{"id":13297,"date":"2013-04-20T23:41:32","date_gmt":"2013-04-20T22:41:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=13297"},"modified":"2013-04-20T23:42:09","modified_gmt":"2013-04-20T22:42:09","slug":"jnana-yoga-introduction-par-wolter-a-keers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/jnana-yoga-introduction-par-wolter-a-keers\/","title":{"rendered":"Jnana yoga: Introduction par Wolter A. Keers"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">(Revue \u00catre. N<\/span><sup><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">o<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"> 1. 1<\/span><sup><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00e8re<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"> ann\u00e9e. 1973)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><strong>1.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">La philosophie indienne, comme on l&rsquo;appelle g\u00e9n\u00e9ralement, porte parfois dans la litt\u00e9rature classique le nom de Jn\u00e2na Yoga, ou, ce que je pr\u00e9f\u00e8re personnellement, d&rsquo;Adva\u00efta-V\u00e9danta. Cette philosophie de la non-dualit\u00e9 se cr\u00e9e sous forme de dialogue entre l&rsquo;illumin\u00e9, celui qui a trouv\u00e9, et celui qui cherche.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">L&rsquo;illumination est la profonde connaissance et la conviction in\u00e9branlable que la cr\u00e9ation et moi-m\u00eame ne forment qu&rsquo;une conscience indivisible. Dans le r\u00eave, le monde, les sens, le corps et la personnalit\u00e9 sont des produits du r\u00eave. Le tout se joue dans la conscience, et comme les vagues ne sont rien d&rsquo;autre que l&rsquo;eau, les images, y compris celles que nous appelons \u00ab\u00a0personnalit\u00e9\u00a0\u00bb, ne sont rien d&rsquo;autre que conscience. Ceci est \u00e9galement vrai dans l&rsquo;\u00e9tat \u00e9veill\u00e9 : l\u00e0 aussi, le monde, le corps, les sens, les pens\u00e9es et les sentiments ne sont rien d&rsquo;autre que conscience. L&rsquo;illumin\u00e9 a d\u00e9plac\u00e9 son centre de gravit\u00e9 du corps, des pens\u00e9es et des sentiments vers cette Conscience Absolue. Lorsque quelqu&rsquo;un lui demande comment il est arriv\u00e9 \u00e0 ce r\u00e9sultat, ses r\u00e9ponses constituent ce que nous regardons comme \u00ab\u00a0philosophie\u00a0\u00bb. L&rsquo;illumin\u00e9, lui, s&rsquo;en moque. Tout comme l&rsquo;homme ignorant ne ressent aucun besoin de courir les rues, proclamant \u00ab\u00a0je suis un homme, je suis un homme\u00a0\u00bb, l&rsquo;illumin\u00e9 n&rsquo;a besoin d&rsquo;aucune affirmation pour vivre cette exp\u00e9rience que \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb ne suis rien d&rsquo;autre que la conscience absolue.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Qu&rsquo;est-ce qui nous emp\u00eache d&rsquo;\u00eatre sciemment ce que nous sommes ? L&rsquo;id\u00e9e, la notion, le sentiment que nous sommes autre chose. Le but de toute discipline spirituelle digne de ce nom, S\u00e2dhan\u00e2, n&rsquo;est autre que de se d\u00e9barrasser de la fausse croyance que nous sommes un corps ou un \u00eatre limit\u00e9 qui pense et \u00e9prouve des sentiments, pour arriver finalement \u00e0 la reconnaissance imm\u00e9diate de ce que nous sommes r\u00e9ellement, de ce que nous avons toujours \u00e9t\u00e9 et de ce que nous resterons toujours. La structure de ce \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb fictif, de cette personnalit\u00e9, ne peut \u00eatre d\u00e9masqu\u00e9e et comprise qu&rsquo;apr\u00e8s la rencontre de celui qui a d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 ce que nous cherchons. Sans l&rsquo;aide d&rsquo;une telle personne, nous projetons toujours notre propre niveau dans les livres : quand ils nous parlent de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, nous nous faisons une id\u00e9e de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Cette id\u00e9e diff\u00e8re autant de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 elle-m\u00eame que l&rsquo;image que l&rsquo;on se ferait de Bombay diff\u00e8re d&rsquo;une v\u00e9ritable promenade \u00e0 Bombay.