{"id":14353,"date":"2013-11-18T00:37:58","date_gmt":"2013-11-17T23:37:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=14353"},"modified":"2014-01-03T23:29:48","modified_gmt":"2014-01-03T22:29:48","slug":"levolution-du-subjectif-dans-la-nature-ext-4-par-carlo-suares","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/levolution-du-subjectif-dans-la-nature-ext-4-par-carlo-suares\/","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00e9volution du subjectif dans la nature par Carlo Suar\u00e8s"},"content":{"rendered":"<p>(Extrait de <em>La com\u00e9die Psychologique<\/em>. \u00c9dition Corti 1932)<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/quest-ce-que-cest-que-lhumain-par-carlo-suares\/\"><em>Chapitre pr\u00e9c\u00e9dent<\/em><\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-premiere-reponse-au-present-ext-5-par-carlo-suares\/\"><em>Chapitre suivant<\/em><\/a><\/p>\n<p align=\"CENTER\"><strong>I<\/strong><\/p>\n<p align=\"CENTER\"><em>Esquisse g\u00e9n\u00e9rale<\/em><\/p>\n<p align=\"CENTER\"><strong>Le subjectif : r\u00e9action en qu\u00eate d&rsquo;\u00e9quilibre<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Nous avons vu que le subjectif a sa plus lointaine origine dans les r\u00e9actions que subit un agr\u00e9\u00adgat au contact de ce qui n&rsquo;est pas lui-m\u00eame. Or d&rsquo;une part, en constatant l&rsquo;irr\u00e9ductible permanence du \u00ab quelque chose \u00bb, notre plafond psycholo\u00adgique nous oblige \u00e0 affirmer que ce quelque chose poss\u00e8de une stabilit\u00e9 absolue, un \u00e9quilibre absolu, qui le retient \u00e0 chaque instant de basculer dans le rien. Cet \u00e9quilibre ne d\u00e9pend d&rsquo;aucune quantit\u00e9 ; le monde manifest\u00e9, nous pouvons essayer d&rsquo;ima\u00adginer qu&rsquo;il se r\u00e9absorbera lui-m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 se vola\u00adtiliser, se d\u00e9mat\u00e9rialiser, mais m\u00eame des efforts aussi extraordinaires de notre imagination, abouti\u00adraient \u00e0 un certain \u00ab quelque chose \u00bb, quelque part, <em>en puissance<\/em>, ou en \u00ab pralaya \u00bb (suivant le terme hindou). D&rsquo;autre part, en nous penchant sur les vestiges de l&rsquo;Histoire de notre plan\u00e8te, nous voyons la Terre produire des agr\u00e9gats, corps ou orga\u00adnismes, en mal de cet \u00e9quilibre stable. Nous avons vu que les agr\u00e9gats les plus simples, c&rsquo;est-\u00e0-dire les plus sp\u00e9cialis\u00e9s, qui sont au bas de l&rsquo;\u00e9chelle \u00e9volutive, ont des r\u00e9actions (chimiques, \u00e9lectro\u00admagn\u00e9tiques) qui d\u00e9pendent exclusivement d&rsquo;agr\u00e9\u00adgats ext\u00e9rieurs \u00e0 eux-m\u00eames. Un morceau de fer r\u00e9agit \u00e0 chaque aimant, \u00e0 chaque acide, etc&#8230; et <em>la fatalit\u00e9 de ces r\u00e9actions d\u00e9truit<\/em> \u00e0 chaque fois l&rsquo;\u00e9quilibre de l&rsquo;agr\u00e9gat fer. Fer, sujet disponible et toujours consentant, est d\u00e9truit par d&rsquo;autres \u00e9qui\u00adlibres, toujours les m\u00eames, et toujours de la m\u00eame fa\u00e7on. Fer, sujet, n&rsquo;exprime aucunement l&rsquo;\u00e9qui\u00adlibre permanent de l&rsquo;univers, au contraire, il est une expression tout \u00e0 fait sp\u00e9cialis\u00e9e du \u00ab quelque chose \u00bb, donc une expression qui subit une r\u00e9action d\u00e9termin\u00e9e, sp\u00e9cifique, pr\u00e9cise, et qui est r\u00e9gie par cette r\u00e9action. L&rsquo;ensemble des r\u00e9actions que subissent toutes les expressions de cette cat\u00e9gorie, constitue <em>l&rsquo;ensemble des lois naturelles<\/em>. Puisque ces lois naturelles sont la r\u00e9sultante de r\u00e9actions, et puisque les r\u00e9actions, par leur fr\u00e9quence, tendent \u00e0 se modifier elles-m\u00eames, il est \u00e9vident que <em>les lois naturelles ne cessent de se modifier.<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Nous avons dit qu&rsquo;un agr\u00e9gat, du fait qu&rsquo;il s&rsquo;est soumis \u00e0 une sp\u00e9cialisation particuli\u00e8re (plomb, arbre, ou singe) est devenu, par rapport \u00e0 l&rsquo;essence universelle, une mani\u00e8re de cul de sac, o\u00f9 le germe universel de vie a renonc\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger en soi la totalit\u00e9 de ses possibilit\u00e9s. Cela ne veut point dire que le plomb, l&rsquo;arbre, le singe, ne pos\u00ads\u00e8dent pas en eux la totalit\u00e9 de tout ce qu&rsquo;il y a, de tout ce qu&rsquo;il y a eu, et de tout ce qu&rsquo;il y aura. Non, cela veut dire simplement que ces corps et ces organismes n&rsquo;ont pu d\u00e9velopper en eux qu&rsquo;un sens du subjectif limit\u00e9 \u00e0 des r\u00e9actions particuli\u00e8\u00adres, et d\u00e9pendant de circonstances ext\u00e9rieures. Cela veut dire que leur subjectif exprime d&rsquo;une part l&rsquo;aspiration vers l&rsquo;\u00e9quilibre absolu de la perma\u00adnence totale, et d&rsquo;autre part le renoncement \u00e0 cet absolu. En effet, <em>seul peut adh\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre permanent et absolu du \u00ab quelque chose \u00bb, l&rsquo;\u00eatre dont l&rsquo;\u00e9quilibre particulier ne peut plus \u00eatre rompu par un choc ext\u00e9rieur<\/em>, en d&rsquo;autres termes l&rsquo;\u00eatre en qui le subjectif est parvenu \u00e0 la fin de sa courbe.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>La courbe du subjectif dans l&rsquo;\u00e9volution<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Cette courbe est assez simple \u00e0 comprendre. La plan\u00e8te ayant un commencement et une fin, tend, dans le laps de temps qu&rsquo;elle a \u00e0 vivre, \u00e0 cr\u00e9er des expressions de plus en plus ad\u00e9quates \u00e0 son essence. D\u00e8s son origine, la plan\u00e8te a appar\u00adtenu, en tant qu&rsquo;agr\u00e9gat, au \u00ab quelque chose \u00bb universel et permanent; un jour, les \u00e9quilibres anta\u00adgonistes, qui se disputent le globe, le d\u00e9truiront en tant qu&rsquo;agr\u00e9gat unique, c&rsquo;est-\u00e0-dire vivant ; mais jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour-l\u00e0, la vie de la plan\u00e8te luttera pour cr\u00e9er des organismes susceptibles d&rsquo;expri\u00admer un seul \u00e9quilibre, une seule direction. Cette lutte est ressentie par chaque agr\u00e9gat, qui r\u00e9agit, et cette r\u00e9action culmine chez l&rsquo;homme en conscience individuelle. En effet, la destruction de chaque \u00e9quilibre provisoire (plomb, arbre, etc..) est provoqu\u00e9e par l&rsquo;\u00e9quilibre permanent du monde. Cet \u00e9quilibre, qui est l&rsquo;essence de chaque chose, brise toutes les choses qui ne sont pas capables de s&rsquo;adapter \u00e0 chaque instant \u00e0 la r\u00e9sultante dy\u00adnamique du monde. C&rsquo;est-\u00e0-dire que, t\u00f4t ou tard, elle brise toute chose. Or la Terre est \u00e0 son ori\u00adgine le r\u00e9sultat d&rsquo;une catastrophe analogue elle est un fragment qui s&rsquo;est d\u00e9tach\u00e9 d&rsquo;un agr\u00e9gat qui ne pouvait plus le contenir : \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de cet agr\u00e9gat, les \u00e9l\u00e9ments qui se sont r\u00e9unis pour com\u00adposer ce globe, ont exprim\u00e9 un \u00e9quilibre particu\u00adlier, incompatible avec d&rsquo;autres \u00e9quilibres, qui s&rsquo;\u00e9taient form\u00e9s en opposition \u00e0 lui. Cet \u00e9quilibre particulier s&rsquo;\u00e9tant isol\u00e9, doit d\u00e9velopper mainte\u00adnant tout ce que comporte la r\u00e9action qui l&rsquo;a for\u00adm\u00e9, puisqu&rsquo;il est libre aujourd&rsquo;hui de le faire. Sa r\u00e9action a conquis son ind\u00e9pendance, et cette con\u00adqu\u00eate exprime naturellement le \u00ab plus \u00bb universel absolu, puisque c&rsquo;est ce \u00ab plus \u00bb qui a bris\u00e9 l&rsquo;agr\u00e9\u00adgat primitif qui l&#8217;emprisonnait. Le d\u00e9veloppement de cette r\u00e9action est l&rsquo;\u00e9volution. L&rsquo;\u00e9volution est donc la courbe d&rsquo;une r\u00e9action, c&rsquo;est-\u00e0-dire du ph\u00e9nom\u00e8ne cr\u00e9ateur du subjectif. L&rsquo;aboutissement de cette courbe est celui de l&rsquo;\u00e9volution, c&rsquo;est-\u00e0-dire que le but du subjectif est de d\u00e9velopper dans sa totalit\u00e9, l&rsquo;expression du \u00ab plus \u00bb, qui est son origine.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>La cr\u00e9ation de nouveaux mondes, et la conscience<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La r\u00e9action qui cr\u00e9e de nouveaux mondes par l&rsquo;\u00e9clatement de mondes en gestation, est une loi naturelle. Des tourbillons se produisent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, qui deviennent autonomes par les r\u00e9actions qu&rsquo;ils ont les uns sur les autres. L&rsquo;\u00e9clatement qui en r\u00e9sulte exprime, au sujet de chaque fragment, une r\u00e9pulsion pour les autres fragments. Cette r\u00e9pul\u00adsion marque la sortie du subjectif de sa p\u00e9riode pr\u00e9natale. C&rsquo;est un ph\u00e9nom\u00e8ne simple et imm\u00e9\u00addiat; il repr\u00e9sente la premi\u00e8re sp\u00e9cialisation, qui est l&rsquo;expression d&rsquo;une nouvelle r\u00e9action particu\u00adli\u00e8re, unique. Cette r\u00e9action primitive, formida\u00adble, prodigieusement dynamique, cet \u00e9clatement, a lib\u00e9r\u00e9 chacun des fragments des r\u00e9sistances im\u00adplacables que lui opposaient les autres fragments. Cette force pourra maintenant se calmer, se refor\u00admer un nouvel \u00e9quilibre dans chaque nouvel agr\u00e9\u00adgat. Dans la plan\u00e8te en fusion, se calment lente\u00adment certains tourbillons qui se recomposent, qui tendent vers l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9quilibre permanent. La r\u00e9\u00adsistance irr\u00e9ductible du \u00ab quelque chose \u00bb brise une forme apr\u00e8s l&rsquo;autre, et oriente progressivement le subjectif vers des exp\u00e9riences qui lui donneront de la stabilit\u00e9.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Toute r\u00e9action n&rsquo;est que la recherche d&rsquo;une stabilit\u00e9. La r\u00e9action qui a fait \u00e9clater un monde, et qui a lanc\u00e9 des sph\u00e8res dans l&rsquo;espace, est une vic\u00adtoire de la stabilit\u00e9 du \u00ab quelque chose \u00bb, sur des formes en \u00e9quilibre instable <a id=\"Y1\" href=\"#X1\">[1]<\/a>. Ici, dans un de ces nouveaux univers, <em>voici se recomposer de nouveaux agr\u00e9gats, qui r\u00e9agissent, donc qui perdent leur stabilit\u00e9, du fait qu&rsquo;ils la cherchent<\/em>. Comme l&rsquo;eau se pr\u00e9cipite de la montagne \u00e0 la recherche de sa stabilit\u00e9, les corps se pr\u00e9cipitent les uns vers les autres, ou s&rsquo;\u00e9loignent les uns des autres. Mais tant qu&rsquo;ils subiront des r\u00e9actions, leurs \u00e9quilibres seront pr\u00e9caires. <em>Ils apprendront donc \u00e0 r\u00e9agir le moins possible, \u00e0 se d\u00e9tacher le plus possible des influences ext\u00e9rieures<\/em>. Les r\u00e9actions apprendront donc \u00e0 modifier le sujet lui-m\u00eame, \u00e0 le modeler, jusqu&rsquo;\u00e0 cr\u00e9er un type un peu moins sp\u00e9cialis\u00e9, donc un peu plus stable, donc un peu plus libre.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Cette cr\u00e9ation de types plus libres, qui se lib\u00e8rent des r\u00e9actions dont est fait le subjectif, n&rsquo;est en somme que la condensation du mouvement primitif de lib\u00e9ration qui a cr\u00e9\u00e9 la plan\u00e8te. <em>La non-r\u00e9action est la condensation de la r\u00e9action<\/em>. Cette condensation est un v\u00e9ritable passage d&rsquo;\u00e9tat. Lorsque la r\u00e9action du sujet, en qu\u00eate de son \u00e9quilibre, mod\u00e8le suffisamment le sujet pour que celui-ci \u00e9largisse son \u00e9quilibre, le rende un peu plus stable, appara\u00eet graduellement la conscience. <em>La conscien\u00adce est donc une condensation de la r\u00e9action, un passage de la r\u00e9action \u00e0 la non-r\u00e9action, c\u2019est l\u2019instrument qui travaille \u00e0 d\u00e9sp\u00e9cialiser les \u00eatres<\/em>. La conscience est un changement d&rsquo;\u00e9tat dans le sujet qui l&rsquo;arrache \u00e0 la loi des r\u00e9actions simples, qui transforme ses r\u00e9actions forc\u00e9es, en je. Aussit\u00f4t qu&rsquo;intervient la notion du je, le sujet n&rsquo;est plus en\u00adti\u00e8rement d\u00e9termin\u00e9, mais il poss\u00e8de un \u00e9l\u00e9ment de libert\u00e9 m\u00eame minime. Cette libert\u00e9 est contenue dans les limites de sa sp\u00e9cialisation. Aucun orga\u00adnisme n&rsquo;est id\u00e9alement adaptable \u00e0 la vie. \u00c0 plus forte raison, l&rsquo;organisme d&rsquo;une esp\u00e8ce tr\u00e8s sp\u00e9\u00adcialis\u00e9e manque de souplesse, poss\u00e8de encore un pourcentage \u00e9crasant de r\u00e9actions d\u00e9termin\u00e9es. Son je n&rsquo;est libre que de le faire osciller dans des limites \u00e9troites. Un chien bave, et ne peut s&#8217;em\u00adp\u00eacher de baver chaque fois qu&rsquo;on le place, dans certaines circonstances, devant de la nourriture. Mais dans ces limites d&rsquo;\u00e9lasticit\u00e9 organique, un chien, du fait qu&rsquo;il a la notion du je, peut poss\u00e9der une certaine libert\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>L&rsquo;\u00e9volution cherche l&rsquo;\u00e9quilibre en brisant les \u00e9quilibres<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><em>Par libert\u00e9, nous entendons simplement la capacit\u00e9 qu&rsquo;acquiert un sujet de d\u00e9fendre son \u00e9quilibre particulier. L&rsquo;\u00e9volution des corps et des esp\u00e8\u00adces est la recherche de cette possibilit\u00e9<\/em>. Au d\u00e9but, le corps \u00e9tant tout \u00e0 fait sp\u00e9cialis\u00e9, le sujet ne peut en aucune fa\u00e7on prot\u00e9ger son \u00e9quilibre ; mais parce qu&rsquo;il tend \u00e0 le prot\u00e9ger, il cr\u00e9e un organisme qui y parvient en une certaine mesure, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui s&rsquo;adapte aux circonstances de fa\u00e7on \u00e0 n&rsquo;\u00eatre pas \u00e0 leur merci, et qui se raidit contre elles de fa\u00e7on \u00e0 se prot\u00e9ger. Il en r\u00e9sulte \u00e0 la fois une adapta\u00adtion et une rigidit\u00e9 (une non-adaptation), du fait que le sujet s&rsquo;efforce de prot\u00e9ger un \u00e9quilibre particulier. <em>L&rsquo;\u00e9volution tend vers l&rsquo;\u00e9quilibre total, en d\u00e9fendant successivement des \u00e9quilibres particuliers qui s&rsquo;\u00e9croulent l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre<\/em>. C&rsquo;est dans la rupture d&rsquo;un \u00e9quilibre particulier que r\u00e9side l&rsquo;\u00e9quilibre plus grand, de sorte qu&rsquo;\u00e0 chaque instant le sujet lutte pour d\u00e9fendre cela m\u00eame qui lui sera arrach\u00e9, <em>et la d\u00e9faite du subjectif est son triomphe. La naissance de la libert\u00e9, est la naissance de ca\u00adract\u00e8res isol\u00e9s, individuels, qui affranchissent le sujet des r\u00e9actions rigoureusement d\u00e9termin\u00e9es de l&rsquo;esp\u00e8ce<\/em>. <em>Cela ne veut dire aucunement que ces r\u00e9actions individuelles ne sont pas d\u00e9termin\u00e9es, mais elles le sont par des causes qui sont devenues individuelles<\/em>. Ce je se met \u00e0 avoir des r\u00e9actions qui lui sont propres, il devient \u00e0 lui tout seul une nou\u00advelle esp\u00e8ce. Mais du fait qu&rsquo;il s&rsquo;applique d\u00e8s lors \u00e0 prot\u00e9ger et \u00e0 faire durer son \u00e9quilibre, (son je, ses r\u00e9actions particuli\u00e8res), il s&rsquo;oppose \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre plus g\u00e9n\u00e9ral qu&rsquo;il d\u00e9sire atteindre, il s&rsquo;oppose \u00e0 sa propre essence, et <em>sa libert\u00e9 devient cela m\u00eame: qui l&rsquo;encha\u00eene.