{"id":13482,"date":"2013-04-17T04:20:45","date_gmt":"2013-04-17T03:20:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=13482"},"modified":"2013-04-17T04:20:45","modified_gmt":"2013-04-17T03:20:45","slug":"le-second-visage-dhippocrate-lhomeopathie-par-francois-bruno","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-second-visage-dhippocrate-lhomeopathie-par-francois-bruno\/","title":{"rendered":"Le second visage d&rsquo;Hippocrate : l&rsquo;hom\u00e9opathie par Fran\u00e7ois Bruno"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Extrait de <em>Les m\u00e9decines diff\u00e9rentes<\/em>. Encyclop\u00e9die Plan\u00e8te. LDP 1970)<em><br \/>\n<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les donn\u00e9es de cet article sont des ann\u00e9es 1960 et ne cite pas les nouveaux d\u00e9veloppements dans ce domaine. Mais les principes de l&rsquo;hom\u00e9opathie sont tr\u00e8s bien expos\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il existe un paradoxe de l&rsquo;hom\u00e9opathie. Une m\u00e9decine en marge ? Dans les pays \u00e9volu\u00e9s, elle fera plut\u00f4t figure de \u00ab m\u00e9decine dans la m\u00e9decine \u00bb. En France, par exemple, sur 35000 m\u00e9decins environ, 1000 \u00e0 1200 au plus sont des hom\u00e9opathes\u00a0; on estime qu&rsquo;ils peuvent compter sur une client\u00e8le de six millions de personnes. Mieux encore : depuis cette ann\u00e9e, un chapitre consacr\u00e9 aux rem\u00e8des hom\u00e9opathiques figure dans le Codex, ce r\u00e9pertoire officiel des produits pharmaceutiques agr\u00e9\u00e9s par le minist\u00e8re de la Sant\u00e9. Cependant, les facult\u00e9s continuent \u00e0 exclure l&rsquo;hom\u00e9opathie de leur enseignement et les h\u00f4pitaux de leurs \u00ab services \u00bb. L&rsquo;Acad\u00e9mie de m\u00e9decine, en corps, continue \u00e0 la d\u00e9savouer. Ce n&rsquo;est ni la clandestinit\u00e9 ni l&rsquo;existence pleinement reconnue. Un statut interm\u00e9diaire, ambigu. Sans doute, les m\u00eames remarques s&rsquo;appliquent-elles \u00e0 nombre de m\u00e9decines h\u00e9t\u00e9rodoxes. Mais l&rsquo;hom\u00e9opathie \u00e9tant de loin, \u00e0 travers le monde, la plus r\u00e9pandue d&rsquo;entre elles, c&rsquo;est aussi celle qui fait le mieux ressortir, en les accentuant, les contradictions inh\u00e9rentes \u00e0 leur situation commune. \u00c0 son \u00e9gard, la vieille m\u00e9fiance a \u00e9t\u00e9 \u00e9branl\u00e9e\u00a0; elle n&rsquo;a pas disparu. Cette m\u00e9fiance a des racines profondes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;hom\u00e9opathe est, pour son confr\u00e8re officiel, un rival bien autrement redoutable que, par exemple, le gu\u00e9risseur : il ne peut servir de repoussoir <a id=\"Y1\" href=\"#X1\">[1]<\/a>. M\u00eame s&rsquo;il a quelques r\u00e9ussites \u00e0 son actif, le gu\u00e9risseur n&rsquo;inqui\u00e8te pas : il gu\u00e9rit par des proc\u00e9d\u00e9s connus de lui seul, ou bien il se dit le d\u00e9tenteur d&rsquo;un antique secret, d&rsquo;un pouvoir occulte\u00a0; de toute fa\u00e7on, il se situe en dehors de la m\u00e9decine. L&rsquo;hom\u00e9opathe, lui, est un m\u00e9decin \u00e0 part enti\u00e8re, il a fr\u00e9quent\u00e9 la facult\u00e9 et il exerce on ne peut plus l\u00e9galement. Ce qui est plus grave encore, il ne se contente pas d&rsquo;appliquer un certain nombre de recettes empiriques : il propose un corps de doctrine, un syst\u00e8me organis\u00e9 et coh\u00e9rent. D\u00e8s lors, la troublante question de la dualit\u00e9 de la m\u00e9decine se trouve pos\u00e9e : le gu\u00e9risseur est un incroyant, l&rsquo;hom\u00e9opathe un h\u00e9r\u00e9tique. Comme les hom\u00e9opathes, et pour les m\u00eames raisons, les acupuncteurs, par exemple, et d&rsquo;autres disciplines m\u00e9dicales sont tenus en suspicion par une bonne partie du corps m\u00e9dical. De toutes les m\u00e9decines h\u00e9t\u00e9rodoxes, l&rsquo;hom\u00e9opathie est, pourtant, croyons-nous, celle qui a suscit\u00e9 le plus de pol\u00e9miques, et les plus passionn\u00e9es. Encore une fois, elle prend valeur d&rsquo;exemple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un d\u00e9bat qui dure depuis cent cinquante ans<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre les hom\u00e9opathes et le reste des m\u00e9decins, il y a un peu plus d&rsquo;un si\u00e8cle et demi que le d\u00e9bat est ouvert. C&rsquo;est en 1810 que le m\u00e9decin allemand Christian Samuel Hahnemann publiait son <em>Organon de l&rsquo;Art de gu\u00e9rir<\/em>, o\u00f9, pour la premi\u00e8re fois de fa\u00e7on compl\u00e8te, il exposait les principes de l&rsquo;hom\u00e9opathie <a id=\"Y2\" href=\"#X2\">[2]<\/a>. Presque imm\u00e9diatement, l&rsquo;Acad\u00e9mie de m\u00e9decine de Paris, entre autres, \u00ab repoussait ce syst\u00e8me de toutes les forces de l&rsquo;intelligence \u00bb. Depuis lors et jusqu&rsquo;\u00e0 une date tr\u00e8s r\u00e9cente, on a \u00e9chang\u00e9, de part et d&rsquo;autre, plus d&rsquo;invectives que de v\u00e9ritables arguments. Il est significatif qu&rsquo;Hahnemann ait \u00e9t\u00e9 fr\u00e9quemment assimil\u00e9 \u00e0 un gu\u00e9risseur. De leur c\u00f4t\u00e9, lorsqu&rsquo;ils parlaient de \u00ab la m\u00e9decine officielle \u00bb, les hom\u00e9opathes avaient l&rsquo;air de sous-entendre : la m\u00e9decine en chaire, pontifiante et scl\u00e9ros\u00e9e. Aujourd&rsquo;hui seulement, on per\u00e7oit \u00e0 de nombreux signes \u2014 par exemple, en France, la publication du nouveau Codex \u2014 que, dans les deux camps, les esprits commencent \u00e0 s&rsquo;apaiser. On n&rsquo;en est pas encore \u00e0 la r\u00e9conciliation. Mais dans ce d\u00e9bat vieux de cent cinquante ans, il y a enfin place pour le dialogue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;hom\u00e9opathie a-t-elle \u00e9volu\u00e9e\u00a0? Pour l&rsquo;essentiel, on le verra, elle est rest\u00e9e ce qu&rsquo;elle \u00e9tait \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. Si le rapprochement s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9, c&rsquo;est qu&rsquo;il a bien fallu reconna\u00eetre que les progr\u00e8s scientifiques modernes confirmaient, plut\u00f4t qu&rsquo;ils n&rsquo;infirmaient, les intuitions d&rsquo;Hahnemann.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un retour \u00e0 Hippocrate<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Existe-t-il une ou plusieurs m\u00e9decines\u00a0? Peut-on gu\u00e9rir en partant de pr\u00e9misses divergentes\u00a0? Ces questions, toutes les m\u00e9decines h\u00e9t\u00e9rodoxes les posent implicitement. Aucune ne le fait avec autant d&rsquo;insistance que l&rsquo;hom\u00e9opathie qui, elle, les formule explicitement. Elle n&rsquo;est pas sortie tout arm\u00e9e, au XIXe si\u00e8cle, de l&rsquo;Organon d&rsquo;Hahnemann. Au contraire, elle se r\u00e9clame de la tradition mill\u00e9naire des mages de Babylone, des sages chinois et des pr\u00eatres-dieux d&rsquo;\u00c9gypte, dont Hippocrate fut l&rsquo;un des premiers \u00e0 recueillir l&rsquo;h\u00e9ritage. Hippocrate qui, du m\u00eame souffle et presque dans la m\u00eame phrase, avait d\u00e9fini, quatre si\u00e8cles avant J\u00e9sus-Christ, les principes de deux m\u00e9decines \u00ab sym\u00e9triques \u00bb mais non contradictoires :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Les contraires sont gu\u00e9ris par les contraires. La maladie est produite par les semblables et, par les semblables que l&rsquo;on fait prendre, le patient revient de la maladie \u00e0 la sant\u00e9. La fi\u00e8vre est supprim\u00e9e par ce qui la produit, et produite par ce qui la supprime. Ainsi, de deux fa\u00e7ons oppos\u00e9es, la sant\u00e9 se r\u00e9tablit<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En quelques lignes, les deux grandes voies \u00e9taient trac\u00e9es. Celle de la m\u00e9decine classique, qui combat l&rsquo;hyperh\u00e9mie ou congestion par la saign\u00e9e, la constipation par les laxatifs, les parasites par les vermifuges\u00a0; en un mot, le mal par son contraire et dont on peut dire pour cela qu&rsquo;elle est allopathique (du grec <em>alios<\/em>, contraire). Et celle de l&rsquo;hom\u00e9opathie (du grec <em>homoios<\/em>, semblable), qui combat le mal par son semblable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Hippocrate, apr\u00e8s avoir \u00e9tabli son diagnostic et son pronostic, le m\u00e9decin a le choix entre trois attitudes possibles \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la \u00ab nature \u00bb : ou bien la laisser faire (<em>natura medicatrix<\/em>), ou bien s&rsquo;opposer \u00e0 elle en appliquant la loi des contraires, ou bien l&rsquo;aider en se conformant \u00e0 la loi des semblables. Laquelle de ces m\u00e9thodes est la plus efficace\u00a0? Cela d\u00e9pend de la maladie et du temp\u00e9rament du malade. Aucun dogme pr\u00e9\u00e9tabli, aucune interdiction. Dans chaque cas d&rsquo;esp\u00e8ce, seules des consid\u00e9rations d&rsquo;opportunit\u00e9 interviendront. Puisque tout le monde le proclame, il faut bien admettre qu&rsquo;Hippocrate est \u00ab le P\u00e8re de la M\u00e9decine \u00bb. Mais comme bien des p\u00e8res, il a \u00e9t\u00e9 plus respect\u00e9 qu&rsquo;ob\u00e9i. Si l&rsquo;on avait ob\u00e9i \u00e0 ses volont\u00e9s, l&rsquo;allopathie et l&rsquo;hom\u00e9opathie auraient suivi des chemins parall\u00e8les, et jamais elles ne se seraient dress\u00e9es l&rsquo;une contre l&rsquo;autre. De ces m\u00e9decines compl\u00e9mentaires dans son esprit, c&rsquo;est Galien, au 11 si\u00e8cle apr\u00e8s J\u00e9sus-Christ, qui fit des s\u0153urs ennemies. En rejetant la loi des semblables, il morcelait l&rsquo;h\u00e9ritage du m\u00e9decin grec pour n&rsquo;en conserver qu&rsquo;une partie. Du moins son syst\u00e8me avait-il le m\u00e9rite de la coh\u00e9rence interne et de ne pas heurter le sens commun : \u00ab &#8230; <em>Pour lutter contre le feu, disait Galien, c&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;eau qu&rsquo;il faut faire appel, non au feu lui-m\u00eame<\/em>. \u00bb De plus, il \u00e9tait chr\u00e9tien dans un monde qui le devenait. Toutes les conditions \u00e9taient r\u00e9unies pour assurer l&rsquo;essor de sa doctrine qui bient\u00f4t devint pr\u00e9pond\u00e9rante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant quelques si\u00e8cles, cependant, la vraie tradition hippocratique se perp\u00e9tua en Orient, chez les Perses et les Arabes, et l&rsquo;on en trouve un reflet, au XIIe si\u00e8cle, dans le <em>Trait\u00e9 des Poisons<\/em> du m\u00e9decin juif Maimonide. En Occident, au contraire, elle ne fut maintenue que par des isol\u00e9s, en particulier des alchimistes, qui, en se l&rsquo;appropriant, la vidaient du m\u00eame coup de tout contenu scientifique. Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle, la voix d&rsquo;Hippocrate \u00e9tait couverte par les \u00e9lucubrations saugrenues de gu\u00e9risseurs qui, au nom de la loi des semblables, recommandaient l&#8217;emploi de d\u00e9coctions de fleurs jaunes contre les troubles biliaires et de fleurs rouges contre les dysm\u00e9norrh\u00e9es, les r\u00e8gles douloureuses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le pionnier de l&rsquo;hom\u00e9opathie moderne : Christian Samuel Hahnemann<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est alors qu&rsquo;Hahnemann vint. On \u00e9tait en 1770. De purges en saign\u00e9es, les m\u00e9decins de l&rsquo;\u00e9poque venaient de laisser mourir l&#8217;empereur Fran\u00e7ois II d&rsquo;Autriche. Hahnemann, qui avait alors moins de trente ans, ne craignit pas de rejeter la responsabilit\u00e9 de cette mort sur ses confr\u00e8res les plus illustres. Et peu apr\u00e8s, accabl\u00e9 par sa propre impuissance \u00e0 gu\u00e9rir, il renon\u00e7ait \u00e0 exercer la m\u00e9decine et se consacrait \u00e0 des travaux de traduction. L&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il existait, comme il disait, un moyen simple et m\u00e9connu de traiter les maladies continuait cependant \u00e0 l&rsquo;obs\u00e9der. D\u00e9\u00e7u par la science m\u00e9dicale de son temps, il \u00e9tudiait syst\u00e9matiquement les auteurs anciens : Hippocrate, Paracelse, Averro\u00e8s. C&rsquo;est un ouvrage de l&rsquo;\u00c9cossais Cullen, la <em>Materia medica<\/em>, qui le mit sur la voie de ce qu&rsquo;il cherchait obscur\u00e9ment. Alors qu&rsquo;il traduisait ce livre, il avait \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par un passage sur le quinquina, un rem\u00e8de emprunt\u00e9 aux Incas et dont on se servait avec succ\u00e8s contre la fi\u00e8vre intermittente. \u00ab Cette substance, selon Cullen, exerce une vertu roborative (r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratrice) sur l&rsquo;estomac. \u00bb Cela, Hahnemann ne pouvait l&rsquo;admettre. Il se trouvait qu&rsquo;ayant lui-m\u00eame souffert de la fi\u00e8vre il s&rsquo;\u00e9tait soign\u00e9 au quinquina qui, tout en le gu\u00e9rissant, avait durablement perturb\u00e9 le fonctionnement de son estomac. Intrigu\u00e9 par cette contradiction et voulant en avoir le c\u0153ur net, il d\u00e9cida d&rsquo;exp\u00e9rimenter la drogue sur lui-m\u00eame. Et voici qu&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne inattendu se produisit : l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre, il observa sur son propre corps tous les sympt\u00f4mes de la fi\u00e8vre intermittente, et ces sympt\u00f4mes disparurent d\u00e8s qu&rsquo;il cessa de prendre le rem\u00e8de. Dans la marge du livre de Cullen, Hahnemann \u00e9crivit : \u00ab La fi\u00e8vre gu\u00e9rit la fi\u00e8vre. