la commission pontificale \u00ab Justice et paix \u00bb, se consacrent \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de certains probl\u00e8mes de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine. Enfin, les tribunaux : de la p\u00e9nitencerie apostolique (concernant les cas sp\u00e9ciaux qui rel\u00e8vent du sacrement de confession), de la rote romaine (tribunal de derni\u00e8re instance dans l&rsquo;Eglise et sorte de cour d&rsquo;appel), de la signature apostolique (qui peut r\u00e9viser les d\u00e9cisions de la rote, c&rsquo;est une sorte de Cour de cassation). Divers offices assurent la transmission et l&rsquo;ex\u00e9cution des d\u00e9cisions. Les nonces sont les ambassadeurs du pape aupr\u00e8s des gouvernements \u00e9trangers. Ils jouent aussi un r\u00f4le par rapport aux \u00e9glises locales, mais ce r\u00f4le, aujourd&rsquo;hui contest\u00e9, est d\u00e9licat \u00e0 situer. Les conf\u00e9rences \u00e9piscopales sont les assembl\u00e9es d&rsquo;\u00e9v\u00eaques d&rsquo;un m\u00eame continent, ou d&rsquo;un m\u00eame pays, auxquelles un certain nombre de droits, par exemple, en mati\u00e8re liturgique, ont \u00e9t\u00e9 reconnus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les \u00e9glises locales<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons \u00e9voqu\u00e9 par le mot de \u00ab pasteur \u00bb la fonction du pape et des \u00e9v\u00eaques. Cette fonction ne comporte pas seulement le r\u00f4le de magist\u00e8re, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;enseignement de la foi ou des m\u0153urs et d&rsquo;interpr\u00e9tation de l&rsquo;\u00c9criture. Elle a aussi un aspect culturel et un aspect disciplinaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9v\u00eaque gouverne l&rsquo;\u00e9glise locale L&rsquo;\u00e9v\u00eaque, dans son \u00e9glise locale, \u00ab repr\u00e9sente \u00bb le Christ dans son r\u00f4le de chef sacerdotal des baptis\u00e9s. A la suite des ap\u00f4tres, il a re\u00e7u le pouvoir sacramentel de tenir la place du Christ dans la communaut\u00e9, notamment dans la c\u00e9l\u00e9bration eucharistique (\u00ab Faites ceci en m\u00e9moire de moi \u00bb), de g\u00e9rer les sacrements pour le bien spirituel de la communaut\u00e9 et de ses membres. A ce titre, il est consacr\u00e9, par ses pairs, par le plus haut degr\u00e9 du sacrement de l&rsquo;ordre. En tant que pr\u00e9pos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 et \u00e0 la bonne marche de la communaut\u00e9, il lui est reconnu un pouvoir, appel\u00e9 aussi \u00ab juridiction \u00bb, qui l&rsquo;autorise \u00e0 prendre toutes mesures utiles \u2014 dans le cadre du droit canon, ou droit g\u00e9n\u00e9ral sp\u00e9cifique de l&rsquo;Eglise \u2014 pour le bien spirituel des croyants. Dans les situations sociologiques qui favorisent le cl\u00e9ricalisme, ce pouvoir pastoral peut devenir fort autoritaire (les exemples historiques ne manque pas), de sorte que les catholiques contemporains r\u00e9clament qu&rsquo;on en pr\u00e9cise mieux l&rsquo;esprit et les m\u00e9thodes, tout en reconnaissant sa n\u00e9cessit\u00e9 et son utilit\u00e9. En effet, dans la conception que le Christ a laiss\u00e9e \u00e0 ses ap\u00f4tres, il y a des responsabilit\u00e9s \u00e0 assumer, mais qui doivent toutes \u00eatre v\u00e9cues comme des services de la charit\u00e9 en vue du bien r\u00e9el de chacun et de tous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le gouvernement d&rsquo;un dioc\u00e8se<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9v\u00eaque est \u00e9ventuellement aid\u00e9 par un coadjuteur (qui