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Celui qui veut distinguer ce qu&rsquo;il est de ce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas doit d&rsquo;abord analyser sa notion du \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb. Dans des phrases comme : je marche, je m\u2019assieds, je suis grand ou petit, mince ou gros, je travaille, je me repose, etc., le mot \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb signifie le corps. Quand je dis : comme c&rsquo;est doux&#8230; c&rsquo;est d\u00e9licieux&#8230;, j&rsquo;entends du bruit, je vois tel ou tel objet, \u00e7a sent bon&#8230;, le mot \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb signifie le fonctionnement d&rsquo;un des sens. Et dans des remarques comme : je pense \u00e0 &#8230; ou, je me sens triste ou gai, le mot \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb signifie le fonctionnement de l&rsquo;intelligence ou des sentiments. Toutes ces exp\u00e9riences ont \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb en commun. Il est donc clair que je ne suis pas d\u00e9termin\u00e9 par une de ces exp\u00e9riences, mais que, par contre, le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb est quelque chose qui s&rsquo;identifie tour \u00e0 tour au corps, \u00e0 une perception sensorielle, \u00e0 une pens\u00e9e ou \u00e0 un sentiment.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Du fait que je peux arriver \u00e0 cette conclusion sans qu&rsquo;on m&rsquo;oblige \u00e0 croire quoi que ce soit, du fait qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une constatation directe, il est certain que \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb suis un \u00eatre conscient, car, comment pourrais-je pr\u00e9tendre marcher ou m&rsquo;asseoir, voir ou entendre, penser ou sentir, si je ne suis pas celui qui conna\u00eet, qui per\u00e7oit ces diff\u00e9rentes activit\u00e9s ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Toutes ces choses : le corps et ses activit\u00e9s, les perceptions sensorielles, les pens\u00e9es et les sentiments, sont distinctes du \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb puisqu&rsquo;elles sont \u00ab\u00a0objet\u00a0\u00bb pour moi qui suis \u00ab\u00a0sujet\u00a0\u00bb. Tous ces objets sont connus, moi je suis leur connaisseur\u00a0; c&rsquo;est l&rsquo;identification avec tout ce qui est objet et connu qui constitue l&rsquo;\u00e9go. C&rsquo;est sur ce \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb fictif que repose toute notre ignorance, tout notre malheur, c&rsquo;est par cette identification que nous tombons &#8211; au moins en apparence &#8211; dans un monde irr\u00e9el o\u00f9 l&rsquo;amour est remplac\u00e9 par la justice, o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 et la pl\u00e9nitude c\u00e8dent \u00e0 la limitation et au manque, o\u00f9 le bien-\u00eatre est remplac\u00e9 par l&rsquo;inqui\u00e9tude, la peine et l&rsquo;insuffisance.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Comme un monde se pr\u00e9sente toujours au niveau o\u00f9 \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb me place, le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb fictif trouve, cr\u00e9e un monde fictif, sur lequel il projette ses complexes psychiques, son manque, sa solitude, ses d\u00e9sirs, etc., et comme l&rsquo;homme s&rsquo;identifie au corps qu&rsquo;il suppose mat\u00e9riel, il cherche la solution dans un monde qu&rsquo;il per\u00e7oit \u00e9galement comme mat\u00e9riel : il croit qu&rsquo;en obtenant des biens mat\u00e9riels il s&rsquo;ach\u00e8te le bonheur.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;identification que nous venons d&rsquo;exposer ne se r\u00e9v\u00e8le pas seulement dans la vie de chaque jour, mais \u00e9galement dans le r\u00eave. L\u00e0, aussi, nous sommes conscients de ce qui se pr\u00e9sente \u00e0 nous sous forme d&rsquo;images. Dans le r\u00eave, on s&rsquo;identifie \u00e0 un corps imaginaire qui a apparemment de toutes autres caract\u00e9ristiques que le corps soi-disant \u00e9veill\u00e9 : dans le r\u00eave, le corps vole ou passe par un mur, il peut marcher sur l&rsquo;eau, tomber dans un ab\u00eeme sans \u00eatre \u00e9cras\u00e9, entamer une conversation avec un d\u00e9funt, etc. Le corps r\u00eav\u00e9 et la personnalit\u00e9 du r\u00eaveur diff\u00e8rent sans aucun doute de ceux de l&rsquo;\u00e9tat \u00e9veill\u00e9. Le corps du r\u00eave n&rsquo;existe pas pour celui qui est \u00e9veill\u00e9, et le corps de l&rsquo;\u00e9tat \u00e9veill\u00e9 n&rsquo;existe pas dans le r\u00eave. Ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre n&rsquo;existent d&rsquo;ailleurs dans l&rsquo;\u00e9tat de sommeil profond.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Il serait toutefois absurde d&rsquo;en conclure que \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb n&rsquo;existe pas vraiment dans un de ces trois \u00e9tats. Personne ne s&rsquo;est jamais r\u00e9veill\u00e9 avec l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;avoir cess\u00e9 d&rsquo;exister pendant un certain laps de temps, ni d&rsquo;\u00eatre un homme tout \u00e0 fait diff\u00e9rent de celui qui s&rsquo;est endormi la veille.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Ce raisonnement nous prouve une fois de plus que \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb suis autre chose que ces corps qui vont et viennent. On pourrait dire : tout le long du jour \u00ab\u00a0je suis\u00a0\u00bb avec l&rsquo;\u00e9tat \u00e9veill\u00e9\u00a0; la nuit \u00ab\u00a0je suis\u00a0\u00bb avec l&rsquo;\u00e9tat de r\u00eave et pendant le sommeil profond \u00ab\u00a0je suis\u00a0\u00bb tout court.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Ce dernier \u00e9tat se r\u00e9v\u00e8le d&rsquo;ailleurs plusieurs fois par jour. Si dans l&rsquo;\u00e9tat \u00e9veill\u00e9 ou dans le r\u00eave un objet se manifeste \u00e0 moi, c&rsquo;est toujours moi qui en suis le connaisseur, le t\u00e9moin, c&rsquo;est-\u00e0-dire celui \u00e0 qui l&rsquo;objet para\u00eet. Si, par contre, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;objet, comme dans le sommeil profond, je suis \u00ab\u00a0moi-m\u00eame\u00a0\u00bb sans aucune autre limitation.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">L&rsquo;affirmation \u00ab\u00a0j&rsquo;existe\u00a0\u00bb est une v\u00e9rit\u00e9 absolue dont personne ne peut douter. Le doute supposerait en effet l&rsquo;existence d&rsquo;un \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb capable d&rsquo;en douter. La reconnaissance du \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb, ayant montr\u00e9 son vrai visage, m\u00e8ne vers la d\u00e9livrance de tous liens, vers la compl\u00e8te satisfaction et le bonheur supr\u00eame, parce que c&rsquo;est l\u00e0 que se d\u00e9couvre la vraie nature de l&rsquo;homme.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Que le bonheur ne soit pas inh\u00e9rent aux objets qui semblent parfois nous le procurer, est facile \u00e0 comprendre. Il suffit de voir que l&rsquo;objet qui a pu nous combler nous est indiff\u00e9rent apr\u00e8s un certain temps ; il peut m\u00eame par la suite nous causer certains ennuis ou m\u00eame de la peine. La poup\u00e9e ou le train de notre enfance nous sont-ils toujours aussi chers ? Si le bonheur n&rsquo;est pas dans les objets, serait-il dans la pens\u00e9e ou l&rsquo;\u00e9motion ? L\u00e0 aussi la r\u00e9ponse est n\u00e9gative. Si vraiment le bonheur en formait un \u00e9l\u00e9ment essentiel, on pourrait facilement noter quelques pens\u00e9es qui nous comblent, que nous pourrions retrouver \u00e0 n&rsquo;importe quel moment. Une attention plus approfondie nous permet d&rsquo;ailleurs de voir qu&rsquo;il y a bonheur sans qu&rsquo;il y ait pens\u00e9e ou sentiment.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Que \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb soit le bonheur et l&rsquo;amour m\u00eame se constate ais\u00e9ment si l&rsquo;on se demande ce qui nous est le plus cher : l&rsquo;amour ou nous-m\u00eames ? L&rsquo;amour est cette exp\u00e9rience une et indivisible dans chaque \u00eatre, l&rsquo;harmonie totale qui ne pourrait nous \u00eatre enlev\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">C&rsquo;est pourquoi \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb suis le fond de toute existence (sat), la Connaissance dans la compr\u00e9hension (chit), l&rsquo;Ultime Bonheur et la Pl\u00e9nitude ((ananda). Celui qui a reconnu le \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb dans toute sa r\u00e9alit\u00e9, le voit en tant que fond de toute certitude, m\u00eame dans la peur, comme la Connaissance, m\u00eame dans l&rsquo;Ignorance, et comme l&rsquo;Harmonie, m\u00eame dans les dissonances. Comme le soleil voit sa propre lumi\u00e8re refl\u00e9t\u00e9e sur les plan\u00e8tes, il se voit comme Tout dans tous, comme cet \u00e9l\u00e9ment essentiel, unique et invariable dans la multiplicit\u00e9 du monde.