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette d\u00e9couverte \u00e9tait le fruit d&rsquo;un hasard. Le m\u00e9rite d&rsquo;Hahnemann est d&rsquo;en avoir tout de suite compris l&rsquo;importance. L&rsquo;exp\u00e9rience qu&rsquo;il avait faite avec le quinquina, il la refit avec la belladone, la coque du Levant, le mercure, la digitale. Toujours, les r\u00e9sultats furent concordants : les sympt\u00f4mes que ces substances provoquaient chez lui, homme bien portant, \u00e9taient semblables \u00e0 ceux des maladies qu&rsquo;elles gu\u00e9rissaient. D\u00e8s 1776, il pouvait \u00e9crire : \u00ab Toute substance susceptible de d\u00e9terminer chez l&rsquo;homme sain certaines manifestations est susceptible, chez l&rsquo;homme malade, de faire dispara\u00eetre les manifestations analogues. \u00bb Il avait fallu vingt-deux si\u00e8cles pour d\u00e9couvrir la loi des semblables. Mais, d&#8217;embl\u00e9e, Hahnemann lui donnait un caract\u00e8re d&rsquo;universalit\u00e9 qu&rsquo;Hippocrate n&rsquo;avait fait qu&rsquo;entrevoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La loi des semblables est la pierre angulaire de l&rsquo;hom\u00e9opathie. D&rsquo;apr\u00e8s un des plus c\u00e9l\u00e8bres hom\u00e9opathes d&rsquo;avant-guerre, le Dr. Charette, de Nantes, ce serait m\u00eame le seul principe fondamental de la doctrine, celui dont les autres d\u00e9rivent comme des corollaires. Ces corollaires, c&rsquo;est pourtant l&rsquo;exp\u00e9rience et non la d\u00e9duction logique qui, dans la pratique, en a d\u00e9montr\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s qu&rsquo;il fut assur\u00e9 de tenir une th\u00e9rapeutique efficace, Hahnemann recommen\u00e7a \u00e0 exercer la m\u00e9decine. Il s&rsquo;aper\u00e7ut vite que, administr\u00e9 \u00e0 doses pond\u00e9rables comme un rem\u00e8de allopathique, le rem\u00e8de semblable, avant d&rsquo;amener la gu\u00e9rison, entra\u00eenait invariablement une aggravation temporaire. On raconte qu&rsquo;un de ses patients, min\u00e9 par un ver solitaire et voulant s&rsquo;en d\u00e9barrasser au plus vite, faillit mourir pour avoir aval\u00e9 d&rsquo;un seul trait quatre doses d&rsquo;ell\u00e9bore blanc qu&rsquo;il ne devait absorber qu&rsquo;en un mois. \u00ab Ces grains d&rsquo;ell\u00e9bore, aurait-il dit \u00e0 Hahnemann, vous auriez mieux fait de vous en servir pour soigner votre folie. \u00bb En se multipliant, les incidents de ce genre auraient pu conduire Hahnemann \u00e0 abandonner sa m\u00e9thode, s&rsquo;il n&rsquo;avait bient\u00f4t d\u00e9couvert la deuxi\u00e8me loi de l&rsquo;hom\u00e9opathie, celle des quantit\u00e9s infinit\u00e9simales, qui est le compl\u00e9ment indispensable, et comme le correctif de la premi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon cette loi, en administrant le rem\u00e8de semblable \u00e0 doses infinit\u00e9simales, non seulement on \u00e9vite toute aggravation temporaire de la maladie, mais encore on h\u00e2te la gu\u00e9rison, comme si le m\u00e9dicament, en raison m\u00eame de son att\u00e9nuation, se chargeait d&rsquo;une force neuve et b\u00e9n\u00e9fique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une pr\u00e9paration hom\u00e9opathique?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour pr\u00e9parer des rem\u00e8des \u00ab att\u00e9nu\u00e9s \u00bb, Hahnemann mit au point deux proc\u00e9d\u00e9s tr\u00e8s simples. Quand le rem\u00e8de \u00e9tait insoluble, il m\u00ealait par trituration une partie en poids de cette substance \u00e0 neuf parties de poudre : la premi\u00e8re trituration d\u00e9cimale \u00e9tait ainsi obtenue ; une partie de ce m\u00e9lange incorpor\u00e9 de la m\u00eame fa\u00e7on \u00e0 neuf autres parties de poudre donnait la deuxi\u00e8me trituration d\u00e9cimale. Ainsi de suite. Quand il s&rsquo;agissait d&rsquo;une substance soluble, il proc\u00e9dait par dilutions successives. Pour pr\u00e9parer, par exemple, un m\u00e9dicament comme Belladona sixi\u00e8me cent\u00e9simale, il commen\u00e7ait par ranger six flacons devant lui. Dans le premier qui contenait 99 gouttes d&rsquo;un liquide-v\u00e9hicule, g\u00e9n\u00e9ralement de l&rsquo;alcool ou de l&rsquo;eau distill\u00e9e, il versait une goutte de belladone. Puis il secouait la fiole pour obtenir une dilution \u00e0 la premi\u00e8re cent\u00e9simale. Cette dilution, il en pr\u00e9levait alors une goutte, faisait l&rsquo;appoint avec 99 gouttes de solvant et, de nouveau, secouait. Il r\u00e9p\u00e9tait six fois de suite l&rsquo;op\u00e9ration pour arriver \u00e0 une dilution \u00e0 la sixi\u00e8me cent\u00e9simale. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas une limite, car il pensait qu&rsquo;une substance pouvait rester active jusqu&rsquo;\u00e0 la trenti\u00e8me cent\u00e9simale, et m\u00eame au-del\u00e0. Aujourd&rsquo;hui encore, pour pr\u00e9parer leurs rem\u00e8des, les hom\u00e9opathes se conforment scrupuleusement \u00e0 la m\u00e9thode hahnemannienne. Pour la plupart d&rsquo;entre eux, les proc\u00e9d\u00e9s mis au point plus r\u00e9cemment, en particulier celui de Korsakov, ne donnent que des \u00ab dilutions de clair de lune \u00bb <a id=\"Y3\" href=\"#X3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hippocrate tomb\u00e9 dans l&rsquo;oubli depuis plus de vingt si\u00e8cles, la loi des semblables avait d\u00e9j\u00e0 paru aberrante ; mais celle des quantit\u00e9s infinit\u00e9simales fit scandale. D\u00e8s l&rsquo;\u00e9poque d&rsquo;Hahnemann, un pr\u00e9jug\u00e9, encore tenace de nos jours, s&rsquo;enracina : on vit dans cette loi le fondement m\u00eame de l&rsquo;hom\u00e9opathie. Or, elle n&rsquo;est qu&rsquo;une cons\u00e9quence du principe d&rsquo;analogie, et l&rsquo;on ne peut la s\u00e9parer non plus de la troisi\u00e8me loi de l&rsquo;hom\u00e9opathie, souvent appel\u00e9e \u00ab loi d&rsquo;individualisation \u00bb. Le syst\u00e8me d&rsquo;Hahnemann forme un tout solidaire. Nous avons pris le parti ici de restituer enti\u00e8rement cet ensemble. Alors, seulement, nous serons en mesure d&rsquo;en juger les composantes. Quand on lui demandait d&rsquo;expliquer la loi d&rsquo;individualisation, le Dr Charette, au lieu de se lancer dans un expos\u00e9 didactique, avait l&rsquo;habitude de citer des exemples puis\u00e9s dans son exp\u00e9rience d&rsquo;hom\u00e9opathe. Voici l&rsquo;un des plus significatifs. Le Dr Charette est appel\u00e9 un soir aupr\u00e8s d&rsquo;une fillette de deux ans qui, de toute \u00e9vidence, a la coqueluche : elle est toute congestionn\u00e9e, et, au moindre mouvement, d&rsquo;interminables quintes de toux la secouent. \u00ab De cette toux que nous appelons aboyante \u00bb, pr\u00e9cise l&rsquo;hom\u00e9opathe. Il prescrit Belladona sixi\u00e8me cent\u00e9simale et affirme aux parents sa conviction que \u00ab dans deux jours il n&rsquo;y para\u00eetra plus \u00bb. Aussi est-il fort surpris de se voir rappeler d\u00e8s le lendemain. L&rsquo;enfant est presque tir\u00e9e d&rsquo;affaire. Mais sa nourrice, frapp\u00e9e en m\u00eame temps de la m\u00eame maladie et \u00e0 qui on a cru bon, sans consulter le m\u00e9decin, de donner le m\u00eame rem\u00e8de, va de mal en pis. Le Dr Charette examine la nourrice et constate, entre autres, qu&rsquo;\u00e0 chaque quinte, des mucosit\u00e9s blanch\u00e2tres se d\u00e9tachent de sa gorge. Voil\u00e0 le sympt\u00f4me r\u00e9v\u00e9lateur : ce n&rsquo;est pas Belladona qu&rsquo;il lui faut, c&rsquo;est Coccus Cacti&#8230; Pour gu\u00e9rir ces malades qui, toutes les deux, avaient la coqueluche, comment se fait-il qu&rsquo;il ait fallu recourir \u00e0 des rem\u00e8des diff\u00e9rents\u00a0? Le Dr Charette r\u00e9pondait qu&rsquo;\u00ab on peut \u00eatre coquelucheux, comme d&rsquo;ailleurs canc\u00e9reux ou tuberculeux, de dix ou trente fa\u00e7ons diff\u00e9rentes \u00bb, et il ajoutait : \u00ab Le rem\u00e8de passe-partout est une illusion. \u00bb En effet, si la toux de l&rsquo;enfant s&rsquo;\u00e9tait accompagn\u00e9e d&rsquo;un \u00e9tat naus\u00e9eux, ce n&rsquo;est ni Belladona ni Coccus Cacti qu&rsquo;il e\u00fbt prescrit, mais Ipeca ou Cuprum. Quand les quintes ne sont fr\u00e9quentes que la nuit, le rem\u00e8de est Drosera, et Kali Bichromicum para\u00eet plus indiqu\u00e9 quand des mucosit\u00e9s sont d\u00e9cel\u00e9es dans les vomissements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Chacun a sa mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre malade<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les maladies ne sont pas des entit\u00e9s fixes et invariables qu&rsquo;il suffit de nommer pour les caract\u00e9riser. Chez chacun d&rsquo;entre nous, elles prennent des formes particuli\u00e8res. Le m\u00e9decin classique se contente de les identifier; il dit par exemple : \u00ab C&rsquo;est une rougeole, ou une scarlatine. \u00bb L&rsquo;hom\u00e9opathe va plus loin : il doit d\u00e9terminer la forme particuli\u00e8re que cette rougeole ou cette scarlatine prend chez un malade donn\u00e9, et, pour cela, faire le recensement m\u00e9ticuleux de tous les sympt\u00f4mes propres \u00e0 ce malade. Pourquoi proc\u00e9der ainsi ? Souvenons-nous que le rem\u00e8de hom\u00e9opathique est un \u00ab simillimum \u00bb, un semblable. Autrement dit, il est d&rsquo;autant plus efficace que les sympt\u00f4mes pr\u00e9sent\u00e9s par le patient auquel on l&rsquo;administre sont plus proches des sympt\u00f4mes qu&rsquo;il est lui-m\u00eame capable de provoquer chez un sujet sain. \u00ab Le cas id\u00e9al, disait Hahnemann, est celui o\u00f9 la maladie artificielle cr\u00e9\u00e9e par le m\u00e9dicament co\u00efncide trait pour trait avec la maladie r\u00e9elle que j&rsquo;ai \u00e0 traiter. \u00bb Dire aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;il existe autant de maladies que de malades, c&rsquo;est \u00e9noncer une v\u00e9rit\u00e9 premi\u00e8re qu&rsquo;aucun m\u00e9decin, quel qu&rsquo;il soit, ne d\u00e9savoue. Mais l&rsquo;hom\u00e9opathe est le seul \u00e0 en tirer des cons\u00e9quences pratiques et di\u00adrectement utilisables dans la th\u00e9rapeutique. L&rsquo;individua\u00adlisation du malade, l&rsquo;\u00e9tude souvent fastidieuse de ses plus infimes r\u00e9actions, de ses sympt\u00f4mes les plus t\u00e9nus r\u00e9pondent, pour lui, \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse : il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autres moyens d&rsquo;orienter le choix du rem\u00e8de.