a droit de succession) ou par des auxiliaires, tous dot\u00e9s de la cons\u00e9cration \u00e9piscopale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ses collaborateurs imm\u00e9diats, auxquels il d\u00e9l\u00e8gue une partie de sa juridiction, sont les vicaires g\u00e9n\u00e9raux ou les vicaires \u00e9piscopaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est entour\u00e9 du conseil presbyt\u00e9ral (form\u00e9 de pr\u00eatres) et du conseil pastoral (comportant pr\u00eatres, religieux et la\u00efcs). Le chapitre des chanoines tend \u00e0 perdre l&rsquo;importance qu&rsquo;il avait autrefois. Tout dioc\u00e8se a un secr\u00e9tariat avec divers services.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le synode dioc\u00e9sain est \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de possibilit\u00e9 et d&rsquo;exp\u00e9rience ici ou l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le service de la communaut\u00e9 entre dans les fonctions du pr\u00eatre <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est le mot de \u00ab service \u00bb qui est le plus apte \u00e0 caract\u00e9riser la structuration interne des communaut\u00e9s. Toute communaut\u00e9, en effet, tend \u00e0 diff\u00e9rencier en son sein les fonctions qu&rsquo;exige son d\u00e9veloppement. D\u00e8s leur \u00e9tat primitif, les \u00e9glises chr\u00e9tiennes ne font pas exception. On appelle minist\u00e8res ces fonctions eccl\u00e9siales. La d\u00e9termination en a beaucoup vari\u00e9 avec les \u00e9poques. Les plus importants des types de minist\u00e8res sont ceux que les ap\u00f4tres, puis les \u00e9v\u00eaques, se sont adjoints afin d&rsquo;\u00eatre aid\u00e9s dans leurs t\u00e2ches propres. Ainsi sont n\u00e9es les institutions du diaconat et du presbyt\u00e9rat. Participant, comme l&rsquo;\u00e9v\u00eaque, du sacrement de l&rsquo;ordre, mais \u00e0 un degr\u00e9 inf\u00e9rieur et par d\u00e9rivation de lui \u2014 c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9v\u00eaque qui les ordonne par le \u00a0geste antique de l&rsquo;imposition des mains \u2014, les diacres et les pr\u00eatres ont \u00e9t\u00e9 des pi\u00e8ces ma\u00eetresses de la structure des communaut\u00e9s. Les diacres aidaient l&rsquo;\u00e9v\u00eaque dans les t\u00e2ches surtout mat\u00e9rielles, mais aussi pour des t\u00e2ches de cat\u00e9ch\u00e8se, pour le soin des pauvres et en certains actes liturgiques. Au long des si\u00e8cles, ce minist\u00e8re \u00e9tait tomb\u00e9 en d\u00e9su\u00e9tude, mais il vient d&rsquo;\u00eatre restaur\u00e9 depuis 1967, et plusieurs dioc\u00e8ses ont d\u00e9j\u00e0 ordonn\u00e9 des diacres d&rsquo;un style nouveau (y compris des diacres mari\u00e9s) dont les attributions d\u00e9pendront des besoins concrets des communaut\u00e9s actuelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En revanche, la cat\u00e9gorie des pr\u00eatres a pris historiquement une importance toujours croissante. Habilit\u00e9s, par leur ordination, \u00e0 annoncer et enseigner la Parole, \u00e0 consacrer l&rsquo;Eucharistie et \u00e0 \u00eatre pasteurs de communaut\u00e9s locales, ils sont devenus les auxiliaires indispensables de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque au fur et \u00e0 mesure de l&rsquo;extension de l&rsquo;Eglise. L&rsquo;\u00e9poque constantinienne commence \u00e0 les marquer comme une cat\u00e9gorie non plus seulement de l&rsquo;Eglise mais de la soci\u00e9t\u00e9 : on les exempte de nombreux imp\u00f4ts ou taxes, on leur fournit des allocations, on leur reconna\u00eet une dignit\u00e9 officielle, on leur accorde des