{"id":12593,"date":"2012-12-12T00:27:11","date_gmt":"2012-12-11T23:27:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=12593"},"modified":"2012-12-12T00:27:11","modified_gmt":"2012-12-11T23:27:11","slug":"revivre-en-son-corps-la-passion-de-jesus-christ-par-jacqueline-martin-bagnaudez","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/revivre-en-son-corps-la-passion-de-jesus-christ-par-jacqueline-martin-bagnaudez\/","title":{"rendered":"Revivre en son corps la passion de J\u00e9sus-Christ par Jacqueline Martin-Bagnaudez"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Psi International. No 4. Mars-Avril 1978)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Enqu\u00eate sur les stigmatis\u00e9s<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Comment le corps de certains hommes et de certaines femmes peut-il \u00eatre marqu\u00e9 de blessures ingu\u00e9rissables, et qui ne sont provoqu\u00e9es par aucun agent ext\u00e9rieur ? Pourquoi ces plaies sont-elles toujours localis\u00e9es aux m\u00eames endroits ? Quels prodiges entourent ces \u00eatres d&rsquo;exception ?<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>PSI INTERNATIONAL ouvre aujourd&rsquo;hui une enqu\u00eate sur la stigmatisation. Le fait existe et n&rsquo;est pas contest\u00e9. Mais comment aborder ce domaine qui pour les uns appartient au miracle, pour les autres au d\u00e9rangement mental ? Nous avons choisi de pr\u00e9senter ici un dossier de faits, le plus objectivement possible, nous gardant de toute interpr\u00e9tation, car celles-ci sont du ressort des m\u00e9decins et des autorit\u00e9s religieuses. Ce faisant, nous restons fid\u00e8le \u00e0 notre propos : faire la part du vrai et du faux dans le domaine du surnaturel.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu&rsquo;est-ce exactement qu&rsquo;un stigmatis\u00e9 ? Pour s&rsquo;en tenir \u00e0 une d\u00e9finition s\u00e8che, un \u2014 ou une \u2014 stigmatis\u00e9(e) est un homme ou une femme dont le corps porte spontan\u00e9ment, de fa\u00e7on permanente ou temporaire, des blessures identiques \u00e0 celles re\u00e7ues par J\u00e9sus-Christ au cours de sa Passion, c&rsquo;est-\u00e0-dire les marques des clous dans les mains et les pieds laiss\u00e9es par la mise en croix, ainsi qu&rsquo;une blessure au c\u00f4t\u00e9 provoqu\u00e9e par un coup de lance. Le mot \u00ab stigmate \u00bb est d&rsquo;origine grecque ; il vient du terme stigma qui signifie, dans cette langue, \u00ab piq\u00fbre, point \u00bb. C&rsquo;est dire qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;origine le terme de \u00ab stigmatis\u00e9 \u00bb n&rsquo;implique aucune id\u00e9e religieuse, encore moins chr\u00e9tienne, malgr\u00e9 l&rsquo;usage courant actuel. Bien plus, on conna\u00eet des cas \u2014 rares il est vrai \u2014 de stigmatis\u00e9s musulmans, reproduisant en leur corps les blessures re\u00e7ues par le Proph\u00e8te Mahomet au cours des guerres qu&rsquo;il dut soutenir. En outre, on a parl\u00e9 aussi de \u00ab stigmates diaboliques \u00bb, marques en forme de griffes ou de pattes d&rsquo;animaux tels que crapauds, boucs, chats, etc&#8230; que l&rsquo;on reconnaissait, au Moyen Age, sur la peau de ceux que l&rsquo;on suspectait de sorcellerie. Plus proches de nous, les ph\u00e9nom\u00e8nes de dermographie sont parfois assimil\u00e9s \u00e0 ceux de stigmatisation. Cependant, les seuls stigmatis\u00e9s dont nous voulons parler ici sont les stigmatis\u00e9s chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Plusieurs centaines de stigmatis\u00e9s <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque nous avons rassembl\u00e9 les \u00e9l\u00e9ments de ce dossier, nous avons eu un premier \u00e9tonnement, suscit\u00e9 par le grand nombre des cas de stigmatisation signal\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1908, une recension s\u00e9rieuse et probablement compl\u00e8te des stigmatis\u00e9s connus, a \u00e9t\u00e9 faite par un m\u00e9decin fran\u00e7ais, sp\u00e9cialiste des probl\u00e8mes paranormaux, le Dr Imbert-Gourbeyre. Il comptait, \u00e0 cette date, 321 cas, le 1<sup>er<\/sup> \u00a0pris en compte \u00e9tant celui de saint Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise, au XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (1224). Le tableau que nous donnons ci-apr\u00e8s fait ressortir une localisation presque exclusivement europ\u00e9enne, avec \u00e9crasante pr\u00e9dominance de l&rsquo;Italie (229 cas, dont 10 en Sicile). La France vient, mais loin derri\u00e8re, au 2<sup>e<\/sup> \u00a0rang. La disproportion entre les sexes des stigmatis\u00e9s est tout aussi frappante : on compte 280 femmes, pour 41 hommes, ce qui donne une proportion de 1\/7 en faveur du sexe f\u00e9minin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, il n&rsquo;existe pas encore de liste connue. Pour des raisons \u00e9videntes de discr\u00e9tion, de proximit\u00e9, aucun inventaire n&rsquo;a pu encore \u00eatre publi\u00e9. Autant que nous le sachions cependant, il existerait en France, actuellement, quelques cas de stigmatisation. Les informations qui nous sont parvenues pour les pays \u00e9trangers sont trop fragmentaires pour que nous puissions en faire \u00e9tat de fa\u00e7on s\u00e9rieuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut souligner ce point : les chiffres donn\u00e9s ci-dessus doivent s&rsquo;entendre comme une indication minimum. Il y a eu, et il y a probablement encore, des hommes et des femmes qui, portant des stigmates, s&rsquo;abstiennent volontairement de toute publicit\u00e9 autour de ce qu&rsquo;ils consid\u00e8rent comme le signe d&rsquo;une relation privil\u00e9gi\u00e9e avec Dieu. Quels que soient le tapage et la notori\u00e9t\u00e9 dont, au contraire, certains stigmatis\u00e9s sont entour\u00e9s, il est probable que beaucoup, second\u00e9s par leur proches, emportent leur secret dans la tombe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que penser, d&rsquo;autre part, de l&rsquo;absence de stigmatis\u00e9 avant le XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ? Il est difficile de d\u00e9duire du silence des sources dont on peut disposer pour ces \u00e9poques recul\u00e9es s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une inexistence du ph\u00e9nom\u00e8ne, si on s&rsquo;est volontairement abstenu de signaler des cas existants, ou si on a perdu toute trace de ceux-ci. Les sp\u00e9cialistes d&rsquo;histoire religieuse penchent plut\u00f4t pour la premi\u00e8re hypoth\u00e8se.