{"id":14454,"date":"2013-12-01T03:06:16","date_gmt":"2013-12-01T02:06:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=14454"},"modified":"2013-12-01T03:09:38","modified_gmt":"2013-12-01T02:09:38","slug":"lislam-la-revelation-du-dernier-prophete-par-vincent-monteil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lislam-la-revelation-du-dernier-prophete-par-vincent-monteil\/","title":{"rendered":"L\u2019Islam &#8211; La r\u00e9v\u00e9lation du dernier Proph\u00e8te par Vincent Monteil"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ce texte du d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 reste int\u00e9ressant quant \u00e0 sa pr\u00e9sentation de l&rsquo;histoire et des id\u00e9es islamiques. Mais il est limit\u00e9 dans ses d\u00e9tails g\u00e9opolitiques et statistiques par la date de son \u00e9criture&#8230; Depuis cette date\u00a0 les \u00e9v\u00e8nements se sont multipli\u00e9s: La chute du Shah en Iran, la chute de l&rsquo;URSS, les guerres en Irak-Iran, Afghanistan, Irak, Isra\u00ebl, Syrie, Liban ; conflit Sunnite-Chiite, la naissance d&rsquo;Al Qaeda et surtout la mondialisation qui profite et suscite souvent ce genre de guerres et conflits&#8230;<\/em><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">(Extrait de Les religions. \u00c9d. Marabout 1974)<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Perspective historique<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Au d\u00e9but du VIIe si\u00e8cle de notre \u00e8re, l&rsquo;isl\u00e2m na\u00eet dans la p\u00e9ninsule arabique, dont la surface \u00e9quivaut \u00e0 un tiers de l&rsquo;Europe. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9poque des M\u00e9rovingiens et des invasions lombardes. L&rsquo;Arabie se situe entre Byzance, l&rsquo;Iran s\u00e2s\u00e2\u00adnide et l&rsquo;Abyssinie chr\u00e9tienne. Dire que son peuplement est \u00ab arabe \u00bb ne devrait entra\u00eener aucune notion de \u00ab race \u00bb. En effet, les S\u00e9mites repr\u00e9sentent une classification linguistique (arabe, h\u00e9breu, aram\u00e9en, etc.) et une r\u00e9f\u00e9rence culturelle, mais nullement un groupe de peuples unis par des caract\u00e8res somatiques h\u00e9r\u00e9ditaires communs. On trouvait \u2013 on trouve toujours \u2013 en Arabie au moins trois \u00e9l\u00e9ments distincts : m\u00e9diterran\u00e9en, arm\u00e9no\u00efde et noir. On pr\u00e9f\u00e9rera donc le terme \u00ab ethnie \u00bb, pris dans le sens d&rsquo;un fonds culturel, caract\u00e9ris\u00e9 d&rsquo;abord par l&rsquo;usage de la langue arabe. Et, m\u00eame ainsi, encore faut-il tenir compte du facteur sud-arabique, attest\u00e9 par des inscriptions et des caract\u00e8res d&rsquo;\u00e9criture distincts.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Il ne faut pas perdre de vue, d&rsquo;autre part, que l&rsquo;Arabie ne se r\u00e9duit pas au d\u00e9sert. On a beaucoup r\u00e9p\u00e9t\u00e9 que l&rsquo;isl\u00e2m est une religion de nomades et, sans doute sur une phrase de Renan, que \u00ab le d\u00e9sert rend monoth\u00e9iste \u00bb. Ce d\u00e9terminisme simpliste ne r\u00e9siste pas \u00e0 l&rsquo;examen. S&rsquo;il est vrai que les nomades \u2013 ces \u00ab enfants du nuage charg\u00e9 de pluie \u00bb (owl\u00e2d el-mezn\u00e9), comme disent aujourd&rsquo;hui les Maures \u2013 tenaient une place importante, dont l&rsquo;actuel Sahara occidental peut donner une id\u00e9e, la vie \u00e9conomique reposait sur la symbiose des \u00e9leveurs avec les cultivateurs des oasis et les commer\u00e7ants des villes. Les caravanes faisaient le lien n\u00e9cessaire entre les uns et les autres et les transporteurs chameliers assuraient l&rsquo;ouverture sur le monde ext\u00e9rieur. La p\u00e9ninsule n&rsquo;\u00e9tait nullement isol\u00e9e de ses voisins. Un vice-roi abyssin avait gouvern\u00e9 au Y\u00e9men, o\u00f9 le Najr\u00e2n \u00e9tait de religion nesto\u00adrienne. Les juifs et les chr\u00e9tiens ponctuaient l&rsquo;Arabie. Celle-ci restait cependant idol\u00e2tre, ou plut\u00f4t polyth\u00e9iste en pratique, avec la vague notion d&rsquo;un \u00ab Deus ignotus, incertus, rernotus \u00bb (\u00ab Dieu inconnu, incertain, \u00e9loign\u00e9 \u00bb), analogue \u00e0 Ville que l&rsquo;on rencontre encore aujourd&rsquo;hui chez ces peuples que, faute de mieux, on persiste \u00e0 appeler \u00ab primitifs \u00bb. La Mekke, dans une \u00ab vall\u00e9e aride \u00bb (Coran, XIV, 37), est la capitale marchande et le centre religieux. C&rsquo;est l\u00e0 que se trouve le Cube de pierre, la Ka`ba, o\u00f9 l&rsquo;on v\u00e9n\u00e8re une Pierre noire descendue du Ciel et le Panth\u00e9on o\u00f9 l&rsquo;on remarque une Vierge \u00e0 l&rsquo;enfant. C&rsquo;est le temps de la \u00ab J\u00e2hi\u00adliyya \u00bb, que l&rsquo;on traduit g\u00e9n\u00e9ralement par \u00ab ignorance \u00bb, mais o\u00f9 R\u00e9gis Blach\u00e8re pr\u00e9f\u00e8re voir l&rsquo;ancienne \u00ab gentilit\u00e9 \u00bb ou \u00e9tat de nature o\u00f9 l&rsquo;homme vit selon sa loi \u00bb [R. Blach\u00e8re : <em>le Probl\u00e8me de Mahomet<\/em> (Paris, P.U.F, 1952) et le <em>Coran <\/em>(Paris, Maisonneuve, 1957)].<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Apr\u00e8s Montgomery Watt [R W. Montgomery Watt : <em>Mahomet \u00e0 La Mecque<\/em> (Paris, Payot, 1958) et <em>Mahomet \u00e0 M\u00e9dine<\/em> (Paris, Payot, 1959)], Maxime Rodinson [M. Rodinson : <em>Mahomet<\/em> (Paris, Club fran\u00e7ais du livre, 1961)] s&rsquo;est efforc\u00e9 de comprendre la naissance de la nouvelle religion en la confrontant avec la situation sociale globale de l&rsquo;Arabie au d\u00e9but du VIIe si\u00e8cle. Les tribus \u00e9taient domin\u00e9es par les liens du sang ou l&rsquo;esprit de corps unissant les familles qui se r\u00e9clamaient d&rsquo;un anc\u00eatre m\u00e2le commun (c&rsquo;est ce sentiment d&rsquo;al-\u2018asabiyya auquel, au XIVe si\u00e8cle, un Ibn Kald\u00fbn fera tant de place, \u00e0 propos de l&rsquo;Afrique du Nord). Mais l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9 commence \u00e0 miner le tribalisme, les tensions sociales s&rsquo;affirment, la polygamie. Omise, les r\u00e9pudiations faciles n&rsquo;effacent pas le r\u00f4le de la mire, m\u00eame si la naissance d&rsquo;une fille est mal accueillie. Louis Massignon <a id=\"Y1\" href=\"#X1\">[1]<\/a> a reconnu, dans l&rsquo;ancienne soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;Arabie, des caract\u00e8res tr\u00e8s archa\u00efques, comme le calendrier tropical dit des Pl\u00e9iades, dont certains seront, d&rsquo;ailleurs, repris par l&rsquo;isl\u00e2m. Le culte de la virilit\u00e9 (mu\u00adruwwa) pr\u00e9figure celui de la chevalerie, le t\u00e9moignage oral l&#8217;emporte sur la d\u00e9claration \u00e9crite et le Verbe sur la Lettre, l&rsquo;h\u00f4te est sacr\u00e9, le droit d&rsquo;asile inviolable et l&rsquo;axe des relations tourne autour du respect de la parole donn\u00e9e. Certains points, repris par le texte du Coran, sont d&rsquo;\u00e9tymologie incertaine : tel est le cas de ces isol\u00e9s appel\u00e9s han\u00eef, \u00ab hommes pieux qui sont, en quelque sorte, musulmans avant la lettre et qui pratiquent la han\u00eefiyya ou religion d&rsquo;Abraham \u00bb (R. Blach\u00e8re : <em>le Coran<\/em>).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">C&rsquo;est dans ce milieu social qu&rsquo;appara\u00eet une religion apparent\u00e9e au juda\u00efsme et au christianisme ce qui ne veut \u00e9videmment pas dire qu&rsquo;elle n&rsquo;en soit qu&rsquo;une contrefa\u00e7on. On se gardera de croire, avec le Moyen Age europ\u00e9en, que le Proph\u00e8te de l&rsquo;isl\u00e2m aurait pu \u00eatre initi\u00e9 par un moine chr\u00e9tien, Sergios Bahira, comme on \u00e9cartera toute \u00ab dict\u00e9e \u00bb coranique d&rsquo;un mythique \u00ab rabbin de La Mekke \u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Gen\u00e8se de l&rsquo;isl\u00e2m<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les dates propos\u00e9es pour la naissance de \u00ab Mahomet \u00bb s&rsquo;\u00e9talent entre 567 et 573 de notre \u00e8re. Orphelin de bonne heure, il appartient au clan H\u00e2shimite de la tribu des Quraysh. Pauvre caravanier, le jeune homme \u00e9pouse une veuve riche, Khad\u00eeja. C&rsquo;est un caract\u00e8re droit, honn\u00eate et sage ; on l&rsquo;appelle \u00ab Al-Amin \u00bb, l&rsquo;homme de confiance.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Vers l&rsquo;\u00e2ge de quarante ans, il re\u00e7oit, dans la solitude d&rsquo;une caverne du mont Hir\u00e2&rsquo;, la premi\u00e8re r\u00e9v\u00e9lation, qui le bouleverse. Une voix lui ordonne : \u00ab Pr\u00eache ! \u00bb (iqra), et non pas : \u00ab Lis ! \u00bb, comme on traduit trop souvent (Voir R. Blach\u00e8re : <em>le Coran<\/em>). Il se confie \u00e0 sa femme, \u00e0 ses intimes, se heurte \u00e0 l&rsquo;ironie des Mekkois, r\u00e9pond, en revanche, \u00e0 l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 spirituelle de clients, d&rsquo;affranchis, d&rsquo;esclaves, de r\u00e9volt\u00e9s. Ce qu&rsquo;il annonce est simple : l&rsquo;unit\u00e9 de Dieu (Allah), bienfaiteur mis\u00e9ricor\u00addieux, juge du dernier jour, la promesse du paradis aux croyants et de l&rsquo;enfer aux autres, le rappel des proph\u00e8tes ant\u00e9rieurs, d&rsquo;Adam \u00e0 J\u00e9sus, le rattachement solide de la foi nouvelle \u00e0 celle d&rsquo;Abraham, le P\u00e8re commun de tous.