privil\u00e8ges juridiques. Bref, les pr\u00eatres constituent un \u00ab clerg\u00e9 \u00bb, un ordre privil\u00e9gi\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le syst\u00e8me des paroisses est en vigueur depuis le Moyen Age<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A partir du moment o\u00f9 le catholicisme devint la religion universelle d&rsquo;une Europe que les invasions avaient ramen\u00e9e \u00e0 un stade rural \u00e9l\u00e9mentaire, l&rsquo;Eglise dut repenser toute son organisation. La communaut\u00e9 de base devint la localit\u00e9 rurale ou paroisse, pour laquelle l&rsquo;\u00e9v\u00eaque (ou parfois le ma\u00eetre du domaine) cherche un desservant ou cur\u00e9. Le syst\u00e8me des paroisses s&rsquo;int\u00e9gra sans difficult\u00e9 au syst\u00e8me f\u00e9odal, puis se poursuivit sous le r\u00e9gime des communes ; il demeura inchang\u00e9 dans le ph\u00e9nom\u00e8ne urbain moderne jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque contemporaine et ce n&rsquo;est qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui que l&rsquo;Eglise commence s\u00e9rieusement \u00e0 se demander s&rsquo;il n&rsquo;y aurait pas lieu de trouver des formes mieux adapt\u00e9es d&rsquo;organisation. Quant au pr\u00eatre, il offre des visages vari\u00e9s selon le r\u00f4le que cette structure permanente lui permet de jouer au sein de r\u00e9gimes fort diff\u00e9rents. L&rsquo;Eglise n&rsquo;a cess\u00e9 de se poser \u00e0 son sujet maints probl\u00e8mes, dont les solutions sont sans cesse remises en cause par l&rsquo;\u00e9volution des soci\u00e9t\u00e9s : celui du choix des pr\u00eatres, celui de leur formation, celui de l&rsquo;observation du c\u00e9libat, celui de leur regroupement autour de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque en une collaboration r\u00e9elle, celui de leurs interventions dans les affaires \u00e9conomiques ou politiques, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut dire que la s\u00e9cularisation progressive du monde moderne a contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9gager le pr\u00eatre catholique de ce conditionnement mill\u00e9naire. Les probl\u00e8mes qu&rsquo;agite le catholicisme contemporain autour de la figure de ses pr\u00eatres sont toujours aussi aigus, mais tendent \u00e0 \u00eatre pos\u00e9s en termes clarifi\u00e9s. Le souci n&rsquo;est plus de conserver \u00e0 tout prix une structure cl\u00e9ricale h\u00e9rit\u00e9e d&rsquo;un long pass\u00e9, mais de partir \u00e0 nouveau des besoins r\u00e9els de l&rsquo;Eglise immerg\u00e9e dans le monde moderne et sp\u00e9cialement dans l&rsquo;environnement urbain. Le pr\u00eatre de l&rsquo;an 2000 vivra sans doute fort diff\u00e9remment de son anc\u00eatre de l&rsquo;an 1000, il n&rsquo;en conservera pas moins un r\u00f4le important au service des communaut\u00e9s de croyants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>RICHESSE SPIRITUELLE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le propre d&rsquo;une religion est de mettre les consciences en relation avec un absolu, une transcendance. On s&rsquo;en ferait une id\u00e9e superficielle et tronqu\u00e9e si l&rsquo;on ne pr\u00eatait attention qu&rsquo;\u00e0 son histoire, \u00e0 ses croyances ou \u00e0 son organisation. Elle est aussi exp\u00e9rience, plus ou moins indicible, du divin ; elle est qu\u00eate et \u00e9lan vers le Dieu qu&rsquo;elle professe ; elle engendre des saints et des mystiques. Le tableau complet de la f\u00e9condit\u00e9 spirituelle du catholicisme d\u00e9passerait les limites de cet article. Nous nous bornerons \u00e0 un sch\u00e9ma.