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier contact avec un hom\u00e9opathe est toujours assez d\u00e9routant. \u00ab J&rsquo;ai la migraine \u00bb, annoncez-vous et, en ajoutant que \u00ab c&rsquo;est du c\u00f4t\u00e9 droit plut\u00f4t que du c\u00f4t\u00e9 gauche \u00bb, vous croyez avoir tout dit. Erreur : il veut savoir aussi si vos dents sont en bon \u00e9tat, si vous avez tendance \u00e0 larmoyer, si vous \u00eates sujet aux indigestions. C&rsquo;est une pluie de questions. Vous sentez-vous plus \u00e0 l&rsquo;aise \u00e0 l&rsquo;ombre ou au soleil? Faites-vous des r\u00eaves, et lesquels ? Est-ce que, par hasard, vers l&rsquo;\u00e2ge de six ans, vous n&rsquo;auriez pas fait une jaunisse? Aucun d\u00e9tail n&rsquo;est indiff\u00e9rent \u00e0 l&rsquo;hom\u00e9opathe <a id=\"Y4\" href=\"#X4\">[4]<\/a>. Peut-\u00eatre est-ce un symp\u00adt\u00f4me auquel vous n&rsquo;avez vous m\u00eame jamais accord\u00e9 d&rsquo;attention qui le mettra sur la voie du rem\u00e8de le plus appropri\u00e9 \u00e0 votre cas. Quand on examine un malade, conseillait Hahnemann, il faut s&rsquo;attacher presque exclusi\u00advement \u00ab aux sympt\u00f4mes frappants, singuliers, extraordi\u00adnaires et caract\u00e9ristiques \u00bb <a id=\"Y5\" href=\"#X5\">[5]<\/a>. Les autres, les sympt\u00f4mes vagues et g\u00e9n\u00e9raux, comme le manque de sommeil ou d&rsquo;app\u00e9tit, se retrouvent dans presque toutes les maladies, \u00ab et presque tous les m\u00e9dicaments produisent quelque chose de semblable \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Trois grands types de temp\u00e9rament<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais l&rsquo;individualisation du malade en tant que tel ne suffit pas. Il est indispensable aussi de l&rsquo;individualiser en tant que sujet sain. \u00ab Il importe de savoir, \u00e9crivait Hippocrate, vers quelle maladie tend chaque constitu\u00adtion. \u00bb Et c&rsquo;est pour atteindre ce but qu&rsquo;il avait \u00e9tabli une classification des types humains d&rsquo;apr\u00e8s leur \u00ab humeur \u00bb pr\u00e9pond\u00e9rante, c&rsquo;est-\u00e0-dire leur temp\u00e9rament. Il distin\u00adguait quatre types : les sanguins, les lymphatiques, les bilieux, les atrabilaires. Ici encore, l&rsquo;hom\u00e9opathie ren\u00adcontre la tradition hippocratique : chaque homme, selon les hom\u00e9opathes, porte en lui une charge morbide h\u00e9r\u00e9\u00additaire, la \u00ab psore \u00bb, qui varie selon sa constitution et le pr\u00e9dispose \u00e0 certaines maladies. Or, il existe trois grands types de constitution : le carbonique, le phospho\u00adrique et le fluorique. En d\u00e9terminant le type auquel appartiennent ses patients, le m\u00e9decin sera en mesure de pr\u00e9voir leur \u00e9volution pathologique et d&rsquo;adopter, le cas \u00e9ch\u00e9ant, des mesures pr\u00e9ventives. C&rsquo;est sur tout un ensemble de crit\u00e8res morphologiques et psychologiques qu&rsquo;il fondera cette classification, mais il accordera une attention particuli\u00e8re \u00e0 la souplesse ou \u00e0 la rigidit\u00e9 des articulations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici, par exemple, un homme de taille moyenne, trapu, r\u00e2bl\u00e9, et qui se reconna\u00eet autoritaire et dominateur. Apr\u00e8s avoir v\u00e9rifi\u00e9 que ses articulations sont normales, l&rsquo;hom\u00e9opathe sait qu&rsquo;il a affaire \u00e0 un carbonique, donc \u00e0 un individu dont l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 est peu charg\u00e9e, mais qui est promis, s&rsquo;il n&rsquo;y prend garde, \u00e0 l&rsquo;hypertension art\u00e9\u00adrielle. Raymond Poincar\u00e9, qui mourut victime d&rsquo;une h\u00e9mipl\u00e9gie tardive, appartint \u00e0 ce type. Supposons main\u00adtenant que se pr\u00e9sente un homme \u00e9lanc\u00e9, aux articula\u00adtions souples, qui r\u00e9v\u00e8le des go\u00fbts et un temp\u00e9rament d&rsquo;artiste : cet homme-l\u00e0 sera class\u00e9 parmi les phospho\u00adriques, dont Chopin, mort de la tuberculose, offre un exemple achev\u00e9. Quant \u00e0 cette jeune fille plut\u00f4t petite, instable, nerveuse, et dont les articulations sont tr\u00e8s l\u00e2ches, c&rsquo;est certainement une fluorique. Comme telle, elle est expos\u00e9e, plus qu&rsquo;une autre, aux pleurites, aux synovites chroniques, aux rhumatismes, etc. Charles Dullin \u00e9tait un fluorique typique <a id=\"Y6\" href=\"#X6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le classement en \u00ab types \u00bb a, entre autres avantages, celui de permettre la d\u00e9termination des rem\u00e8des de base ou de terrain. Ainsi les femmes timides sont-elles vou\u00e9es \u00e0 Pulsatilla et les hommes acari\u00e2tres \u00e0 Nux Vomica d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;on extrait la strychnine. Quand on a recens\u00e9 tous les sympt\u00f4mes pr\u00e9sent\u00e9s par un malade, quand on l&rsquo;a carac\u00adt\u00e9ris\u00e9 aussi en tant qu&rsquo;homme sain, c&rsquo;est-\u00e0-dire rang\u00e9 dans l&rsquo;un des trois groupes de la typologie hom\u00e9o\u00adpathique, on se trouve dans les meilleures conditions possibles pour s\u00e9lectionner les rem\u00e8des \u00ab sp\u00e9cifiques \u00bb qui lui conviennent. Mais ces rem\u00e8des, comment en conna\u00eetre les effets? C&rsquo;est ici qu&rsquo;intervient la notion de pathog\u00e9n\u00e9sie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Encore une fois, il faut prendre le principe d&rsquo;analogie comme point de d\u00e9part. On l&rsquo;a vu, l&rsquo;hom\u00e9opathe choisit ses rem\u00e8des en fonction des r\u00e9actions qu&rsquo;ils sont capables de provoquer chez un homme bien portant. Il s&rsquo;ensuit qu&rsquo;en hom\u00e9opathie il n&rsquo;existe qu&rsquo;un cobaye : l&rsquo;homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un seul laboratoire d&rsquo;exp\u00e9rimentation : L&rsquo;homme lui-m\u00eame<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le seul moyen de conna\u00eetre les effets d&rsquo;un m\u00e9dicament, c&rsquo;est de l&rsquo;exp\u00e9rimenter sur un sujet sain. Le protocole d&rsquo;une telle exp\u00e9rimentation constitue une pathog\u00e9n\u00e9sie. Les recueils de pathog\u00e9n\u00e9sies \u2014 il en existe un grand nombre \u2014 forment des \u00ab mati\u00e8res m\u00e9dicales \u00bb, instruments de travail aussi indispensables \u00e0 l&rsquo;hom\u00e9opathe que le bistouri au chirurgien. Hahnemann pr\u00e9voyait que les \u00ab Mati\u00e8res m\u00e9dicales \u00bb deviendraient, \u00e0 la limite, de v\u00e9ritables \u00ab codes de la nature \u00bb o\u00f9 seraient relev\u00e9es et d\u00e9crites les manifestations engendr\u00e9es par la quasi-totalit\u00e9 des substances connues. \u00c0 la fin de sa vie, en se donnant des maladies puis en les gu\u00e9rissant, il avait lui-m\u00eame exp\u00e9riment\u00e9 soixante et une substances. Un de ses disciples, Hering, voulant faire mieux encore, s&rsquo;intoxiquait volontairement, fr\u00f4lant la mort, pour d\u00e9crire les effets de diff\u00e9rents venins d&rsquo;insectes et de serpents. Pendant plusieurs ann\u00e9es, \u00e0 la suite d&rsquo;une de ces exp\u00e9\u00adriences, il fut dans l&rsquo;incapacit\u00e9 de porter un col dur, car il n&rsquo;\u00e9tait pas parvenu \u00e0 se d\u00e9barrasser de la sensa\u00adtion d&rsquo;\u00e9tranglement qui est l&rsquo;un des sympt\u00f4mes caract\u00e9\u00adristiques du venin Lachesis. Aujourd&rsquo;hui, on ne se contente plus d&rsquo;\u00e9num\u00e9rer des sympt\u00f4mes, comme le faisait Hahnemann, ou Hering; on les classe, on les groupe, on \u00e9tablit entre eux une hi\u00e9rarchie en faisant ressortir, pour chaque substance, les \u00ab sympt\u00f4mes cl\u00e9s \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La doctrine hom\u00e9opathique forme une construction d&rsquo;une impressionnante rigueur. La solidarit\u00e9 et l&rsquo;en\u00adcha\u00eenement logique de ses trois principes fondamentaux ont rarement \u00e9t\u00e9 ni\u00e9s. Mais ces principes eux-m\u00eames, on les a contest\u00e9s. Pour en d\u00e9montrer la validit\u00e9, les hom\u00e9opathes se sont appliqu\u00e9s \u00e0 les justifier th\u00e9orique\u00adment, les progr\u00e8s de la m\u00e9decine et des sciences en g\u00e9n\u00e9ral leur fournissant sans cesse de nouveaux arguments.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pour l&rsquo;hom\u00e9opathie, des faits. Contre elle, des raisons.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour saper le fondement m\u00eame de la doctrine, c&rsquo;est au principe de similitude que les adversaires de l&rsquo;hom\u00e9o\u00adpathie s&rsquo;en prennent d&rsquo;abord. Un exemple ancien : en 1835, l&rsquo;Acad\u00e9mie de m\u00e9decine de Paris rejetait som\u00admairement ce principe \u00ab au nom de l&rsquo;exp\u00e9rience et de la raison r\u00e9unies \u00bb. Un exemple tout r\u00e9cent : \u00ab Aujourd&rsquo;hui, \u00e0 l&rsquo;\u00e8re des antibiotiques, d\u00e9clarait l&rsquo;an dernier le Pr de Gennes, on ne soigne plus avec les dogmes&#8230; Quel est le \u00ab m\u00e9dicament semblable \u00bb qui permettra jamais de gu\u00e9rir la varicelle ou le cancer ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais la cible favorite des d\u00e9tracteurs de l&rsquo;hom\u00e9opathie a \u00e9t\u00e9, de tous temps, la loi des doses infinit\u00e9simales. En 1964, on rapporte encore certaines boutades c\u00e9l\u00e8bres des ennemis d&rsquo;Hahnemann <a id=\"Y7\" href=\"#X7\">[7]<\/a>. Par exemple, ce curieux proc\u00e9d\u00e9 de fabrication : \u00ab Versez une goutte de m\u00e9dicament au pont de Charenton ; il ne vous restera plus qu&rsquo;\u00e0 aller le recueillir avec une citerne au pont Mirabeau, et vous aurez ainsi quelques millions de litres de dilution hahnemanienne. \u00bb Les critiques adress\u00e9es \u00e0 la loi d&rsquo;individualisation ont \u00e9t\u00e9 plus rares, sans doute parce qu&rsquo;on en saisissait moins clairement les implications. Maintes fois, pourtant, on a reproch\u00e9 aux hom\u00e9opathes de \u00ab\u00a0s&rsquo;hypnotiser sur la notion de terrain \u00bb et d&rsquo;ignorer syst\u00e9\u00admatiquement le d\u00e9veloppement spectaculaire de la chi\u00admioth\u00e9rapie moderne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 ces reproches et \u00e0 ces sarcasmes, de nombreux hom\u00e9opathes se sont toujours refus\u00e9s \u00e0 opposer autre chose que des faits. Le Dr Charette r\u00e9pondait \u00e0 ses adversaires, en citant Lacordaire : \u00ab Jamais on ne peut opposer un raisonnement \u00e0 un fait ; il n&rsquo;y a rien contre un fait quand il est solidement \u00e9tabli \u00bb, ou Victor Hugo : \u00ab De quel droit dites-vous \u00e0 un fait : va-t&rsquo;en? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame si un fait est irr\u00e9cusable, l&rsquo;exp\u00e9rience montre que la soci\u00e9t\u00e9 ne l&rsquo;admet pleinement que lorsqu&rsquo;il est possible de l&rsquo;int\u00e9grer dans des cat\u00e9gories connues : il y a des faits h\u00e9r\u00e9tiques. Ces faits-l\u00e0, parce qu&rsquo;ils portent en eux des interrogations, parce qu&rsquo;ils d\u00e9rangent le confort intellectuel du grand nombre, il importe de les expliquer plus compl\u00e8tement que les autres. L&#8217;emploi de rem\u00e8des semblables sous forme de dilutions pouss\u00e9es \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame a quelque chose de d\u00e9concertant pour l&rsquo;esprit. Il ne suffit pas de constater que ces rem\u00e8des sont efficaces, il faut montrer comment et pourquoi ils agissent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour la m\u00e9decine traditionnelle, la maladie est un acci\u00addent; elle est li\u00e9e \u00e0 une cause \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l&rsquo;organisme. Il faut l&rsquo;en extirper. In\u00e9vitablement, quand un m\u00e9decin se fait de la maladie une telle conception, il est conduit \u00e0 appliquer la loi des contraires. Les rem\u00e8des qu&rsquo;il pres\u00adcrit ont pour fonction de \u00ab combattre \u00bb les causes du mal (traitement \u00e9tiologique) ou ses sympt\u00f4mes (traitement symptomatique). M\u00eame quand il tente de mobiliser les forces de l&rsquo;organisme, c&rsquo;est en faisant appel \u00e0 des sti\u00admulants pour compenser ses faiblesses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout change d\u00e8s qu&rsquo;on revient \u00e0 la conception hippo\u00adcratique. \u00ab La maladie appara\u00eet alors comme un ensemble de manifestations qui r\u00e9sultent de la lutte entre l&rsquo;agent agresseur et l&rsquo;organisme. \u00bb (Dr R. Zissu). En effet, d\u00e8s qu&rsquo;il est attaqu\u00e9 par une cause morbide, l&rsquo;organisme se met en \u00e9tat de d\u00e9fense. Quelles sont ses armes? D&rsquo;abord les \u00e9liminations diverses, les phagocytoses, l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de la temp\u00e9rature. Mais sa principale riposte, c&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelait autrefois les r\u00e9actions humorales et qu&rsquo;on appelle aujourd&rsquo;hui la production d&rsquo;anticorps sp\u00e9cifiques. L&rsquo;agresseur n&rsquo;envahit l&rsquo;organisme et n&rsquo;y cr\u00e9e des d\u00e9sordres graves que lorsque la d\u00e9fense c\u00e8de. Pour qui partage cette conception de la maladie, l&rsquo;application de la loi de similitude devient une n\u00e9cessit\u00e9. Le rem\u00e8de, en effet, doit agir dans le m\u00eame sens que la d\u00e9fense organique, la stimuler ; il a pour r\u00f4le de favoriser la production des anticorps. D\u00e8s lors, le m\u00e9dicament le plus efficace contre un agent donn\u00e9 sera soit cet agent lui-m\u00eame, soit son semblable le plus proche. Mais \u00e0 doses pond\u00e9rables, un tel rem\u00e8de n&rsquo;agirait plus comme un stimulant organique ; il r\u00e9aliserait au contraire \u00ab une sommation morbide \u00bb. Cette dualit\u00e9 d&rsquo;action des m\u00e9di\u00adcaments n&rsquo;a d&rsquo;ailleurs rien de myst\u00e9rieux. Claude Bernard l&rsquo;avait d\u00e9j\u00e0 observ\u00e9e : \u00ab Toute substance qui, \u00e0 petites doses, excite les fonctions d&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment ana\u00adtomique, les an\u00e9antit \u00e0 fortes doses. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au reste, l&rsquo;indication de rem\u00e8des tr\u00e8s att\u00e9nu\u00e9s n&rsquo;est pas un monopole de l&rsquo;hom\u00e9opathie. Les vitamines, par exemple, sont prescrites par les allopathes \u00e0 doses infini\u00adt\u00e9simales. Si elles ne peuvent pourtant pas \u00eatre consi\u00add\u00e9r\u00e9es comme des rem\u00e8des hom\u00e9opathiques, c&rsquo;est parce que leur action s&rsquo;explique non par la loi des semblables, mais par l&rsquo;intervention de ph\u00e9nom\u00e8nes de catalyse. La grande barri\u00e8re entre les allopathes et les hom\u00e9opathes, seul le principe d&rsquo;analogie la dresse. Mais, on l&rsquo;a vu, l&rsquo;application de ce principe exige le recours constant \u00e0 des substances att\u00e9nu\u00e9es; tandis que, dans la majorit\u00e9 des cas, l&#8217;emploi du proc\u00e9d\u00e9 hahnemanien de dilution serait un non-sens dans la pr\u00e9paration des m\u00e9dicaments allopathiques appel\u00e9s \u00e0 combattre par leur masse une cause \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l&rsquo;organisme et \u00e0 l&rsquo;\u00e9liminer. Faute d&rsquo;\u00eatre administr\u00e9s \u00e0 doses pond\u00e9rables, ces m\u00e9dicaments n&rsquo;atteindraient m\u00eame pas le \u00ab seuil physiologique \u00bb, en de\u00e7\u00e0 duquel leur action est nulle. Il suffit de veiller \u00e0 ce qu&rsquo;ils ne d\u00e9passent pas le \u00ab seuil toxique \u00bb, au-del\u00e0 duquel ils peuvent devenir dangereux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;hom\u00e9opathie confirm\u00e9e par la science moderne?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Reste \u00e0 expliquer comment des dilutions ne contenant que des traces infimes de substance sont per\u00e7ues par l&rsquo;organisme et y entra\u00eenent de sensibles manifestations. Cela ne peut \u00eatre compris que si l&rsquo;on pense \u00e0 la \u00ab r\u00e9ac\u00adtivit\u00e9 \u00bb exacerb\u00e9e du malade \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;un m\u00e9dicament susceptible de provoquer le mal m\u00eame dont il souffre. Hahnemann faisant observer, de plus, qu&rsquo;un homme en bonne sant\u00e9 peut absorber plusieurs tasses de \u00ab bouillon gras \u00bb sans s&rsquo;en trouver incommod\u00e9, alors que la seule odeur de ce bouillon suffit \u00e0 donner la naus\u00e9e \u00e0 un malade. Ces explications th\u00e9oriques peuvent emporter l&rsquo;adh\u00e9sion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il y a mieux : la confirmation des principes de l&rsquo;hom\u00e9opathie par l&rsquo;exp\u00e9rience. C&rsquo;est en 1796 qu&rsquo;Hahne\u00admann fonda la premi\u00e8re \u00e9cole hom\u00e9opathique. La m\u00eame ann\u00e9e, Jenner, apr\u00e8s vingt ans de recherches et de r\u00e9flexions, r\u00e9ussissait une exp\u00e9rience d\u00e9cisive qu&rsquo;il rap\u00adporte en ces termes : \u00ab Une fille de ferme, contamin\u00e9e par les vaches de son patron, a \u00e9t\u00e9 atteinte de la vaccine (maladie tr\u00e8s voisine de la petite v\u00e9role). Nous avons pr\u00e9lev\u00e9 une petite dose de substance dans une pustule qui s&rsquo;\u00e9tait form\u00e9e sur son bras, et nous l&rsquo;avons inocul\u00e9e au bras d&rsquo;un gar\u00e7on du nom de Phipps. Ensuite, les germes m\u00eames de la variole ont \u00e9t\u00e9 inocul\u00e9s \u00e0 ce gar\u00e7on; ainsi que je m&rsquo;\u00e9tais risqu\u00e9 \u00e0 le pr\u00e9dire, ils ne produisirent aucun effet. \u00bb La loi fondamentale de l&rsquo;hom\u00e9opathie et le principe des vaccins seraient-ils une seule et m\u00eame chose? \u00c9coutons Behring, l&rsquo;un des premiers disciples de Pasteur : \u00ab Comment obtient-on l&rsquo;immunit\u00e9 anti-\u00e9pid\u00e9mique du mouton vaccin\u00e9 contre l&rsquo;anthrax, si ce n&rsquo;est par l&rsquo;influence qu&rsquo;exerce pr\u00e9alable\u00adment un virus dont les caract\u00e8res sont semblables \u00e0 ceux du virus mortel ? Et quel terme plus appropri\u00e9 pourrions-nous employer pour parler de cette influence que l&rsquo;expres\u00adsion d&rsquo;Hahnemann : hom\u00e9opathie ? \u00bb Dans le m\u00eame esprit, le Pr Huchard \u00e9crit : \u00ab Loi de similitude, vieille comme la m\u00e9decine, que Pasteur a victorieusement appliqu\u00e9e&#8230; Le rem\u00e8de n&rsquo;est plus d\u00e9termin\u00e9 par la mala\u00addie, mais par la r\u00e9action du malade \u00e0 la maladie&#8230; Est-il possible de nier que les d\u00e9couvertes th\u00e9rapeutiques sur le chol\u00e9ra des poules, le t\u00e9tanos, la rage, la peste, la fi\u00e8vre typho\u00efde, la morsure des serpents venimeux proc\u00e8dent de la loi de similitude ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre vaccins et rem\u00e8des hom\u00e9opathiques, il y a pour\u00adtant des diff\u00e9rences <a id=\"Y8\" href=\"#X8\">[8]<\/a>. Le vaccin cr\u00e9e l&rsquo;immunit\u00e9 par l&rsquo;interm\u00e9diaire de toxines att\u00e9nu\u00e9es o\u00f9 sont cultiv\u00e9s les microbes m\u00eames qui engendrent la maladie ou des mi\u00adcrobes tr\u00e8s voisins : l&rsquo;analogie, ici, se rapproche de l&rsquo;identit\u00e9. Du fait qu&rsquo;elle n&rsquo;exige que l&#8217;emploi de substances semblables et non \u00ab identiques \u00bb, l&rsquo;hom\u00e9o\u00adpathie a un champ d&rsquo;action bien plus vaste que la vacci\u00adnoth\u00e9rapie et la s\u00e9roth\u00e9rapie. Avant Jenner et Pasteur, les hom\u00e9opathes avaient d&rsquo;ailleurs song\u00e9 \u00e0 \u00ab traiter les maladies par les m\u00eames miasmes qui les ont produites \u00bb. D\u00e8s la fin du XVIIIe si\u00e8cle, un v\u00e9t\u00e9rinaire hom\u00e9opathe de Leipzig, Lux, soignait ses animaux par des dilutions de substances pr\u00e9lev\u00e9es dans leurs secr\u00e9tions et leurs excr\u00e9tions. Depuis, cette m\u00e9thode, connue sous le nom d&rsquo;isopathie, sans jamais recevoir une grande extension, a toujours \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9e. On emploie, par exemple, la tuberculine contre la tuberculose, et la syphiline contre la syphilis : c&rsquo;est l&rsquo;isopathie large. Mais il existe aussi une isopathie tr\u00e8s individualis\u00e9e, qui utilise, apr\u00e8s l&rsquo;avoir dilu\u00e9, le sang m\u00eame du malade (auto-h\u00e9moth\u00e9rapie). Il y a une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es, deux hom\u00e9opathes fran\u00e7ais, les docteurs J. Roy et L\u00e9on Vannier, ont appliqu\u00e9 avec succ\u00e8s ce proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 des cas de pr\u00e9canc\u00e9rose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Des rem\u00e8des qui n&rsquo;osent pas dire leur nom<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 condition, pr\u00e9cisent-ils, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse bien d&rsquo;un principe et non d&rsquo;un dogme, la plupart des allopathes reconnaissent aujourd&rsquo;hui la valeur du principe d&rsquo;ana\u00adlogie. Sans qu&rsquo;on le dise clairement, un certain nombre de rem\u00e8des couramment utilis\u00e9s en allopathie doivent leur action au fait que, par rapport au mal qu&rsquo;ils gu\u00e9\u00adrissent, ils sont des \u00ab simillimum \u00bb. Ainsi le calomel et la ch\u00e9lidoine, m\u00e9dicaments classiques du foie, peuvent cr\u00e9er des troubles h\u00e9pathiques si on les absorbe \u00e0 trop fortes doses. De m\u00eame, les sels de mercure sont autant capables de bloquer les reins d&rsquo;un homme bien portant que de lib\u00e9rer ceux d&rsquo;un malade. Il n&rsquo;est pas difficile de multiplier les exemples : l&rsquo;adr\u00e9naline qui, aux doses usuelles, fait \u00e9nergiquement se contracter les vaisseaux, les dilate quand on l&#8217;emploie \u00e0 de fortes dilutions. Le Pr Leriche, lui-m\u00eame, notait : \u00ab Les maladies de la vaso\u00addilatation peuvent \u00eatre gu\u00e9ries par de la vasodilatation provoqu\u00e9e. \u00bb Plus pr\u00e8s de nous, un m\u00e9decin allopathe, le Dr Boulin, signale que \u00ab le LSD 25, substance suscep\u00adtible de cr\u00e9er chez des sujets un syndrome transitoire rappelant la schizophr\u00e9nie, s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 int\u00e9ressant, r\u00e9cemment, dans le traitement de cette affection \u00bb. C&rsquo;est par des doses infinit\u00e9simales de certains pollens qu&rsquo;on traite ceux qui y sont allergiques. Enfin, la digitaline couramment vendue en pharmacie, et que tous les m\u00e9de\u00adcins prescrivent aux cardiaques, n&rsquo;est pas autre chose que de l&rsquo;extrait de digitale \u00e0 la troisi\u00e8me cent\u00e9simale, donc un rem\u00e8de hom\u00e9opathique qui ne dit pas son nom. Au-dessus du foss\u00e9 qui s\u00e9pare encore l&rsquo;allopathie de l&rsquo;hom\u00e9opathie, les progr\u00e8s r\u00e9cents de la m\u00e9decine ont jet\u00e9 un pont. La m\u00e9decine officielle se refuse toujours \u00e0 reconna\u00eetre le caract\u00e8re universel du principe d&rsquo;ana\u00adlogie; dans la pratique, elle ne refuse plus de l&rsquo;appliquer. Adopte-t-elle la m\u00eame attitude \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la loi des doses infinit\u00e9simales ? Dans le proc\u00e9d\u00e9 d&rsquo;ionisation \u00e0 l&rsquo;histamine, mis au point r\u00e9cemment dans le traitement de l&rsquo;urticaire par un m\u00e9decin allopathe, le Dr Fiesinger, on utilise une compresse imbib\u00e9e d&rsquo;une solution d&rsquo;hista\u00admine \u00e0 1\/10000 et travers\u00e9e par un courant qui ne d\u00e9passe pas 5 milliamp\u00e8res. Combien de millioni\u00e8mes de milligrammes, ce courant entra\u00eene-t-il ? Jamais aucun hom\u00e9opathe n&rsquo;a pr\u00e9conis\u00e9 l&#8217;emploi de doses aussi infimes. Cependant, dans sa majorit\u00e9, le corps m\u00e9dical continue \u00e0 tenir des dilutions hahnemaniennes en suspicion. La vieille opposition n&rsquo;a pas encore d\u00e9sarm\u00e9. Quand on analyse les critiques adress\u00e9es \u00e0 la loi hom\u00e9opathique des petites doses, on constate qu&rsquo;elles se ram\u00e8nent, en fin de compte, \u00e0 trois arguments essentiels. Un argument physique de non-pr\u00e9sence : les mol\u00e9cules ne passent pas d&rsquo;un flacon \u00e0 l&rsquo;autre : \u00ab Vos dilutions, dit-on aux hom\u00e9opathes, ne contiennent pas trace de substance m\u00e9dicamenteuse. \u00bb Un argument physiologique de non-\u00adaction : \u00ab A supposer m\u00eame qu&rsquo;il y subisse quelque chose, il n&rsquo;est pas possible qu&rsquo;\u00e0 des doses aussi insignifiantes, un rem\u00e8de puisse \u00eatre efficace. \u00bb Enfin, un argument psychologique : \u00ab Vos malades gu\u00e9rissent par autosug\u00adgestion. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La physique nucl\u00e9aire nous a appris \u00e0 respecter l&rsquo;infiniment petit<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sont les progr\u00e8s de la chimie, de la biologie et de la psychologie qui ont permis de r\u00e9futer ces arguments. Depuis un demi-si\u00e8cle, les d\u00e9couvertes sur les virus, d&rsquo;une part, sur les atomes, d&rsquo;autre part, nous ont habi\u00adtu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;infiniment petit pouvait \u00eatre synonyme d&rsquo;infiniment puissant. Puis vinrent les recherches sur les hormones, et nous avons appris, par exemple, que les hormones sexuelles qui circulent dans le sang d&rsquo;une femme n&rsquo;exc\u00e8dent pas un milliardi\u00e8me de gramme. \u00c0 l&rsquo;heure o\u00f9 toute la chimie descendait \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mol\u00e9\u00adculaire, il semblait que personne ne d\u00fbt plus mettre en doute l&rsquo;action des doses infinit\u00e9simales. Les scep\u00adtiques, pourtant, restaient nombreux, et ils le sont encore, malgr\u00e9 les deux exp\u00e9riences d\u00e9cisives qui se sont succ\u00e9d\u00e9 en 1945 et en 1957.