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>La r\u00e9sistance du milieu s&rsquo;organise<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Cela dure environ dix ans, au cours desquels l&rsquo;hostilit\u00e9 des marchands mekkois s&rsquo;accentue : ils sentent que la structure traditionnelle de leur soci\u00e9t\u00e9 est menac\u00e9e par l&rsquo;universalisme d&rsquo;une r\u00e9v\u00e9lation dont les aspects litt\u00e9ralement \u00ab r\u00e9volution\u00adnaires \u00bb ne peuvent qu&rsquo;inqui\u00e9ter les nantis. Tous les nouveaux fid\u00e8les ne sont-ils pas \u00e9gaux, aux yeux de Dieu ? Face \u00e0 ses ennemis, Muhammad ne peut que s&rsquo;expatrier dans l&rsquo;oasis du nord, Yathrib, que l&rsquo;on appellera M\u00e9dine, c&rsquo;est-\u00e0-dire la \u00ab ville du Proph\u00e8te \u00bb (c&rsquo;est cet exode ou \u00ab h\u00e9gire \u00bb (hijra) qui marque la date de naissance de la Communaut\u00e9 musulmane : le 16 juillet 622 deviendra le point de d\u00e9part de l&rsquo;ann\u00e9e musulmane, dite h\u00e9girienne). Les \u00e9migr\u00e9s et leurs partisans m\u00e9dinois (Ans\u00e2r) ne tardent pas \u00e0 se heurter au sectarisme des Juifs de Yathrib et \u00e0 l&rsquo;opposition d&rsquo;Arabes r\u00e9ticents, que le Coran surnomme \u00ab les hypocrites \u00bb. Vain\u00adqueur des Mekkois \u00e0 Badr, puis battu \u00e0 Ohod, Muhammad triomphe \u00e0 la bataille \u00ab du foss\u00e9 \u00bb (creus\u00e9 autour de M\u00e9dine). En l&rsquo;an VIII de l&rsquo;H\u00e9gire, il a gagn\u00e9 presque tous les Mekkois \u00e0 sa cause, apr\u00e8s avoir vaincu les juifs. En l&rsquo;an X, il parach\u00e8ve son \u0153uvre, d&rsquo;abord en passant un pacte de protection avec les chr\u00e9tiens nestoriens du Najr\u00e2n (Y\u00e9men), puis en retournant \u00e0 La Mekke, pour le p\u00e8lerinage de l&rsquo;adieu. Il y prononce un admirable sermon et meurt, \u00e0 M\u00e9dine, le 8 juin 632. La p\u00e9ninsule arabique est alors pratiquement convertie \u00e0 l&rsquo;isl\u00e2m et c&rsquo;est La Mekke qui donne la direction de la pri\u00e8re des musulmans.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Les \u00e9tapes de la propagation de l&rsquo;isl\u00e2m<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">A la mort de Muhammad, son beau-p\u00e8re Ab\u00fb-Bakr lui succ\u00e9da, suivi par \u2018Omar, \u2018Othm\u00e2n et enfin \u2018Ali, cousin et gendre du Proph\u00e8te, qui p\u00e9rirent tous trois assassin\u00e9s. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;\u00c9tat de M\u00e9dine (632-661) et des quatre cali\u00adfes \u00ab bien dirig\u00e9s \u00bb (r\u00e2shid\u00fbn). Ce titre de calife (khal\u00eefa) signifie vicaire, lieutenant (du Proph\u00e8te). Chaque calife est choisi par les notables. Il est l&rsquo;im\u00e2m qui pr\u00e9side la pri\u00e8re et le commandeur des croyants. L&rsquo;expansion territoriale porte l&rsquo;isl\u00e2m en Syrie, en \u00c9gypte, en M\u00e9sopotamie, en Iran, aux bords de l&rsquo;Indus. Mais c&rsquo;est aussi le temps du grand schisme, entre les partisans d\u2019\u2018Al\u00ee : les sh\u00ee`ites, les kh\u00e2rijites intran\u00adsigeants et la grande majorit\u00e9 orthodoxe ou sunnite, c&rsquo;est-\u00e0-dire fid\u00e8le \u00e0 la Tradition (Sunna) du Proph\u00e8te. C&rsquo;est le premier \u00ab \u00e2ge d&rsquo;or \u00bb de l&rsquo;isl\u00e2m.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>De grands empires islamiques se constituent<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;Empire omayyade a un caract\u00e8re plus temporel. Sa capitale est \u00e0 Damas. Les conqu\u00eates se poursuivent : l&rsquo;Afghanistan, l&rsquo;Indus, l&rsquo;Arm\u00e9nie, la Transoxiane, jusqu&rsquo;au limes de la Chine et de l&rsquo;Inde ; \u00e0 l&rsquo;ouest : l&rsquo;Afrique du Nord, l&rsquo;Espagne, les incursions en Gaule et la bataille de Poitiers (732). Pendant pr\u00e8s d&rsquo;un si\u00e8cle (661-750), c&rsquo;est l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie arabe, les convertis \u00e9trangers restant des musulmans tenus quelque peu \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart. Par r\u00e9action, et aussi pour protester contre le laxisme religieux des Omayyades, les m\u00e9contents se soulev\u00e8rent et proclam\u00e8rent calife un descendant d&rsquo;Ibn \u2018Abbas, oncle du Proph\u00e8te, connu pour sa pi\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">La dynastie des \u2018Abb\u00e2sides dura cinq si\u00e8cles (750-1258) et prit Bagdad pour capitale. C&rsquo;est le triomphe des influen\u00adces iraniennes, apr\u00e8s celui des influences byzantines sous les Omayyades. C&rsquo;est une histoire extr\u00eamement complexe, avec la grande \u00e9poque de l&rsquo;humanisme classique, du IXe au XIe si\u00e8cle : Bagdad s&rsquo;impr\u00e8gne de la pens\u00e9e grecque et lance un grand mouvement de traduction ; Le Caire, sous les F\u00e2timides, Cordoue, en Espagne musulmane, brillent d&rsquo;un incomparable \u00e9clat. Mais, jusqu&rsquo;au XIe si\u00e8cle, la cour de Bagdad est soumise \u00e0 des dynasties de vizirs shi\u2019ites, cependant que les mercenaires turcs font sentir leur poids grandissant \u00e0 partir du Xe si\u00e8cle. De l&rsquo;int\u00e9rieur, l&rsquo;Empire \u2018abb\u00e2side est secou\u00e9 par des mouvements sociaux, comme le communisme initiatique des qarmates ; les Iraniens revendi\u00adquent leur originalit\u00e9 ; les corporations s&rsquo;unissent par le pacte d&rsquo;honneur artisanal <a id=\"Y2\" href=\"#X2\">[2]<\/a>. De l&rsquo;ext\u00e9rieur, les croisades, entre les dates extr\u00eames de 1095 et de 1270, eurent pour r\u00e9sultat objectif la r\u00e9unification de l&rsquo;isl\u00e2m orthodoxe (sunnite), dont le principal artisan fut le Kurde Saladin. L&rsquo;Empire \u2018abb\u00e2\u00adside fut aussi divis\u00e9 en royaumes schismatiques ind\u00e9pendants, en Alg\u00e9rie, au Maroc et surtout au Caire (F\u00e2timides). Pendant un si\u00e8cle (929-1031), il y eut m\u00eame deux califats oppos\u00e9s : celui de Bagdad et celui des califes omayyades de Cordoue. Mais l&rsquo;Espagne musulmane s&rsquo;effrite sous les coups de la Reconquista chr\u00e9tienne, de la prise de Tol\u00e8de (1085) \u00e0 celle de S\u00e9ville (1248). Du XIe au XIIIe si\u00e8cle, deux dynasties berb\u00e8res r\u00e8gnent sur le Maroc et l&rsquo;Andalousie : les Almoravides et les Almohades. La derni\u00e8re principaut\u00e9 musulmane d&rsquo;Espagne, celle de Grenade, tombera en 1492.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Des nomades d&rsquo;Asie centrale envahissent le sud<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;invasion mongole ouvre une nouvelle phase : celle de l&rsquo;entr\u00e9e en sc\u00e8ne de nomades bouddhistes venus de la loin\u00adtaine Asie centrale. En 1258, ils s&#8217;emparent de Bagdad et massacrent le calife et sa famille. Ils se convertiront peu \u00e0 peu \u00e0 l&rsquo;islam. En \u00c9gypte, ce sont des affranchis, les mamelouks (rnaml\u00fbk), qui prennent le pouvoir et stoppent l&rsquo;avance mongole. Au XIVe si\u00e8cle, les Turcs ottomans d&rsquo;Anatolie se font les d\u00e9fenseurs de l&rsquo;orthodoxie sunnite et conqui\u00e8rent la Bulgarie. Un Turc sunnite, Tamerlan (Timur Lang), r\u00eave d&rsquo;un empire militaire unifi\u00e9 : parti de Samarkand, il ravage l&rsquo;Afghanistan, la Russie m\u00e9ridionale, le nord de l&rsquo;Inde et il bat les Ottomans \u00e0 Ankara, en 1405. Mais, \u00e0 sa mort, tout se d\u00e9compose. Au Maghreb, les trois royaumes de Tunis, de Tlemcen et de F\u00e8s restent en dehors des raids turco-mongols. Les Turcs ottomans prennent Cons\u00adtantinople en 1453, date qui marque le d\u00e9but de la Renais\u00adsance europ\u00e9enne.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Les Temps modernes, du XVIe si\u00e8cle \u00e0 nos jours, sont d&rsquo;abord marqu\u00e9s par la pr\u00e9sence de quatre \u00c9tats : l&rsquo;Em\u00adpire ottoman, dont le sultan reprend le titre de calife, qui atteint son apog\u00e9e avec Soliman le Magnifique, alli\u00e9 de Fran\u00e7ois 1<sup>er<\/sup> , et qui \u00e9tend son pouvoir sur l&rsquo;Asie Mineure, la M\u00e9sopotamie, les Balkans, la Crim\u00e9e, l\u2019\u00c9gypte et l&rsquo;Afrique du Nord (except\u00e9 le Maroc), mais il devient \u00ab\u00a0l&rsquo;homme malade \u00bb de l&rsquo;Europe et perd la Gr\u00e8ce et ses possessions africaines ; la Perse des Safavides (dynastie royale qui r\u00e9gna en Perse du XVe au XVIIIe si\u00e8cle) impose, au XVIIe si\u00e8cle, le shiisme comme religion d&rsquo;\u00c9tat et rayonne de l&rsquo;\u00e9clat d&rsquo;une culture et d&rsquo;une civilisation excep\u00adtionnelles ; l&rsquo;Empire indien des Grands Mogols est ortho\u00addoxe (sunnite), mais le sultan Akbar (1542-1605) est s\u00e9duit par le shiisme et ouvert \u00e0 l&rsquo;hindouisme, cependant qu&rsquo;il fait du persan, au lieu de l&rsquo;arabe, la langue officielle \u2013 le dernier Grand Mogol mourra, exil\u00e9 par les Anglais, en 1857 ; le Maroc, enfin, sut conserver son ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis des Turcs, sous plusieurs dynasties, dont l&rsquo;actuelle (\u2018alaw\u00eete) se rattache \u00e0 la famille du Proph\u00e8te, le souverain portant traditionnellement le titre religieux d&rsquo;im\u00e2m. Outre ces quatre \u00c9tats musulmans, il y en eut bien d&rsquo;autres, de moindre importance, comme l&rsquo;Empire du Mali, c\u00e9l\u00e8bre au XIVe si\u00e8cle, en Afrique occidentale, ou le sultanat d&rsquo;Atj\u00e9h, au nord de Sumatra (en Indon\u00e9sie), que les Hollandais mirent 35 ans \u00e0 r\u00e9duire. Aujourd&rsquo;hui, la majorit\u00e9 des 500 millions de musulmans du monde est regroup\u00e9e en \u00c9tats ind\u00e9pendants, le reste constituant des minorit\u00e9s plus ou moins importantes, comme celles de l&rsquo;Inde (60 millions), de l&rsquo;Union sovi\u00e9tique (au moins 30 millions) et de la R\u00e9publi\u00adque populaire de Chine (10 millions environ).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">On peut se demander quelles ont \u00e9t\u00e9 les causes du succ\u00e8s de l&rsquo;isl\u00e2m. Comment cette religion s&rsquo;est-elle r\u00e9pandue aussi vite et aussi loin ? Certes, il y eut l&rsquo;effet des divisions internes des Empires byzantin et perse. Ce sont les chr\u00e9tiens qui ont ouvert les portes de Damas et d&rsquo;Alexandrie. En Afrique du Nord, on a soutenu que les Berb\u00e8res \u00e9taient conquis par l&rsquo;esprit \u00e9galitaire de l&rsquo;isl\u00e2m. Partout, il semble certain que les conversions aient permis l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 un statut sup\u00e9rieur des couches d\u00e9favoris\u00e9es, et notamment des esclaves. Tel fut assur\u00e9ment le cas en Afrique noire ou en Inde, o\u00f9 c&rsquo;\u00e9tait le seul moyen d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 la condition servile ou \u00e0 la caste des parias. D&rsquo;autres facteurs ont jou\u00e9 : l&rsquo;isl\u00e2m est, d&#8217;embl\u00e9e, une religion simple, sans \u00ab myst\u00e8re. \u00bb ni sacrements, \u00e0 bien des \u00e9gards rationnelle (sinon rationaliste). D&rsquo;autre part, y adh\u00e9rer n&rsquo;implique pas une rupture brutale de la cellule familiale (\u00e0 ce point de vue, la tol\u00e9rance de la polygamie a jou\u00e9 un r\u00f4le maintes fois relev\u00e9). \u00c0 mesure que se rappro\u00adche l&rsquo;\u00e8re contemporaine des ind\u00e9pendances nationales, l&rsquo;isl\u00e2m n&rsquo;est pas ressenti par ses fid\u00e8les comme une religion \u00e9trang\u00e8re, f\u00fbt-ce au S\u00e9n\u00e9gal ou en Indon\u00e9sie. \u00c0 bien des \u00e9gards, il se confond aujourd&rsquo;hui, dans sa distribution g\u00e9ographique et humaine, avec le Tiers Monde des \u00ab nations prol\u00e9taires \u00bb.