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Qui est le premier stigmatis\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il peut para\u00eetre surprenant qu&rsquo;il ait fallu attendre 1200 ann\u00e9es d&rsquo;histoire chr\u00e9tienne pour voir signaler, avec saint Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise, le 1<sup>er<\/sup> \u00a0cas de stigmatisation <a id=\"ftnref1\" href=\"#ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A dire vrai, certains accordent \u00e0 l&rsquo;Ap\u00f4tre Paul, contemporain de J\u00e9sus-Christ puisqu&rsquo;il est mort vers 62-64, soit une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es apr\u00e8s la Passion, le privil\u00e8ge d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 le 1<sup>er<\/sup> \u00a0stigmatis\u00e9. Ils s&rsquo;appuient sur une phrase de la lettre que saint Paul \u00e9crivait aux Chr\u00e9tiens de Galatie : \u00ab Quant \u00e0 moi, je porte sur mon corps les stigmates de J\u00e9sus \u00bb (Galates VI, 17). Remarquons au passage que l&rsquo;Ap\u00f4tre, qui s&rsquo;exprime en grec, emploie le mot \u00ab ta stigmata \u00bb. Mais les sp\u00e9cialistes tendent plut\u00f4t \u00e0 prendre cette phrase soit dans un sens figur\u00e9, signifiant par l\u00e0 que saint Paul veut parler de l&rsquo;amour de J\u00e9sus qui est en lui, soit dans ce que nous serions tent\u00e9s d&rsquo;appeler un sens mat\u00e9riel att\u00e9nu\u00e9, les \u00ab marques \u00bb en question d\u00e9signant les traces des s\u00e9vices corporels que l&rsquo;Ap\u00f4tre, emprisonn\u00e9 \u00e0 cause de sa pr\u00e9dication, avait subis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut donc laisser \u00e0 Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise le privil\u00e8ge d&rsquo;\u00eatre le premier stigmatis\u00e9 de l&rsquo;histoire chr\u00e9tienne. Cette qualit\u00e9 est d&rsquo;autant plus remarquable que, \u00e0 bien d&rsquo;autres \u00e9gards, Fran\u00e7ois est un stigmatis\u00e9 tout \u00e0 fait exceptionnel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Des circonstances spirituelles exceptionnelles<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autre volet du dossier stigmatis\u00e9 : dans quelles conditions ces blessures myst\u00e9rieuses apparaissent-elles ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Premier point \u00e0 souligner : l&rsquo;apparition des stigmates proprement dits est souvent pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d&rsquo;une douleur profonde ressentie dans la partie du corps concern\u00e9e. Le d\u00e9calage dans le temps entre la souffrance physique et la marque ext\u00e9rieure est important : de l&rsquo;ordre de plusieurs mois \u00e0 plusieurs ann\u00e9es. Tel fut le cas du Padre Pio, par exemple, qui ressentit de violentes douleurs aux mains bien longtemps avant l&rsquo;apparition des stigmates. Son entourage eut un jour la surprise de voir le P\u00e8re secouer violemment les mains, de fa\u00e7on totalement inexplicable. Intrigu\u00e9, quelqu&rsquo;un lui demanda s&rsquo;il s&rsquo;exer\u00e7ait \u00e0 jouer de la guitare ! M\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne pour la stigmatis\u00e9e belge Louise Lateau : elle ressentit de violentes douleurs bien avant l&rsquo;apparition des stigmates. De m\u00eame, la Fran\u00e7aise Jeanne Boisseau devait ressentir les premi\u00e8res douleurs de la Passion en 1857 et n&rsquo;\u00eatre stigmatis\u00e9e que 5 ans plus tard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le ph\u00e9nom\u00e8ne inverse peut aussi se produire : ainsi, sainte Catherine de Sienne, une des grandes mystiques de l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00c9glise, fut marqu\u00e9e en son corps, en 1375, l&rsquo;\u00e2ge de 28 ans, des stigmates. On rapporte que la jeune femme, par esprit d&rsquo;humilit\u00e9 et volont\u00e9 de discr\u00e9tion demanda \u00e0 Dieu d&rsquo;effacer ces marques pour le moins voyantes, ce qui se produisit effectivement. Elle devait cependant conserver durant le reste de sa vie (elle mourut \u00e0 33 ans) des douleurs localis\u00e9es aux pieds, aux mains et au c\u00f4t\u00e9 <a id=\"ftnref2\" href=\"#ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De quelle fa\u00e7on les stigmates apparaissent-ils ? On ne peut faire qu&rsquo;une seule constatation d&rsquo;ordre g\u00e9n\u00e9ral : chaque fois que le r\u00e9cit en a \u00e9t\u00e9 fait, par les int\u00e9ress\u00e9s ou par leur entourage, l&rsquo;imposition des stigmates s&rsquo;est faite dans des circonstances spirituelles particuli\u00e8res, au cours d&rsquo;une extase, d&rsquo;un moment privil\u00e9gi\u00e9 de pri\u00e8re et d&rsquo;union spirituelle avec Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le cas saint Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise peut \u00eatre pris en exemple. Depuis l&rsquo;\u00e9poque de sa conversion, Fran\u00e7ois avait fait de la Passion du Christ le th\u00e8me pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de ses m\u00e9ditations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A un moment o\u00f9 il h\u00e9sitait encore sur la fa\u00e7on d&rsquo;orienter sa vie au service de Dieu, il avait coutume de venir prier, dans les environs d&rsquo;Assise, \u00e0 Saint-Damien. Un jour, il entendit un crucifix ornant les murs de Saint-Damien, lui parler et lui donner ordre de \u00ab r\u00e9parer son \u00e9glise \u00bb. On peut toujours voir, au couvent de Saint-Damien, le crucifix en question.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dix-sept ans apr\u00e8s ce point de d\u00e9part d\u00e9cisif, Fran\u00e7ois, devenu fondateur de l&rsquo;ordre franciscain et entour\u00e9 de nombreux disciples, aimait se retirer, pour prier \u00e0 l&rsquo;Alverne, dans la campagne proche d&rsquo;Assise. Ses biographes racontent que, s&rsquo;interrogeant sur l&rsquo;ultime dessein de Dieu sur lui, il avait coutume de consulter, au hasard, les \u00c9vangiles qui s&rsquo;ouvraient sans cesse au r\u00e9cit de la Passion. Un jour, qu&rsquo;on ne peut pr\u00e9ciser avec certitude, mais qui se situe aux alentours de la F\u00eate de l&rsquo;Exaltation de la Croix (17 septembre) Fran\u00e7ois vit un s\u00e9raphin portant entre ses ailes l&rsquo;image du Christ en croix. Cette apparition plongea le saint dans un sentiment m\u00eal\u00e9 de joie et de tristesse : joie d&rsquo;\u00eatre regard\u00e9 avec bienveillance par l&rsquo;apparition divine, tristesse inspir\u00e9e par la contemplation du Crucifi\u00e9. L&rsquo;apparition devait r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 Fran\u00e7ois des secrets concernant l&rsquo;avenir de l&rsquo;ordre qu&rsquo;il avait fond\u00e9. Lorsqu&rsquo;elle disparut, les traces de la Passion \u00e9taient imprim\u00e9es sur le corps du Saint, ce que le r\u00e9cit de sa vie, r\u00e9dig\u00e9 peu apr\u00e8s sa mort, exprime en ces termes : \u00ab <em>la vision disparaissant enflamma au-dedans l&rsquo;\u00e2me de Fran\u00e7ois d&rsquo;ardeur s\u00e9raphique et marqua sa chair au dehors \u00e0 l&rsquo;effigie du Crucifi\u00e9, comme si, \u00e0 l&rsquo;action du feu qui avait liqu\u00e9fi\u00e9 son c\u0153ur et l&rsquo;avait ainsi