{"id":13553,"date":"2013-05-04T16:37:04","date_gmt":"2013-05-04T15:37:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=13553"},"modified":"2013-05-04T16:38:42","modified_gmt":"2013-05-04T15:38:42","slug":"de-lillusion-detre-libre-a-letat-de-liberte-par-andre-niel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lillusion-detre-libre-a-letat-de-liberte-par-andre-niel\/","title":{"rendered":"De l\u2019illusion d\u2019\u00eatre libre \u00e0 l\u2019\u00e9tat de libert\u00e9 par Andr\u00e9 Niel"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>(Extrait de <em>Krishnamurti et la R\u00e9volution <\/em>1953)<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"center\">\u00a7 1. \u2014 <em>Perspectives oppositionnelles<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>C\u2019est le d\u00e9sir de s\u00e9curit\u00e9 qui cr\u00e9e l\u2019autorit\u00e9, qui \u00e9labore des disciplines, qui constitue des mod\u00e8les \u00e0 imiter, qui fait poursuivre un id\u00e9al, qui met en \u0153uvre tout le processus du conformisme<\/em> (Paris 1950, p. 113). <em>Et, tant que nous ne ferons que r\u00e9p\u00e9ter, lire des ouvrages, citer des autorit\u00e9s, poursuivre un id\u00e9al, nous conformer \u00e0 des formules, adh\u00e9rer \u00e0 une religion, exercer un culte, chercher de nouveaux ma\u00eetres, dans l\u2019espoir d\u2019\u00eatre heureux, il n\u2019y aura \u00e9videmment pas de libert\u00e9<\/em> \u00bb (Id., p. 114).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Libert\u00e9 ? C\u2019est le feu, l\u2019appel claquant comme un drapeau, des voleurs d\u2019\u00e9paves ! C\u2019est le phare captieux allum\u00e9 contre la mer, la rayonnante promesse d\u2019un av\u00e8nement total de l\u2019homme enfin lib\u00e9r\u00e9 de ses ma\u00eetres, mais jaillie, en v\u00e9rit\u00e9, d\u2019un d\u00e9sir avide d\u2019\u00e9trang\u00e8res d\u00e9pouilles : les biens ou le sang de l\u2019Autre, qui nous sont un d\u00e9fi. On s\u2019abandonne \u00e0 la lumi\u00e8re, malgr\u00e9 les reflets sanglants ; on se confie au drapeau, malgr\u00e9 ses battements d\u2019ailes sinistres et, bient\u00f4t, c\u2019est l\u2019accueil brutal des r\u00e9cifs&#8230; L\u2019homme croit que son navire a heurt\u00e9 l \u00e9toile, car le feu s\u2019\u00e9teint.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelle aventure courue sur la prestigieuse promesse du nom de Libert\u00e9 ne s\u2019est, en effet, finalement ab\u00eem\u00e9e dans un d\u00e9sastre ? \u00ab <em>Plus l\u2019id\u00e9al est \u00e9lev\u00e9 noble, sacr\u00e9, plus nous le croyons spirituel mais il n&rsquo;est qu\u2019un mod\u00e8le&#8230; et l\u2019esprit est victime d\u2019une imitation. Si le but est la libert\u00e9, le d\u00e9part ne doit-il pas \u00eatre libre ? Si, au d\u00e9but, notre esprit est domin\u00e9, fa\u00e7onn\u00e9, disciplin\u00e9, moul\u00e9 conform\u00e9ment \u00e0 une autorit\u00e9, il est \u00e9vident qu\u2019il sera encore circonscrit, encadr\u00e9, \u00e0 la fin. Si vous n\u2019avez pas de libert\u00e9 au d\u00e9part, vous n\u2019aurez pas de libert\u00e9 \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e<\/em> \u00bb (Paris 1950, p. 112 et 113). A moins qu\u2019on entende ici, par \u00ab libert\u00e9 \u00bb, celle du n\u00e9ant. N\u2019est-ce pas sur les bords m\u00eames du n\u00e9ant qu\u2019ils ont allum\u00e9 leurs flambeaux s\u00e9ducteurs, les appels insidieux de leurs refuges sinistres : Religions, \u00c9tats, Dogmes, Philosophies ? Leur puissance se proclame pr\u00e9servatrice et lib\u00e9ratrice de l\u2019Autre, du Non-Moi, du Vous-Autres, mais en v\u00e9rit\u00e9 ils sont l\u2019\u00e9toile avide du sacrifice de nous-m\u00eames. Jusqu\u2019au jour o\u00f9 la terre enti\u00e8re deviendra leur brandon : le dernier mensonge et la derni\u00e8re contradiction de l\u2019homme !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est l\u00e0 que nous aurons abouti, guid\u00e9s sur la promesse absurde d\u2019une lib\u00e9ration universelle de l\u2019Autre ! Du sein obscur de la contradiction du Moi et du Non-Moi, tout espoir, si g\u00e9n\u00e9reux soit-il, d\u2019une lib\u00e9ration humaine de l\u2019oppression et de l\u2019injustice ne peut, en effet, que poursuivre de dangereux mirages ! L\u2019opposition-contradiction du Moi et de l\u2019Autre est une nuit absolument opaque \u00e0 travers laquelle ne saurait filtrer aucune lumi\u00e8re indicatrice. \u00ab <em>Notre existence est un \u00e9tat d\u2019opposition et de contradiction, et aucune pens\u00e9e, aucune action qui en d\u00e9coulent ne peuvent jamais \u00eatre vraies<\/em> \u00bb (Krishnamurti &#8211; Oja\u00ef 1944, p. 25).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Mais, justement, si nous sommes au fond d\u2019une telle nuit, que nous importe que le lointain signal brillant ne soit qu\u2019illusion, mirage et mensonge : n\u2019est-il pas, aussi bien, la bulle l\u00e9g\u00e8re, radieuse, crevant l\u2019eau morte de notre angoisse&#8230; le seul point lumineux qui nous tienne \u00e9veill\u00e9s \u00e0 nous-m\u00eames ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">H\u00e9las ! Si l\u2019espoir est sublime, les actes restent pris aux filets glac\u00e9s des t\u00e9n\u00e8bres ! \u00ab <em>Notre morale, notre action positive sont fond\u00e9es sur (la) contradiction intime et ainsi nous<\/em> <em>nous livrons \u00e0 une activit\u00e9 incessante&#8230; d\u00e9sirant le bonheur et causant de la douleur, aimant et aussi ha\u00efssant&#8230; aspirant \u00e0 la paix et engendrant la guerre<\/em> \u00bb (Id., p. 21). Libert\u00e9 passionnante et homicide ! Qu\u00eate absurde et cruelle, et qui doit durer aussi longtemps que l\u2019homme restera le prisonnier de sa nuit int\u00e9rieure !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Quand nous prenons conscience de nous-m\u00eames, nous d\u00e9couvrons que nous sommes dans un \u00e9tat de contradiction intime&#8230; de vouloir et de non-vouloir, d\u2019amour et de haine. Les pens\u00e9es et les actions n\u00e9es de cette contradiction sont consid\u00e9r\u00e9es comme positives, mais est-elle positive la pens\u00e9e qui se contredit elle-m\u00eame ?<\/em> \u00bb (Id., p.20)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment une pens\u00e9e positive pourrait-elle na\u00eetre de la conjonction n\u00e9gative du Moi et de l\u2019Autre ? Une pens\u00e9e positive est v\u00e9rit\u00e9 pour tous. Une pens\u00e9e positive est rationnelle-universelle, \u00e0 supposer m\u00eame que la pointe de sa fl\u00e8che vise bien au-dessus des buts ordinairement accessibles \u00e0 la raison !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, aussi bien, comment une conscience qui est un champ de bataille et d\u2019opposition pour ses propres concepts du Moi et du Non-Moi serait-elle capable de se comprendre elle-m\u00eame ? La dualit\u00e9 est une : comme elle d\u00e9chire l\u2019esp\u00e8ce, elle rend l\u2019individu incompr\u00e9hensible \u00e0 lui-m\u00eame. Alors, toute confiance de l\u2019homme dans l\u2019homme et de chacun en soi-m\u00eame est rendue impossible. \u00ab <em>Dans cet \u00e9tat de contradiction intime, comment peut-il y avoir certitude ? Comment pouvons-nous, dans cet \u00e9tat, affirmer que nous avons raison ou tort ?<\/em> \u00bb (Id., p. 21) ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019inimiti\u00e9 du Moi et de l&rsquo;Autre est une porte grande ouverte aux plus graves illusions, c\u2019est que la v\u00e9rit\u00e9 n\u2019importe plus tant ici que la victoire qu\u2019il faut, \u00e0 tout prix, remporter sur l&rsquo;Autre : alors, elle brille pour nous d&rsquo;un attrait irr\u00e9sistible, la sanglante lumi\u00e8re lib\u00e9ratrice qui luit au plus sombre de nous-m\u00eames ! \u00ab <em>Un esprit qui se contredit ne peut savoir ce que sont la candeur, l\u2019honn\u00eatet\u00e9<\/em> \u00bb (Oja\u00ef 1944, p. 51) <a id=\"Y1\" href=\"#X1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est parce que son sentiment du Non-Moi est \u00e0 chacun sa propre contradiction, que tout individu a la haine de l&rsquo;Autre-absolu. Ainsi la libert\u00e9 n\u2019est-elle jamais acquise, mais toujours \u00e0 reconqu\u00e9rir sur quelque aspect nouveau d\u2019un Non-Moi sans cesse renaissant. Les conqu\u00eates apparentes de la Libert\u00e9 font toutes partie d\u2019une seule et m\u00eame vaine offensive de l\u2019homme contre sa propre imagination n\u00e9gative de l\u2019Autre. De sorte que, de conflit en conflit et de destruction en destruction, la Libert\u00e9, qui, parmi les ruines qu\u2019elle accumule, donne pourtant l\u2019impression d\u2019un certain \u00e9lan et d\u2019un certain devenir, reste finalement incapable de rien atteindre, de rien \u00e9difier, que le Mythe sanglant d\u2019elle-m\u00eame! Jusqu\u2019au jour de la victoire totale de tous les Moi sur tous les Autres, qui r\u00e9sumera dans un seul d\u00e9sastre toutes les erreurs commises ! \u00ab <em>La vie recherch\u00e9e en termes du moi et du mien est un conflit, une destruction<\/em> \u00bb (<em>Oja\u00ef<\/em>, 1944, p. 69).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quiconque s\u2019\u00e9meut encore au nom de Libert\u00e9, il peut donc aller, indiff\u00e9remment, s\u2019\u00e9duquer au spectacle du monde ou de lui-m\u00eame, pris ensemble au m\u00eame pi\u00e8ge de l\u2019affirmation oppositionnelle du Moi. Certes, l\u2019individu enferme en lui-m\u00eame une puissance incoercible de cr\u00e9ation ; seulement son d\u00e9sir obs\u00e9dant de se rendre libre de l\u2019Autre-absolu transforme universellement cette fonction cr\u00e9atrice naturelle dans une fonction non moins incoercible de destruction de l\u2019homme par l\u2019homme ! Ainsi suffit-il d\u2019une br\u00e8che dans le barrage d\u2019un fleuve pour que se convertisse en un terrible agent de destruction une accumulation de force primitivement f\u00e9conde. Notre d\u00e9sir de libert\u00e9, parce qu\u2019il est ins\u00e9parable d\u2019une obsession permanente de la dualit\u00e9 du Moi et de l\u2019Autre, ressemble \u00e0 une telle br\u00e8che, mais cette fois ouverte \u00e0 m\u00eame le rempart biologique qui, depuis les origines \u2014 instincts et pens\u00e9e r\u00e9unis \u2014 d\u00e9fend notre esp\u00e8ce du d\u00e9clin et de la mort !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Ce qui se contredit cesse d\u2019exister <\/em>\u00bb (Id., p. 21). La confusion atroce \u00e0 laquelle nous assistons, de Races, de Peuples, d&rsquo;int\u00e9r\u00eats et de Croyances r\u00e9ciproquement acharn\u00e9s \u00e0 se d\u00e9truire ne nous donne-t-elle pas effectivement le spectacle d\u2019une humanit\u00e9 qui, lentement mais s\u00fbrement, cesse d&rsquo;exister ? Notre vertige de libert\u00e9, c\u2019est le vertige de la contradiction de l\u2019homme par l\u2019homme. Est-ce que, sous nos yeux m\u00eames, par une br\u00e8che de plus en plus b\u00e9ante, la cr\u00e9ativit\u00e9 de l\u2019esp\u00e8ce ne va pas se vider \u2014 pour s\u2019y enfermer en une virtualit\u00e9 universelle de mort \u2014 dans les engins formidables que le Moi des Nations pr\u00e9pare \u00e0 l\u2019intention de l\u2019Autre ?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"center\">\u00a7 2. \u2014 <em>Le probl\u00e8me de l&rsquo;homme est dans la lib\u00e9ration de l&rsquo;opposition.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019individu se laisse difficilement aller \u00e0 consid\u00e9rer en face une situation si tragique, c\u2019est qu\u2019une telle vision est, par elle-m\u00eame, source de souffrance. Pourtant, il a beau d\u00e9tourner la t\u00eate : \u00e0 une telle souffrance, il ne saurait lui-m\u00eame \u00e9chapper, parce que le mal est en lui ! \u00ab <em>L\u2019individu qui n\u2019est pas total, entier, sera toujours en \u00e9tat de contradiction int\u00e9rieure&#8230; et cette contradiction aura des effets destructeurs non seulement sur la soci\u00e9t\u00e9, mais sur son propre bonheur<\/em> \u00bb (Krishnamurti &#8211; Paris 1950, p. 147).