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Un probl\u00e8me demeure en suspens : comment expliquer la d\u00e9cadence d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 religieuse \u0153cum\u00e9nique, qui connut ses heures de gloire et d&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie, au moment m\u00eame o\u00f9 l&rsquo;Europe prenait son essor et gagnait son avance d\u00e9cisive dans le domaine des sciences et de la technique ? On a avanc\u00e9 diverses interpr\u00e9tations, dont aucune ne para\u00eet satisfaisante. Dire que la Cit\u00e9 musulmane s&rsquo;est engourdie dans la torpeur de ses premiers succ\u00e8s ne vaut pas mieux que de pr\u00e9tendre qu&rsquo;il y aurait quelque incompatibilit\u00e9 fonci\u00e8re entre \u00ab la foi du d\u00e9sert \u00bb et les exigences des temps modernes. L&rsquo;isl\u00e2m traditionnel r\u00e9pugne \u00e0 l&rsquo;al\u00e9a, au risque : il est vrai, les musul\u00admans ont trop souvent, bien \u00e0 tort, confondu l&rsquo;interdiction canonique de l&rsquo;usure avec celle du pr\u00eat \u00e0 int\u00e9r\u00eat, et m\u00eame de n&rsquo;importe quel int\u00e9r\u00eat \u2013 ce qui paralyse tout d\u00e9veloppement<br \/>\n\u00e9conomique. Mais une religion est, avant tout, une \u00ab r\u00e9\u00adponse \u00bb aux \u00e9ternelles questions du destin de l&rsquo;homme et du sens de la vie. Elle n&rsquo;est pas, en soi, une r\u00e8gle, une m\u00e9thode de solution aux probl\u00e8mes de la survie mat\u00e9rielle des soci\u00e9t\u00e9s. Ou, si les croyants la font servir \u00e0 cette fin, tel n&rsquo;\u00e9tait pas son \u00ab projet \u00bb originel. On r\u00e9p\u00e8te encore que l&rsquo;islam est ennemi de toute innovation : sans doute, mais dans son domaine, celui de la foi. Au verset coranique, \u00e0 la Tradition du Proph\u00e8te qui sembleraient encourager l&rsquo;inertie, on peut toujours en opposer d&rsquo;autres qui recommandent l&rsquo;effort et le travail. On fait, depuis des si\u00e8cles, grief \u00e0 l&rsquo;isl\u00e2m d&rsquo;\u00eatre ou d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 obscurantiste, ce qui est faire preuve d&rsquo;une singuli\u00e8re igno\u00adrance de ses \u00e2ges d&rsquo;or \u00e0 Bagdad, au Caire ou \u00e0 Cordoue, de sa contribution insigne \u00e0 la conservation et \u00e0 la diffusion de la science et de la philosophie grecques du r\u00f4le international longtemps jou\u00e9 par la langue arabe (et, en Asie, par le persan), des d\u00e9couvertes pratiques ou intellectuelles dues \u00e0 des musulmans \u2013 de l&rsquo;x alg\u00e9brique \u00e0 la distinction fondamentale (et non pas toute moderne) entre le temps des horloges et le temps int\u00e9rieur. Le monde musulman n&rsquo;a pas seulement servi de relais \u00e0 des inventions chinoises : il a \u00e9labor\u00e9 sa propre vision des choses et mis au point, perfectionn\u00e9 ce qui lui venait d&rsquo;ailleurs. Quant \u00e0 reprocher \u00e0 l&rsquo;isl\u00e2m le pr\u00e9tendu fatalisme musulman, c&rsquo;est confondre la \u00ab remise \u00bb du croyant entre les mains de Dieu (le mot \u00ab isl\u00e2m \u00bb ne signifie pas autre chose : \u00ab soumission \u00bb) avec un refus de l&rsquo;action, une passi\u00advit\u00e9, qu&rsquo;on pourrait alors comparer \u00e0 la r\u00e9signation chr\u00e9tienne mal comprise.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Les conflits \u00e9conomiques et politiques ont jou\u00e9 un grand r\u00f4le<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Une histoire \u00e9conomique et sociale du monde musulman <a id=\"Y3\" href=\"#X3\">[3]<\/a> pourrait apporter des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse moins subjectifs. On sait, par exemple, que les Chinois et les Cor\u00e9ens connaissaient (bien avant Gutenberg), d\u00e8s le IXe si\u00e8cle, les carac\u00adt\u00e8res mobiles d&rsquo;imprimerie. Comment se fait-il que les Arabes, qui vainquirent les Chinois au Turkestan d\u00e8s le d\u00e9but du VIIIe si\u00e8cle (en 751), leur aient emprunt\u00e9 le papier (que, plus tard, l&rsquo;Espagne musulmane introduisit en Europe), mais non l&rsquo;usage de l&rsquo;imprimerie (attest\u00e9 en Chine en 868) ? Sans doute faut-il en chercher l&rsquo;explication dans le caract\u00e8re sa\u00adcr\u00e9 du Coran, qu&rsquo;aucune erreur d&rsquo;impression ne devrait ris\u00adquer d&rsquo;alt\u00e9rer, mais aussi dans le r\u00f4le insigne de la caste des scribes, des copistes, auxquels l&rsquo;imprimerie e\u00fbt fait perdre leur gagne-pain. On ressasse, depuis Max Weber <a id=\"Y4\" href=\"#X4\">[4]<\/a> (1920), que le capitalisme naissant aurait \u00e9t\u00e9 favoris\u00e9 par le protestantisme, sans voir l&rsquo;influence de l&rsquo;isl\u00e2m au Moyen Age sur la fonda\u00adtion et l&rsquo;essor des banques juives <a id=\"Y5\" href=\"#X5\">[5]<\/a>. La structure sociale, en Terre d&rsquo;isl\u00e2m (comme ailleurs, comme dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 gr\u00e9co-romaine), reposait en partie sur l&rsquo;esclavage. Or, \u00ab au VIIIe si\u00e8cle, l&rsquo;Empire islamique inaugura l&rsquo;exploitation co\u00adloniale g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, fond\u00e9e sur une banque juive, les jah\u00e2bidha du khalifat, finan\u00e7ant les exp\u00e9ditions maritimes, razziant les animaux inapprivois\u00e9s (ivoire des \u00e9l\u00e9phants d&rsquo;Afrique), raco\u00adlant parmi les tribus noires la main-d\u2019\u0153uvre n\u00e9cessaire aux plantations industrialis\u00e9es d&rsquo;Irak, charg\u00e9e \u00e0 bord des boutres arabes. L&rsquo;orthodoxie bagdadienne des esclavagistes se justi\u00adfiait en qualifiant ces Noirs d&rsquo;infid\u00e8les (k\u00e2fir\u00fbn), donc de damn\u00e9s&#8230; et en rejetant le p\u00e9ch\u00e9 d&rsquo;usure du financement de l&rsquo;op\u00e9ration sur ses banquiers, \u00e0 qui elle faisait \u00ab porter son p\u00e9ch\u00e9 \u00bb <a id=\"Y6\" href=\"#X6\">[6]<\/a>. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs, parce que le maniement des m\u00e9taux pr\u00e9cieux \u00e9tait interdit aux musulmans (en raison de ce m\u00eame risque d&rsquo;usure) que la Cit\u00e9 musulmane confia l&rsquo;or et l&rsquo;argent aux \u00ab arbitragistes \u00bb juifs. C&rsquo;est encore pour transpor\u00adter les esclaves africains que les bateaux construits sur la c\u00f4te sud de l&rsquo;Arabie utilis\u00e8rent l&rsquo;invention arabe de la voile \u00ab latine \u00bb triangulaire, import\u00e9e en M\u00e9diterran\u00e9e \u00e0 la fin du IXe si\u00e8cle : \u00e0 partir de 1450, c&rsquo;est elle qui d\u00e9terminera l&rsquo;essor des grandes d\u00e9couvertes maritimes. Il y eut donc souvent comme une \u00ab onde de choc en retour \u00bb de la pens\u00e9e arabe sur la civilisation europ\u00e9enne.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Une d\u00e9cadence qui ne va pas sans gloire<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Et puis, il faudrait examiner de pr\u00e8s cette notion de \u00ab d\u00e9ca\u00addence\u00a0\u00bb. On la fait g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9pendre, pour les musul\u00admans, de la \u00ab fermeture de l&rsquo;ijtih\u00e2d \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;on cesse d&rsquo;exercer son effort de recherche personnelle, pour s&rsquo;en remettre aveugl\u00e9ment \u00e0 la routine, au taql\u00eed. Dans ce sens, on consid\u00e8re le XIVe si\u00e8cle comme un \u00e2ge de d\u00e9cadence pour l&rsquo;islam. Il est exact que l&rsquo;on est bien loin, alors, des grandes heures de Bagdad ou de Cordoue, et que la plupart des \u00e9crivains se bornent \u00e0 compiler leurs devanciers. C&rsquo;est pourtant \u00e0 la fin de ce si\u00e8cle tenu pour st\u00e9rile, en 1387, que le grand Maghr\u00e9bin Ibn Khald\u00fbn <a id=\"Y7\" href=\"#X7\">[7]<\/a> termine le premier jet de son \u00ab Introduction \u00bb (Muqaddima), qui est un v\u00e9ritable \u00ab Discours sur l&rsquo;histoire universelle \u00bb, en m\u00eame temps que la pierre angulaire de la sociologie. On dira : c&rsquo;est une exception, certes remarquable, mais qui confirme la r\u00e8gle. \u00c0 quoi les objections ne manquent pas. Et d&rsquo;abord celle-ci : un g\u00e9nie, un pr\u00e9curseur de cette taille, est tout de m\u00eame enfant\u00e9 par son temps, il a des racines, son milieu le d\u00e9ter\u00admine (Ibn Khald\u00fbn dira : \u00ab L&rsquo;homme est l&rsquo;enfant de ses habitudes. \u00bb). Se serait-il tellement souci\u00e9 des probl\u00e8mes du travail, de ce qu&rsquo;il appelle \u00ab les mani\u00e8res de gagner sa vie \u00bb, si ce genre de pr\u00e9occupation avait \u00e9t\u00e9 absent de son \u00e9poque ? Aurait-il pressenti la th\u00e9orie darwinienne de l&rsquo;\u00e9volution, si une cha\u00eene de philosophes ant\u00e9rieurs (dont quelques maillons subsistent) ne l&rsquo;y avait conduit ? Mais il y a plus. \u00c0 mesure que se d\u00e9veloppent et s&rsquo;approfondissent les recherches margi\u00adnales, c&rsquo;est-\u00e0-dire celles qui portent sur les franges lointaines du monde musulman, sur les plus \u00e9loign\u00e9es du c\u0153ur arabe, on s&rsquo;aper\u00e7oit de la richesse et de l&rsquo;originalit\u00e9 de la pens\u00e9e iranienne, indienne ou malaise des basses \u00e9poques. Le XVIe et le XVIIe si\u00e8cle en Perse \u2013 les travaux d&rsquo;Henri Corbin [<em>Histoire de la philosophie islamique<\/em> (Paris, Gallimard, 1964)] l&rsquo;ont bien montr\u00e9 \u2013 n&rsquo;abondent-ils pas en \u0153uvres d&rsquo;inspiration shi\u2019ite, de valeur comparable \u00e0 des \u00e9crits plus anciens et jusqu&rsquo;ici mieux connus ? Les grands mystiques de Sumatra sont du XVIIe si\u00e8cle. On a vu que les tendances syncr\u00e9tiques de l&#8217;empereur mogol Akbar se sont exprim\u00e9es \u00e0 la fin du XVIe si\u00e8cle. H\u00e9r\u00e9sies, dira-t-on. Mais peut-on \u00e9tudier et comprendre une religion sans faire leur part \u00e0 ses h\u00e9r\u00e9sies ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Pour