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1945, deux chercheurs de l&rsquo;Institut Pierre-Curie, Mme Daudel et M. Robillard, ont pu, \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un compteur Geiger, retrouver des traces de brome radio\u00adactif dans une dilution \u00e0 la dixi\u00e8me cent\u00e9simale. L&rsquo;argu\u00adment de non-pr\u00e9sence tombait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1957, une exp\u00e9rience r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 la Facult\u00e9 de m\u00e9decine de Strasbourg a ruin\u00e9, \u00e0 son tour, l&rsquo;argument de non-action. L&rsquo;exp\u00e9rimentatrice, Mlle L. Wurmser, a commenc\u00e9 par intoxiquer un groupe de cobayes en utilisant de l&rsquo;arsenic \u00e0 doses pond\u00e9rables ; 37 % du poison inject\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9s, puis l&rsquo;\u00e9limination a cess\u00e9. Dans un second temps, elle a administr\u00e9 aux m\u00eame cobayes des doses infinit\u00e9simales d&rsquo;arsenic. \u00c0 ce moment, voil\u00e0 le fait important, l&rsquo;\u00e9limination a repris et la proportion de substance toxique rejet\u00e9e a atteint, cette fois, 42\u00a0%.\u00a0 C&rsquo;\u00e9tait la preuve que la \u00ab r\u00e9activit\u00e9 \u00bb d&rsquo;un organisme sensibilis\u00e9 \u00e0 certaines substances pouvait \u00eatre consid\u00e9\u00adrablement modifi\u00e9e par l&rsquo;introduction de ces m\u00eames substances \u00e0 doses infinit\u00e9simales. Une des plus p\u00e9n\u00e9trantes intuitions d&rsquo;Hahnemann se trouvait ainsi confir\u00adm\u00e9e exp\u00e9rimentalement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le troisi\u00e8me argument, l&rsquo;argument psychologique, comme nous l&rsquo;avons appel\u00e9, a \u00e9t\u00e9 le plus difficile \u00e0 r\u00e9futer. En apparence, il s&rsquo;est trouv\u00e9 renforc\u00e9, ces der\u00adniers temps, par les progr\u00e8s de la m\u00e9decine psychoso\u00admatique. Les verrues sont provoqu\u00e9es par l&rsquo;action d&rsquo;un virus ; par simple suggestion, il est possible, pourtant, de les faire dispara\u00eetre. Cent exemples, du m\u00eame genre pourraient \u00eatre cit\u00e9s. A la lumi\u00e8re de tels faits, la vieille accusation lanc\u00e9e contre les hom\u00e9opathes : \u00ab Vous ne gu\u00e9rissez que par suggestion \u00bb, semblait prendre un poids nouveau. En m\u00eame temps, l&rsquo;usage des placebos d\u00e9montrait que ces faux rem\u00e8des, ne contenant pas un milligramme de substance active, ont raison, dans 30 ou 40 % des cas, de troubles tels que les c\u00e9phal\u00e9es, les a\u00e9rophagies, les naus\u00e9es, et parfois, m\u00eame, font r\u00e9gresser des tuberculoses. Les adversaires d&rsquo;Hahnemann l&rsquo;accu\u00adsaient de soigner ses malades \u00e0 l&rsquo;eau pure. Ce reproche, on pouvait le rajeunir et lui donner une apparence scien\u00adtifique : \u00ab Vos rem\u00e8des ne sont que des placebos. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une th\u00e9rapeutique de placebos?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne consulte un hom\u00e9opathe qu&rsquo;en d\u00e9sespoir de cause, lorsque les ressources des autres th\u00e9rapeutiques sont \u00e9puis\u00e9es. Il doit r\u00e9ussir l\u00e0 o\u00f9 ses confr\u00e8res ont \u00e9chou\u00e9. Il para\u00eet que c&rsquo;est un avantage, car les malades arrivent chez lui en \u00e9tat de gr\u00e2ce. Un psychanalyste, le Dr Raoul Loras, estime, en effet, que l&rsquo;hom\u00e9opathie \u00ab exerce une tr\u00e8s forte action magique et mystique sur le psychisme anxieux de beaucoup de patients, qui ne comptent pas m\u00eame parmi les n\u00e9vros\u00e9s \u00bb. Selon lui, ces patients seraient impressionn\u00e9s par le c\u00e9r\u00e9monial de la consultation et les noms latins des rem\u00e8des. \u00c0 cause m\u00eame de cette \u00ab atti\u00adtude infantile \u00bb, ils seraient tout pr\u00eats \u00e0 se donner un nouveau p\u00e8re, qui peut \u00eatre soit le m\u00e9decin, soit Hahnemann lui-m\u00eame. Bref, ils appartiendraient \u00e0 la cat\u00e9gorie des malades les plus ouverts \u00e0 la suggestion. N&rsquo;est-ce pas dans le traitement des syndromes subjectifs que les hom\u00e9opathes remportent leurs plus nombreux succ\u00e8s\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce nouvel assaut, comme les pr\u00e9c\u00e9dents, vient se briser sur les faits. Assimiler l&rsquo;hom\u00e9opathie \u00e0 une pure tech\u00adnique de suggestion, c&rsquo;est oublier qu&rsquo;elle se r\u00e9v\u00e8le tout aussi efficace sur les animaux que sur les hommes. Rien qu&rsquo;en France, par exemple, il existe une bonne centaine de v\u00e9t\u00e9rinaires hom\u00e9opathes. Nous relevons dans une revue d&rsquo;agriculture le t\u00e9moignage d&rsquo;un \u00e9leveur signalant, chez les veaux, des gu\u00e9risons de la dysenterie par Mercurius corrosivus. Ces veaux auraient-ils \u00e9t\u00e9 sensibles au prestige du nom latin ? Les chats paralys\u00e9s que l&rsquo;on gu\u00e9rit par Rhus tox, les chiens que Bryonia d\u00e9barrassent de la fi\u00e8vre vitulaire, toutes ces b\u00eates seraient-elles anxieuses et particuli\u00e8rement accessibles \u00e0 la suggestion ? Quand tout cela est dit, il reste que les hom\u00e9opathes, plus que les autres m\u00e9decins, ont conscience de l&rsquo;impor\u00adtance des ph\u00e9nom\u00e8nes psychosomatiques. C&rsquo;est la logique m\u00eame de leur doctrine qui les conduits \u00e0 mettre l&rsquo;accent sur le psychisme. Dans leur qu\u00eate des sympt\u00f4mes, ils accordent autant d&rsquo;attention aux d\u00e9sordres psychiques qu&rsquo;aux d\u00e9sordres physiques, les uns et les autres pouvant fournir des indications sur le rem\u00e8de semblable appro\u00adpri\u00e9. Mais cet int\u00e9r\u00eat pour la personnalit\u00e9 de leurs malades n&rsquo;est pas seulement d&rsquo;ordre technique, il proc\u00e8de aussi de causes profondes. \u00c0 partir du moment o\u00f9 on ne consid\u00e8re plus la maladie comme un ensemble autonome, \u00e9tranger \u00e0 l&rsquo;organisme ; o\u00f9 l&rsquo;on estime que les ph\u00e9no\u00adm\u00e8nes pathologiques s&rsquo;inscrivent dans le prolongement de l&rsquo;\u00e9volution physiologique normale, on est conduit tout naturellement \u00e0 une conception humaniste de la m\u00e9de\u00adcine o\u00f9 l&rsquo;homme, corps et esprit, est envisag\u00e9 dans sa totalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les pr\u00e9curseurs de la m\u00e9decine psychosomatique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les hom\u00e9opathes sont les vrais pr\u00e9curseurs de la m\u00e9de\u00adcine psychosomatique. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;ils avaient pres\u00adsenti, avant Freud, l&rsquo;importance du \u00ab transfert \u00bb, par lequel le malade reporte sur son m\u00e9decin des sentiments positifs (affection, amour) ou n\u00e9gatifs (hostilit\u00e9). Ils ont \u00e9t\u00e9 les premiers, aussi, \u00e0 utiliser des placebos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon la version officielle, les placebos ont \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9s par des m\u00e9decins am\u00e9ricains, peu apr\u00e8s la derni\u00e8re guerre, pour servir de t\u00e9moins au cours des bancs d&rsquo;essais auxquels ils soumettaient leurs nouvelles pr\u00e9\u00adparations. On ne se doute pas, en g\u00e9n\u00e9ral, que, d\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle, les hom\u00e9opathes faisaient un usage courant et constant de substances du m\u00eame genre, qu&rsquo;ils appelaient parfois du m\u00eame nom de placebos ! Ils avaient constat\u00e9, en effet, que certains malades se montraient d\u00e9\u00e7us quand ils ne leur prescrivaient pas un nombre assez important de m\u00e9dicaments. Estimant qu&rsquo;en r\u00e9clamant des rem\u00e8des plus nombreux, ces malades manifestaient une exigence psychologique l\u00e9gitime, ils allongeaient leurs ordonnances en y faisant figurer des rem\u00e8des qui n&rsquo;en \u00e9taient pas. Il s&rsquo;agissait donc bien, et c&rsquo;est le principe du placebo actuel, de ruser avec le malade pour acc\u00e9l\u00e9rer sa gu\u00e9rison. Mais si les hom\u00e9opathes ont invent\u00e9 des placebos, il ne s&rsquo;ensuit pas, nous croyons l&rsquo;avoir d\u00e9montr\u00e9, que leurs rem\u00e8des sont des placebos. L&rsquo;hom\u00e9opathie n&rsquo;est pas une th\u00e9rapeutique subjective.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des trois arguments avanc\u00e9s contre la loi des petites doses, aucun n&rsquo;a donc r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l&rsquo;analyse. Nous avons vu, d&rsquo;autre part, que la loi des semblables, illustr\u00e9e par l&rsquo;essor de la vaccinoth\u00e9rapie, \u00e9tait d\u00e9sormais reconnue comme un principe th\u00e9rapeutique valable. Il ne reste plus qu&rsquo;\u00e0 acquitter l&rsquo;hom\u00e9opathie d&rsquo;une derni\u00e8re accu\u00adsation, celle d&rsquo;accorder une importance abusive \u00e0 la notion de terrain. En fait, cette accusation repose sur un malentendu : les hom\u00e9opathes ne contestent pas que les maladies ont souvent des causes exog\u00e8nes, ext\u00e9\u00adrieures \u00e0 l&rsquo;organisme; ils soutiennent seulement que ces causes, \u00e0 elles seules, n&rsquo;expliquent pas tout et qu&rsquo;il faut aussi tenir compte du milieu dans lequel elles se mani\u00adfestent. Pasteur ne disait pas autre chose : lui non plus n&rsquo;a jamais pr\u00e9tendu que le germe \u00e9tait l&rsquo;unique cause des maladies. Depuis ses \u00e9tudes sur les ferments, la notion de terrain lui paraissait capitale, car il avait constat\u00e9 que, pour se d\u00e9velopper, chaque ferment a besoin d&rsquo;un milieu appropri\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La notion de terrain en hom\u00e9opathie<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est Pasteur lui-m\u00eame qui \u00e9crivait cette phrase qu&rsquo;un lecteur non pr\u00e9venu pourrait bien attribuer \u00e0 Hahnemann : \u00ab\u00a0Combien de fois la constitution d&rsquo;un bless\u00e9, son affai\u00adblissement, son \u00e9tat moral n&rsquo;opposent qu&rsquo;une barri\u00e8re insuffisante \u00e0 l&rsquo;envahissement des infiniments petits. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la fin de sa vie, Pasteur avait tendance \u00e0 enlever la premi\u00e8re place aux microbes pour l&rsquo;accorder aux toxines. La plupart des hom\u00e9opathes actuels estiment que, devant un malade donn\u00e9, il faut tenir compte de quatre \u00e9l\u00e9\u00adments : la constitution, r\u00e9sultante morpho-physiologique de facteurs h\u00e9r\u00e9ditaires ; le temp\u00e9rament qui, \u00e0 l&rsquo;inverse de la constitution, est acquis et \u00e9volue suivant les \u00e2ges de la vie ; les toxines et, enfin, les causes exog\u00e8nes. Trois de ces \u00e9l\u00e9ments \u2014 la constitution, le temp\u00e9rament et les toxines \u2014 s&rsquo;associent dans un ensemble que l&rsquo;on appelle le terrain. Cette conception, les allopathes ne la r\u00e9cu\u00adsent pas. Dans la pratique, peut-\u00eatre, ils continuent \u00e0 se pr\u00e9occuper bien plus de la maladie que du milieu o\u00f9 elle se propage. Mais ils reconnaissent, en th\u00e9orie, que la notion de terrain, si longtemps oubli\u00e9e ou m\u00e9connue, ne peut plus d\u00e9sormais, \u00eatre ignor\u00e9e du m\u00e9decin. En revanche, d\u00e8s qu&rsquo;il est question de la typologie hom\u00e9o\u00adpathique, l&rsquo;opposition de l&rsquo;allopathie se retrouve, le plus souvent, enti\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un carbonique ou un fluorique ? \u00c9cartons un instant cette terminologie g\u00eanante pour le non-initi\u00e9. La d\u00e9marche de l&rsquo;hom\u00e9opathie, dans son effort pour classer les constitutions, appara\u00eet alors de m\u00eame nature que celle de l&rsquo;anthropologie classique, qui, elle aussi, a toujours essay\u00e9 de ramener la diversit\u00e9 des types humains \u00e0 un certain nombre de types constants. Et l&rsquo;on ne voit pas en quoi, au nom de la rigueur scientifique, on devrait s&rsquo;offusquer de cette d\u00e9marche. Elle est d&rsquo;autant moins choquante que l&rsquo;anthropom\u00e9trie, venant compl\u00e9ter les m\u00e9thodes d&rsquo;observation naturelle, apporte aujourd&rsquo;hui \u00e0 l&rsquo;anthropologie une rigueur quasi math\u00e9\u00admatique. R\u00e9cemment, aux \u00c9tats-Unis, l&rsquo;anthropologiste Sheldon, apr\u00e8s avoir relev\u00e9 les mensurations de plusieurs milliers d&rsquo;individus, a distingu\u00e9 trois types fondamen\u00adtaux \u2014 le somatotone, le