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les voies de la saintet\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes primitives semblent avoir \u00e9t\u00e9 le lieu d&rsquo;une exp\u00e9rience spirituelle foisonnante. L&rsquo;\u00ab Esprit \u00bb se manifestait de toutes sortes de mani\u00e8res par des charismes ou dons qui provoquaient soit des ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;enthousiasme et d&rsquo;exaltation <a id=\"ftnref5\" href=\"#ftn5\">[5]<\/a>, soit des ph\u00e9nom\u00e8nes de \u00ab proph\u00e9tie \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire de connaissance (interpr\u00e9tation des Ecritures et du myst\u00e8re divin), soit des actes exceptionnels (gu\u00e9rison des malades). Voie affective et quasi extatique, voie intellectuelle, voie du service d&rsquo;autrui : il suffit d&rsquo;y adjoindre la voie asc\u00e9tique, qui appara\u00eetra bient\u00f4t, pour voir se dessiner les principaux types de saintet\u00e9s \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du catholicisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A ceci pr\u00e8s, cependant, que le crit\u00e8re d\u00e9terminant de la saintet\u00e9 ne sera jamais la performance observable d&rsquo;une contemplation, d&rsquo;une connaissance, d&rsquo;un d\u00e9vouement ou d&rsquo;une asc\u00e8se, mais l&rsquo;intensit\u00e9 et la puret\u00e9 de la charit\u00e9 qui anime int\u00e9rieurement ces activit\u00e9s (voir, \u00e0 ce sujet, le texte c\u00e9l\u00e8bre de saint Paul, Premi\u00e8re Lettre aux Corinthiens, ch. XIII). La charit\u00e9 elle-m\u00eame n&rsquo;est pas le simple fait d&rsquo;aimer d&rsquo;un amour sans limite et d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9, mais d&rsquo;aimer ainsi \u00e0 la ressemblance du Christ et, en quelque sorte, sous son inspiration m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les premiers si\u00e8cles voient fleurir une mystique du martyre<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, les premiers \u00ab saints \u00bb v\u00e9n\u00e9r\u00e9s par l&rsquo;Eglise ancienne furent les martyrs. Reproduire dans sa propre chair la passion du Christ apparaissait alors comme l&rsquo;union supr\u00eame avec celui pour lequel on versait son sang. Ignace, \u00e9v\u00eaque d&rsquo;Antioche, martyris\u00e9 \u00e0 Rome au d\u00e9but du II<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, a laiss\u00e9 quelques lettres qui r\u00e9v\u00e8lent une v\u00e9ritable mystique du martyre. Celle-ci ressurgira \u00e0 certaines \u00e9poques : au XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, par exemple, on voit des franciscains partir pr\u00eacher l&rsquo;Evangile en pays musulmans dans le seul espoir d&rsquo;y trouver le martyre. Toute mystique, quand elle devient un id\u00e9al exclusif et s\u00e9par\u00e9 des circonstances imp\u00e9rieuses qui lui donnaient son sens, tend facilement aux extr\u00eames et \u00e0 l&rsquo;exag\u00e9ration : c&rsquo;est une sorte de loi spirituelle qui jouera dans l&rsquo;Eglise \u00e0 propos des diverses formes de saintet\u00e9. La hi\u00e9rarchie eut ici un r\u00f4le r\u00e9gulateur et bienfaisant : assur\u00e9e d&rsquo;\u00eatre, elle aussi, dot\u00e9e de l&rsquo;Esprit pour discerner l&rsquo;authenticit\u00e9 des charismes, elle refuse de confondre t\u00e9moignage et provocation t\u00e9m\u00e9raire, martyre ou asc\u00e8se et quasi-suicide. Cette circonspection tournera quelquefois \u00e0 la prudence pusillanime, mais ce souci de ne proposer un id\u00e9al que sous b\u00e9n\u00e9fice d&rsquo;inventaire