l&rsquo;isl\u00e2m, juifs et chr\u00e9tiens sont \u00ab les gens du Livre \u00bb<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Cette remarque en am\u00e8ne une autre : celle qui soul\u00e8ve la question des rapports entre les musulmans, les chr\u00e9tiens et les juifs. On a vu que l&rsquo;Arabie, avant l&rsquo;isl\u00e2m, abritait des minorit\u00e9s juives et chr\u00e9tiennes. Les caravaniers arabes \u00e9taient en contact avec les unes et les autres, comme avec le monde ext\u00e9rieur. Le Coran place les adeptes des deux Testaments dans la cat\u00e9gorie \u00e0 part des \u00ab gens du Livre \u00bb (Ahl al-Kit\u00e2b), c&rsquo;est-\u00e0-dire des scripturaires, de ceux qui ont re\u00e7u des \u00c9critures. Il ne convient donc pas de les traiter comme les autres. Les traditions ont gard\u00e9 le souve\u00adnir du premier pacte pass\u00e9, au Xe si\u00e8cle de l&rsquo;H\u00e9gire, entre Muhammad et les chr\u00e9tiens (nestoriens) y\u00e9m\u00e9nites du Najr\u00e2n. Ceux-ci envoy\u00e8rent \u00e0 M\u00e9dine une d\u00e9l\u00e9gation comprenant leur \u00e9v\u00eaque. Le Proph\u00e8te, devant le refus de se convertir de cette ambassade, proposa aux chr\u00e9tiens le recours au \u00ab juge\u00adment de Dieu \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 l&rsquo;ordalie d&rsquo;ex\u00e9cration r\u00e9ciproque (mub\u00e2hala), appelant la mal\u00e9diction divine sur les menteurs. Les nestoriens, on ne sait pourquoi, se d\u00e9rob\u00e8rent. Sans qu&rsquo;il y ait eu guerre ou d\u00e9faite militaire, l&rsquo;isl\u00e2m, \u00e0 ses d\u00e9buts, accorda, par un pacte librement consenti, son respect du droit des gens, en \u00e9change d&rsquo;un imp\u00f4t et de prestations raisonnables. D&rsquo;apr\u00e8s le texte reproduit par Muhammad Ha\u00admidullah [<em>la Vie du Proph\u00e8te<\/em> (Paris, Vrin, 1959)], aucune humiliation ne p\u00e8sera sur eux.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Le Proph\u00e8te de l&rsquo;isl\u00e2m, il est vrai, t\u00e9moigna de plus de sympathie envers les chr\u00e9tiens qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des juifs. Un c\u00e9l\u00e8bre verset du Coran (V, 82) ne dit-il pas : \u00ab Tu trouveras certes que les gens les plus hostiles \u00e0 ceux qui croient sont les juifs et les associateurs et tu trouveras que les gens les plus proches de ceux qui croient, par l&rsquo;amiti\u00e9, sont ceux qui disent : \u00ab\u00a0Nous sommes chr\u00e9tiens\u00a0\u00bb. C&rsquo;est que, parmi ceux-ci, se trouvent des pr\u00eatres et des moines et que ces gens ne s&rsquo;enflent point d&rsquo;orgueil \u00bb ? (Blach\u00e8re : <em>le Coran<\/em>). En tout cas, l&rsquo;examen attentif de la doctrine de l&rsquo;isl\u00e2m fait ressortir la nature exacte de ses rapports avec les religions ant\u00e9rieures qui se r\u00e9clament de l&rsquo;Ancien ou du Nouveau Testament.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;isl\u00e2m ?<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Une fois pos\u00e9s les jalons de l&rsquo;histoire \u00e9v\u00e9nementielle, on ne peut comprendre une religion qu&rsquo;en se mettant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, au c\u0153ur m\u00eame de sa doctrine. Le credo est apparemment tr\u00e8s simple. Il suffit, pour \u00eatre musulman, de t\u00e9moigner de l&rsquo;unit\u00e9 de Dieu et de la mission du Proph\u00e8te Muhammad. Cela, en principe.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Le credo musulman se r\u00e9sume en cinq articles<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dans un des propos de la tradition (hadith) attribu\u00e9 au Proph\u00e8te, celui-ci d\u00e9clare : \u00ab La foi, c&rsquo;est de croire en Dieu, \u00e0 ses anges, \u00e0 la vie future, aux proph\u00e8tes, \u00e0 la r\u00e9surrection. \u00bb On peut ainsi retenir cinq articles de foi.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">1. Dieu est unique (All\u00e2h signie \u00ab le seul Dieu \u00bb), bienfai\u00adteur, mis\u00e9ricordieux, tout-puissant, juge supr\u00eame, inaccessible \u00e0 ses adorateurs. Il porte quatre-vingt-dix-neuf noms qui, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s du mot \u2018abd (\u00ab adorateur \u00bb ou \u00ab serviteur \u00bb) permet\u00adtent autant de combinaisons pour former les pr\u00e9noms musulmans \u2013 \u2018Abd-Allah \u00e9tant le plus commun ;<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">2. L&rsquo;unique Dieu est le Dieu vivant, le Dieu d&rsquo;Abraham, celui des juifs et des chr\u00e9tiens. Mo\u00efse, J\u00e9sus et Muhammad sont ses trois plus grands proph\u00e8tes. La Bible et l&rsquo;\u00c9vangile sont deux Livres r\u00e9v\u00e9l\u00e9s, au m\u00eame titre que le Coran. Le tort des juifs et des chr\u00e9tiens a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;en alt\u00e9rer le contenu. Muhammad, d&rsquo;ailleurs pr\u00e9dit par J\u00e9sus (Coran, LXI, 6), est venu clore la R\u00e9v\u00e9lation. Il est le Sceau des Proph\u00e8tes, il ne pourra plus y en avoir d&rsquo;autre apr\u00e8s lui (Coran XXXIII, 40). Cet axiome th\u00e9ologique, de valeur primordiale, condamne par avance les \u00ab proph\u00e8tes \u00bb ult\u00e9rieurs qui se r\u00e9clameront de l&rsquo;isl\u00e2m (cela vaut pour les Ahmadiyya du Pakistan comme pour les Black Muslims d&rsquo;Am\u00e9ri\u00adque) ;<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">3. Les Anges ont des ailes ; ce sont des cr\u00e9atures de lumi\u00e8re, porteuses des ordres de Dieu, envoy\u00e9es pour secou\u00adrir les croyants et enregistrer leurs actes ; ils seront t\u00e9moins et intercesseurs au Jugement dernier. Certains sont rebelles, comme Satan \u2013 aussi appel\u00e9 Ibl\u00ees, \u2013 tentateur d&rsquo;Adam et des hommes. Quant aux djinns (jinn), ce sont comme \u00ab des flammes aux aguets \u00bb aux portes du Ciel (Coran, LXXII, 9) ; il en est de croyants et de r\u00e9volt\u00e9s ; ils ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s \u00ab de feu clair (Coran, LV, 14) \u00bb ; ils peuvent vivre en commu\u00adnaut\u00e9s et le monde musulman abonde en r\u00e9cits \u00e0 leur sujet ;<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">4. Dieu est le \u00ab Souverain du Jour du Jugement \u00bb (I, 4). C&rsquo;est Lui qui \u00ab fait sortir le Vivant du Mort et le Mort du Vivant \u00bb (III, 27). Quand viendra l&rsquo;heure \u2013 \u00ab celle qui fracasse \u00bb (CI) \u2013, \u00ab les hommes seront comme papillons dispers\u00e9s et les monts comme flocons de laine card\u00e9e \u00bb. Ce jour-l\u00e0 (XCIX), \u00ab la terre sera secou\u00e9e de son s\u00e9isme et rejettera ses fardeaux&#8230; Qui aura fait le poids d&rsquo;un atome de bien, le verra. Qui aura fait le poids d&rsquo;un atome de mal, le verra \u00bb. Les justes iront au Paradis, et les autres seront vou\u00e9s au feu de la G\u00e9henne. Les \u00e9lus, servis par des \u00e9ph\u00e8bes et des houri aux grands yeux (LII, 20-24), se reposeront dans les jardins. \u00ab Les compagnons de la droite \u00bb seront \u00e0 l&rsquo;ombre, sur des tapis, tandis que \u00ab les compagnons de la gauche \u00bb seront plong\u00e9s \u00ab dans un souffle torride et une eau bouillante \u00bb (LVI, 27-42) ;<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">5. Enfin, l&rsquo;\u00e9ternel probl\u00e8me de la pr\u00e9destination et du libre arbitre est \u00e9voqu\u00e9 par le d\u00e9cret divin (qadar) qui est rendu n\u00e9cessaire par la toute-puissance et l&rsquo;omniscience de Dieu, mais qui laisse l&rsquo;homme pleinement responsable de ses actes. Il y a l\u00e0, bien entendu, une difficult\u00e9 majeure, que connais\u00adsent toutes les religions et que seuls les croyants peuvent r\u00e9soudre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Cinq obligations rituelles forment les cinq Lois de la vie religieuse<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Tout musulman est personnellement astreint \u00e0 cinq obliga\u00adtions rituelles, que l&rsquo;on appelle les Cinq Piliers (ark\u00e2n) de l&rsquo;isl\u00e2m : la profession de foi, la pri\u00e8re, l&rsquo;aum\u00f4ne l\u00e9gale, le je\u00fbne, le p\u00e8lerinage \u00e0 La Mekke. La premi\u00e8re est l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9, qui doit \u00eatre prononc\u00e9 en langue arabe, du \u00ab t\u00e9moignage. \u00bb (shah\u00e2da) en faveur de l&rsquo;unit\u00e9 de Dieu et de la mission de Son Proph\u00e8te, Muhammad. Ce t\u00e9moignage est li\u00e9 au \u00ab pac\u00adte \u00bb (m\u00eeth\u00e2q) primordial conclu entre Dieu et les hommes.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La pri\u00e8re est un service divin, une liturgie. Le Coran n&rsquo;en fixe pas le nombre actuel, qui est de cinq. Ce chiffre est mentionn\u00e9 par une Tradition (hadith) c\u00e9l\u00e8bre. Les cinq pri\u00e8res (sal\u00e2t) sont r\u00e9parties entre l&rsquo;aurore et la nuit. Elles doivent \u00eatre pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es d&rsquo;ablutions qui, faute d&rsquo;eau, peuvent se faire avec du sable. Certains musulmans r\u00e9pugnent \u00e0 utiliser l&rsquo;eau de mer. Il y a toute une \u00ab gestuelle \u00bb du corps, et l&rsquo;orant doit se tourner vers La Mekke, en direction de la qibla, que fixe, dans chaque mosqu\u00e9e, une niche appel\u00e9e mihr\u00e2b.