<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Le sujet, l&rsquo;individu qui au sein d&rsquo;une esp\u00e8ce particuli\u00e8re, refuse la sp\u00e9cialisation rigide que tend \u00e0 lui imposer l&rsquo;esp\u00e8ce, est pouss\u00e9 par sa propre essence \u00e0 rechercher un \u00e9quilibre moins sp\u00e9cialis\u00e9, plus permanent. Il d\u00e9veloppe alors en lui des qua\u00adlit\u00e9s d&rsquo;adaptation, qui pendant quelque temps font co\u00efncider son \u00e9quilibre particulier et son essence. Mais ceci ne fait que renforcer le subjectif, qui ne tarde pas \u00e0 s&rsquo;apercevoir qu&rsquo;il a pay\u00e9 sa victoire par un peu plus d&rsquo;isolement. Se sentant mieux adapt\u00e9, et \u00e9tant all\u00e9 aussi loin que possible dans la facult\u00e9 d&rsquo;adaptation de son organisme, il se raidit autour de sa nouvelle conqu\u00eate, il la cristallise, il la durcit, afin de la prot\u00e9ger et de la rendre permanente. Il cr\u00e9e ainsi une nouvelle sp\u00e9cialisa\u00adtion, qui diff\u00e8re de la pr\u00e9c\u00e9dente en ceci qu&rsquo;elle est moins sp\u00e9cialis\u00e9e, mais <em>plus consciente, donc plus isol\u00e9e dans son subjectif.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>L&rsquo;isolement du subjectif<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">La contradiction inh\u00e9rente au dynamisme de l&rsquo;\u00e9quilibre absolu, selon laquelle la seule force disruptive qui soit est celle de cet \u00e9quilibre perma\u00adnent, lorsqu&rsquo;il brise les \u00e9quilibres impermanents qui s&rsquo;opposent \u00e0 lui, poursuit le subjectif dans toute sa courbe, l&rsquo;oblige \u00e0 ne trouver de victoires que dans ses d\u00e9faites, et <em>\u00e0 rechercher l&rsquo;universel en s&rsquo;isolant de plus en plus.<\/em> Toute l&rsquo;histoire humaine, envisag\u00e9e de ce point de vue, illustre cette contra\u00addiction du je. Le je voudrait \u00e0 la fois trouver l&rsquo;\u00e9qui\u00adlibre universel, et maintenir int\u00e9gralement le sien. De l\u00e0 toutes ses religions, ses philosophies th\u00e9olo\u00adgiques, ses monismes spiritualistes, ses panth\u00e9is\u00admes. Mais ces deux \u00e9quilibres sont incompatibles. <em>Le subjectif est une r\u00e9action, donc il est toujours une opposition \u00e0 l&rsquo;universel<\/em>, donc non seulement il ne peut jamais arriver \u00e0 s&rsquo;adapter pleinement \u00e0 la r\u00e9sultante universelle du \u00ab quelque chose \u00bb, mais au contraire, plus des organismes se perfectionnent et s&rsquo;adaptent \u00e0 la vie, plus ils s&rsquo;opposent \u00e0 elle subjectivement, et l&rsquo;homme, l&rsquo;organisme le moins sp\u00e9cialis\u00e9, a fini par s&rsquo;isoler compl\u00e8tement, son je est devenu un moi. Chaque moi, fortement \u00e9go\u00efste, affirmatif, volontaire, tend \u00e0 affranchir de plus en plus sa r\u00e9action, mais aussi \u00e0 prot\u00e9ger chaque conqu\u00eate, en l&rsquo;isolant. Cet isolement du subjectif tend, selon le processus habituel, \u00e0 rendre permanent l&rsquo;\u00e9quilibre \u00e9gocentrique du moi au d\u00e9\u00adtriment de l&rsquo;\u00e9quilibre du \u00ab quelque chose \u00bb univer\u00adsel, et peut conduire le moi \u00e0 un \u00e9tat de contem\u00adplation int\u00e9rieure, \u00e9gocentrique, dans lequel il s&rsquo;en\u00adferme, en s&rsquo;imaginant contenir le monde et l&rsquo;uni\u00adversel. \u00c9tat d&rsquo;indiff\u00e9rence b\u00e9ate, d&rsquo;\u00e9go\u00efsme reli\u00adgieux.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais le moi, parvenu \u00e0 cet \u00e9tat de pseudo-uni\u00adversalit\u00e9, alors qu&rsquo;il s&rsquo;imagine \u00eatre pleinement adh\u00e9rent \u00e0 la vie, s&rsquo;est construit une coque, il s&rsquo;est v\u00e9ritablement sp\u00e9cialis\u00e9 dans ce qu&rsquo;il pr\u00e9tend \u00eatre une non-sp\u00e9cialisation, il a un cr\u00e9do, une \u00e9thique, un rituel, une philosophie, une fa\u00e7on de raisonner et de sentir, qui loin de constituer une facult\u00e9 de r\u00e9adaptation constante \u00e0 la vie (adh\u00e9rence \u00e0 cet instant pr\u00e9sent qui \u00e0 chaque instant est la r\u00e9sul\u00adtante de quelque chose) s&rsquo;opposent \u00e0 la pr\u00e9sence du pr\u00e9sent, de la fa\u00e7on la plus formelle. La courbe de la r\u00e9action subjective \u00e0 travers les esp\u00e8ces aboutit \u00e0 une erreur forc\u00e9e : la recherche d&rsquo;un \u00e9quilibre stable au moyen d&rsquo;une fixit\u00e9 de r\u00e9action, qui s&rsquo;oppose \u00e0 la permanence dynamique de la vie. Le subjectif s&rsquo;imagine pouvoir devenir pleine\u00adment conscient de soi, tout en demeurant le sub\u00adjectif, il s&rsquo;imagine que l&rsquo;essence du monde est son image parfaite : un soi cosmique, ou un dieu per\u00adsonnel, bref un je \u00e0 la fois pleinement conscient d&rsquo;\u00eatre un je et universel. Il y a manifestement l\u00e0 une contradiction de termes, car plus le je est je, plus il est isol\u00e9. Le je supr\u00eamement je est supr\u00eamement isol\u00e9.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Nous avons vu que cette fatalit\u00e9 est inh\u00e9rente au processus m\u00eame qui a transform\u00e9 en conscience les r\u00e9actions sp\u00e9cialis\u00e9es. La conscience se centre sur la r\u00e9action subjective, afin de prot\u00e9ger son \u00e9quilibre, \u00e9quilibre qui chaque fois doit lui \u00eatre arrach\u00e9 par la permanence universelle qui n&rsquo;agit que par \u00e9ruptions, lorsqu&rsquo;un objet s&rsquo;oppose \u00e0 elle. <em>La conscience se centre si bien sur la r\u00e9action sub\u00adjective, qu&rsquo;elle finit par en faire une v\u00e9ritable en\u00adtit\u00e9, le moi. Cette entit\u00e9 n&rsquo;a aucune esp\u00e8ce de r\u00e9a\u00adlit\u00e9, elle n&rsquo;est que la derni\u00e8re place-forte de la r\u00e9sistance qu&rsquo;opposent \u00e0 la permanence du \u00ab quel\u00adque chose \u00bb des \u00e9quilibres particuliers qui par leur r\u00e9sistance, tendent \u00e0 cr\u00e9er cela m\u00eame qui les d\u00e9\u00adtruit.<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">La violente r\u00e9action qui a isol\u00e9 et projet\u00e9 la plan\u00e8te dans l&rsquo;espace, sous la pression de l&rsquo;inexo\u00adrable permanence universelle tend maintenant, sur cette plan\u00e8te, \u00e0 cr\u00e9er des organismes o\u00f9 en fin de compte cette r\u00e9action se calmera, et se soumettra \u00e0 cette m\u00eame permanence qui l&rsquo;a provoqu\u00e9e. <em>Mais cette permanence n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 aussi bien servie qu&rsquo;au moment de la rupture, de l&rsquo;\u00e9clatement. Pour qu&rsquo;un agr\u00e9gat exprime parfaitement son essence il doit repr\u00e9senter le \u00ab plus \u00bb absolu de l&rsquo;univers, mais ce \u00ab plus \u00bb n&rsquo;est jamais si bien repr\u00e9sent\u00e9 que lorsqu&rsquo;il d\u00e9truit un agr\u00e9gat.<\/em> Cependant, aussi\u00adt\u00f4t que l&rsquo;agr\u00e9gat Terre s&rsquo;est constitu\u00e9, cela a signifi\u00e9 que dans cette nouvelle formation, le \u00ab plus \u00bb uni\u00adversel \u00e9tait satisfait, sans quoi de nouvelles d\u00e9sagr\u00e9gations seraient venues d\u00e9molir ce corps en for\u00admation. <em>La r\u00e9action s&rsquo;est donc trouv\u00e9e circonscrite, soumise au \u00ab plus \u00bb universel, et celui-ci s&rsquo;est op\u00adpos\u00e9 \u00e0 elle, il l&rsquo;a arr\u00eat\u00e9e dans son \u00e9clatement, du fait m\u00eame qu&rsquo;elle avait su parfaitement le satis\u00adfaire. Cette contradiction est celle de toute cr\u00e9ation, de toute manifestation, de toute \u00e9volution en g\u00e9n\u00e9ral<\/em>. Cette contradiction est oblig\u00e9e de s&rsquo;apaiser du fait que le globe s&rsquo;est d\u00e9tach\u00e9 des causes de sa r\u00e9action, mais elle s&rsquo;est apais\u00e9e lentement, par des condensations successives, par des fragmenta\u00adtions, par d&rsquo;infinies multiplications des points de r\u00e9sistance, de plus en plus isol\u00e9s, de plus en plus accul\u00e9s vers leur destruction. Ces r\u00e9sistances, ces r\u00e9actions, sont le r\u00e9sidu de la r\u00e9action primitive, qui s&rsquo;oppose maintenant au \u00ab plus \u00bb qui l&rsquo;a arr\u00eat\u00e9e. Ce r\u00e9sidu cr\u00e9e l&rsquo;\u00e9volution, et finalement les \u00ab je \u00bb, de plus en plus individualis\u00e9s, de plus en plus iso\u00adl\u00e9s, de plus en plus conscients aussi, la conscience n&rsquo;\u00e9tant qu&rsquo;un corps assum\u00e9 par le subjectif dans sa fragmentation, comme des gouttes d&rsquo;eau qu&rsquo;assumerait de la vapeur d&rsquo;eau en se condensant.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Il r\u00e9sulte de ces remarques que le d\u00e9veloppe\u00adment de la conscience, qui cr\u00e9e enfin la conscience personnelle, est une r\u00e9action qui tend \u00e0 s&rsquo;opposer \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre permanent du monde. Il r\u00e9sulte aussi que l&rsquo;\u00e9volution des esp\u00e8ces a une fin, qui est la destruction de cette r\u00e9sistance. Il r\u00e9sulte encore que cette fin est amen\u00e9e au moyen d&rsquo;un instrument qui est la conscience (puisqu&rsquo;elle s&rsquo;applique \u00e0 adapter le sujet \u00e0 la vie universelle). Il r\u00e9sulte donc que le dernier acte de cette r\u00e9sistance est la destruction du subjectif par la conscience elle-m\u00eame.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>La r\u00e9ussite ne d\u00e9pendra que de nous<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Mais la Terre peut-elle jamais arriver \u00e0 expri\u00admer cet \u00e9tat limite ? Disons qu&rsquo;apparemment elle l&rsquo;exprime d\u00e9j\u00e0 ici dans une certaine mesure, puis\u00adque nous, Terre, nous nous disons notre raison d&rsquo;\u00eatre. Certes, tous les grains ne donnent pas de fruits. Mais le d\u00e9veloppement naturel consiste \u00e0 donner des fruits, et non pas \u00e0 s&rsquo;arr\u00eater en route. S&rsquo;accomplir dans sa raison d&rsquo;\u00eatre n&rsquo;est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne surnaturel, mais le fait le plus natu\u00adrel qui soit, le seul fait vraiment naturel. Que la Terre fasse faillite parce que les hommes, raidis contre l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, dans une r\u00e9sistance inhumaine, se seront st\u00e9rilis\u00e9s de leurs propres mains, c&rsquo;est possible. Que la Terre, qui hurle aujourd&rsquo;hui dans l&rsquo;agonie de ses couches, ne parvienne \u00e0 enfanter qu&rsquo;un humain mort-n\u00e9, trop \u00e9puis\u00e9 pour vivre, c&rsquo;est possible. Qu&rsquo;au seuil du grand accomplissement, l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 impuissante d\u00e9serte \u00e0 tout jamais ce globe trop morcel\u00e9, trop tiraill\u00e9 de toutes parts, c&rsquo;est pos\u00adsible. Tout est possible. Mais nous voulons qu&rsquo;une telle \u00e9ventualit\u00e9 soit improbable, du seul fait que nous l&rsquo;envisageons. Nous voulons que la naissance soit d\u00e9j\u00e0 suffisamment l\u00e0, pr\u00e9sente, vivante en nous, pour qu&rsquo;elle se renouvelle et rebondisse dans des natures humaines r\u00e9nov\u00e9es. <em>La r\u00e9ussite<\/em> <em>ou<\/em> <em>l&rsquo;\u00e9chec d\u00e9pendront, apr\u00e8s tout, de nous seuls<\/em>. Notre conscience nous a accord\u00e9 une certaine libert\u00e9 : nous sommes libres de demeurer encha\u00een\u00e9s, libres de ne pas nous lib\u00e9rer. C&rsquo;est peu, mais cela veut dire aussi que cette libert\u00e9 ironique est celle de souffrir et de conna\u00eetre l&rsquo;ab\u00eeme du d\u00e9sespoir. Les hommes en ce moment ne semblent pas s&rsquo;en pri\u00adver. Mais ces souffrances commencent \u00e0 \u00eatre trop imb\u00e9ciles pour pouvoir durer encore longtemps. Leur incoh\u00e9rence est un bon sympt\u00f4me, la conqu\u00eate de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 pourrait bient\u00f4t peut-\u00eatre se pr\u00e9senter sous son aspect v\u00e9ritable, celui du bon sens le plus simple.