visc\u00e9rotone et le c\u00e9r\u00e9brotone \u2014 qui, chose curieuse, correspondent, pour l&rsquo;essentiel, aux trois types de la classification hom\u00e9opathique. Fait plus troublant encore, les Italiens Pende et Viola, sur la base d&rsquo;\u00e9tudes endocriniennes, sont \u00e9galement arriv\u00e9s \u00e0 des descriptions recouvrant, dans une large mesure, celles des hom\u00e9opathes. \u00c0 ses d\u00e9buts, l&rsquo;hom\u00e9opathie proposait un syst\u00e8me coh\u00e9rent mais ind\u00e9montrable. \u00c0 la base de la construction, il y avait des faits, v\u00e9rifiables empiriquement, mais que les sciences d&rsquo;alors ne par\u00advenaient pas \u00e0 expliquer. La situation, aujourd&rsquo;hui, est toute diff\u00e9rente. Ces faits rebelles, l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre, les sciences en marche en ont rendu compte et les ont int\u00e9gr\u00e9s. Le moment n&rsquo;est-il pas venu pour l&rsquo;hom\u00e9opathie de sortir franchement de la clandestinit\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La fin de la clandestinit\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au cours d&rsquo;une \u00ab table ronde \u00bb organis\u00e9e l&rsquo;an dernier par une revue m\u00e9dicale, le Pr Tr\u00e9fouel, directeur de l&rsquo;Institut Pasteur, s&rsquo;est lui-m\u00eame prononc\u00e9 en faveur d&rsquo;une \u00ab hom\u00e9opathie raisonnable \u00bb. Dans le m\u00eame d\u00e9bat, le Pr Janot, de la Facult\u00e9 de pharmacie, s&rsquo;\u00e9tonnant de ce qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas encore d&rsquo;enseignement officiel de l&rsquo;hom\u00e9opathie, a exprim\u00e9 l&rsquo;espoir que \u00ab les professeurs de nos Facult\u00e9s de m\u00e9decine accepteront au moins de renseigner leurs \u00e9l\u00e8ves sur ses tendances et ses possi\u00adbilit\u00e9s \u00bb. \u00c0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;hom\u00e9opathie, la m\u00e9decine offi\u00adcielle n&rsquo;a pas encore fait taire toutes ses pr\u00e9ventions, mais ces deux exemples suffisent \u00e0 montrer qu&rsquo;elle ne lui oppose plus un front uni et sans fissures <a id=\"Y9\" href=\"#X9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De leur c\u00f4t\u00e9, les hom\u00e9opathes aussi assouplissent leur attitude. D\u00e8s l&rsquo;\u00e9poque d&rsquo;Hahnemann, ils se divisaient en \u00ab purs \u00bb, qui repoussaient toutes les autres th\u00e9rapeutiques, et en \u00ab \u00e9clectiques \u00bb ; on distinguait encore parmi eux les \u00ab unicistes \u00bb, partisans dans chaque cas de l&#8217;emploi d&rsquo;un seul \u00ab simillimum \u00bb \u00e0 la fois, les \u00ab pluralistes \u00bb et les \u00ab complexistes \u00bb. Les remous de ces anciennes querelles ne se sont pas encore tout \u00e0 fait apais\u00e9s, mais, dans leur grande majorit\u00e9, les hom\u00e9opathes modernes savent qu&rsquo;ils ne peuvent plus fermer les yeux aux progr\u00e8s des autres th\u00e9rapeutiques. Au XVIIIe si\u00e8cle, l&rsquo;hom\u00e9opathie pouvait pr\u00e9tendre se substituer enti\u00e8rement \u00e0 une m\u00e9decine balbutiante ; elle ne le peut plus d\u00e9sormais. \u00ab L&rsquo;hom\u00e9o\u00adpathie n&rsquo;est pas une religion, disait d\u00e9j\u00e0 le Dr Charette, c&rsquo;est une doctrine humaine qui se perfectionne chaque jour. \u00bb Un m\u00e9decin hom\u00e9opathe, le Dr Roland Zissu, exprime bien le point de vue de l&rsquo;hom\u00e9opathie actuelle, du moins de son aile marchante, quand il \u00e9crit : \u00ab Deux \u00e9cueils sont \u00e0 \u00e9viter : le sectarisme qui isole et st\u00e9rilise, les concessions injustifi\u00e9es qui affaiblissent et d\u00e9naturent. L&rsquo;hom\u00e9opathe honn\u00eate et moderne&#8230; ne peut pas m\u00e9\u00adpriser les autres moyens de gu\u00e9rison&#8230; Si l&rsquo;esprit qui nous anime est totalement diff\u00e9rent de l&rsquo;esprit m\u00e9dical officiel, toutes les notions apprises \u00e0 la Facult\u00e9 sont indispensables comme base de d\u00e9part, en attendant qu&rsquo;une Facult\u00e9 hom\u00e9opathique autonome dispense toutes les connaissances en les orientant par rapport \u00e0 notre doctrine. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les rapports entre les deux m\u00e9decines, une nette tendance au rapprochement s&rsquo;esquisse. La preuve la plus concr\u00e8te en est apport\u00e9e par le fait que le Codex accueil\u00adlera \u00e0 l&rsquo;avenir les m\u00e9dicaments hom\u00e9opathiques. En acceptant de les faire figurer dans un r\u00e9pertoire officiel, la commission du Codex a implicitement reconnu l&rsquo;action des micro-doses ; elle a pris pourtant une pr\u00e9caution : libre aux hom\u00e9opathes de prescrire sur \u00ab ordonnance magistrale \u00bb des dilutions \u00e0 la trenti\u00e8me cent\u00e9simale ; dans les laboratoires et les pharmacies, il est interdit de stocker des rem\u00e8des au-del\u00e0 de la neuvi\u00e8me cent\u00e9simale, sous-pr\u00e9texte qu&rsquo;on n&rsquo;a pas la certitude, au-del\u00e0, qu&rsquo;il subsistera dans la pr\u00e9paration des traces, m\u00eame infinit\u00e9simales, de la substance active. Ces traces, nous l&rsquo;avons montr\u00e9, on les a d\u00e9j\u00e0 mises en \u00e9vidence dans les dilutions \u00e0 la troisi\u00e8me, puis \u00e0 la dixi\u00e8me cent\u00e9simale&#8230; Les hom\u00e9opathes ne doutent pas un instant que la mise au point d&rsquo;appareils de d\u00e9tection et de mesure plus per\u00adfectionn\u00e9s permettra de les d\u00e9celer dans les pr\u00e9parations hahnemaniennes \u00e0 la trenti\u00e8me cent\u00e9simale, et m\u00eame au-del\u00e0. Faute de preuves exp\u00e9rimentales, ils ne peuvent que recourir au vieil argument d&rsquo;Hahnemann : ces pr\u00e9\u00adparations gu\u00e9rissent. Certains d&rsquo;entre eux, pourtant, se r\u00e9jouissent sans r\u00e9serve de la d\u00e9cision du minist\u00e8re de la Sant\u00e9 : \u00ab Un pas dans la bonne direction. \u00bb D&rsquo;autres, au contraire, pensent que donner et retenir ne vaut. Ainsi rena\u00eet sous une forme renouvel\u00e9e la vieille oppo\u00adsition entre \u00ab purs \u00bb et \u00ab \u00e9clectiques \u00bb. Mais les \u00ab purs \u00bb eux-m\u00eames ne contrarient plus aujourd&rsquo;hui le grand mouvement qui se dessine vers la r\u00e9conciliation des m\u00e9decines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui dit r\u00e9conciliation ne dit pas assimilation ni annexion. On ne peut oublier que l&rsquo;hom\u00e9opathie et l&rsquo;allopathie exigent, face au malade, \u00e0 la maladie, au rem\u00e8de, des attitudes fondamentalement diff\u00e9rentes. La vraie ques\u00adtion est de savoir si, chacune conservant sa personnalit\u00e9, une collaboration entre elles est possible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une n\u00e9cessaire remise \u00e0 jour du vocabulaire hom\u00e9opathique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est d&rsquo;abord une question de terminologie qui les oppose. Il ne faut pas en exag\u00e9rer l&rsquo;importance. Les hom\u00e9opathes peuvent \u00eatre compar\u00e9s \u00e0 ces minorit\u00e9s nationales ou religieuses qui, par un r\u00e9flexe naturel d&rsquo;autod\u00e9fense, sont amen\u00e9es \u00e0 cultiver leur singularit\u00e9. Comme elles, ils se sont d\u00e9fendus contre toute atteinte \u00e0 leur particularisme et ils ont conserv\u00e9 int\u00e9gralement un vocabulaire d\u00e9suet, h\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;Hahnemann, qui rend leurs travaux difficilement accessibles aux autres m\u00e9de\u00adcins. Les jeunes-turcs de l&rsquo;hom\u00e9opathie affirment que tout cela peut changer et changera : on ne d\u00e9nature pas un \u00e9difice en ravalant sa fa\u00e7ade.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il y a bien autre chose entre les deux m\u00e9decines qu&rsquo;une simple question de langage. Nous avons d\u00e9j\u00e0 vu tout ce qui s\u00e9pare le bref questionnaire de l&rsquo;allo\u00adpathe de l&rsquo;interrogatoire exhaustif, psychosomatique de l&rsquo;hom\u00e9opathe. Leurs m\u00e9thodes d&rsquo;exp\u00e9rimentation ne sont pas moins diff\u00e9rentes. Au cours de la table ronde d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e, un m\u00e9decin allopathe s&rsquo;\u00e9tonnait : \u00ab Je ne m&rsquo;explique pas pourquoi les hom\u00e9opathes n&rsquo;exp\u00e9rimentent pas leurs rem\u00e8des de fa\u00e7on plus syst\u00e9matique. Pour notre part, quand nous voulons mettre un m\u00e9dicament au banc d&rsquo;essai, nous commen\u00e7ons par l&rsquo;essayer sur l&rsquo;animal, puis nous l&rsquo;administrons, par exemple, \u00e0 30 sujets atteints de la maladie que nous voulons traiter; nous faisons absor\u00adber un placebo \u00e0 30 sujets t\u00e9moins. Et il ne nous reste plus qu&rsquo;\u00e0 donner une forme statistique aux r\u00e9sultats obtenus. Ce qui me retient de faire confiance \u00e0 l&rsquo;hom\u00e9o\u00adpathie, c&rsquo;est que jamais, \u00e0 ma connaissance, une exp\u00e9rimentation semblable n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 conduite avec des m\u00e9dicaments hom\u00e9opathiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Elle est impossible, lui a r\u00e9pondu le Dr Pierre Vannier, d&rsquo;abord parce que nous ne disposons pas encore de services ni de consultations dans les h\u00f4pitaux. En second lieu, parce que nous ne traitons pas les maladies, mais les malades, et qu&rsquo;il nous est, d\u00e8s lors, tr\u00e8s dif\u00adficile de rassembler des s\u00e9ries importantes de malades appartenant au m\u00eame type et pr\u00e9sentant des sympt\u00f4mes parfaitement superposables. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, pour mettre au point de nouveaux rem\u00e8des hom\u00e9opathiques, la seule m\u00e9thode possible, \u00e0 moins de faire appel \u00e0 des volontaires, est celle d&rsquo;Hahnemann qui \u00e9tait son propre cobaye. Les hom\u00e9opathes continuent d&rsquo;ailleurs \u00e0 la pratiquer. Ainsi le Dr Pierre Vannier s&rsquo;\u00e9tait aper\u00e7u que le ph\u00e9nobarbital d\u00e9terminait chez certains malades des crises d&rsquo;urticaire. Il s&rsquo;est demand\u00e9 si, \u00e0 doses infinit\u00e9simales, ce barbiturique ne pourrait pas servir dans le traitement des allergies. Pour v\u00e9rifier son hypoth\u00e8se, qui devait se r\u00e9v\u00e9ler fond\u00e9e, il a exp\u00e9\u00adriment\u00e9 le m\u00e9dicament sur lui-m\u00eame en variant les doses et, pendant plusieurs mois, avec quelques amis, il s&rsquo;est astreint \u00e0 une vie frugale, se privant de vin, d&rsquo;alcool, de tabac&#8230; Cet exemple le montre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence : les m\u00e9thodes d&rsquo;exp\u00e9rimentation de l&rsquo;hom\u00e9opathie lui font une place \u00e0 part dans la m\u00e9decine. Les r\u00e9sultats qu&rsquo;elle obtient ne peuvent s&rsquo;ins\u00e9rer dans des statistiques; il n&rsquo;est pas possible de les comparer \u00e0 ceux des autres th\u00e9ra\u00adpeutiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les deux visages de la m\u00e9decine<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces diff\u00e9rences dans l&rsquo;attitude th\u00e9rapeutique et les m\u00e9\u00adthodes d&rsquo;exp\u00e9rimentation ont leur source commune dans l&rsquo;opposition fondamentale entre la loi des semblables et la loi des contraires. Nous ne croyons pas contestable que les deux lois aient fait leurs preuves. Ici, la v\u00e9rit\u00e9 a un double visage. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, nous voyons une m\u00e9decine compensatrice qui pallie par des traitements chimiques les faiblesses de l&rsquo;organisme; de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, une m\u00e9de\u00adcine r\u00e9gulatrice qui stimule ses d\u00e9fenses naturelles : toutes les deux \u00ab r\u00e9ussissent \u00bb. Le m\u00e9decin, dans la mesure o\u00f9 il est en m\u00eame temps biologiste ou philo\u00adsophe, a le droit de s&rsquo;interroger sur cette apparente contradiction. Face au malade, il a le devoir de tirer parti de toutes les ressources que la science m\u00e9dicale met \u00e0 sa disposition. Cette attitude implique-t-elle un refus de choisir entre l&rsquo;hom\u00e9opathie et l&rsquo;allopathie\u00a0? Elle implique seulement le refus de toute exclusive, et que chacun s&rsquo;informe pleinement des m\u00e9thodes de l&rsquo;autre ; elle exige surtout que la m\u00e9decine classique reconnaisse la place qui revient \u00e0 l&rsquo;hom\u00e9opathie et l&rsquo;aide qu&rsquo;elle peut en attendre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au palmar\u00e8s de la m\u00e9decine allopathique, ce sont les exploits de la chimioth\u00e9rapie et de la chirurgie qui occupent les premi\u00e8res places. Dans les vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, on a d\u00e9couvert la p\u00e9nicilline, les sulfamides, les antibiotiques, la cortisone et les tranquillisants ; on a mis au point les vaccins de la coqueluche et de la polio\u00admy\u00e9lite. On a r\u00e9ussi des op\u00e9rations \u00e0 c\u0153ur ouvert, des greffes de la corn\u00e9e et du rein. Des maladies comme le tab\u00e8s (accident tertiaire de la syphilis) ont disparu ; d&rsquo;autres, comme la tuberculose, sont partout en r\u00e9gres\u00adsion. Aucun objectif ne para\u00eet trop ambitieux \u00e0 cette m\u00e9decine de choc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, dans d&rsquo;immenses secteurs, son action reste inop\u00e9rante. Elle s&rsquo;est mesur\u00e9e surtout aux grandes mala\u00addies exog\u00e8nes et tr\u00e8s souvent elle en a vaincu le microbe, mais elle a \u00e9t\u00e9 moins heureuse dans le traitement des troubles fonctionnels et psychosomatiques. Or, \u00e0 cause m\u00eame du recul des affections microbiennes, c&rsquo;est avant tout de d\u00e9s\u00e9quilibres endocriniens, respiratoires, cir\u00adculatoires, nerveux que souffre l&rsquo;homme d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, soumis aux constantes agressions de la vie moderne. Que peut faire pour lui l&rsquo;allopathe ? S&rsquo;il a affaire \u00e0 une maladie caract\u00e9ris\u00e9e, ses rem\u00e8des massues seront aptes \u00e0 la chasser ; mais s&rsquo;il s&rsquo;agit, comme c&rsquo;est le cas neuf fois sur dix, d&rsquo;un mal vague et qui ne dit pas son nom, alors il se trouve d\u00e9sarm\u00e9 ; sa formation ne l&rsquo;a pas pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude individualis\u00e9e, \u00ab personnalis\u00e9e \u00bb du malade. Sur ce terrain glissant et mal d\u00e9limit\u00e9, \u00e0 la fronti\u00e8re du physiologique et du psychologique, l&rsquo;hom\u00e9opathe, au contraire, avance d&rsquo;un pas assur\u00e9 ; il ne se contente pas de traquer la maladie, il s&rsquo;efforce de r\u00e9\u00e9quilibrer l&rsquo;homme. Dans un cas de tuberculose, par exemple, d\u00e8s que les bacilles de Koch n&rsquo;apparaissent plus dans les bouillons de culture, le m\u00e9decin traditionnel estime que son r\u00f4le est termin\u00e9. L&rsquo;hom\u00e9opathe, lui, n&rsquo;aura de cesse qu&rsquo;il n&rsquo;ait remis le malade sur pied ; il le soignera pour sa fatigue, ses troubles circulatoires et digestifs, il l&rsquo;ai\u00addera \u00e0 surmonter ses tendances au d\u00e9couragement, \u00e0 s&rsquo;adapter \u00e0 une vie nouvelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 les avances spectaculaires de l&rsquo;allopathie, trop de malades et d&rsquo;anciens malades t\u00e9moignent de ses lacunes \u00e9videntes pour que de nombreux m\u00e9decins n&rsquo;en aient pas pris conscience. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat renouvel\u00e9 qu&rsquo;ils attachent \u00e0 la notion de terrain et les ouvertures qu&rsquo;ils tentent du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;hom\u00e9opathie. Mais, pour la plu\u00adpart d&rsquo;entre eux, celle-ci n&rsquo;est qu&rsquo;une m\u00e9decine d&rsquo;appoint ; au mieux, ils lui assignent un r\u00f4le subalterne dans le secteur des troubles fonctionnels et psychosomatiques. Remarquons d&rsquo;abord que, m\u00eame si l&rsquo;on se fait de l&rsquo;hom\u00e9opathie cette conception restrictive, on lui recon\u00adna\u00eet un champ d&rsquo;action tr\u00e8s \u00e9tendu et dont l&rsquo;importance ne fait que cro\u00eetre. En raison m\u00eame de ses succ\u00e8s, la m\u00e9decine classique deviendra, \u00e0 la limite, une th\u00e9ra\u00adpeutique d&rsquo;urgence et d&rsquo;exception. L&rsquo;eug\u00e9nisme, l&rsquo;hy\u00adgi\u00e8ne, la m\u00e9decine pr\u00e9ventive occuperont alors le devant de la sc\u00e8ne et \u00ab la plupart des cas soumis au m\u00e9decin postuleront l&rsquo;application d&rsquo;une th\u00e9rapeutique fonction\u00adnelle, adapt\u00e9e moins \u00e0 la maladie qu&rsquo;\u00e0 la tendance r\u00e9actionnelle g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;individu \u00bb (Dr Pierre Vannier). En aidant \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer les mal portants, les souffreteux, les d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s de toutes sortes en permettant leur r\u00e9int\u00e9gration dans la vie sociale, l&rsquo;hom\u00e9opathie contri\u00adbuera \u00e0 r\u00e9duire l&rsquo;\u00e9norme gaspillage d&rsquo;\u00e9nergies et de talents qui est l&rsquo;une des marques de notre civilisation. C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 une tache immense. Mais il faut montrer maintenant qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucune raison d&rsquo;y cantonner l&rsquo;hom\u00e9opathie : elle n&rsquo;est pas seulement le compl\u00e9ment, mais aussi le correctif n\u00e9cessaire de l&rsquo;allopathie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9veloppement de la chimioth\u00e9rapie a eu des cons\u00e9\u00adquences inattendues : on traque les bact\u00e9ries et, aus\u00adsit\u00f4t, elles s&rsquo;adaptent aux drogues pour repara\u00eetre plus redoutables qu&rsquo;auparavant. Ainsi les maladies v\u00e9n\u00e9riennes, que l&rsquo;on croyait d\u00e9finitivement jugul\u00e9es par la p\u00e9nicilline, accusent un peu partout dans le monde une nouvelle pouss\u00e9e. Certains auteurs se demandent m\u00eame si l&rsquo;\u00e9limination des microbes, modifiant l&rsquo;\u00e9qui\u00adlibre vital au niveau de l&rsquo;infiniment petit, ne va pas provoquer une recrudescence des maladies \u00e0 virus. Il est prouv\u00e9, en tout cas, que l&#8217;emploi constant, routinier des antibiotiques accro\u00eet la r\u00e9sistance, donc la viru\u00adlence des microbes, en m\u00eame temps qu&rsquo;il engourdit les d\u00e9fenses naturelles de l&rsquo;organisme. Parall\u00e8lement, les accidents d&rsquo;intol\u00e9rance se multiplient : l&rsquo;individu sup\u00adporte de moins en moins bien les rem\u00e8des de choc qu&rsquo;on lui ass\u00e8ne \u00e0 tout propos, sans aucune \u00e9tude pr\u00e9alable de terrain, et m\u00eame hors de propos. Devant ce double ph\u00e9nom\u00e8ne \u2014 la r\u00e9sistance accrue des microbes et la sensibilisation progressive des malades \u2014, comment la m\u00e9decine a-t-elle r\u00e9agi ? Depuis quelques ann\u00e9es, elle s&rsquo;est engag\u00e9e dans un cycle infernal : le d\u00e9veloppement de la chimioth\u00e9rapie devient tentaculaire ; d\u00e8s qu&rsquo;un m\u00e9dicament cesse d&rsquo;\u00eatre efficace ou tol\u00e9r\u00e9, il faut un nouveau m\u00e9dicament ; parfois, comme dans le \u00ab traite\u00adment standard \u00bb de la tuberculose, on emploie trois antibiotiques \u00e0 la fois, pour \u00eatre s\u00fbr que l&rsquo;un au moins agira. R\u00e9sultat : l&rsquo;essor sans pr\u00e9c\u00e9dent des maladies th\u00e9rapeutiques, c&rsquo;est-\u00e0-dire engendr\u00e9es par tous ces rem\u00e8des brutaux et trop lib\u00e9ralement distribu\u00e9s. La r\u00e9action qui s&rsquo;impose ne peut venir que de l&rsquo;hom\u00e9o\u00adpathie. Ne faisant appel qu&rsquo;\u00e0 des produits naturels, elle seule, et c&rsquo;est l\u00e0 un de ses m\u00e9rites essentiels, peut apporter au malade ce qu&rsquo;un m\u00e9decin de l&rsquo;autre bord, un allopathe, a appel\u00e9 \u00ab la paix th\u00e9rapeutique \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Vers une int\u00e9gration allopathie-hom\u00e9opathie ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les hom\u00e9opathes reconnaissent, pourtant, l&rsquo;immense int\u00e9r\u00eat de la pharmacop\u00e9e moderne. Tout en donnant le pas aux techniques qui leur sont propres, ils n&rsquo;excluent l&#8217;emploi d&rsquo;aucun proc\u00e9d\u00e9 th\u00e9rapeutique efficace. Hahnemann lui-m\u00eame, qui bannissait l&rsquo;application simul\u00adtan\u00e9e des deux m\u00e9thodes dans ce qu&rsquo;elles ont de contra\u00addictoire, ne voyait aucun inconv\u00e9nient \u00e0 ce qu&rsquo;un traitement chirurgical ou un traitement hydromin\u00e9ral f\u00fbt associ\u00e9 \u00e0 un traitement hom\u00e9opathique. Les hom\u00e9opathes actuels vont beaucoup plus loin ; ils ne sacrifient rien de la doctrine, mais, parmi eux, l&rsquo;\u00e9clectisme est de r\u00e8gle. Ils distinguent soigneusement les cas o\u00f9, le terrain re\u00adv\u00eatant une importance primordiale, \u00ab la th\u00e9rapeutique hom\u00e9opathique domine l&rsquo;indication \u00bb ; les cas o\u00f9 elle doit \u00eatre associ\u00e9e \u00e0 d&rsquo;autres proc\u00e9d\u00e9s ; et enfin ceux o\u00f9 ces proc\u00e9d\u00e9s doivent l&#8217;emporter sur elle. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;hom\u00e9opathie triomphe, \u00e0 elle seule, de la plupart des coqueluches, des colibacilloses, des infections \u00e0 staphylo\u00adcoques, \u00e0 pneumocoques, \u00e0 streptocoques ; et qu&rsquo;une action de similitude exerc\u00e9e sur le germe lui permet de venir \u00e0 bout de la dipht\u00e9rie et m\u00eame de la typho\u00efde. En revanche, dans la tuberculose, par exemple, il faut combi\u00adner les deux m\u00e9thodes. Et dans des affections aigu\u00ebs comme la syphilis ou le t\u00e9tanos, la parole est d&rsquo;abord aux antibiotiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l&rsquo;inverse des autres m\u00e9decins, les hom\u00e9opathes ont ma\u00eetris\u00e9 les deux m\u00e9thodes. Faut-il croire alors que, selon le cas qui leur est soumis, ils mettent en \u0153uvre tant\u00f4t leur technique propre, tant\u00f4t celle de l&rsquo;allopathie ? \u00ab Je ne change pas de veste plusieurs fois par jour, a r\u00e9pondu l&rsquo;un d&rsquo;eux \u00e0 qui nous posions cette question, et, m\u00eame quand je prescris un rem\u00e8de allopathique, je reste avant tout hom\u00e9opathe. L&rsquo;hom\u00e9opathie ne cesse \u00e0 aucun mo\u00adment d&rsquo;\u00eatre pour moi la toile de fond sur laquelle se d\u00e9tache tout acte m\u00e9dical&#8230; \u00bb Et ce m\u00eame m\u00e9decin, pour citer un exemple frappant, nous expliquait pourquoi il ne prescrivait jamais d&rsquo;antibiotiques avant d&rsquo;avoir iden\u00adtifi\u00e9 la constitution de son malade. Chez les carboniques, en effet, dont la d\u00e9fense organique est solide, les anti\u00adbiotiques, bien qu&rsquo;ils puissent entra\u00eener des accidents pr\u00e9coces d&rsquo;allergie et des accidents tardifs de sycose, permettent de lutter efficacement contre les germes. Chez les phosphoriques aussi, ils st\u00e9rilisent les foyers infectieux, mais ils ne mettent pas toujours \u00e0 l&rsquo;abri des rechutes. Quant aux fluoriques, ce sont ceux qui suppor\u00adtent le moins bien ce type de m\u00e9dication qui, dans cer\u00adtains cas, va jusqu&rsquo;\u00e0 d\u00e9terminer chez eux des infarctus du myocarde. En cent cinquante ans, l&rsquo;hom\u00e9opathie a conquis un domaine, celui des maladies fonctionnelles. En m\u00eame temps, la conception d&rsquo;ensemble qu&rsquo;elle propose \u00e9claire des notions capitales, comme celle du terrain, que la m\u00e9decine red\u00e9couvre apr\u00e8s les avoir long\u00adtemps laiss\u00e9es dans l&rsquo;oubli. Cette conception, comment en contester le s\u00e9rieux quand, de la chimie \u00e0 la psycho\u00adlogie et de la biologie \u00e0 l&rsquo;anthropologie, toutes les sciences en confirment le bien-fond\u00e9 ? On s&rsquo;explique mal, dans ces conditions, qu&rsquo;entre les deux m\u00e9decines, l&rsquo;h\u00e9ri\u00adtage des temps de discorde ne soit pas d\u00e9finitivement liquid\u00e9. Certes, le temps de la mise en quarantaine est r\u00e9volu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des exclusives sont encore lanc\u00e9es, mais elles sont le fait de doctrinaires. En g\u00e9n\u00e9ral, de part et d&rsquo;autre, on adopte une attitude plus tol\u00e9rante. Sans rien perdre de leur originalit\u00e9, les hom\u00e9opathes tirent maintenant parti de tous les progr\u00e8s de l&rsquo;allopathie. Pourquoi celle-ci ne ferait-elle pas le m\u00eame chemin en direction de l&rsquo;hom\u00e9o\u00adpathie ? On arriverait alors \u00e0 une synth\u00e8se des moyens de gu\u00e9rir, \u00e0 cette int\u00e9gration des m\u00e9decines, que, dans les deux camps, des m\u00e9decins de plus en plus nombreux r\u00e9clament. Pour qu&rsquo;elle se r\u00e9alise, il suffirait de se souvenir du vieux pr\u00e9cepte d&rsquo;Hippocrate, \u00ab de deux fa\u00e7ons oppos\u00e9es, la sant\u00e9 se r\u00e9tablit \u00bb, et d&rsquo;en tirer toutes les cons\u00e9quences qu&rsquo;il comporte : il suffirait, en somme de revenir aux sources de la m\u00e9decine.