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelle peut \u00eatre la signification de cette souffrance ? Toute souffrance n\u2019est-elle pas un signal de la nature exhortant l\u2019individu \u00e0 se prot\u00e9ger, \u00e0 se d\u00e9fendre ? Certes, l\u2019individu n\u2019est pas, ici, menac\u00e9 directement : depuis les origines qu\u2019il porte en lui, son opposition \u00e0 lui-m\u00eame, comme un mal dont il n\u2019a pu encore mourir&#8230; Mais ce n\u2019est pas pr\u00e9cis\u00e9ment de son corps actuel qu\u2019il s\u2019agit. La signification de l&rsquo;angoisse de dualit\u00e9 s\u2019\u00e9tend bien au del\u00e0 de l\u2019individu physique : elle est l&rsquo;avertissement \u00e0 l&rsquo;homme tout entier \u2014 enferm\u00e9 au plus intime de chaque individu \u2014 que l\u2019existence de l\u2019humain est menac\u00e9e dans son \u00eatre universel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La duplicit\u00e9 int\u00e9rieure est aujourd\u2019hui le plus terrible agent de mort et de destruction dont notre esp\u00e8ce se trouve menac\u00e9e ! Comment, dans ces conditions, ne pas aller jusqu\u2019\u00e0 admettre que la r\u00e9action de chacun de nous \u00e0 sa propre souffrance ne soit, aussi bien, r\u00e9action de l\u2019esp\u00e8ce tout enti\u00e8re au danger d\u2019auto-destruction qui la menace ? \u00ab <em>Nous nous trouvons dans le conflit, dans la confusion, dans la douleur, et c\u2019est cette douleur qui doit nous pousser irr\u00e9sistiblement \u00e0 chercher, \u00e0 poursuivre et \u00e0 d\u00e9couvrir le r\u00e9el<\/em> \u00bb (<em>Oja\u00ef<\/em>, 1944, p. 92).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne voit d\u2019ailleurs pas comment notre esp\u00e8ce pourrait actuellement r\u00e9agir \u00e0 sa propre division autrement que par un effort spontan\u00e9 des individus. Mais encore convient-il que cet effort ne se laisse pas d\u00e9tourner de son vrai but par la promesse d\u2019une libert\u00e9 fond\u00e9e sur la n\u00e9gation de quelque aspect nouveau du Non-Moi !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autrement dit, devons-nous sortir r\u00e9solument des voies de l\u2019opposition essentielle. Ce serait, par exemple, une nouvelle erreur que de se d\u00e9clarer l\u2019ennemi mortel de la dualit\u00e9 ou de ses repr\u00e9sentants. Imm\u00e9diatement et r\u00e9solument il nous faut adopter \u00ab <em>une perception nouvelle, un entendement nouveau, qui ne soit pas ancr\u00e9 dans les contraires<\/em> \u00bb (Id., p. 27). Naturellement, un minimum de libert\u00e9 et de lucide clairvoyance est exig\u00e9 au d\u00e9part. \u00c0 cette condition seulement l\u2019individu sera capable de s\u2019\u00e9lever ensuite vers un \u00e9tat plus accompli de non-dualit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans doute, le d\u00e9gagement d\u2019un horizon aussi peu habituel peut surprendre et, d\u00e8s l\u2019abord, d\u00e9courager. Ainsi le malade encore affaibli, condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019immobilit\u00e9, aper\u00e7oit-il avec d\u00e9ception se lever, au-dessus des toits de son h\u00f4pital, l\u2019azur des beaux jours. \u00ab <em>Le monde est r\u00e9parti en contraires, le bon et le mauvais, le mien et le v\u00f4tre, et ainsi de suite. Dans la dualit\u00e9, il n\u2019y a pas de compr\u00e9hension, chaque antith\u00e8se contient son propre oppos\u00e9. Notre difficult\u00e9 consiste \u00e0 penser ces probl\u00e8mes d\u2019une fa\u00e7on neuve, \u00e0 penser au monde et \u00e0 nous-m\u00eames d\u2019un tout autre point de vue<\/em> \u00bb (Id., p. 11). Aussi, le point de vue sur le ciel de la non-dualit\u00e9 peut-il nous sembler, d\u00e8s l\u2019abord, situ\u00e9 \u00e0 une altitude presque insurmontable !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis, est-ce qu\u2019en se dissipant autour de nous, le brouillard de l\u2019opposition ne va pas faire tomber la seule protection qui nous d\u00e9fend des intentions agressives de l\u2019Autre ? Ne serait-il pas plus prudent d\u2019attendre que cet Autre ait abdiqu\u00e9 lui-m\u00eame, \u00e0 notre \u00e9gard, ses intentions agressives ? Non pas : ce seul report dans le futur de toute action auto-lib\u00e9ratrice ne ferait que prouver que nous abdiquons, en fait, notre pouvoir naturel de r\u00e9action \u00e0 la souffrance, et que nous nous retirons du combat pour le bonheur ! \u00ab <em>Vous vous bornez \u00e0 dire : il me faut du temps pour me lib\u00e9rer. Et vous laissez tomber la question&#8230; La question est : est-il possible pour une personne ordinaire&#8230; de se lib\u00e9rer imm\u00e9diatement de tout d\u00e9sir de s\u2019attacher \u00e0 une croyance ou \u00e0 un dogme<\/em> \u00bb (Paris, 1950, p. 45) ? Autrement dit : est-il possible de se lib\u00e9rer imm\u00e9diatement du d\u00e9sir d\u2019aller mettre son Moi \u00e0 l\u2019abri dans un syst\u00e8me collectif d\u2019opposition \u00e0 l\u2019Autre ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le vrai probl\u00e8me d\u2019une vraie libert\u00e9 est, ici, abord\u00e9 en face. Et relativement \u00e0 une \u00ab personne ordinaire \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire dans son rapport \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 universelle. La lib\u00e9ration, notre lib\u00e9ration, ma lib\u00e9ration de l\u2019oppression de l\u2019Autre ne doit plus avoir pour condition la suppression de cet Autre, mais la disparition de tout sentiment d\u2019opposition essentielle \u00e0 son \u00e9gard&#8230; Est-il donc possible \u00e0 une \u00ab personne ordinaire \u00bb de briser ainsi d\u2019un seul coup les portes de sa prison int\u00e9rieure, sa conscience s\u2019ouvrant alors toute grande au rayonnement de la v\u00e9rit\u00e9, allant donner soudain sur le spectacle harmonieux d\u2019un univers sans ruptures de contradiction? Il ne semble pas impossible que, sous le coup de quelque r\u00e9v\u00e9lation, un tel \u00ab saut \u00bb puisse \u00eatre accompli&#8230; Mais il n\u2019en reste pas moins que la pr\u00e9sence de certaines conditions pr\u00e9alables semble devoir favoriser l\u2019\u00e9closion d\u2019un tel sentiment lib\u00e9rateur. Conditions, d\u2019ailleurs, tout \u00e0 fait g\u00e9n\u00e9rales, et qu\u2019il est donn\u00e9 \u00e0 tout le monde de pouvoir remplir. Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019exigences myst\u00e9rieuses dont seraient d\u00e9fendues les abords d\u2019un monde sacr\u00e9, mais bien de simples voies d\u2019approche pr\u00e9parant l\u2019individu \u00e0 l\u2019effort d\u00e9cisif d\u2019une conception non-contradictoire de ses rapports avec le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>L\u2019exp\u00e9rience d\u2019une action libre de l\u2019imposition des id\u00e9es, vous la ferez lorsque vous verrez que, partout dans le monde, les actions bas\u00e9es sur des croyances, des dogmes, des conclusions&#8230; provoquent des divisions, des conflits, une d\u00e9sint\u00e9gration <\/em>\u00bb (Paris, 1950, p. 46 et 47).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il existe, en effet, une conscience lib\u00e9ratrice primordiale. Elle provient du sentiment intens\u00e9ment \u00e9prouv\u00e9 de l\u2019absurdit\u00e9 de nos rapports, g\u00e9n\u00e9ralement fond\u00e9s sur la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 des croyances exclusives : \u00e0 l&rsquo;\u00e9gal des int\u00e9r\u00eats les moins avouables, les croyances les plus sublimes ne font rien que jeter les hommes les uns contre les autres&#8230; Mais, encore une fois, prenons garde que l\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re ne soit alors confondue par nous dans le m\u00eame m\u00e9pris, condamn\u00e9e, rejet\u00e9e tout enti\u00e8re, d\u00e9nonc\u00e9e comme un monde infernal soudain dress\u00e9 en opposition \u00e0 la sagesse pr\u00e9suppos\u00e9e d\u2019un Moi en v\u00e9rit\u00e9 jalousement retranch\u00e9 en lui-m\u00eame ! Un tel d\u00e9tachement serait, en effet, contradictoire : on ne se lib\u00e8re pas du m\u00e9pris par le m\u00e9pris, de la n\u00e9gation par la n\u00e9gation, et la fuite dans la solitude n\u2019est pas une r\u00e9ponse au d\u00e9sordre. \u00ab <em>Nous nous conformons \u00e0 (la soci\u00e9t\u00e9), ou, au contraire, nous brisons avec elle ; mais cette rupture d\u00e9pend de notre&#8230; conditionnement : elle n\u2019est pas un signe de libert\u00e9<\/em> \u00bb (Id., p. 67).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a \u00e9galement contradiction si, dans l\u2019espoir de r\u00e9duire par la force le d\u00e9sordre humain universel, nous acceptons de faire partie d\u2019une action organis\u00e9e dans un but agressif \u2014 au sein d\u2019un Parti, d\u2019une Classe, d\u2019une Arm\u00e9e, d\u2019un Peuple. La confusion actuelle de nos rapports n\u2019a-t-elle pas, en effet, son origine dans le d\u00e9sir de chacun d\u2019organiser le monde pour la gloire et le profit du groupement auquel il appartient et de l\u2019Id\u00e9e qu\u2019il repr\u00e9sente ? Et chacune de ces Id\u00e9es n\u2019a-t-elle pas ses \u00e9lus et ses r\u00e9prouv\u00e9s, s\u2019affirmant par l\u00e0 comme une source permanente de division et de d\u00e9sordre ? \u00ab <em>La libert\u00e9 ne s\u2019obtient pas par la discipline<\/em> \u00bb (Paris, 1950, p. 72).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi notre conscience de la confusion et du malheur universels doit-elle rester pure de tout m\u00e9pris comme de tout d\u00e9sir d\u2019\u00e9vasion, \u00e0 moins d\u2019absurdit\u00e9 et de contradiction. \u00ab <em>Il importe peu que vous changiez d\u2019\u00e9vasion&#8230; Comment saurez-vous ce que vous avez \u00e0 faire ? En cessant de vous \u00e9vader&#8230; Si le but est la libert\u00e9, le d\u00e9part ne doit-il pas \u00eatre libre<\/em> \u00bb (Id., p. 112.) ? C\u2019est dans la puret\u00e9 de notre initiale vision objective du malheur et de l\u2019injustice que brille, en effet, l\u2019\u00e9tincelle dont sera capable de jaillir la flamme lib\u00e9ratrice ! \u00ab <em>Notre effort se disperse dans la n\u00e9gation ou l\u2019acceptation&#8230; Cet effort&#8230; ne produit aucune compr\u00e9hension cr\u00e9atrice&#8230; Un v\u00e9ritable effort consiste \u00e0 observer silencieusement sans identification&#8230; en ne choisissant pas. C\u2019est cette lucidit\u00e9 silencieuse et sans choix qui engendre la libert\u00e9<\/em> \u00bb (Causeries, 1945, p. 66).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Conjonction d\u00e9cisive que cette rencontre : la pure conscience du d\u00e9sordre de nos rapports, d\u2019une part, et, d\u2019autre part, l\u2019affranchissement d\u00e9finitif de cette m\u00eame conscience \u00ab <em>de tout d\u00e9sir de refuge au sein d\u2019id\u00e9ologies&#8230; croyances, syst\u00e8mes, groupes, personnes, ma\u00eetres, enseignements, quels qu\u2019ils soient<\/em> \u00bb (Paris, 1950, p. 36). Quelle vision sereine d\u2019un \u00e9tat de choses pourtant terrible, venant se substituer \u00e0 tous les soubresauts, \u00e0 tous les affrontements d\u2019id\u00e9es ou de passions suscit\u00e9es par le conflit permanent et fratricide du Moi et de l\u2019Autre !