pr\u00e9dispos\u00e9, avait succ\u00e9d\u00e9 l&rsquo;impression qui le scellait \u00e0 l&rsquo;image du Christ en croix<\/em> \u00bb. A partir de ce moment (1224) et jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort, survenue 2 ans plus tard, le saint devait porter sur ses mains, ses pieds, \u00e0 son c\u00f4t\u00e9, les premiers stigmates de l&rsquo;histoire chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes donc bien renseign\u00e9s \u2014 quelle que soit la signification que nous accordions \u00e0 l&rsquo;\u00e9pisode de la vision du s\u00e9raphin \u2014 sur les circonstances proches et lointaines, qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la stigmatisation de saint Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise. De m\u00eame, pour un cas plus proche de nous, celui de Th\u00e9r\u00e8se Neumann, stigmatis\u00e9e le Vendredi Saint 2 avril 1926, les r\u00e9cits et t\u00e9moignages abondent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sainte Gemma Galgani rapporta elle-m\u00eame les circonstances qui accompagn\u00e8rent sa stigmatisation : le soir du 8 juin 1899, saisie d&rsquo;un vif repentir de ses p\u00e9ch\u00e9s, elle \u00ab perdit les sens et se trouva en pr\u00e9sence de Marie \u00bb. Laissons la sainte parler : \u00ab au m\u00eame instant, parut J\u00e9sus ; ses plaies \u00e9taient ouvertes, mais il n&rsquo;en sortait pas du sang : il en sortait des flammes ardentes. En un clin d&rsquo;\u0153il, ces flammes touch\u00e8rent mes mains, mes pieds, mon c\u0153ur. Je me sentis mourir et j&rsquo;allais tomber, lorsque ma M\u00e8re me soutint, me tenant dans son manteau. Je restai plusieurs heures dans cette position ; ensuite, ma M\u00e8re me baisa au front, et tout disparut. Je me retrouvai agenouill\u00e9e dans ma chambre. Une forte douleur persistait aux mains, aux pieds et au c\u0153ur ; et je m&rsquo;aper\u00e7us, en me levant, qu&rsquo;il en coulait du sang \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par contre, le Padre Pio est rest\u00e9 tr\u00e8s discret sur les circonstances de sa stigmatisation. Le<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">20 septembre 1918 (il avait 31 ans) les religieux du couvent de la Madonna delle Grazie, situ\u00e9 \u00e0 San Giovanni Rotondo, en Italie du Sud, entendirent un cri et trouv\u00e8rent le P\u00e8re inanim\u00e9, sur le sol de sa cellule, marqu\u00e9 des cinq stigmates qui ne devaient plus le quitter jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort, survenue 50 ans plus tard, le 23 septembre 1968.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une stigmatis\u00e9e de 8 ans<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les trois cas que nous venons de citer concernent des stigmatis\u00e9s portant cinq plaies dont l&rsquo;apparition a \u00e9t\u00e9 simultan\u00e9e. Cette situation est la plus fr\u00e9quente. Mais il arrive que des stigmatis\u00e9s soient marqu\u00e9s de plaies successives. L&rsquo;exemple le plus curieux, et il faut le dire exceptionnel, de cet \u00e9talement est celui de Delicia di Giovanni. Cette religieuse dominicaine vivait en Italie, au XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Elle avait 75 ans lorsqu&rsquo;apparut, sur sa main droite, un premier stigmate. Un an plus tard, sa main gauche portait \u00e0 son tour une plaie. Puis, toujours \u00e0 une cadence annuelle, elle fut stigmatis\u00e9e sur le pied droit, puis le pied gauche, ensuite au c\u00f4t\u00e9. La sixi\u00e8me ann\u00e9e, elle ressentit les douleurs de la flagellation. Enfin, l&rsquo;ann\u00e9e suivante, qui devait \u00eatre celle de sa mort, apparurent les stigmates de la couronne d&rsquo;\u00e9pines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans atteindre cet \u00e9talement exceptionnel, Anne-Catherine Emmerich fut, quant \u00e0 elle, stigmatis\u00e9e en deux temps : le 24 ao\u00fbt 1812, elle fut marqu\u00e9e \u00e0 la poitrine d&rsquo;une blessure en forme de croix, et cinq mois plus tard, \u00e0 No\u00ebl, apparurent des stigmates aux mains et aux pieds.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e2ge des porteurs de stigmates est sujet, lui aussi, aux plus grandes variations. Nous venons de voir, en Delicia di Giovanni, une femme atteindre un \u00e2ge avanc\u00e9 avant de recevoir les stigmates. A l&rsquo;autre bout de la cha\u00eene, avec Magdeleine Morice, c&rsquo;est une enfant de 8 ans, vivant en France, au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, qui fut stigmatis\u00e9e. Entre ces deux extr\u00e9mit\u00e9s, on trouve \u00e0 peu pr\u00e8s tous les \u00e2ges. Si l&rsquo;on consid\u00e8re les 321 cas d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9s, la r\u00e9partition est \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gale dans le temps et l&rsquo;espace, jusqu&rsquo;\u00e0 40 ans. Les stigmatis\u00e9s entre 40 et 60 ans sont, par contre, moins nombreux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Cinq blessures, ou davantage ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La disparit\u00e9 est toute aussi grande en ce qui concerne l&#8217;emplacement des stigmates. Le plus souvent, on constate 4 marques (aux mains et aux pieds), tr\u00e8s fr\u00e9quemment accompagn\u00e9es d&rsquo;une plaie au c\u00f4t\u00e9, qui peut d&rsquo;ailleurs \u00eatre localis\u00e9e \u00e0 droite ou \u00e0 gauche. Plus rares sont les stigmates de la t\u00eate ; on les signale sur V\u00e9ronique Giuliani, Gemma Galgani, Th\u00e9r\u00e8se Neumann et Louise Lateau. Sainte Catherine de Sienne devait conserver toute sa vie la souffrance de la couronne d&rsquo;\u00e9pines qu&rsquo;elle avait port\u00e9e \u2014 spirituellement \u2014 \u00e0 la place d&rsquo;une couronne d&rsquo;or et de pierres pr\u00e9cieuses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les stigmates \u00e0 l&rsquo;\u00e9paule, correspondant au Portement de Croix, sont moins fr\u00e9quents. On les note, par exemple, sur Th\u00e9r\u00e8se Neumann, le 8 mars 1929. Gemma Galgani et V\u00e9ronique Giuliani en furent \u00e9galement marqu\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces trois femmes furent aussi, semble-t-il, marqu\u00e9es de blessures rappelant celles de la flagellation. Th\u00e9r\u00e8se Neumann les portait, les Vendredis de Car\u00eame, sur le tronc, les bras et les jambes, en longues stries dont le sang, a-t-on dit, \u00ab s&rsquo;\u00e9chappait en ruisseaux \u00bb. En g\u00e9n\u00e9ral, ces stigmates \u00ab annexes \u00bb compl\u00e8tent les cinq plus courants. Mais, on a signal\u00e9 en France, pr\u00e8s de Privas, une m\u00e8re de famille, Victoire Claire, morte en 1883, l&rsquo;\u00e2ge de 75 ans, qui \u00e9tait stigmatis\u00e9e seulement aux mains et au front.