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"right\">FRAN\u00c7OIS BRUNO<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\" dir=\"ltr\" data-font-name=\"g_font_p0_3\" data-canvas-width=\"501.7600239257813\"><em>Fran\u00e7ois Bruno, est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 fin 2010. Cr\u00e9ateur avis\u00e9, attach\u00e9 \u00e0 l\u2019hom\u00e9opathie, il avait vendu son Laboratoire d\u2019hom\u00e9opathie aux Laboratoires Dolisos en 1991. A la suite de cette cession, il a cr\u00e9\u00e9 le pr\u00e9paratoire Delpech qui est aujourd\u2019hui l\u2019un des tous premiers pr\u00e9paratoires de France, dirig\u00e9 par son fils.<\/em><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\" dir=\"ltr\" data-font-name=\"g_font_p0_3\" data-canvas-width=\"4.933333568572998\"><em>Fran\u00e7ois Bruno \u00e9tait un homme \u00e0 l\u2019\u00e9coute de sa client\u00e8le, qui aimait discuter les meilleurs choix, un chef d\u2019entreprise humaniste et bon vivant. Il est parvenu \u00e0 mettre en place \u00e0 force de pers\u00e9v\u00e9rance, un pr\u00e9paratoire de qualit\u00e9 pour r\u00e9pondre \u00e0 sa client\u00e8le partenaire<\/em>.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a id=\"X1\" href=\"#Y1\">[1]<\/a>\u00a0 \u00ab La t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 des charlatans et leurs tristes succ\u00e8s qui en sont les suites font valoir la m\u00e9decine et les m\u00e9decins. \u00bb La Bruy\u00e8re.<br \/>\n<a id=\"X2\" href=\"#Y2\">[2]<\/a>\u00a0 On trouvera plus loin, dans le Dictionnaire des responsables, un r\u00e9sum\u00e9 de la vie d&rsquo;Hahnemann. Nous nous contentons d&rsquo;en rappeler ici la phase parisienne, la derni\u00e8re.<br \/>\nEn 1835 \u2014 Hahnemann vient alors d&rsquo;avoir 80 ans \u2014, une Parisienne de 30 ans, M\u00e9lanie d&rsquo;Hervilly, d\u00e9barque dans la petite ville ducale de C\u00f6then o\u00f9 il exerce la m\u00e9decine\u00a0; elle a lu l&rsquo;Organon et elle vient consulter le fondateur de l&rsquo;hom\u00e9opathie. Malgr\u00e9 la diff\u00e9rence d&rsquo;\u00e2ge, la rencontre finit par un mariage. Hahnemann d\u00e9cide de suivre sa jeune femme \u00e0 Paris et, d\u00e8s le 21 ao\u00fbt 1835, Guizot lui accorde le droit d&rsquo;exercer. Bient\u00f4t, il devient une personnalit\u00e9 parisienne. Quand il meurt \u00e0 88 ans, pendant une longue semaine M\u00e9lanie reste pr\u00e8s du corps qu&rsquo;elle a fait embaumer, sans se r\u00e9signer \u00e0 l&rsquo;abandonner.<br \/>\n<a id=\"X3\" href=\"#Y3\">[3]<\/a>\u00a0 Au cours d&rsquo;une campagne, Korsakov, officier d&rsquo;\u00e9tat-major du tsar, voulut pr\u00e9parer un rem\u00e8de hom\u00e9opathique pour soigner un de ses camarades, mais il ne disposait pas des multiples flacons qu&rsquo;exige la m\u00e9thode hahnemannienne. Il versa donc 99 gouttes d&rsquo;eau dans l&rsquo;unique flacon qu&rsquo;il poss\u00e9dait, y ajouta une goutte de substance m\u00e8re, secoua le flacon, le vida, puis le remplit \u00e0 nouveau : il obtint ainsi une dilution \u00e0 la premi\u00e8re cent\u00e9simale, et il r\u00e9p\u00e9ta l&rsquo;op\u00e9ration autant de fois qu&rsquo;il \u00e9tait n\u00e9cessaire pour arriver \u00e0 une dilution plus pouss\u00e9e. Korsakov estimait, en effet, que chaque fois qu&rsquo;il vidait la fiole, le liquide qui adh\u00e9rait \u00e0 ses parois repr\u00e9sentait l&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;une goutte de dilution. C&rsquo;est au Dr Pierre Vannier que nous empruntons l&rsquo;expression \u00ab dilutions de clair de lune \u00bb ; il parle aussi d&rsquo;\u00ab inconnu num\u00e9rot\u00e9 \u00bb. D&rsquo;autres hom\u00e9opathes sont moins s\u00e9v\u00e8res pour le proc\u00e9d\u00e9 de Korsakov qui continue d&rsquo;\u00eatre employ\u00e9. La lecture des indications port\u00e9es sur une fiole hom\u00e9opathique n&rsquo;exige pas de connaissances tr\u00e8s \u00e9tendues. Si nous lisons, par exemple, Belladona 6 CH, la lettre C indique qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une dilution cent\u00e9simale et la lettre H qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9e selon la m\u00e9thode hahnemannienne. Le m\u00eame rem\u00e8de, pr\u00e9par\u00e9 selon la recette de Korsakov, s&rsquo;appellerait Belladona 6C.<br \/>\n<a id=\"X4\" href=\"#Y4\">[4]<\/a>\u00a0 On raconte que Bismarck, la premi\u00e8re fois qu&rsquo;il consulta un hom\u00e9opathe, interrompit brutalement ce m\u00e9decin : \u00ab Docteur, votre interrogatoire est stu\u00adpide. \u00bb Ce qui lui valut, du tac au tac, le conseil de s&rsquo;adresser \u00e0 un v\u00e9t\u00e9rinaire qui, \u00ab lui, au moins, ne poserait pas de questions, n&rsquo;en ayant pas l&rsquo;habitude \u00bb.<br \/>\n<a id=\"X5\" href=\"#Y5\">[5]<\/a><em>\u00a0\u00a0Que ces vains ornements, que ces voiles me p\u00e8sent ! <\/em><br \/>\n<em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Quelle importune main en formant tout ces n\u0153uds <\/em><br \/>\n<em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0A pris soin sur mon front d&rsquo;assembler mes cheveux.<\/em><br \/>\nVoil\u00e0 le sympt\u00f4me qui aurait \u00e9clair\u00e9 un hom\u00e9opathe : Ph\u00e8dre \u00e9tait justiciable de Lachesis, la sensation d&rsquo;\u00e9touffer dans ses v\u00eatements \u00e9tant l&rsquo;un des signes caract\u00e9ristiques de ce rem\u00e8de hom\u00e9opathique, que l&rsquo;on extrait d&rsquo;un venin de serpent.<br \/>\n<a id=\"X6\" href=\"#Y6\">[6]<\/a>\u00a0 \u00ab\u00a0En g\u00e9n\u00e9ral, pr\u00e9cise le Dr Pierre Vannier, nous ne rencontrons pas de types aussi tranch\u00e9s. Le car\u00adbonique, le phosphorique et le fluorique \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat pur sont \u00e0 leur place sur la fresque comme des ja\u00adlons entre lesquels se situent la majorit\u00e9 des individus\u00a0\u00bb. \u00c0 l&rsquo;in\u00adt\u00e9rieur de la classification, l&rsquo;hom\u00e9opathe nuance \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame son jugement. Deux carboniques peu\u00advent appartenir, l&rsquo;un au type blond Belladona, et l&rsquo;autre au type brun Aconit. S&rsquo;ils contrac\u00adtent le m\u00eame jour deux congestions pulmonaires identiques, ce n&rsquo;est pas le m\u00eame rem\u00e8de qu&rsquo;on leur administrera.<br \/>\n<a id=\"X7\" href=\"#Y7\">[7]<\/a>\u00a0 Autant qu&rsquo;aux dosages eux-m\u00eames, Hahnemann attachait de l&rsquo;importance aux succussions, c&rsquo;est-\u00e0-dire aux secousses que l&rsquo;on imprime au flacon entre chaque dilution. Par le moyen de ces succussions, estimait-il, le re\u00adm\u00e8de se trouve dynamis\u00e9, ce qui signifie qu&rsquo;il est modifi\u00e9 dans l&rsquo;intimit\u00e9 de sa structure. Un des adversaires d&rsquo;Hahnemann fit \u00e0 ce propos une boutade c\u00e9l\u00e8bre que l&rsquo;on n&rsquo;a pas encore oubli\u00e9e dans les milieux hostiles \u00e0 l&rsquo;hom\u00e9o\u00adpathie : \u00ab Vous paraissez tellement convaincu de l&rsquo;efficacit\u00e9 des secousses que nous ne serions pas surpris d&rsquo;apprendre un jour que vous avez r\u00e9veill\u00e9 un mort en le secouant comme un prunier. \u00bb<br \/>\n<a id=\"X8\" href=\"#Y8\">[8]<\/a>\u00a0 Le Dr Roland Zissu estime que la vaccination et l&rsquo;hom\u00e9opathie reposent sur des principes diff\u00e9rents. Nous empruntons ce pas\u00adsage \u00e0 son livre <em>Mati\u00e8re m\u00e9dicale hom\u00e9opathique constitutionnelle<\/em> : \u00ab\u00a0La cr\u00e9ation de l&rsquo;immunit\u00e9 est \u00e0 la base de l&rsquo;action du rem\u00e8de hom\u00e9opathique qui cherche \u00e0 sti\u00admuler les r\u00e9actions de l&rsquo;organisme plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 r\u00e9duire un sympt\u00f4me sans toucher \u00e0 la cause qui l&rsquo;a pro\u00adduit. C&rsquo;est par l&rsquo;interm\u00e9diaire de cette notion d&rsquo;immunit\u00e9 qu&rsquo;on rejoint la vaccinoth\u00e9rapie et la s\u00e9roth\u00e9rapie, largement employ\u00e9es en allopathie&#8230; Dans la vaccina\u00adtion, il s&rsquo;agit d&rsquo;att\u00e9nuer la viru\u00adlence des agents pathog\u00e8nes pour permettre \u00e0 l&rsquo;organisme qui en subit l&rsquo;assaut de s&rsquo;immuniser en fabriquant des anticorps sp\u00e9ci\u00adfiques \u00e0 cet agent. Serait-ce donc de l&rsquo;hom\u00e9opathie ? Non. La diff\u00e9\u00adrence fondamentale qui existe est que, dans le cas de la vaccination, les anticorps form\u00e9s sont sp\u00e9ci\u00adfiques du microbe (vaccination homologue) ou du microbe voisin (vaccination h\u00e9t\u00e9rologue), tandis que les anticorps suscit\u00e9s par le rem\u00e8de hom\u00e9opathique sont sp\u00e9\u00adcifiques du complexe biologique, englobant \u00e0 la fois toutes les r\u00e9actions pathologiques du malade vis-\u00e0-vis du microbe, les troubles qu&rsquo;il d\u00e9termine et le terrain m\u00eame sur lequel il se d\u00e9veloppe\u00a0\u00bb.<br \/>\n<a id=\"X9\" href=\"#Y9\">[9]<\/a>\u00a0 \u00ab La pens\u00e9e scientifique s&rsquo;est difficilement arrach\u00e9e au t\u00e9moi\u00adgnage des sens. Ceux-ci furent les bastions inexpugnables, les ultimes refuges de l&rsquo;anthropocentrisme. Ne nous y trompons pas : les pre\u00admiers appareils scientifiques de mesure ne furent appr\u00e9ci\u00e9s que comme des yeux un peu plus fins, des mains un peu plus subtiles. Il a fallu que la gamme de leurs pos\u00adsibilit\u00e9s se soit diversifi\u00e9e et que leur pr\u00e9cision soit extr\u00eame pour que l&rsquo;homme de science comprenne qu&rsquo;il avait invent\u00e9 non pas des pro\u00adlongements \u00e0 ses organes des sens, mais des organes autres. Gr\u00e2ce \u00e0 eux, il d\u00e9couvrait non pas une r\u00e9alit\u00e9 plus fine, mais une r\u00e9alit\u00e9 diff\u00e9rente. Nos sens ne nous permettent de saisir que des rapports d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 ou un mini\u00admum de similitude. Il faut 1 pour \u00e9quilibrer 1 sur les deux plateaux d&rsquo;une balance. Toute physique et toute chimie ont d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 connues en termes de laboratoire. La premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle a fait admettre peu \u00e0 peu que l&rsquo;organisme humain \u00e9tait un labo\u00adratoire particulier, avec sa propre chimie et sa propre physique. Pendant des si\u00e8cles, on avait oubli\u00e9 que ce laboratoire \u00e9tait vivant, que ses r\u00e9actions intimes nous \u00e9taient inconnues, et en tout cas \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle des \u00ab micro-doses \u00bb. Jacques Mousseau, <em>Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;hom\u00e9opathie ?<\/em> (Plan\u00e8te, n 14).<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les maladies ne sont pas des entit\u00e9s fixes et invariables qu&rsquo;il suffit de nommer pour les caract\u00e9riser. Chez chacun d&rsquo;entre nous, elles prennent des formes particuli\u00e8res. Le m\u00e9decin classique se contente de les identifier; il dit par exemple : \u00ab C&rsquo;est une rougeole, ou une scarlatine. \u00bb L&rsquo;hom\u00e9opathe va plus loin : il doit d\u00e9terminer la forme particuli\u00e8re que cette rougeole ou cette scarlatine prend chez un malade donn\u00e9, et, pour cela, faire le recensement m\u00e9ticuleux de tous les sympt\u00f4mes propres \u00e0 ce malade. Pourquoi proc\u00e9der ainsi ? Souvenons-nous que le rem\u00e8de hom\u00e9opathique est un \u00ab simillimum \u00bb, un semblable. Autrement dit, il est d&rsquo;autant plus efficace que les sympt\u00f4mes pr\u00e9sent\u00e9s par le patient auquel on l&rsquo;administre sont plus proches des sympt\u00f4mes qu&rsquo;il est lui-m\u00eame capable de provoquer chez un sujet sain. \u00ab Le cas id\u00e9al, disait Hahnemann, est celui o\u00f9 la maladie artificielle cr\u00e9\u00e9e par le m\u00e9dicament co\u00efncide trait pour trait avec la maladie r\u00e9elle que j&rsquo;ai \u00e0 traiter. \u00bb Dire aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;il existe autant de maladies que de malades, c&rsquo;est \u00e9noncer une v\u00e9rit\u00e9 premi\u00e8re qu&rsquo;aucun m\u00e9decin, quel qu&rsquo;il soit, ne d\u00e9savoue. Mais l&rsquo;hom\u00e9opathe est le seul \u00e0 en tirer des cons\u00e9quences pratiques et di\u00adrectement utilisables dans la th\u00e9rapeutique. 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