{"id":12871,"date":"2013-01-17T00:23:59","date_gmt":"2013-01-16T23:23:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=12871"},"modified":"2014-09-23T16:55:49","modified_gmt":"2014-09-23T15:55:49","slug":"moi-et-lautre-par-maurice-auroux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/moi-et-lautre-par-maurice-auroux\/","title":{"rendered":"Moi et l&rsquo;autre par Maurice Auroux"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Extrait de Maurice Auroux \u2013 <em>L\u2019ambigu\u00eft\u00e9 Humaine<\/em>. 1984)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maurice Auroux est professeur honoraire de m\u00e9decine \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Paris-Sud. Son livre <em>L&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 humaine<\/em> est constitu\u00e9 de deux parties. La premi\u00e8re est plut\u00f4t scientifique et traite des deux cerveaux. L&rsquo;auteur \u00e9crit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Nous sommes un monstre \u00e0 deux t\u00eates, c&rsquo;est une chose \u00e9vidente du seul point de vue des structures. Dans notre cr\u00e2ne, il y a non seulement ce qui nous caract\u00e9rise, le cerveau de la conscience, mais aussi toute la m\u00e9canique que nous a l\u00e9gu\u00e9e l&rsquo;\u00e9volution et qui nous fait vivre au sens v\u00e9g\u00e9tatif et comportemental du mot comme elle faisait vivre, d&rsquo;une vie machinale, les \u00eatres sans conscience qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s. C&rsquo;est le cerveau de la conservation, le cerveau machine. Dans les troncs d&rsquo;arbres, les anneaux les plus r\u00e9cents entourent les plus anciens. Ainsi de nos cerveaux : le nouveau enfouit l&rsquo;ancien sous ses replis<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La 2e partie est sur le comportement. L&rsquo;auteur \u00e9crit : \u00ab\u00a0<em>Si la motivation des comportements pose des probl\u00e8mes d\u00e9routants chez l&rsquo;homme c&rsquo;est parce que, nous l&rsquo;avons vu, notre nouveau cerveau est relativement ind\u00e9termin\u00e9, disponible. Chez les animaux plus simples, ces probl\u00e8mes sont assez bien r\u00e9solus par la th\u00e9orie de l&rsquo;hom\u00e9ostasie (du latin homoeo : semblable, et status : \u00e9tat, position), n\u00e9e des id\u00e9es de Claude Bernard et de Cannon : un \u00e9tat d&rsquo;\u00e9quilibre optimum r\u00e8gne dans l&rsquo;organisme et tout \u00e9cart engendre une r\u00e9ponse qui tend \u00e0 r\u00e9tablir cet \u00e9quilibre. Cela se v\u00e9rifie dans beaucoup des situations de la vie physique, comme la faim et la sexualit\u00e9, qui aboutissent \u00e0 des comportements r\u00e9gulateurs. Passer de cette vie \u00e0 la vie mentale pr\u00e9sentait une certaine difficult\u00e9 mais la notion de tension, c&rsquo;est-\u00e0-dire de d\u00e9s\u00e9quilibre, et celle de la r\u00e9duction de cette tension, c&rsquo;est-\u00e0-dire de retour \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre, semblait \u00eatre une bonne passerelle. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs dans cette perspective que se situe la conception freudienne de la recherche du plaisir, lequel est alors consid\u00e9r\u00e9 comme une r\u00e9duction de tension.<\/em> <em>Ce mod\u00e8le est cependant insuffisant. En effet, les animaux sup\u00e9rieurs peuvent agir non pour mettre fin \u00e0 un \u00e9tat d\u00e9sagr\u00e9able mais, comme le font remarquer J. Nuttin et R. Chauvin, pour acc\u00e9der \u00e0 la satisfaction : on peut apprendre \u00e0 un rat l&rsquo;autostimulation \u00e9lectrique de certains circuits c\u00e9r\u00e9braux dits du plaisir, et l&rsquo;animal en perd alors le boire et le manger pendant un certain temps; encore faut-il se demander, dans ce cas, s&rsquo;il n&rsquo;est pas normal que l&rsquo;absence d&rsquo;un plaisir connu soit ressentie comme un d\u00e9sagr\u00e9ment. Chez l&rsquo;homme, la chose est encore plus<\/em>\u00a0 <em>singuli\u00e8re : nous sommes \u00e9videmment tous \u00e0 la recherche du plaisir, mais nous ne le trouvons parfois que dans la tension et, de ce point de vue, nous connaissons tous des amateurs d&rsquo;\u00e9motions fortes. C&rsquo;est sans doute pour cela que l&rsquo;hypoth\u00e8se tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale de Hull dans laquelle le but des conduites est d&rsquo;assurer la survie de l&rsquo;individu et la perp\u00e9tuation de l&rsquo;esp\u00e8ce, trouve ses limites en ce qui nous concerne : l&rsquo;homme est en effet capable de se suicider et d&rsquo;arr\u00eater volontairement de se reproduire. Il faut donc aller plus loin et concevoir, comme l&rsquo;a fait Le NY, que les conduites humaines ne sont pas seulement d\u00e9termin\u00e9es par des conditions pr\u00e9existantes, b\u00e9n\u00e9fiques ou n\u00e9fastes, mais aussi par des conditions pr\u00e9visibles : outre le milieu, celles-ci font intervenir l&rsquo;imagination et la culture, qui sont alors susceptibles d&rsquo;engendrer un projet. Comment, cependant, interpr\u00e9ter le projet de se d\u00e9truire?<\/em> <em>Pour rendre compte de la totalit\u00e9 des comportements humains, jusqu&rsquo;au suicide, il semble qu&rsquo;il faille faire un pas de plus : il faut arriver \u00e0 la notion de conservation mentale laquelle, bien que d\u00e9riv\u00e9e de la conservation physique, poss\u00e8de des caract\u00e8res propres. Les moyens de cette conservation, retrait et affirmation de soi, d\u00e9rivent aussi des r\u00e9flexes physiques, fuite et agressivit\u00e9. Mais du fait de l&rsquo;ind\u00e9termination et des fluctuations de notre nouveau cerveau, les formes de la conservation mentale peuvent \u00eatre extraordinairement vari\u00e9es, plus ou moins probables, contradictoires, paradoxales, impr\u00e9visibles, modifi\u00e9es par la conscience et la volont\u00e9.<\/em> <em>Bien s\u00fbr, une telle conception est difficilement v\u00e9rifiable par une exp\u00e9rience organis\u00e9e puisque l&rsquo;homme est en cause et que l&rsquo;on vient de dire qu&rsquo;il est, en quelque sorte, insaisissable. Dans cette mesure, on retombe donc sur l&rsquo;\u00e9cueil dont parle Reuchlin \u00e0 propos de \u00ab\u00a0l&rsquo;appareil psychique\u00a0\u00bb freudien : la difficult\u00e9 d&rsquo;une v\u00e9rification exp\u00e9rimentale.