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est certain qu\u2019une telle attitude ne doit pas craindre de s\u2019affirmer en des arguments logiques : ainsi s\u2019affermira d\u2019autant plus sa r\u00e9sistance aux s\u00e9ductions du m\u00e9pris et de la n\u00e9gation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>S\u2019apercevoir que l\u2019esprit est tomb\u00e9 dans la copie d\u2019un mod\u00e8le, et simplement rejeter cette structure n\u2019est qu\u2019une r\u00e9action, ce n\u2019est pas la libert\u00e9 (Paris, 1950, p. 114). Nous avons cr\u00e9\u00e9 l\u2019ennemi et le fait de devenir nous-m\u00eames l\u2019ennemi ne met fin en aucune fa\u00e7on \u00e0 l\u2019inimiti\u00e9. Il faut comprendre la cause de l\u2019inimiti\u00e9, et cesser de l\u2019alimenter par notre pens\u00e9e, nos sentiments et nos actions <\/em>\u00bb (Oja\u00ef, 1944, p. 22). Comment sortir de l\u2019esprit d\u2019opposition et de contradiction sans se servir soi-m\u00eame des armes habituelles fournies par l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit oppositionnel, l\u00e0 est tout le probl\u00e8me. Pour sa part, Krishnamurti nous invite \u00e0 mettre bas toutes les armes, \u00e0 ne plus nous servir que des seules facult\u00e9s naturelles d\u2019une pens\u00e9e simplement et attentivement observatrice, largement ouverte \u00e0 la compr\u00e9hension objective des choses, des \u00e9v\u00e9nements, des \u00eatres et\u00a0 de leurs rapports. \u00ab <em>Nous vivons dans un \u00e9tat de dualit\u00e9. Comment na\u00eet cette dualit\u00e9 ? Si nous pouvons le comprendre, peut-\u00eatre pourrons-nous d\u00e9passer la dualit\u00e9 et d\u00e9couvrir une fa\u00e7on diff\u00e9rente d\u2019\u00eatre<\/em> \u00bb (Id., p. 14). Ainsi devons-nous d\u00e9couvrir la route lib\u00e9ratrice \u2014 qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019\u00e9tat de non-division et d\u2019harmonie \u2014 par le seul moyen de l\u2019application cr\u00e9ative, par le seul effort de notre facult\u00e9 de conna\u00eetre ; il nous faut renoncer \u00e0 ouvrir cette route par la volont\u00e9 dans un monde rebelle. Plut\u00f4t chercher \u00e0 comprendre qu\u2019\u00e0 briser, \u00e0 conna\u00eetre qu&rsquo;\u00e0 condamner : tout cela fait partie des caract\u00e8res propres \u00e0 un bon conditionnement lib\u00e9rateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019y a pourtant rien de moins passif \u2014 en d\u00e9pit des apparences que lui pr\u00eate un aspect ext\u00e9rieur o\u00f9 se refl\u00e8tent la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et l\u2019attente \u2014 que l\u2019attitude morale objective ! En fait, la constatation pure et simple de l\u2019universelle confusion \u2014 le parti-pris d\u2019aucun pr\u00e9jug\u00e9, d\u2019aucun engagement particulier, ne venant plus jeter le voile d\u2019aucun contraste illusoire \u2014 ne tarde pas \u00e0 se muer dans le plus riche enseignement : si le d\u00e9sordre humain universel, constituant un ph\u00e9nom\u00e8ne indivisible, pose, en cons\u00e9quence, un probl\u00e8me unique, comment la solution \u00e0 lui apporter ne serait-elle pas \u00e9galement unique ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autre r\u00e9v\u00e9lation : d\u2019un homme \u00e0 l\u2019autre, les rapports sont, actuellement, partout les m\u00eames, c\u2019est-\u00e0-dire tendus dans une rivalit\u00e9 incessante, fond\u00e9e sur la contradiction initiale des concepts du Moi et du Non-Moi, et cette rivalit\u00e9 est la source de tous les autres antagonismes&#8230; Ainsi se d\u00e9couvre finalement dans sa vraie nature le probl\u00e8me r\u00e9el des rapports sociaux : celui-ci peut \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 la question intime des rapports entre nos sentiments profonds du Moi et de l\u2019Autre, du Moi et du Non-Moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Comment surgit-il en nous, ce douloureux conflit entre le bien et le mal, l\u2019espoir et la crainte, l\u2019amour et la haine, le moi et le non-moi<\/em> \u00bb (Oja\u00ef, 1944, p. 14) ? La dualit\u00e9 universelle peut jeter les hommes les uns contre les autres, les transformer apparemment en humanit\u00e9s contradictoires, la conscience, de la part d\u2019un seul individu, de cette m\u00eame universelle dualit\u00e9, suffit pourtant \u00e0 les rassembler dans le sein d\u2019un m\u00eame probl\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, appr\u00e9hender la dualit\u00e9 sous cette forme intellectuelle, ce n\u2019est pas encore la r\u00e9soudre&#8230; Mais au moins est-ce penser le probl\u00e8me de notre confusion dans des termes simples et d\u00e9finitifs. Et aucun probl\u00e8me d\u2019aucune sorte n\u2019a jamais pu \u00eatre r\u00e9solu qu\u2019il n\u2019ait \u00e9t\u00e9 d\u2019abord traduit dans un \u00e9nonc\u00e9 correct et complet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A-t-on jamais vu un homme de science qui h\u00e9siterait \u00e0 r\u00e9unir toutes les donn\u00e9es d\u2019un probl\u00e8me, sous le pr\u00e9texte que telles indications capitales d\u00e9rangeraient les assises de quelque pr\u00e9jug\u00e9 ou croyance personnels ? Ainsi la position morale objective doit-elle admettre pour r\u00e9elle valeur d\u2019enseignement tout ce qui forme le contenu du \u00ab probl\u00e8me unique de l\u2019homme \u00bb, \u00e0 part tout pr\u00e9jug\u00e9 de bien ou de mal, de positivit\u00e9 ou de n\u00e9gativit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Nous devons, d\u00e8s le d\u00e9but de notre r\u00e9flexion, poser les fondations de notre recherche, car les moyens justes conduisent \u00e0 de justes fins&#8230; La lib\u00e9ration des contraires n\u2019est possible que lorsque la pens\u00e9e-sentiment est capable d\u2019observer ses actions et ses r\u00e9actions sans les accepter, ni les refuser, ni les comparer<\/em> \u00bb (Oja\u00ef, 1944, p. 14).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi aboutissons-nous \u00e0 la traduction dans un seul et unique probl\u00e8me \u2014 celui des rapports du Moi et de l\u2019Autre \u2014 de tous les probl\u00e8mes pos\u00e9s par l\u2019universelle confusion. On peut voir l\u00e0 une seconde \u00e9tape dans la recherche lib\u00e9ratrice. Nous y avons \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s par le seul d\u00e9veloppement d\u2019un esprit en \u00e9tat de parfaite tranquillit\u00e9 observatrice. Pourquoi abdiquerions-nous maintenant un tel \u00e9tat ? Ce serait revenir en arri\u00e8re, vers les domaine de la dualit\u00e9 et du parti-pris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ne convient-il pas au contraire, face au pur conflit de la dualit\u00e9, que nous restions plus que jamais lucides, sereinement observateurs et d\u00e9nu\u00e9s de parti-pris ? \u00ab <em>Vous ne pouvez contraindre le conflit \u00e0 cesser, vous ne pouvez y mettre fin par votre volont\u00e9<\/em> \u00bb (Oja\u00ef, 1944, p. 14). Ou bien alors, il faudrait parler d\u2019une volont\u00e9 de r\u00e9soudre plus forte que nous, d\u2019abord ramass\u00e9e en souffrance, puis sainement appliqu\u00e9e \u00e0 trouver une issue \u00e0 cette m\u00eame souffrance&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019issue ? Elle n\u2019est pas encore visible. La solution ? On ne la distingue pas encore. Mais la mise en \u00e9nonc\u00e9 du probl\u00e8me de l&rsquo;homme est une premi\u00e8re \u00e9tape, et capitale ; parce qu\u2019elle am\u00e8ne sur le seuil des espaces r\u00e9els o\u00f9 la libert\u00e9 n\u2019est plus un mirage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vers la vraie libert\u00e9, il n\u2019est qu\u2019un envol, mais sans doute plusieurs chemins possibles. Ainsi n\u2019y a-t-il, la plupart du temps, \u00e0 un probl\u00e8me compliqu\u00e9, qu\u2019un seul \u00e9nonc\u00e9 possible, tandis qu\u2019il se pr\u00e9sente de nombreuses voies \u00e0 qui veut tenter de le r\u00e9soudre. La route o\u00f9 Krishnamurti nous propose de nous \u00e9lancer est, en v\u00e9rit\u00e9, un chemin singuli\u00e8rement escarp\u00e9 \u2014 souvent m\u00eame r\u00e9duit \u00e0 une simple esquisse parmi des rocs instables. Mais ce sont l\u00e0 des inconv\u00e9nients ins\u00e9parables de tout itin\u00e9raire qui s\u2019efforce au plus direct.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"center\">\u00a7 3. \u2014 <em>De l&rsquo;analyse de l&rsquo;opposition \u00e0 la synth\u00e8se de l&rsquo;homme.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Le d\u00e9sir que l\u2019on a de trouver la s\u00e9curit\u00e9 dans des objets ou dans les rapports humains ne fait qu\u2019engendrer des conflits et de la douleur, la peur et la servitude<\/em> \u00bb (<em>Causeries<\/em>, 1945, p. 110).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais comment un tel \u00ab d\u00e9sir de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb ne serait-il pas la r\u00e9action naturelle d\u2019un Moi dans une perp\u00e9tuelle angoisse de la pr\u00e9sence de l\u2019Autre ? Tout l\u2019\u00e9lan humain vers la libert\u00e9 est-il autre chose que ce d\u00e9sir lui-m\u00eame : l\u2019app\u00e9tit d\u2019une s\u00e9curit\u00e9 absolue \u00e0 l\u2019\u00e9gard du danger constitu\u00e9 par l\u2019\u00eatre de l\u2019Autre ? Or, ne savons-nous pas que ce d\u00e9sir porte en lui-m\u00eame sa propre contradiction : parce que l\u2019\u00eatre de celui qui d\u00e9sire ainsi la disparition de l\u2019Autre a cependant besoin, pour \u00eatre, de la pr\u00e9sence de cet Autre en tant que non-\u00eatre ? Que celui-ci disparaisse r\u00e9ellement, avec son non-\u00eatre, et c\u2019est l\u2019\u00eatre m\u00eame du Moi qui glisse au n\u00e9ant ! S\u2019il voulait y mettre le prix, le Moi devrait donc payer de sa propre disparition sa lib\u00e9ration d\u00e9finitive de la menace de l\u2019Autre ! Sur le plan de l\u2019esp\u00e8ce, c\u2019est l\u2019homme tout entier qui ne voit pas qu\u2019il r\u00eave d\u2019une libert\u00e9 o\u00f9 s\u2019inclut la mort de tout l\u2019humain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment, dans ces conditions, n\u2019entreverrions-nous pas l\u2019issue d\u2019une lib\u00e9ration de l\u2019esp\u00e8ce tout enti\u00e8re dans notre propre gu\u00e9rison int\u00e9rieure de la contradiction des sentiments du Moi et du Non-Moi ? Et pourtant, on ne peut plus parler ici de d\u00e9sir, d\u2019app\u00e9tit, ou d\u2019\u00e9lan vers quelque Libert\u00e9 que ce soit, car nous sommes nous-m\u00eames la situation qui nous enferme et nous emp\u00eache de vivre. Le besoin que nous \u00e9prouvons, c\u2019est le besoin de respirer d\u2019une respiration morale et psychologique qui nous apporte enfin l\u2019oxyg\u00e8ne natif des espaces int\u00e9rieurs les plus profonds et les plus libres. Notre aspiration n\u2019a plus rien, ici, d\u2019un d\u00e9sir, elle r\u00e9sulte d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019ordre \u00e0 la fois logique et biologique : c\u2019est, pour ainsi dire, \u00e0 travers l\u2019obstacle ancestral de sa propre n\u00e9gation de soi, l\u2019\u00e9lan d\u2019un \u00eatre-qui-est vers l\u2019\u00e9tant-de-son-\u00eatre&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>C\u2019est par la compr\u00e9hension directe que se produit la lib\u00e9ration du d\u00e9sir de s\u00e9curit\u00e9, donc de la peur<\/em> \u00bb (<em>Paris<\/em>, 1950, p. 114). Kxishnamurti nous propose ici d\u2019op\u00e9rer, au cours d\u2019un seul acte de \u00ab compr\u00e9hension \u00bb, \u00e0 la fois l\u2019analyse intellectuelle de l&rsquo;\u00e9tat de contradiction int\u00e9rieure \u2014 d\u2019o\u00f9 r\u00e9sulte le d\u00e9sir de s\u00e9curit\u00e9 \u2014 et la synth\u00e8se effective d\u2019un \u00e9tat viable de non-dualit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons vu comment il est possible de pr\u00e9parer, en fait, l\u2019analyse de l\u2019\u00e9tat intime d\u2019opposition. Or, cette analyse est le seul mouvement qui puisse r\u00e9pondre ici \u00e0 une intention d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e. La synth\u00e8se, c\u2019est-\u00e0-dire la solution au drame fondamental de la contradiction du Moi et du Non-Moi, et qui doit donc se r\u00e9soudre dans l\u2019apparition d\u2019un \u00e9tat int\u00e9rieur de non-dualit\u00e9, ne peut \u00eatre voulue. \u00ab J<em>e suis ceci et je veux devenir cela : cette r\u00e9solution ne fait que renforcer le conflit&#8230; Tant que l\u2019effort est fonction du devenir, la dualit\u00e9 existe<\/em> \u00bb (<em>Causeries<\/em>, 1945, p. 41 et 65). A fortiori, vouloir la non-contradiction serait-il profond\u00e9ment contradictoire, parce qu\u2019une telle volont\u00e9 impliquerait alors n\u00e9cessairement la n\u00e9gation de l\u2019\u00e9tat de contradiction, alors que le propre de l\u2019esprit unifi\u00e9, c\u2019est justement d\u2019\u00eatre affirmatif sans le compl\u00e9ment d\u2019une n\u00e9gation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Encore une fois, il est n\u00e9cessaire de se maintenir ici dans une attitude sereinement objective. Un \u00e9tat profond d&rsquo;expectative tranquille est absolument indispensable, sans choix affirmatif-par-n\u00e9gation, ou n\u00e9gatif-par-affirmation. De cette mani\u00e8re serons-nous assur\u00e9s de ne pas reculer, m\u00eame si le caract\u00e8re effrayant de l\u2019Autre nous appara\u00eet, soudain, avec plus d\u2019intensit\u00e9 que jamais. Une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 fondamentale n\u2019est-elle pas justement le dissolvant sp\u00e9cifique de cet effroi ? \u00ab <em>Chaque oppos\u00e9 doit \u00eatre pens\u00e9 et senti aussi largement et profond\u00e9ment que possible ; par cet acte, une nouvelle compr\u00e9hension s\u2019\u00e9veille<\/em> \u00bb (<em>Oja\u00ef<\/em>, 1944, p. 44).