et de ne proposer un saint \u00e0 la v\u00e9n\u00e9ration et \u00e0 l&rsquo;imitation des fid\u00e8les qu&rsquo;apr\u00e8s un examen s\u00e9rieux de son cas est devenu peu \u00e0 peu une des caract\u00e9ristiques originales du catholicisme ; les \u00ab proc\u00e8s de canonisation \u00bb sont une garantie, au moins th\u00e9orique, contre cette forme de superstition qu&rsquo;est le culte indu de certains personnages, et souvent aussi l&rsquo;occasion de mieux faire \u00e9clater ce qu&rsquo;il y a de vraiment admirable dans la vie de certains saints.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le monachisme instaure un univers de sagesse et d&rsquo;\u00e9quilibre<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est vers le moment o\u00f9 les pers\u00e9cutions cessaient que fleurit, dans le christianisme, l&rsquo;asc\u00e9tisme monastique. Les premiers anachor\u00e8tes ne fuyaient pas le monde parce que la vie y \u00e9tait trop difficile, mais trop facile, \u00e0 leur gr\u00e9 : ils partaient au d\u00e9sert avec l&rsquo;intention d&rsquo;imiter le Christ qui, lors de sa Tentation, avait lutt\u00e9 contre le d\u00e9mon. Ce furent d&rsquo;abord des solitaires, tel saint Antoine, le plus c\u00e9l\u00e8bre de tous, dont la vie, \u00e9crite par Athanase d&rsquo;Alexandrie, eut une influence immense sur la spiritualit\u00e9 monastique. Ils s&rsquo;adonnaient \u00e0 la lecture des Ecritures et \u00e0 la pri\u00e8re, d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 la continence absolue et \u00e0 un je\u00fbne s\u00e9v\u00e8re. Peu \u00e0 peu, les vocations se diversifi\u00e8rent : outre les ermites ou solitaires, il y eut les c\u00e9nobites, ou moines regroup\u00e9s dans une vie commune. Les plus c\u00e9l\u00e8bres organisateurs de c\u00e9nobites en Orient furent saint Pak\u00f4me (V. 290-346) en Egypte (monachisme du d\u00e9sert) et saint Basile (329-379) en Asie Mineure (monachisme li\u00e9 \u00e0 une \u00e9glise locale en vue de lui assurer un certain nombre de services). En Occident, il y eut d&rsquo;abord des foyers isol\u00e9s de monachisme : telles les fondations rattach\u00e9es \u00e0 saint Martin de Tours (316-397) (Ligug\u00e9 notamment) ou encore le monast\u00e8re de L\u00e9rins et de saint Victor \u00e0 Marseille, o\u00f9 les exemples et les doctrines des moines de Palestine et d&rsquo;\u00c9gypte furent transmis par les souvenirs personnels de Cassien dont les ouvrages seront lus assid\u00fbment tout au long du Moyen Age. Mais le vrai \u00ab p\u00e8re \u00bb du monachisme occidental fut saint Beno\u00eet., dont la r\u00e8gle, par sa qualit\u00e9 humaine et spirituelle, jouera le r\u00f4le d&rsquo;une v\u00e9ritable p\u00e9dagogie spirituelle pour la chr\u00e9tient\u00e9 occidentale jusqu&rsquo;au Moyen Age. D&rsquo;autres courants monastiques eurent aussi leur influence, par exemple \u00e0 partir du VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, celui de l&rsquo;Irlande de saint Patrick (V. 385-460), et de saint Colomban (540-615), \u00e0 tendance plus asc\u00e9tique et p\u00e9nitentielle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoi qu&rsquo;il en soit des vicissitudes de l&rsquo;\u00e9tat monastique (d\u00e9cadences et r\u00e9formes successives), on peut aujourd&rsquo;hui encore, gr\u00e2ce aux monuments qui nous en demeurent, se faire une id\u00e9e du grandiose univers qu&rsquo;il repr\u00e9sentait. Les hommes qui ont b\u00e2ti Le Thoronet, Fontenay ou La Chaise-Dieu, qui ont \u00e9difi\u00e9 les magnifiques \u00e9glises cisterciennes de Pontigny, de S\u00e9nanque, ou d&rsquo;ailleurs, d\u00e9tenaient