<\/em> <em>Pourtant, si l&rsquo;on associe ce qu&rsquo;on sait des structures c\u00e9r\u00e9brales, de leur d\u00e9veloppement et de leurs fonctions \u00e0 ce qu&rsquo;apporte l&rsquo;examen clinique des relations humaines, on peut accepter le concept de conservation mentale. Cet examen clinique, nous allons maintenant essayer de le faire, en soulignant qu&rsquo;il est \u00e0 la port\u00e9e de tout le monde car il concerne notre vie quotidienne avec ce que cela comporte, parfois, de caricatural. A partir de l\u00e0, les r\u00e9flexions des uns et des autres peuvent \u00eatre\u00a0 <\/em><em>diff\u00e9rentes et soulever des probl\u00e8mes. Mais les probl\u00e8mes tiennent moins souvent \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d\u00e9battue qu&rsquo;\u00e0 ceux qui la d\u00e9battent. L&rsquo;Autre est ainsi au centre de la situation : c&rsquo;est donc par lui<\/em> <em>que nous commencerons.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Qui de nous n&rsquo;a pas agi selon les lignes de cet extrait de la 2e partie, dont le titre est de 3e Mill\u00e9naire ?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"center\"><strong>LA VIE QUOTIDIENNE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La vie quotidienne est englu\u00e9e dans l&rsquo;affirmation de soi ou s&rsquo;escamote dans le retrait, car nos rapports avec l&rsquo;Autre sont, on vient de le voir, de nature essentiellement conservatoire. On dit par exemple que le sport n&rsquo;est qu&rsquo;un jeu. Mais l&rsquo;affirmation de l&rsquo;Un s&rsquo;y heurtant sans fard \u00e0 l&rsquo;affirmation de l&rsquo;Autre, les affrontements sont souvent acharn\u00e9s et, quelquefois, meurtriers. La conscience de la relativit\u00e9 des choses s&rsquo;estompe, la r\u00e9flexion s&rsquo;amenuise jusqu&rsquo;\u00e0 ne plus servir qu&rsquo;au combat. Il s&rsquo;agit de vaincre, devant soi, devant l&rsquo;Autre, devant les autres et l&rsquo;instinct conservatoire est sans cesse en \u00e9veil ; mais il peut aussi conduire \u00e0 l&rsquo;abandon devant un adversaire plus fort. Les comp\u00e9titions, les concours et les choses de la vie qui sont concurrentielles correspondent \u00e0 cette situation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur ce champ de bataille, il existe des comportements que la soci\u00e9t\u00e9 honore car ils peuvent avoir une valeur conservatoire collective comme, par exemple, le courage et le d\u00e9vouement. Mais si l&rsquo;individu cherche souvent \u00e0 se parer de telles qualit\u00e9s, il tend avant tout \u00e0 pr\u00e9server son moi : il court apr\u00e8s la puissance et les honneurs, il succombe \u00e0 l&rsquo;envie, la mauvaise foi et le bavardage, il ignore les conseils, suit la mode, d\u00e9fend sa libert\u00e9, s&rsquo;\u00e9chappe dans le r\u00eave et poursuit le bonheur.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>UN MULTIPLE DE L&rsquo;AFFIRMATION DE SOI :<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>L&rsquo;APP\u00c9TIT DE PUISSANCE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;app\u00e9tit de puissance est une amplification de l&rsquo;affirmation de soi. Si celle-ci peut se satisfaire sur un ou quelques individus, il faut le nombre \u00e0 l&rsquo;app\u00e9tit de puissance. En outre, si la premi\u00e8re se contente d&rsquo;un accord, le second exige la soumission. Mais il s&rsquo;agit toujours, finalement, de la forme n\u00e9ocorticalis\u00e9e de l&rsquo;agressivit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;une modalit\u00e9 conservatoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette mesure on peut se demander, comme l&rsquo;avait d\u00e9j\u00e0 fait Adler, si ceux qui sont avides de puissance n&rsquo;ont pas comme trait commun d&rsquo;\u00eatre anormalement sensibles \u00e0 la menace des autres : Staline et Hitler, par exemple, \u00e9taient d&rsquo;une rare m\u00e9fiance. Mais l&rsquo;app\u00e9tit de puissance ordinaire ne rev\u00eat heureusement pas l&rsquo;ampleur des deux cas pr\u00e9c\u00e9dents et, dans la vie courante, les gros mangeurs ne sont tout de m\u00eame pas des ogres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme on l&rsquo;a vu plus haut, la conservation des uns est socialement li\u00e9e \u00e0 la conservation des autres : des app\u00e9tits de puissance distincts mais compl\u00e9mentaires peuvent alors s&rsquo;exprimer sous la forme d&rsquo;un compromis illustrant bien l&rsquo;interd\u00e9pendance des individus. Par exemple, la victoire ou la d\u00e9faite d&rsquo;un g\u00e9ant peut d\u00e9pendre d&rsquo;un nain qu&rsquo;il faut persuader, contraindre ou acheter. L&rsquo;histoire et la vie quotidienne montrent que l&rsquo;achat est une solution fr\u00e9quemment employ\u00e9e. Le g\u00e9ant qui ach\u00e8te trouve le moyen de se conserver et le nain achet\u00e9 a l&rsquo;illusion de grandir : il est plus riche, plus puissant, il se conserve mieux dans son monde de nains. Or on est toujours le nain de quelqu&rsquo;un et l&rsquo;espoir de grandir est une des soupapes d&rsquo;\u00e9chappement de notre instinct conservatoire; c&rsquo;est sans doute pour cela qu&rsquo;aucune soci\u00e9t\u00e9 humaine ne peut vivre sans un minimum de corruption.