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout se passe comme si les termes fondamentaux de la dualit\u00e9, Moi et Non-Moi, se posaient alors dans un \u00e9quilibre inattendu : ni fusion ni opposition. \u00ab <em>Les oppos\u00e9s ne peuvent \u00eatre fondus<\/em> \u00bb (Id.). Nous sommes donc en pr\u00e9sence d\u2019une situation enti\u00e8rement renouvel\u00e9e des rapports du Moi et du Non-Moi. Certes, de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre la s\u00e9paration subsiste, puisqu\u2019aucune fusion n\u2019a \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9e. Mais elle s\u2019est d\u00e9charg\u00e9e de toute tension oppositionnelle. La contradiction a proprement disparu ; elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e, d\u00e9pass\u00e9e, elle s\u2019est dissoute. Il faut, en effet, insister sur le fait que la \u00ab synth\u00e8se \u00bb dont il s\u2019agit ici est celle d\u2019un \u00e9tat psychologique \u2014- celui de la non-dualit\u00e9 \u2014 et qu\u2019elle n\u2019a donc rien de comparable avec ce que pourrait \u00eatre l\u2019apparition d\u2019un troisi\u00e8me terme, qui r\u00e9sulterait de la combinaison des contradictoires dans une solution occasionnelle, se pr\u00e9sentant alors sous la forme de quelque symbole, principe ou \u00e9v\u00e9nement \u00ab conciliateur \u00bb. Comment, en effet, la pens\u00e9e restant alors elle-m\u00eame contradictoire, une telle valeur de synth\u00e8se pourrait-elle \u00eatre d\u00e9finitive ? Comment le principe conciliateur ne devrait-il pas ici, fatalement, se muer pour finir dans un nouveau facteur d\u2019opposition <a id=\"Y2\" href=\"#X2\">[2]<\/a> ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9tat int\u00e9rieur de synth\u00e8se qui suit la dissolution de l\u2019illusion oppositionnelle n\u2019a rien, lui, de provisoire. Il r\u00e9sulte d\u2019un progr\u00e8s effectif de l\u2019individu dans sa repr\u00e9sentation de l\u2019ordre du Moi-Non-Moi. \u00ab <em>Le conflit entre oppos\u00e9s conduit-il \u00e0 la R\u00e9alit\u00e9 ou \u00e0 l\u2019ignorance et \u00e0 l\u2019illusion ? La pens\u00e9e ne doit-elle pas aller au-dessus et au del\u00e0 de leur lutte ?&#8230; (La R\u00e9alit\u00e9) n\u2019est pas une richesse que l\u2019on puisse r\u00e9colter et dont on puisse se glorifier, mais une fa\u00e7on d\u2019\u00eatre semblable au silence, en laquelle il n\u2019y a pas de devenir, en laquelle il y a une totalit\u00e9<\/em> \u00bb (<em>Causeries<\/em>, 1945, p. 31 et 33).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous passons, ici, du plan de la sp\u00e9culation sur le plan de l\u2019existence. La \u00ab totalit\u00e9 \u00bb \u00e0 laquelle fait allusion Krishnamurti, c\u2019est l&rsquo;ordre harmonieux d\u2019un monde o\u00f9 le Moi et l\u2019Autre-absolu sont dans de tels rapports qu\u2019ils sont devenus incapables de tendre \u00e0 s\u2019exclure r\u00e9ciproquement de l\u2019existence. Cette totalit\u00e9 ne peut avoir \u00e9videmment son germe que dans un \u00e9tat profond de l\u2019individu, celui-ci ayant r\u00e9alis\u00e9 en lui-m\u00eame l\u2019harmonie de ses propres conceptions du Moi et du Non-Moi (rapports du Moi avec l\u2019Autre, du Moi avec l\u2019Infini, du Moi avec la Mort).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 quel moment exactement cet \u00e9tat int\u00e9rieur appara\u00eet-il ? Krishnamurti ne cherche pas \u00e0 le d\u00e9finir d\u2019une mani\u00e8re pr\u00e9cise. Il semble m\u00eame qu\u2019\u00e0 son avis il doive se produire d\u2019une mani\u00e8re toute naturelle, une fois que l\u2019individu est parvenu au terme de l\u2019analyse de son propre complexe d\u2019opposition. \u00ab <em>Si je deviens lucide et que j\u2019observe les fa\u00e7ons de faire de la dualit\u00e9, alors je commence \u00e0 sentir ce qu\u2019est l\u2019affranchissement des oppos\u00e9s<\/em> \u00bb (<em>Oja\u00ef<\/em>, 1944, p. 11)&#8230; D\u00e8s que l\u2019opposition-contradiction m\u2019appara\u00eet sous sa forme essentielle \u2014 la dualit\u00e9 du Moi et du Non-Moi \u2014 le sentiment intens\u00e9ment ressenti de ce conflit ne s\u2019accompagnant lui-m\u00eame d\u2019aucune \u00e9motion contradictoire d\u2019affirmation par n\u00e9gation, alors je me lib\u00e8re du pr\u00e9jug\u00e9 oppositionnel&#8230; Tout se passe comme si, sous le regard d\u2019une tranquille lucidit\u00e9 observatrice, se dissolvait toute raison d\u2019\u00eatre de la dualit\u00e9. J\u2019acc\u00e8de alors sur le plan du R\u00e9el, o\u00f9 l\u2019individu devient capable \u2014 sans faire effort \u2014 d\u2019agir en harmonie avec tous les autres hommes, sans distinction de race, de classe sociale ou de caract\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La synth\u00e8se d\u2019un \u00e9tat viable de non-opposition et de non-contradiction suit-elle donc de si pr\u00e8s l\u2019analyse du d\u00e9sordre oppositionnel, c\u2019est-\u00e0-dire la r\u00e9duction de celui-ci au sch\u00e8me fondamental de la contradiction du Moi et du Non-Moi ? Il semble bien que ce soit l\u00e0 l\u2019opinion de Krishnamurti. \u00ab <em>La libert\u00e9 survient lorsque l\u2019on se comprend soi-m\u00eame<\/em> \u00bb (<em>Paris<\/em>, 1950, p. 73). Se comprendre: comment ne serait-ce pas mener jusqu\u2019\u00e0 son terme l\u2019analyse de l\u2019\u00e9tat de contradiction ? Comment le fait de se comprendre n\u2019aboutirait-il pas \u00e0 la mise en pr\u00e9sence, sous le regard objectif de la pure facult\u00e9 de compr\u00e9hension, des \u00e9l\u00e9ments contradictoires du Moi et du Non-Moi ? Une fois, donc, r\u00e9alis\u00e9e cette situation sereinement expectative, \u00ab la libert\u00e9 survient \u00bb. La libert\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9tat de non-contradiction. Elle \u00ab survient \u00bb en m\u00eame temps que nous mettons pied sur le rivage du R\u00e9el, le continent sans fronti\u00e8res, sans d\u00e9chirures, de la non-contradiction du Moi et de l\u2019Autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi se trouve \u00e0 la fois dissip\u00e9 le caract\u00e8re \u00e9nigmatique, et justifi\u00e9e la n\u00e9cessit\u00e9 de ces formules elliptiques o\u00f9 Krishnamurti ramasse souvent sa m\u00e9thode lib\u00e9ratrice. \u00ab <em>Ce n\u2019est qu\u2019en la connaissance de soi que&#8230; les servitudes sont dissip\u00e9es<\/em> \u00bb (<em>Oja\u00ef<\/em>, 1944, p. 40). Toujours la m\u00eame succession : une analyse rigoureusement objective de la situation oppositionnelle fondamentale, \u00e0 laquelle fait suite une synth\u00e8se spontan\u00e9ment lib\u00e9ratrice. La m\u00e9thode veut \u00eatre rapide. Krishnamurti pense qu\u2019il vaut mieux ne pas trop s\u2019embarrasser des arguments captieux d\u2019un intellect toujours \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt d\u2019une conqu\u00eate \u00ab tangible \u00bb, ou d\u2019un r\u00e9sultat \u00ab profitable \u00bb. \u00ab <em>Nous essayons d\u2019appr\u00e9hender le R\u00e9el avec une mentalit\u00e9 d\u2019acquisition et de concurrence&#8230; Nous pensons au R\u00e9el comme \u00e0 une fin \u00e0 laquelle il faut parvenir<\/em> \u00bb (<em>Causeries<\/em>, 1945, p. 103). Mais comment, la condition unifi\u00e9e r\u00e9sultant elle-m\u00eame de la d\u00e9livrance de l\u2019obsession extensive du Moi et du sentiment possessif, pourrait-elle consister en une \u00ab acquisition \u00bb ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, une fois franchi un certain stade du processus lib\u00e9rateur, des arguments de ce genre ne sont m\u00eame plus n\u00e9cessaires : la gu\u00e9rison s\u2019impose d\u2019elle-m\u00eame. D\u00e8s que l\u2019enveloppe chrysalide o\u00f9 s\u2019enferme l\u2019illusion de la dualit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 suffisamment us\u00e9e par l\u2019ardente lumi\u00e8re de la m\u00e9ditation observatrice, elle se d\u00e9chire toute seule, et son contenu est dissous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab<em>Vous ne pouvez pas chercher le (R\u00e9el), il doit venir, vous ne pouvez pas le persuader&#8230; Le R\u00e9el est quelque chose qui entre en existence<\/em> \u00bb (Id., p. 88). Il est facile, ici, de br\u00fbler les \u00e9tapes, puisque s\u2019abolit simplement, et pour ainsi dire de soi-m\u00eame, le sentiment d\u2019une certaine distance \u00e0 franchir entre nous et l\u2019existence v\u00e9ritable. \u00ab <em>La (R\u00e9alit\u00e9 int\u00e9rieure)&#8230; ce tr\u00e9sor imp\u00e9rissable, est l\u00e0 d\u00e8s que la pens\u00e9e se lib\u00e8re de ses passions, de son inertie, de son ignorance<\/em> \u00bb (<em>Causeries<\/em>, 1945, p. 31)&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le plus improbable, n\u2019est-ce pas, plut\u00f4t, le premier \u00e9veil : celui qui transforme la conscience douloureuse de notre agitation contradictoire dans un calme et honn\u00eate examen de conscience ? N\u2019est-ce pas lui, le premier sentiment lib\u00e9rateur : celui qui nous donne l\u2019id\u00e9e d\u2019abattre imm\u00e9diatement le mur qui nous s\u00e9pare du spectacle total de notre absurdit\u00e9, en nous-m\u00eames et dans les autres ? \u00ab <em>Le pr\u00e9sent est la seule porte de la R\u00e9alit\u00e9&#8230; quelque tragique et douloureux qu\u2019il soit<\/em> \u00bb (Id., p. 53).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de l\u2019attente qui n\u2019attend plus rien \u2014 de rien ni de personne \u2014 est aussi le regard qui se d\u00e9pouille de l\u2019esp\u00e9rance et, par l\u00e0, engendre la non-opposition, ou le R\u00e9el.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"center\">\u00a7 4 \u2014 <em>La consommation de l&rsquo;humain.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous voici loin de cette \u00e9troite libert\u00e9 que revendique aujourd\u2019hui la susceptibilit\u00e9 vindicative d\u2019une conscience curieusement pourchass\u00e9e d\u2019elle-m\u00eame, et qu\u2019on voudrait pouvoir attendre d\u2019une r\u00e9partition m\u00e9ticuleuse du confort et de la justice ! La libert\u00e9 est, ici, devenue celle d&rsquo;un individu affranchi, pour jamais, du souci oppositionnel de l\u2019Autre. C\u2019est la libert\u00e9 d\u2019une conscience que ne d\u00e9limite plus l\u2019\u00e9troitesse d\u2019aucune croyance s\u00e9par\u00e9e du fonds universel de la pens\u00e9e vivante : la libert\u00e9 d\u2019une conscience ayant r\u00e9alis\u00e9 en elle-m\u00eame l\u2019unit\u00e9 sans limites de l\u2019esp\u00e8ce ; et c\u2019est, en m\u00eame temps, la libert\u00e9 d\u2019une esp\u00e8ce dont la d\u00e9marche collective \u00e9pouse d\u00e9sormais sans effort les exigences fondamentales de la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u2019\u00e9tant plus, en effet, dans l\u2019obligation de s\u2019opposer pour se poser, comment l\u2019individu aurait-il encore des besoins pouvant le transformer en adversaire de la soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 il vit ? L\u2019organisation de la vie mat\u00e9rielle collective se trouve enfin r\u00e9duite aux dimensions d&rsquo;un probl\u00e8me pratique ordinaire ! Tout se passe comme si, une fois lib\u00e9r\u00e9 du r\u00e9flexe oppositionnel, l\u2019individu se haussait imm\u00e9diatement, dans ses rapports avec ses semblables, jusqu\u2019au niveau d\u2019une humanit\u00e9 parfaitement unifi\u00e9e. \u00ab <em>Ce n\u2019est que lorsque (l\u2019individu) ne se consid\u00e9rera pas comme un individu, mais comme une partie du tout, qu\u2019il conna\u00eetra cette libert\u00e9 dans laquelle il n\u2019y a pas d\u2019opposition ni de dualit\u00e9 <\/em>\u00bb (<em>Oja\u00ef<\/em>, 1944, p. 11).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, la lib\u00e9ration individuelle de l\u2019esprit d\u2019opposition nous semble-t-elle devoir s\u2019\u00e9panouir dans la possibilit\u00e9, pour l\u2019esp\u00e8ce, d\u2019un acheminement g\u00e9n\u00e9ral vers une plus grande souplesse de ses facult\u00e9s et de son pouvoir d\u2019adaptation. De sorte que, de proche en proche, on passe de la coh\u00e9sion int\u00e9rieure de l\u2019individu \u00e0 la coh\u00e9rence des rapports sociaux, pour aboutir finalement \u00e0 une heureuse harmonisation des rapports de l\u2019homme sp\u00e9cifique avec l\u2019univers dont il fait partie. En m\u00eame temps que s\u2019affirme la non-dualit\u00e9 int\u00e9rieure de l\u2019individu s\u2019accro\u00eet, ici, consid\u00e9rablement son importance morale, sociale, biologique. Les dimensions de sa r\u00e9flexion, au moment qu\u2019elle se lib\u00e8re de l\u2019obstacle de l\u2019opposition int\u00e9rieure, prennent des proportions vraiment en rapport avec l\u2019importance du ph\u00e9nom\u00e8ne biologique constitu\u00e9 par l\u2019apparition de l\u2019homo-sapiens dans la suite de l\u2019\u00e9volution. Tout se passe comme si la lib\u00e9ration humaine de l\u2019opposition permettait \u00e0 l\u2019action individuo-sp\u00e9cifique d\u2019acc\u00e9der sur un plan nouveau de la cr\u00e9ativit\u00e9 vivante. \u00ab <em>Si nous voulons trouver une occupation qui se dissocie de tout ce mal, nous ne pouvons nous faire guider ni par la tradition, ni par l\u2019avidit\u00e9, ni par l\u2019ambition<\/em> (<em>Causeries<\/em>, 1945, p. 21)&#8230;<em> Il faut aller au del\u00e0 des structures de la dualit\u00e9. C\u2019est au del\u00e0 de la dualit\u00e9 du moi et du non-moi qu\u2019il faut aller&#8230; Au-dessus et au del\u00e0 du douloureux probl\u00e8me des contraires demeure la compr\u00e9hension cr\u00e9atrice<\/em> \u00bb (Id., p. 16).