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">(\u00e0 suivre)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><strong>Jn\u00e2na-Yoga par Wolter A. Keers<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">(Revue \u00catre. No 2. 1\u00e8re ann\u00e9e. 1973)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><strong>2.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Je suis le t\u00e9moin de toutes choses, le seul percipient. Dans un texte authentique, l&rsquo;Ashtavakra Samhit\u00e2, deux shlokas importants parlent de ce t\u00e9moin. Au chapitre 1, le guru Ashtavakra dit \u00e0 son disciple Janaka \u00ab\u00a0<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>si tu veux trouver la d\u00e9livrance, il faut voir le soi comme t\u00e9moin de toute chose et comme conscience pure<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">\u00ab\u00a0. Au vers 7 du m\u00eame chapitre, il dit \u00ab\u00a0<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>tu es l&rsquo;unique t\u00e9moin et la libert\u00e9 m\u00eame, le seul lien qui te lie est de regarder le t\u00e9moin comme s&rsquo;il \u00e9tait autre chose<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">\u00ab\u00a0.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Il est dit que conna\u00eetre est la plus importante des fonctions humaines. Cela semble \u00e9vident, quand on les passe toutes en revue, et pourtant, c&rsquo;est une erreur fondamentale. Il y a les fonctions physiques : voir, entendre, go\u00fbter, toucher ; puis les fonctions mentales : penser et sentir, mais conna\u00eetre n&rsquo;est pas une fonction et cela est une v\u00e9rit\u00e9 qu&rsquo;il faut absolument saisir.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Observons d&rsquo;abord qu&rsquo;une fonction (n&rsquo;importe laquelle) ne dure que quelques instants et qu&rsquo;elle se manifeste gr\u00e2ce \u00e0 la conscience qui est celui qui per\u00e7oit aussi bien que la mati\u00e8re premi\u00e8re. De plus, deux fonctions ne peuvent jamais se pr\u00e9senter simultan\u00e9ment. Le fait de courir exclut celui de penser, la conscience prend la forme d&rsquo;une certaine image (je cours, par exemple) et ensuite \u2014 jamais simultan\u00e9ment \u2014 d&rsquo;une autre image (l&rsquo;arbre que je vois le long de la route). A ce moment-l\u00e0, je suis le t\u00e9moin de l&rsquo;arbre per\u00e7u.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">A la base de chaque image se trouve invariablement la conscience dont l&rsquo;image surgit et dont elle se forme. La conscience est l\u00e0, avant et apr\u00e8s l&rsquo;image, elle n&rsquo;a ni d\u00e9but ni fin. Aucune activit\u00e9 f\u00fbt-elle physique, sensorielle ou mentale, ne pourrait \u00eatre con\u00e7ue en dehors de cette conscience, qui en est l&rsquo;essence pure. Contrairement \u00e0 ces diff\u00e9rentes fonctions, la conscience n&rsquo;a aucune dur\u00e9e. La conscience est une exp\u00e9rience ininterrompue qui est commune \u00e0 toutes ces exp\u00e9riences de courte dur\u00e9e, elle n&rsquo;a besoin d&rsquo;aucun instrument pour conna\u00eetre. Il nous faut des jambes pour courir, les cinq sens pour voir, entendre, sentir, go\u00fbter, toucher ; le cerveau pour penser ; mais le t\u00e9moin est invariablement t\u00e9moin de la pens\u00e9e, sans l&rsquo;aide d&rsquo;un instrument quelconque.