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il existe des app\u00e9tits d&rsquo;un autre style. Je connais des professeurs qui cherchent la puissance, m\u00eame s&rsquo;ils ne d\u00e9montrent qu&rsquo;un app\u00e9tit d&rsquo;oiseau. Le professeur sait et ses \u00e9l\u00e8ves ne savent pas ; il est donc plus puissant qu&rsquo;eux et ceci d&rsquo;autant plus que ce qu&rsquo;il sait est difficile \u00e0 comprendre. S&rsquo;il n&rsquo;est pas conscient de cette position ou si, lucide, il n&rsquo;y tient pas, d\u00e9passe le niveau d&rsquo;un simple r\u00e9servoir de connaissances et n&rsquo;a pas peur de l&rsquo;Autre, il s&rsquo;efforcera d&rsquo;\u00eatre simple et clair, son confort consistant \u00e0 se faire bien entendre. Si, au contraire, il a l&rsquo;impression de c\u00e9der une part de lui-m\u00eame \u00e0 des gens qu&rsquo;au fond il redoute, il pourra rechercher la puissance : il donnera \u00e0 son cours une allure initiatique et, pour accro\u00eetre son ascendant, il emploiera un langage \u00e9sot\u00e9rique. Il est assez facile d&rsquo;en imposer \u00e0 un amphith\u00e9\u00e2tre en couvrant le tableau de formules compliqu\u00e9es, l&rsquo;air s\u00fbr de soi. Je m&rsquo;y suis amus\u00e9 : \u00e7a marche la plupart du temps et, bravant le risque de para\u00eetre idiot, rares sont ceux qui l\u00e8vent le doigt pour dire, qu&rsquo;honn\u00eatement, ils ne comprennent rien; quelques-uns, heureusement pour eux, somnolent. Mais beaucoup trop sont impressionn\u00e9s, voire admiratifs comme M. Jourdain devant Diafoirus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est l\u00e0 que se situe le point int\u00e9ressant des relations quotidiennes, banales. Lorsque, gr\u00e2ce \u00e0 une certaine connaissance, on peut appara\u00eetre comme un sp\u00e9cialiste, les discours que l&rsquo;on fait sont en g\u00e9n\u00e9ral accept\u00e9s sans discussion, m\u00eame s&rsquo;ils ne sont pas toujours tr\u00e8s compr\u00e9hensibles. Poser des questions consiste en effet \u00e0 remettre si peu que ce soit l&rsquo;autorit\u00e9 du Professeur en cause, \u00e0 modifier l&rsquo;\u00e9quilibre tacitement \u00e9tabli, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 prendre sa part de responsabilit\u00e9s : ce n&rsquo;est pas, on le sait, une attitude fr\u00e9quente. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;assurance facile du sp\u00e9cialiste; d&rsquo;o\u00f9 les diverses petites puissances qui s&rsquo;\u00e9tablissent dans la cit\u00e9 et r\u00e8gnent sur des groupes qui se conservent en gardant le silence. Si un jour, chacun, au moins \u00e0 son niveau et dans sa comp\u00e9tence, n&rsquo;admet plus ce qu&rsquo;il ne comprend pas, on aura l\u00e0 le sympt\u00f4me d&rsquo;un changement : le n\u00e9ocortex aura pris le pas sur le rhinenc\u00e9phale.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LES HONNEURS<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00catre reconnu par le groupe, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9panouissement de l&rsquo;affirmation de soi, la s\u00e9dation de l&rsquo;inqui\u00e9tude vis-\u00e0-vis de l&rsquo;Autre, qui vous fait r\u00e9v\u00e9rence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les gens qui aiment beaucoup les honneurs ont sans doute besoin d&rsquo;\u00eatre rassur\u00e9s. Si ceux qui les entourent ont quelque d\u00e9coration, ils s&rsquo;imaginent d&rsquo;autant plus bas qu&rsquo;ils croient les d\u00e9cor\u00e9s plus haut. Dans la mar\u00e9e des Autres qui les submergent, la m\u00e9daille est pour eux une bou\u00e9e de sauvetage. Napol\u00e9on le savait ; n&rsquo;\u00e9tant encore que Premier consul, il inventa la L\u00e9gion d&rsquo;honneur pour mieux tenir les hommes : on les m\u00e8ne avec des hochets, disait-il. Ainsi, comme tous les livres d&rsquo;histoire le racontent, cette d\u00e9coration est n\u00e9e du m\u00e9pris et de l&rsquo;habilet\u00e9; mais la peur de l&rsquo;Autre assure son succ\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>L&rsquo;ENVIE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chez l&rsquo;envieux, la possession par l&rsquo;Autre de ce \u00e0 quoi il attache de l&rsquo;importance et qu&rsquo;il n&rsquo;a pas, blesse sa personnalit\u00e9 d&rsquo;une mani\u00e8re telle que son instinct de conservation est fortement stimul\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;envieux est mal \u00e0 l&rsquo;aise devant la voiture de son voisin, plus belle que la sienne. A ce probl\u00e8me exasp\u00e9rant qui s&rsquo;avive chaque fois que l&rsquo;\u00e9tincelante voiture sort du garage, trois solutions peuvent \u00eatre apport\u00e9es : deux d\u00e9pendent de l&rsquo;envieux, une lui \u00e9chappe. Tout d&rsquo;abord, il peut acheter la m\u00eame voiture; mais, dans ce cas, il sent que ce n&rsquo;est qu&rsquo;un rattrapage, il redoute que l&rsquo;autre n&rsquo;en ach\u00e8te une plus belle encore et cette situation est inqui\u00e9tante. Ensuite, il peut acheter une voiture plus \u00e9blouissante que celle de son voisin; cette solution est meilleure, mais il sent que le match peut se poursuivre et il est en permanence sur le qui-vive : la sensation d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 et d&rsquo;inconfort persiste. Ou bien, et c&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9 qui \u00e9chappe \u00e0 l&rsquo;envieux, le voisin, du fait des circonstances, doit s&rsquo;acheter une voiture plus modeste. Alors, le match dispara\u00eet, l&rsquo;effort n&rsquo;est plus \u00e0 faire : l&rsquo;envieux n&rsquo;a pas \u00e0 aller vers les choses, ce sont les choses qui vont \u00e0 lui et, ne sortant pas de lui-m\u00eame, il devient le crit\u00e8re. C&rsquo;est \u00e9videmment la solution la plus s\u00e9curisante et sa conservation mentale est tout \u00e0 fait tranquille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce type de situation joue un r\u00f4le vraisemblablement important dans les rapports sociaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LA M\u00c9DISANCE ET LA MAUVAISE FOI<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est sans doute parce qu&rsquo;elles constituent le moyen le plus quotidiennement simple et efficace de s&rsquo;affirmer par rapport \u00e0 l&rsquo;Autre, que la m\u00e9disance et la mauvaise foi sont si r\u00e9pandues, si permanentes, si universelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ces situations jacassantes o\u00f9 les langues remplissent tout, la m\u00e9disance nous conforte : nous jugeons, nous devenons le crit\u00e8re et, d\u00e8s lors, si nous ne pouvons assimiler l&rsquo;Autre \u00e0 nous, nous le rejetons; dans les deux cas, nous n&rsquo;avons plus rien \u00e0 craindre de lui. Lorsque quelqu&rsquo;un partage notre avis, nos conceptions, nous le trouvons intelligent et sympathique : nous conservons ainsi ce que nous sommes, nous nous consolidons. Au contraire celui qui nous heurte, nous choque, nous contrarie ou nous contraint, bref celui qui nous entame, celui-l\u00e0 est jug\u00e9 b\u00eate, m\u00eame s&rsquo;il a mille fois raison : il oublie le contexte&#8230; il exag\u00e8re&#8230; il n&rsquo;a pas saisi ce que je voulais dire&#8230; finalement il n&rsquo;est pas tr\u00e8s int\u00e9ressant&#8230; et puis vous savez&#8230; enfin&#8230; Et, d&rsquo;ergotages en sous-entendus, le sauvetage de soi-m\u00eame aboutit souvent \u00e0 traiter l&rsquo;Autre d&rsquo;imb\u00e9cile, de malhonn\u00eate ou de vaniteux, ce qui n&rsquo;est pas toujours vrai.