{"id":14094,"date":"2013-09-26T02:37:15","date_gmt":"2013-09-26T01:37:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=14094"},"modified":"2013-09-26T02:37:15","modified_gmt":"2013-09-26T01:37:15","slug":"la-guerre-sacree-chez-les-azteques-par-pierre-crepon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-guerre-sacree-chez-les-azteques-par-pierre-crepon\/","title":{"rendered":"La guerre sacr\u00e9e chez les Azt\u00e8ques par Pierre Cr\u00e9pon"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">(Revue Question De. No 46. F\u00e9vrier-Mars 1982)<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00ab <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>MOURONS TOUS ET FAISONS QUE LE SOLEIL RESSUSCITE PAR NOTRE MORT<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"> \u00bb.<\/span><\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">(LA CR\u00c9ATION DU SOLEIL)<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em><strong>L&rsquo;historien Pierre Cr\u00e9pon a publi\u00e9 en 1982 un ouvrage fondamental : \u00ab Les religions de la guerre \u00bb (\u00c9ditions Ramsay) o\u00f9 il montre com\u00adment dans notre pass\u00e9 les courants spirituels furent ou ne furent pas porteurs de conqu\u00eates et de violence. Il analyse ainsi le concept de guerre jusque dans les racines m\u00eames de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/strong><\/em><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Le 13 ao\u00fbt 1521, deux ans apr\u00e8s avoir d\u00e9barqu\u00e9 sur la c\u00f4te mexicaine, Cort\u00e8s et ses compagnons s&#8217;em\u00adparent de la capitale de l&#8217;empire Azt\u00e8que, Mexico-\u00adTenochtilan. Ils p\u00e9n\u00e8trent dans la ville apr\u00e8s un si\u00e8ge de plusieurs mois : d\u00e9j\u00e0 plusieurs dizaines de milliers de Mexicains y sont morts de famine, et bien d&rsquo;autres ne survivront pas \u00e0 la fr\u00e9n\u00e9sie meur\u00adtri\u00e8re des assi\u00e9geants. Le reste sera marqu\u00e9 au fer rouge de l&rsquo;esclavage, et la ville se verra d\u00e9truite de fond en comble afin que ne subsistent aucun des mul\u00adtiples temples qui s&rsquo;\u00e9levaient \u00e0 la gloire des dieux du Nouveau Monde. C&rsquo;en \u00e9tait fini de Mexico, la cit\u00e9 royale, dont les Conquistadors eux-m\u00eames disaient qu&rsquo;elle \u00e9tait \u00ab une ville plus belle que Grenade ou Venise\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Malgr\u00e9 la destruction syst\u00e9matique, et sans pr\u00e9c\u00e9dent, dont elle f\u00fbt l&rsquo;objet, la civilisation azt\u00e8que nous demeure relativement bien connue. Les Espagnols ne purent en effet effacer en un jour le pass\u00e9 pluris\u00e9culaire de tout un peuple et il existe suffisamment de sources \u00e9crites, \u00e0 commencer par les relations de Cort\u00e8s lui-m\u00eame et de certains de ses compagnons, pour en retracer les grandes lignes. Parmi les ouvrages de base pour la connaissance du monde azt\u00e8que, il faut mentionner l\u2019\u0153uvre magistrale du Franciscain Bernadino de Sahagun qui consacra soixante ans de sa vie \u00e0 recueillir des t\u00e9moignages sur la culture qu&rsquo;il avait \u00e0 charge de rendre chr\u00e9tienne, t\u00e9moi\u00adgnages qu&rsquo;il consigna dans son <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>Historia de las cosas de Nueva Espana <\/em><a id=\"Y1\" href=\"#X1\">[1]<\/a>. Toutes les \u00e9tudes sur le Mexique ancien se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 cette \u0153uvre et l&rsquo;on ne saurait commencer une \u00e9vocation du monde azt\u00e8que sans lui rendre hommage.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Pour notre propos, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des azt\u00e8ques r\u00e9side dans leur repr\u00e9sentation tr\u00e8s particuli\u00e8re de l&rsquo;ordre cosmique, et de la fonction qu&rsquo;y assumait la guerre. L&rsquo;institution de la \u00ab guerre fleurie \u00bb, notamment, constitue un exemple fascinant d&rsquo;une conception de la guerre enti\u00e8rement sou\u00admise \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie religieuse et tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e des concep\u00adtions occidentales. D&rsquo;ailleurs, la victoire de Cort\u00e8s tient plus \u00e0 ces diff\u00e9rences d&rsquo;id\u00e9ologie qu&rsquo;\u00e0 une simple sup\u00e9\u00adriorit\u00e9 militaire. Aussi bien le choc des deux civilisations fait-il appara\u00eetre un \u00e9trange contraste entre ces deux mondes dont la bonne foi respective n&rsquo;a d&rsquo;\u00e9gale que leur cruaut\u00e9 d\u00e9mentielle.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Le cinqui\u00e8me soleil<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Lorsque les Azt\u00e8ques s&rsquo;installent, au XIVe si\u00e8cle de notre \u00e8re, sur les mar\u00e9cages de Texcoco afin d&rsquo;y fonder la ville de Mexico, ils ne font que succ\u00e9der aux multiples peuples nomades venus des contr\u00e9es d\u00e9sertiques du nord pour s&rsquo;\u00e9tablir dans les r\u00e9gions agricoles du Mexique central. Ainsi, les Tolt\u00e8ques \u00e9taient parvenus quelques si\u00e8cles plus t\u00f4t dans la vall\u00e9e de Mexico et avaient r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9tenir l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie sur la r\u00e9gion, \u00e0 partir de la ville de Tula, pendant pr\u00e8s de deux cents ans (XIe-XIIe si\u00e8cles). Ces deux peuples pr\u00e9sentent d&rsquo;ailleurs de nombreuses similitudes et les Azt\u00e8ques se proclameront toujours les h\u00e9ritiers de leurs illustres pr\u00e9d\u00e9cesseurs. C&rsquo;est aux Tolt\u00e8ques notam\u00adment que se rattache l&rsquo;histoire mythique de Tezcatlipoca et Quetzalc\u00f3atl qui pr\u00e9figure \u00e0 bien des \u00e9gards le devenir de la civilisation Azt\u00e8que.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Quetzalc\u00f3atl (le serpent \u00e0 plume), qui semble \u00eatre \u00e0 l&rsquo;ori\u00adgine un tr\u00e8s ancien dieu de la v\u00e9g\u00e9tation, se confond dans la l\u00e9gende avec un jeune souverain de la ville de Tula, profond\u00e9ment pacifiste, qui bannit de sa cit\u00e9 les sacrifices humains et favorisa l&rsquo;art et la pratique des vertus morales. Tezcatlipoca, quant \u00e0 lui, \u00e9tait le dieu noir, le dieu de la guerre, le magicien venu des terres du Nord. Par mille sortil\u00e8ges Tezcatlipoca parvient \u00e0 se d\u00e9barras\u00adser de Quetzalc\u00f3atl qui s&rsquo;enfuit vers l&rsquo;est, vers l&rsquo;oc\u00e9an atlantique. Parvenu aux rivages, certains disent qu&rsquo;il s&rsquo;est fait br\u00fbler vif pour devenir l&rsquo;\u00e9toile du matin mais d&rsquo;autres racontent qu&rsquo;il a promis de revenir un jour.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Cette histoire reste doublement significative. La victoire de Tezcatlipoca repr\u00e9sente en effet la victoire du dieu de la guerre et des cultes sanglants des nomades sur les coutumes des populations anciennes d&rsquo;agriculteurs. Les Azt\u00e8ques inscriront leur religion dans cette perspective. Quant \u00e0 la promesse du retour de Quetzalc\u00f3atl, elle a jou\u00e9 un r\u00f4le non n\u00e9gligeable sur l&rsquo;accueil qui f\u00fbt fait aux conqu\u00e9rants espagnols.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">L&rsquo;histoire des Azt\u00e8ques se situe donc dans ce contexte inaugur\u00e9 par les Tolt\u00e8ques et illustr\u00e9 par la lutte de Tez\u00adcatlipca et Quetzalc\u00f3atl : un peuple nomade et guerrier venant imposer sa loi aux populations d&rsquo;une r\u00e9gion agri\u00adcole.