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, la courbe du destin futur de notre esp\u00e8ce prend-elle naissance, d\u00e8s aujourd\u2019hui, dans chacune de nos pens\u00e9es individuelles. Or, \u00e0 qui s\u2019est \u00e9veill\u00e9 \u00e0 la conscience personnelle d\u2019une telle situation, il devient proprement impossible de se d\u00e9charger sur d\u2019autres du souci lib\u00e9rateur, parce qu\u2019en d\u00e9finitive tout se passe en lui comme s\u2019il \u00e9tait absolument seul devant l\u2019immense probl\u00e8me. \u00ab <em>Nous ne pouvons pas laisser \u00e0 d\u2019autres la t\u00e2che d\u2019apporter le bonheur et la paix \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, car l\u2019humanit\u00e9 c\u2019est nous-m\u00eames, c\u2019est chacun de nous<\/em> \u00bb (<em>Oja\u00ef<\/em>, 1944, p. 10).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u2019est-ce pas, ici, pour le plus grand profit de notre compr\u00e9hension de nous-m\u00eames que se trouvent rapproch\u00e9s \u2014 au point de se confondre \u2014 et le probl\u00e8me int\u00e9rieur, et le probl\u00e8me aux dimensions immenses des rapports de l\u2019homme avec l\u2019ordre existentiel sans limites ? Toute la question biologique des rapports d\u00e9finitifs de l\u2019humain et du vivant avec l\u2019univers se trouve sans doute r\u00e9sum\u00e9e dans le probl\u00e8me fondamental des rapports du Moi avec le Non-Moi, et du Moi avec l\u2019Autre : si, en effet, l\u2019homme s\u2019unit finalement \u00e0 lui-m\u00eame, la vie aura quelques chances de se survivre ind\u00e9finiment, dans le sein d\u2019un cosmos constamment soutenu et rajeuni par la puissance cr\u00e9atrice de la pens\u00e9e. Tandis que si l\u2019homme pers\u00e9v\u00e8re dans l&rsquo;auto-contradiction, l\u2019humanit\u00e9 devra p\u00e9rir, sans aucun doute, pr\u00e9matur\u00e9ment. Le probl\u00e8me de la lib\u00e9ration humaine du fardeau de l\u2019opposition semble bien s\u2019identifier ici, de la mani\u00e8re la plus rigoureuse, avec celui de l\u2019adaptation finale de l\u2019humain et du vivant \u00e0 l&rsquo;existence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il \u00e9tait utile pour nous de d\u00e9gager ces vastes perspectives : ainsi nous sera rendu plus accessible le sens profond de l\u2019identification g\u00e9n\u00e9ralement op\u00e9r\u00e9e, par Krishnamurti, entre l\u2019\u00e9tat de libert\u00e9 et l\u2019\u00e9tat de cr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais justement, Vid\u00e9e commune de libert\u00e9 n\u2019a-t-elle pas au moins rendu possible la cr\u00e9ation de certaines \u0153uvres ma\u00eetresses de l\u2019Art lyrique ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est certain que des artistes remarquables ont \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9s par cette image, dont le pouvoir dynamique est ind\u00e9niable, qu\u2019elle soit un signe de ralliement pour des peuples entiers, ou l\u2019expression directe du d\u00e9sir d\u2019ind\u00e9pendance d\u2019un Moi solitaire. Et pourtant, on est oblig\u00e9 de le reconna\u00eetre : la r\u00e9elle beaut\u00e9 de telles \u0153uvres ne peut emp\u00eacher que leur contenu ne soit la n\u00e9gation m\u00eame de leur existence. L\u2019id\u00e9e de libert\u00e9, qui forme la substance de ces \u0153uvres, n\u2019a-t-elle pas, en effet, son fondement dans le principe d\u2019opposition du Moi et de l\u2019Autre, qui est \u2014 nous l\u2019avons vu \u2014 la n\u00e9gation m\u00eame de l\u2019homme ? Or, ce qui est la n\u00e9gation de l\u2019homme n\u2019est-il pas, aussi bien, la n\u00e9gation de tout ce qu\u2019il est capable de cr\u00e9er ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au fond du c\u0153ur de l\u2019individu veille une terrible fatalit\u00e9 de destruction, et de cette fatalit\u00e9 il doit rester la victime tant qu\u2019il ne l\u2019aura pas rendue intelligible. \u00ab <em>Tant que l\u2019individu essaiera d\u2019\u00eatre cr\u00e9atif dans le champ de son conditionnement, il n\u2019y parviendra \u00e9videmment pas<\/em> \u00bb (<em>Paris<\/em>, 1950, p. 68). Parce qu\u2019il est fond\u00e9 sur l\u2019obsession n\u00e9gative de l&rsquo;Autre, l\u2019id\u00e9al traditionnel de libert\u00e9 est exclusivement un agent de mort et de destruction, quelle que soit par ailleurs la beaut\u00e9 des apparences o\u00f9 il lui arrive de s\u2019informer. Les sentiments de la plus merveilleuse exaltation, comme les actes du d\u00e9vouement le plus sublime, \u00e9prouv\u00e9s ou accomplis au nom d\u2019un tel id\u00e9al, ne doivent pas non plus \u00eatre capables de nous faire oublier cette v\u00e9rit\u00e9 premi\u00e8re ! \u00ab <em>Dans l\u2019avidit\u00e9 positive, il y a aussi une n\u00e9gation<\/em> (<em>Oja\u00ef<\/em>, 1944, p. 25). <em>Comme nous, l\u2019artiste a des moments d\u2019immobilit\u00e9<\/em> <a id=\"Y3\" href=\"#X3\">[3]<\/a> <em>dans lesquels la cr\u00e9ation se produit&#8230; Mais l\u2019ambition, la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, assument de l\u2019importance pour lui, et le voil\u00e0 pris dans une lutte sans fin et stupide<\/em> \u00bb (<em>Causeries<\/em>, 1945, p. 51). C\u2019est de la m\u00eame mani\u00e8re que la plus s\u00e9duisante repr\u00e9sentation d\u2019un vouloir moral qui ne commence par plonger ses racines dans l\u2019humus profond de la totalit\u00e9 humaine n\u2019est encore que l\u2019expression d\u2019un \u00ab d\u00e9sir avide \u00bb !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019ambiance fantastique du Surhumain \u2014 qu\u2019on en d\u00e9duise la perspective des promesses du progr\u00e8s mat\u00e9riel, ou qu\u2019on en voie l\u2019annonce dans un renouveau de l\u2019effort mystique \u2014 des \u00e9difices formidables pourraient \u00eatre \u00e9lev\u00e9s : ils ne seraient encore que des barrages, que le fleuve de la vie renverserait, finalement, comme les autres ! \u00c0 son tour, l\u2019opposition du Surhumain et de l\u2019Infra-humain ne serait qu\u2019une nouvelle figure de la contradiction fondamentale du Moi et de l\u2019Autre, du Nous-Autres et du Vous-Autres ! Et une telle dualit\u00e9 ne pourrait donner naissance qu\u2019\u00e0 de nouveaux conflits de Symboles et d\u2019Organisations : elle serait essentiellement incapable de laisser passer le courant de la pens\u00e9e cr\u00e9atrice. \u00ab <em>Le penser cesse quand la pens\u00e9e-sentiment est encha\u00een\u00e9e, retenue par les contraires<\/em> (<em>Oja\u00ef<\/em>, 1944, p. 15). <em>Une pens\u00e9e contredit l\u2019autre, et ainsi il n\u2019y a plus de pens\u00e9e<\/em> \u00bb (Id., p. 20).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Penser-combattre n\u2019est pas, en effet, r\u00e9ellement penser, qui est penser-vivre, c\u2019est-\u00e0-dire penser-cr\u00e9er. Penser-combattre, c\u2019est fonctionner psychologiquement comme une force de vie et de cr\u00e9ation qui se retourne contre la vie et ses cr\u00e9ations. Penser-combattre, c\u2019est s\u2019\u00e9garer dans l\u2019auto-destruction avant m\u00eame que la pens\u00e9e se soit mise \u00e0 cr\u00e9er, \u00e0 vivre, autrement dit, avant m\u00eame qu\u2019il y ait eu une pens\u00e9e v\u00e9ritable ! \u00ab <em>Dans l\u2019\u00e9tat de contradiction intime&#8230;, penser cesse d\u2019\u00eatre possible<\/em> \u00bb (Id., p. 20). Est-ce qu\u2019une telle impossibilit\u00e9, pour l\u2019individu-contradictoire, de penser-cr\u00e9er, ou de penser-vivre, n\u2019a pas aujourd\u2019hui son prolongement dans l\u2019impossibilit\u00e9 de survivre de notre esp\u00e8ce, peu \u00e0 peu accul\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame de la confusion et du d\u00e9sordre ? Le Moi se contredit lui-m\u00eame en cr\u00e9ant un Non-Moi qui est sa n\u00e9gation, et ainsi il n\u2019y a plus de Moi. Un homme contredit l\u2019autre, et ainsi il n\u2019y a plus d\u2019humanit\u00e9. La puissance humaine de cr\u00e9er se retourne ici contre elle-m\u00eame suivant un m\u00e9canisme auquel il semble bien que l\u2019homme, tant qu\u2019il ne pourra le conna\u00eetre, devra, fatalement, se soumettre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais qu\u2019une telle connaissance soit, enfin, r\u00e9alis\u00e9e, que soit surmont\u00e9 l\u2019obstacle de la dualit\u00e9, aussit\u00f4t la pens\u00e9e redevient vivante, et l\u2019homme redevient possible. Alors l\u2019humanit\u00e9 se retrouve \u00e9trangement libre dans un espace sans limitations absolues : le filet des fronti\u00e8res s\u2019est envol\u00e9 de ses \u00e9paules. \u00ab <em>Penser d\u2019une fa\u00e7on ad\u00e9quate met fin \u00e0 la division ami-ennemi<\/em> \u00bb (<em>Oja\u00ef<\/em>, 1944, p. 23). Dans le m\u00eame moment qu\u2019elle a l\u2019impression presque douloureuse d\u2019une sorte de vide, l\u2019humanit\u00e9 s\u2019emplit d\u2019elle-m\u00eame. C\u2019est une angoisse semblable qui saisit l\u2019individu quand ses poignets se sentent libres, soudain, des lourdes cha\u00eenes de l\u2019opposition. \u00ab <em>Quand le cerveau-c\u0153ur est immobile, vid\u00e9 de tout ce qui n\u2019est pas cr\u00e9ation, alors seulement est la r\u00e9alit\u00e9&#8230; Ce n\u2019est pas le r\u00e9sultat d\u2019une action positive ou n\u00e9gative, mais un \u00e9tat de non-dualit\u00e9 <\/em>\u00bb (Id., p. 22).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est, en effet, le propre de la non-contradiction du Moi et du Non-Moi que de r\u00e9aliser L\u2019atmosph\u00e8re la plus favorable qui soit au jaillissement de l\u2019\u00e9tincelle cr\u00e9atrice \u2014 de l&rsquo;un \u00e0 l\u2019autre p\u00f4le d\u2019une dualit\u00e9 enfin r\u00e9concili\u00e9e avec elle-m\u00eame. Si l\u2019\u00e9tat de division-contradiction rend absolument impossible, du Moi \u00e0 l\u2019Autre-absolu, toute collaboration efficace et constructive, l\u2019\u00e9tat de non-dualit\u00e9 rend justement possible une telle collaboration. \u00ab <em>En elle seule (la R\u00e9alit\u00e9) est l\u2019unit\u00e9 durable de l\u2019homme, en elle seule cessent les conflits et les peines, en elle seule est notre vie cr\u00e9atrice<\/em> \u00bb (<em>Causeries<\/em>, 1945, p. 80).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi l\u2019\u00e9tat int\u00e9rieur de cr\u00e9ativit\u00e9 r\u00e9sulte-t-il, pour ainsi dire, de la mise en place d\u00e9finitive d\u2019une coexistence : celle du Moi et du Non-Moi. Cette coexistence est la plus parfaite expression d\u2019une telle R\u00e9alit\u00e9 sociale et m\u00e9taphysique unifi\u00e9e. Dans le cadre d\u2019une telle R\u00e9alit\u00e9 le mot \u00ab cr\u00e9ation \u00bb prend effectivement tout son sens. Il n\u2019y a, en effet, cr\u00e9ation pure, ou absolue \u2014 autrement dit exclusive de toute n\u00e9gation, \u2014 que l\u00e0 o\u00f9 l\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re, \u00e0 part toute exclusion de quelque Autre ou de quelque Vous-Autres que ce soit, est capable de trouver de quoi satisfaire \u00e0 ses exigences de compr\u00e9hension ou de sensibilit\u00e9. \u00ab <em>Le conflit est-il n\u00e9cessaire \u00e0 une vie cr\u00e9atrice ? \u00c0 quel moment vous sentez-vous transport\u00e9 d\u2019extase cr\u00e9atrice ? N\u2019est-ce pas lorsque le conflit a cess\u00e9 ?