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LES D\u00c9BATS ET LES BAVARDS<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La plupart des discours, discussions, \u00e9changes de vue de d\u00eeners, de salons ou de comptoirs ne contiennent rien et, du m\u00eame coup, n&rsquo;ont aucune influence sur quoi que ce soit. Quelle est donc la force qui pousse les gens \u00e0 parler pour ne rien dire? Peut-\u00eatre, face \u00e0 l&rsquo;Autre, la peur du silence : le discours devient alors un moyen de s&rsquo;assurer qu&rsquo;on existe, de s&rsquo;affirmer. Le silence, dans un groupe, met en effet mal \u00e0 l&rsquo;aise. Certains ont m\u00eame palli\u00e9 la difficult\u00e9 en instaurant la musique de fond.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois le discours en route, l&rsquo;attitude est beaucoup plus souvent musculaire que spirituelle. C&rsquo;est ainsi que, dans les d\u00e9bats quotidiens, les r\u00e9sultats statistiques, les observations scientifiques bref, les faits, sont en g\u00e9n\u00e9ral escamot\u00e9s ou peu \u00e9cout\u00e9s car, s&rsquo;ils sont admis, les gens ne peuvent plus discuter c&rsquo;est-\u00e0-dire faire valoir leur avis. Au caf\u00e9 ou dans les salons, \u00e0 la radio ou \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, l&rsquo;examen froid d&rsquo;une situation est le plus souvent remplac\u00e9 par la pol\u00e9mique. C&rsquo;est pourquoi le technicien ou, d&rsquo;une mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, celui qui sait de quoi il parle n&rsquo;est pas entendu : la discussion ne serait plus possible. C&rsquo;est le refus g\u00e9n\u00e9ral des faits qui permet ainsi \u00e0 la pol\u00e9mique de s&rsquo;instaurer : tout un chacun peut alors, face \u00e0 l&rsquo;Autre, s&rsquo;affirmer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9bats, ainsi, ressemblent \u00e0 un combat. Plusieurs modalit\u00e9s sont possibles. Si l&rsquo;assembl\u00e9e est nombreuse, tout le monde poursuit son id\u00e9e sans \u00e9couter le voisin, car \u00e9couter l&rsquo;autre consiste \u00e0 s&rsquo;oublier et c&rsquo;est difficile. A la fin, ceux qui se sentent bien sont ceux qui ont le plus parl\u00e9 et qui pensent avoir impos\u00e9 leurs vues. Ceux qui se sentent mal sont ceux qui voulaient parler et qui n&rsquo;ont pas pu. Ceux qui se sont tus, qui estiment avoir appris quelque chose et qui se sentent bien tout de m\u00eame sont vraisemblablement minoritaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre situation est fr\u00e9quemment rencontr\u00e9e. Quelqu&rsquo;un parle de quelque chose d&rsquo;int\u00e9ressant et qu&rsquo;il conna\u00eet bien, par exemple un pays. Ce qui se passe alors est st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 : le voyageur est interrompu par un des auditeurs qui raconte qu&rsquo;un de ses amis a vu la m\u00eame chose. Les mots percutent, giclent et s&rsquo;entrechoquent, c&rsquo;est un torrent. Et l&rsquo;homme discourt sans fin sur ce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas vu mais qu&rsquo;on lui a dit, tandis que le t\u00e9moin direct se tait maintenant, submerg\u00e9 par le bavard qui s&rsquo;\u00e9coute et se montre, qui veut imposer sa marque et qui a peur qu&rsquo;on ne l&rsquo;entende pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout le monde cherche \u00e0 se faire entendre, et tout est bon pour \u00e7a, m\u00eame les traverses :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Oh! vous savez, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 bien malade&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Et moi! oh que j&rsquo;ai souffert!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Pensez, je suis rest\u00e9(e) trois mois \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 D&rsquo;ailleurs le docteur a dit qu&rsquo;il n&rsquo;avait jamais vu \u00e7a&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LA MODE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si vous \u00eates tout nu au milieu de gens en smoking, vous ne serez pas \u00e0 l&rsquo;aise. Mais si vous \u00eates en smoking au milieu de gens tout nus, vous ne serez pas \u00e0 l&rsquo;aise non plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque l&rsquo;individu ne peut identifier l&rsquo;Autre \u00e0 lui-m\u00eame, et si la situation dans laquelle il se trouve ne pr\u00e9sente de risque ni pour sa vie ni pour ce qu&rsquo;il croit \u00eatre, il tend \u00e0 s&rsquo;identifier \u00e0 l&rsquo;Autre. Cette petite fuite est vraisemblablement un des facteurs de la mode ; sorte de soumission au groupe, elle aboutit \u00e0 une neutralisation des tensions dans la mesure o\u00f9 les individus, s&rsquo;assimilant les uns aux autres, finissent par acqu\u00e9rir une ressemblance qui s\u00e9curise chacun. L&rsquo;individu poss\u00e9dant les signes de reconnaissance, ceux des modes physiques par exemple, ses appr\u00e9hensions sociales seront diminu\u00e9es par un blouson de cuir ou une jupe fendue, si les temps sont \u00e0 de tels v\u00eatements. Dans le sens oppos\u00e9, celui de l&rsquo;affirmation de soi, \u00eatre \u00e0 la derni\u00e8re mode constitue pour certains le moyen d&rsquo;exister au milieu des autres. Les marchands le savent bien, qui utilisent l&rsquo;excentricit\u00e9 de quelques-uns pour entra\u00eener la masse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout cela concerne aussi bien les modes vestimentaires que les modes intellectuelles. Seuls les v\u00e9ritables originaux sont en dehors de la mode : d\u00e9sirant sinc\u00e8rement vivre comme tout le monde, ils n&rsquo;y arrivent pas; ils sont presque toujours rejet\u00e9s par le groupe, qui ne se sent pas \u00e0 l&rsquo;aise avec eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>L&rsquo;ENNUI<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette impression de vide et de lassitude, li\u00e9e au d\u00e9s\u0153uvrement et \u00e0 l&rsquo;uniformit\u00e9 ou \u00e0 ce qui peut para\u00eetre tel, succ\u00e8de souvent \u00e0 l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;assouvir des d\u00e9sirs plus ou moins confus. Ceux-ci sont peut-\u00eatre li\u00e9s au degr\u00e9 d&rsquo;instabilit\u00e9 n\u00e9ocorticale de chaque individu (cf. \u00ab La Thermodynamique et les deux cerveaux \u00bb). Si l&rsquo;instabilit\u00e9 est \u00e9lev\u00e9e, le besoin de changement est grand et le milieu doit alors permettre d&rsquo;assouvir ce besoin; s&rsquo;il ne le permet pas, un malaise appara\u00eet, qui alerte la conservation. Certains sont plus enclins \u00e0 l&rsquo;ennui que d&rsquo;autres et les personnalit\u00e9s jouent ici leur r\u00f4le. Mais, quels que soient les facteurs en cause, internes et externes, lorsque l&rsquo;ennui s&rsquo;installe les rep\u00e8res classiques n&rsquo;existent plus, les crit\u00e8res moraux s&rsquo;estompent, le d\u00e9senchantement rend gris ce que l&rsquo;on voyait bleu. C&rsquo;est une sorte de d\u00e9sinsertion au cours de laquelle l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;on a de soi devient flottante et floue ; une lente dilution de la personnalit\u00e9 peut, dans certains cas aigus et pathologiques, conduire \u00e0 la d\u00e9sesp\u00e9rance et au suicide par un m\u00e9canisme conservatoire paradoxal qu&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 envisag\u00e9. Cependant, la plupart du temps, il ne s&rsquo;agit que d&rsquo;un malaise. Certains, conscients qu&rsquo;il leur faut changer d&rsquo;air sortent, voient du monde et cherchent \u00e0 se r\u00e9ins\u00e9rer. Mais d&rsquo;autres, pour s&rsquo;extraire d&rsquo;un ennui profond qu&rsquo;ils ne supportent plus et ressentent comme une menace, peuvent devenir violents. D&rsquo;o\u00f9 des attaques, des bagarres et des crimes et, si les groupes sont concern\u00e9s, des bandes et m\u00eame quelquefois de petites r\u00e9volutions : Mai 68 fut sans doute de celles-l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ennui na\u00eet donc de l&rsquo;absence de but, de la stagnation et, comme disait Hondar de la Motte, de l&rsquo;uniformit\u00e9. C&rsquo;est ici que la mode, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelon de la vie quotidienne et, bien s\u00fbr, dans certaines limites, joue son r\u00f4le de soupape de s\u00fbret\u00e9. D&rsquo;une part le groupe engendre des fluctuations qui sous-tendent un changement satisfaisant chacun ; d&rsquo;autre part, ce changement \u00e9tant collectif, il ne modifie pas l&rsquo;\u00e9quilibre qui existait entre les individus et contribue toujours \u00e0 neutraliser les tensions qui r\u00e9sultent de leurs diff\u00e9rences : ils vivent une petite aventure tranquille. La mode, r\u00e9ponse modeste mais journali\u00e8re \u00e0 l&rsquo;ennui, appara\u00eet ainsi comme un facteur de conservation.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LA DIFFICULT\u00c9 DE COMMUNIQUER<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que nous disons, m\u00eame dans les meilleures intentions du monde, a pour nous une certaine signification li\u00e9e, de pr\u00e8s ou de loin, \u00e0 notre conservation. Mais notre discours tombe dans l&rsquo;espace conservatoire d&rsquo;autrui, qui n&rsquo;est \u00e9videmment pas le n\u00f4tre. Les mots que nous employons peuvent ainsi prendre, pour les autres, une signification diff\u00e9rente de celle que nous leur donnons : d&rsquo;o\u00f9 la difficult\u00e9 de communiquer, les malentendus, les incompr\u00e9hensions et la fr\u00e9quence des arri\u00e8re-pens\u00e9es qui se glissent dans les conversations les plus amicales. La signification de ce qui est dit d\u00e9pend donc beaucoup de la mani\u00e8re dont le discours est re\u00e7u ; corr\u00e9lativement, elle d\u00e9pend de la mani\u00e8re dont il est fait : le plus franc peut ainsi devenir suspect et le plus fourbe, qui s&rsquo;ing\u00e9nie \u00e0 endormir les m\u00e9fiances, le plus s\u00fbr des confidents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces relations conservatoires entre le discours de l&rsquo;Un et l&rsquo;\u00e9coute de l&rsquo;Autre affectent \u00e9galement la transmission de l&rsquo;exp\u00e9rience individuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>L&rsquo;INTRANSMISSIBILIT\u00c9 DE L&rsquo;EXP\u00c9RIENCE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la vie courante vous vous rendez souvent compte, apr\u00e8s coup, que vous auriez d\u00fb suivre le conseil qu&rsquo;on vous avait donn\u00e9. Mais si vous vous trouvez le lendemain dans une situation o\u00f9 vous avez le choix entre suivre un autre conseil et en faire \u00e0 votre t\u00eate, il y a fort \u00e0 parier que vous n&rsquo;en ferez qu&rsquo;\u00e0 votre t\u00eate. Tant il est vrai qu&rsquo;on ne conna\u00eet vraiment que ce qu&rsquo;on a v\u00e9cu : on ne peut pas vivre th\u00e9oriquement. Or, suivre un conseil sans avoir \u00e9prouv\u00e9 soi-m\u00eame les difficult\u00e9s, concr\u00e8tement, et aller peut-\u00eatre ainsi contre le sentiment que l&rsquo;on a des choses, implique de s&rsquo;en remettre \u00e0 l&rsquo;Autre ; c&rsquo;est accepter de fermer les yeux et de se laisser guider dans son univers, monde inconnu et d\u00e9sincarn\u00e9, monde \u00e9tranger et d\u00e8s lors \u00e9trange. Cela stimule n\u00e9cessairement l&rsquo;instinct conservatoire. De plus, accepter l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;un Autre, c&rsquo;est aussi accepter de se r\u00e9tr\u00e9cir, accepter une domination : c&rsquo;est l&rsquo;affirmation de soi qui baisse la t\u00eate. Or le conseilleur prend la plupart du temps une attitude dominatrice qui accro\u00eet les tensions : moi, je sais, et si tu ne m&rsquo;\u00e9coutes pas, tu cours \u00e0 la catastrophe. La mani\u00e8re de transmettre compte ainsi beaucoup et si les conseils \u00e9taient donn\u00e9s discr\u00e8tement, avec finesse et subtilit\u00e9, peut-\u00eatre seraient-ils mieux re\u00e7us. Malheureusement, la raison qui pousse ceux qui les donnent et rend sourds ceux qui les ignorent est la m\u00eame : l&rsquo;affirmation de soi. L&rsquo;exp\u00e9rience scientifique et technique est relativement mieux transmise, bien qu&rsquo;on ait assist\u00e9 \u00e0 de rudes batailles dans les acad\u00e9mies, parce qu&rsquo;elle est plus neutre, froide et objective ; elle concerne des outils qui sont fr\u00e9quemment per\u00e7us comme imm\u00e9diatement avantageux : la brouette d&rsquo;Archim\u00e8de est universellement appr\u00e9ci\u00e9e. Mais l&rsquo;exp\u00e9rience de la vie, des rapports humains, est intransmissible parce que dans ce domaine, suivre un conseil, c&rsquo;est accepter l&rsquo;Autre en soi. C&rsquo;est sans doute pourquoi l&rsquo;Histoire est un perp\u00e9tuel recommencement.