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On signale encore des larmes de sang chez Th\u00e9r\u00e8se Neumann (c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs un visage pleurant des larmes de sang qui est l&rsquo;image la plus connue de la stigmatis\u00e9e), et aussi chez Gemma Galgani. Cette derni\u00e8re pr\u00e9sentait, en outre, au cours de ses extases, une sueur de sang. Le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 constat\u00e9 chez la jeune Magdeleine Morice et aussi chez sainte Lut-garde, la premi\u00e8re religieuse cistercienne stigmatis\u00e9e.<\/p>\n<table width=\"516\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"516\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les stigmatis\u00e9s chr\u00e9tiens reproduisent en leur corps les blessures re\u00e7ues par J\u00e9sus-Christ au cours des heures qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 sa mort. L&rsquo;ensemble de ces \u00e9v\u00e9nements qui se d\u00e9roulent entre le jeudi soir (arrestation) et le vendredi apr\u00e8s-midi (mort) ont re\u00e7u le nom de \u00ab Passion \u00bb. Les blessures des stigmates ont leur source directe dans le r\u00e9cit de la Passion fourni par les \u00c9vangiles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Sueur de sang<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab En proie \u00e0 la d\u00e9tresse, [J\u00e9sus] priait de fa\u00e7on plus instante, et sa sueur devint comme de grosses gouttes de sang qui tombaient \u00e0 terre. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"right\">(Luc 22, 44)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Couronne d&rsquo;\u00e9pines<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Les soldats&#8230; ayant tress\u00e9 une couronne d&rsquo;\u00e9pines, la lui mettent&#8230; Et ils lui frappaient la t\u00eate avec un roseau. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"right\">(Marc 15, 17-19)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Plaies des mains et des pieds<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Puis ils le crucifient&#8230; C&rsquo;\u00e9tait la troisi\u00e8me heure quand ils le crucifi\u00e8rent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"right\">\u00a0(Marc 15, 24-25)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Plaie du c\u00f4t\u00e9<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Arriv\u00e9s \u00e0 J\u00e9sus, les soldats le trouv\u00e8rent mort&#8230; L&rsquo;un des soldats, de sa lance, lui per\u00e7a le c\u00f4t\u00e9, et aussit\u00f4t il sortit du sang et de l&rsquo;eau. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"right\">(Jean 19, 33-34)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Plaies de la flagellation<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Alors Pilate ordonna de prendre J\u00e9sus et de le flageller. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"right\">(Jean 19, 1)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Plaies de l&rsquo;\u00e9paule<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elles correspondent au Portement de Croix : \u00ab Ils prirent donc J\u00e9sus, qui, portant lui-m\u00eame sa croix, sortit de la ville\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"right\">(Jean 19,17)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;id\u00e9e m\u00eame d&rsquo;un corps marqu\u00e9 de cinq plaies s&rsquo;exprime dans le r\u00e9cit \u00e9vang\u00e9lique. Thomas, l&rsquo;un des disciples de J\u00e9sus, reconna\u00eet \u00e0 ces marques J\u00e9sus ressuscit\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Si je [Thomas] ne vois \u00e0 ses mains la marque des clous, si je ne mets le doigt dans la marque des clous et si je ne mets la main dans son c\u00f4t\u00e9, je ne croirai pas. \u00bb Et J\u00e9sus dit \u00e0 Thomas : \u00ab Porte ton doigt ici : voici mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon c\u00f4t\u00e9 et ne sois plus incr\u00e9dule. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"right\">(Jean 20, 25-27)<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Manifestations permanentes, ou temporaires ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne peut d\u00e9gager aucune r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale de ce que nous serions tent\u00e9s d&rsquo;appeler la p\u00e9riode d&rsquo;activit\u00e9 des stigmates.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Saint Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise devait les porter jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort. De m\u00eame le Padre Pio. Celui-ci, on le sait, avait grand soin de dissimuler le plus qu&rsquo;il lui \u00e9tait possible ses blessures surnaturelles et, dans ce souci, il portait des mitaines de laine. Il ne les quittait qu&rsquo;\u00e0 une seule occasion, la c\u00e9l\u00e9bration de la messe, car il lui semblait inconvenant d&rsquo;officier les mains couvertes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour d&rsquo;autres, la stigmatisation \u2014 autant que nous puissions le savoir \u2014 n&rsquo;\u00e9tait pas permanente. Nous avons d\u00e9j\u00e0 vu le cas de sainte Catherine de Sienne, chez qui les stigmates ne persist\u00e8rent pas. Cresenzia Nierklutsch, qui vivait au si\u00e8cle dernier, ne porta, elle aussi, que des stigmates \u00e9ph\u00e9m\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Assez souvent, des stigmates non permanents apparaissent et disparaissent \u00e0 des moments bien d\u00e9termin\u00e9s, correspondant \u00e0 des jours et heures de la Passion du Christ. Ainsi, chez sainte Gemma Galgani, les plaies \u00e9taient hebdomadaires, du jeudi soir (jour et heure de l&rsquo;arrestation de J\u00e9sus) au vendredi 15 heures (moment de la mort de J\u00e9sus sur la croix). Marie-Dominique Lazzari porta, au si\u00e8cle dernier, des stigmates \u00e9galement hebdomadaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le cas de la Belge Louise Lateau a fait l&rsquo;objet d&rsquo;observations pr\u00e9cises. Malheureusement, les divers m\u00e9decins qui se sont pench\u00e9s sur son cas, en ont fait des descriptions parfois contradictoires. Ses stigmates saign\u00e8rent, pour la premi\u00e8re fois, le vendredi 24 avril 1868, et le ph\u00e9nom\u00e8ne devait se reproduire chaque semaine, sauf deux fois, jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort (25 ao\u00fbt 1883) ce qui repr\u00e9sente 800 saignements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceux-ci se produisaient suivant un cycle \u00e0 peu pr\u00e8s immuable. Le mardi soir, l&#8217;emplacement des stigmates commen\u00e7ait \u00e0 br\u00fbler et \u00e0 cr\u00e9er des \u00e9lancements chez Louise Lateau. Ces premi\u00e8res douleurs internes \u00e9taient suivies de l&rsquo;apparition de cloques pleines d&rsquo;une s\u00e9rosit\u00e9 d&rsquo;un rouge plus ou moins fonc\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sang commen\u00e7ait \u00e0 