<\/em> (<em>Causeries<\/em>, 1945, p. 50) <em>Nous avons tous \u00e9prouv\u00e9 par exp\u00e9rience l\u2019absence temporaire du moi <a id=\"Y4\" href=\"#X4\">[4]<\/a>, et nous avons senti \u00e0 ce moment une extase extraordinairement cr\u00e9atrice<\/em> \u00bb (Id., p. 43). Seul, en fait, l\u2019esprit libre de la dualit\u00e9 oppositionnelle peut se montrer exclusivement cr\u00e9ateur, parce qu\u2019il n\u2019agit et ne pense que dans le champ du R\u00e9el-universel, enfin aux prises avec la mati\u00e8re du syst\u00e8me sans ruptures du Moi-Non Moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors la cr\u00e9ativit\u00e9 profonde de l\u2019individu est dans une alliance parfaite avec l\u2019\u00eatre de son Moi-r\u00e9el \u2014 ou non-oppositionnel ; celui-ci se pose, en effet, calmement et cr\u00e9ativement face au Non-Moi, avec lequel il devient par l\u00e0 m\u00eame capable de constituer le R\u00e9el, ou Existant-absolu. Et c\u2019est le cadre d&rsquo;une telle R\u00e9alit\u00e9 qui constitue la condition la plus propice au libre \u00e9panouissement cr\u00e9ateur. Essentiellement vivants sont, alors, la chaleur et l\u2019enthousiasme qui s\u2019emparent de l\u2019esprit unifi\u00e9. \u00ab <em>Savoir penser par nous-m\u00eames, \u00e0 la fois librement et correctement, c\u2019est \u00eatre vivant et dynamique, c\u2019est donner naissance \u00e0 une nouvelle culture et \u00e0 une nouvelle f\u00e9licit\u00e9<\/em> \u00bb (<em>Oja\u00ef<\/em>, 1944, p. 5).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est le vide cr\u00e9ateur qui fait le plein de l\u2019existence. C\u2019est le feu du R\u00e9el qui rend l\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019\u00eatre. C\u2019est la conjonction du Moi et du Non-Moi au sein d\u2019une R\u00e9alit\u00e9 unifi\u00e9e qui nous permet enfin, aux uns et aux autres, de nous renvoyer r\u00e9ciproquement \u2014 toutes fronti\u00e8res abolies, qu\u2019elles soient de patrie ou de classe, de parti ou de race \u2014 la lumi\u00e8re cr\u00e9atrice. Ainsi, du Moi \u00e0 l\u2019Autre, et de l\u2019Autre \u00e0 l\u2019Autre, la cha\u00eene des \u00e9changes peut-elle, d\u00e9sormais, s\u2019\u00e9tendre ind\u00e9finiment, sans possibilit\u00e9 de ruptures, parce que tous les cha\u00eenons sont vivants et libres !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On comprend maintenant qu\u2019en dehors d\u2019un tel \u00e9tat, de R\u00e9alit\u00e9 \u2014 ou de cr\u00e9ativit\u00e9, ou de libert\u00e9 \u2014 on ne puisse concevoir de v\u00e9ritable bonheur. \u00ab S<em>ans la libert\u00e9 int\u00e9rieure, on n\u2019a ni joie ni paix<\/em> \u00bb (<em>Causeries<\/em>, 1945, p. 31). Le bonheur de cr\u00e9ativit\u00e9, ou de libert\u00e9 vivante, ne saurait \u00eatre \u00e9videmment compar\u00e9 aux joies r\u00e9elles, mais toujours \u00e9ph\u00e9m\u00e8res du libre-arbitre oppositionnel. Certes, le plaisir de cr\u00e9er dans l\u2019opposition est d\u2019autant plus facile \u00e0 \u00e9prouver qu\u2019il a pour condition n\u00e9cessaire et suffisante une n\u00e9gation ou une destruction, mais sa dur\u00e9e ne d\u00e9passe pas le temps d\u2019une \u00e9motion fugace, d\u2019ailleurs g\u00e9n\u00e9ralement suivie d\u2019un temps beaucoup plus long de douloureuse insatisfaction. \u00ab <em>On peut \u00ab trouver \u00bb la satisfaction, mais il est bien certain qu\u2019on ne peut pas \u00ab trouver \u00bb le bonheur<\/em> \u00bb (<em>Oja\u00ef<\/em>, 1949, p. 8). La situation s\u2019est, ici, pour ainsi dire, renvers\u00e9e ; on n\u2019agit plus, on ne choisit plus pour atteindre \u00e0 la libert\u00e9, au \u00ab bonheur \u00bb. On commence par \u00eatre heureux et libre, et l\u2019action vient seulement apr\u00e8s, comme le fruit succ\u00e8de \u00e0 la fleur. \u00ab <em>L\u2019\u00e9tat cr\u00e9ateur se produit lorsque les pens\u00e9es-sentiments ne sont pas prisonni\u00e8res d\u2019une structure ou d\u2019une s\u00e9rie de formules<\/em> \u00bb (<em>Causeries<\/em>, 1945, p. 101).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La libert\u00e9, l\u2019unit\u00e9, le bonheur, ne sont donc plus, ici, suspendus \u00e0 la victoire d\u2019une Id\u00e9e, r\u00e9alis\u00e9e oppositionnellement par son triomphe sur quelque aspect du Non-Moi ou du Vous-Autres. Libert\u00e9, unit\u00e9, bonheur, sont devenus les FONDEMENTS INTERIEURS d&rsquo;une activit\u00e9 permanente de collaboration du \u00ab Moi \u00bb avec tous les \u00ab Autres \u00bb. Le bonheur n\u2019est plus \u00e0 atteindre, il est \u00e0 vivre. \u00ab <em>Lorsqu\u2019il y a bonheur on ne dit pas : je suis heureux, ce n\u2019est que lorsque le bonheur est absent et qu\u2019il y a conflit que l\u2019on devient conscient de soi<\/em> \u00bb <a id=\"Y5\" href=\"#X5\">[5]<\/a>. Autrement dit, ne vit-on plus pour la libert\u00e9 et pour le bonheur, mais on vit parce qu\u2019ils pr\u00e9existent en nous et qu\u2019ils sont, en nous, la vie m\u00eame. Ils sont, maintenant, \u00e0 la source, et non plus au terme \u00e0 jamais inaccessible de notre espoir. \u00ab <em>La tension du devenir est un tourment sans fin<\/em> (<em>Causeries<\/em>, 1945, p. 121)&#8230; <em>Nous pensons que la vie est une \u00e9chelle qu\u2019il nous faut gravir vers des hauteurs de plus en plus grandes<\/em> (Id., p. 129)&#8230; <em>Nous cherchons refuge et protection dans des livres, chez des Ma\u00eetres&#8230; Mais personne ne peut nous lib\u00e9rer de nos d\u00e9sirs&#8230; Ce n\u2019est que lorsque cesse l\u2019\u00e9tat de d\u00e9pendance qu\u2019il y a une possibilit\u00e9 de comprendre ce qu\u2019est le bonheur<\/em> \u00bb (<em>Paris<\/em>, 1950, p. 60).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi pourrait-on dire que, pour la conscience unifi\u00e9e, le bonheur se confond avec le simple fait de vivre, qui est aussi, pour elle, le fait de l\u2019unit\u00e9 coexistentielle du Moi et du Non-Moi. \u00ab <em>Il n\u2019y a de bonheur que lorsqu\u2019on se lib\u00e8re du processus qui consiste \u00e0 s\u2019isoler, \u00e0 s\u2019enfermer, \u00e0 se r\u00e9tr\u00e9cir \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de soi-m\u00eame <\/em>\u00bb (Id., p. 63). C\u2019est dans la lib\u00e9ration de l\u2019illusion int\u00e9rieure de contradiction qu\u2019est le seul bonheur d\u00e9finitif, parce qu\u2019il ne d\u00e9pend plus des fluctuations des rapports de puissance dans le cadre du conflit du Moi et de l\u2019Autre. La libert\u00e9 est toujours \u00e0 reconqu\u00e9rir lorsqu\u2019elle doit \u00eatre arrach\u00e9e \u00e0 la faiblesse de l\u2019Autre, tandis qu\u2019on la retire naturellement de l\u2019\u00e9tat int\u00e9rieur de non-opposition. Avons-nous d\u00fb jamais \u00ab conqu\u00e9rir \u00bb sur qui ou quoi que ce soit notre fonction naturelle se produire de la pens\u00e9e ? Ainsi la libert\u00e9 est en nous une fonction naturelle que nous n\u2019avons pas \u00e0 cr\u00e9er en tant que fonction. Il nous suffit de d\u00e9livrer, en nous, du carcan de la contradiction, notre libre puissance de penser-cr\u00e9er et de penser-agir, pour qu\u2019une sorte de perfection s\u2019\u00e9tablisse aussit\u00f4t dans les rapports de notre Moi avec le monde, perfection telle qu\u2019on ne pourrait vouloir y ajouter quelque chose sans risquer de la d\u00e9truire&#8230; \u00ab <em>Il n\u2019y a cr\u00e9ation que lorsque l\u2019esprit est compl\u00e8tement silencieux, lorsqu\u2019il n\u2019a pas d&rsquo;exigences, qu\u2019il ne cherche rien<\/em> \u00bb (Id., p. 67).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Est-ce que, dans le cadre de la mentalit\u00e9 oppositionnelle, la \u00ab repr\u00e9sentation d\u2019un But \u00bb n\u2019implique pas, en effet, qu\u2019on tend \u00e0 rejeter dans la non-existence tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de ce But ou lui succ\u00e8de ? La \u00ab volont\u00e9-de-quelque-chose \u00bb n\u2019est-elle pas ici la source d\u2019un parti-pris constant \u00e0 l\u2019\u00e9gard de tout ce qui ne concerne pas ce Quelque chose ? Le d\u00e9sir, ni aucune \u00ab volont\u00e9 \u00bb ne sont ici r\u00e9ellement, c\u2019est-\u00e0-dire exclusivement cr\u00e9ateurs : les actions qui en r\u00e9sultent, pour autant qu\u2019elles justifient, affirment, instituent, sont autant de sources de m\u00e9pris, de n\u00e9gation et de destruction. L\u2019exp\u00e9rience de la libre cr\u00e9ativit\u00e9 r\u00e9sulte de l\u2019identification absolue de l\u2019individu cr\u00e9ateur \u00e0 sa propre causalit\u00e9 cr\u00e9atrice profonde. Alors l\u2019action est cr\u00e9atrice parce qu\u2019elle est action, et non plus parce qu\u2019elle tend \u00e0 \u00e9tablir l\u2019\u00eatre ou le r\u00e8gne de \u00ab ceci \u00bb contradictoirement \u00e0 l\u2019existence de \u00ab cela \u00bb. \u00ab <em>L\u2019effort que l\u2019on fait pour devenir cr\u00e9e le conflit des contraires, est dirig\u00e9 sur de fausses voies<\/em> \u00bb (<em>Causeries<\/em>, 1945, p. 66)&#8230; Car je ne peux cr\u00e9er-pour-atteindre sans cr\u00e9er-pour-d\u00e9truire. Mais je peux vivre ma cr\u00e9ativit\u00e9 : alors je cr\u00e9e sans le compl\u00e9ment n\u00e9gatif, parce que je cr\u00e9e-dans-la-vie, au sein d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 tout est li\u00e9 du lien de coexistence. Au regard de l&rsquo;opposition, je ne suis plus rien, parce que je ne m\u2019oppose plus \u00e0 rien. En v\u00e9rit\u00e9, je suis devenu un individu r\u00e9el, parce que d\u00e9barrass\u00e9 de ma conscience contradictoire \u2014 donc illusoire \u2014 de l\u2019\u00eatre du Moi-Non Moi. \u00ab <em>Il nous faut \u00eatre comme rien&#8230; Mais nous avons peur de n\u2019\u00eatre plus rien<\/em> \u00bb (Id., p. 75).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au sein de la pure coexistence du Moi et du Non-Moi, je me sens dans un \u00e9veil permanent, j\u2019ai comme le sentiment de m\u2019identifier \u00e0 la vigilance de ma propre libert\u00e9 cr\u00e9atrice profonde. \u00ab <em>La libert\u00e9 requiert une lucidit\u00e9 \u00e0 la fois ext\u00e9rieure et int\u00e9rieure, l\u2019ext\u00e9rieure \u00e9tant toujours pr\u00eate \u00e0 recevoir les r\u00e9ponses int\u00e9rieures<\/em> \u00bb (<em>Ojai<\/em>,1944, p. 40).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"center\">\u00a75. \u2014 <em>La vraie libert\u00e9 est \u00e0 cr\u00e9er, non \u00e0 conqu\u00e9rir<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019on ne veut que disparaisse \u2014 us\u00e9 par l\u2019Histoire, ou d\u00e9truit avec l\u2019esp\u00e8ce \u2014 jusqu\u2019au nom de libert\u00e9, il faudra que son concept soit repris, recueilli par des hommes libres&#8230; du d\u00e9sir d\u2019\u00eatre libres. \u00ab <em>Il nous faut briser notre propre conditionnement, il nous faut \u00eatre comme rien<\/em> (<em>Causeries<\/em>, 1945, p. 75)&#8230; <em>La libert\u00e9 ne peut \u00eatre obtenue que lorsque l\u2019esprit est libre, lorsqu\u2019il n\u2019est pas d\u00e9termin\u00e9 par une discipline, par un mod\u00e8le<\/em> \u00bb (<em>Madras-B\u00e9nar\u00e8s<\/em>, 1947-1949, p. 63). Ou la libert\u00e9 consistera dans un nouveau conditionnement de tout notre \u00eatre, ou elle ne sera jamais. Elle ne peut \u00eatre que l\u2019\u00e9tat d\u2019un individu d\u00e9barrass\u00e9 de son Moi-oppositionnel. \u00ab <em>C\u2019est lorsqu\u2019appara\u00eet la futilit\u00e9 des comparaisons que na\u00eet la libert\u00e9<\/em> \u00bb (<em>Causeries<\/em>, 1945, p. 13).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que Krishnamurti appelle R\u00e9alit\u00e9, c\u2019est le champ existentiel sans limites o\u00f9 la libert\u00e9 cr\u00e9atrice est capable de s\u2019\u00e9panouir, une fois lev\u00e9 l\u2019obstacle de l\u2019auto-contradiction humaine. \u00ab <em>Lorsque la R\u00e9alit\u00e9 est perdue et n\u2019est pas recherch\u00e9e, il y a d\u00e9sunion et l\u2019homme est contre l&rsquo;homme<\/em> \u00bb (Id., p. 70). La route qui nous ouvre ce domaine est la lib\u00e9ration int\u00e9rieure du sentiment originel de la contradiction du Moi et du Non-Moi. \u00ab <em>Si nous ne modifions pas fondamentalement la structure de notre penser-sentir, le R\u00e9el n\u2019est pas d\u00e9couvert<\/em> \u00bb (Id., p. 70). Ainsi l\u2019immensit\u00e9 de l\u2019espace n\u2019avait-elle pas, depuis toujours, propos\u00e9 \u00e0 l\u2019homme la possibilit\u00e9 d\u2019un libre \u00e9lan, jusqu\u2019au jour o\u00f9 une certaine d\u00e9couverte de son g\u00e9nie cr\u00e9ateur pratique lui a permis enfin d\u2019user de cette libert\u00e9 ? C\u2019est de la m\u00eame mani\u00e8re que l\u2019oc\u00e9an du R\u00e9el n\u2019a jamais cess\u00e9 de venir battre de ses flots translucides la sombre forteresse o\u00f9 l\u2019homme a toujours v\u00e9cu enferm\u00e9. Jusqu\u2019au jour o\u00f9 le feu de la connaissance fera fondre \u00e0 son soleil les toits et les murs de cette prison originelle qu\u2019est la contradiction int\u00e9rieure. \u00ab <em>Vos capacit\u00e9s n\u2019ont de signification que dans leur rapport avec l\u2019ultime R\u00e9alit\u00e9<\/em> \u00bb (Id., p. 69).