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Le peuple d&rsquo;Huitelopochtli<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Les Azt\u00e8ques se consid\u00e9raient comme un peuple \u00e9lu et leur destin\u00e9e \u00e9tait guid\u00e9e par leur dieu f\u00e9tiche, Huitzilo\u00adpochtli. Un jour, apr\u00e8s deux si\u00e8cles de p\u00e9r\u00e9grinations depuis leur d\u00e9part de la cit\u00e9 l\u00e9gendaire d&rsquo;Aztlan <a id=\"Y2\" href=\"#X2\">[2]<\/a>, les pr\u00eatres qui portaient son enseigne virent le signe tant attendu : perch\u00e9 sur un figuier, un aigle avalait un serpent <a id=\"Y3\" href=\"#X3\">[3]<\/a> Huitzilopochtli leur indiquait par ce pr\u00e9sage le lieu o\u00f9 se fixer. C&rsquo;est ainsi que sur un tertre boueux, \u00e9mer\u00adgeant des mar\u00e9cages du lac de Texcoco, les Azt\u00e8ques \u00e9le\u00adv\u00e8rent un temple \u00e0 leur dieu, premier sanctuaire autour duquel allait se b\u00e2tir la plus grande cit\u00e9 de l&rsquo;Am\u00e9rique pr\u00e9historique : Mexico-Tenochtitlan.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Les 400 fr\u00e8res<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La fondation de Tenochtitlan, en 1325, sur un sol parti\u00adculi\u00e8rement ingrat puisque situ\u00e9 au milieu des marais, marque le tout d\u00e9but de la puissance azt\u00e8que. Aupara\u00advant le peuple d&rsquo;Huitzilopochtli avait connu une p\u00e9riode difficile. Les Azt\u00e8ques faisaient en effet partie des derniers groupes d&rsquo;envahisseurs venus du nord et, \u00e0 leur arriv\u00e9e, les plateaux du Mexique central se trouvaient d\u00e9j\u00e0 aux mains d&rsquo;autres tribus qui, chacune install\u00e9e dans leur cit\u00e9, cherchaient perp\u00e9tuellement \u00e0 dominer les autres. Dans ce contexte, les Azt\u00e8ques se verront trait\u00e9s comme de v\u00e9ritables parias par leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs ; tant\u00f4t repouss\u00e9s, tant\u00f4t engag\u00e9s comme mercenaires car leur talent de guerrier semble avoir d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 reconnu par tous. Leurs qualit\u00e9s militaires s&rsquo;accompagnaient cependant de coutumes religieuses qui effraient m\u00eame leurs contempo\u00adrains. On raconte ainsi que le souverain d&rsquo;une cit\u00e9 offrit sa fille en mariage au chef des Azt\u00e8ques pour les remer\u00adcier de leur victoire sur une ville ennemie. Ceux-ci pro\u00admettent de traiter la jeune fille comme une d\u00e9esse. Mais, quand le souverain \u00ab vient rendre visite \u00e0 sa fille, il la trouve immol\u00e9e dans le temple, sa peau rev\u00eat un pr\u00eatre, et avec une de ses jambes ils ensanglantaient les murs \u00bb (M. Simoni-Abbat : <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>les Azt\u00e8ques<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">. Le Seuil, 1976, p. 34). De telles coutumes ne favorisaient \u00e9videmment pas les relations avec les peuples voisins et l&rsquo;on peut penser qu&rsquo;elles ont jou\u00e9 un r\u00f4le dans la difficult\u00e9 des Azt\u00e8ques \u00e0 s&rsquo;\u00e9tablir.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Une fois install\u00e9s \u00e0 Tenochtitlan, les Azt\u00e8ques vont peu \u00e0 peu affirmer leur pouvoir. Le premier si\u00e8cle reste encore celui des difficult\u00e9s : il leur faut b\u00e2tir leur ville sur la lagune et lutter contre des cit\u00e9s plus puissantes. Mais, d\u00e8s 1428, ils abattent la plus importante d&rsquo;entre elles ; Tenochtitlan devient alors le p\u00f4le central de toute la vall\u00e9e de Mexico. Par la suite les Azt\u00e8ques vont pour\u00adsuivre leur expansion et quand, un si\u00e8cle plus tard, les espagnols accostent sur les rives du Mexique, ils sont \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;un vaste empire, qui s&rsquo;\u00e9tend du Pacifique \u00e0 l&rsquo;Atlantique et couvre la moiti\u00e9 du Mexique actuel. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">L&rsquo;apog\u00e9e de la puissance Azt\u00e8que fut en fait de courte dur\u00e9e. En deux si\u00e8cles <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u2014 <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">1325, fondation de Mexico ; 1428, d\u00e9but de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie sur le Mexique central ; 1521, destruction de Mexico <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u2014 <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">le sort d&rsquo;une civilisation s&rsquo;\u00e9tait jou\u00e9. Pendant ce laps de temps, Huitzilopochtli, lui qui n&rsquo;\u00e9tait \u00ab\u00a0qu&rsquo;un pl\u00e9b\u00e9ien, rien qu&rsquo;un homme, mais aussi un magicien, une apparition (Codex de Florence), s&rsquo;\u00e9tait hiss\u00e9 au sommet d&rsquo;un vaste panth\u00e9on et brillait de l&rsquo;\u00e9clat du soleil \u00e0 son z\u00e9nith.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Dieu guerrier, Huitzilopochtli personnifiait en effet la sou\u00adverainet\u00e9 du soleil quand, au z\u00e9nith du ciel, il couvre le monde d&rsquo;une lumi\u00e8re incomparable. C&rsquo;est une vieille femme, Coaticlue (d\u00e9esse terrestre), qui l&rsquo;avait enfant\u00e9 apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre trouv\u00e9 enceinte d&rsquo;une boule de plume recueil\u00adlie sur son ventre. Voyant son \u00e9tat, la s\u0153ur (divinit\u00e9 lunaire), et les 400 fr\u00e8res (symbolisant les \u00e9toiles) de Huit\u00adzilopochtli d\u00e9cid\u00e8rent alors de tuer leur m\u00e8re. Mais huit\u00adzilopochtli sortit \u00e0 cet instant du ventre de la vieille et, brandissant un serpent de feu, chassa ses fr\u00e8res et sa s\u0153ur, tout comme le soleil \u00e9carte les t\u00e9n\u00e8bres et efface les \u00e9toiles. Peuple du Soleil, les Azt\u00e8ques ont suivi l&rsquo;ascen\u00adsion de ce dieu vainqueur et sanguinaire et comme lui ont brill\u00e9 d&rsquo;un \u00e9clat court mais intense dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>La l\u00e9gende des soleils<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La conception des cycles cosmiques chez les Azt\u00e8ques tra\u00adduit de leur part une angoisse profonde devant l&rsquo;instabi\u00adlit\u00e9 du monde. Les Azt\u00e8ques croyaient que plusieurs mondes successifs avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le n\u00f4tre et que chacun deux s&rsquo;\u00e9tait achev\u00e9 par un cataclysme. Chaque monde \u00e9tait symbolis\u00e9 par un soleil et avant notre \u00e8re quatre soleils avaient exist\u00e9. La dur\u00e9e d&rsquo;un soleil ne nous est pas pr\u00e9cis\u00e9ment connue mais il s&rsquo;agit de toute fa\u00e7on d&rsquo;un mul\u00adtiple de cinquante-deux ans, p\u00e9riode qui repr\u00e9sentait le si\u00e8cle Azt\u00e8que. Aussi le soleil dans lequel nous vivons, doit in\u00e9vitablement se terminer par une catastrophe au cours de laquelle l&rsquo;humanit\u00e9 enti\u00e8re p\u00e9rira. Le nom de ce cinqui\u00e8me soleil signifie \u00ab quatre mouvements \u00bb ou \u00ab quatre tremblements \u00bb et la destruction finale sera accomplie par des tremblements de terre, par un d\u00e9cha\u00ee\u00adnement des forces chthoniennes : \u00ab Alors, la r\u00e9alit\u00e9 sera d\u00e9chir\u00e9e comme un voile, et les monstres du cr\u00e9puscule, les Tzitzimime qui attendent au fond de l&rsquo;occident l&rsquo;heure fatale, surgiront pour se ruer \u00e0 l&rsquo;assaut des derniers vivants \u00bb (J. Soustelle : <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>la Vie quotidienne des Azt\u00e8ques.<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"> Hachette, 1955, p. 123).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La certitude imminente d&rsquo;un tel drame cosmique emplit toute la pens\u00e9e des Azt\u00e8ques. La fin de chacun de leur si\u00e8cle \u00e9tait toujours un moment crucial o\u00f9 le monde entier pouvait s&rsquo;\u00e9crouler. L&#8217;empereur lui-m\u00eame vivait dans l&rsquo;angoisse, dans l&rsquo;attente des signes qui annonceraient la fin de ce monde (la venue de Cort\u00e8s d&rsquo;ailleurs fut pr\u00e9c\u00e9\u00add\u00e9e de tels signes). L&rsquo;Univers mexicain est donc fonda\u00admentalement condamn\u00e9. Il est instable, perp\u00e9tuellement remis en question, et la seule action possible pour l&rsquo;homme consiste \u00e0 diff\u00e9rer la fin certaine. Pour cela, il lui faut aider le soleil \u00e0 vaincre les t\u00e9n\u00e8bres, le nourrir en r\u00e9p\u00e9tant l&rsquo;acte des dieux lors de sa cr\u00e9ation.