certainement le secret d&rsquo;une harmonie de l&rsquo;homme avec son environnement. Derri\u00e8re ce qui nous appara\u00eet l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 ou la monotonie de la vie monastique, nous d\u00e9couvrons, en y regardant de plus pr\u00e8s, un art de vivre et une sagesse que beaucoup peuvent envier. Cet art de vivre et cette sagesse s&rsquo;\u00e9taient inscrits dans un monde culturel particulier o\u00f9 la hantise de la mort devait \u00eatre transfigur\u00e9e par l&rsquo;attente paisible de la Cit\u00e9 c\u00e9leste, o\u00f9 la fr\u00e9n\u00e9sie de vivre devait apprendre \u00e0 s&rsquo;assagir sous une r\u00e8gle exigeante et \u00e9quilibr\u00e9e, o\u00f9 la servitude du travail de la terre devait \u00eatre adoucie et magnifi\u00e9e par les rythmes quotidiens de la louange.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9cadence de cet id\u00e9al apr\u00e8s la Renaissance n&#8217;emp\u00eache pas que le ferment monastique a sans doute une chance nouvelle dans notre contexte culturel si diff\u00e9rent de l&rsquo;ancien. Les restaurations modestes du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle pouvaient sembler de simples survivances, mais le monde actuel provoque et stimule le monachisme contemporain \u00e0 rechercher un art de vivre et une sagesse selon l&rsquo;\u00c9vangile adapt\u00e9s \u00e0 ses conditions in\u00e9dites.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les ordres mendiants visent les universit\u00e9s et les milieux populaires<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A partir du XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l&rsquo;esprit du catholicisme \u00e9clate en des directions nouvelles. Des ordres religieux originaux apparurent, caract\u00e9ris\u00e9s par la mobilit\u00e9, l&rsquo;ardeur apostolique, l&rsquo;implantation urbaine, des structures de gouvernement impliquant la participation de tous, la pauvret\u00e9 mendiante (d&rsquo;o\u00f9 le nom d&rsquo;ordres mendiants qu&rsquo;on leur donne). Ce furent surtout les fr\u00e8res mineurs (ou franciscains, n\u00e9s dans le sillage de saint Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise), les fr\u00e8res pr\u00eacheurs (ou dominicains, fond\u00e9s par saint Dominique), les fr\u00e8res carmes. Ces jeunes institutions drainaient les forces spirituelles neuves qui cherchaient \u00e0 se faire jour, soit en les int\u00e9grant (y compris dans des \u00ab tiers ordres \u00bb de la\u00efcs associ\u00e9s \u00e0 la spiritualit\u00e9 des religieux), soit par l&rsquo;influence de leurs th\u00e9ologiens, de leurs mystiques ou de leurs ma\u00eetres spirituels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut sch\u00e9matiquement les voir \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre en deux \u00ab lieux \u00bb principaux. Le premier est l&rsquo;universit\u00e9, le lieu de la pens\u00e9e. Tr\u00e8s vite, les ordres mendiants assur\u00e8rent des chaires dans les principales universit\u00e9s europ\u00e9ennes et les illustr\u00e8rent par des noms prestigieux ; tels les dominicains Albert le Grand ou Thomas d&rsquo;Aquin, le franciscain Bonaventure. Les uns et les autres engendr\u00e8rent des mystiques : mystique plus affective dans la lign\u00e9e franciscaine (Ang\u00e8le de Foligno, Raymond Lulle), mystique plus intellectuelle dans la lign\u00e9e dominicaine (Catherine de Sienne, ma\u00eetre Eckhart, Tauler, Suso). Ces lign\u00e9es ne cesseront de se perp\u00e9tuer, concurremment avec les autres qui surgirent. Ainsi naquirent ce qu&rsquo;on a appel\u00e9 des \u00ab \u00e9coles