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Pour mieux comprendre ceci, rappelons-nous qu&rsquo;un objet ne peut \u00eatre connu que s&rsquo;il est traduit dans les termes de la conscience. Si je me mets \u00e0 lire un r\u00e9cit passionnant, je n&rsquo;entends pas le tictac de l&rsquo;horloge. Je ne l&rsquo;entends que quand le bruit se pr\u00e9sente comme sensation mentale, comme pens\u00e9e. Il en va de m\u00eame pour les autres perceptions sensorielles. Le monde complexe qui m&rsquo;entoure n&rsquo;est donc que pens\u00e9es, c&rsquo;est pourquoi il n&rsquo;a aucune existence autonome. Le t\u00e9moin supr\u00eame ne per\u00e7oit que les pens\u00e9es, jamais la mati\u00e8re (dont on pourrait peut-\u00eatre croire qu&rsquo;elle existe en dehors de la conscience). Cette perception ne n\u00e9cessite aucun instrument : chaque pens\u00e9e est une modification de la conscience m\u00eame. La conscience et la pens\u00e9e s&rsquo;interp\u00e9n\u00e8trent et il n&rsquo;y a plus place pour un instrument. La perception, la pens\u00e9e ne pourraient subsister sans la conscience-t\u00e9moin. Qui pourrait soustraire l&rsquo;humidit\u00e9 de l&rsquo;eau, la r\u00e9sistance de l&rsquo;acier ? Ainsi l&rsquo;Essence, la Conscience-T\u00e9moin et la Connaissance forment un tout indissociable.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">C&rsquo;est dans cette Conscience-T\u00e9moin que se manifeste de temps en temps le corps. Par habitude et manque de perspective, j&rsquo;attribue au corps cette m\u00eame autonomie que je pr\u00eate aux objets. Ainsi, progressivement, je me cr\u00e9e la conviction d&rsquo;avoir un corps bien r\u00e9el, bien d\u00e9termin\u00e9 auquel je m&rsquo;identifie de plus en plus. Cette mat\u00e9rialisation progressive est simultan\u00e9ment projet\u00e9e sur un monde ext\u00e9rieur qui devient une immense sc\u00e8ne sur laquelle tous les \u00ab\u00a0moi, toi, nous\u00a0\u00bb font vivre un corps soi-disant solide et r\u00e9el. Le fait que c&rsquo;est moi qui les mat\u00e9rialise, que ce sont mes sens qui font na\u00eetre les formes, m&rsquo;\u00e9chappe compl\u00e8tement. L&rsquo;esprit, la conscience ne vivent pas dans le corps, comme nous le pensons souvent, c&rsquo;est le corps qui vit dans la conscience. Cette affirmation n&rsquo;est pas gratuite, elle est d&rsquo;ailleurs facile \u00e0 v\u00e9rifier. Ce que je connais du corps est une s\u00e9rie d&rsquo;impressions mentales. \u00ab\u00a0Moi\u00a0\u00bb, j&rsquo;en suis le t\u00e9moin.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Il est tr\u00e8s important de r\u00e9aliser que le fait d&rsquo;\u00eatre t\u00e9moin d&rsquo;une s\u00e9rie de pens\u00e9es n&rsquo;exige aucun acte de volont\u00e9, mais qu&rsquo;il s&rsquo;agit plut\u00f4t d&rsquo;un t\u00e9moignage gratuit.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">M\u00eame celui qui est trop fatigu\u00e9 pour penser, pour regarder, pour courir&#8230; est ais\u00e9ment t\u00e9moin de sa propre fatigue. Il ne pourrait en \u00eatre autrement, puisque la conscience, l&rsquo;essence, forme notre seul et v\u00e9ritable \u00eatre. Tout comme l&rsquo;eau est humide et ne doit faire aucun effort pour le rester, je suis \u00e0 chaque instant conscience et le t\u00e9moin de tout ce qui se pr\u00e9sente.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">La seule question qui pourrait encore surgir est la suivante : si conna\u00eetre n&rsquo;est pas une fonction, ne semble-t-il pas pour autant qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une action produite par ce t\u00e9moin ? Ne pourrait-on pas dire que le t\u00e9moin conna\u00eet, et ainsi qu&rsquo;il y a dualit\u00e9, qu&rsquo;il s&rsquo;agirait tout de m\u00eame d&rsquo;une fonction. La r\u00e9ponse est non : t\u00e9moin et conscience ne forment qu&rsquo;un.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Nous avons vu que les images-pens\u00e9es surviennent spontan\u00e9ment dans la conscience, comme les vagues dans l&rsquo;oc\u00e9an. Si l&rsquo;on creuse la vague, on ne trouve que de l&rsquo;eau, si l&rsquo;on d\u00e9pouille l&rsquo;image de sa forme, on ne trouve que conscience. On y d\u00e9couvre ce Moi immuable qui n&rsquo;est autre que cette m\u00eame conscience, cette m\u00eame essence. Arriv\u00e9 \u00e0 ce point o\u00f9 tout nous quitte, nous constatons enfin notre v\u00e9ritable identit\u00e9. D\u00e9pouill\u00e9 de toute forme, je retrouve enfin mon nom, mon visage : Moi. C&rsquo;est le silence, l&rsquo;absence, la pl\u00e9nitude. Le monde des formes surgit en moi, j&rsquo;en suis t\u00e9moin dans le r\u00eave tout comme dans l&rsquo;\u00e9tat de veille. Le corps, la personnalit\u00e9, les perceptions sensorielles, les pens\u00e9es, les