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Sahagun raconte ainsi la naissance du soleil <a id=\"Y4\" href=\"#X4\">[4]<\/a> : \u00ab On dit qu&rsquo;avant que le jour exist\u00e2t les dieux se r\u00e9unirent au lieu appel\u00e9 Teotivacan&#8230; et qu&rsquo;ils se dirent les uns aux autres : \u00ab Qui sera charg\u00e9 d&rsquo;\u00e9clairer le monde ? \u00bb Un premier dieu, Tecuciztecatl, se propose mais il faut en d\u00e9signer un second pour cr\u00e9er la lune. L&rsquo;assembl\u00e9e des dieux choisit le plus petit d&rsquo;entre eux, Nanahuatzin, qui est couvert de pustules et ne dit rien. Apr\u00e8s un temps de p\u00e9nitences et d&rsquo;offrandes, Tecuciztecatl et Nanahuatzin se rendent au lieu de sacrifice o\u00f9 ils doivent se jeter dans un immense brasier. Le premier h\u00e9site plusieurs fois et c&rsquo;est le petit dieu qui se jette d&rsquo;abord avec d\u00e9termination dans le feu. Tecuciztecatl le suit.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Les dieux voient alors appara\u00eetre le soleil et la lune qui brillent d&rsquo;une lumi\u00e8re \u00e9gale. Ils jettent sur Tecucitzecatl un li\u00e8vre afin d&rsquo;en obscurcir la face : la lune poss\u00e8de depuis l&rsquo;\u00e9clat que nous lui connaissons. Cependant Nanahuatzin le <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u2014 <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">le Soleil restait sans mouvement. \u00ab Les dieux se parl\u00e8rent alors de nouveau et dirent : \u00ab\u00a0Comment pour\u00adrions nous vivre ainsi ? Le soleil ne bouge pas. Est-ce que nous passerons toute notre existence entre les indignes mortels ? Mourons tous et faisons que notre mort donne la vie \u00e0 ces astres\u00a0\u00bb. Le vent alors se chargea de donner la mort aux dieux et il les tua.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">L&rsquo;immolation de deux dieux n&rsquo;a donc pas suffi pour mettre en mouvement le soleil. Tous les autres dieux ont du sacrifier leur vie afin que le soleil, tirant son \u00e9nergie de leur mort, commence sa course dans le ciel. Maintenant c&rsquo;est aux hommes de continuer le geste des dieux et l&rsquo;Azt\u00e8que, en particulier, doit veiller \u00e0 ce que le soleil ne reste pas immobile, et renaisse chaque matin. Ainsi le sacrifice humain appara\u00eet comme une n\u00e9cessit\u00e9 abso\u00adlue : la mort des hommes donne la vie au soleil. Le soleil a soif de sang humain et, jour apr\u00e8s jour, les Azt\u00e8ques ont le devoir de lui apporter sa nourriture pr\u00e9cieuse, le Chalchiuatl, \u00ab l&rsquo;eau de jade \u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Des sacrifices et des dieux<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00c0 l&rsquo;origine, Quetzalc\u00f3atl \u00ab jamais n&rsquo;accepta (les sacrifices humains) parce qu&rsquo;il aimait beaucoup ses sujets&#8230; et il n&rsquo;offrait en sacrifice que des serpents, des oiseaux et des papillons \u00bb (Codex <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>Chimal popoca<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">). Mais, depuis ces temps anciens, d&rsquo;autres peuples sont venus et Tezcatlipoca, le dieu noir, a chass\u00e9 Quetzalc\u00f3atl, aussi n&rsquo;est-il plus ques\u00adtion de substituer des animaux aux \u00eatres humains. Le Mexique se trouve d\u00e8s lors livr\u00e9 \u00e0 une multitude de dieux assoiff\u00e9s de sang auxquels il faut sacrifier comme eux-m\u00eames se sont sacrifi\u00e9s pour le soleil.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">On \u00e9value \u00e0 20.000 le nombre de personnes sacrifi\u00e9es pour la seule r\u00e9novation du grand temple de Tenochtitlan, en 1487. Et chaque f\u00eate en l&rsquo;honneur des dieux qui rythme les dix-huit mois de l&rsquo;ann\u00e9e azt\u00e8que apporta son lot de nouvelles victimes. \u00c0 lire les r\u00e9cits de ces innombrables rites sanglants on ne peut \u00eatre aujourd&rsquo;hui que frapp\u00e9 de stupeur ; notre sensibilit\u00e9 <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u2014 <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">qui s&rsquo;accommode pourtant sans trop de mal de centaines de bombes d\u00e9vers\u00e9es tous les jours aux quatre coins de la plan\u00e8te <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u2014 <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">se r\u00e9vulse \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de ces hommes et femmes tu\u00e9s sans haine, et selon un c\u00e9r\u00e9monial implacable, afin de maintenir l&rsquo;\u00e9quilibre d&rsquo;un monde constamment menac\u00e9. Qu&rsquo;on en juge !<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Au premier mois de l&rsquo;ann\u00e9e, on offrait des sacrifices \u00e0 Tlaloc. Celui-ci \u00e9tait un ancien dieu des paysans et il pr\u00e9sidait, aux c\u00f4t\u00e9s de Huitzilopochtli, sur le sommet du grand temple de Mexico. Tlaloc \u00e9tait ma\u00eetre de la pluie et on lui sacrifiait, en les noyant, des processions de jeunes enfants. Cependant, pour que le sacrifice soit pleinement efficace et que l&rsquo;eau du ciel f\u00e9conde la terre, les enfants devaient pleurer abondamment au moment de leur mort. Les Azt\u00e8ques arrachaient donc les ongles des enfants afin de provoquer leurs sanglots par la torture : \u00ab Quand ils emportaient les enfants pour les tuer, s&rsquo;ils pleuraient et versaient beaucoup de larmes, alors ceux qui les portaient<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">se r\u00e9jouissaient car c&rsquo;\u00e9tait le signe qu&rsquo;il y aurait beau\u00adcoup d&rsquo;eau pendant l&rsquo;ann\u00e9e \u00bb (Codex de Florence).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Venait ensuite la f\u00eate en l&rsquo;honneur de Xipo-Totec ( \u00ab Notre Seigneur l\u2019\u00c9corch\u00e9 \u00bb), divinit\u00e9 de la v\u00e9g\u00e9tation des r\u00e9gions m\u00e9ridionales devenue dieu des orf\u00e8vres. Les vic\u00adtimes, qui lui \u00e9taient destin\u00e9es, \u00e9taient d&rsquo;abord perc\u00e9es de fl\u00e8ches pour que leur sang s&rsquo;\u00e9coule lentement sur la terre comme la pluie y ruisselle. Apr\u00e8s quoi ils \u00e9taient \u00e9corch\u00e9s et les pr\u00eatres rev\u00eataient leur d\u00e9pouille, symbolisant par ce geste le renouveau de la nature.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Ainsi, pour chaque mois de l&rsquo;ann\u00e9e, des rites diff\u00e9rents \u00e9taient appliqu\u00e9s. Aux exemples d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9s <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u2014 <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">et choisis, il faut le reconna\u00eetre, pour leur caract\u00e8re particuli\u00e8rement spectaculaire <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u2014 <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">on pourrait ajouter bien d&rsquo;autres sc\u00e9narios rituels. Le plus courant consistait \u00e0 \u00e9tendre la victime sur le dos et lui ouvrir la poitrine pour en arra\u00adcher le c\u0153ur. Le sacrifi\u00e9 pouvait aussi \u00eatre attach\u00e9 par une corde tout en gardant une certaine libert\u00e9 de mouve\u00adment ; dans cette position on lui fournissait des armes en bois et il devait combattre plusieurs guerriers normale\u00adment arm\u00e9s : s&rsquo;il ne succombait pas, il gardait la vie sauve. Enfin la d\u00e9capitation \u00e9tait parfois utilis\u00e9e, unique\u00adment pour des victimes f\u00e9minines, et cela en partie pour la correspondance entre cet acte et le fait de cueillir un \u00e9pi de ma\u00efs.