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LA LIBERT\u00c9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Magnifi\u00e9e, glorifi\u00e9e, id\u00e9alis\u00e9e par le n\u00e9ocortex la libert\u00e9 n&rsquo;est au fond, pour chacun, que la possibilit\u00e9 maximum de satisfaire ses tendances, c&rsquo;est-\u00e0-dire de ne pas solliciter son instinct conservatoire. Une preuve en est que certains passionn\u00e9s de l&rsquo;automobile consid\u00e8rent l&rsquo;alcootest fait au hasard comme une atteinte \u00e0 la libert\u00e9 individuelle, ce qui implique ipso facto que, pour eux, l&rsquo;augmentation des risques de tuer l&rsquo;Autre fait partie de la libert\u00e9 de chacun. A ce propos, il faut remarquer que la libert\u00e9 dont on parle, en g\u00e9n\u00e9ral, est celle dont on dispose par rapport \u00e0 l&rsquo;Autre. Le fait de subir la chaleur et le froid, le jour et la nuit ou de ne pas supporter la mayonnaise alors qu&rsquo;on l&rsquo;aime beaucoup peut \u00eatre per\u00e7u comme une g\u00eane, mais jamais comme une atteinte \u00e0 la libert\u00e9 telle que celle que certains \u00e9prouvent quand ils sont pris dans un embouteillage; seul, l&rsquo;Autre est ressenti comme un concurrent : il y a l\u00e0 des \u00eatres de m\u00eame nature, dont la rivalit\u00e9 r\u00e9sulte d&rsquo;une identit\u00e9 de tendances.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme on l&rsquo;a vu plus haut il s&rsquo;\u00e9tablit, bon gr\u00e9 mal gr\u00e9, un relatif \u00e9quilibre entre les tendances des diff\u00e9rents individus du groupe, la conservation de chacun d\u00e9pendant plus ou moins de la mani\u00e8re dont il tol\u00e8re les autres. Si l&rsquo;on repr\u00e9sente l&rsquo;individu libre par un cercle, la vie en soci\u00e9t\u00e9 aboutit \u00e0 transformer les individus en hexagone, tass\u00e9s les uns contre les autres. Chacun peut retrouver une libert\u00e9, mais le cercle est alors \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;hexagone, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de soi-m\u00eame. C&rsquo;est un peu la libert\u00e9 dans la discipline et c&rsquo;est, s\u00fbrement, une libert\u00e9 plus n\u00e9ocorticale que rhinenc\u00e9phalique. Le vieux cerveau ne se laissant pas faire, certains hexagones tentent, brutalement ou sournoisement, de refaire leur cercle vers l&rsquo;ext\u00e9rieur, mais cela ne va pas sans heurt. Dans ces conditions, ceux qui sont vraiment libres sont les individus en marge, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui n&rsquo;ont pas affaire aux autres et qui peuvent se passer d&rsquo;eux : l&rsquo;ermite. Ceux dont le pouvoir est absolu et qui, de ce fait, pourraient para\u00eetre libres, ne le sont pas r\u00e9ellement car ils doivent lutter pour conserver leur tr\u00f4ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En confondant satisfaction des app\u00e9tits et libert\u00e9, on entre dans un syst\u00e8me o\u00f9 l&rsquo;on se condamne \u00e0 voir sa propre libert\u00e9 limit\u00e9e par l&rsquo;app\u00e9tit d&rsquo;autrui. Cette libert\u00e9 au premier degr\u00e9, qui correspond \u00e0 la conservation brute, c\u00e9dera peut-\u00eatre le pas, un jour, \u00e0 une libert\u00e9 n\u00e9ocorticale, libert\u00e9 de l&rsquo;individu qui a domin\u00e9 son rhinenc\u00e9phale, qui n&rsquo;a plus peur de l&rsquo;Autre et qui est heureux spirituellement dans son groupe. C&rsquo;est peut-\u00eatre une question d&rsquo;\u00e9volution.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE R\u00caVE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette situation de libert\u00e9 relative, tous les d\u00e9sirs inassouvis, toutes les affirmations de soi refoul\u00e9es stimulent l&rsquo;instinct conservatoire. Celui-ci peut, dans les cas les plus graves, submerger le n\u00e9ocortex et d\u00e9vier l&rsquo;esprit vers la n\u00e9vrose, ou conduire l&rsquo;individu \u00e0 l&rsquo;alcool ou \u00e0 la drogue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, si la plupart des gens \u00e9prouvent des difficult\u00e9s avec les autres, tout le monde n&rsquo;est pas n\u00e9vros\u00e9, ni alcoolique. Il existe en effet chez chacun une porte de sortie n\u00e9ocorticale assez banale, quotidienne : l&rsquo;imaginaire. On se voit dans la voiture du patron, on r\u00e9duit en miettes un coll\u00e8gue \u00e9nervant mais deux fois plus lourd que vous, on s&rsquo;\u00e9tend sur le sable ti\u00e8de des plages du Pacifique avec un gar\u00e7on beaucoup plus s\u00e9duisant que celui qui vous a laiss\u00e9e tomber, on aura un jour un manteau de fourrure plus beau que celui de la cr\u00e9mi\u00e8re, on partira en avion, en bateau ou en Rolls&#8230; on sera&#8230; on aura&#8230; on verra&#8230; et ils verront!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien s\u00fbr, si votre vie n&rsquo;est plus meubl\u00e9e que par ces r\u00eaves, il y a de fortes chances pour que vous ayez tr\u00e8s vite besoin d&rsquo;un psychiatre ou d&rsquo;un psychanalyste, qui les appelleront fantasmes. Mais s&rsquo;ils surviennent de temps \u00e0 autre, ils constitueront une bonne soupape d&rsquo;\u00e9chappement qui vous rendra, comme \u00e0 beaucoup, la conservation plus facile c&rsquo;est-\u00e0-dire la vie plus supportable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce r\u00eave qui franchit l&rsquo;impossible, c&rsquo;est l&rsquo;espoir. Parade n\u00e9ocorticale aux contretemps de la conservation, l&rsquo;espoir fait partie du bonheur.