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au regard de l\u2019individu d\u00e9livr\u00e9 de l\u2019opposition int\u00e9rieure se d\u00e9gage soudain un horizon immense de virtualit\u00e9s, sans qu\u2019il cherche d\u2019ailleurs \u00e0 distinguer ce qui lui revient en propre de ce qui doit revenir \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce. C\u2019est, en effet, dans un cadre unique que se d\u00e9roulent maintenant les activit\u00e9s conjugu\u00e9es de l\u2019individu et de l\u2019homme tout entier. \u00ab <em>L\u2019individualit\u00e9, dans le vrai sens du mot, n\u2019est pas bas\u00e9e sur une opposition, sur une r\u00e9sistance&#8230; Il existe une fa\u00e7on de vivre, un \u00e9tat d\u2019\u00eatre dans lequel le conflit et la douleur n\u2019ont pas de place<\/em> \u00bb (<em>Causeries<\/em>, 1946, p. 140). Cet \u00e9tat est l\u2019\u00e9tat de R\u00e9alit\u00e9, ou de libert\u00e9. N\u2019avons-nous pas vu comment la vraie libert\u00e9 est ins\u00e9parable du sentiment de la non-contradiction du Moi et de l\u2019Autre ? \u00c0 la guerre du Moi et du Non-Moi est venue se substituer la solide harmonie de leur coexistence. Et c\u2019est parce que Moi et Non-Moi sont d\u00e9sormais li\u00e9s du lien de R\u00e9alit\u00e9 qu\u2019est devenu possible l\u2019exercice d\u2019une cr\u00e9ativit\u00e9 exclusive de toute n\u00e9gation. D\u2019o\u00f9 cette affirmation elliptique : \u00ab <em>C\u2019est le vrai moi qui lib\u00e8re et qui cr\u00e9e<\/em> \u00bb (Oja\u00ef, 1944, p. 92). Le \u00ab vrai moi \u00bb est le Moi que relie au Non-Moi le lien de R\u00e9alit\u00e9. Le \u00ab vrai moi \u00bb est le Moi-r\u00e9el, celui qui appartient au cadre sans rupture du Moi-Non-Moi, tel que le fonde n\u00e9cessairement le sentiment affirmatif de non-contradiction. Un tel \u00ab moi \u00bb est lib\u00e9rateur parce qu\u2019il transporte l\u2019individu dans un syst\u00e8me d\u2019existence sans rupture de contradiction. Un tel \u00ab moi \u00bb est cr\u00e9ateur parce qu\u2019il s\u2019inscrit dans le cadre d\u2019une R\u00e9alit\u00e9 sans limites, o\u00f9 aucun obstacle radical ne peut plus venir s\u2019opposer au devenir ind\u00e9fini de la pens\u00e9e cr\u00e9atrice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est au sein d\u2019une telle R\u00e9alit\u00e9 \u2014 la r\u00e9alit\u00e9 authentique de l\u2019homme-univers, dont le sch\u00e8me est la conscience unifi\u00e9e \u2014 que, telle une fleur \u00e9clatante dans une prairie silencieuse, \u00e9clot la vraie solitude. \u00ab <em>La vraie solitude n\u2019est pas isolement, n\u2019est pas la condition de celui qui se retire&#8230; mais le seul \u00e9tat qui soit cr\u00e9atif&#8230; un \u00e9tat o\u00f9 l\u2019on est seul du fait que l\u2019on comprend \u00e0 la fois ce qui est conscient en nous et ce qui est cach\u00e9<\/em> \u00bb (<em>Paris<\/em>, 1950, p. 50). La vraie solitude est absolue libert\u00e9. Non libert\u00e9 malgr\u00e9 l\u2019Autre, mais libert\u00e9 en face de l\u2019Autre, cet Autre qui doit rester, malgr\u00e9 tout, \u00e0 jamais, comme la part cach\u00e9e de nous-m\u00eames&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au c\u0153ur de sa solitude coexistentielle au monde, l\u2019individu qui a r\u00e9alis\u00e9 son \u00ab vrai moi \u00bb se sent libre et heureux. Alors l\u2019influx cr\u00e9ateur profond ne vient plus buter en sourde souffrance sur l\u2019\u00e9cran de cet obstacle infranchissable qu\u2019est la contradiction du Moi et du Non-Moi. La cr\u00e9ativit\u00e9 elle-m\u00eame devient capable d\u2019effort, de travail irr\u00e9sistiblement et ardemment efficace dans le cadre m\u00eame du donn\u00e9 de l\u2019immuable coexistence. \u00ab I<em>l n\u2019y a pas d\u2019existence en dehors de ce qui est<\/em> \u00bb (Madras-B\u00e9nar\u00e8s, p. 180) \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire en dehors de l\u2019universelle et immuable coexistence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici donc finalement appara\u00eetre, \u00e0 nos yeux p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s d\u2019une lumi\u00e8re nouvelle, le vrai probl\u00e8me pos\u00e9 par l\u2019id\u00e9e ancestrale de libert\u00e9. Les disputes traditionnelles de la Philosophie, o\u00f9 s\u2019affrontent dans un conflit sans issue les positions adverses du \u00ab libre-arbitre \u00bb et du \u00ab d\u00e9terminisme \u00bb nous apparaissent \u00e9galement sous leur vrai jour : tous les probl\u00e8mes qui se rattachent, en effet, \u00e0 notre exigence fondamentale de libert\u00e9 ne sont que de faux probl\u00e8mes <a id=\"Y6\" href=\"#X6\">[6]<\/a>, et cette exigence fondamentale n\u2019est elle-m\u00eame qu\u2019une manifestation inconsciente du conditionnement int\u00e9rieur de contradiction, qui porte spontan\u00e9ment chaque individu \u00e0 se poser-en-existence contradictoirement \u00e0 une autre existence. \u00ab <em>Nous prenons toujours parti et maintenons la cause du conflit <\/em>\u00bb (<em>Causeries<\/em>, 1945, p. 72). L\u2019homme est donc, en lui-m\u00eame, contradiction et d\u00e9sordre, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019est son seul probl\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, voici que la vieille et passionnante \u00e9nigme de la libert\u00e9, en devenant le probl\u00e8me pratique de notre affranchissement de la contradiction du Moi et du Non-Moi, s\u2019est mu\u00e9e en une question proprement vitale ! Envisag\u00e9 du point de vue d\u2019o\u00f9 nous l\u2019avons amen\u00e9 \u00e0 se d\u00e9couvrir, le probl\u00e8me r\u00e9el de la libert\u00e9 nous appara\u00eet m\u00eame comme le pivot autour duquel va s\u2019orienter l\u2019avenir prochain de l\u2019esp\u00e8ce. Et pourtant, ce n\u2019est pas \u00e0 dire qu\u2019aucun appel puisse \u00eatre lanc\u00e9 ici qui soit diff\u00e9rent de la pure et simple repr\u00e9sentation de ce qui est&#8230; On ne peut absolument compter ici que sur une r\u00e9forme pr\u00e9alable du sentiment fondamental des rapports du Moi et du Non-Moi. Par contre, une telle r\u00e9forme, parce qu\u2019elle lib\u00e9rerait ces rapports de l\u2019obstacle de la contradiction, am\u00e8nerait aussit\u00f4t la r\u00e9solution d\u00e9finitive de tous nos probl\u00e8mes particuliers, d\u2019ordre moral ou politique. \u00ab <em>Au c\u0153ur d\u2019une semblable libert\u00e9, o\u00f9 n\u2019existerait plus aucun d\u00e9sir de s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure, l\u2019on pourrait rendre possible une s\u00e9curit\u00e9 ext\u00e9rieure consistant en la jouissance des objets mat\u00e9riels n\u00e9cessaires \u00e0 la survivance de l\u2019homme<\/em> \u00bb (<em>Paris<\/em>, 1950, p. 36).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019o\u00f9 vient notre d\u00e9sir d\u2019une \u00ab s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure \u00bb, sinon du sentiment que notre Moi est constamment menac\u00e9 des intentions agressives de l\u2019Autre ? Mais nous sommes pris ici dans un cercle vicieux, car nous commen\u00e7ons nous-m\u00eames par nous fonder int\u00e9rieurement en existence dans l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u2014 en affirmant notre Moi par contradiction au Non-Moi \u2014 et nous nous effor\u00e7ons ensuite de sortir de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 par la recherche de rem\u00e8des ext\u00e9rieurs ! Seule, la disparition du conflit int\u00e9rieur du Moi et du Non-Moi nous d\u00e9livrerait de ce sentiment angoissant d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, cependant que serait alors rendu possible l\u2019\u00e9tablissement de relations ext\u00e9rieures harmonieuses entre les hommes, capables de les unir efficacement dans la lutte pour la vie, l\u2019adaptation et le bonheur mat\u00e9riel. \u00ab <em>La lib\u00e9ration des contraires n\u2019est pas une illusion. En elle seule est la r\u00e9ponse \u00e0 toute notre confusion et \u00e0 tous les probl\u00e8mes que posent les conflits <\/em>\u00bb (<em>Causeries<\/em>, 1945, p. 15). Tous les d\u00e9sirs de domination et de puissance, tous les id\u00e9aux de la vanit\u00e9 ayant disparu avec le pr\u00e9jug\u00e9 fondamental d\u2019opposition, les besoins se stabilisent et les individus s\u2019organisent spontan\u00e9ment pour les satisfaire. \u00ab <em>Dans cette libert\u00e9 \u2014 lorsque&#8230; la pens\u00e9e est lib\u00e9r\u00e9e de la dualit\u00e9 \u2014 il y a une compr\u00e9hension r\u00e9volutionnaire et cr\u00e9atrice<\/em> \u00bb (Id., p. 14). La s\u00e9curit\u00e9 supr\u00eame, pour l\u2019individu comme pour l\u2019esp\u00e8ce, est dans l&rsquo;abandon de tout notre \u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9tat de cr\u00e9ativit\u00e9 int\u00e9rieure, tel qu\u2019il r\u00e9sulte n\u00e9cessairement de la non-contradiction de nos sentiments du Moi et du Non-Moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Est-ce \u00e0 dire que la solution \u00e0 toutes nos souffrances soit enferm\u00e9e dans ces quelques lignes ? Non, sans doute, car celles-ci ne font rien qu\u2019exprimer \u00e0 nouveau en quoi consiste le vrai probl\u00e8me de notre libert\u00e9, qui est aussi celui de l\u2019\u00e9panouissement de notre essence cr\u00e9atrice. C\u2019est donc \u00e0 chacun en particulier qu\u2019il appartient finalement de r\u00e9soudre, sur le plan de ses plus intimes certitudes, la question cruciale des rapports de son Moi avec son Non-Moi. Il n\u2019y a plus ici de formule capable d\u2019aider personne. Nous accostons sur le bord d\u2019un haut rivage o\u00f9 nulle aide \u00e9trang\u00e8re ne peut nous aider \u00e0 nous enlever. Chacun doit faire ici le saut n\u00e9cessaire qui l\u2019accomplira, en tant que personnalit\u00e9 ind\u00e9pendante et concr\u00e8te, dans le sein de l\u2019infinie coexistence. C\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019appara\u00eet la n\u00e9cessit\u00e9, de la part de l\u2019individu, d\u2019une exp\u00e9rience personnelle et directe du R\u00e9el. \u00ab <em>Ne pouvons-nous faire directement l\u2019exp\u00e9rience de cet \u00e9tat qui est au del\u00e0 des modes de la dualit\u00e9<\/em> \u00bb (Id., p, 41) ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ce qui explique que nous devions attendre beaucoup plus de la divulgation d\u2019\u00e9nonc\u00e9s honn\u00eates du vrai probl\u00e8me de la libert\u00e9 que de l\u2019expression plus ou moins exaltante et toujours dangereuse d\u2019une solution quelconque \u00e0 ce probl\u00e8me. \u00ab <em>Si vous cherchez la certitude, vous rencontrerez la mort ; mais si vous \u00eates incertain et, par cons\u00e9quent, si vous vous aventurez, si vous cherchez, le R\u00e9el sera d\u00e9couvert<\/em> \u00bb (<em>Oja\u00ef<\/em>, 1944, p. 92). Le germe de la v\u00e9rit\u00e9 est en chacun de nous. Il peut suffire de l\u2019humble rayon d\u2019une \u00e9vidence inattendue pour que la vie qui s\u2019y trouvait retenue prisonni\u00e8re en fasse, soudain, crever l\u2019enveloppe&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Si vous et moi voyons cette v\u00e9rit\u00e9, que chacun de nous peut \u00eatre lib\u00e9r\u00e9 de tout dogme et de toute croyance, nous agirons, que nous formions un groupe ou non<\/em> \u00bb (<em>Paris<\/em>, 1950, p. 40). Comment, en effet, une activit\u00e9 unifi\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire soumise au seul conditionnement cr\u00e9ateur, ne s\u2019imposerait-elle pas naturellement \u00e0 la conscience unifi\u00e9e ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, il ne peut \u00eatre question ici de rejeter a priori l\u2019id\u00e9e d\u2019une certaine organisation groupant, dans un but pratique, les individus unifi\u00e9s. Seulement, \u00ab <em>pour constituer un tel groupe, nous devons, vous et moi, nous lib\u00e9rer du d\u00e9sir que nous avons de nous mettre \u00e0 l\u2019abri<\/em> \u00bb (Id., p. 42). Autrement dit, de tels groupements ne sauraient-ils se former que d\u2019une mani\u00e8re toute spontan\u00e9e, \u00e0 part toute id\u00e9e pr\u00e9con\u00e7ue d\u2019\u00e9tablissement d\u2019un certain type de rapports sociaux. N\u2019y a-t-il pas, d\u2019ailleurs, toujours contradiction dans le fait de se grouper pour faire triompher l\u2019Id\u00e9e d\u2019un certain type de relations sociales ? Est-ce qu\u2019un principe valable de coh\u00e9sion humaine ne doit pas commencer par prouver sa valeur en \u00e9tant capable d\u2019unir r\u00e9ellement les hommes sans aucune condition pr\u00e9alable de rassemblement dans une organisation quelconque ? A fortiori, comment n\u2019y aurait-il pas contradiction \u00e0 penser que des hommes unifi\u00e9s puissent s\u2019organiser sur le mode agressif dans le but de faire triompher l\u2019unit\u00e9 de l\u2019homme sur la division de l\u2019humain ? D\u2019ailleurs, toute libert\u00e9 cr\u00e9atrice s\u2019\u00e9teindrait imm\u00e9diatement au sein d\u2019une telle organisation de combat ! \u00ab <em>La libert\u00e9 ne peut \u00eatre organis\u00e9e, et lorsqu\u2019elle l\u2019est, elle cesse d\u2019\u00eatre la libert\u00e9<\/em> \u00bb (<em>Causeries<\/em>, 1945, p. 102).