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>L&rsquo;\u00e9volution et l&rsquo;ordre naturel<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">La recherche dialectique de l&rsquo;\u00e9volution du sub\u00adjectif sur le globe, nous a montr\u00e9 que le subjectif, qui est une r\u00e9action, s&rsquo;identifie tout d&rsquo;abord \u00e0 l&rsquo;es\u00adsence permanente des choses, puisqu&rsquo;il est la per\u00admanence elle-m\u00eame, sous son aspect destructeur des formes, sous son aspect d&rsquo;\u00e9clatement, de puis\u00adsance disruptive. Mais au fur et \u00e0 mesure que dans l&rsquo;agr\u00e9gat nouveau, qui constitue la plan\u00e8te, se for\u00adment des agr\u00e9gats particuliers, des corps, des es\u00adp\u00e8ces, ceux-ci s&rsquo;efforcent de rendre aussi durables que possible leurs \u00e9quilibres particuliers, et s&rsquo;op\u00adposent ainsi \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre permanent qui tend \u00e0 prendre possession d&rsquo;eux, mais en les d\u00e9truisant. <em>Ainsi les corps et les esp\u00e8ces qui se trouvent au plus bas de l&rsquo;\u00e9chelle \u00e9volutive sont \u00e0 la fois les plus conformes \u00e0 l&rsquo;essence permanente des choses, les plus soumis \u00e0 cette permanence, puisqu&rsquo;ils sont in\u00adcapables de s&rsquo;isoler dans des camps retranch\u00e9s individuels, et en m\u00eame temps, bien que soumis et conform\u00e9s \u00e0 elle, ils ne l&rsquo;expriment pas individuel\u00adlement, puisque pr\u00e9cis\u00e9ment ils sont, individuelle\u00adment, chacun d&rsquo;entre eux, essentiellement priv\u00e9s d&rsquo;\u00e9quilibre<\/em>. La r\u00e9gularit\u00e9, la constance de leurs r\u00e9actions, les rend solidaires les uns des autres. Ils sont reli\u00e9s entre eux par des lois naturelles, et ce n&rsquo;est que leur ensemble, ind\u00e9pendamment des individus, et malgr\u00e9 les insoumis, qui exprime l&rsquo;harmonieuse permanence de l&rsquo;univers. Au fur et \u00e0 mesure que se d\u00e9veloppe l&rsquo;\u00e9chelle \u00e9volutive, <em>les insoumis qui refusent de s&rsquo;adapter pleinement aux sp\u00e9cialisations de leur esp\u00e8ce, se r\u00e9voltent donc contre l&rsquo;ordre naturel. Ils modifient ainsi graduel\u00adlement cet ordre naturel, au prix de leur isolement croissant, puis chaque fois ils rentrent \u00e0 leur tour dans cet ordre nouveau, mais qui devient de moins en moins naturel, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui s&rsquo;\u00e9loigne de plus en plus de son essence permanente, parce que s&rsquo;ajoutent \u00e0 lui un nombre de plus en plus grand de r\u00e9actions particuli\u00e8res<\/em>. Par contre, ces r\u00e9actions particuli\u00e8res, (\u00e9tant elles-m\u00eames de moins en moins sujettes \u00e0 perdre leur \u00e9quilibre propre, \u00e9tant de moins en moins conditionn\u00e9es par les \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs), <em>expriment de mieux en mieux cette essence m\u00eame dont ils se d\u00e9tachent de plus en plus<\/em>. Enfin l&rsquo;homme, arrach\u00e9 de son essence d&rsquo;une fa\u00e7on discordante, s&rsquo;oppose \u00e0 l&rsquo;ordre naturel jusqu&rsquo;\u00e0 vouloir \u2014 et parfois \u00e0 pouvoir \u2014 le d\u00e9truire. Il va jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;imaginer qu&rsquo;il pourra se tailler une per\u00admanence particuli\u00e8re, dans ce qui pourtant ne tol\u00e9rera jamais le subjectif ; il croit follement pou\u00advoir s&rsquo;identifier en tant que sujet, \u00e0 la permanence de l&rsquo;univers. Cette plus folle de toutes les illusions est la plus \u00e9loign\u00e9e de l&rsquo;essence impersonnelle des choses, dont la totalit\u00e9 dynamique et \u00e9ternellement pr\u00e9sente ne peut en aucune fa\u00e7on comporter de r\u00e9actions, c&rsquo;est-\u00e0-dire de subjectif. Et pourtant <em>cette aspiration \u00e0 la permanence, qui s&rsquo;oppose \u00e0 l&rsquo;\u00e9ter\u00adnel, est le seul moyen qu&rsquo;ait l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 de na\u00eetre<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pour l&rsquo;homme, au point o\u00f9 il en est, rentrer dans l&rsquo;ordre naturel, rentrer dans l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, ne peut en aucune fa\u00e7on signifier une soumission pure et simple. Au contraire, les soumissions dites spirituelles, ne lui sont qu&rsquo;un pr\u00e9texte pour tenter de s&rsquo;\u00e9terniser en tant qu&rsquo;entit\u00e9. Institu\u00e9es par le moi, comme expression de ce d\u00e9sir qu&rsquo;il a de durer, les religions sont bas\u00e9es sur la confusion que commet le moi entre la notion qu&rsquo;il a d&rsquo;\u00eatre une entit\u00e9 isol\u00e9e, et la personnalit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire le mode par\u00adticulier au moyen duquel chaque moi isol\u00e9 peut se d\u00e9livrer de ce sens d&rsquo;isolement. En cr\u00e9ant cette confusion, le moi s&rsquo;efforce de d\u00e9truire, avec toutes ses religions, le seul instrument de sa lib\u00e9ration, et s&rsquo;isole de plus en plus dans la fausse \u00e9ternit\u00e9 de sa conscience personnelle. En agissant de la sorte, le moi tend de toutes ses forces \u00e0 durcir cette partie de lui-m\u00eame qui correspond \u00e0 la coquille de l&rsquo;\u0153uf, en prot\u00e9geant, il est vrai, le germe de vie univer\u00adselle qu&rsquo;il abrite, mais aussi en s&rsquo;opposant \u00e0 lui avec f\u00e9rocit\u00e9, au moment de la nouvelle naissance.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Le moi, mouvement fig\u00e9<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Le ph\u00e9nom\u00e8ne de cette naissance est la der\u00adni\u00e8re phase de la courbe du subjectif, courbe qui est d\u00e9termin\u00e9e par la contradiction inh\u00e9rente \u00e0 son dynamisme. Et en effet, <em>le subjectif solidifi\u00e9 dans la coquille rigide du moi, n&rsquo;est que la condensation d&rsquo;une r\u00e9action. Il est devenu une r\u00e9action statique, un mouvement fig\u00e9, ce qui est au plus haut point absurde<\/em>. Nous avons vu que l&rsquo;origine de cette an\u00adtinomie est dans la naissance m\u00eame d&rsquo;un agr\u00e9gat quel qu&rsquo;il soit, et en particulier de l&rsquo;agr\u00e9gat Terre qui nous occupe ici, puisque c&rsquo;est l&rsquo;irr\u00e9ductible per\u00admanence de la totalit\u00e9 du \u00ab quelque chose \u00bb, qui, \u00e0 un moment donn\u00e9, a \u00e9clat\u00e9 au sein d&rsquo;un agr\u00e9gat devenu h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. \u00c0 la suite de cette condensation (ou explosion) chacun des fragments isol\u00e9s porte le germe d&rsquo;une antinomie, donc son d\u00e9terminisme. En effet, du fait que ce fragment n&rsquo;est pas frag\u00adment\u00e9 \u00e0 son tour, il affirme une homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 suffi\u00adsante, il satisfait le \u00ab plus \u00bb universel, en exprimant une seule direction, un seul \u00e9quilibre absolument triomphant. Or, <em>cet \u00e9quilibre n&rsquo;est pas autre chose que la survivance d&rsquo;une rupture d&rsquo;\u00e9quilibre<\/em>, de la r\u00e9action totale, qui a cr\u00e9\u00e9 le nouvel agr\u00e9gat, vio\u00adlemment, irr\u00e9sistiblement. La courbe de l&rsquo;\u00e9volution n&rsquo;est que la condensation de cette antinomie. La derni\u00e8re phase de cette condensation produit le moi.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>L&rsquo;aboutissement de l&rsquo;\u00e9volution des esp\u00e8ces<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Cette antinomie n&rsquo;est pas seulement la force pro\u00adpulsive de l&rsquo;agr\u00e9gat, elle est cet agr\u00e9gat lui-m\u00eame, qui \u00e0 son origine exprime ce qu&rsquo;en son essence il n&rsquo;est pas : une rupture d&rsquo;\u00e9quilibre absolue de la permanence du \u00ab quelque chose \u00bb. Dans ce monde nouveau, maintenant constitu\u00e9, nous avons d\u00e9j\u00e0 vu que l&rsquo;\u00e9volution commence avec la suppression de la cause primitive qui a rendu n\u00e9cessaire sa nais\u00adsance. Entre les divers fragments \u00e9pars, s&rsquo;\u00e9tablit maintenant un rapport qui est d\u00e9termin\u00e9 par cette r\u00e9action primitive. En effet, cette r\u00e9action a \u00e9t\u00e9 plus ou moins violente selon la violence plus ou moins grande des antagonismes, et elle a plac\u00e9 ces agr\u00e9gats dans des rapports entre eux, d&rsquo;attraction et de r\u00e9pulsion, tels qu&rsquo;ils n&rsquo;entravent plus le sens positif universel que chaque agr\u00e9gat peut mainte\u00adnant exprimer d&rsquo;une fa\u00e7on particuli\u00e8re. Ces rap\u00adports sont conditionn\u00e9s par les r\u00e9actions des agr\u00e9\u00adgats entre eux, et les conditionnent. La cause pri\u00admitive des r\u00e9actions, n&rsquo;est donc pas compl\u00e8tement supprim\u00e9e, elle n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e que de fa\u00e7on \u00e0 rendre la vie possible. Ce r\u00e9sidu de r\u00e9actions peut varier et se transformer, mais ne peut pas dis\u00adpara\u00eetre. Il assigne, dans chaque agr\u00e9gat, une li\u00admite \u00e0 l&rsquo;apaisement de sa r\u00e9action particuli\u00e8re, et \u00e9tablit une solidarit\u00e9 entre les \u00e9volutions. La cr\u00e9a\u00adtion des agr\u00e9gats, et leur dispersion, ont cr\u00e9\u00e9 un syst\u00e8me, dans lequel chaque agr\u00e9gat poss\u00e8de la libert\u00e9 absolue du \u00ab plus \u00bb universel, et se trouve \u00e0 la fois conditionn\u00e9 par l&rsquo;ensemble. Cet ensemble constitue une unit\u00e9 (au sein d&rsquo;ensembles plus grands, etc&#8230;) qui est faite de d\u00e9livrances, toutes conditionn\u00e9es, mais toutes parfaites puisqu&rsquo;elles sont ad\u00e9quates au \u00ab plus \u00bb universel. <em>Cette perfec\u00adtion dans la limitation, cet absolu dans le relatif, est la cause et la finalit\u00e9 de chaque agr\u00e9gat, plan\u00e8te ou homme<\/em>. Cette cause est la mise en libert\u00e9 du dynamisme permanent du monde, elle est la libert\u00e9 m\u00eame, inconditionnable par essence, totale, indes\u00adtructible, contre laquelle se brisent et se briseront toujours les formes qui voudraient l&rsquo;appr\u00e9hender. Cette finalit\u00e9 est celle des agr\u00e9gats, qui ne peuvent que se faire briser par cette lib\u00e9ration.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Comme une masse en \u00e9bullition qui se calme progressivement, l&rsquo;agr\u00e9gat Terre cr\u00e9e, par \u00e9volution, <em>des esp\u00e8ces qui r\u00e9agissent de moins en moins, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui s&rsquo;adaptent de plus en plus \u00e0 ce r\u00e9sidu de r\u00e9actions qui r\u00e9git le syst\u00e8me<\/em>. Nous avons d\u00e9j\u00e0 vu que cette \u00e9volution est l&rsquo;expression de ce fait : la r\u00e9action primitive, d\u00e9termin\u00e9e par une op\u00adposition entre les forces ext\u00e9rieures \u00e0 l&rsquo;agr\u00e9gat, (devenu sujet) et son individualit\u00e9, tend \u00e0 se cal\u00admer, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle cherche \u00e0 se composer un \u00e9quilibre permanent. L&rsquo;\u00e9volution des esp\u00e8ces est la recherche de cet \u00e9quilibre permanent, donc la cr\u00e9ation d&rsquo;esp\u00e8ces de plus en plus adapt\u00e9es \u00e0 tou\u00adtes les circonstances, c&rsquo;est-\u00e0-dire de moins en moins sp\u00e9cialis\u00e9es, et poss\u00e9dant de plus en plus un \u00e9quilibre <em>int\u00e9rieur<\/em>. Les r\u00e9actions aspirent \u00e0 se sentir libres, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elles tendent \u00e0 devenir par\u00adticuli\u00e8res. Cette tendance s&rsquo;exprime par une r\u00e9sis\u00adtance individuelle \u00e0 la sp\u00e9cialisation, que l&rsquo;esp\u00e8ce tend au contraire \u00e0 imposer aux individus. Cette r\u00e9sistance est l&rsquo;\u00e9volution vue sous son aspect sub\u00adjectif. Elle s\u00e9pare chaque fois quelques individus de l&rsquo;esp\u00e8ce, qui refusent de se laisser compl\u00e8te\u00adment sp\u00e9cialiser. Ce refus est d\u00e9termin\u00e9 par la n\u00e9\u00adcessit\u00e9 de se cr\u00e9er un \u00e9quilibre plus permanent, moins conditionn\u00e9. Cette lutte est l&rsquo;origine du je. Le je na\u00eet \u00e0 un point tournant de l&rsquo;\u00e9volution, lors\u00adque se forment des organismes assez fortement non-sp\u00e9cialis\u00e9s, pour offrir devant certains ph\u00e9\u00adnom\u00e8nes analogues, des r\u00e9actions variables. Le je est donc un changement d&rsquo;\u00e9tat du subjectif, provo\u00adqu\u00e9 par une quantit\u00e9 de non-sp\u00e9cialisation qui est devenue assez grande pour s&rsquo;opposer au milieu. Ainsi l&rsquo;\u00e9quilibre qui tend vers la non-r\u00e9action, progresse par la r\u00e9action du sujet. Par contre, l&rsquo;esp\u00e8ce sp\u00e9cialis\u00e9e, qui est plus voisine de la r\u00e9ac\u00adtion primitive que ne l&rsquo;est le sujet non soumis, agit sur lui d&rsquo;une fa\u00e7on statique.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ainsi se d\u00e9veloppe l&rsquo;antinomie, car chaque r\u00e9action du sujet fortifie le je. Le je est une r\u00e9ac\u00adtion qui tend \u00e0 ne plus r\u00e9agir, puisqu&rsquo;elle tend \u00e0 retrouver l&rsquo;\u00e9quilibre permanent, et voil\u00e0 que pr\u00e9cis\u00e9ment, de ce fait, le je ne peut que se d\u00e9velop\u00adper, puisqu&rsquo;il doit r\u00e9agir pour ne pas se sp\u00e9ciali\u00adser, et puisqu&rsquo;il ne peut vaincre sa r\u00e9action qu&rsquo;en cessant d&rsquo;\u00eatre conditionn\u00e9 par des sp\u00e9cialisations.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>La conscience individuelle, ou l&rsquo;absurdit\u00e9 limite<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le d\u00e9veloppement des je et leurs r\u00e9actions qui veulent \u00eatre des \u00e9quilibres, ont cr\u00e9\u00e9 la conscience personnelle, et cette conscience n&rsquo;a jamais cess\u00e9 de se martyriser dans sa contradiction, de mettre tout en \u0153uvre pour s&rsquo;assurer une permanence, cette permanence de r\u00e9action (puisque la conscience est une r\u00e9action) \u00e9tant sa propre n\u00e9gation, sa destruction. C&rsquo;est ainsi que la conscience est par\u00advenue \u00e0 la limite de son absurdit\u00e9. Le conflit, d&rsquo;abord invisible, puis nuageux, puis condens\u00e9 en entit\u00e9s de r\u00eaves, en arm\u00e9es de r\u00eaves qui se livrent une bataille sans r\u00e9pit, en gigantesques cauche\u00admars mythiques et religieux, dans lesquels un Dieu de r\u00eave, combat sans jamais finir de le vaincre, un Satan de r\u00eave, dans lesquels l&rsquo;humanit\u00e9 folle n&rsquo;a cess\u00e9 de s&rsquo;entred\u00e9chirer, ce conflit est parvenu aujourd&rsquo;hui \u00e0 une crise d\u00e9cisive.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Cette crise est amen\u00e9e par le d\u00e9terminisme des civilisations qui ont surgi au deuxi\u00e8me changement d&rsquo;\u00e9tat du subjectif, lorsque le je est devenu le moi. Ces civilisations ont \u00e0 la fois exprim\u00e9 ce chan\u00adgement d&rsquo;\u00e9tat, et l&rsquo;ont h\u00e2t\u00e9 vers un autre change\u00adment encore, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elles ont donn\u00e9 des formes et des expressions au conflit, et celles-ci l&rsquo;ont pr\u00e9cis\u00e9, en ont cern\u00e9 les contours, durci les ar\u00eates. Le passage du je au moi, de la conscience non encore individualis\u00e9e \u00e0 une conscience qui s&rsquo;est isol\u00e9e dans l&rsquo;entit\u00e9 d&rsquo;une coque, est la derni\u00e8re \u00e9tape d&rsquo;une lutte marqu\u00e9e du sceau de l&rsquo;absurdit\u00e9 la plus irr\u00e9m\u00e9diable, \u00e9tape o\u00f9 chaque geste ne fait plus qu&rsquo;exprimer son oppos\u00e9, o\u00f9 chaque pas que fait le moi pour se sauver ne fait que le perdre, et pour se perdre le sauver. Dans cette \u00e9tape, le moi, cette r\u00e9action cristallis\u00e9e, ce dynamisme p\u00e9\u00adtrifi\u00e9, est pr\u00e9cis\u00e9ment la conqu\u00eate d&rsquo;une permanence \u2014 puisque le je se sent permanent \u00e0 travers toutes les m\u00e9tamorphoses que subit son moi \u2014 et l&rsquo;impossibilit\u00e9 de cette permanence, puisque le sub\u00adjectif est une r\u00e9action, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;oppos\u00e9 de la permanence. Le moi est devenu un fait, qui \u00e0 la fois est l\u00e0, et est impossible. Et plus devient \u00e9vi\u00addente, aigu\u00eb, la constatation de ce fait, plus elle devient insoutenable. Plus le moi se constate, plus il perd pied dans son propre ab\u00eeme. Plus il se trou\u00adve, et plus il se perd lui-m\u00eame.