sentiments, ne sont que des images irr\u00e9elles en tant que telles. Je n&rsquo;ai pas de corps, je n&rsquo;ai pas de personnalit\u00e9. J&rsquo;en suis le t\u00e9moin immuable, ou bien, en tant que conscience, je suis leur mati\u00e8re premi\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Pour qu&rsquo;une chose soit vraie, elle doit l&rsquo;\u00eatre toujours, partout et pour chacun d&rsquo;entre nous. Les Upanishads nous le r\u00e9p\u00e8tent maintes fois. Ce qui vient d&rsquo;\u00eatre expos\u00e9 r\u00e9pond \u00e0 cet imp\u00e9ratif. Tout homme, qu&rsquo;il soit bandit ou saint, est t\u00e9moin de ses perceptions, pens\u00e9es et sentiments. Il l&rsquo;a toujours \u00e9t\u00e9 et le restera toujours. C&rsquo;est pourquoi il serait absurde de vouloir se transformer, se violer en vue de la r\u00e9alisation. La saintet\u00e9 et la v\u00e9rit\u00e9 ne sont pas n\u00e9cessairement solidaires ; l&rsquo;exemple classique est celui de Valmiki, auteur du R\u00e2m\u00e2yana. Il fit une splendide carri\u00e8re de brigand.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Que nous soyons voyou, artiste, asc\u00e8te ou homme de science, nous respirons tous le m\u00eame air et tout aussi facilement. Ainsi, la v\u00e9rit\u00e9 est accessible \u00e0 tous ceux qui veulent l&rsquo;atteindre, quels qu&rsquo;ils soient. \u00ab\u00a0<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>Rien n&rsquo;est plus facile, plus clair, plus \u00e9vident que d&rsquo;\u00eatre ce que l&rsquo;on est, cet \u00eatre dont la majest\u00e9 est \u00e9prouv\u00e9e par chaque homme, enfants et idiots y compris<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">\u00ab\u00a0. Voil\u00e0 ce que nous apprend Shankara.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Il suffit de reconna\u00eetre ce moi unique, immuable et \u00e9ternel dans chaque \u00eatre pour trouver la voie imm\u00e9diate vers ce T\u00e9moin que je suis. Et il suffit de s&rsquo;identifier sciemment avec ce T\u00e9moin pour trouver, sans la moindre peine, la libert\u00e9 imm\u00e9diate et totale \u00e0 laquelle tout notre \u00eatre aspire.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\"><strong>Jn\u00e2na-yoga par Wolter A. Keers<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">(Revue \u00catre. No 3. 1\u00e8re ann\u00e9e. 1973)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\"><strong>3.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Bien que nous ayons les yeux grands ouverts, nous ne voyons rien aussi longtemps que nos pens\u00e9es sont ailleurs. Absorb\u00e9s par la lecture, nous n&rsquo;entendons pas le bruit des voitures qui passent. Et lorsqu&rsquo;une musique nous entra\u00eene et nous enveloppe, nous ne voyons plus le papier-peint du mur que nous fixons, et toute autre notion, comme par exemple celle d&rsquo;\u00eatre assis sur une chaise, nous a compl\u00e8te\u00adment quitt\u00e9s. Celui qui croit que le monde existe r\u00e9ellement, ind\u00e9pen\u00addamment de la conscience, devra certainement admettre qu&rsquo;il n&rsquo;existe pour moi que lorsqu&rsquo;il est traduit dans les termes de la conscience, c&rsquo;est-\u00e0-dire lorsqu&rsquo;il est devenu id\u00e9e, perception consciente. Et une perception consciente est quelque chose de mental, une mani\u00e8re de penser, une pens\u00e9e tout court. En d&rsquo;autres mots \u2014 depuis ma naissance jusqu&rsquo;\u00e0 ma mort \u2014 je ne conna\u00eetrai le monde que dans les termes de mes propres pens\u00e9es. Qu&rsquo;un monde puisse exister ind\u00e9pendamment des pens\u00e9es est quelque chose que personne n&rsquo;a jamais exp\u00e9riment\u00e9, que personne n&rsquo;exp\u00e9rimente et que l&rsquo;on n&rsquo;exp\u00e9rimentera jamais. C&rsquo;est pourquoi il est tout \u00e0 fait absurde de vouloir pr\u00e9tendre qu&rsquo;un tel monde existe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Celui qui pr\u00e9tend poss\u00e9der un cheval \u00e0 douze pattes, qui est en outre invisible, doit probablement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme d\u00e9ment. Mais au fond, il n&rsquo;est pas moins \u00e9trange de persister \u00e0 dire qu&rsquo;un monde que personne n&rsquo;a jamais per\u00e7u et ne percevra jamais existe tout de m\u00eame. La seule