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est l\u2019unit\u00e9 de l\u2019humain qui fondera la libert\u00e9 universelle des hommes. Mais cette unit\u00e9 ne peut \u00eatre un but \u00e0 atteindre par le moyen d\u2019organisations hi\u00e9rarchiques. Elle doit avoir sa source dans le foyer int\u00e9rieur constitu\u00e9 par chaque conscience unifi\u00e9e. En chacun de nous brille le point ign\u00e9 d\u2019o\u00f9 un tel foyer peut s\u2019\u00e9panouir&#8230; Mais alors, abandonnons tout de suite le pr\u00e9jug\u00e9 que la libert\u00e9 serait un but exclusivement r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l\u2019action concert\u00e9e ou violente ! Le \u00ab but \u00bb, ce n\u2019est pas la conqu\u00eate de la Libert\u00e9 par l\u2019homme, c\u2019est la conqu\u00eate de l\u2019homme universel par l&rsquo;\u00e9tat-de-libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La vie ne s\u2019incarne dans aucun Symbole ; la libert\u00e9 ne s\u2019\u00e9voque dans aucun drapeau.\u00a0\u00a0 Lentement, il faut qu\u2019elles m\u00fbrissent en nous. Certes, la vie est le partage de tous. Mais toutes les chances ne lui ont pas \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es. C\u2019est \u00e0 chacun de nous qu\u2019il appartient, en fin de compte, de l\u2019accomplir en lui, par un dernier effort. Pour cela, commen\u00e7ons par nous rendre intens\u00e9ment sensibles \u00e0 la lumi\u00e8re de cette pr\u00e9sente aurore : notre propre coexistence humaine, la non-contradiction du Moi et du Toi. Plus vite, alors, m\u00fbrira en nous la libert\u00e9, ce fruit supr\u00eame de la terre la plus profonde !<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"X1\" href=\"#Y1\">[1]<\/a> Pour Sartre, le penseur honn\u00eate s\u2019avoue, n\u00e9cessairement, contradictoire, \u00ab<em> La contradiction est constitutive de l\u2019exigence de sinc\u00e9rit\u00e9<\/em>. \u00bb (Cit\u00e9 par E. Br\u00e9hier, <em>Transformation de la Philosophie fran\u00e7aise<\/em>, p. 185).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gide est du m\u00eame avis, \u00ab <em>C\u2019est par ses contradictions qu\u2019un \u00eatre nous int\u00e9resse et t\u00e9moigne de sa sinc\u00e9rit\u00e9<\/em>. \u00bb (<em>Journal<\/em>, 1922, p. 445). On part, ici, du sentiment de sinc\u00e9rit\u00e9, et l\u2019on aboutit \u00e0 l\u2019aveu de contradiction. Krishnamurti, dans les lignes ci-dessus, d\u00e9passe une telle analyse et en affirme le caract\u00e8re incomplet : \u00e0 partir de la contradiction on ne peut aller nulle part sans retomber dans la contradiction. Comment, ici, par exemple, peut-on s\u2019avouer sinc\u00e8rement contradictoire, puisqu\u2019aussit\u00f4t, et suivant la loi m\u00eame qu\u2019elle vient de reconna\u00eetre, cette sinc\u00e9rit\u00e9 elle-m\u00eame se d\u00e9double fatalement en une nouvelle contradiction ? Cela reviendrait \u00e0 s\u2019avouer sinc\u00e8rement insinc\u00e8re, ce qui est proprement absurde ! Mais inutile de chercher, ici, \u00e0 sortir du cercle !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Krishnamurti, comme pour tout esprit naturellement logique, il n\u2019y a qu\u2019une mani\u00e8re de sortir de ce cercle, qui est de s\u2019affranchir d\u2019abord de la contradiction. L\u00e0 est, sans doute, le v\u00e9ritable aveu sinc\u00e8re : qu\u2019il n\u2019y a pas de sinc\u00e9rit\u00e9 possible tant que nous resterons pris dans l\u2019\u00e9tau de la contradiction int\u00e9rieure ! Paul Val\u00e9ry a peut-\u00eatre entrevu cet \u00e9tat d\u2019une conscience d\u00e9finitivement sinc\u00e8re, mais il nous le repr\u00e9sente sous la forme d\u2019une curieuse \u00e9nigme : \u00ab <em>Il n\u2019existe pas d\u2019esprit qui soit d\u2019accord avec lui-m\u00eame, ce ne serait plus un esprit<\/em>. \u00bb Or, l\u2019\u00e9nigme s\u2019\u00e9claircit si nous en rapprochons ces lignes de Krishnamurti : \u00ab <em>Lorsque le penseur et sa pens\u00e9e deviennent ins\u00e9parables, alors seulement la dualit\u00e9 est d\u00e9pass\u00e9e<\/em>. \u00bb (<em>Causeries<\/em>, 1945, p, 24). Paul Val\u00e9ry voulait dire, sans doute, qu\u2019un esprit d\u2019accord avec soi ne serait plus un esprit s\u00e9par\u00e9 de sa pens\u00e9e. Un tel esprit, en effet, ne se borne plus \u00e0 d\u00e9duire ce qu\u2019il pense de la donn\u00e9e pr\u00e9alable du Moi o\u00f9 il s\u2019est inform\u00e9 : il ne doit plus sa pens\u00e9e qu\u2019au normal \u00e9panouissement, en lui, de la fonction cr\u00e9atrice profonde.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a id=\"X2\" href=\"#Y2\">[2]<\/a> Ainsi s\u2019explique que la \u00ab synth\u00e8se \u00bb h\u00e9g\u00e9lienne, qui fait suite aux deux premiers moments du processus dialectique (la \u00ab th\u00e8se \u00bb et \u00ab l\u2019antith\u00e8se \u00bb), et qui vient les concilier, ne fasse que marquer un temps d\u2019arr\u00eat dans le mouvement de la pens\u00e9e \u2014 ou des choses \u2014 sans \u00e9tablir de \u00ab conciliation \u00bb d\u00e9finitive. \u00c0 son tour, en effet, une telle \u00ab synth\u00e8se \u00bb, suscitant sa propre contradiction dans une nouvelle \u00ab antith\u00e8se \u00bb, appellera bient\u00f4t une \u00ab synth\u00e8se \u00bb nouvelle, et ainsi de suite&#8230;<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a id=\"X3\" href=\"#Y3\">[3]<\/a>\u00a0C\u2019est-\u00e0-dire des moments o\u00f9 il n\u2019est pas m\u00fb par le d\u00e9sir de devenir quelqu\u2019un, ou quelque chose.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a id=\"X4\" href=\"#Y4\">[4]<\/a>\u00a0Il s\u2019agit, bien entendu, de l\u2019absence du moi-oppositionnel, et non du moi-r\u00e9el.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><a id=\"X5\" href=\"#Y5\">[5]<\/a>\u00a0Id., p. 35. Ce n\u2019est que lorsque le vrai bonheur est absent&#8230; que l\u2019on devient \u00ab conscient de soi \u00bb d\u2019une conscience de soi capable de bonheur oppositionnel, de satisfaction par opposition.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"X6\" href=\"#Y6\">[6]<\/a>\u00a0Le philosophe Charles Renouvier (1815-1903) a cru pouvoir r\u00e9partir en deux classes tous les syst\u00e8mes philosophiques connus, suivant qu\u2019ils rendent possible ou non la libert\u00e9 de l\u2019individu. Mais entre ces deux s\u00e9ries de doctrines contradictoires, comment ne devrions-nous pas, \u00e0 notre tour, choisir ? Or, pour Ch. Renouvier, si nous voulons qu\u2019un tel choix soit vraiment libre, l\u2019intelligence pure ne doit pas intervenir. Il nous faudrait faire appel \u00e0 une \u00ab raison en un sens sup\u00e9rieur ins\u00e9parable de la croyance \u00bb. Donc, choix absurde, en d\u00e9finitive, puisque remis au hasard des tendances subjectives de l\u2019individu !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est vrai que les d\u00e9terministes rattacheraient sans mal ces tendances \u00e0 quelque causalit\u00e9 d\u2019ordre social ou historique !&#8230; C\u2019est donc bien en vain que Ch. Renouvier a mis en face adversaires et partisans de la \u00ab libert\u00e9 \u00bb : n\u2019ayant pu lui-m\u00eame \u00e9chapper au conflit initial qui conditionne tout le probl\u00e8me, ce n\u2019est que d\u2019une mani\u00e8re tout illusoire qu\u2019il a cru pouvoir le dominer.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019o\u00f9 vient notre d\u00e9sir d\u2019une \u00ab s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure \u00bb, sinon du sentiment que notre Moi est constamment menac\u00e9 des intentions agressives de l\u2019Autre ? Mais nous sommes pris ici dans un cercle vicieux, car nous commen\u00e7ons nous-m\u00eames par nous fonder int\u00e9rieurement en existence dans l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u2014 en affirmant notre Moi par contradiction au Non-Moi \u2014 et nous nous effor\u00e7ons ensuite de sortir de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 par la recherche de rem\u00e8des ext\u00e9rieurs ! Seule, la disparition du conflit int\u00e9rieur du Moi et du Non-Moi nous d\u00e9livrerait de ce sentiment angoissant d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, cependant que serait alors rendu possible l\u2019\u00e9tablissement de relations ext\u00e9rieures harmonieuses entre les hommes, capables de les unir efficacement dans la lutte pour la vie, l\u2019adaptation et le bonheur mat\u00e9riel.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[72],"tags":[520,88,171],"class_list":["post-13553","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-a-niel","tag-creativite","tag-le-moi","tag-liberte"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>De l\u2019illusion d\u2019\u00eatre libre \u00e0 l\u2019\u00e9tat de libert\u00e9 par Andr\u00e9 Niel - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lillusion-detre-libre-a-letat-de-liberte-par-andre-niel\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"De l\u2019illusion d\u2019\u00eatre libre \u00e0 l\u2019\u00e9tat de libert\u00e9 par Andr\u00e9 Niel - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"D\u2019o\u00f9 vient notre d\u00e9sir d\u2019une \u00ab s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure \u00bb, sinon du sentiment que notre Moi est constamment menac\u00e9 des intentions agressives de l\u2019Autre ? 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Mais nous sommes pris ici dans un cercle vicieux, car nous commen\u00e7ons nous-m\u00eames par nous fonder int\u00e9rieurement en existence dans l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u2014 en affirmant notre Moi par contradiction au Non-Moi \u2014 et nous nous effor\u00e7ons ensuite de sortir de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 par la recherche de rem\u00e8des ext\u00e9rieurs ! Seule, la disparition du conflit int\u00e9rieur du Moi et du Non-Moi nous d\u00e9livrerait de ce sentiment angoissant d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, cependant que serait alors rendu possible l\u2019\u00e9tablissement de relations ext\u00e9rieures harmonieuses entre les hommes, capables de les unir efficacement dans la lutte pour la vie, l\u2019adaptation et le bonheur mat\u00e9riel.","og_url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lillusion-detre-libre-a-letat-de-liberte-par-andre-niel\/","og_site_name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","article_published_time":"2013-05-04T15:37:04+00:00","article_modified_time":"2013-05-04T15:38:42+00:00","author":"3e mill\u00e9naire","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"3e mill\u00e9naire","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"63 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lillusion-detre-libre-a-letat-de-liberte-par-andre-niel\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lillusion-detre-libre-a-letat-de-liberte-par-andre-niel\/"},"author":{"name":"3e mill\u00e9naire","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"headline":"De l\u2019illusion d\u2019\u00eatre libre \u00e0 l\u2019\u00e9tat de libert\u00e9 par Andr\u00e9 Niel","datePublished":"2013-05-04T15:37:04+00:00","dateModified":"2013-05-04T15:38:42+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lillusion-detre-libre-a-letat-de-liberte-par-andre-niel\/"},"wordCount":12670,"keywords":["Cr\u00e9ativit\u00e9","Le moi","Libert\u00e9"],"articleSection":["Niel Andr\u00e9"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lillusion-detre-libre-a-letat-de-liberte-par-andre-niel\/","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/de-lillusion-detre-libre-a-letat-de-liberte-par-andre-niel\/","name":"De l\u2019illusion d\u2019\u00eatre libre \u00e0 l\u2019\u00e9tat de libert\u00e9 par Andr\u00e9 Niel - 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