de spiritualit\u00e9 \u00bb : il faut y voir davantage des familles d&rsquo;esprit que la transmission d&rsquo;un enseignement syst\u00e9matique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le second lieu o\u00f9 \u0153uvr\u00e8rent les nouveaux ordres est le tout-venant des la\u00efcs, dans les \u00e9glises populaires. La liturgie \u00e9tait devenue l&rsquo;affaire des moines et des chanoines et s&rsquo;\u00e9tait \u00e9loign\u00e9e du peuple (d\u00e9j\u00e0 le latin commen\u00e7ait \u00e0 faire obstacle). Ce fut l&rsquo;essor de toutes sortes de d\u00e9votions, dont le Rosaire (plus commun\u00e9ment appel\u00e9 chapelet) et le Chemin de Croix furent les plus universelles et indiquent l&rsquo;accent, \u00e0 savoir une sensibilit\u00e9 aux aspects humains de l&rsquo;Incarnation. La Vierge Marie, l&rsquo;humanit\u00e9 du Christ, sp\u00e9cialement dans son enfance (usage de la cr\u00e8che \u00e0 No\u00ebl) et dans sa passion, furent v\u00e9n\u00e9r\u00e9es sous toutes sortes de formes, dont l&rsquo;art de l&rsquo;\u00e9poque nous a conserv\u00e9 d&rsquo;innombrables t\u00e9moins (statuaires, vitraux, enluminures, peintures).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les courants spirituels Se partagent entre l&rsquo;action et la contemplation<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la fin du Moyen Age, ces courants qui, jusque-l\u00e0 s&rsquo;interp\u00e9n\u00e9traient, tendirent \u00e0 se s\u00e9parer et \u00e0 s&rsquo;ignorer. Un courant nouveau apparut, la \u00ab Devotio moderna \u00bb, illustr\u00e9e par la c\u00e9l\u00e8bre \u00ab Imitation de J\u00e9sus-Christ \u00bb, de Thomas a Kempis, qui se d\u00e9sint\u00e9ressa de la th\u00e9ologie intellectuelle et mit l&rsquo;accent sur une spiritualit\u00e9 individualiste et int\u00e9rioris\u00e9e. En France, saint Fran\u00e7ois de Sales cherchera, lui aussi, \u00e0 concilier vie spirituelle (\u00ab d\u00e9votion \u00bb en langage de l&rsquo;\u00e9poque) et vie du la\u00efc dans le monde : d\u00e9j\u00e0 apparaissent chez lui les analyses psychologiques qui annoncent l&rsquo;\u00e2ge de la subjectivit\u00e9 moderne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La crise religieuse du XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle fera jaillir deux courants spirituels importants : le premier est celui de la spiritualit\u00e9 de l&rsquo;action, dont les j\u00e9suites seront une illustration majeure (saint Ignace de Loyola, saint Fran\u00e7ois-Xavier, mais aussi bien les saints de l&rsquo;action charitable comme saint Vincent de Paul).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le second courant est celui du renouveau contemplatif chez les carmes espagnols, illustr\u00e9 par les grands noms de sainte Th\u00e9r\u00e8se d&rsquo;Avila et de saint Jean de la Croix. Ce dernier repr\u00e9sente un sommet de la mystique de la nudit\u00e9 de l&rsquo;esprit dans la pure disponibilit\u00e9 \u00e0 la \u00ab vive flamme d&rsquo;amour \u00bb. Entre la rigueur de cette contemplation pure et les n\u00e9cessit\u00e9s d&rsquo;une action de plus en plus prenante dans un monde o\u00f9 il y a de plus en plus \u00e0 faire, le catholicisme moderne \u00e9prouvera une tension jamais vraiment r\u00e9solue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le catholicisme r\u00e9pondra-t-il \u00e0 la requ\u00eate spirituelle des temps nouveaux ?