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Mais avant d&rsquo;en arriver \u00e0 cet ab\u00eeme de la pl\u00e9nitude totale, dans lequel est forc\u00e9e de voler en \u00e9clats la conscience elle-m\u00eame, le moi se r\u00e9fugie, pourchass\u00e9 par son essence, dans les retranche\u00adments les plus obscurs du syst\u00e8me de d\u00e9fense qu&rsquo;il a organis\u00e9 contre lui-m\u00eame. Des milliers de si\u00e8cles d&rsquo;\u00e9volution ont abouti \u00e0 des organismes suffi\u00adsamment non-sp\u00e9cialis\u00e9s physiologiquement pour s&rsquo;adapter, dans leur ensemble, aux conditions ext\u00e9\u00adrieures, c&rsquo;est-\u00e0-dire que ces organismes sont aptes \u00e0 dominer les circonstances, \u00e0 les conqu\u00e9rir. L&rsquo;au\u00adtre aspect de cette \u00e9volution, son aspect psycho\u00adlogique, nous montre que ces organismes sont tous parvenus \u2014 chacun d&rsquo;eux, individuellement \u2014 \u00e0 un sentiment de permanence en tant que moi, tout au long de leur existence. Ce sentiment de per\u00admanence \u00e9mane, pour chacun d&rsquo;eux, d&rsquo;un centre isol\u00e9 qui se sait centre isol\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire que chaque centre est un \u00e9quilibre particulier, qui a fini par se constituer au sein de la Nature en s&rsquo;oppo\u00adsant \u00e0 elle. Cette opposition, ce sens du moi, ce sentiment d&rsquo;\u00eatre un centre, se compose de deux notions : le moi, et le non-moi. La premi\u00e8re ne peut pas exister sans la seconde, qui n&rsquo;est, pour le moi, qu&rsquo;une n\u00e9gation de ce qui n&rsquo;est pas lui (<em>ce qui n&rsquo;est pas moi n&rsquo;est pas moi<\/em>). Cette n\u00e9gation n&rsquo;est qu&rsquo;une r\u00e9action du moi, r\u00e9action constante, r\u00e9action que le moi s&rsquo;efforce de maintenir co\u00fbte que co\u00fbte puisqu&rsquo;il n&rsquo;est pas suffisant de dire que c&rsquo;est d&rsquo;elle qu&rsquo;il tire la notion de son existence : elle est v\u00e9ritablement lui.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Les derni\u00e8res luttes<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Or si ce moi s&rsquo;est constitu\u00e9 dans des organis\u00admes, c&rsquo;est au contraire parce que l&rsquo;\u00e9volution a tendu vers un \u00e9quilibre total, c&rsquo;est-\u00e0-dire vers un \u00e9tat dans lequel l&rsquo;\u00e9quilibre int\u00e9rieur des individus n&rsquo;est pas autre chose que le r\u00e9sidu cosmique de r\u00e9ac\u00adtions, qui r\u00e9git la plan\u00e8te.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Cet \u00e9quilibre total, cette fusion du subjectif et de l&rsquo;objectif, est l&rsquo;aboutissement de l&rsquo;\u00e9volution d\u00e9termin\u00e9e par la cr\u00e9ation de la plan\u00e8te. Cette \u00e9vo\u00adlution est limit\u00e9e par les rapports qui se sont \u00e9ta\u00adblis entre les agr\u00e9gats Terre, Soleil, etc&#8230; lorsque l&rsquo;\u00e9clatement provoqu\u00e9 par le \u00ab plus \u00bb universel s&rsquo;est recompos\u00e9 un nouvel \u00e9quilibre en marquant que ce \u00ab plus \u00bb \u00e9tait satisfait. Ces limites indiquent que <em>la transformation des esp\u00e8ces n&rsquo;ira pas plus loin qu&rsquo;un certain point. Ce degr\u00e9 final d&rsquo;\u00e9volution organique, bien que limit\u00e9, est destin\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire, \u00e0 apaiser compl\u00e8tement la r\u00e9action individuelle, sub\u00adjective (devenue psychologique dans les organis\u00admes) de la Terre, de fa\u00e7on \u00e0 l&rsquo;harmoniser au r\u00e9sidu de r\u00e9actions du syst\u00e8me (lois naturelles).<\/em> En d&rsquo;au\u00adtres termes, la derni\u00e8re \u00e9tape de l&rsquo;\u00e9volution est une \u00e9tape psychologique, qui, en recomposant l&rsquo;at\u00adtitude, le comportement des organismes, et en re\u00adcr\u00e9ant leur ambiance (Nature et Soci\u00e9t\u00e9) doit parachever les organismes et les accorder, comme on accorde des instruments, \u00e0 la Nature, Cette der\u00adni\u00e8re \u00e9tape est donc une \u00e8re enti\u00e8re qui s&rsquo;ouvre \u00e0 nous, dans laquelle le subjectif, port\u00e9 par le d\u00e9terminisme historique, doit changer d&rsquo;\u00e9tat, et dans laquelle doivent se recr\u00e9er les organismes, dans un milieu qui ne les pousse plus vers des sp\u00e9cialisations physiques et psychologiques. La cr\u00e9ation de cette \u00e8re sera malheureusement longue et sanglante. L&rsquo;objet de la conqu\u00eate est la cons\u00adcience, de sorte que le sous-conscient (l&rsquo;instrument du \u00ab retardement \u00bb) se d\u00e9fendra jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extr\u00eame limite de toutes ses forces sociales, religieuses, mo\u00adrales et hi\u00e9rarchiques, organis\u00e9es. Le temps qu&rsquo;il faudra est celui qu&rsquo;\u00e0 chaque instant fabrique le sous-conscient.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les organismes les plus parfaits auxquels tend toute l&rsquo;\u00e9volution d&rsquo;une plan\u00e8te sont, nous venons de le voir, n\u00e9cessairement imparfaits, limit\u00e9s, con\u00additionn\u00e9s par les lois naturelles que nous avons appel\u00e9es le r\u00e9sidu de r\u00e9actions. Ces organismes r\u00e9agiront toujours, physiologiquement, en se sou\u00admettant \u00e0 ces lois. Mais ils doivent \u00eatre suffisam\u00adment perfectionn\u00e9s, c&rsquo;est-\u00e0-dire adapt\u00e9s aux cir\u00adconstances, pour que leurs r\u00e9actions psychologi\u00adques puissent dispara\u00eetre compl\u00e8tement. Par con\u00adtre, si une personne s&rsquo;isole, se retire par exemple dans un couvent, c&rsquo;est qu&rsquo;elle est psychologique\u00adment inadapt\u00e9e ; alors au lieu d&rsquo;adapter son orga\u00adnisme \u00e0 la vie (ce qui veut dire le perfectionner), elle l&rsquo;isole et le sp\u00e9cialise (ce qui veut dire qu&rsquo;elle le fait sombrer dans un r\u00e8gne inf\u00e9rieur). Il en est de m\u00eame pour toutes les sp\u00e9cialisations sociales et morales, qui isolent des individus, les emprisonnent dans des conditions particuli\u00e8res (castes, classes, corporations, etc&#8230;).<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Ce manque d&rsquo;adaptabilit\u00e9 psychologique est l&rsquo;essence m\u00eame du moi, puisque le moi loin d&rsquo;adh\u00e9rer \u00e0 chaque nouvelle expression, qu&rsquo;\u00e0 chaque instant offre la vie, n&rsquo;est qu&rsquo;une n\u00e9gation de tout ce qui n&rsquo;est pas son auto-affirmation, de tout ce qui n&rsquo;est pas son propre centre, et une affirmation de sa permanence en tant que centre isol\u00e9. Ainsi, <em>en parvenant au dernier stage de son d\u00e9veloppe\u00adment, le subjectif s&rsquo;oppose \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution plus vio\u00adlemment qu&rsquo;il ne l&rsquo;a jamais fait<\/em>. La lutte dont nous parlions plus haut devient individuelle et f\u00e9roce, car si jusqu&rsquo;ici les deux \u00e9l\u00e9ments en conflit \u00e9taient la permanence universelle et des tentatives succes\u00adsives, \u00e0 peine conscientes, de permanence, mainte\u00adnant <em>ce qui s&rsquo;oppose \u00e0 l&rsquo;universel est une perma\u00adnence qui a r\u00e9ussi<\/em> : celle du moi, du moi qui se sent r\u00e9el, qui est convaincu qu&rsquo;il est l&rsquo;\u00eatre, qui a le sentiment d&rsquo;\u00eatre une entit\u00e9 vivante. Le conflit est entr\u00e9 dans la chair, dans chaque fibre des \u00eatres. Ces malheureuses entit\u00e9s irr\u00e9elles, ces personna\u00adges de leur propre r\u00eave, n&rsquo;ont pourtant qu&rsquo;\u00e0 mou\u00adrir. La Com\u00e9die Psychologique finit dans l&rsquo;\u00e9pou\u00advante d&rsquo;un Jugement Dernier. L&rsquo;ennemie de ses entit\u00e9s est la vie elle-m\u00eame, l&rsquo;inexorable perma\u00adnence du \u00ab quelque chose \u00bb, la vie triomphante, destructrice, cr\u00e9atrice, la vie impersonnelle, calme, harmonieuse, infiniment sereine, qui pendant des mill\u00e9naires sur cette plan\u00e8te, n&rsquo;a cess\u00e9 de broyer les formes inadapt\u00e9es, et qui par leur inaptitude ont provoqu\u00e9 toutes les r\u00e9volutions.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La permanence universelle est plus forte que tout. L&rsquo;\u00e9volution ne pourra pas en rester \u00e0 cette malheureuse race d&rsquo;entit\u00e9s pseudo-permanentes, priv\u00e9es de leur raison d&rsquo;\u00eatre. Cette race peut bien se d\u00e9fendre. Plus elle d\u00e9fendra la r\u00e9alit\u00e9 de ses moi innombrables, plus elle s&rsquo;acharnera (contre elle-m\u00eame. Le monde que, pour la prot\u00e9ger, son sous-conscient a construit autour d&rsquo;elle, s&rsquo;\u00e9croule, et ses innombrables moi se raidissent dans leur dernier effort. Les barri\u00e8res se multiplient autour des hommes, car les seuls rem\u00e8des que ces moi puissent trouver \u00e0 leur position intenable, est pr\u00e9\u00adcis\u00e9ment la cause de leur mal. Plus ils souffrent, plus ils se rejettent sur ce qui les d\u00e9truit, car ils sont vou\u00e9s \u00e0 l&rsquo;autodestruction. Les masses, ren\u00addues stupides par toutes les sp\u00e9cialisations qu&rsquo;im\u00adpriment sur leurs \u00e2mes d&rsquo;esclaves les autorit\u00e9s di\u00adtes spirituelles, rev\u00eatent tous les uniformes qu&rsquo;on veut, saluent de la mani\u00e8re qu&rsquo;on veut, croient \u00e0 ce qu&rsquo;on veut, respectent et soutiennent les repr\u00e9\u00adsentants les plus n\u00e9fastes de cette race sous-hu\u00admaine qui affirme la puissance du moi.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ce moi, nous l&rsquo;avons maintenant situ\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9conomie du monde, nous en avons montr\u00e9 l&rsquo;essence. Nous pouvons passer \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des \u00e9l\u00e9ments qui le composent, et, en spectateurs de sa Com\u00e9die Psychologique, examiner les d\u00e9cors, les costumes et les masques dont il se sert, pour se faire en\u00advo\u00fbter par ses propres r\u00f4les.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"CENTER\"><strong>L&rsquo;\u00c9VOLUTION DU SUBJECTIF DANS LA NATURE<\/strong><\/p>\n<p align=\"CENTER\">II<\/p>\n<p align=\"CENTER\"><em>Un plan d&rsquo;\u00e9tude<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"CENTER\"><strong>L&rsquo;\u00e9quilibre dynamique et l&rsquo;\u00e9quilibre d&rsquo;opposition<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Une des conclusions auxquelles aboutissent nos r\u00e9flexions pr\u00e9c\u00e9dentes est que l&rsquo;\u00e9volution du sub\u00adjectif, dans la nature, est le produit d&rsquo;une contra\u00addiction. Toute \u00e9volution est une contradiction, une opposition, qui tend vers sa destruction en tant que contradiction, dans un nouvel \u00e9tat de synth\u00e8se. Lorsque l&rsquo;\u00e9quilibre absolu du \u00ab quelque chose \u00bb se trouve contraint de briser un agr\u00e9gat particulier c&rsquo;est cet \u00e9quilibre permanent lui-m\u00eame qui se manifeste par cette impulsion, bien plus, qui est son essence. <em>A l&rsquo;instant pr\u00e9cis de la rupture, on peut dire qu&rsquo;il y a identification entre le non-\u00e9qui\u00adlibre absolu, et l&rsquo;\u00e9quilibre absolu : les deux ter\u00admes de l&rsquo;antinomie co\u00efncident<\/em>. Ce fait exprime le plus haut degr\u00e9 possible de l&rsquo;\u00e9quilibre universel, puisque cet \u00e9quilibre n&rsquo;est pas un z\u00e9ro, mais la fin de toutes les antinomies. Mais d\u00e8s que la r\u00e9action primitive tombe parce que dispara\u00eet sa cause, et d\u00e8s qu&rsquo;un des nouveaux agr\u00e9gats, plan\u00e8\u00adte, \u00e9toile, tend \u00e0 stabiliser son \u00e9quilibre-rupture sous l&rsquo;influence du r\u00e9sidu des r\u00e9actions (lois natu\u00adrelles), son homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 (approximative) primitive se brise aussit\u00f4t. <em>D\u00e8s lors, dans cette masse qui \u00e9tait plus ou moins homog\u00e8ne, et qui ne l&rsquo;est plus, chaque nouvelle esp\u00e8ce, chaque nouveau corps en forma\u00adtion, se met \u00e0 r\u00e9agir d&rsquo;une fa\u00e7on particuli\u00e8re, et chacune de ses r\u00e9actions est une recherche d&rsquo;\u00e9quilibre particulier. Mais ici l&rsquo;\u00e9quilibre change compl\u00e8tement de direction<\/em>, et ce fait est essentiel si nous voulons comprendre tout \u00e0 l&rsquo;heure comment le moi doit, au bout de la courbe du subjectif, se soumettre \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre dynamique du \u00ab quelque chose \u00bb, au lieu de vouloir concilier l&rsquo;\u00e9quilibre statique de sa propre coquille, et l&rsquo;\u00e9ter\u00adnit\u00e9.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Aussit\u00f4t que dans une masse homog\u00e8ne sur\u00adgissent des \u00e9l\u00e9ments dissemblables, chaque \u00e9l\u00e9ment devient le sujet de r\u00e9actions particuli\u00e8res, et cha\u00adque corps en accumulant ses r\u00e9actions, se modifie. Ceci veut dire <em>qu&rsquo;\u00e0 chaque opposition, les r\u00e9actions particuli\u00e8res, qui sont des mouvements, ne font que s&rsquo;amplifier, lorsqu&rsquo;elles ne sont pas vaincues et d\u00e9truites par des vibrations ext\u00e9rieures plus fortes qu&rsquo;elles<\/em>. A la longue, parmi toutes les r\u00e9ac\u00adtions qui demeurent, les unes finissent par domi\u00adner sur les autres, ce sont celles qui ont pu d\u00e9ve\u00adlopper dans leurs corps une certaine permanence, ce qui veut dire une ind\u00e9pendance relative, ce qui veut dire une non-sp\u00e9cialisation relative. On voit donc que cette tendance vers l&rsquo;\u00e9quilibre est une tendance \u00e0 <em>un \u00e9quilibre d&rsquo;opposition<\/em>, une tendance \u00e0 d\u00e9velopper, dans une multitude de r\u00e9actions antagonistes, des \u00eelots plus solides que les autres, moins d\u00e9pendants, plus adapt\u00e9s, mieux arm\u00e9s. C&rsquo;est vers un \u00e9quilibre de stabilit\u00e9 et d&rsquo;isolement, vers un \u00e9quilibre statique de conservation que tend chaque r\u00e9action particuli\u00e8re (qui devient l&rsquo;exp\u00e9\u00adrience).