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">On ne s&rsquo;\u00e9tendra pas plus longtemps ici sur le probl\u00e8me des sacrifices dans la civilisation azt\u00e8que, sujet qui n\u00e9ces\u00adsiterait \u00e0 lui seul de longs d\u00e9veloppements (Voir l&rsquo;excellent ouvrage de Christian Duverger : <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>la Fleur C\u00e9tale. \u00c9conomie du sacrifice azt\u00e8que<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">. Le Seuil, 1979). Signalons simplement que les victimes \u00e9taient pr\u00e9par\u00e9es \u00e0 leur sacrifice par de longues c\u00e9r\u00e9monies qui incluaient un je\u00fbne prolong\u00e9, des danses rituelles et, parfois, la prise de drogues. Dans le cas du sacrifice d\u00e9di\u00e9 au grand dieu Tezcatlipoca, la victime \u00e9tait m\u00eame choisie un an plus t\u00f4t ; il s&rsquo;agissait d&rsquo;un guerrier particuli\u00e8rement valeureux auquel on offrait une vie royale pendant cette ann\u00e9e o\u00f9 il incarnait le dieu. Cet exemple montre que les victimes \u00e9taient toujours rev\u00eatues d&rsquo;une dignit\u00e9 quasi-divine et il semble d&rsquo;ailleurs que les sacrifi\u00e9s acceptaient sto\u00efquement leur sort. On conna\u00eet m\u00eame l&rsquo;histoire de certains guerriers qui ont refus\u00e9 leur gr\u00e2ce afin de ne pas se soustraire \u00e0 la volont\u00e9 divine. N\u00e9anmoins il est permis de penser qu&rsquo;une telle d\u00e9bauche de vies humaines ait pu aussi \u00eatre regard\u00e9 comme terrifiante par les contemporains. La haine tenace que vouaient aux Azt\u00e8ques certaines tribus voisines est sans doute li\u00e9e en partie \u00e0 leurs pratiques religieuses. Un passage du Codex de Florence explique ainsi que \u00ab certains habitants des cit\u00e9s qui \u00e9taient en guerre avec Mexico \u00e9taient convoqu\u00e9s et introduits dans la ville, en secret, \u00e0 l&rsquo;invitation de Motecuzoma. Et \u00e0 ces gens de Nonoalco, de Cozcatlan, de Cempolla, de Mecatlan, on montrait ces sacrifices et ils \u00e9taient confondus, frapp\u00e9s de terreur. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;\u00e9tait \u00e9branl\u00e9 et d\u00e9suni le camp des ennemis \u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Certes, les guerres men\u00e9es par les Azt\u00e8ques poss\u00e9daient aussi des causes proprement \u00e9conomiques et politiques. Ils se procuraient notamment un certain nombre de den\u00adr\u00e9es chez les peuples soumis et la magnificence de la ville de Mexico proc\u00e9dait directement de l&rsquo;exploitation d&rsquo;un immense empire. N\u00e9anmoins il semble pratiquement cer\u00adtain que les Azt\u00e8ques ne dissociaient pas eux-m\u00eames entre les motivations religieuses et \u00e9conomiques. Et, de fait, toute la conduite de la guerre d\u00e9coule bien de leur id\u00e9o\u00adlogie religieuse.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>La conduite de la guerre<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00c0 l&rsquo;apog\u00e9e de l&#8217;empire Azt\u00e8que, les trois villes de Mexico, Texcoco et Tlacopan s&rsquo;\u00e9taient alli\u00e9es pour former une ligue se pr\u00e9tendant h\u00e9riti\u00e8re de la dynastie des Tolt\u00e8ques qui avait autrefois domin\u00e9 tout le centre du Mexique. La ligne des 3 cit\u00e9s justifiait par cette pr\u00e9tention leur auto\u00adrit\u00e9 sur tout le pays et la guerre \u00e9tait d\u00e9clar\u00e9e \u00e0 toute autre cit\u00e9 cherchant \u00e0 affirmer son ind\u00e9pendance. Le refus de commercer avec les villes centrales, notamment, \u00e9taient jug\u00e9s comme une d\u00e9claration de guerre virtuelle. De plus, des guerres pouvaient parfois \u00eatre entreprises \u00e0 titre pr\u00e9ventif lorsque l&rsquo;hostilit\u00e9 d&rsquo;une cit\u00e9 paraissait devenir mena\u00e7ante.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Malgr\u00e9 ces motivations profanes, le d\u00e9roulement de l&rsquo;entreprise militaire suivait des r\u00e8gles bien pr\u00e9cises dic\u00adt\u00e9es, par le syst\u00e8me de croyances religieuses. Les affron\u00adtements \u00e9taient ainsi pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s par une s\u00e9rie d&rsquo;ambassades proposant aux ennemis de capituler sans engager le combat. Des messagers de la ville de Mexico se pr\u00e9sen\u00adtaient d&rsquo;abord aux autorit\u00e9s locales. Ils leurs demandaient d&rsquo;accepter dans leur temple une image de Huitzilopochtli, leurs offraient des armes et leurs vantaient les m\u00e9rites d&rsquo;une soumission qui \u00e9viterait la guerre. Un d\u00e9lai de r\u00e9flexion de vingt jours (le mois azt\u00e8que) leur \u00e9tait accord\u00e9. Venaient ensuite les ambassadeurs de Texcoco qui mena\u00e7aient le souverain local et, dans le cas o\u00f9 celui-ci refusait toujours de se rendre, lui offrait des armes et une m\u00e9decine pour prot\u00e9ger son corps contre les foudres de l&rsquo;arm\u00e9e de l&#8217;empire. Enfin, apr\u00e8s une seconde p\u00e9riode de vingt jours, c&rsquo;\u00e9tait au tour des ambassadeurs de Tlaco\u00adpan de r\u00e9it\u00e9rer les avertissements, les propositions de sou\u00admission et les offrandes d&rsquo;armes. Un troisi\u00e8me d\u00e9lai s&rsquo;\u00e9coulait avant que la guerre soit v\u00e9ritablement entre\u00adprise.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Quoiqu&rsquo;il en soit, la pratique des sacrifices humains \u00e0 grande \u00e9chelle posait aux Azt\u00e8ques un probl\u00e8me crucial comment acqu\u00e9rir suffisamment de victimes.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Le sang comme marchandise<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La guerre tenait une place extr\u00eamement importante dans les pr\u00e9occupations des Azt\u00e8ques. Leur volont\u00e9 d&rsquo;imp\u00e9ria\u00adlisme politique s&rsquo;associait en effet \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 reli\u00adgieuse : le champ de bataille \u00e9tait le lieu id\u00e9al pour s&rsquo;ap\u00adproprier des prisonniers, victimes futures des indispen\u00adsables sacrifices. La guerre \u00e9tait ainsi con\u00e7ue comme un devoir cosmique directement li\u00e9e \u00e0 la probl\u00e9matique du sacrifice et de l&rsquo;usure du monde.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Selon une l\u00e9gende, les guerriers devaient assumer la t\u00e2che des Quatre Cents Serpents de Nuages (symbolisant les \u00e9toiles du Nord), qui avaient failli \u00e0 leur mission confi\u00e9e par les dieux ; apporter nourriture et boisson au soleil. C&rsquo;est pourquoi le Soleil s&rsquo;adressa directement aux hommes et leur dit : \u00ab Mes fils, il faut maintenant que vous d\u00e9truisiez les Quatre Cents Serpents de Nuages : car ils ne donnent rien \u00e0 notre m\u00e8re ni \u00e0 notre p\u00e8re&#8230; et c&rsquo;est ainsi que commen\u00e7a la guerre&#8230; Ils tu\u00e8rent les Quatre Cents, et alors servirent \u00e0 manger et donn\u00e8rent \u00e0 boire au Soleil&#8230; (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>Leyenda de los Soles<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Ainsi, comme le souligne Jacques Soustelle, \u00ab Les Mexi\u00adcains se privaient d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de l&rsquo;avantage que donne la surprise. Non seulement ils laissaient \u00e0 leurs adver\u00adsaires tout le temps de pr\u00e9parer leur d\u00e9fense, mais encore leurs fournissaient-ils des armes, f\u00fbt-ce en quantit\u00e9 sym\u00adbolique. Tout ce comportement, ces ambassades, ces dis\u00adcours, ces cadeaux expriment bien l&rsquo;id\u00e9al de chevalerie qui animait ces guerriers de l&rsquo;antiquit\u00e9 am\u00e9ricaine \u00bb (J. Soustelle, op. cit., p. 20).