diff\u00e9rence entre l&rsquo;homme au cheval \u00e9trange et la plu\u00adpart des gens, c&rsquo;est que le premier est seul, tandis que les autres parta\u00adgent une m\u00eame opinion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Essayons de d\u00e9crire un objet sans faire emploi des qualit\u00e9s sensorielles : c&rsquo;est impossible. Un objet consiste en forme, son, go\u00fbt, odorat et une certaine solidit\u00e9. En supposant que nous ayons cinq autres sens, la rose qui fleurit dans notre jardin serait tout autre que celle que nous connaissons, sans aucun parfum ou couleur par exemple, mais avec un certain picotement de notre sens magn\u00e9tique \u2014 sens qui nous est incon\u00adnu bien s\u00fbr \u2014 mais qui pourrait \u00e9ventuellement permettre une r\u00e9action avec les min\u00e9raux que la rose contient. Chaque fois que nous d\u00e9crivons ou d\u00e9terminons un objet, nous faisons emploi de nos propres sens ; de la rose m\u00eame, rien ne nous est vraiment connu. La rose est comme le fond, la toile sur laquelle nos sens projettent des qualit\u00e9s de forme, de douceur, de parfum, d&rsquo;\u00e9loignement du corps. Celui qui veut examiner ce que la rose est r\u00e9ellement, doit donc se demander quel est le fond de toutes ces qualit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Le monde consiste en perceptions sensorielles et les perceptions sensorielles sont des pens\u00e9es. La question qui en d\u00e9coule est donc : Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une pens\u00e9e ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Il n&rsquo;est pas tr\u00e8s difficile de r\u00e9pondre \u00e0 cette question. Celui qui prend le temps d&rsquo;observer calmement ce qui se pr\u00e9sente, constate que d&rsquo;abord il n&rsquo;y a rien (du moins en apparence), puis vient une pens\u00e9e (celle-ci peut \u00eatre une perception sensorielle, une image ou soi-disant une pens\u00e9e abstraite), puis la pens\u00e9e dispara\u00eet, et ce qui reste, c&rsquo;est de nouveau rien. Mais les apparences sont toujours trompeuses. Rien ne pourrait jaillir du n\u00e9ant. Le n\u00e9ant exclut toute pens\u00e9e. La pens\u00e9e se manifeste donc dans la conscience, et non dans le n\u00e9ant. D&rsquo;abord, il y a conscience sans forme. C&rsquo;est dans cette conscience que se manifeste une pens\u00e9e, puis la pens\u00e9e se r\u00e9sorbe et ce qui reste c&rsquo;est la conscience seule. Ce qui s\u00e9pare deux pens\u00e9es ou sentiments n&rsquo;est donc pas le n\u00e9ant, mais la conscience m\u00eame, qui n&rsquo;est li\u00e9e ni au temps, ni \u00e0 l&rsquo;espace. Cette reconnaissance est plus qu&rsquo;importante. Nous sommes habitu\u00e9s \u00e0 croire qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien lorsqu&rsquo;il y a absence de pens\u00e9es ou de sentiments, nous croyons aussi qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien dans le sommeil profond. Mais lorsque le monde dispara\u00eet, ce qui reste n&rsquo;est pas le n\u00e9ant, mais la conscience, l&rsquo;essence m\u00eame. C&rsquo;est pourquoi le sommeil profond ne se pr\u00e9sente pas \u00e0 nous comme un ab\u00eeme noir et sans fond, un ab\u00eeme qui nous fait peur ou dont nous avons horreur puisqu&rsquo;il serait l&rsquo;absence de nous-m\u00eames, la mort totale, mais bien au contraire, comme l&rsquo;absorption dans la paix m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Le sommeil profond est tellement essentiel que nous courons voir un docteur si le sommeil nous manque, et que nous nous r\u00e9veillons \u00e0 bout de forces apr\u00e8s une nuit trop pleine de r\u00eaves.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Le monde n&rsquo;est que pens\u00e9es. Les pens\u00e9es tout comme les vagues dans l&rsquo;eau apparaissent dans la conscience, se manifestent un moment, et se r\u00e9sorbent \u00e0 nouveau dans la conscience. Comme la vague qui n&rsquo;est que de l&rsquo;eau, la pens\u00e9e n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que \u00ab\u00a0conscience\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0essence\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Pour revenir \u00e0 l&rsquo;exemple de la rose : nous avons vu que la rose qui fleurit dans notre jardin