<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><strong>Se sp\u00e9cialiser pour ne pas se sp\u00e9cialiser<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Mais ici nous voyons clairement comment agissent les deux termes \u2014 maintenant largement dissoci\u00e9s \u2014 de l&rsquo;opposition qu&rsquo;est le mouvement. Car chaque d\u00e9fense, chaque nouvelle s\u00e9curit\u00e9, cha\u00adque nouvel organe de combat qui assure l&rsquo;ind\u00e9pen\u00addance par rapport aux r\u00e9actions environnantes, en somme <em>chaque conqu\u00eate sur la sp\u00e9cialisation, est un isolement nouveau. Or l&rsquo;isolement est lui-m\u00eame une sp\u00e9cialisation : contradiction totale et n\u00e9ces\u00adsaire<\/em>. C&rsquo;est ainsi que lutte une esp\u00e8ce pour sur\u00advivre : elle se forge ses armes organiques, et tend ainsi \u00e0 \u00e9touffer l&rsquo;\u00e9volution dans un cul de sac. Seuls pourront donner naissance \u00e0 de nouvelles esp\u00e8ces <em>les individus qui profiteront de ces armes forg\u00e9es par l&rsquo;esp\u00e8ce, jusqu&rsquo;\u00e0 se retourner contre elle.<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><strong>Naissance de la vie organique. Le d\u00e9sir<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Ainsi, \u00e0 la recherche de son propre \u00e9quilibre, le subjectif se dissocie de plus en plus de l&rsquo;universel. D\u00e8s que des r\u00e9actions accumul\u00e9es parvien\u00adnent \u00e0 modifier assez les corps pour que la recher\u00adche de leur \u00e9quilibre particulier triomphe sur les pressions ext\u00e9rieures, cette victoire, ayant d\u00e9fonc\u00e9 pour ainsi dire le front ennemi, s&rsquo;exprime par une avance, et c&rsquo;est<em> la naissance de la vie organique, de la reproduction.<\/em> \u00c0 ce moment, le subjectif qui n&rsquo;\u00e9tait que des r\u00e9actions physiques et chimiques, subit un changement d&rsquo;\u00e9tat, il devient, (bien que tout \u00e0 fait inconsciemment au d\u00e9but) le je et sa r\u00e9action devient le d\u00e9sir. A ce changement d&rsquo;\u00e9tat, la lutte se pr\u00e9cise entre les deux \u00e9quilibres de sens contraire. <em>D&rsquo;une part, le \u00ab plus \u00bb universel tend \u00e0 maintenir sans cesse le sujet en rupture d&rsquo;\u00e9quilibre, \u00e0 le faire tr\u00e9bucher sans arr\u00eat, \u00e0 l&rsquo;adapter en somme de plus en plus au dynamisme de la vie, et d&rsquo;autre part, le sujet tend \u00e0 d\u00e9velopper, \u00e0 asseoir de plus en plus son \u00e9quilibre particulier et stati\u00adque.<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><strong>Le p\u00f4le qui s&rsquo;oppose au d\u00e9sir : la peur<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Le sujet se trouve d\u00e8s lors constamment pris entre deux vibrations oppos\u00e9es : une rupture d&rsquo;\u00e9quilibre qui en fin de compte ne tend qu&rsquo;\u00e0 une permanence absolue d&rsquo;\u00e9quilibre, et la consolidation d&rsquo;un \u00e9quilibre particulier, qui ne tend en fin de compte qu&rsquo;\u00e0 une sp\u00e9cialisation, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 une rupture. Or, non seulement le sujet est-il pris entre ces deux p\u00f4les antinomiques, mais il n&rsquo;est absolu\u00adment pas autre chose que la somme de leurs r\u00e9ac\u00adtions. <em>Le je est l&rsquo;ensemble des r\u00e9actions qui se d\u00e9veloppent entre les deux termes de la contradic\u00adtion qu&rsquo;est le mouvement, et qui les dissocient de plus en plus.<\/em> Ces deux p\u00f4les assument ici l&rsquo;aspect d&rsquo;un \u00e9quilibre dynamique et d&rsquo;un \u00e9quilibre stati\u00adque. \u00c0 l&rsquo;\u00e9lan dynamique du d\u00e9sir, s&rsquo;oppose donc une r\u00e9sistance statique de conservation : <em>au<\/em> <em>d\u00e9sir s&rsquo;oppose la peur<\/em>. Le je est donc l&rsquo;ensemble du d\u00e9sir et de la peur. Le d\u00e9sir est la perception qu&rsquo;a un certain \u00e9quilibre particulier de son insuffisance et le mouvement qui porte cet \u00e9quilibre \u00e0 se compl\u00e9ter. Il est le sentiment que quelque chose manque, et ce sentiment est donc une rupture d&rsquo;\u00e9quilibre qui fait tr\u00e9bucher le sujet, qui l&rsquo;incite \u00e0 des acquisi\u00adtions, \u00e0 des conqu\u00eates, \u00e0 des d\u00e9veloppements. Mais aussit\u00f4t que s&rsquo;ouvrent au sujet des r\u00e9gions inexplo\u00adr\u00e9es, auxquelles il est parvenu en d\u00e9veloppant en lui des capacit\u00e9s nouvelles, se pr\u00e9sente \u00e0 lui d&rsquo;une fa\u00e7on imp\u00e9rieuse la n\u00e9cessit\u00e9 de rendre permanentes ces capacit\u00e9s nouvelles, afin de n&rsquo;\u00eatre pas \u00e9cras\u00e9 sur ses nouvelles positions. <em>L&rsquo;instinct, qui avait pouss\u00e9 le sujet \u00e0 conserver l&rsquo;\u00e9quilibre dynamique de son essence au d\u00e9triment de son \u00e9quilibre stati\u00adque particulier, le pousse maintenant \u00e0 conserver son \u00e9quilibre particulier au d\u00e9triment de son essence<\/em>. Ainsi l&rsquo;\u00e9lan du d\u00e9sir est une r\u00e9action dont la direction s&rsquo;identifie au signe \u00ab plus \u00bb de l&rsquo;univers, et l&rsquo;arr\u00eat provoqu\u00e9 par la peur s&rsquo;oppose par contre \u00e0 ce signe : la peur est n\u00e9gative.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Si le sujet, pouss\u00e9 par son d\u00e9sir positif, ne rencontrait la r\u00e9sistance de la peur, il se ferait tout simplement d\u00e9truire, car il ne d\u00e9velopperait en lui aucune permanence, il ne pourrait vaincre aucune sp\u00e9cialisation.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><strong>Pr\u00e9dominance d&rsquo;un \u00e9quilibre sur l&rsquo;autre : le sexe<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Notons ici, que dans le sujet, qui est la somme des vibrations entre l&rsquo;\u00e9quilibre statique et l&rsquo;\u00e9quilibre dynamique, l&rsquo;un de ces deux p\u00f4les l&#8217;emporte toujours (\u00e0 ce stade du moins) sur l&rsquo;autre. Si le je \u00e9tait une ambivalence parfaite de r\u00e9actions, il ne bougerait plus. Si l&rsquo;\u00e9quilibre entre ses deux \u00e9quilibres \u00e9tait total, leur somme serait \u00e9gale \u00e0 z\u00e9ro, il n&rsquo;y aurait plus de r\u00e9actions, donc plus de sujet, et enfin plus de moi. Donc, tout sujet exprime n\u00e9cessairement un p\u00f4le plus que l&rsquo;autre. <em>Le sujet en qui pr\u00e9domine l&rsquo;\u00e9quilibre dynamique est m\u00e2le ; celui en qui pr\u00e9domine l&rsquo;\u00e9quilibre statique est fe\u00admelle<\/em>. Le m\u00e2le est une rupture d&rsquo;\u00e9quilibre centri\u00adfuge, la femelle recompose un \u00e9quilibre provisoire, sous la pouss\u00e9e d&rsquo;une force centrip\u00e8te <a id=\"Y2\" href=\"#X2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><strong>La permanence s&rsquo;\u00e9tablit : le moi<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Quelles que soient les vari\u00e9t\u00e9s des je, ceux-ci ne cessent de se d\u00e9velopper, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution des esp\u00e8ces. Par d\u00e9veloppement des je, nous entendons dire que <em>le conflit entre les deux p\u00f4les ne cesse de se pr\u00e9ciser et d&rsquo;augmenter en intensit\u00e9<\/em>. En effet, chaque vibration, dans un sens ou l&rsquo;autre, ne fait que renforcer son propre p\u00f4le, donc appeler, par compensation, une r\u00e9action \u00e9quivalente, dans le p\u00f4le oppos\u00e9. Ce proc\u00e9d\u00e9 est celui d&rsquo;une condensa\u00adtion. <em>Le conflit est amen\u00e9 graduellement \u00e0 satu\u00adration, et \u00e0 un moment donn\u00e9, la dissociation entre les deux p\u00f4les assume une forme, l\u00e0 o\u00f9 cette dissociation (le je) n&rsquo;\u00e9tait pas encore assez pr\u00e9cise pour prendre corps. Ce nouveau change\u00adment d&rsquo;\u00e9tat est la naissance de l&rsquo;entit\u00e9 moi. \u00c0 ce moment, le je exprime que l&rsquo;antinomie a assum\u00e9 un corps, en disant \u00ab je suis un moi \u00bb.<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">De m\u00eame que le je \u00e9tait n\u00e9 d\u00e8s l&rsquo;instant que des corps avaient, sous la forme d&rsquo;organismes, conquis une permanence suffisante sur leur environne\u00adment, le moi na\u00eet d\u00e8s l&rsquo;instant que cette permanence est \u00e9tablie. L&rsquo;apparition de l&rsquo;homme in\u00addique que des organismes poss\u00e8dent d\u00e9j\u00e0 en eux une non-sp\u00e9cialisation suffisante, que ces orga\u00adnismes poss\u00e8dent d\u00e9j\u00e0 en eux la capacit\u00e9 de s&rsquo;ac\u00adcorder au r\u00e9sidu cosmique de r\u00e9actions, qu&rsquo;ils n&rsquo;ont plus besoin, en somme, de subir des modifications organiques importantes, car ils sont assez souples pour s&rsquo;adapter aux circonstances, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour les dominer. <em>Cette conqu\u00eate de la stabilit\u00e9 orga\u00adnique tend \u00e0 calmer la peur organique, donc \u00e0 arr\u00eater l&rsquo;\u00e9volution des esp\u00e8ces, parvenue \u00e0 ses fins physiologiques<\/em>. Cette peur organique \u00e9tait le sys\u00adt\u00e8me de d\u00e9fense qui enfermait toujours les esp\u00e8ces dans des sp\u00e9cialisations ; elle \u00e9tait la r\u00e9sistance qui endiguait la conqu\u00eate de la non-sp\u00e9cialisation, qui se retranchait chaque fois derri\u00e8re ce qui lui restait encore de non-sp\u00e9cialisation \u00e0 conqu\u00e9rir. Elle \u00e9tait en somme le \u00ab retardement \u00bb, ce retar\u00addement que nous retrouvons ensuite dans le d\u00e9\u00adveloppement psychologique de l&rsquo;homme, et qui est la base de toute la Com\u00e9die Mythique que se joue le sous-conscient depuis l&rsquo;origine des temps.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Maintenant qu&rsquo;avec l&rsquo;apparition des hommes est acquise une non-sp\u00e9cialisation organique suffisante, le conflit entre les deux \u00e9quilibres assume une forme, et s&rsquo;achemine vers sa crise. La peur et le \u00ab retardement \u00bb d\u00e9bordent du domaine physiolo\u00adgique dans le domaine psychologique. Toutes les civilisations que les hommes ont fond\u00e9es sur la r\u00e9a\u00adlit\u00e9 de leurs moi, ne sont jusqu&rsquo;ici que les \u00e9tapes de leur acheminement vers cette crise d\u00e9finitive, qui doit d\u00e9truire l&rsquo;ensemble de leurs notions mill\u00e9\u00adnaires. Cette pouss\u00e9e est inexorable, mais la r\u00e9\u00adsistance est si violente, qu&rsquo;il nous est imposable aujourd&rsquo;hui de pr\u00e9voir la fin de cette Com\u00e9die. Cette fin s&rsquo;oppose \u00e0 tout le patrimoine culturel des hommes, depuis le patrimoine traditionnel des m\u00e9taphysiques asiatiques, jusqu&rsquo;aux philosophies les plus r\u00e9volutionnaires qui n&rsquo;avaient pas encore eu le temps jusqu&rsquo;ici de mettre en doute et de d\u00e9\u00admolir le roc fondamental de la r\u00e9sistance, de la r\u00e9action, du retardement, le moi.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>En parvenant ici \u00e0 l&rsquo;objet central de notre \u00e9tude, le moi, nous devons d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;aborder, non pas du point de vue du moi lui-m\u00eame, de ses connais\u00adsances et de ses d\u00e9sirs, mais en faisant effort de p\u00e9n\u00e9trer au contraire, malgr\u00e9 lui, dans une r\u00e9alit\u00e9 dont il sera \u00e0 jamais exclu.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Le point de rencontre<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La permanence universelle, essentiellement non permanente dans tous ses \u00e9l\u00e9ments, s&rsquo;oppose \u00e0 toute permanence particuli\u00e8re. En elle, il ne peut exister la dissociation sujet objet. La permanence du moi ne serait que la permanence de cette dis\u00adsociation.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Le sujet, sous l&rsquo;aspect du je, est d\u00e9j\u00e0 parvenu \u00e0 un degr\u00e9 extr\u00eame d&rsquo;intensit\u00e9. L&rsquo;\u00e9volution des esp\u00e8ces (et du subjectif) est une chute de potentiel entre ce qui subsiste de la r\u00e9action individuelle de la plan\u00e8te, et le r\u00e9sidu des r\u00e9actions sid\u00e9rales. En\u00adtre l&rsquo;origine, uniquement domin\u00e9e par la r\u00e9action de la plan\u00e8te, et la fin domin\u00e9e uniquement par l&rsquo;interd\u00e9pendance des agr\u00e9gats d&rsquo;un syst\u00e8me, il existe un point o\u00f9 les deux r\u00e9actions co\u00efncident c&rsquo;est le plus haut point de la courbe de l&rsquo;\u00e9volution. \u00c0 ce point de rencontre les deux termes qui s&rsquo;\u00e9taient dissoci\u00e9s, se recomposent, s&rsquo;unissent, non plus sous leur aspect primitif d&rsquo;\u00e9clatement cos\u00admique, mais d&rsquo;une fa\u00e7on harmonieuse et paisible, bien que dynamique.