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La fin de la guerre \u00e9tait symbolis\u00e9e par la prise, et l&rsquo;incen\u00addie, du temple de la cit\u00e9 adverse. \u00c0 cet instant, les dieux avaient rendu leur d\u00e9cision et toute r\u00e9sistance devenait inutile. Les longs pourparlers avant d&rsquo;engager la bataille visaient justement \u00e0 cr\u00e9er les conditions de luttes telles qu&rsquo;elles puissent mettre en \u00e9vidence la volont\u00e9 divine : la guerre est un jugement des dieux, et la victoire des Azt\u00e8ques celle de Huitzilopochtli. Il ne s&rsquo;agit donc pas \u00ab pour les Azt\u00e8ques de forcer l&rsquo;adversaire \u00e0 se soumettre en ruinant le pays ou en massacrant mais de rendre \u00e9vidente la volont\u00e9 de Huitzilopochtli\u00a0\u00bb. En s&#8217;emparant du sanctuaire ennemi : \u00ab cette volont\u00e9 devient manifeste, la guerre est priv\u00e9e d&rsquo;objet \u00bb (Ibid., p. 243<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">)<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Le d\u00e9roulement de la bataille elle-m\u00eame rev\u00eatait un aspect bien particulier dont on ne conna\u00eet pas d&rsquo;exemple sem\u00adblable dans notre ancien monde. Le but des guerriers n&rsquo;\u00e9tait pas en effet de tuer le plus d&rsquo;ennemis possibles mais de les capturer pour les sacrifier. Ainsi les soldats \u00e9taient suivis de sp\u00e9cialistes qui ligotaient les combat\u00adtants ennemis jet\u00e9s \u00e0 terre. La bataille se transformait donc en une multitude de duels dont l&rsquo;enjeu \u00e9tait la cap\u00adture de l&rsquo;adversaire.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La signification religieuse des combats devient manifeste. Les guerriers \u0153uvrent pour le salut du cosmos puisque leur vie m\u00eame est l&rsquo;objet du sacrifice. Tous sont dans la position de sacrifi\u00e9s en puissance et les liens qui unissent un guerrier et son prisonnier \u00e9voquent une d\u00e9pendance parentale (\u00ab voici mon p\u00e8re \u00bb dit le captif \u00e0 son vain\u00adqueur). D&rsquo;ailleurs les guerriers morts sur le champ de bataille et sur la pierre \u00e0 sacrifice connaissent un destin semblable : ils deviennent les compagnons du soleil qui entourent l&rsquo;astre lumineux pendant quatre ann\u00e9es avant de se r\u00e9incarner sous la forme de colibris voletant pour toujours parmi les fleurs.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Guerriers et pr\u00eatres<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00ab Je coupe ton nombril au milieu de ton corps. Sache bien et comprend que la maison o\u00f9 tu es n\u00e9 n&rsquo;est pas ta demeure : tu es soldat&#8230; Ta vraie patrie est ailleurs ; tu es promis \u00e0 d&rsquo;autres lieux. Tu appartiens aux rases cam\u00adpagnes o\u00f9 s&rsquo;engagent les combats ; c&rsquo;est pour elle que tu as \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 ; ton m\u00e9tier et ta science, c&rsquo;est la guerre ; ton devoir, c&rsquo;est de donner \u00e0 boire au soleil le sang des ennemis. \u00bb (Sahagun, op. cit., p. 256).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">C&rsquo;est par ces mots prononc\u00e9s par l&rsquo;accoucheuse que l&rsquo;en\u00adfant azt\u00e8que d\u00e9couvre, d\u00e8s sa naissance, le monde de la guerre. Toute son \u00e9ducation ult\u00e9rieure sera dirig\u00e9e vers cet accomplissement : devenir un guerrier, faire partie de l&rsquo;\u00e9lite honor\u00e9e et exalt\u00e9e de ceux qui offrent leur vie pour nourrir le soleil. Ainsi, bien que la civilisation azt\u00e8que ait connu, \u00e0 son apog\u00e9e, une importante hi\u00e9rarchie des classes sociales, tout enfant, quelle que soit son origine, garde la possibilit\u00e9 d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 la plus haute dignit\u00e9 mili\u00adtaire.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Les chevaliers aigles et jaguars<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Il entre, vers l&rsquo;\u00e2ge de six ou sept ans, dans des coll\u00e8ges, le Telpochcalli, o\u00f9 il re\u00e7oit un enseignement essentiellement militaire. A dix ans, on lui laisse pousser une m\u00e8che de cheveux sur la nuque qu&rsquo;il ne pourra couper qu&rsquo;apr\u00e8s avoir fait un prisonnier. Il devra ensuite confirmer ses talents en prenant quatre autres prisonniers au cours des campagnes suivantes. S&rsquo;il \u00e9choue, l&rsquo;honneur d&rsquo;\u00eatre guer\u00adrier devient alors impossible et il doit se contenter du sort des pl\u00e9b\u00e9iens, les Macevalli, les gens du commun. Par contre, s&rsquo;il est n\u00e9 sous un signe fortun\u00e9 et que ces faits d&rsquo;armes se voient couronn\u00e9s de succ\u00e8s, les portes de la gloire lui sont ouvertes. Car, \u00ab m\u00eame si c&rsquo;est le der\u00adnier des esclaves, ils le font capitaine et seigneur, et lui donnent des vassaux, et il jouit d&rsquo;une telle estime que partout o\u00f9 il se pr\u00e9sente on lui montre la m\u00eame d\u00e9f\u00e9rence et la m\u00eame consid\u00e9ration qu&rsquo;au v\u00e9ritable seigneur \u00bb (<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>Conquistadore Anonyme<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">). Enfin, tout guerrier particuli\u00e8\u00adrement valeureux, peut acc\u00e9der aux ordres militaires sup\u00e9rieurs et devenir \u00ab chevalier jaguar \u00bb ou \u00ab chevalier aigle \u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire prendre le titre de chevalier du Soleil, car le jaguar et l&rsquo;aigle sont les incarnations animales de cet astre).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Le corps des guerriers ne constituait n\u00e9anmoins pas la seule \u00e9lite de l&#8217;empire Azt\u00e8que. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;eux, disposant de pouvoirs \u00e9tendus, appara\u00eet un autre grand groupe qui entretient un rapport double avec la carte guerri\u00e8re : les pr\u00eatres. Ceux-ci se recrutent en majorit\u00e9 chez les digni\u00adtaires bien que les pl\u00e9b\u00e9iens qui manifestent une vocation particuli\u00e8re peuvent aussi acc\u00e9der \u00e0 la pr\u00eatrise. Ils sont \u00e9lev\u00e9s dans des coll\u00e8ges religieux, les Calmecac, o\u00f9 on leur enseigne tous les \u00e9l\u00e9ments indispensables au sacer\u00addoce. \u00c0 l&rsquo;\u00e2ge de 22 ans, ils d\u00e9cident d&rsquo;entrer d\u00e9finitivement dans le corps religieux ou de retourner \u00e0 la vie sociale. Devenus pr\u00eatres, de multiples carri\u00e8res s&rsquo;offrent \u00e0 eux depuis la fonction d&rsquo;officiant subalterne dans un petit temple de quartier jusqu&rsquo;\u00e0 la dignit\u00e9 supr\u00eame de grand pr\u00eatre d&rsquo;Huitzilopotchi ou de Tlaloc.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Les pr\u00eatres forment v\u00e9ritablement la deuxi\u00e8me \u00e9lite du monde Azt\u00e8que. Dans une soci\u00e9t\u00e9 essentiellement guerri\u00e8re, ils d\u00e9tiennent le pouvoir intellectuel : ils organisent les f\u00eates culturelles, ils lisent les signes et d\u00e9terminent l&rsquo;ave\u00adnir de chaque \u00eatre en se r\u00e9f\u00e9rant au calendrier divinatoire, ils g\u00e8rent les stocks des greniers des temples qu&rsquo;ils redis\u00adtribuent au peuple en cas de p\u00e9nurie, ils s&rsquo;occupent des h\u00f4pitaux, etc. D&rsquo;autre part, les pr\u00eatres, ou les pr\u00eatresses, observent le c\u00e9libat et il semble qu&rsquo;ils doivent suivre des r\u00e8gles tr\u00e8s strictes. Ainsi un moine catholique comme Sahagun n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 faire l&rsquo;\u00e9loge des grands pr\u00eatres, dont il nous dit que pour les d\u00e9signer \u00ab on ne tenait aucun compte de l&rsquo;origine, mais seulement des meurs et de la pratique religieuse, de la connaissance des doctrines et de la puret\u00e9 de la vie. On choisissait celui qui \u00e9tait ver\u00adtueux, humble et pacifique, raisonnable et s\u00e9rieux, non pas l\u00e9ger, mais grave, rigoureux et scrupuleux dans ses m\u0153urs, plein d&rsquo;amour et de mis\u00e9ricorde, de compassion et d&rsquo;amiti\u00e9 pour tous, d\u00e9vot et craignant son dieu \u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Alimenter le soleil et la terre<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Pr\u00eatres et guerriers poss\u00e8dent le syst\u00e8me religieux azt\u00e8que des fonctions \u00e0 la fois compl\u00e9mentaires et oppo\u00ads\u00e9s. Ils s&rsquo;opposent tout d&rsquo;abord dans leur mode de vie : les premiers vivent pauvrement et leur dieu sp\u00e9cifique est Quetzalc\u00f3atl, l&rsquo;ancien