s&rsquo;\u00e9couler dans la nuit du jeudi au vendredi, cet \u00e9panchement \u00e9tant pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par un \u00e9clatement des cloques. Le saignement se poursuivait, avec une intensit\u00e9 qui a vari\u00e9 avec l&rsquo;\u00e2ge de la stigmatis\u00e9e, pendant toute la journ\u00e9e du vendredi. Le samedi, on ne voyait plus, \u00e0 l&#8217;emplacement des stigmates, que des marques s\u00e8ches, rappelant des cicatrices, et cette situation se poursuivait jusqu&rsquo;au commencement d&rsquo;un nouveau cycle, le mardi suivant. On regrette qu&rsquo;aucun document iconographique n&rsquo;ait jamais fix\u00e9 par l&rsquo;image les diff\u00e9rentes phases de ce ph\u00e9nom\u00e8ne vraiment hors du commun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chez Th\u00e9r\u00e8se Neumann, la stigmatisation, quoique permanente, atteignait un paroxysme de manifestation le vendredi. Nous avons dit que c&rsquo;est ce jour-l\u00e0 que les stigmates annexes, tels que les larmes de sang, apparaissaient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien entendu, ces paroxysmes s&rsquo;accompagnent de faits annexes, tels que extases pouvant aller jusqu&rsquo;\u00e0 la perte de connaissance. Sainte Catherine de Sienne fut m\u00eame consid\u00e9r\u00e9e, un jour, comme morte, par son entourage. Sainte Gemma souffrait une v\u00e9ritable agonie physiologique : yeux enfonc\u00e9s, teint cadav\u00e9rique, frissons, vomissements, palpitations violentes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;activit\u00e9 des stigmates, en dehors de tout cycle r\u00e9p\u00e9titif, n&rsquo;est pas toujours semblable \u00e0 elle-m\u00eame au cours de la vie de la personne concern\u00e9e. C&rsquo;est ainsi que sur Mme Miollis, n\u00e9e en 1806, les stigmates, apparus \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de trente ans, devaient s&rsquo;att\u00e9nuer puis dispara\u00eetre progressivement. On manque d&rsquo;observations rigoureuses permettant de d\u00e9crire ce cas avec plus de pr\u00e9cisions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les stigmatis\u00e9s face aux m\u00e9decins<\/strong><\/p>\n<table width=\"498\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"498\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Th\u00e9r\u00e8se Neumann, stigmatis\u00e9e le Vendredi Saint 2 avril 1926, suscita un intense mouvement o\u00f9 la d\u00e9votion et la pi\u00e9t\u00e9 la plus authentique se m\u00eal\u00e8rent \u00e0 la curiosit\u00e9 et au souci de publicit\u00e9. Une des manifestations les plus extraordinaires des stigmates chez Th\u00e9r\u00e8se Neumann : les larmes de sang qui s&rsquo;\u00e9coulaient de ses yeux lorsqu&rsquo;elle revivait la Passion du Christ.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son cas a suscit\u00e9 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de nombreux sp\u00e9cialistes. Le Dr de Poray-Nadeyski, appartenant \u00e0 la Congr\u00e9gation des Rites et envoy\u00e9 par Rome pour enqu\u00eater sur son cas, devait rendre sur elle, en 1940, un diagnostic d&rsquo;hyst\u00e9rie, sans pour autant minimiser la sinc\u00e9rit\u00e9 et la pi\u00e9t\u00e9 de la malade : \u00ab L&rsquo;existence de l&rsquo;hyst\u00e9rie constat\u00e9e chez Th. Neumann ne porte aucune atteinte \u00e0 son moral, \u00e0 sa dignit\u00e9 personnelle, \u00e0 sa sinc\u00e9rit\u00e9, \u00e0 sa pi\u00e9t\u00e9, ni m\u00eame \u00e0 la possibilit\u00e9 de v\u00e9ritable saintet\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle mourut en 1962. Ses obs\u00e8ques attir\u00e8rent une foule innombrable qui tint \u00e0 ramener des e reliques \u00bb sous forme de photos et de souvenirs personnels dont on voit ci-dessous une distribution.<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<strong><\/strong>Ph\u00e9nom\u00e8ne inhabituel et ayant toutes les apparences du miracle, la stigmatisation ne pouvait que susciter la curiosit\u00e9 scientifique des savants et des m\u00e9decins, tout au moins \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque moderne. Les autorit\u00e9s religieuses ont toujours eu, en outre, int\u00e9r\u00eat \u00e0 faciliter la discrimination entre les cas de supercheries (on en conna\u00eet, et de nombreux), et les manifestations d&rsquo;une foi authentique. Encore que, on ne le soulignera jamais assez, stigmatisation ne signifie nullement saintet\u00e9 : dans la liste des 321 cas dont nous avons parl\u00e9, 61 stigmatis\u00e9s seulement (soit 1\/5<sup>e<\/sup>) ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s saints ou bienheureux. Et tout le monde conna\u00eet la prudence actuelle de l&rsquo;\u00c9glise autour de personnalit\u00e9s comme celle du Padre Pio.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est dire que l&rsquo;examen clinique des stigmatis\u00e9s pr\u00e9sente bien des difficult\u00e9s. L&rsquo;entourage de ces \u00eatres hors du commun facilite rarement les choses : soit que, par souci de discr\u00e9tion, il cherche \u00e0 d\u00e9rober le stigmatis\u00e9 \u00e0 la curiosit\u00e9 des importuns, soit que, au contraire, il l&rsquo;entoure d&rsquo;une tapageuse publicit\u00e9, cr\u00e9ant une ambiance d&rsquo;\u00e9motion et d&rsquo;excitation collectives, qui ne facilite en rien les observations scientifiques. La pudeur, bien naturelle, et qu&rsquo;il faut souvent surmonter, n&rsquo;arrange rien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ajoutons, et ce n&rsquo;est pas le moindre des obstacles auxquels se heurte l&rsquo;observateur scientifique, que les stigmatis\u00e9s, hommes ou femmes, des temps pr\u00e9sents ou pass\u00e9s, sont des \u00eatres qui souffrent, dans leur chair, au plus profond de leur corps. Les douleurs physiques qu&rsquo;ils ressentent, que ce soient celles provoqu\u00e9es par les blessures des stigmates elles-m\u00eames, ou par toute autre affection dont ils sont atteints, ne sont, chez ces individus exceptionnels, que le compl\u00e9ment, ou le reflet, de souffrances morales, de douleurs du c\u0153ur et de l&rsquo;esprit. Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un \u00e9tat absolument g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 tous les stigmatis\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En outre, les stigmates ne constituent pas des manifestations pathologiques isol\u00e9es sur le corps de ceux qui les portent. Beaucoup de ceux-ci sont des grabataires, souffrant de multiples affections physiques au moment o\u00f9 la stigmatisation se produit. Le cas extr\u00eame est celui de sainte Lydwine, dont on a pu dire que le corps constituait un v\u00e9ritable \u00ab mus\u00e9e pathologique \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien plus, la stigmatisation appara\u00eet souvent comme li\u00e9e \u00e0 d&rsquo;autres prodiges physiologiques : Th\u00e9r\u00e8se Neumann, par exemple, qu&rsquo;on disait aveugle et paralys\u00e9e, recouvra la vue et le mouvement au moment de l&rsquo;apparition des stigmates.