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">En quoi consiste ce point de rencontre ? Nous avons vu que la r\u00e9action de l&rsquo;agr\u00e9gat plan\u00e8te, bris\u00e9e en une infinie multitude de r\u00e9actions, cr\u00e9e des esp\u00e8ces, qui expriment d&rsquo;autant plus une contra\u00addiction qu&rsquo;elles sont plus \u00e9volu\u00e9es. <em>Lorsque le je devient l&rsquo;entit\u00e9 moi, les individus sont si bien non-sp\u00e9cialis\u00e9s, ils sont si adapt\u00e9s \u00e0 la vie, que gr\u00e2ce \u00e0 tout leur acquit ils se sentent compl\u00e8tement iso\u00adl\u00e9s dans eux-m\u00eames. C&rsquo;est dans cet isolement que doit se produire la rencontre des deux termes dissoci\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><strong>Le p\u00f4le n\u00e9gatif du moi : l&rsquo;intellect. Il s&rsquo;associe \u00e0 la peur<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Nous avons vu que le je est un ensemble de vibrations entre deux p\u00f4les dissoci\u00e9s. Lorsque ces vibrations deviennent tr\u00e8s intenses, le je, devenu le moi, ne peut que devenir de plus en plus intense encore, jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre conscient de soi. Il a la notion de sa permanence, \u00ab je suis tout le temps moi \u00bb. De cette notion surgit l&rsquo;intellect. Jusque-l\u00e0, le je n&rsquo;avait que des d\u00e9sirs qui le projetaient en dehors de lui-m\u00eame, et des craintes qui consolidaient ses positions, et il oscillait entre ces deux p\u00f4les. L&rsquo;en\u00adsemble de ces oscillations (l&rsquo;exp\u00e9rience) permet\u00adtent maintenant au moi de d\u00e9velopper son intellect. Il est tr\u00e8s important de noter que <em>l&rsquo;intel\u00adlect ne peut \u00e9maner que d&rsquo;un je qui se sent perma\u00adnent<\/em>. Il repose sur la permanence du moi, comme un objet repose sur une table. Il permet au sujet d&rsquo;abstraire et de raisonner. L&rsquo;observateur, apr\u00e8s avoir \u00e9tudi\u00e9 l&rsquo;univers, compar\u00e9, d\u00e9duit, exp\u00e9ri\u00adment\u00e9, se retire du monde concret, s&rsquo;isole dans l&rsquo;abstraction, en demeurant assis en lui-m\u00eame, au sein de sa permanence en tant qu&rsquo;entit\u00e9 <a id=\"Y3\" href=\"#X3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;intellect est donc l&rsquo;aboutissement de l&rsquo;isole\u00adment individuel. Pouss\u00e9 \u00e0 se perdre, \u00e0 sortir de soi par la force de ses d\u00e9sirs, pouss\u00e9 \u00e0 se re\u00adtrouver, \u00e0 se construire une place-forte par sa peur conservatrice, le je a fini par conqu\u00e9rir et s&rsquo;isoler, par \u00eatre l&rsquo;organisme le plus adapt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;instant pr\u00e9\u00adsent, donc le plus ad\u00e9quat au \u00ab plus \u00bb qui r\u00e9sulte \u00e0 chaque instant de l&rsquo;univers, mais il a pay\u00e9 cette adaptabilit\u00e9 par la n\u00e9gation de toute adaptation : le moi isol\u00e9, s&rsquo;oppose au reste de l&rsquo;univers d\u00e8s l&rsquo;instant que l&rsquo;organisme est achev\u00e9. D\u00e8s sa nais\u00adsance, l&rsquo;intellect est un valet \u00e0 la solde du moi et de son isolement. Tant que le moi aspire \u00e0 l&rsquo;im\u00admortalit\u00e9, l&rsquo;intellect ne peut que se pr\u00eater \u00e0 sa volont\u00e9 d&rsquo;isolement, et en effet, n&rsquo;est-il pas le simple aboutissement de toutes les peurs, de toutes les barri\u00e8res qui ont cr\u00e9\u00e9 le moi, en l&rsquo;isolant ? Si l&rsquo;in\u00adtellect peut servir \u00e0 l&rsquo;observation du monde, \u00e0 la science, \u00e0 l&rsquo;organisation de la vie, s&rsquo;il peut \u00e9tablir des rapports entre les choses et les personnes, il ne peut jamais guider le moi vers la connaissance, il ne peut dans ce domaine que se faire guider par le moi pour lui prouver surabondamment son immortalit\u00e9. L&rsquo;intellect devra finalement s&rsquo;affran\u00adchir, ainsi que nous allons le voir. Pour le moment il joue, par rapport au moi, le m\u00eame r\u00f4le que joue la peur par rapport au je. Il arr\u00eate son \u00e9lan cen\u00adtrifuge, il pose des jalons, des barri\u00e8res, des fron\u00adti\u00e8res, il ob\u00e9it scrupuleusement au d\u00e9sir ardent qu&rsquo;a le moi de ne pas se perdre, de durer dans l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 des temps, de nicher sa permanence individuelle et statique dans la permanence formi\u00addable, impersonnelle, dynamique, du monde. Ainsi, dans la connaissance de soi, l&rsquo;intellect est aussi n\u00e9gatif que la peur, et s&rsquo;associe constamment \u00e0 elle. Les r\u00e9sultats de cette association sont les reli\u00adgions <a id=\"Y4\" href=\"#X4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><strong>Le p\u00f4le positif du moi : le doute\u00a0; s&rsquo;associe \u00e0 l&rsquo;amour<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Le p\u00f4le positif du mouvement, en opposition \u00e0 l&rsquo;intellect, d\u00e9veloppe dans le moi l&rsquo;instrument, qui alli\u00e9 au d\u00e9sir, \u00e9veillera enfin le moi \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Cet instrument est <em>le doute<\/em>. Le doute est essentiel\u00adlement positif, car il pousse le moi \u00e0 briser son \u00e9quilibre statique au b\u00e9n\u00e9fice de la r\u00e9alit\u00e9. Le doute, au d\u00e9but de notre expos\u00e9, a d\u00e9clench\u00e9 l&rsquo;\u00e9v\u00e9ne\u00adment (\u00ab j&rsquo;ai dit qu&rsquo;il y a quelque chose \u00bb) gr\u00e2ce auquel le je qui cherchait s&rsquo;est retrouv\u00e9 au seuil de la connaissance. Le doute est l&rsquo;\u00e9veil de la cons\u00adcience. Nous avons d\u00e9j\u00e0 souvent parl\u00e9 des r\u00eaves, et du fait qu&rsquo;un personnage de r\u00eave ne doute pas de l&rsquo;univers fantastique o\u00f9 il se trouve. De m\u00eame, la personne qui a renonc\u00e9 \u00e0 douter n&rsquo;a fait que se rendormir; quant \u00e0 celle qui n&rsquo;a jamais dout\u00e9, elle ne s&rsquo;est tout simplement jamais \u00e9veill\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le doute total est la seule voie vers la permanence absolue, car il d\u00e9truit sans piti\u00e9 tous les essais de permanences partielles o\u00f9 se r\u00e9fugie le moi. Le doute et le d\u00e9sir s&rsquo;opposent \u00e0 la foi et \u00e0 l&rsquo;intellect son valet, dans la lutte entre le \u00ab plus \u00bb et le \u00ab moins \u00bb, entre l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 de l&rsquo;instant pr\u00e9sent, et les refuges du moi pourchass\u00e9.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Le moi divis\u00e9 par ses deux facult\u00e9s, le d\u00e9sir (l&rsquo;amour) et l&rsquo;intellect, se bat contre lui-m\u00eame. Ses armes sont, d&rsquo;une part, le doute, d&rsquo;autre part la peur. Le combat ne peut cesser qu&rsquo;avec la destruction d&rsquo;une de ces deux armes. Lorsque c&rsquo;est le doute qui est vaincu, le moi a calm\u00e9 sa peur dans un syst\u00e8me de pens\u00e9e ou dans une foi, il s&rsquo;est isol\u00e9 dans une vie mutil\u00e9e et sous-consciente, en se prouvant sa propre r\u00e9alit\u00e9. Lorsque c&rsquo;est la peur qui est vaincue, le doute, parvenu \u00e0 une intensit\u00e9 indescriptible de dynamisme, brise la prison du moi, et d\u00e9couvre l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Alors les deux ennemis, l&rsquo;amour qui est positif, et l&rsquo;intellect qui \u00e9tait n\u00e9ga\u00adtif, se pr\u00e9cipitent l&rsquo;un dans l&rsquo;autre dans un incen\u00addie, o\u00f9 changent d&rsquo;\u00e9tat, en se combinant, l&rsquo;amour et l&rsquo;intellect, le sujet et l&rsquo;objet, l&rsquo;\u00e9quilibre dyna\u00admique et l&rsquo;\u00e9quilibre statique. Dans cet \u00e9tat, rien n&rsquo;existe dont on puisse dire que cela est ou que cela n&rsquo;est pas, car l&rsquo;entit\u00e9 elle-m\u00eame qui donnait des noms aux choses, le moi, a disparu, et \u00e0 sa place est une \u00e9ternit\u00e9 absolument pr\u00e9sente, et ab\u00adsolument changeante \u00e0 chaque instant.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>La double victoire<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Ce combat entre les facult\u00e9s du moi doit finir par une double victoire. L&rsquo;amour a vaincu l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre tous les objets de l&rsquo;amour, il s&rsquo;en est affranchi ; il s&rsquo;est retrouv\u00e9 en dehors de tous les objets, dans leur essence ; il est devenu permanent et libre. Avant la victoire, l&rsquo;amour ne cessait de perdre \u00e0 chaque instant son signe positif, de le noyer dans le n\u00e9gatif de la peur. La peur de perdre l&rsquo;objet de son amour, \u00e9tait le sentiment qui rem\u00adpla\u00e7ait et d\u00e9truisait l&rsquo;amour. Celui-ci n&rsquo;\u00e9tait plus qu&rsquo;un \u00ab attachement \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;oppos\u00e9 du d\u00e9sir positif centrifuge. Le moi ne cessait de trans\u00adformer son d\u00e9sir de se perdre, que lui suscitait son essence en un d\u00e9sir de se retrouver. Le vide qu&rsquo;il \u00e9prouvait \u00e0 percevoir sa nature antinomique, loin de vouloir le combattre, en en d\u00e9truisant la cause, qui est le moi lui-m\u00eame, il s&rsquo;effor\u00e7ait de le combler en renfor\u00e7ant un p\u00f4le et puis l&rsquo;autre de sa contradiction int\u00e9rieure.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">A la victoire, l&rsquo;intellect se transforme aussi. Jusque-l\u00e0, il \u00e9tait le serviteur du moi, maintenant il se met au service du doute. Jusque-l\u00e0, dans l&rsquo;His\u00adtoire, l&rsquo;intellect \u00e9tait une arme que maniaient les privil\u00e9gi\u00e9s, ceux dont les moi se sentaient tr\u00e8s im\u00adportants. Les castes dirigeantes, servies par les phi\u00adlosophes et les th\u00e9ologiens, s&rsquo;\u00e9taient arrang\u00e9es pour organiser un monde hi\u00e9rarchis\u00e9, dont les castes \u00e9taient maintenues dans des fonctions sp\u00e9cialis\u00e9es. L&rsquo;intellect avait tout organis\u00e9, tout expliqu\u00e9. A la machine hi\u00e9rarchique il ne manquait pas un rouage, L&rsquo;\u00eatre supr\u00eame, dieu, le soi cosmique, bref le pouvoir absolu de la hi\u00e9rarchie, \u00e9tait devenu l&rsquo;ob\u00adjet m\u00eame de l&rsquo;intellect, et l&rsquo;intellect l&rsquo;apanage exclusif de quelques \u00ab \u00e9lus \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire de quel\u00adques exploiteurs vaniteux. Mais cette exclusivit\u00e9 des \u00c9glises n&rsquo;avait pu emp\u00eacher quelques hommes libres de mettre leur intellect au service du doute. La science fut la plus forte. Malgr\u00e9 le moi, l&rsquo;in\u00adtellect au service du doute positif, cr\u00e9a un monde positif, r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Ainsi, selon la loi constante des moi antinomi\u00adques, tout devint sens devant derri\u00e8re. L&rsquo;intellect n\u00e9gatif, appuy\u00e9 solidement sur la r\u00e9alit\u00e9 du moi, fit \u0153uvre positive, et en s&rsquo;associant au doute malgr\u00e9 le moi, conduisit le monde \u00e0 sa d\u00e9finitive r\u00e9volu\u00adtion ; et \u00e0 cette \u0153uvre s&rsquo;oppos\u00e8rent de toutes leurs forces tous les ministres de tous les cultes, au nom de l&rsquo;amour, de l&rsquo;amour qui e\u00fbt d\u00fb signifier l&rsquo;aban\u00addon de la r\u00e9alit\u00e9 du moi, mais qui, associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9go\u00adtisme des puissants, n&rsquo;\u00e9tait plus que le masque de leur peur.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><strong>Les facult\u00e9s, \u00e0 la mort du moi<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;amour et la peur, l&rsquo;intellect et le doute, sont les deux p\u00f4les aux quatre faces, du moi et de ses \u0153uvres. Lorsque le moi dispara\u00eet en tant qu&rsquo;en\u00adtit\u00e9 ; lorsqu&rsquo;\u00e0 la fin de la courbe de son \u00e9volution, le subjectif r\u00e9unit enfin ses deux p\u00f4les et retrouve \u00e0 travers la permanence de ce qui n&rsquo;est plus une entit\u00e9, la permanence dynamique du monde ; alors les deux facult\u00e9s, en fusionnant, se purifient : la peur est vaincue, mais aussi le doute. Ils sont vaincus par le vide, car dans le gouffre b\u00e9ant de l&rsquo;illi\u00admit\u00e9, o\u00f9 s&rsquo;est volatilis\u00e9 le moi, si la peur n&rsquo;existe plus ce n&rsquo;est point parce que celui qui avait peur est devenu brave, mais c&rsquo;est parce qu&rsquo;il n&rsquo;existe plus. <em>Ce n&rsquo;est point l&rsquo;objet de la peur qui a disparu, mais le sujet qui avait peur. Et de m\u00eame, si le doute n&rsquo;existe plus, ce n&rsquo;est point parce que celui qui doutait a enfin trouv\u00e9 un refuge solide, mais tout simplement parce qu&rsquo;il n&rsquo;est plus l\u00e0<\/em>. Nous verrons plus loin comment peut se d\u00e9crire la facult\u00e9 uni\u00adque qui r\u00e9sulte de la fusion des facult\u00e9s du moi. Indiquons simplement ici que les attributions de l&rsquo;amour et de l&rsquo;intellect y changent de sens. <em>Au lieu de pr\u00e9tendre r\u00e9soudre par l&rsquo;intellect les \u00ab probl\u00e8\u00admes de l&rsquo;univers \u00bb, et de faire d\u00e9couler de cette fausse connaissance, qu&rsquo;est la m\u00e9taphysique, des rapports dits d&rsquo;amour avec ses semblables, l&rsquo;hom\u00adme s&rsquo;aper\u00e7oit que la solution de son probl\u00e8me ul\u00adtime ne se trouve que dans un acte d&rsquo;amour, et que les rapports entre hommes doivent \u00eatre d&rsquo;in\u00adtelligence<\/em>. La r\u00e9sultante des deux facult\u00e9s est une totalit\u00e9, o\u00f9 l&rsquo;amour et l&rsquo;intellect font place \u00e0 une lucidit\u00e9 constamment adapt\u00e9e aux contingences et constamment cr\u00e9atrice de nouvelles valeurs. L&rsquo;intellect, devenu amour, d\u00e9gage de chaque ins\u00adtant, avant qu&rsquo;il ne s&rsquo;\u00e9coule, la connaissance qu&rsquo;il offre. <em>Cette sagesse n&rsquo;a que faire des traditions elle est \u00e0 chaque instant la nouvelle r\u00e9sultante de tous les si\u00e8cles pass\u00e9s<\/em>. L&rsquo;amour, devenu intelligence, d\u00e9couvre en chaque chose, en chaque personne, non pas un objet d&rsquo;attachement, mais l&rsquo;essence permanente de tout ce qui est impermanent. <em>Cet amour est la transmission, \u00e0 travers ce qui passe, de ce qui demeure.<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><strong>La richesse que la Nature accorde aux moi<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">N&rsquo;oublions pas la situation des moi, tels que nous les avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9tudi\u00e9s dans leur double mi\u00adlieu, Nature et Soci\u00e9t\u00e9. Le moi n&rsquo;est l&rsquo;affirmation que d&rsquo;individus parvenus \u00e0 un d\u00e9veloppement biologique suffisant. Nous avons d\u00e9j\u00e0 vu (et nous re\u00adviendrons sur cette question) que les hommes pr\u00e9\u00adhistoriques \u00e9taient pr\u00e9-individualis\u00e9s, en ce sens que leur je, leur sens du subjectif, ne parvenait pas \u00e0 se condenser assez pour affirmer \u00ab je suis un moi, une entit\u00e9 isol\u00e9e, d\u00e9tach\u00e9e de vous tous \u00bb. A ce stade pr\u00e9historique existent encore certains \u00eatres humains. Ils sont si peu conscients, qu&rsquo;en leur esprit, la r\u00e9alit\u00e9 de leur groupe l&#8217;emporte sur la leur. <em>\u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un \u00ab nous \u00bb, et dans les limites de ce cercle, ils sentent bien des d\u00e9sirs individuels, mais leur intellect n&rsquo;est encore qu&#8217;embryonnaire<\/em>, car il ne fait que refl\u00e9ter les id\u00e9es de leur groupe. Bien que cette description puisse se rapporter \u00e0 (presque) tout le monde, et surtout aux brebis de toutes les congr\u00e9gations, nous devons distinguer les individus qui, bien qu&rsquo;ils sentent \u00ab je suis moi \u00bb, se soumettent au groupe, de ceux qui pour des insuffi\u00adsances cong\u00e9nitales ne pourront jamais parvenir \u00e0 se dire \u00ab je suis un moi, je suis une entit\u00e9 \u00bb. \u00c9ta\u00adblissons que tout individu moyen, d&rsquo;une race quel\u00adconque, a en lui, \u00e0 sa naissance, la possibilit\u00e9 de se dire un jour \u00ab je suis moi \u00bb. Consid\u00e9rons main\u00adtenant un de ces individus \u00e0 sa naissance. D\u00e8s avant sa naissance, il est sp\u00e9cialis\u00e9, d\u00e9termin\u00e9 par les deux germes qui sont lui. Ces germes, il est vrai, remontent, ainsi que nous l&rsquo;avons vu, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ori\u00adgine des temps, donc contiennent la totalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9volution, et le germe primordial dans sa totalit\u00e9. Mais ce germe primordial s&rsquo;y trouve diff\u00e9renci\u00e9, sp\u00e9cialis\u00e9 : chaque enfant na\u00eet avec des caract\u00e8res de race, et avec une h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 particuli\u00e8re ; il porte en lui des caract\u00e8res acquis par des groupes, et des caract\u00e8res acquis par des individus de ces grou\u00adpes. Chacun est une ramification unique, issue de ramifications.