roi-pr\u00eatre de la ville mythique de Tulla, le dieu blanc qui pratiquait l&rsquo;auto-sacrifice ; les seconds sont riches, ils portent des v\u00eatements par\u00e9s d&rsquo;or\u00adnements mais ils risquent sans cesse leur vie, et leur dieu sp\u00e9cifique est Tezcatlipoca, le magicien noir, le dieu belli\u00adqueux des nomades. Mais ils s&rsquo;opposent surtout dans l&rsquo;acte fondamental de la religion azt\u00e8que, acte qui fonde en m\u00eame temps leur compl\u00e9mentarit\u00e9 : le sacrifice humain. Par essence les uns sont en effet les sacrificateurs, les autres les sacrifi\u00e9s. Lors des grandes f\u00eates religieuses, \u00e0 l&rsquo;instant supr\u00eame du rite, trois protagonistes sont en jeu : le peuple qui assiste en spectateur, le guerrier \u00e9tendu sur la pierre \u00e0 sacrifice, le pr\u00eatre qui l\u00e8ve le couteau&#8230; Aussi, du fait m\u00eame de leur fonction, la contradiction entre ces deux corps sociaux ne peut qu&rsquo;\u00eatre totale. Cette contradiction se manifeste d&rsquo;ailleurs lorsque, adolescents, les \u00e9l\u00e8ves des Telpochcalli et des Calmecac se livrent p\u00e9riodiquement \u00e0 des combats : \u00ab &#8230; Ils se rouaient de coups et se blessaient. Et si les jeunes guerriers attaquaient un pr\u00eatre, ils le frottaient avec des feuilles de Manguey cruellement ; ils le faisaient se d\u00e9manger et se br\u00fbler. Et si un des jeunes guerriers \u00e9tait pris, les pr\u00eatres saignaient ses oreilles avec des \u00e9pines de manguey et ses bras et sa poitrine, et ses cuisses : il criait tr\u00e8s fort \u00bb (Codex de Florence).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Quelles que soient leurs vertus religieuses les pr\u00eatres n&rsquo;en demeurent pas moins l&rsquo;\u00e9lite passive qui ex\u00e9cute les sacrifices, les bourreaux qui un jour supprimeront la vie aux guerriers tomb\u00e9s au combat. Les guerriers, quant \u00e0 eux, vivent dans le luxe et les parures mais leur existence est vou\u00e9e \u00e0 finir sur un champ de bataille ou sur l&rsquo;autel d&rsquo;un dieu. Car ils ne sont pas de simples soldats partici\u00adpant \u00e0 des entreprises militaires ; leur destin\u00e9e est de sacrifier leur vie pour nourrir les dieux : \u00ab en v\u00e9rit\u00e9, vous n&rsquo;avez pas tort de vouloir qu&rsquo;ils meurent dans les combats : car vous ne les avez pas envoy\u00e9s dans ce monde pour une autre fin que celle de servir d&rsquo;aliments au soleil et \u00e0 la terre par leur sang et par leur chair \u00bb (pri\u00e8re \u00e0 Tezcatlipoca pour les soldats, rapport\u00e9e par Sahagun).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>La Guerre Fleurie<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Au fur et \u00e0 mesure que l&#8217;empire Azt\u00e8que \u00e9tendait sa domi\u00adnation, ses victoires cr\u00e9aient une zone pacifi\u00e9e de plus en plus large et il devint difficile, faute de guerres, de se procurer l&rsquo;alimentation indispensable au bon fonctionne\u00adment du cosmos. C&rsquo;est dans ces conditions que f\u00fbt insti\u00adtu\u00e9e, vers 1450, une coutume curieuse, la Xochiyaoyotl, la \u00ab guerre fleurie \u00bb. Des famines terribles avaient s\u00e9vi sur le pays \u00e0 cette \u00e9poque et l&rsquo;on attribua leur origine aux m\u00e9contentements des dieux devant le manque de vic\u00adtimes sacrificielles ; d&rsquo;un commun accord la ligue des Trois cit\u00e9s de Mexico, Texcoco et Tlacopan, ainsi que les seigneuries de Tlaxcala, Verotzinco et Cholula d\u00e9cid\u00e8rent donc d&rsquo;organiser des combats afin d&rsquo;obtenir des prison\u00adniers pour offrir aux dieux.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Ces guerres se tenaient \u00e0 dates r\u00e9guli\u00e8res et, plus encore que dans les guerres d&rsquo;expansion, on s&rsquo;effor\u00e7ait de tuer le moins d&rsquo;ennemis possible pour en capturer le plus grand nombre. Cette institution se perp\u00e9tua par la suite, comme le corollaire indispensable de l&rsquo;extension de la pax azteca, prouvant que le but ultime et la raison primordiale des victimes humaines ne devait point cesser de couler sur les marches des pyramides et il revenait aux guerriers azt\u00e8ques la charge de fournir la terrible marchandise.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La guerre fleurie constitue le point d&rsquo;aboutissement de la logique inexorable du syst\u00e8me religieux azt\u00e8que. Le peuple mexicain se voyait condamn\u00e9 \u00e0 mourir pour que vive les dieux. L&rsquo;acte du sacrifice \u00e9tait le seul proc\u00e9d\u00e9 qui permette de transmuer, par une myst\u00e9rieuse alchimie, le sang humain en \u00e9nergie cosmique, et la guerre restait le moyen privil\u00e9gi\u00e9 pour se procurer les victimes. Ce lien direct entre la guerre et le sacrifice se trouve d&rsquo;ailleurs mis en \u00e9vidence par le glyphe qui d\u00e9signe la guerre et qui combine les images du feu et l&rsquo;eau, et dans lequel Chris\u00adtian Duverger nous dit qu&rsquo;il faut voir \u00ab le feu cosmique naissant de l&rsquo;eau pr\u00e9cieuse, c&rsquo;est-\u00e0-dire du sang des sacri\u00adfi\u00e9s \u00bb (Ch. Duverger, op. cit., p. 103<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">)<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"> .<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Les Azt\u00e8ques se trouvaient ainsi engag\u00e9s dans une guerre perp\u00e9tuelle \u00e0 laquelle ils consacraient l&rsquo;essentiel de leurs \u00e9nergies. Cette guerre ne r\u00e9pondait cependant absolument pas aux crit\u00e8res d&rsquo;efficacit\u00e9 des guerres de l&rsquo;ancien monde. Qui plus est, son principe et ses motivations diff\u00e8rent radicalement des guerres religieuses habituelles. Il ne s&rsquo;agit pas de convertir des \u00e2mes, ni de faire r\u00e9gner la loi d&rsquo;un dieu sur un territoire donn\u00e9 (bien que sur ce point, les attributions de Huitzilopochtli sont \u00e0 mettre en paral\u00adl\u00e8les avec beaucoup d&rsquo;autres divinit\u00e9s), ni m\u00eame de partir au combat poss\u00e9d\u00e9 de la fureur fr\u00e9n\u00e9tique de quelques dieux destructeurs ? Certes, on retrouve chez les Azt\u00e8ques un certain nombre de composantes qui relient tradition\u00adnellement le monde du sacr\u00e9 aux entreprises guerri\u00e8res : r\u00f4le de Huitzilopochtli, initiations militaires, justifications mythologiques de la guerre. Cependant la fonction m\u00eame de la guerre sacr\u00e9e des Azt\u00e8ques, telle que le montre dans un exemple saisissant l&rsquo;institution de la guerre fleurie, se situe dans un autre domaine. Bien qu&rsquo;essentiellement reli\u00adgieuse, on peut en effet consid\u00e9rer que les motifs de la guerre azt\u00e8que s&rsquo;expriment en terme \u00e9conomique car son objet est avant tout d&rsquo;acqu\u00e9rir une marchandise \u00f4 combien pr\u00e9cieuse : la vie et le sang humain&#8230; \u00ab Les c\u0153urs des captifs sacrifi\u00e9s, ils les appelaient Quauhnochtli Tlazo\u00adtli (les pr\u00e9cieuses figues de barbarie de l&rsquo;aigle) ils s&rsquo;en saisissaient et l&rsquo;\u00e9levaient vers le soleil, le prince de Tur\u00adquoise, l&rsquo;aigle embras\u00e9&#8230; \u00bb (Codex de Florence).