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Il n&rsquo;y a pas de clerg\u00e9 en Isl\u00e2m, et la pri\u00e8re en commun, recommand\u00e9e, est pratiquement obligatoire le vendredi (Co\u00adran, LXII, 9). Souvent les mosqu\u00e9es ont des emplace\u00adments r\u00e9serv\u00e9s aux femmes masqs\u00fbra). Il y a aussi des pri\u00e8res sur\u00e9rogatoires, notamment de nuit, et des invocations ou des oraisons mentales. L&rsquo;aum\u00f4ne l\u00e9gale (zak\u00e2t) consiste, \u00e9tymologiquement, \u00e0 \u00ab purifier le croyant \u00bb dans l&rsquo;accroisse\u00adment m\u00eame de ses biens <a id=\"Y8\" href=\"#X8\">[8]<\/a> \u00bb. C&rsquo;est l&rsquo;imp\u00f4t de Dieu, en faveur des pauvres et d&rsquo;autres cat\u00e9gories fix\u00e9es par le Coran (IX, 60). La zak\u00e2t porte, traditionnellement, sur le b\u00e9tail, les arbres fruitiers, les c\u00e9r\u00e9ales, l&rsquo;or et l&rsquo;argent (en monnaie ou m\u00e9tal) et les tr\u00e9sors enfouis. Mais certains \u00ab litt\u00e9ralistes \u00bb voulaient la r\u00e9duire aux grains et aux fruits secs. Cette obligation religieuse est aussi une charge sociale et les \u00ab r\u00e9\u00adformistes \u00bb modernes y voient une amorce d&rsquo;imp\u00f4t sur le revenu et lui reconnaissent un caract\u00e8re de \u00ab justice sociale \u00bb. Bien entendu, cette obligation canonique n&rsquo;exclut aucune\u00adment l&rsquo;aum\u00f4ne volontaire, recommand\u00e9e par le Coran, dont un verset pr\u00e9cise : \u00ab Vous n&rsquo;atteindrez pas \u00e0 la pi\u00e9t\u00e9, avant d&rsquo;avoir fait don de ce que vous aimez le plus (Coran, III, 85). \u00bb<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Le je\u00fbne annuel du mois lunaire de ramad\u00e2n doit \u00eatre absolu, de l&rsquo;aube \u00e0 la nuit : le Coran prescrit l&rsquo;abstinence (nourriture, boisson, relations sexuelles) pendant la journ\u00e9e. L&rsquo;usage traditionnel a ajout\u00e9 des dispenses (maladie effective ou pr\u00e9visible, nourrice ou femme enceinte, etc.) et d\u00e9fendu toute entr\u00e9e dans le corps d&rsquo;une substance \u00e9trang\u00e8re : on voit ainsi des musulmans, en p\u00e9riode de je\u00fbne, refuser une piq\u00fbre m\u00e9dicale, ou cracher sans arr\u00eat pour ne pas avaler leur salive. Mais ce sont l\u00e0 exc\u00e8s, d&rsquo;ailleurs de plus en plus restreints \u00e0 certaines r\u00e9gions g\u00e9ographiques (en Afrique noire, par exem\u00adple). Il est remarquable que le je\u00fbne de ramad\u00e2n est souvent plus strictement observ\u00e9 que la pri\u00e8re, et que la pression sociale reste consid\u00e9rable dans ce sens. Certains gouverne\u00adments punissent ceux qui boivent, mangent ou fument en public. Certains tournent la loi coranique en voyageant pen\u00addant le mois de ramad\u00e2n, mais en oubliant de \u00ab compenser \u00bb plus tard par un nombre \u00e9gal de jours de je\u00fbne. En climat tropical, le je\u00fbne est plus \u00e9prouvant, aggrav\u00e9 par le manque de sommeil, que ne l&rsquo;\u00e9tait le car\u00eame chr\u00e9tien (du moins jusqu&rsquo;au XIIe si\u00e8cle). C&rsquo;est une p\u00e9riode o\u00f9 tout le monde est fatigu\u00e9, nerveux, o\u00f9 la vie est ralentie, o\u00f9 les nuits sont plus actives que les jours. En Tunisie, au mois de f\u00e9vrier 1960, le pr\u00e9sident Bourguiba a conseill\u00e9 \u00e0 chacun de se comporter selon sa conscience et d&rsquo;\u00e9viter de faire perdre au pays un mois de production nationale. La nuit du 26<sup>e<\/sup> au 27<sup>e<\/sup> rama\u00add\u00e2n est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e comme \u00ab la nuit du Destin \u00bb (laylat al\u00adQadar), anniversaire de la r\u00e9v\u00e9lation du Coran.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Le p\u00e8lerinage est une comm\u00e9moration<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le p\u00e8lerinage (hajj) \u00e0 La Mekke comm\u00e9more le sacrifice d&rsquo;Abraham. Il est obligatoire pour le croyant, au moins une fois dans sa vie, s&rsquo;il le peut. Chaque ann\u00e9e, depuis treize si\u00e8cles, c&rsquo;est le grand rassemblement de dizaines, puis de centaines de milliers de p\u00e8lerins, qui prennent ainsi conscience de leur nombre, de leur force, de leur solidarit\u00e9 et du caract\u00e8re \u0153cum\u00e9nique de l&rsquo;isl\u00e2m, dont le Proph\u00e8te est venu pour tous les hommes : \u00ab les Rouges et les Noirs \u00bb. Le rituel est immuable et reprend des traditions ant\u00e9rieures \u00e0 l&rsquo;isl\u00e2m : sept d\u00e9ambulations autour de la Ka&rsquo;ba et de sa pierre noire ; sept courses entre deux collines ; stations aux sanctuaires et surtout au mont \u2018Arafat : c&rsquo;est le point culminant du p\u00e8leri\u00adnage ; lapidation des d\u00e9mons, \u00e9gorgement du mouton, of\u00adfrande des chevelures. Aujourd&rsquo;hui, les moyens de transport rapides, l&rsquo;avion en particulier, ont grandement facilit\u00e9 l&rsquo;ex\u00e9cu\u00adtion du p\u00e8lerinage, mais le prix du voyage est \u00e9lev\u00e9 et nombreux sont ceux qui s&rsquo;endettent ou se cotisent pour pouvoir s&rsquo;en acquitter.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">A ces Cinq Piliers canoniques, on ajoute souvent la pres\u00adcription communautaire de \u00ab l&rsquo;effort (jih\u00e2d) dans la voie de Dieu \u00bb, que l&rsquo;on traduit g\u00e9n\u00e9ralement par \u00ab guerre sainte \u00bb. En r\u00e9alit\u00e9, il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;exterminer ses ennemis comme dans le cruel khorban (ou extermination) biblique, mais de faire r\u00e9gner \u00ab les lois de Dieu \u00bb sur la terre. L&rsquo;isl\u00e2m des premiers temps s&rsquo;est souvent impos\u00e9 par les armes, mais il a toujours eu tendance \u2013 d\u00e8s l&rsquo;\u00e9poque du Proph\u00e8te lui-m\u00eame \u2013 \u00e0 mettre, au-dessus de tout, le \u00ab grand jih\u00e2d \u00bb, l&rsquo;effort supr\u00eame, c&rsquo;est-\u00e0-dire la lutte de l&rsquo;homme contre ses propres passions.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Le Proph\u00e8te a re\u00e7u le Coran comme une dict\u00e9e surnaturelle<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">La doctrine de l&rsquo;isl\u00e2m est contenue dans le Coran et dans la Sunna, c&rsquo;est-\u00e0-dire la Tradition v\u00e9cue et enseign\u00e9e par le Proph\u00e8te, autrement dit, l&rsquo;ensemble des \u00ab dicts \u00bb ou logia ou hadith de Muhammad. Le mot Qur&rsquo;\u00e2n signifie \u00ab r\u00e9citation \u00bb. Le texte r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 Muhammad est consid\u00e9r\u00e9, par les musulmans, comme le Verbe m\u00eame de Dieu \u2013 selon l&rsquo;expression de Louis Massignon, \u00ab comme une dict\u00e9e surnaturelle enre\u00adgistr\u00e9e par le Proph\u00e8te inspir\u00e9es <a id=\"Y9\" href=\"#X9\">[9]<\/a> \u00bb. D&rsquo;abord retenu par c\u0153ur, puis transcrit sur des fragments de poteries, des peaux, des palmes, des omoplates de mouton, une version d\u00e9finitive, la Vulgate \u00bb, en fut \u00e9tablie apr\u00e8s la mort du Proph\u00e8te, puis fix\u00e9e au IXe si\u00e8cle, en notant les \u00ab points diacritiques \u00bb qui permettent de distinguer les consonnes au \u00ab squelette \u00bb com\u00admun, ainsi que les signes des voyelles br\u00e8ves. Mat\u00e9riellement, c&rsquo;est une suite de cent quatorze chapitres ou sourates, les plus longues au d\u00e9but, les plus courtes \u00e0 la fin, subdivis\u00e9es en plus de six mille versets. Vingt-neuf sourates commencent par des lettres isol\u00e9es, dont le v\u00e9ritable sens est controvers\u00e9 (les mystiques en font grand cas). Les orientalistes ont cherch\u00e9 \u00e0 classer les sourates en suivant l&rsquo;ordre chronologique le plus vraisemblable, c&rsquo;est ce qu&rsquo;a fait, en particulier, R\u00e9gis Bla\u00adch\u00e8re, en 1949-1950. Longtemps, les musulmans ont r\u00e9pugn\u00e9 \u00e0 traduire le Coran arabe. Aujourd&rsquo;hui, il en existe de nom\u00adbreuses versions dans les principales langues du monde de l&rsquo;isl\u00e2m, du wolof du S\u00e9n\u00e9gal au swahili de l&rsquo;Afrique orientale, du turc au malais-indon\u00e9sien. Certaines de ces traductions sont peu satisfaisantes, soit que, pour mieux coller au texte original, elles se r\u00e9duisent \u00e0 un mot \u00e0 mot incompr\u00e9hensible, soit, au contraire, qu&rsquo;elles l&rsquo;interpr\u00e8tent de fa\u00e7on contestable. Il faut pourtant reconna\u00eetre qu&rsquo;il est indispensable de traduire le Coran pour le rendre intelligible \u00e0 la masse des fid\u00e8les, qui l&rsquo;apprend par c\u0153ur sans le comprendre.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">La plupart des musulmans sont persuad\u00e9s que Muhammad ne savait ni lire ni \u00e9crire. C&rsquo;est la tradition du \u00ab Proph\u00e8te illettr\u00e9 \u00bb. Le texte coranique pr\u00e9cise que Muhammad ignorait les \u00c9critures des juifs et des chr\u00e9tiens (XLII, 52), mais qu&rsquo;il fut accus\u00e9 d&rsquo;avoir repris des r\u00e9v\u00e9lations jud\u00e9o-chr\u00e9tiennes, des traditions anciennes (XXV, 4). Certains commentateurs (com\u00adme Tabar\u00ee) donnent les noms d&rsquo;esclaves chr\u00e9tiens, d&rsquo;origine \u00e9trang\u00e8re, qui auraient servi d&rsquo;informateurs \u00e0 Muhammad. En tout cas, on a pu relever, dans le Coran <a id=\"Y10\" href=\"#X10\">[10]<\/a>, non seulement des \u00e9pisodes ou des expressions qui se trouvent d\u00e9j\u00e0 dans la Bible ou l&rsquo;\u00c9vangile, mais des \u00ab emprunts \u00bb (?) \u00e0 la litt\u00e9rature rabbi\u00adnique, \u00e0 la Mishna ou au Talmud, ou des traits qui figurent seulement dans les \u00c9vangiles \u00ab apocryphes \u00bb. Par exemple, l&rsquo;histoire de Joseph (sourate XII) reprend, en les r\u00e9sumant ou, au contraire, en les compl\u00e9tant, les divers \u00e9pisodes de la Gen\u00e8se. De m\u00eame, certains traits de la sourate de Marie (XIX) sont parall\u00e8les \u00e0 certains d\u00e9tails du pseudo-Matthieu, et le miracle de J\u00e9sus et des oiseaux d&rsquo;argile (Coran, III, 49) se retrouve dans l&rsquo;\u00c9vangile de Thomas (l&rsquo;un des \u00c9vangiles apo\u00adcryphes, attribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ap\u00f4tre Thomas, compos\u00e9 au IIe si\u00e8cle). Peut-\u00eatre Salm\u00e2n, ce chr\u00e9tien iranien converti et affranchi par le Proph\u00e8te, aurait-il \u00ab aid\u00e9 [celui-ci] \u00e0 prendre conscience des ant\u00e9c\u00e9dents scripturaires de ses r\u00e9v\u00e9lations <a id=\"Y11\" href=\"#X11\">[11]<\/a> \u00bb. Toujours est-il que les positions de l&rsquo;isl\u00e2m \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de J\u00e9sus et de sa m\u00e8re sont, tout en \u00e9tant diff\u00e9rentes de celles du christianisme (sans quoi, ce serait la m\u00eame religion), beaucoup plus proches de celles-ci que ne le sont celles du juda\u00efsme, qui ne reconna\u00eet pas le Messie et refuse d&rsquo;honorer sa m\u00e8re.