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE BONHEUR<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En dehors des cas particuliers o\u00f9 la mort est ressentie comme une d\u00e9livrance par ceux qui vont mourir \u2014 les grands vieillards pleins de lassitude, les malades qui n&rsquo;en peuvent plus, les d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s qui se suicident&#8230; \u2014 elle est en g\u00e9n\u00e9ral consid\u00e9r\u00e9e comme le plus grand des malheurs. Relativement \u00e0 la conservation, on peut donc dire qu&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 la mort est un bonheur absolu. C&rsquo;est un peu le sentiment qu&rsquo;ont tous ceux qui, sachant leur fin prochaine, en r\u00e9chappent : le condamn\u00e9 \u00e0 mort qui est lib\u00e9r\u00e9, le malade qui se croyait perdu et qui gu\u00e9rit, le parachutiste dont le parachute ne s&rsquo;ouvre pas et qui se retrouve indemne au centre d&rsquo;une meule de foin, etc. Ils voient, au moins pendant un certain temps, la vie d&rsquo;un autre \u0153il. Ils sont totalement heureux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 des situations extr\u00eames o\u00f9 l&rsquo;on passe de 0 \u00e0 100 % de bonheur. Elles permettent de se demander si une des composantes n\u00e9cessaires de ce bonheur n&rsquo;est pas li\u00e9e au sentiment d&rsquo;accro\u00eetre sa conservation, qu&rsquo;elle soit vitale, affective ou intellectuelle. Il s&rsquo;agirait donc l\u00e0 d&rsquo;un \u00e9tat relatif, ce que l&rsquo;exp\u00e9rience quotidienne d\u00e9montre simplement. Le malheur serait, \u00e0 l&rsquo;inverse, li\u00e9 \u00e0 un sentiment de diminution de la conservation, ce qui est aussi un \u00e9tat relatif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est ici qu&rsquo;intervient l&rsquo;espoir. Par rapport au bonheur et sans dramatiser, nous sommes dans une jungle sombre, profonde, en qu\u00eate d&rsquo;un petit bout de ciel. Certains s&rsquo;allongent, se disant qu&rsquo;un jour ou l&rsquo;autre ils le verront bien passer; d&rsquo;autres s&rsquo;agitent et taillent dans tous les sens \u00e0 la recherche d&rsquo;une clairi\u00e8re. Tous, ils esp\u00e8rent. Le bonheur appara\u00eet quand ils approchent du but et \u00e9clate quand ils viennent de l&rsquo;atteindre. Avant, ils sont dans une sorte d&rsquo;\u00e9tat de manque car leurs aspirations profondes ne se r\u00e9alisent pas; l&rsquo;incertitude, l&rsquo;inqui\u00e9tude, l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 qu&rsquo;ils en ressentent stimulent leur instinct conservatoire et chacun d&rsquo;eux r\u00e9agit selon sa personnalit\u00e9 en esp\u00e9rant que cela cesse. Classiquement, les premiers de ces \u00e9tats correspondraient au plaisir alimentaire qui, chez le petit enfant, succ\u00e8de \u00e0 la faim ou \u00e0 celui que lui procure la d\u00e9f\u00e9cation succ\u00e9dant \u00e0 la colique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le bonheur para\u00eet donc inclure une composante rhinenc\u00e9phalique dans la mesure o\u00f9 il r\u00e9sulte d&rsquo;une s\u00e9dation de l&rsquo;\u00e9motion conservatoire; mais c&rsquo;est \u00e9videmment la conscience, n\u00e9ocorticale, qu&rsquo;on a de cette s\u00e9dation qui correspond au bonheur lui-m\u00eame ou, et c&rsquo;est l&rsquo;espoir, \u00e0 sa possibilit\u00e9. Les relais qu&#8217;empruntent les facteurs s\u00e9datifs sont \u00e9galement n\u00e9ocorticaux : on peut \u00eatre heureux dans la science ou l&rsquo;art, aussi bien que dans l&rsquo;amour et l&rsquo;aventure ; la qualit\u00e9 des choses est sans doute diff\u00e9rente mais l&rsquo;aboutissement para\u00eet toujours le m\u00eame : la personnalit\u00e9 se trouve dans une telle harmonie avec l&rsquo;environnement qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9panouit sans entrave et baigne dans un confort total ou presque. Elle oublie le reste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un processus g\u00e9n\u00e9ral int\u00e9ressant les diff\u00e9rents aspects du bonheur, celui-ci traduisant toujours, relativement \u00e0 la personnalit\u00e9, le passage d&rsquo;une difficult\u00e9 \u00e0 une facilit\u00e9, d&rsquo;un d\u00e9s\u00e9quilibre \u00e0 un \u00e9quilibre, d&rsquo;un certain degr\u00e9 de d\u00e9sordre \u00e0 un certain degr\u00e9 d&rsquo;ordre : le passage, finalement, d&rsquo;un niveau de conservation ou de confort inf\u00e9rieur \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur. Cela concerne m\u00eame les situations les plus apparemment calmes et sereines. Si, par exemple, alors que je me sens bien, l&rsquo;audition d&rsquo;une symphonie vient me procurer un plaisir tel que je ne suis plus habit\u00e9 que par la musique, que je m&rsquo;y int\u00e8gre totalement, j&rsquo;\u00e9prouve un bonheur qui constitue, par rapport au simple sentiment de bien-\u00eatre pr\u00e9c\u00e9dent, un \u00e9tat de confort sup\u00e9rieur de ma personnalit\u00e9. La vue de l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 pourrait d\u00e9clencher le m\u00eame processus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet \u00e9tat, cependant, est \u00e9ph\u00e9m\u00e8re : la m\u00eame musique ressass\u00e9e, m\u00eame si elle est sublime, ne s\u00e9duit plus et la m\u00eame aventure, rev\u00e9cue, n&rsquo;est plus une aventure. Notre instabilit\u00e9 n\u00e9ocorticale est en effet permanente (cf. \u00ab La Thermodynamique et les deux cerveaux \u00bb) et nos aspirations, de ce fait, variables. Chaque modification de notre nouveau cerveau remet ainsi en cause l&rsquo;\u00e9tat conservatoire pr\u00e9c\u00e9dent et tout est \u00e0 recommencer \u00e0 partir de circonstances nouvelles, lesquelles s&rsquo;accompagneront des passages, qui font le bonheur, d&rsquo;un niveau de conservation inf\u00e9rieur \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;existence de ces oscillations expliquerait en outre que, chez l&rsquo;homme, la stabilit\u00e9 n&rsquo;engendre pas le bonheur mais l&rsquo;ennui. A chacun cependant, son oscillation : les creux de dix m\u00e8tres et les vaguelettes ne satisfont pas les m\u00eames individus. Les uns trouvent le bonheur dans la temp\u00eate; les autres, effray\u00e9s par les situations trop intenses et les risques qu&rsquo;elles impliquent, trouvent le leur dans la tranquillit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans une succession d&rsquo;\u00e9quilibres et de d\u00e9s\u00e9quilibres de faible amplitude. Ainsi va-t-on du bonheur succ\u00e9dant \u00e0 la foi perdue puis retrouv\u00e9e, au bonheur succ\u00e9dant \u00e0 une \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9vision manqu\u00e9e et redonn\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ces conditions, la qu\u00eate du bonheur ne peut qu&rsquo;\u00eatre incessante avec, en arri\u00e8re-plan, la perspective de petits ou de grands malheurs : le bonheur est fragile et relatif, ce que la sagesse populaire sait depuis longtemps.