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 l&rsquo;examen psychique des stigmatis\u00e9s, l&rsquo;\u00e9valuation de leur \u00e9quilibre et de leur sant\u00e9 mentale, il est bien \u00e9vident que l&rsquo;on manque le plus souvent de donn\u00e9es objectives. C&rsquo;est dire que les d\u00e9tracteurs du ph\u00e9nom\u00e8ne ont beau jeu de le ranger parmi les manifestations d&rsquo;hyst\u00e9rie ou d&rsquo;autosuggestion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;aspect le plus spectaculaire de la stigmatisation est sans doute constitu\u00e9 par l&rsquo;\u00e9coulement du sang. Sur les quelques cas pour lesquels on dispose d&rsquo;observations un tant soit peu pr\u00e9cises, on a le sentiment que le saignement est abondant. Le Padre Pio, par exemple, \u00e9tait oblig\u00e9 de changer plusieurs fois par jour les mitaines dont il recouvrait ses mains, celles-ci \u00e9tant par trop impr\u00e9gn\u00e9es de sang. On a estim\u00e9 \u00e0 plus de 100 g par jour la quantit\u00e9 de sang perdu, soit plus d&rsquo;un verre \u00e0 boire ordinaire. Un des experts qui a examin\u00e9 le cas de Louise Lateau a \u00e9valu\u00e9 approximativement \u00e0 250 g le saignement hebdomadaire de la stigmatis\u00e9e belge. Les plaies elles-m\u00eames ont rarement fait l&rsquo;objet d&rsquo;un examen clinique approfondi, ou tout au moins ceux-ci n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 divulgu\u00e9s. On dispose cependant de quelques \u00e9l\u00e9ments pour le Padre Pio : en 1920, le Docteur Festa, qui avait examin\u00e9 ses mains, concluait \u00e0 l&rsquo;existence de plaies profondes, de v\u00e9ritables trous. Il \u00e9crit : \u00ab on pourrait voir en transparence un objet quelconque \u00e0 travers les trous de ses mains \u00bb.<\/p>\n<table width=\"504\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"504\"><strong>DES CHIFFRES QUI SE PASSENT DE COMMENTAIRES<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le Docteur IMBERT-GOURBEYRE, sp\u00e9cialiste des questions paranormales, a donn\u00e9 au d\u00e9but de ce si\u00e8cle la recension, probablement la plus s\u00e9rieuse et la plus compl\u00e8te dont nous puissions disposer, des cas de stigmatisation. Nous lui empruntons les chiffres qui suivent.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Cas de stigmatisation connus<\/strong> : 321<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Hommes<\/strong> : 41 <strong>Femmes<\/strong> : 280<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>R\u00e9partition dans le temps<\/strong> :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1<sup>er<\/sup> \u00a0cas connu : en 1224, saint Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">13\u00b0 si\u00e8cle : 31 cas 14\u00b0 si\u00e8cle : 22 cas 15\u00b0 si\u00e8cle : 25 cas 18\u00b0 si\u00e8cle : 30 cas 19\u00b0 si\u00e8cle : 29 cas<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>R\u00e9partition g\u00e9ographique<\/strong> :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Italie : 229 cas (dont 10 en Sicile) France : 70 cas Espagne : 47 cas<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Allemagne : 33 cas Belgique : 15 cas Suisse : 5 cas Pays-Bas : 5 cas Hongrie : 3 cas P\u00e9rou : 1 cas<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>R\u00e9partition par famille spirituelle<\/strong> :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">109 cas chez les Dominicains 102 cas chez les Franciscains 14 cas chez les Carmes 14 cas chez les Ursulines 12 cas chez les Visitandines<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">8 cas chez les Augustins 3 cas chez les J\u00e9suites<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Cas de stigmatis\u00e9s la\u00efcs<\/strong> :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au 18<sup>e<\/sup> \u00a0si\u00e8cle, sur 30 cas : 2 la\u00efques Au 19<sup>e<\/sup> \u00a0si\u00e8cle, sur 29 cas : 10 la\u00efques<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Stigmatis\u00e9s et saints<\/strong> :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi les 321 cas recens\u00e9s, 61 stigmatis\u00e9s seulement ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s saints ou bienheureux par l&rsquo;\u00c9glise.<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>A notre connaissance, seul le sang recueilli \u00e0 partir des stigmates de Louise Lateau a fait l&rsquo;objet d&rsquo;un examen de laboratoire. Il ne r\u00e9v\u00e9la rien de bien particulier ; tout au plus notait-on une quantit\u00e9 de globules blancs l\u00e9g\u00e8rement sup\u00e9rieure \u00e0 la normale, et une proportion de s\u00e9rum \u00e9lev\u00e9e, ce qui n&rsquo;avait au reste rien de surprenant compte tenu de la chloro-an\u00e9mie dont souffrait la stigmatis\u00e9e belge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On manque \u00e9videmment d&rsquo;observations cliniques pr\u00e9cises concernant les stigmatis\u00e9s des si\u00e8cles pass\u00e9s, car il est bien difficile de s&rsquo;appuyer sur des descriptions volontairement apolog\u00e9tiques. N\u00e9anmoins, les m\u00e9decins et savants modernes ont tent\u00e9 de percer la r\u00e9alit\u00e9 clinique et physiologique qui pouvait se d\u00e9duire de r\u00e9cits plus ou moins miraculeux <a id=\"ftnref3\" href=\"#ftn3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un fait \u00e9tonnant ressort de cette \u00e9tude : c&rsquo;est la particularit\u00e9 tout \u00e0 fait exceptionnelle qui caract\u00e9rise les stigmates de saint Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise : il semble que chez lui, et chez lui seul, les plaies aient pr\u00e9sent\u00e9 comme des traces de clous. Saint Bonaventure, peu d&rsquo;ann\u00e9es apr\u00e8s la mort de Fran\u00e7ois, \u00e9crivait : \u00ab aux pieds, la courbe des clous repli\u00e9s \u00e9tait si marqu\u00e9e et si en relief \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur que non seulement elle ne leur permettait pas de se poser librement au sol, mais que dans le repli en arc des pointes on pouvait facilement passer un doigt de la main, comme je l&rsquo;ai appris moi-m\u00eame de ceux qui l&rsquo;ont vu de leurs propres yeux \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A part ce cas, probablement unique, les stigmates se pr\u00e9sentent comme des plaies ou des traces d&rsquo;ulc\u00e9ration, avec un saignement plus ou moins r\u00e9gulier et abondant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoiqu&rsquo;il en soit, du point de vue m\u00e9dical, les stigmates apparaissent comme des blessures tout \u00e0 fait particuli\u00e8res, car elles ne sont pas provoqu\u00e9es par un agent ext\u00e9rieur, elles ne s&rsquo;infectent pas, elles n&rsquo;\u00e9voluent