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Certes, le Coran ignore l&rsquo;Incarnation ou la R\u00e9demption, aussi bien que le p\u00e9ch\u00e9 originel (Adam succombe, mais il est pardonn\u00e9). \u00ab Le Messie, J\u00e9sus, fils de Marie, est seulement l&rsquo;Ap\u00f4tre de Dieu, Son Verbe jet\u00e9 par Lui \u00e0 Marie et un Esprit [\u00e9manant] de lui \u00bb (IV, 7). Il est le seul proph\u00e8te qui soit \u00ab \u00e0 l&rsquo;image d&rsquo;Adam \u00bb (III, 59), donc, comme lui, cr\u00e9\u00e9 d&rsquo;argile \u2013 et donc sans p\u00e8re. \u00ab \u00c0 J\u00e9sus, fils de Marie, Nous avons donn\u00e9 les Preuves ; Nous l&rsquo;avons soutenu par l&rsquo;Esprit saint \u00bb (II, 87). Le Coran met ces paroles dans la bouche de J\u00e9sus (III, 49) : \u00ab Je gu\u00e9rirai le muet et le l\u00e9preux. Je ferai revivre les morts, avec la permission de Dieu. \u00bb De sa m\u00e8re, il est dit encore (III, 42) : \u00ab O Marie ! Dieu t&rsquo;a choisie et purifi\u00e9e. Il t&rsquo;a choisie sur toutes les femmes de ce monde. \u00bb Sa virginit\u00e9 est pr\u00e9cis\u00e9e ainsi (III, 47) : \u00ab Seigneur ! Com\u00adment aurais-je un enfant, alors que nul mortel ne m&rsquo;a tou\u00adch\u00e9e ? \u00bb Sur la crucifixion, selon le verset coranique IV, 157 : \u00ab ils ne l&rsquo;ont ni tu\u00e9 ni crucifi\u00e9, mais il leur sembla seule\u00adment \u00bb. C&rsquo;est la th\u00e8se du \u00ab sosie \u00bb mis en croix \u00e0 la place de J\u00e9sus, dont l&rsquo;Assomption est m\u00eame affirm\u00e9e (III, 158) : \u00ab Tout au contraire, Dieu l&rsquo;a \u00e9lev\u00e9 vers Lui. \u00bb Dans tout cela, beaucoup de respect, et une image du Christ qui le rehausse au-dessus m\u00eame de Muhammad, simple mortel. Restent les dogmes chr\u00e9tiens de la Trinit\u00e9 et de l&rsquo;Incarnation. R\u00e9gis Blach\u00e8re, annotant le verset V, 73, \u00ab constate que la Trinit\u00e9 dont l&rsquo;existence est ici ni\u00e9e se compose de Dieu, de J\u00e9sus et de Marie, laquelle se trouve substitu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Esprit saint. La condamnation port\u00e9e par le Coran vise donc toute une secte dont la doctrine est prise pour celle de toute la chr\u00e9tient\u00e9 (R. Blach\u00e8re : <em>le Coran<\/em>) \u00bb. D&rsquo;autre part, pour les musulmans, Dieu ne saurait avoir le fils : \u00ab Il n&rsquo;a pas engendr\u00e9 et n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 engendr\u00e9 \u00bb (Coran, CXII, 3). Or, le IVe Concile de Latran, en 1215, d\u00e9finit (la r\u00e9alit\u00e9, substance, essence, ou nature divine \u00bb en pr\u00e9cisant (Denzinger <a id=\"Y12\" href=\"#X12\">[12]<\/a>) qu&rsquo;elle est \u00ab non engendrante et non engen\u00addr\u00e9e \u00bb (\u00ab et illa res non generans, neque genita \u00bb). Louis Gardet constate qu&rsquo;il y a donc l\u00e0 \u00ab un \u00e9nonc\u00e9 de foi commun \u00e0 l&rsquo;isl\u00e2m et au christianisme \u00bb. Au cours des \u00e2ges, les musul\u00admans ont eu beaucoup de peine \u00e0 voir dans les chr\u00e9tiens des monoth\u00e9istes v\u00e9ritables et aujourd&rsquo;hui, ils leur demandent d&rsquo;insister sur leur \u00ab\u00a0De Deo Uno <a id=\"Y13\" href=\"#X13\">[13]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Est-ce \u00e0 dire que l&rsquo;isl\u00e2m ignore les \u00ab myst\u00e8res \u00bb ? Sans doute pas, comme le montre la c\u00e9l\u00e8bre sourate XVII, sur le \u00ab voyage nocturne \u00bb (al-isr\u00e2\u2019) de Muhammad, dont le premier verset \u00ab a suscit\u00e9 une immense litt\u00e9rature ex\u00e9g\u00e9tique, hagio\u00adgraphique et th\u00e9ologique \u00bb (R. Blach\u00e8re : <em>le Coran<\/em>). Pour les uns, il s&rsquo;agit d&rsquo;une vision, au cours de laquelle le Proph\u00e8te fut ravi en esprit, tandis que, pour d&rsquo;autres, il y eut miracle : Muhammad fut enlev\u00e9 de terre, en son enveloppe corporelle. On parle alors d&rsquo;ascension (mi&rsquo;r\u00e2j) et de transport, de La Mekke \u00e0 J\u00e9rusa\u00adlem, sur une monture fantastique (al-Bor\u00e2q). Pourtant, pour les musulmans, le plus grand myst\u00e8re et le plus grand miracle, c&rsquo;est encore le caract\u00e8re unique, inimitable du Coran, in\u00e9pui\u00adsable source jaillissante et chef-d\u2019\u0153uvre insurpassable de la langue arabe.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Pour l&rsquo;homme d&rsquo;Europe, le musulman n&rsquo;est, le plus sou\u00advent, qu&rsquo;un h\u00e9r\u00e9tique aux croyances bizarres, dont on retient surtout le comportement ext\u00e9rieur : il ne boit ni vin ni alcool, ne mange pas de porc, je\u00fbne tout un mois chaque ann\u00e9e, est circoncis, de tendance fanatique, et peut avoir autant de femmes qu&rsquo;il lui pla\u00eet. A ce tableau courant, on ajoutera souvent le go\u00fbt et la pratique de l&rsquo;esclavage. Et de conclure par un haussement d&rsquo;\u00e9paules ou une expression de m\u00e9pris. La longue histoire des rapports Chr\u00e9tient\u00e9-Isl\u00e2m est, h\u00e9las, pour une bonne part, faite de ces malentendus \u2013 \u00e0 base, comme toujours, d&rsquo;ignorance. Muhammad n&rsquo;\u00e9tant ni juif ni chr\u00e9tien, le mot \u00ab h\u00e9r\u00e9sie \u00bb n&rsquo;a \u00e9videmment ici aucun sens. L&rsquo;esclavage est un ph\u00e9nom\u00e8ne historique universel, dont l&rsquo;isl\u00e2m n&rsquo;a certes pas eu le monopole, et \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard duquel il s&rsquo;est montr\u00e9 souvent plus humain que d&rsquo;autres. La circoncision n&rsquo;est pas canonique en Isl\u00e2m, c&rsquo;est seulement une \u00ab coutume \u00bb (sunna) obligatoire. Le \u00ab fanatisme \u00bb est un mot sans valeur scientifique : on est toujours le fanatique de quelqu&rsquo;un. La polygamie n&rsquo;est qu&rsquo;une tol\u00e9rance, limit\u00e9e \u00e0 un maximum de quatre \u00e9pouses et soumise \u00e0 une condition de stricte \u00e9quit\u00e9 qui la rendrait impossible, si les croyants comprenaient et appli\u00adquaient vraiment leur religion, mais les chr\u00e9tiens comprennent-ils et appliquent-ils mieux la leur ? On a vu ce qu&rsquo;il en est du je\u00fbne et que, jusqu&rsquo;ici, il ne semble pas \u00e9voluer comme l&rsquo;a fait le car\u00eame chr\u00e9tien. Les interdits alimentaires portent sur les boissons \u00ab ferment\u00e9es \u00bb (khamr), tant\u00f4t d\u00e9conseill\u00e9es (II, 219), surtout avant la pri\u00e8re (IV, 43), tant\u00f4t m\u00eame permises (XVI, 67), tant\u00f4t formellement prohib\u00e9es (V, 90), au m\u00eame titre que les jeux de hasard, ainsi que la viande de porc ou celle d&rsquo;une b\u00eate \u00e9touff\u00e9e, etc. (V, 3), dans une liste qui rappelle beaucoup celle du \u00ab Deut\u00e9ronome \u00bb (XIV, 7 sqq.). Il s&rsquo;agit surtout, semble-t-il, de d\u00e9tourner le croyant de l&rsquo;ivresse qui lui fait perdre sa ma\u00eetrise de soi et, d&rsquo;autre part, de ne lui laisser consommer que des animaux \u00e9gorg\u00e9s en pronon\u00e7ant le nom de Dieu. Apr\u00e8s tout, l&rsquo;ivrognerie est s\u00fbrement peu recommandable et le cochon est tenu pour immonde et d\u00e9go\u00fbtant (\u00ab se conduire comme un cochon \u00bb), m\u00eame par les amateurs de charcuterie.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">On attachera plus d&rsquo;importance aux valeurs morales de l&rsquo;isl\u00e2m, religion qui se d\u00e9finit comme \u00ab la Commanderie du Bien \u00bb (al-arm bi-l-ma&rsquo;r\u00fbf) (III, 114). On remarquera, avec Maxime Rodinson <a id=\"Y14\" href=\"#X14\">[14]<\/a>, qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire, \u00ab pour bien com\u00adprendre un ph\u00e9nom\u00e8ne [de] le replacer dans sa situation historique, avant de le condamner ou de l&rsquo;exalter au nom de dogmes moraux, religieux ou politiques suppos\u00e9s \u00e9ternelle\u00adment valables&#8230; C&rsquo;est une na\u00efvet\u00e9 de vouloir qu&rsquo;on ait aboli au VIIe si\u00e8cle une institution (l&rsquo;esclavage) parce qu&rsquo;elle nous choque actuellement \u00bb. Un juriste fran\u00e7ais, G.H. Bousquet, pr\u00e9tend qu&rsquo;\u00ab il n&rsquo;y a pas de morale en isl\u00e2m \u00bb. En effet, dit-il \u00ab la morale musulmane n&rsquo;est autre que la Loi religieuse, ce n&rsquo;est jamais une discipline autonome. Le \u00ab p\u00e9ch\u00e9 \u00bb n&rsquo;est pas, une souillure morale, c&rsquo;est une infid\u00e9lit\u00e9, la transgression d&rsquo;une interdiction rituelle, une r\u00e9volte contre Dieu <a id=\"Y15\" href=\"#X15\">[15]<\/a>. \u00bb De son c\u00f4t\u00e9, Louis Massignon estimait, en 1935, que l&rsquo;isl\u00e2m manque\u00adrait du tenace espoir juif et de l&rsquo;insatiable charit\u00e9 chr\u00e9tien\u00adne <a id=\"Y16\" href=\"#X16\">[16]<\/a> \u00bb. Pourtant, les musulmans aiment citer cette parole de leur Proph\u00e8te : \u00ab Les actions ne valent que par les inten\u00adtions. \u00bb C&rsquo;est m\u00eame une des Traditions les plus solides. Il est vrai qu&rsquo;en trois versets, le Coran explique que \u00ab le grand p\u00e9ch\u00e9 \u00bb consiste \u00e0 \u00ab donner \u00e0 Dieu des associ\u00e9s \u00bb : autrement dit, c&rsquo;est le polyth\u00e9isme. Le Livre saint condamne aussi bien (VII, 33) \u00ab les turpitudes tant ext\u00e9rieures que cach\u00e9es \u00bb. L&rsquo;orgueil semble bien \u00eatre, ici comme dans le christianisme, le \u00ab p\u00e9ch\u00e9 contre l&rsquo;Esprit \u00bb, celui qui ferme les portes du Para\u00addis, \u00ab avant qu&rsquo;un chameau ne p\u00e9n\u00e8tre dans le trou d&rsquo;une aiguille \u00bb. Les damn\u00e9s seront \u00ab les impies qui ont pris leur religion comme distraction et jeu, et que la Vie imm\u00e9diate a tromp\u00e9s \u00bb (Coran, VII, 51). Un des plus beaux versets du Coran (II, 216) oppose les desseins de Dieu aux illusions des hommes, en ces termes tr\u00e8s souvent cit\u00e9s : \u00ab Il est possible que vous ayez de l&rsquo;aversion pour une chose qui est un bien pour vous, et il est possible que vous aimiez une chose qui est un mal pour vous. Dieu sait, alors que vous ne savez pas. \u00bb Un autre verset, \u00e9galement c\u00e9l\u00e8bre (II, 177), d\u00e9finit ce qu&rsquo;il faut entendre par \u00ab pi\u00e9t\u00e9 \u00bb, ou plut\u00f4t, selon Blach\u00e8re, par \u00ab bont\u00e9 pieuse \u00bb (birr). On voit que le \u00ab formalisme \u00bb, si souvent et injustement reproch\u00e9 \u00e0 l&rsquo;isl\u00e2m, ne caract\u00e9rise pas plus cette religion que d&rsquo;autres. Dans toutes, ou presque, on retrouve les m\u00eames conseils de charit\u00e9 chr\u00e9tienne, de bont\u00e9 pieuse musulmane ou de compassion bouddhique. Le Pro\u00adph\u00e8te aussi a recommand\u00e9 d&rsquo;aimer son prochain comme soi-m\u00eame.