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">D\u00e8s leur naissance, des enfants issus de pa\u00adrents communs peuvent ne pas se ressembler. Par\u00admi la multitude des caract\u00e8res ancestraux, les uns ou les autres pr\u00e9dominent, ou des caract\u00e8res qu&rsquo;on ne peut pas retracer. Certains enfants ressemblent d&rsquo;une fa\u00e7on frappante \u00e0 des personnes de leur groupe, d&rsquo;autres se d\u00e9tachent, ils sont moins do\u00admin\u00e9s par les sp\u00e9cialisations du groupe, ils sont plus individuels. Mais malgr\u00e9 ces diff\u00e9rences, ces d\u00e9savantages et avantages particuliers, nous \u00e9ta\u00adblissons pour chacun d&rsquo;eux la proposition suivan\u00adte : <em>le fait qu&rsquo;un organisme est, \u00e0 sa naissance, assez \u00e9volu\u00e9 physiquement pour pouvoir dire un jour \u00ab je suis moi \u00bb (si on lui accorde un d\u00e9velop\u00adpement normal), ce seul fait indique que cet orga\u00adnisme poss\u00e8de, malgr\u00e9 ses sp\u00e9cialisations, une non-sp\u00e9cialisation qui peut lui suffire, dans le courant de sa vie normale, \u00e0 briser les cadres du subjectif, et \u00e0 r\u00e9sorber sa conscience dans l&rsquo;essence des cho\u00adses<\/em>. En effet, la plan\u00e8te n&rsquo;a pas besoin de cr\u00e9er des organismes plus \u00e9volu\u00e9s que ceux qui sont parve\u00adnus au \u00ab je suis moi \u00bb. Elle n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;organismes susceptibles de dire \u00ab je suis un dieu, je suis un surhomme \u00bb. \u00ab Je suis moi \u00bb, cela suffit \u00e0 toute l&rsquo;\u00e9volution du globe. Cela veut dire que l&rsquo;antinomie sujet-objet, \u00e9quilibre statique-\u00e9qui\u00adlibre dynamique, dur\u00e9e-\u00e9ternit\u00e9, etc&#8230;, etc&#8230; est parvenue \u00e0 sa crise, \u00e0 son dernier \u00e9tat, au del\u00e0 duquel elle ne peut qu&rsquo;\u00e9clater, et faire \u00e9clater la courbe enti\u00e8re du subjectif, dans l&rsquo;\u00e9ternel pr\u00e9sent, cause et fin de cette plan\u00e8te et de ses cr\u00e9ations.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ainsi, tout \u00eatre humain qui na\u00eet, pour peu qu&rsquo;il soit capable de cette simple assertion \u00ab je suis moi \u00bb, porte en lui la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre beaucoup plus que le Dieu qu&rsquo;il apprendra \u00e0 invoquer : l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 pr\u00e9sente. Cela, c&rsquo;est la richesse que lui accorde la Nature \u00e0 sa naissance. Voyons mainte\u00adnant de quels dons le gratifie son second milieu, la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><strong>Le don que la soci\u00e9t\u00e9 fait aux moi<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">La soci\u00e9t\u00e9 est faite, depuis des si\u00e8cles, d&rsquo;\u00eatres comme lui, qui parce qu&rsquo;ils ont senti, cha\u00adcun individuellement, \u00ab je suis moi \u00bb, ont aussi\u00adt\u00f4t tout mis en \u0153uvre pour asseoir la permanence de ces moi. Or un petit fait, petit mais constant, fatal, in\u00e9luctable, donc insupportablement ironi\u00adque, vient d\u00e9ranger la permanence assise de ces moi rassembl\u00e9s : la mort. La naissance et la mort contredisent le sentiment qu&rsquo;ils ont de leur perma\u00adnence. Entre cette origine myst\u00e9rieuse et cette fin myst\u00e9rieuse, il y a une permanence, le moi, qui sait qu&rsquo;il est le moi, qui ne peut supporter de ne l&rsquo;\u00eatre plus. Il est isol\u00e9, donc il est n\u00e9gatif puisqu&rsquo;il lui manque quelque chose (<em>il est moins quelque chose<\/em>). Il construit donc son r\u00eave, son univers my\u00adthique, sur ses expressions n\u00e9gatives : la peur, et le fait de ne pas douter. Ces deux donn\u00e9es sont celles des cauchemars (en r\u00eave, on ne doute pas de l&rsquo;au\u00adthenticit\u00e9 du r\u00eave) <a id=\"Y5\" href=\"#X5\">[5]<\/a>. Or, socialement, ces deux expressions n\u00e9gatives s&rsquo;associent\u00a0: 1\u00b0. La peur arme l&rsquo;esp\u00e8ce, elle la prot\u00e8ge en d\u00e9veloppant ses sp\u00e9cia\u00adlisations, en l&rsquo;\u00e9tablissant dans un \u00e9quilibre aussi statique que possible, en s&rsquo;effor\u00e7ant de d\u00e9truire tout individu qui serait le porteur de l&rsquo;esp\u00e8ce fu\u00adture. Ces sp\u00e9cialisations, appliqu\u00e9es \u00e0 des \u00eatres suf\u00adfisamment non-sp\u00e9cialis\u00e9s pour pouvoir s&rsquo;adapter \u00e0 tout, cr\u00e9ent non seulement toutes les barri\u00e8res psychologiques possibles, de races, de castes, de religions, de classes, d&rsquo;int\u00e9r\u00eats, de pr\u00e9jug\u00e9s, etc&#8230; mais tendent \u00e0 rejeter litt\u00e9ralement l&rsquo;homme dans des sp\u00e9cialisations physiques, en les lui attribuant comme fonctions sociales : les corps de m\u00e9tiers, les corporations, aux Indes le dharma des castes, etc&#8230; sont cens\u00e9s conduire chaque individu vers sa per\u00adfection. <em>Erreur perfide : gare \u00e0 celui qui s&rsquo;y laisse prendre, car la soci\u00e9t\u00e9, en le sp\u00e9cialisant, d\u00e9truit en lui le germe des esp\u00e8ces futures<\/em>. 2\u00b0. Le non-doute, c&rsquo;est-\u00e0-dire la foi, la soumission, l&rsquo;ob\u00e9issance, l&rsquo;acceptation en somme de ce r\u00eave sous-cons\u00adcient de la peur, donne un corps au r\u00eave, le rev\u00eat de r\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;assoit dans l&rsquo;autorit\u00e9, dans la tra\u00addition, dans le conformisme. Ainsi, <em>la foi consolide l&rsquo;univers fantasque que cr\u00e9e la peur, tout en cal\u00admant la peur.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le cercle vicieux s&rsquo;est referm\u00e9, le moi est pris dans sa propre cr\u00e9ation.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><strong>Un danger social : l&rsquo;homme qui n&rsquo;a plus de moi<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">C&rsquo;est dans cet univers sous-conscient que na\u00eet et grandit chaque \u00eatre susceptible de dire un jour \u00ab je suis moi \u00bb, et de comprendre que ce moi n&rsquo;est qu&rsquo;une irr\u00e9alit\u00e9. La soci\u00e9t\u00e9 est impitoyable pour ceux que d\u00e9vore la flamme de la conscience. La conscience ne peut que d\u00e9truire le moi, ce personnage de com\u00e9die. <em>Le social se h\u00e2te d&rsquo;imposer ses conformismes \u00e0 celui que tente l&rsquo;aventure de ne pas savoir qui il est<\/em>. Elle \u00e9tablit chacun dans un cadre, dans une famille, dans un \u00e9tat social, dans un nom, une profession, un groupe, une confession, une foi, des id\u00e9es, des enthousiasmes, des haines, des opinions, dans une hi\u00e9rarchie de temps et d&rsquo;espace, dans des fronti\u00e8res, sans quoi <em>il risquerait de ne pas savoir qui il est<\/em>. Il serait terrible pour le social, cet homme affranchi de sa race, de sa nature, de sa culture, de son pays, <em>cet homme qui n&rsquo;aurait plus de moi. Car il serait le destructeur de tout l&rsquo;\u00e9difice de r\u00eave, dans lequel aspire \u00e0 s&rsquo;arr\u00eater la collectivit\u00e9.<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Voil\u00e0 donc le point de d\u00e9part de tout indivi\u00addu. Il est pouss\u00e9 int\u00e9rieurement \u00e0 se constater, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 se d\u00e9pouiller, \u00e0 dissocier son entit\u00e9 des r\u00f4les et des costumes que lui impose le social, et d&rsquo;autre part le social tend \u00e0 l&rsquo;identifier \u00e0 ces r\u00f4\u00adles et \u00e0 ces costumes. Le social lui imprime dans la cervelle : \u00ab tu es Pierre, Paul, un menuisier, une m\u00e8re de famille, un prol\u00e9taire, un bourgeois \u00bb. L&rsquo;individu tend \u00e0 affirmer \u00ab je suis une entit\u00e9, ind\u00e9pendamment de tout cela ; si je n&rsquo;\u00e9tais rien de tout cela, je serais tout de m\u00eame quelque cho\u00adse \u00bb. <em>Le social le fa\u00e7onne, le p\u00e9trit, le cr\u00e9e v\u00e9ritablement, puisque le moi n&rsquo;est que le r\u00f4le que joue ce moi<\/em>, mais derri\u00e8re son masque, son d\u00e9guisement, son r\u00f4le appris, le moi tend \u00e0 se dire \u00ab je suis moi quand m\u00eame \u00bb.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Or, que signifie cette constatation, sinon que le moi commence \u00e0 douter de sa propre r\u00e9alit\u00e9 ? Nous avons d\u00e9j\u00e0 vu au d\u00e9but de cet expos\u00e9 que l&rsquo;on ne constate quelque chose que lorsqu&rsquo;on doute de sa r\u00e9alit\u00e9. Ne pas constater, c&rsquo;est ne pas \u00eatre cons\u00adcient. Se constater soi-m\u00eame, dire \u00ab je suis moi \u00bb, cela veut dire que l&rsquo;on commence \u00e0 se dissocier de son r\u00f4le. Ce r\u00f4le c&rsquo;est le sous-conscient, c&rsquo;est tout ce dont on n&rsquo;a pas encore dout\u00e9. Tels des ac\u00adteurs de th\u00e9\u00e2tre, qui devenus fous, s&rsquo;identifieraient \u00e0 leurs r\u00f4les, et croiraient \u00eatre, eux-m\u00eames, des rois, des reines, Hamlet, M. Jourdain, les hommes d\u00e9finissent leurs moi par les caract\u00e8res et les attri\u00adbutions de leurs r\u00f4les. Ces personnages agissent, vont et viennent, parlent, ont des id\u00e9es, mais ils sont sous-conscients. <em>Le groupe qui les a form\u00e9s veut qu&rsquo;ils demeurent dans cet \u00e9tat de sous-cons\u00adcience, car tant qu&rsquo;ils ne doutent pas de la r\u00e9alit\u00e9 de ces r\u00f4les, de leurs moi, ils sont les cr\u00e9ateurs et les soutiens de l&rsquo;ordre qu&rsquo;ont \u00e9tabli pr\u00e9cis\u00e9ment tous les moi dans le but de se sentir r\u00e9els.<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Aussit\u00f4t que le je \u00e9merge de sa sous-cons\u00adcience juste assez pour dire \u00ab je suis moi \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour se constater, cette constatation, qui est un doute, lui fait peur. Il a peur, parce qu&rsquo;il a dout\u00e9 de sa r\u00e9alit\u00e9, mais il ne se rend pas compte que cette peur provient d&rsquo;un doute. Il ne veut plus perdre pied, il ne veut plus courir le risque de n&rsquo;\u00eatre plus ; d\u00e8s lors il met tout en \u0153uvre pour se prouver que ce moi est r\u00e9el, que ce moi est l&rsquo;\u00eatre, que ce moi est imp\u00e9rissable. Il se r\u00e9fugie dans une congr\u00e9gation, et se sent \u00ab sauv\u00e9 \u00bb. Dans les congr\u00e9gations chacun a besoin de sentir autour de lui la foi des autres. Ainsi s&rsquo;apaisent la peur et le doute.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Mais si ce moi, rejetant toute peur, ne craint pas d&rsquo;en arriver un jour aux pires extr\u00e9mit\u00e9s, \u00e0 se perdre, \u00e0 danser sur l&rsquo;ab\u00eeme, \u00e0 se pr\u00e9cipiter dans le vide, \u00ab \u00e0 n&rsquo;avoir plus de lieu o\u00f9 reposer sa t\u00eate \u00bb ; bref, si, pouss\u00e9 par le dynamisme magnifique du doute absolu, il ne craint pas de dissocier son \u00ab \u00eatre \u00bb de tout, de tout, absolument ; d&rsquo;\u00e9merger chaque fois ; de rejeter ses anciennes associations ; de rejeter les nouveaux pi\u00e8ges que lui tendent tous les objets du monde pour l&rsquo;associer \u00e0 eux ; de d\u00e9\u00adtruire la nouvelle entit\u00e9 qui se reconstruit sur les ruines de l&rsquo;entit\u00e9 qui s&rsquo;\u00e9croule ; si ce moi, trans\u00adform\u00e9 en une torche incandescente, br\u00fble impitoya\u00adblement tout ce qui est lui, pour se prouver que ce n&rsquo;\u00e9tait pas encore lui, alors un jour, devenant supr\u00eamement conscient, et ne trouvant plus rien \u00e0 quoi s&rsquo;associer, ce qui reste de lui saute tout en\u00adtier dans la flamme \u00e9ternelle qui consume tout, sauf l&rsquo;\u00e9ternel, et, <em>\u00e9tant mort en tant qu&rsquo;entit\u00e9, il n&rsquo;est plus que vie.<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Pour en arriver \u00e0 cet accomplissement final, le moi, doit rejeter toutes les v\u00e9rit\u00e9s qu&rsquo;on lui offre, il ne doit ob\u00e9ir \u00e0 personne, il doit \u00eatre insoumis, il doit s&rsquo;affranchir de toute imposition, de toute autorit\u00e9 spirituelle, de toute croyance, de toute doctrine, de tout id\u00e9al, de tout conformisme, et de toute id\u00e9e acquise. Il ne doit se laisser dominer par aucune loi morale non plus. Tous ces conformismes, soit intellectuels soit sentimentaux, ne tendent en effet, qu&rsquo;\u00e0 une chose : arr\u00eater le moi dans son \u00e9lan positif de doute, dans son autodestruction lib\u00e9ratrice, dans sa recherche de l&rsquo;\u00e9ternel \u00e9quilibre dynamique, en le persuadant de chercher son salut \u00e9ternel, \u00e0 lui, entit\u00e9. Toutes les morales religieuses et sociales tendent \u00e0 d\u00e9truire enti\u00e8rement l&rsquo;aspect positif, dynamique, de chaque moi, en lui promettant une dur\u00e9e statique (par lui?m\u00eame, au moyen de ses enfants, consid\u00e9r\u00e9s comme son prolongement, etc&#8230; le mat\u00e9rialisme statique et le spiritualisme aboutissent \u00e0 des cons\u00e9quences analogues).<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Le conflit est gigantesque entre les groupes organis\u00e9s en vue d&rsquo;\u00e9tablir les moi dans la croyance en leur r\u00e9alit\u00e9, et les moi qui refusent de se soumettre, qui veulent s&rsquo;accomplir en se consumant.<br \/>\nLes mots sont ici si bien intervertis, leur sens est si bien d\u00e9form\u00e9, que ce qui est \u00ab vie \u00bb pour les uns n&rsquo;est que \u00ab mort \u00bb pour les autres, et inversement. Nous ne pouvons gu\u00e8re nous attarder dans cet expos\u00e9, sur ce conflit. Nous l&rsquo;analyserons dans notre Com\u00e9die Morale. Mais avant d&rsquo;indiquer dans ses d\u00e9tails le processus de la lib\u00e9ration des moi, nous pensons qu&rsquo;il n&rsquo;est pas inutile d&rsquo;\u00e9claircir en\u00adcore une fois le sens de cette lib\u00e9ration.