vers aucun type de cicatrisation habituel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En outre, ces plaies d\u00e9j\u00e0 hors du commun s&rsquo;accompagnent de manifestations physiologiques insolites. Nous avons d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9 les sueurs et larmes de sang. Mais plus \u00e9tonnant : le sang s&rsquo;\u00e9coulant des stigmates \u00e9tait m\u00eal\u00e9 d&rsquo;eau chaude chez Ang\u00e8le de la Paix. Il \u00e9tait d&rsquo;une chaleur tout \u00e0 fait anormale chez Fran\u00e7oise de Serrone, stigmatis\u00e9e du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tr\u00e8s souvent aussi, les stigmatis\u00e9s b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne qu&rsquo;on appelle \u00ab in\u00e9die \u00bb. Il s&rsquo;agit de la suspension totale des besoins nutritifs, qu&rsquo;il ne faut pas confondre avec le simple je\u00fbne, qui est une abstention volontaire de nourriture. Tout simplement, beaucoup de stigmatis\u00e9s n&rsquo;\u00e9prouvent pas, pendant de longues p\u00e9riodes, le moindre besoin de s&rsquo;alimenter, et il ne semble pas que l&rsquo;absence de nourriture les affecte particuli\u00e8rement. Cette facult\u00e9 est fr\u00e9quemment not\u00e9e, au moins chez 1\/7<sup>e<\/sup> des stigmatis\u00e9s connus, et il faut remarquer qu&rsquo;il s&rsquo;agit toujours de femmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne nous arr\u00eaterons ici que pour les mentionner sur les autres facult\u00e9s d&rsquo;ordre parapsychologique dont font preuve la plupart des stigmatis\u00e9s : l\u00e9vitation, pr\u00e9science, clairvoyance, etc. Elles ne font que souligner le caract\u00e8re vraiment extraordinaire de ces \u00eatres hors du commun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Des \u00e2mes simples, ou des \u00eatres d&rsquo;exception ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui sont les stigmatis\u00e9s ? Quelle est leur personnalit\u00e9 ? Nous touchons l\u00e0 \u00e0 un point fort d\u00e9licat et controvers\u00e9. Au reste, nous rejoignons toutes les disputes qui, plus g\u00e9n\u00e9ralement, se cr\u00e9ent autour des hommes et des femmes dou\u00e9s de facult\u00e9s paranormales. Dans ce domaine encore, il faut reconna\u00eetre que nous sommes mal servis par la documentation dont nous disposons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du strict examen des cas et des \u00e2ges, il ressort que la stigmatisation se produit le plus souvent chez les femmes, et \u00e0 un \u00e2ge o\u00f9 celles-ci sont en p\u00e9riode d&rsquo;activit\u00e9 sexuelle. L&rsquo;\u00e9coulement de sang serait m\u00eame parfois tr\u00e8s li\u00e9 aux probl\u00e8mes de la menstruation : c&rsquo;est ainsi que chez Th\u00e9r\u00e8se Neumann la stigmatisation fut pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par un arr\u00eat total des r\u00e8gles. Cependant cette constatation d&rsquo;ordre g\u00e9n\u00e9ral souffre bien des exceptions.<\/p>\n<table width=\"516\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"516\"><strong>EN FRANCE, EN 1978<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est difficile, voire impossible, de donner le nombre des stigmatis\u00e9s vivant actuellement en France, car la plus grande discr\u00e9tion est observ\u00e9e \u00e0 leur \u00e9gard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La plus connue est une la\u00efque, <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Marthe_Robin\" target=\"_blank\">Marthe Robin<\/a> (1902-1981). Elle a 75 ans, est paralys\u00e9e et aveugle. Elle est stigmatis\u00e9e depuis l&rsquo;\u00e2ge de 20 ans. Elle vit tr\u00e8s retir\u00e9e du monde dans un village de la vall\u00e9e du Rh\u00f4ne sous la garde de son m\u00e9decin. Ce dernier ne publiera qu&rsquo;\u00e0 la mort de la stigmatis\u00e9e ce qu&rsquo;il jugera utile de faire savoir sur Marthe Robin. Nous avons pu cependant interroger des personnes qui ont eu la faveur d&rsquo;un entretien avec cette femme. Les visiteurs sont d&rsquo;abord surpris de l&rsquo;obscurit\u00e9 dans laquelle elle vit en permanence, mais tous sont frapp\u00e9s de la clairvoyance dont elle fait preuve et de sa grande sagesse.<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<table width=\"516\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"516\"><strong>Louise Lateau devant les m\u00e9decins<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Dr Lefebvre (professeur de pathologie \u00e0 la Facult\u00e9 de m\u00e9decine de Louvain) a \u00e9tudi\u00e9 de tr\u00e8s pr\u00e8s le cas de la stigmatis\u00e9e belge Louise Lateau. Nous extrayons de son rapport (1870) les passages suivants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A propos des stigmates, en dehors des p\u00e9riodes de saignement :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Sur la face dorsale de chaque train, on trouve une surface ovalaire d&rsquo;environ deux centim\u00e8tres et demi de longueur. D&rsquo;une teinte un peu plus ros\u00e9e que le reste des t\u00e9guments, cette surface n&rsquo;est le si\u00e8ge d&rsquo;aucune esp\u00e8ce de suintement. Elle est un peu plus lisse que la peau environnante. A la face palmaire de chaque main, on reconna\u00eet aussi une surface ovalaire l\u00e9g\u00e8rement ros\u00e9e, correspondant, centre pour centre, \u00e0 la surface stigmatique de la face dorsale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur le dos de chaque pied, l&#8217;empreinte a la forme d&rsquo;un carr\u00e9 long, \u00e0 angles arrondis ; ce carr\u00e9 a environ trois centim\u00e8tres de longueur. Enfin, on trouve \u00e0 la plante des pieds comme \u00e0 la paume des mains des petites surfaces d&rsquo;un blanc ros\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Description des stigmates de la t\u00eate :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Sous les cheveux qui sont impr\u00e9gn\u00e9s de sang et agglutin\u00e9s entre eux, il est difficile d&rsquo;\u00e9tudier l&rsquo;\u00e9tat de la peau ; mais il est naturellement fort ais\u00e9 de l&rsquo;examiner au front. On n&rsquo;y observe aucune d\u00e9nudation du derme, aucun changement de couleur de la peau. On voit sourdre le sang par douze ou quinze points dispos\u00e9s circulairement sur le front. Un bandeau large de deux travers de doigt, couronnant la t\u00eate en passant par le milieu du front \u00e0 \u00e9gale distance des sourcils et de la racine des cheveux, couvrirait toute la r\u00e9gion saignante. Cette zone est l\u00e9g\u00e8rement turgescente, elle est le si\u00e8ge d&rsquo;une sensation douloureuse que la pression augmente. Quand on examine les points saignants avec un verre grossissant, on reconna\u00eet que le sang filtre \u00e0 travers de petites \u00e9raillures de l&rsquo;\u00e9piderme. La plupart de ces \u00e9raillures ont une forme triangulaire : on dirait d&rsquo;une piq\u00fbre de sangsue, mais d&rsquo;une sangsue presque microscopique car ces \u00e9raillures sont presque invisibles \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu. D&rsquo;autres \u00e9raillures sont semi-lunaires, d&rsquo;autres encore tout \u00e0 fait irr\u00e9guli\u00e8res.