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>L&rsquo;OUBLI DE SOI<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peut-on envisager que, dans certaines circonstances, le n\u00e9ocortex se dissocie des structures conservatoires, n&rsquo;envoie vers elles aucune information ou m\u00eame des messages s\u00e9datifs? Il est des situations o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;oublie presque compl\u00e8tement, o\u00f9 l&rsquo;affirmation de soi et la crainte se dissolvent comme une goutte de vin dans l&rsquo;eau. L&rsquo;orgasme qui nous d\u00e9structure, les grandes \u00a0\u00e9motions artistiques ou les grands int\u00e9r\u00eats intellectuels qui remplissent totalement notre \u00eatre pendant un moment, anesth\u00e9sient notre moi. Nous oublions alors ce que nous sommes ou voulons para\u00eetre, nous oublions les autres, nous ne touchons plus terre. Nous entrons dans un \u00e9tat de conservation quasi absolue dans la mesure o\u00f9, \u00e9tant tr\u00e8s satisfaits, l&rsquo;excitation de notre syst\u00e8me conservatoire avoisine le z\u00e9ro. Toute agressivit\u00e9 et toute fuite disparaissent, l&rsquo;affirmation de soi et le retrait avec. Nous venons de voir que cela faisait peut-\u00eatre partie du bonheur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette perspective, le rire est un ph\u00e9nom\u00e8ne int\u00e9ressant. Lorsque l&rsquo;on rit de bon c\u0153ur, l&rsquo;esprit n&rsquo;est plus occup\u00e9 que par l&rsquo;objet de l&rsquo;hilarit\u00e9; cela est fugace mais, pendant un temps, toute autre chose s&rsquo;efface, toute alarme dispara\u00eet. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une d\u00e9connexion de notre conscience d&rsquo;avec ce qui l&rsquo;entoure, hormis la cause du rire et nous atteignons, l\u00e0 aussi, un degr\u00e9 de conservation tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9, une qui\u00e9tude presque parfaite dont la vertu s\u00e9dative est remarquable.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE COURAGE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les situations que je viens d&rsquo;\u00e9voquer, le comportement n&rsquo;est pas actif : l&rsquo;individu re\u00e7oit du milieu des informations telles qu&rsquo;il s&rsquo;oublie. Plus rare est l&rsquo;oubli de soi volontaire et lucide, c&rsquo;est-\u00e0-dire le courage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Celui qui, malgr\u00e9 sa culture, ses croyances, ses habitudes, ses r\u00e9f\u00e9rences et son confort, finalement malgr\u00e9 lui et face aux autres, s&rsquo;incline devant les faits, celui-l\u00e0 poss\u00e8de un fameux n\u00e9ocortex. Le colonel Von Stauffenberg qui r\u00e9alisa qu&rsquo;il fallait tuer Hitler et fut ex\u00e9cut\u00e9 le soir m\u00eame du jour o\u00f9 il faillit r\u00e9ussir ; de Gaulle, \u00e9lev\u00e9 et m\u00fbri dans une France imp\u00e9riale, mais analysant les \u00e9quilibres mondiaux et rendant leur libert\u00e9 aux pays de l&#8217;empire au p\u00e9ril de sa vie et de ce qu&rsquo;il \u00e9tait ; Soljenitsyne et Sakharov, parias volontaires d&rsquo;une Russie inhumaine qui ne demandait pourtant, s&rsquo;ils avaient courb\u00e9 l&rsquo;\u00e9chine, qu&rsquo;\u00e0 faire leur fortune, t\u00e9moignent de l&rsquo;existence de la lucidit\u00e9. C&rsquo;est que, pour une fois, l&rsquo;analyse a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le comportement; ensuite\u00a0 chacun a lutt\u00e9 selon, bien s\u00fbr, sa propre sph\u00e8re conservatoire, mais seulement ensuite. Ainsi, c&rsquo;est lorsqu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9carte de lui-m\u00eame que l&rsquo;homme, jugeant les situations malgr\u00e9 le danger, fait preuve de courage. Comme le remarquait Val\u00e9ry, le courage repr\u00e9sente alors la forme ultime de l&rsquo;intelligence, il est l&rsquo;expression m\u00eame du n\u00e9ocortex. Mais sommes-nous ici dans la vie quotidienne? L&rsquo;homme qui r\u00e9fl\u00e9chit para\u00eet souvent froid aux autres : les troupes du \u00ab y&rsquo;a qu&rsquo;\u00e0 \u00bb ne saisissent pas facilement cette attitude qui les \u00e9nerve ; jusqu&rsquo;au bord du pr\u00e9cipice, elles pr\u00e9f\u00e8rent l&rsquo;incoh\u00e9rence, verbeuse, fraternelle et aveugle. 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Cette petite fuite est vraisemblablement un des facteurs de la mode ; sorte de soumission au groupe, elle aboutit \u00e0 une neutralisation des tensions dans la mesure o\u00f9 les individus, s&rsquo;assimilant les uns aux autres, finissent par acqu\u00e9rir une ressemblance qui s\u00e9curise chacun. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":12876,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1273],"tags":[],"class_list":["post-12871","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-auroux-maurice"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Moi et l&#039;autre par Maurice Auroux - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/moi-et-lautre-par-maurice-auroux\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Moi et l&#039;autre par Maurice Auroux - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Lorsque l&#039;individu ne peut identifier l&#039;Autre \u00e0 lui-m\u00eame, et si la situation dans laquelle il se trouve ne pr\u00e9sente de risque ni pour sa vie ni pour ce qu&#039;il croit \u00eatre, il tend \u00e0 s&#039;identifier \u00e0 l&#039;Autre. 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