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><em>L&rsquo;erreur fondamentale \u2014 tragique \u2014 est de confondre la personnalit\u00e9, avec la notion que l&rsquo;on a d&rsquo;\u00eatre une entit\u00e9 s\u00e9par\u00e9e<\/em>. \u2014 Je suis moi, dit le croyant d&rsquo;un id\u00e9al quelconque, \u00e0 moi qu&rsquo;arrivera?t-il ? \u2014 Rassure-toi, lui dit l&rsquo;autorit\u00e9 morale ou spirituelle, cette notion tr\u00e8s personnelle que tu as d&rsquo;\u00eatre toi, tu la cultiveras, et m\u00eame d&rsquo;une fa\u00e7on agr\u00e9able. Tu la nicheras dans une divinit\u00e9, ou dans un chef social, hi\u00e9rarchique, qui eux aussi disent \u00ab je suis moi \u00bb, et qui, dans leur sein, pr\u00e9serveront, en les dominant, et en s&rsquo;unissant \u00e0 eux, tous les \u00ab je suis moi \u00bb qui se seront sauv\u00e9s <a id=\"Y6\" href=\"#X6\">[6]<\/a>. Mais pour cela tu feras ce que je t&rsquo;ordonnerai : tu croiras, tu ob\u00e9iras, tu penseras de la fa\u00e7on que je te dirai, tu feras les gestes que voici, tu r\u00e9citeras les textes que voici. Si tu ne m&rsquo;ob\u00e9is pas, ton moi ne se d\u00e9\u00adtruira pas, mais d\u00e8s l&rsquo;instant que tu mourras, il sera tortur\u00e9 sans r\u00e9mission, pour toujours, tou\u00adjours, sans que personne puisse jamais obtenir ton pardon, ni te consoler (ou je te plongerai en prison, etc&#8230; dans le social).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">On octroie ainsi au moi l&rsquo;\u00e9l\u00e9phantiasis. Don illusoire, car la notion moi est une antinomie, et voici que cette antinomie, si nous l&rsquo;imaginons aussi grande que le cosmos, si nous l&rsquo;appelons Dieu, ne sera jamais qu&rsquo;un \u00ab Principe \u00bb dissoci\u00e9 de son propre univers. Mais le moi ne voit pas ce qu&rsquo;il y a de pu\u00e9ril dans toutes ses religions. Il se soumet aux autorit\u00e9s spirituelles, il se soumet aux confor\u00admismes, et cette soumission d\u00e9truit pr\u00e9cis\u00e9ment sa possibilit\u00e9 de s&rsquo;affranchir, c&rsquo;est-\u00e0-dire sa vraie per\u00adsonnalit\u00e9, et renforce jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort le person\u00adnage moi dans un r\u00f4le inexorable et ridicule.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Si nous comprenons, par contre, que chaque individu est un ph\u00e9nom\u00e8ne absolument unique dans l&rsquo;histoire du monde, et que par cons\u00e9quent la notion qu&rsquo;il a d&rsquo;\u00eatre un moi est le r\u00e9sultat d&rsquo;une quantit\u00e9 d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments, d&rsquo;exp\u00e9riences, etc&#8230; qui n&rsquo;appartiennent qu&rsquo;\u00e0 lui, nous voyons aussit\u00f4t que, <em>pour se d\u00e9livrer, chacun doit rejeter des associations qui lui sont uniques<\/em>. Cette voie, tout \u00e0 fait particuli\u00e8re, que chacun a de se lib\u00e9rer, le fait que chaque moi, comme un agglom\u00e9rat de n\u0153uds, ne peut se d\u00e9faire qu&rsquo;en d\u00e9faisant les n\u0153uds qui le composent lui, et aucun autre, c&rsquo;est cela la personnalit\u00e9. Au con\u00adtraire, en prot\u00e9geant ce moi, en le repl\u00e2trant pour ne pas le d\u00e9faire, sous pr\u00e9texte que la personna\u00adlit\u00e9 est la notion que l&rsquo;on a d&rsquo;\u00eatre moi, on d\u00e9truit ce que l&rsquo;on a de particulier, c&rsquo;est-\u00e0-dire la seule issue que l&rsquo;on puisse avoir.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Les conflits dont nous sommes t\u00e9moins \u00e0 notre \u00e9poque marquent la f\u00e9roce volont\u00e9 qu&rsquo;ont les moi de r\u00e9sister aux assauts de la vie, au moment his\u00adtorique o\u00f9 la vie force le subjectif \u00e0 changer d&rsquo;\u00e9tat, \u00e0 briser les coques des moi, pour s&rsquo;accomplir. Tous ceux qui, en s&rsquo;attachant \u00e0 la permanence de leur moi, s&rsquo;opposent, sous pr\u00e9texte de personnalit\u00e9, \u00e0 la civilisation collectiviste qui finalement triom\u00adphera, ne comprennent pas que c&rsquo;est au contraire cette civilisation, qu&rsquo;ils combattent, qui d\u00e9gagera les personnalit\u00e9s. Nous assistons partout \u00e0 des luttes entre des pouvoirs organis\u00e9s, qui cherchent \u00e0 s&rsquo;ar\u00adracher la domination dite spirituelle sur les masses. R\u00e9cemment, un conflit entre le pape et un dictateur personnel dont le cri de ralliement \u00ab \u00e0 nous \u00bb in\u00addique assez que sa conception de l&rsquo;\u00c9tat n&rsquo;est qu&rsquo;une amplification de la notion \u00ab je suis moi \u00bb, nous a montr\u00e9 jusqu&rsquo;o\u00f9 peut aller la soumission des masses, de tous ces moi, qui pour \u00e9tablir leur per\u00admanence statique, acceptent par peur, de faire tous les gestes que l&rsquo;on veut, et de se soumettre tout entiers, c\u0153ur, corps et cervelle, \u00e0 tous les r\u00f4les que l&rsquo;on veut.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ayant expos\u00e9 les donn\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales de notre Com\u00e9die Psychologique, nous allons maintenant suivre pas \u00e0 pas le je qui ne veut plus \u00eatre un moi, dans la conqu\u00eate de sa d\u00e9livrance.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/quest-ce-que-cest-que-lhumain-par-carlo-suares\/\"><em>Chapitre pr\u00e9c\u00e9dent<\/em><\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-premiere-reponse-au-present-ext-5-par-carlo-suares\/\"><em>Chapitre suivant<\/em><\/a><\/p>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X1\" href=\"#Y1\">[1]<\/a> <strong>FORMATION DU GLOBE TERRESTRE<\/strong>. \u2014 Les th\u00e9ories scientifiques r\u00e9centes, qui font r\u00e9sulter la plan\u00e8te d&rsquo;un double processus (1 \u00b0 \u00e9clatement du corps c\u00e9leste primitif en innombrables fragments, 2\u00b0 condensation, autour des \u00adfragments les plus importants, des poussi\u00e8res et d\u00e9bris Cosmiques) ne font que confirmer notre description (qui ne s&rsquo;attache, d&rsquo;ailleurs, qu&rsquo;aux tr\u00e8s grandes lignes).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X2\" href=\"#Y2\">[2]<\/a> <strong>LA COM\u00c9DIE SEXUELLE<\/strong>. \u2014 Nous ne pouvons que pr\u00e9ciser ici l&rsquo;origine de la Com\u00e9die Sexuelle, telle qu&rsquo;elle se pr\u00e9sente \u00e0 notre m\u00e9thode. Cette origine est celle du je lui-m\u00eame. La pouss\u00e9e sexuelle s&rsquo;identifie \u00e0 la rupture d&rsquo;\u00e9quilibre qui fait mouvoir le je. La sexualit\u00e9 a jou\u00e9 un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant dans la formation des je individuels (tot\u00e9misations, etc.). La courbe du subjectif a son aspect sexuel, l&rsquo;histoire des je \u00e0 la recherche de la connaissance peut se d\u00e9crire sous cet aspect-l\u00e0 ; et, un jour, nous ver\u00adrons comment l&rsquo;aboutissement final du subjectif est aussi un aboutissement sexuel, une r\u00e9solution de la pouss\u00e9e sexuelle en une nouvelle combinaison. La psychanalyse a expliqu\u00e9 une inconnue, le je, par une autre inconnue, le sexe. L&rsquo;\u00e9difice qu&rsquo;elle a construit jusqu&rsquo;ici, peut \u00eatre utile provisoirement, mais ses fonda\u00adtions ne reposent pas sur le sol profond. Il est vrai que la psychanalyse ne pr\u00e9tend pas r\u00e9soudre les probl\u00e8mes ultimes. Pour reconstruire la psychanalyse sur le bon sol, nous devrons l&rsquo;examiner avec notre m\u00e9thode.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X3\" href=\"#Y3\">[3]<\/a> <strong>INTELLECT<\/strong><span style=\"font-size: small;\">. \u2014 Ce mot s&rsquo;oppose \u00e0 celui de Connais\u00adsance comme le statique et le passif s&rsquo;opposent au dyna\u00admique et \u00e0 l&rsquo;actif. Il n&rsquo;exprime que le statu quo du \u00ab moi \u00bb qui refuse de progresser. Kant, philosophe par excellence du statu quo, l&rsquo;appelle <\/span><span style=\"font-size: small;\"><em>Entendement<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> ; le tableau des Cat\u00e9\u00adgories, dans la <\/span><span style=\"font-size: small;\"><em>Critique de la Raison Pure<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\">, en constitue une description parfaite. L&rsquo;homme d\u00e9centralis\u00e9, doutant de l&rsquo;intellect, peut, alors seulement, le conna\u00eetre, en d\u00e9ter\u00adminer la fonction toute provisoire, et s&rsquo;en servir comme d&rsquo;une simple technique.<\/span><\/p>\n<p>Voici l&rsquo;antinomie qui constitue l&rsquo;essence de l&rsquo;intellect : gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;intellect, je puis me repr\u00e9senter, au m\u00eame instant, plusieurs actions possibles (cette porte : la possibilit\u00e9 de sortir; cette plume, la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire, etc.) ; parmi ces actions possibles j&rsquo;en accomplirai, \u00e0 tel instant donn\u00e9, une seule ; les autres seront sacrifi\u00e9es ; l&rsquo;intellect est donc d&rsquo;abord l&rsquo;expression (illusoire) du libre arbitre. D&rsquo;autre part, l&rsquo;intellect ne conna\u00eet jamais que des actions pass\u00e9es ; il les conna\u00eet selon un <em>d\u00e9terminisme<\/em> m\u00e9caniste. L&rsquo;intellect oscille entre les deux p\u00f4les illusoires du libre arbitre et du m\u00e9canisme : futur ind\u00e9termin\u00e9 ou pass\u00e9 d\u00e9termin\u00e9. Sa libert\u00e9, non plus que sa n\u00e9cessit\u00e9, n&rsquo;est jamais actuelle.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\">L&rsquo;intellect porte en lui, comme tout \u00e9quilibre provi\u00adsoire, les germes de sa destruction. Il peut, par les seules ressources de sa logique, \u00e9mettre ce jugement : \u00ab <\/span><span style=\"font-size: small;\"><em>le pass\u00e9 n&rsquo;est plus ; le futur n&rsquo;est pas encore<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> \u00bb. Mais l&rsquo;homme qui aurait le courage de penser ce double truisme, de le vivre, serait rendu \u00e0 la <\/span><span style=\"font-size: small;\"><em>r\u00e9alit\u00e9 actuelle<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;<\/span><span style=\"font-size: small;\"><em>acte<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> et de l&rsquo;<\/span><span style=\"font-size: small;\"><em>instant<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\">), et \u00ab son intellect ne lui appartiendrait d\u00e9sor\u00admais pas plus que son corps.<\/span><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X4\" href=\"#Y4\">[4]<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"font-size: small;\"><strong>INTELLECT ET MOI<\/strong><\/span><span style=\"font-size: small;\">. \u2014 On nous oppose ceci : \u00ab si l&rsquo;intellect ne peut reposer que sur la r\u00e9alit\u00e9 du moi, il ne pourrait pas d\u00e9montrer l&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9 du moi, ainsi que ce livre se propose de le faire. En outre, il est incontestable qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui de nombreuses personnes se sont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9\u00adlivr\u00e9es intellectuellement de l&rsquo;envo\u00fbtement du moi, et de ses religions \u00bb. Je r\u00e9pondrai \u00e0 cela en g\u00e9n\u00e9ralisant la phrase de la note pr\u00e9c\u00e9dente, au sujet de <\/span><span style=\"font-size: small;\"><em>l&rsquo;homme d\u00e9centralis\u00e9<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\">. L&rsquo;intellect n&rsquo;accepte de jouer \u00e0 \u00e9tablir la non-r\u00e9alit\u00e9 du moi, qu&rsquo;apr\u00e8s avoir transf\u00e9r\u00e9 cette r\u00e9alit\u00e9 dans les domaines affectifs et sensuels, \u00e9motions, amour, art, passions, ambitions, etc&#8230; domaines o\u00f9 il se d\u00e9clare incomp\u00e9tent, o\u00f9 il refuse de p\u00e9n\u00e9trer, dont il refuse de douter. Ce transfert de la r\u00e9alit\u00e9 du moi ne fait que renforcer son illusion, son centre, en rendant celui-ci invisible. Le moi, ainsi mis \u00e0 l&rsquo;abri, joue ensuite \u00e0 s&rsquo;iden\u00adtifier \u00e0 l&rsquo;intellect, et \u00e0 se prouver \u00e0 lui-m\u00eame son irr\u00e9alit\u00e9, et cela uniquement dans le but de se donner une exci\u00adtation intellectuelle, <\/span><span style=\"font-size: small;\"><em>des sensations qui sont le moi dans la perception qu&rsquo;il a de lui-m\u00eame<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\">. Poussant \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame l&rsquo;assertion absurde de Descartes, il \u00e9prouve ceci \u00ab je ne suis pas, donc je suis \u00bb. Ce que Descartes a fait pour les objets (je doute des objets, donc je suis), il le fait pour lui-m\u00eame, devenu son propre objet. Conclusion : n\u00e9ces\u00adsit\u00e9 de briser tous les centres autour desquels se recons\u00adtitue le moi, dans tous les domaines sans exception, et alors seulement, se servir de l&rsquo;intellect comme d&rsquo;une simple technique. Ce livre ne d\u00e9truira pas des moi, mais leur propose cette technique.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X5\" href=\"#Y5\">[5]<\/a> Tous les mythes, sans exception, toutes les reli\u00adgions dans leur totalit\u00e9 (cr\u00e9dos, th\u00e9ologies, m\u00e9taphysiques, morales, cultes) et d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale tous les symboles quels qu&rsquo;ils soient, religieux, occultes, artistique, sociaux, etc&#8230; ne sont que <span style=\"font-size: small;\"><em>des constructions qu&rsquo;\u00e9l\u00e8ve l&rsquo;inconscient non pas pour se r\u00e9veiller, mais pour prot\u00e9ger son sommeil<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\">. Autour de chaque lib\u00e9ration, de chaque tentative de r\u00e9veil, il construit en h\u00e2te ses symboles, pour replonger l&rsquo;huma\u00adnit\u00e9 (le dormeur) dans le sommeil : fondation des reli\u00adgions, etc&#8230; Ceci est une g\u00e9n\u00e9ralisation de la th\u00e8se freu\u00addienne des r\u00eaves, que nous appliquons \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 enti\u00e8re, dans toute son histoire (en donnant de nouvelles d\u00e9fini\u00adtions \u00e0 la conscience) et constituera un des leit-motifs de notre Com\u00e9die Religieuse.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X6\" href=\"#Y6\">[6]<\/a> Le petit monsieur moyen, dont le pays produit \u00e0 tout bout de champ \u00ab les plus grands hommes du monde \u00bb, est une partie de ces grands hommes : exalta\u00adtion, par procuration, de son petit moi. M\u00eame processus, exalt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, pour Dieu.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La naissance de la libert\u00e9, est la naissance de ca\u00adract\u00e8res isol\u00e9s, individuels, qui affranchissent le sujet des r\u00e9actions rigoureusement d\u00e9termin\u00e9es de l&rsquo;esp\u00e8ce. Cela ne veut dire aucunement que ces r\u00e9actions individuelles ne sont pas d\u00e9termin\u00e9es, mais elles le sont par des causes qui sont devenues individuelles. Ce je se met \u00e0 avoir des r\u00e9actions qui lui sont propres, il devient \u00e0 lui tout seul une nou\u00advelle esp\u00e8ce. 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