n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que nos propres percep\u00adtions sensorielles. Qu&rsquo;est la rose en r\u00e9alit\u00e9 ? Elle est le fond de toutes ces caract\u00e9ristiques per\u00e7ues, c&rsquo;est-\u00e0-dire, ce qui supporte toutes ces qualifications, ces pens\u00e9es, elle est donc la conscience m\u00eame, l&rsquo;essence m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Dans le premier article de cette s\u00e9rie, nous avons vu que cette essence est le vrai \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb. Il est facile maintenant de voir que le monde qui inclut mon propre corps, mes sens, pens\u00e9es et sentiments, n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que l&rsquo;essence (que je suis). Ou, l&rsquo;on peut dire, je suis la \u00ab\u00a0Conscience\u00a0\u00bb gr\u00e2ce \u00e0 laquelle le monde peut se manifester. \u00ab\u00a0Je suis la lumi\u00e8re du monde\u00a0\u00bb a dit le Christ, et \u00ab\u00a0C&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 la lumi\u00e8re de l&rsquo;\u00e2tm\u00e2 que le soleil brille\u00a0\u00bb d\u00e9clare l&rsquo;Upanishad.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Pour le profane, celui qui dit de telles choses peut sembler extravagant : ce n&rsquo;est pas sans raison que grand nombre de ses con\u00adtemporains eurent horreur de J\u00e9sus, et qu&rsquo;ils l&rsquo;accus\u00e8rent de blasph\u00e9mer. C&rsquo;est d\u2019ailleurs le cas pour certains autres. Shankara dit \u00ab\u00a0Il n&rsquo;est pas difficile de trouver la v\u00e9rit\u00e9, mais agir de fa\u00e7on \u00e0 plaire \u00e0 tout le monde est impossible\u00a0\u00bb. Celui qui peut dire non en tant que person\u00adnalit\u00e9 est uni \u00e0 Dieu (synonyme de l&rsquo;Absolu, l\u2019\u00c9ternit\u00e9, etc.) ; il est sans ego et, par cons\u00e9quent, l&rsquo;humilit\u00e9 m\u00eame. Toute notre vie est une exp\u00e9rience ininterrompue, sur laquelle apparaissent et disparaissent, comme des vagues sur l&rsquo;eau, une cha\u00eene quasi infinie de pens\u00e9es et de sentiments qui se manifestent et se dissolvent. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 cause de cette fausse identification avec le corps que je cr\u00e9e l&rsquo;illusion que le corps et le monde \u00ab\u00a0mat\u00e9riel\u00a0\u00bb correspondant ont une existence durable. Mais au fond, ce corps n&rsquo;est lui-m\u00eame qu&rsquo;une image qui appara\u00eet de temps en temps pour de nouveau dispara\u00eetre. Le corps, lui aussi, n&rsquo;a chaque fois qu&rsquo;une dur\u00e9e de quelques instants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Celui qui est capable de cette reconnaissance et qui est en m\u00eame temps apte \u00e0 transposer son point de gravit\u00e9 du corps, des pens\u00e9es et des sentiments vers cet arri\u00e8re-plan qui en est la base, trouve imm\u00e9dia\u00adtement et sans aucune difficult\u00e9 la lib\u00e9ration de tous liens, parce qu&rsquo;il perd ainsi son identit\u00e9 avec la limitation. Il sait que la cr\u00e9ation, tout comme lui-m\u00eame, est une forme de conscience. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle Lib\u00e9ration ou Illumination.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Celui qui veut distinguer ce qu&rsquo;il est de ce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas doit d&rsquo;abord analyser sa notion du \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb. Dans des phrases comme : je marche, je m\u2019assieds, je suis grand ou petit, mince ou gros, je travaille, je me repose, etc., le mot \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb signifie le corps. Quand je dis : comme c&rsquo;est doux&#8230; c&rsquo;est d\u00e9licieux&#8230;, j&rsquo;entends du bruit, je vois tel ou tel objet, \u00e7a sent bon&#8230;, le mot \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb signifie le fonctionnement d&rsquo;un des sens. Et dans des remarques comme : je pense \u00e0 &#8230; ou, je me sens triste ou gai, le mot \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb signifie le fonctionnement de l&rsquo;intelligence ou des sentiments. Toutes ces exp\u00e9riences ont \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb en commun. 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