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>LE MONDE MUSULMAN<\/strong><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Il y a aujourd&rsquo;hui environ 500 millions de musulmans dans le monde, pour qui l&rsquo;isl\u00e2m est une r\u00e9alit\u00e9 vivante et v\u00e9cue. C&rsquo;est, avant tout, \u00e0 leurs yeux, une religion de juste milieu, \u00e9loign\u00e9e des extr\u00eames. Ils se fondent, pour le croire, sur le verset coranique II, 143, o\u00f9 Dieu leur dit : \u00ab Nous avons fait de Vous une communaut\u00e9 m\u00e9diale (ou m\u00e9diane, ou m\u00e9diatrice) \u00bb (ja&rsquo;aln\u00e2-kum Ummatan wasatan), et sur cette autre r\u00e9v\u00e9lation divine (Coran, VI, l 52) : \u00ab Nous n&rsquo;imposons \u00e0 toute \u00e2me que sa capacit\u00e9 \u00bb. L&rsquo;isl\u00e2m appara\u00eet, \u00e0 ses fid\u00e8les, comme une th\u00e9ocratie \u00e9galitaire, puisque tout part de Dieu et revient \u00e0 Lui, cependant que \u00ab les croyants sont seulement des fr\u00e8res \u00bb (XLIX, 10). Ce sont des fr\u00e8res qui doivent se consulter \u00ab dont l&rsquo;affaire entre eux est objet de d\u00e9lib\u00e9ration (sh\u00fbr\u00e2) \u00bb (XLII, 38), ce qui est profond\u00e9ment d\u00e9mocratique. Les deux versets dits \u00ab des \u00c9mirs \u00bb (IV, 58-59) \u00ab ont servi aux juristes pour d\u00e9finir les rapports du souverain et de ses sujets, dans l&rsquo;\u00c9tat islamique. Le prince re\u00e7oit l&rsquo;autorit\u00e9 comme un d\u00e9p\u00f4t, dont il est responsable vis-\u00e0-vis de tous \u00bb (R. Blach\u00e8re : <em>le Coran<\/em>).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Les courants de pens\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Traditionnellement, il n&rsquo;y a pas de s\u00e9paration entre l&rsquo;\u00c9glise et l&rsquo;\u00c9tat, et la formule \u00ab Rendez \u00e0 C\u00e9sar&#8230; \u00bb n&rsquo;a pas de sens dans le contexte historique de l&rsquo;isl\u00e2m. Il y a place, dans la Cit\u00e9 musulmane, pour les minorit\u00e9s religieuses d\u00e9j\u00e0 reconnues et accept\u00e9es au VIIe si\u00e8cle : les juifs et les chr\u00e9tiens. Ils sont \u00ab prot\u00e9g\u00e9s \u00bb (dhimm\u00ee) et ont un statut qui leur garantit leurs droits essentiels. Bien entendu, dans la pratique, il est arriv\u00e9 \u00e0 des chefs musulmans d&rsquo;humilier et d&rsquo;opprimer des chr\u00e9tiens ou des juifs, mais ni plus ni moins qu&rsquo;aux juifs ou aux chr\u00e9tiens de maltraiter les musulmans, s&rsquo;ils en avaient l&rsquo;occa\u00adsion, ou m\u00eame de les occire. Cependant, les juifs reconnais\u00adsent qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralement en meilleure posture, dans le pass\u00e9, sous la protection de l&rsquo;isl\u00e2m, que dans les ghettos de la chr\u00e9tient\u00e9, et l&rsquo;exemple de l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or de l&rsquo;Espagne musulmane est l\u00e0 pour attester, au moins \u00e0 certaines \u00e9poques, d&rsquo;une harmonieuse coexistence entre les trois religions abrahami\u00adques. La tol\u00e9rance repose, d&rsquo;ailleurs, sur un verset tr\u00e8s impor\u00adtant pour le respect des autres fois monoth\u00e9istes : \u00ab Pas de contrainte en religion ! \u00bb (l\u00e0 kir\u00e2ha fi-d-d\u00een, Coran, II, 256). Le verset CIX, 6, au contraire, est d&rsquo;application plus d\u00e9licate, car son \u00e9nonc\u00e9\u00a0: \u00ab \u00c0 vous, votre religion, \u00e0 moi, la mienne \u00bb, aurait \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 pour marquer la rupture avec les Infid\u00e8les.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Le dialogue islamo-chr\u00e9tien est difficile<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Ces remarques pr\u00e9parent \u00e0 l&rsquo;ouverture, tellement n\u00e9cessaire, d&rsquo;un v\u00e9ritable dialogue islamo-chr\u00e9tien. Apr\u00e8s Louis Massi\u00adgnon, (auquel il faut toujours revenir, en ces mati\u00e8res), Louis Gardet a pos\u00e9 le probl\u00e8me en toute objectivit\u00e9 et sympathie, dans la conclusion de son livre \u00ab <em>l&rsquo;Isl\u00e2m, religion et communaut\u00e9<\/em> \u00bb dont plus d&rsquo;un musulman aurait souhait\u00e9 l&rsquo;avoir \u00e9crit (alors que son auteur est un pr\u00eatre catholique). Par-del\u00e0 les jugements du pass\u00e9, qui \u00ab furent loin d&rsquo;\u00eatre toujours sereins \u00bb, il semble \u00e0 Louis Gardet qu&rsquo;\u00ab une quadru\u00adple perspective domine l&rsquo;attitude musulmane \u00bb. D&rsquo;abord, J\u00e9sus est un grand proph\u00e8te et \u00ab le christianisme, en son essence, est donc comme un acheminement vers l&rsquo;islam \u00bb, au point que \u00ab les musulmans pieux et sinc\u00e8res sont en quelque sorte les vrais chr\u00e9tiens \u00bb. Ensuite, aux yeux du musulman, l&rsquo;obstacle central \u00e0 un vrai dialogue vient du refus des chr\u00e9tiens&#8230; de reconna\u00eetre la mission de Muhammad \u00bb. De plus, les \u00ab myst\u00e8res \u00bb chr\u00e9tiens sont dus \u00e0 \u00ab une infid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;enseignement de J\u00e9sus \u00bb. Enfin, \u00ab si un chr\u00e9tien est sauv\u00e9, ce n&rsquo;est point en raison de son appartenance \u00e0 une \u00c9glise, mais dans la mesure o\u00f9, restant fid\u00e8le \u00e0 la vraie parole de J\u00e9sus, il est par-l\u00e0 m\u00eame tout proche de la foi musulmane authentique \u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Du point de vue chr\u00e9tien, \u00ab dans les jugements qu&rsquo;il voudra porter sur l&rsquo;isl\u00e2m, le th\u00e9ologien n&rsquo;aura d&rsquo;autre recours que sa r\u00e9flexion et son raisonnement th\u00e9ologique \u00bb. Louis Gardet se demande donc si, \u00ab avant de relever du th\u00e9ologien, l&rsquo;isl\u00e2m ne rel\u00e8ve pas d&rsquo;abord de l&rsquo;historien et du philosophe \u00bb. Aussi renvoie-t-il \u00e0 un grand texte de Vatican II : \u00ab Le destin de Salut enveloppe \u00e9galement ceux qui reconnaissent le Cr\u00e9ateur, en tout premier lieu les musulmans qui professent avoir la foi d&rsquo;Abraham, adorent avec nous le Dieu unique mis\u00e9ricordieux, futur Juge des hommes au Dernier Jour (constitution dogma\u00adtique Lumen gentium, II, 16). \u00bb Mais Louis Gardet attire l&rsquo;attention de ses lecteurs sur un point d&rsquo;importance : \u00ab L&rsquo;is\u00adl\u00e2m certes est religion et comme tel centr\u00e9 sur le Coran. Mais, de par l&rsquo;enseignement coranique lui-m\u00eame, de par l&rsquo;\u00e9volution et la constitution historiques du monde musulman, l&rsquo;isl\u00e2m est tout ensemble religion, communaut\u00e9, culture, civilisation. Il serait vain de s&rsquo;affronter sur des probl\u00e8mes dogmatiques tant que cette unit\u00e9 complexe de l&rsquo;isl\u00e2m n&rsquo;est pas comprise et comme v\u00e9cue par sympathie. Et c&rsquo;est quelquefois sur ce plan de culture et de civilisation que le dialogue doit d&rsquo;abord s&rsquo;engager. \u00bb \u00c0 ce point de vue, combien Gardet a raison de dire : \u00ab A l&rsquo;heure actuelle, il est encore tr\u00e8s difficile pour un musulman de croire au d\u00e9sint\u00e9ressement politique du chr\u00e9\u00adtien \u00bb. Et de conclure : \u00ab Le monde musulman a le droit d&rsquo;\u00eatre \u00e9cout\u00e9 et compris de l&rsquo;int\u00e9rieur, tel qu&rsquo;il se conna\u00eet lui-m\u00eame. \u00bb Et enfin, cette remarque en profondeur, qui t\u00e9moi\u00adgne d&rsquo;une longue exp\u00e9rience v\u00e9cue en Terre d&rsquo;isl\u00e2m : \u00ab Le moyen le plus s\u00fbr, pour vaincre l&rsquo;inint\u00e9r\u00eat de l&rsquo;autre, c&rsquo;est de vouloir comprendre, et non vouloir \u00eatre compris \u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Des courants r\u00e9formistes pr\u00f4nent un retour aux sources<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Une des premi\u00e8res choses qui frappe l&rsquo;observateur de bonne foi, c&rsquo;est que le monde musulman contemporain n&rsquo;est nulle\u00adment monolithique. On peut y d\u00e9celer autant de courants que dans le christianisme postconciliaire, o\u00f9 \u00e0 peu pr\u00e8s tout est remis en formulation, sinon en question : du p\u00e9ch\u00e9 originel \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;enfer, de l&rsquo;infaillibilit\u00e9 pontificale \u00e0 la contesta\u00adtion du clerg\u00e9, du symbolisme \u00e0 la liturgie, de l&rsquo;indissolubilit\u00e9 du <span style=\"color: #000080;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"http:\/\/mariage.au\/\">mariage au<\/a><\/span><\/span> c\u00e9libat des pr\u00eatres, pour ne parler que des th\u00e8mes le plus souvent d\u00e9battus. Il est, en Isl\u00e2m, une ten\u00addance particuli\u00e8rement importante : c&rsquo;est celle que l&rsquo;on appelle commun\u00e9ment \u00ab r\u00e9formiste \u00bb et que l&rsquo;on devrait peut-\u00eatre plut\u00f4t tenir pour \u00ab fondamentaliste \u00bb. On serait ainsi certain d&rsquo;\u00e9viter toute confusion avec la R\u00e9forme protestante en Chr\u00e9\u00adtient\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ceux qui se r\u00e9clament de ce mouvement se disent g\u00e9n\u00e9rale\u00adment Salafiyya, pour marquer ainsi leur intention de revenir aux sources, \u00e0 la foi d\u00e9pouill\u00e9e que professaient les Anciens (salaf). Ils insistent sur l&rsquo;effort de purification n\u00e9cessaire plus de d\u00e9viations, de superstitions, et donc plus de \u00ab con\u00adfr\u00e9ries \u00bb, de culte des saints, etc. Ils reprennent la distinc\u00adtion classique entre les articles de foi (\u2018aqida), qui sont intan\u00adgibles, le culte rituel (\u2018ib\u00e2d\u00e2t) qui doit aussi rester inalt\u00e9\u00adrable, l&rsquo;\u00e9thique humaine (akhl\u00e2q), elle-m\u00eame fix\u00e9e de fa\u00e7on \u00e0 peu pr\u00e8s d\u00e9finitive, et les relations sociales (mu&rsquo;\u00e2mal\u00e2t) qui, elles peuvent \u00eatre influenc\u00e9es par les circonstances de temps et de lieu. Par exemple, il n&rsquo;est pas question de modi\u00adfier le credo ou la pri\u00e8re ou m\u00eame les valeurs morales, sans quoi l&rsquo;isl\u00e2m ne serait plus l&rsquo;isl\u00e2m, tandis qu&rsquo;il y a toujours eu des musulmans pour ne pas voiler leurs femmes. Autre\u00adment dit, il est permis de \u00ab r\u00e9ouvrir les portes de la r\u00e9flexion personnelle \u00bb (ijtih\u00e2d), \u00e0 condition de ne rien remettre en cause d&rsquo;essentiel. C&rsquo;est l\u00e0 que la difficult\u00e9 majeure se pr\u00e9sente.