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Le retour de Quetzalc\u00f3atl<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">L&rsquo;arriv\u00e9e des Espagnols au Nouveau Monde et la conqu\u00eate, par une poign\u00e9e d&rsquo;entre eux d&rsquo;immenses empires reste l&rsquo;une des pages les plus fascinantes et les plus sanglantes de l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9. Que l&rsquo;on songe \u00e0 l&rsquo;incroyable \u00e9pop\u00e9e d&rsquo;Hunando Cort\u00e8s. Il d\u00e9barque sur les c\u00f4tes du Mexique le 10 f\u00e9vrier 1519 avec moins d&rsquo;un millier d&rsquo;hommes ; la ville de Mexico compte alors, d&rsquo;apr\u00e8s les estimations de Jacques Soustelle (op. cit., p. 34), une popu\u00adlation de 500.000 \u00e0 700.000 \u00e2mes. Cort\u00e8s prend le chemin de la capitale, soumet au passage les Tlaxcalt\u00e8ques, ennemis h\u00e9r\u00e9ditaires des Azt\u00e8ques, dont il se fait des alli\u00e9s, et \u00e9crase la cit\u00e9 de Cholula. Il p\u00e9n\u00e8tre pacifiquement \u00e0 Mexico o\u00f9 l&#8217;empereur Motecuzoma II le re\u00e7oit, le 8 novembre 1519. Install\u00e9s dans les palais royaux, les Conquistadors prennent l&#8217;empereur en otage afin d&rsquo;assu\u00adrer leur s\u00e9curit\u00e9. Cependant leurs brutalit\u00e9s et la destruc\u00adtion des idoles provoquent la r\u00e9volte des Azt\u00e8ques : c&rsquo;est la Noche Triste (30 juin- 1<\/span><\/span><sup><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">er<\/span><\/span><\/sup><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"> juillet 1520) ou les espagnols doivent fuir Mexico, en perdant une grande partie de leurs forces. Cort\u00e9s ne s&rsquo;avoue pas vaincu pour autant. Il gagne \u00e0 sa cause l&rsquo;arm\u00e9e de Narvaez envoy\u00e9e de Cuba pour le soumettre, renouvelle son alliance avec les Tlaxcalt\u00e8ques, met sur pied une coalition de tribus oppo\u00ads\u00e9es aux Azt\u00e8ques. Fort de ses nouvelles troupes, il entre\u00adprend le si\u00e8ge de Mexico dont il d\u00e9truit les positions gr\u00e2ce au feu de ses canons. Il p\u00e9n\u00e8tre enfin en vainqueur dans la capitale le 13 ao\u00fbt 1521, deux ans apr\u00e8s avoir pos\u00e9 pour la premi\u00e8re fois les pieds sur le sol mexicain.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Une m\u00e9prise d&rsquo;identit\u00e9<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Les raisons de ce succ\u00e8s sont multiples et l&rsquo;on a insist\u00e9 avec justesse sur l&rsquo;importance de l&rsquo;armement. Le feu des canons ou la charge \u00e0 cheval, animal inconnu au Mexique, de cavaliers bard\u00e9s de fer ont puissamment contribu\u00e9 \u00e0 r\u00e9tablir le d\u00e9s\u00e9quilibre du nombre. De m\u00eame les extraor\u00addinaires qualit\u00e9s de politique et de chef de guerre que montra Cort\u00e8s, le courage \u00e9tonnant des Conquistadors, les rivalit\u00e9s entre les peuples mexicains ont permis aux Espa\u00adgnols d&rsquo;avancer rapidement en utilisant au maximum toutes les failles du syst\u00e8me azt\u00e8que. D&rsquo;autres motifs doivent cependant \u00eatre aussi invoqu\u00e9s le mythe de Quetzalc\u00f3atl, l&rsquo;incompr\u00e9hension totale entre les deux cultures, les diff\u00e9rentes conceptions de la guerre.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Cort\u00e8s, on le sait, fut admirablement servi dans ses des\u00adseins par le mythe de Quetzalc\u00f3atl, le dieu chass\u00e9 par Tezcatlipoca qui devait un jour revenir de l&rsquo;est. Quetzalc\u00f3atl \u00e9tait d\u00e9crit comme un dieu blanc <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u2014 <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">il \u00e9tait associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;orient et au soleil levant <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u2014 <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"> et, de surcro\u00eet, barbu. Qui plus est, Cort\u00e8s d\u00e9barque au Mexique l&rsquo;ann\u00e9e du calen\u00addrier azt\u00e8que qui correspond mythologiquement \u00e0 la naissance, \u00e0 la disparition, et donc au retour, de Quetzalc\u00f3atl. Enfin les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dant sa venue, avaient \u00e9t\u00e9 emplies de divers prodiges interpr\u00e9t\u00e9s par les devins azt\u00e8ques comme autant de signes annonciateurs de catastrophe. Toute l&rsquo;attitude ambigu\u00eb de l&#8217;empereur Motecuzoma, qui aurait sans doute pu \u00e9craser les espa\u00adgnols d\u00e8s leur arriv\u00e9e, s&rsquo;explique en grande partie par l&rsquo;influence de ce mythe, associ\u00e9 \u00e0 la conviction profonde de l&rsquo;instabilit\u00e9 du monde. D&rsquo;ailleurs les Espagnols utilise\u00adront autant que possible les croyances azt\u00e8ques comme nous le r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;un d&rsquo;eux, Diaz del Castillo, qui \u00e9crit que dans les premiers temps : \u00ab Nous enterr\u00e2mes nos morts afin qu&rsquo;ils ne voient pas que nous \u00e9tions mortels. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La m\u00e9prise des Azt\u00e8ques sur l&rsquo;identit\u00e9 des espagnols s&rsquo;es\u00adtompa sans doute par la suite mais, par contre, l&rsquo;incom\u00adpr\u00e9hension mutuelle entre les deux protagonistes persist\u00e2t en s&rsquo;amplifiant. D\u00e8s le d\u00e9but, lorsque Matecuzoma envoie \u00e0 Cort\u00e8s, croyant qu&rsquo;il est un dieu, de la chair humaine <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u2014 <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">parmi les coutumes annexes aux sacrifices, les Azt\u00e8ques pratiquaient l&rsquo;anthropophagie rituelle <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u2014 <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">un foss\u00e9 infranchissable se trouve creus\u00e9 entre les deux cul\u00adtures : \u00ab Quand les Espagnols virent les victimes, grand fut leur d\u00e9go\u00fbt, ils crachaient, ils se frottaient vigoureusement les cils, ils fermaient les yeux&#8230; et quant aux mets, qui \u00e9taient souill\u00e9s de sang, ils les repoussaient, \u00e9c\u0153ur\u00e9s&#8230; \u00bb (Sahagun). \u00c0 aucun moment les Espagnols ne purent comprendre les coutumes religieuses azt\u00e8ques ; les sacrifices humains, les statues terribles des dieux, le can\u00adnibalisme, repr\u00e9sentaient pour eux le comble de l&rsquo;horreur et ils ne pouvaient y voir que l&rsquo;\u0153uvre du d\u00e9mon. Cort\u00e8s et ses compagnons, qui pourtant \u00e9taient des hommes de guerre prompts \u00e0 massacrer leurs ennemis, furent pris de naus\u00e9e lorsque, parvenus au sommet de la pyramide de Mexico, ils surprirent, dans une odeur de charnier, les pr\u00eatres recouverts de sang, le couteau d&rsquo;obsidienne \u00e0 la main, et \u00e9tendus devant eux cinq cadavres le ventre b\u00e9ant.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Un passage de la relation de Sahagun, qui lui-m\u00eame fut un mod\u00e8le de tol\u00e9rance, illustre le sentiment irr\u00e9m\u00e9diable des Espagnols \u00e0 la vue des sacrifices humains : \u00ab Je ne crois pas qu&rsquo;il y ait c\u0153ur assez dur qui a entendu une cruaut\u00e9 aussi inhumaine et aussi bestiale et endiabl\u00e9e, comme celle qui a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9e ci-dessus, ne s&rsquo;\u00e9meuve et ne se mette \u00e0 pleurer et \u00e0 \u00e9prouver horreur et terreur ; et certainement, c&rsquo;est chose lamentable et horrible que notre nature humaine ait tant de bassesse et de faiblesse, que les p\u00e8res, par suggestion du d\u00e9mon, tuent et mangent leurs enfants, sans penser qu&rsquo;ils commettent aucun p\u00e9ch\u00e9, mais bien au contraire en pensant qu&rsquo;ainsi ils rendent grand service \u00e0 leurs dieux. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Les pratiques religieuses azt\u00e8ques ne pouvaient donc que conforter la certitude des Espagnols de leur bon droit et la guerre qu&rsquo;ils entreprennent n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec les pra\u00adtiques azt\u00e8ques ni m\u00eame avec les combats des Princes en Europe. Avides de richesses et de puissances, imbus de l&rsquo;id\u00e9al de la Reconquista, habitu\u00e9s au fanatisme de l&rsquo;In\u00adquisition, persuad\u00e9s qu&rsquo;il faut extirper le d\u00e9mon de ce peuple barbare, les Conquistadors vont proc\u00e9der \u00e0 une \u00ab guerre totale \u00bb dont la Croix sera la banni\u00e8re, et l&rsquo;or la finalit\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Face \u00e0 cette machine implacable de la guerre moderne, les Azt\u00e8ques opposent une technique absolument ineffi\u00adcace. Alors que les Espagnols tuent autant d&rsquo;ennemis qu&rsquo;ils le peuvent, eux cherchent \u00e0 s&#8217;emparer de prison\u00adniers pour retourner les offrir en sacrifice. Et quand les Espagnols assistent de loin \u00e0 la mise \u00e0 mort de leurs camarades, leur fureur ne fait qu&rsquo;augmenter et leur d\u00e9ci\u00adsion de tout d\u00e9truire s&rsquo;affirmer. Enfin, quand leur d\u00e9faite est consomm\u00e9e les Azt\u00e8ques s&rsquo;attendent \u00e0 l&rsquo;ouverture des n\u00e9gociations et \u00e0 un arrangement sur le montant d&rsquo;un tribu. \u00ab Il leur \u00e9tait pour ainsi dire organiquement impos\u00adsible d&rsquo;imaginer ce qui allait suivre : la subversion de toute leur civilisation, la destruction de leurs dieux et leurs croyances, l&rsquo;an\u00e9antissement de leurs institutions politiques, la torture inflig\u00e9e aux rois pour leur arracher leurs tr\u00e9sors, le fer rouge de l&rsquo;esclavage \u00bb (J. Soustelle, op. cit., p. 246)<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Finalement, le sort du peuple Azt\u00e8que \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 sans doute scell\u00e9 par leur conception du monde qui devait s&rsquo;achever brutalement par un cataclysme. D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, Cort\u00e8s \u00e9tait Quetzalc\u00f3atl et les Espagnols ne faisaient qu&rsquo;accomplir le destin inexorable du Cinqui\u00e8me Soleil. Le sang des centaines de milliers de sacrifi\u00e9s a permis \u00e0 celui-ci de briller fortement pendant deux si\u00e8cles mais les chevaliers Azt\u00e8ques, les Compagnons du Soleil, ne pouvaient rien contre le bruit des canons qui annon\u00ad\u00e7aient l&rsquo;aube des temps modernes. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<div>\n<p align=\"LEFT\"><a id=\"X1\" href=\"#Y1\">[1]<\/a> Toute la litt\u00e9rature sur la civilisation azt\u00e8que cite abondamment l\u2019\u0153uvre de Sahagun. Un choix de texte est paru r\u00e9cemment en fran\u00e7ais dans une \u00e9dition accessible. Fra B. de Sahagun : \u00ab <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale des Choses de la Nouvelle Espagne<\/em><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"> \u00bb (Maspero, 1981).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p align=\"LEFT\"><a id=\"X2\" href=\"#Y2\">[2]<\/a> Le mot Azt\u00e8ca d\u00e9rive du nom de cette cit\u00e9. Plus tard les Azt\u00e8ques se nommeront eux-m\u00eames Mexica.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p align=\"LEFT\"><a id=\"X3\" href=\"#Y3\">[3]<\/a> Les armes de l&rsquo;actuelle R\u00e9publique du Mexique reproduisent le glyphe de la cit\u00e9 azt\u00e8que : l&rsquo;aigle, juch\u00e9 sur un cactus, et d\u00e9vorant un serpent.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p align=\"LEFT\"><a id=\"X4\" href=\"#Y4\">[4]<\/a> Il existe plusieurs versions du mythe dont la \u00ab <span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>Leyenda de los Soles<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"> \u00bb. Je me r\u00e9f\u00e8re ici \u00e0 Sahagun, op. cit., pp. 81-85.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 13 ao\u00fbt 1521, deux ans apr\u00e8s avoir d\u00e9barqu\u00e9 sur la c\u00f4te mexicaine, Cort\u00e8s et ses compagnons s&#8217;em\u00adparent de la capitale de l&#8217;empire Azt\u00e8que, Mexico-\u00adTenochtilan. Ils p\u00e9n\u00e8trent dans la ville apr\u00e8s un si\u00e8ge de plusieurs mois : d\u00e9j\u00e0 plusieurs dizaines de milliers de Mexicains y sont morts de famine, et bien d&rsquo;autres ne survivront pas \u00e0 la fr\u00e9n\u00e9sie meur\u00adtri\u00e8re des assi\u00e9geants. Le reste sera marqu\u00e9 au fer rouge de l&rsquo;esclavage, et la ville se verra d\u00e9truite de fond en comble afin que ne subsistent aucun des mul\u00adtiples temples qui s&rsquo;\u00e9levaient \u00e0 la gloire des dieux du Nouveau Monde. C&rsquo;en \u00e9tait fini de Mexico, la cit\u00e9 royale, dont les Conquistadors eux-m\u00eames disaient qu&rsquo;elle \u00e9tait \u00ab une ville plus belle que Grenade ou Venise \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1084,785],"tags":[647,157,1176],"class_list":["post-14094","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-crepon-pierre","category-traditions","tag-histoire","tag-religion","tag-sacrifice"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>La guerre sacr\u00e9e chez les Azt\u00e8ques par Pierre Cr\u00e9pon - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-guerre-sacree-chez-les-azteques-par-pierre-crepon\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"La guerre sacr\u00e9e chez les Azt\u00e8ques par Pierre Cr\u00e9pon - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Le 13 ao\u00fbt 1521, deux ans apr\u00e8s avoir d\u00e9barqu\u00e9 sur la c\u00f4te mexicaine, Cort\u00e8s et ses compagnons s&#039;em\u00adparent de la capitale de l&#039;empire Azt\u00e8que, Mexico-\u00adTenochtilan. 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3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","og_description":"Le 13 ao\u00fbt 1521, deux ans apr\u00e8s avoir d\u00e9barqu\u00e9 sur la c\u00f4te mexicaine, Cort\u00e8s et ses compagnons s'em\u00adparent de la capitale de l'empire Azt\u00e8que, Mexico-\u00adTenochtilan. 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C'en \u00e9tait fini de Mexico, la cit\u00e9 royale, dont les Conquistadors eux-m\u00eames disaient qu'elle \u00e9tait \u00ab une ville plus belle que Grenade ou Venise \u00bb.","og_url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-guerre-sacree-chez-les-azteques-par-pierre-crepon\/","og_site_name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","article_published_time":"2013-09-26T01:37:15+00:00","author":"3e mill\u00e9naire","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"3e mill\u00e9naire","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"37 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-guerre-sacree-chez-les-azteques-par-pierre-crepon\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-guerre-sacree-chez-les-azteques-par-pierre-crepon\/"},"author":{"name":"3e mill\u00e9naire","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"headline":"La guerre sacr\u00e9e chez les Azt\u00e8ques par Pierre Cr\u00e9pon","datePublished":"2013-09-26T01:37:15+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-guerre-sacree-chez-les-azteques-par-pierre-crepon\/"},"wordCount":7357,"keywords":["Histoire","religion","Sacrifice"],"articleSection":["Cr\u00e9pon Pierre","Traditions"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-guerre-sacree-chez-les-azteques-par-pierre-crepon\/","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-guerre-sacree-chez-les-azteques-par-pierre-crepon\/","name":"La guerre sacr\u00e9e chez les Azt\u00e8ques par Pierre Cr\u00e9pon - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website"},"datePublished":"2013-09-26T01:37:15+00:00","author":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-guerre-sacree-chez-les-azteques-par-pierre-crepon\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-guerre-sacree-chez-les-azteques-par-pierre-crepon\/"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-guerre-sacree-chez-les-azteques-par-pierre-crepon\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"La guerre sacr\u00e9e chez les Azt\u00e8ques par Pierre Cr\u00e9pon"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/","name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","description":"L&#039;Homme en devenir","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5","name":"3e mill\u00e9naire","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/author\/admin\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14094","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14094"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14094\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14094"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14094"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14094"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}