<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Sociologiquement, les stigmatis\u00e9s apparaissent, dans la majorit\u00e9 des cas, comme issus de milieux populaires. Leur d\u00e9veloppement intellectuel est souvent peu \u00e9lev\u00e9, ce qui n&rsquo;enl\u00e8ve rien \u00e0 leur pi\u00e9t\u00e9. Rappelons enfin que leur constitution physique est g\u00e9n\u00e9ralement faible, quand ils ne sont pas affect\u00e9s d&rsquo;une sant\u00e9 franchement mauvaise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A peine faisons-nous ces constatations d&rsquo;ordre g\u00e9n\u00e9ral que des objections de taille s&rsquo;offrent \u00e0 l&rsquo;esprit : comment faire entrer dans les cat\u00e9gories que nous venons de d\u00e9finir une Catherine de Sienne ou un Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise, ou tant d&rsquo;autres saints consacr\u00e9s par l&rsquo;\u00c9glise ? Pour s&rsquo;arr\u00eater au seul cas du pauvre d&rsquo;Assise, rien, chez lui, ne r\u00e9pond aux formulations que nous venons de faire : Fran\u00e7ois est issu d&rsquo;une famille de banquiers et de marchands qui avait tenu \u00e0 lui donner toute la culture intellectuelle et pratique dont les hommes de sa naissance pouvaient avoir besoin. Ayant renonc\u00e9 \u00e0 la riche position sociale \u00e0 laquelle il \u00e9tait destin\u00e9, il n&rsquo;en mena pas moins la vie active d&rsquo;un meneur d&rsquo;hommes, d&rsquo;un restaurateur de la Chr\u00e9tient\u00e9 et d&rsquo;un fondateur d&rsquo;ordre religieux. Il fut un organisateur dont les disciples, de nos jours encore, apr\u00e8s sept si\u00e8cles, respectent les directives. Ce n&rsquo;est pas minimiser ses qualit\u00e9s de mystique et de contemplatif que de reconna\u00eetre en lui une activit\u00e9 peu commune et un remarquable sens de l&rsquo;\u00e0-propos. Alors, force est de reconna\u00eetre que sur le plan de la personnalit\u00e9 aussi, Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise est un cas \u00e0 part parmi les stigmatis\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un dossier \u00e0 compl\u00e9ter<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au terme de la pr\u00e9sentation de ce dossier, embarras et interrogation sont les impressions dominantes : le nombre des stigmatis\u00e9s est imposant, mais la plupart des cas sont mal connus ; des principes g\u00e9n\u00e9raux, aussit\u00f4t qu&rsquo;\u00e9nonc\u00e9s, sont contredits par des exceptions flagrantes ; des \u00eatres fragiles c\u00f4toient de fortes personnalit\u00e9s ; la contemplation se m\u00eale \u00e0 l&rsquo;action ; ce qui, pour les uns, est signe de Dieu, n&rsquo;est pour les autres que manifestation pathologique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est alors qu&rsquo;il faut s&rsquo;arr\u00eater, honn\u00eatement, simplement, et nous dirons humblement, sur les seuls \u00e9l\u00e9ments s\u00fbrs dont nous puissions disposer : le ph\u00e9nom\u00e8ne de stigmatisation existe, il occupe une place importante dans les sept derniers si\u00e8cles de l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00c9glise, et il ne semble nullement en voie de disparition. Aucune explication rationnelle et scientifique n&rsquo;a pu encore en \u00eatre propos\u00e9e. Il y a d&rsquo;ailleurs fort \u00e0 parier que l&rsquo;interpr\u00e9tation qui serait valable pour un cas serait aussit\u00f4t mise en d\u00e9faut par un autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Souhaitons, pour le moment, que des observations honn\u00eates, faites sur des cas pr\u00e9cis, viennent satisfaire, au moins en partie, notre besoin de comprendre comment des hommes et des femmes peuvent revivre en leur corps la Passion de leur Dieu.<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn1\" href=\"#ftnref1\">[1]<\/a> Les stigmatis\u00e9s chr\u00e9tiens reproduisent en leur corps les blessures provoqu\u00e9es par la crucifixion de J\u00e9sus. Le corps ressuscit\u00e9 de celui-ci portait, selon le r\u00e9cit \u00e9vang\u00e9lique, des plaies aux mains, aux pieds et au c\u00f4t\u00e9. C&rsquo;est ainsi que le repr\u00e9sente Giotto, lors d&rsquo;une apparition \u00e0 Marie-Madeleine, et c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il se fit reconna\u00eetre de l&rsquo;ap\u00f4tre Thomas.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a id=\"ftn2\" href=\"#ftnref2\">[2]<\/a> Sainte Catherine de Sienne (1347-1380) religieuse dominicaine, mena d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge une vie asc\u00e9tique qui mina sa sant\u00e9 fragile. Elle fut stigmatis\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 28 ans mais les stigmates devaient, \u00e0 sa demande, demeurer invisibles. Certains pensent, d&rsquo;ailleurs, que cette stigmatisation n&rsquo;est qu&rsquo;une l\u00e9gende invent\u00e9e par l&rsquo;ordre religieux auquel elle appartenait, dans le souci de a valoriser \u00bb ainsi la sainte.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn3\" href=\"#ftnref3\">[3]<\/a> Les lecteurs int\u00e9ress\u00e9s peuvent consulter le cas r\u00e9cent et bien document\u00e9 de la stigmatis\u00e9e Syrienne <a href=\"http:\/\/www.soufanieh.com\/\" target=\"_blank\">Mirna<\/a>, \u00e0 Soufanieh, qui, dans un milieu \u00e0 majorit\u00e9 musulmane, a d\u00fb passer par toutes les investigations\/v\u00e9rifications des autorit\u00e9s locales, m\u00e9dicales et religieuses\u2026<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un \u2014 ou une \u2014 stigmatis\u00e9(e) est un homme ou une femme dont le corps porte spontan\u00e9ment, de fa\u00e7on permanente ou temporaire, des blessures identiques \u00e0 celles re\u00e7ues par J\u00e9sus-Christ au cours de sa Passion, c&rsquo;est-\u00e0-dire les marques des clous dans les mains et les pieds laiss\u00e9es par la mise en croix, ainsi qu&rsquo;une blessure au c\u00f4t\u00e9 provoqu\u00e9e par un coup de lance. Le mot \u00ab stigmate \u00bb est d&rsquo;origine grecque ; il vient du terme stigma qui signifie, dans cette langue, \u00ab piq\u00fbre, point \u00bb. C&rsquo;est dire qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;origine le terme de \u00ab stigmatis\u00e9 \u00bb n&rsquo;implique aucune id\u00e9e religieuse, encore moins chr\u00e9tienne, malgr\u00e9 l&rsquo;usage courant actuel. Bien plus, on conna\u00eet des cas \u2014 rares il est vrai \u2014 de stigmatis\u00e9s musulmans, reproduisant en leur corps les blessures re\u00e7ues par le Proph\u00e8te Mahomet au cours des guerres qu&rsquo;il dut soutenir. 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