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous disions plus haut que le catholicisme s&rsquo;est trouv\u00e9 assez d\u00e9muni pour comprendre la signification des grands ph\u00e9nom\u00e8nes culturels (d\u00e9sacralisation progressive de l&rsquo;existence, philosophies du sujet et de l&rsquo;histoire, sciences de la nature et sciences humaines) du monde moderne et pour y ins\u00e9rer un ferment d&rsquo;exp\u00e9rience spirituelle indiscutable et l&rsquo;interrogation s\u00e9rieuse de la transcendance. C&rsquo;est que ses diff\u00e9rentes composantes ne formaient plus un faisceau coh\u00e9rent : la th\u00e9ologie se pr\u00e9occupa de moins en moins de l&rsquo;exp\u00e9rience int\u00e9rieure ; cette derni\u00e8re, abandonn\u00e9e \u00e0 la subjectivit\u00e9 empirique, cultiva une pi\u00e9t\u00e9 respectable, mais qui \u00e9ludait les vrais drames spirituels de l&rsquo;homme occidental ; d&rsquo;innombrables personnes se lanc\u00e8rent dans des entreprises souvent f\u00e9condes au plan de l&rsquo;action (\u00e9ducation, apostolat, bienfaisance, etc.), mais qui demeuraient tributaires d&rsquo;une animation spirituelle d\u00e9su\u00e8te et \u00e9triqu\u00e9e ; les richesses inou\u00efes du symbolisme chr\u00e9tien furent peu \u00e0 peu m\u00e9connues, et la d\u00e9cadence de l&rsquo;art religieux au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle n&rsquo;en est que l&rsquo;une des expressions frappantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bref, si Vatican II repr\u00e9sente l&rsquo;ouverture d&rsquo;une nouvelle p\u00e9riode du catholicisme, cela devrait signifier aussi un renouveau de ses profondeurs spirituelles. Notre monde est incontestablement en attente de forces spirituelles, sans lesquelles ses plus belles entreprises techniques et plan\u00e9taires risquent de s&rsquo;av\u00e9rer un \u00e9chec pour l&rsquo;homme. C&rsquo;est pour le catholicisme une sorte de provocation et ce peut \u00eatre la chance qui l&rsquo;am\u00e8nera \u00e0 exploiter ses ressources latentes.<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a id=\"ftn1\" href=\"#ftnref1\">[1]<\/a> Voir E. Hamman : <em>la Vie quotidienne des premiers chr\u00e9tiens<\/em> (Paris, Hachette, 1971).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a id=\"ftn2\" href=\"#ftnref2\">[2]<\/a> C&rsquo;est le \u00ab d\u00e9p\u00f4t de la foi \u00bb, selon la terminologie traditionnelle ou le \u00ab donn\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a id=\"ftn3\" href=\"#ftnref3\">[3]<\/a> Au Moyen Age, coop\u00e9ration l\u00e9gale des ma\u00eetres enseignant la th\u00e9ologie, le droit, la m\u00e9decine et les sept arts, et jouissant de nombreuses franchises ; la premi\u00e8re universit\u00e9 fut fond\u00e9e \u00e0 Bologne vers 1110 ; celles de Paris vers 1150, de Montpellier vers 1181, de Toulouse vers 1230. Les universit\u00e9s furent supprim\u00e9es en France par la R\u00e9volution de 1789. Napol\u00e9on institua, en 1808, l&rsquo;Universit\u00e9 de France.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a id=\"ftn4\" href=\"#ftnref4\">[4]<\/a> Voir Daniel Olivier : <em>le Proc\u00e8s Luther<\/em> (Paris, Fayard, 1971).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a id=\"ftn5\" href=\"#ftnref5\">[5]<\/a> Comme \u00ab parler en langues \u00bb (glossolalie) selon les Actes des Ap\u00f4tres, II, 4-9 et saint Paul, Ep\u00eetre aux Corinthiens, XII, 10, ce qui signifie l&rsquo;aptitude \u00e0 communiquer le message.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En un sens, le catholicisme n&rsquo;est donc pas une religion \u00ab pure \u00bb une doctrine spirituelle de salut ind\u00e9pendante du contexte historique. Il a d\u00e9j\u00e0 eu plusieurs visages, et il en aura d&rsquo;autres. 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