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">On rencontre des \u00ab r\u00e9formistes \u00bb qui s&rsquo;en tiennent, en effet \u00e0 des d\u00e9tails tellement secondaires qu&rsquo;ils rejettent toute \u00e9volu\u00adtion, alors que d&rsquo;autres envisagent de r\u00e9duire \u00e0 deux le nombre des cinq pri\u00e8res quotidiennes et de dispenser du je\u00fbne de ramad\u00e2n les travailleurs, tant intellectuels que manuels. Les trois principaux initiateurs du R\u00e9formisme musulman, de tendance plut\u00f4t rigoriste, furent Jam\u00e2l ad-Din al-Afghani (mort en 1897), Muhammad \u2018Abduh (mort en 1905) et Rashid Rid\u00e2 (mort en 1935), mais il faut citer aussi le mouvement des \u2018&rsquo;ulam\u00e2 alg\u00e9riens, avec Ben B\u00e2d\u00ees et le cheikh Ibr\u00e2h\u00eem\u00ee, et ne pas oublier que les Fr\u00e8res musulmans, en \u00c9gypte et en Syrie, se rattachent au R\u00e9formisme, avec des tentations activis\u00adtes qui ont conduit beaucoup des leurs \u00e0 la prison ou \u00e0 la mort.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">On trouve encore cette inspiration \u00ab fondamentaliste \u00bb \u00e0 peu pr\u00e8s partout dans le monde musulman : au Pakistan, qui se r\u00e9clame de la pens\u00e9e de son p\u00e8re spirituel, Muhammad Iqb\u00e2l (1873-1938) ; en Inde, o\u00f9 Ahmad kh\u00e2n Bah\u00e2dur (1817\u00ad-1898) r\u00e9ussit \u00e0 fonder un enseignement sup\u00e9rieur modernis\u00e9 ; en Indon\u00e9sie, o\u00f9 la Muhammadijah anime toute une action sociale, scolaire et hospitali\u00e8re ; en Afrique noire (avec, entre autres, l&rsquo;Union culturelle musulmane), et pratiquement partout o\u00f9 se retrouvent ceux qui pensent que la \u00ab modernit\u00e9 \u00bb peut fort bien s&rsquo;accommoder d&rsquo;un retour aux sources. Le grand probl\u00e8me, c&rsquo;est l&rsquo;absence d&rsquo;une autorit\u00e9 universelle incontes\u00adt\u00e9e, qui puisse exercer un magist\u00e8re doctrinal sur l&rsquo;ensemble de la Communaut\u00e9 musulmane (Umma), et d\u00e9cider, pour elle et en son nom, de savoir jusqu&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;ouverture peut aller. Autrement dit, faute de pape, l&rsquo;islam sociologique contem\u00adporain manque d&rsquo;un pouvoir coll\u00e9gial, d&rsquo;un consensus (ijm\u00e0\u2019) des docteurs de la Loi, ou d&rsquo;un retour (bien peu probable) \u00e0 un imam, guide supr\u00eame et m\u00eame calife de l&rsquo;Umma.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>L&rsquo;isl\u00e2m entre en contact avec le socialisme<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Conscients de cette difficult\u00e9, jusqu&rsquo;ici insoluble et, en tout cas, non r\u00e9solue, il est des musulmans pour se tourner vers des rem\u00e8des de nature plus radicale, tels que le marxisme ou ce qu&rsquo;on appelle souvent le \u00ab socialisme \u00bb (ishtir\u00e2kiyya) arabe. Comme le dit si bien Louis Gardet, \u00ab pour l&rsquo;intelligentzia des pays musulmans, cette tentation marxiste est comme une r\u00e9ponse imm\u00e9diate aux humiliations ressenties et aux d\u00e9sirs d&rsquo;efficacit\u00e9 temporelle \u00bb. Il est de fait qu&rsquo;il y a, en pays d&rsquo;isl\u00e2m, des partis communistes, dont les adh\u00e9rents se disent souvent musulmans. Le plus puissant (d&rsquo;ailleurs ill\u00e9gal) serait celui du Soudan nilotique, auquel on attribue parfois un million de sympathisants \u2013 pour une dizaine de milliers d&rsquo;adh\u00e9rents \u2013, depuis l&rsquo;\u00e9crasement du Parti communiste indon\u00e9sien (le P.K.I.) qui, avant la tentative de coup d&rsquo;\u00e9tat communiste avort\u00e9e du 30 septembre 1965, se vantait de rassembler au moins 18 millions d&rsquo;hommes et de femmes (militants et sympathisants). Mais il faut y regarder de pr\u00e8s, si l&rsquo;on ne veut pas faire de confusions regrettables.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Par exemple, en Indon\u00e9sie, il ne fait pas de doute qu&rsquo;au centre de Java les masses rurales ont souvent confondu l&rsquo;av\u00e8nement du \u00ab socialisme \u00bb avec celui du \u00ab prince juste \u00bb (Ratu adil) annonc\u00e9 par la tradition populaire, et l&rsquo;on conna\u00eet des villages, aujourd&rsquo;hui remarquablement religieux, qui s&rsquo;or\u00adnaient nagu\u00e8re des portraits de Marx et de L\u00e9nine. \u00c0 Suma\u00adtra, les cas ne sont pas rares o\u00f9 la propagande communiste empruntait la fili\u00e8re confr\u00e9rique.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Ailleurs, le marxisme s&rsquo;assouplit pour mieux \u00eatre tol\u00e9r\u00e9, au point de perdre certains traits de structure. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;au Maroc, apr\u00e8s la dissolution, en 1960, du Parti communiste marocain (fond\u00e9 en 1943), le Parti de la lib\u00e9ration et du socialisme (P.L.S.) qui prit sa rel\u00e8ve, et ne v\u00e9cut d&rsquo;ailleurs, officiellement, que quatorze mois (1968-1970), anim\u00e9 par des petits-bourgeois, s&rsquo;effor\u00e7a de se faire accepter par le conserva\u00adtisme religieux de ses compatriotes. Au congr\u00e8s de 1966, le communiste \u2018Ali Yata releva \u00ab le caract\u00e8re progressiste de l&rsquo;isl\u00e2m \u00bb et, dans sa conf\u00e9rence de presse du 2 octobre 1968, il d\u00e9clara : \u00ab Rien n&#8217;emp\u00eache un croyant d&rsquo;\u00eatre socialiste militant, car isl\u00e2m et socialisme se soucient l&rsquo;un et l&rsquo;autre de lib\u00e9rer les hommes de la servitude. \u00bb Il est vrai que c&rsquo;est encore \u2018Ali Yata qui attaqua les \u00ab errements gauchistes \u00bb, en d\u00e9cembre 1970. D&rsquo;autres, comme Ahmad Karim <a id=\"Y17\" href=\"#X17\">[17]<\/a>, exaltent \u00ab les id\u00e9es progressistes \u00bb d&rsquo;Ibn Roshd (Averro\u00e8s, 1180), qu&rsquo;ils opposent aux \u00e9crits d&rsquo;Al-Ghaz\u00e2li, ce \u00ab Duhring d&rsquo;hier \u00bb. Karim cite la phrase fameuse d&rsquo;Ibn Roshd : \u00ab Je ne dis pas que cette science que vous nommez science divine soit fausse, mais je dis, moi, que je suis sachant de science humaine. \u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">On ne peut s&#8217;emp\u00eacher de mesurer la distance qui s\u00e9pare cette citation (et son auteur) de la d\u00e9claration suivante du mufti de Damas (Publi\u00e9e dans Jeune Afrique, n\u00b0 253 oct. 1965) : \u00ab C&rsquo;est s&rsquo;opposer \u00e0 l&rsquo;ordre divin que de vouloir changer l&rsquo;ordre naturel des choses en imposant les assurances sociales et la limitation des fortunes. \u00bb Apr\u00e8s tout, Louis Gardet voit juste quand il dit que \u00ab l&rsquo;islam, comme le christianisme, n&rsquo;a pas une r\u00e9ponse toute faite \u00e0 donner aux probl\u00e8mes \u00e9conomiques \u00bb. Sur ce point, l&rsquo;isl\u00e2m n&rsquo;est pas plus, en soi, une \u00ab barri\u00e8re \u00bb contre le communisme qu&rsquo;il n&rsquo;est allergique au capitalisme.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Les musulmans constituent une forte minorit\u00e9 en U.R.S.S.<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Il y a d&rsquo;ailleurs des \u00c9tats socialistes, \u00e0 commencer par l&rsquo;Union sovi\u00e9tique, o\u00f9 vivent, dans un cadre officiellement commu\u00adniste, des minorit\u00e9s ethniques dont les membres sont, au moins th\u00e9oriquement, de confession musulmane. Or la posi\u00adtion du r\u00e9gime sovi\u00e9tique n&rsquo;a pas vari\u00e9, depuis qu&rsquo;en 1956, notamment, un sp\u00e9cialiste comme L.I. Klimovitch ne voulait voir, dans cette religion, qu&rsquo;une \u00ab cr\u00e9ation du f\u00e9odalisme naissant, pour justifier l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 sociale \u00bb (L.I. Klimovitch : <em>l&rsquo;Islam, son origine et son essence sociale<\/em>. Moscou, 1956), en opposition fondamentale avec la science et le progr\u00e8s. L&rsquo;\u00e9tranger qui a, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, l&rsquo;occasion de visiter Tchkent ou Samar\u00adcande, par exemple, ne peut manquer d&rsquo;\u00eatre frapp\u00e9 par deux \u00e9vidences. La premi\u00e8re, c&rsquo;est l&rsquo;ignorance dans laquelle les jeunes g\u00e9n\u00e9rations du Turkestan sovi\u00e9tique sont volontaire\u00adment tenues en ce qui concerne les \u00e9l\u00e9ments les plus rudimen\u00adtaires de \u00ab leur \u00bb religion. La seconde, c&rsquo;est la \u00ab vitrine \u00bb, \u00e0 usage externe, que repr\u00e9sente le groupe restreint de lettr\u00e9s en Arabe, qui est symboliquement tol\u00e9r\u00e9 autour du mufti de Tachkent et \u00e0 la madrasa de Bokh\u00e2r\u00e2. Si l&rsquo;on veut, cepen\u00addant, aller plus loin dans l&rsquo;analyse, on s&rsquo;aper\u00e7oit, non sans surprise, de l&rsquo;attachement que ces minorit\u00e9s nationales, en U.R.S.S., gardent \u00e0 leur histoire, \u00e0 leur langue (le turc le plus souvent) et \u00e0 leur culture, en somme au sentiment qu&rsquo;elles ont de leur \u00ab diff\u00e9rence \u00bb. Ce particularisme, qui n&rsquo;est pas l&rsquo;une des moindres contradictions du r\u00e9gime sovi\u00e9tique, conduit m\u00eame certains de ces musulmans sovi\u00e9tiques \u00e0 penser que leur croissance d\u00e9mographique aidant, ils pourraient bien un jour se retrouver majoritaires \u2013 ce qui changerait bien des<br \/>\nchoses, \u00e0 leur point de vue.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>L&rsquo;isl\u00e2m conna\u00eet aussi le nationalisme<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Il faut enfin rappeler qu&rsquo;il existe, au sein du monde musul\u00adman, deux autres tendances, dont le r\u00f4le est mis en \u00e9vidence par des \u00e9v\u00e9nements r\u00e9cents. La premi\u00e8re, c&rsquo;est l&rsquo;arabisme (\u2018ur\u00fbba) ou \u00ab nationalisme arabe \u00bb. L&rsquo;autre mouvement est celui du panislamisme, c&rsquo;est-\u00e0-dire du r\u00eave \u2013 car ce n&rsquo;est encore qu&rsquo;un r\u00eave \u2013 de l&rsquo;unification politique, \u00e9conomique et spirituelle du monde musulman. Le Pakistan, d\u00e8s ses d\u00e9buts en 1947, et surtout depuis la Constitution de 1953, s&rsquo;effor\u00e7ait d&rsquo;\u0153uvrer en ce sens, mais ses propres tensions int\u00e9rieures et surtout, en 1971, la crise du s\u00e9paratisme bengali, ne lui laissent ni le loisir ni l&rsquo;autorit\u00e9 n\u00e9cessaires pour venir \u00e0 bout d&rsquo;un aussi grand dessein. Il n&rsquo;en demeure pas moins qu&rsquo;au-del\u00e0 et au-dessus des r\u00e9gionalismes et des rivalit\u00e9s, des \u00e9go\u00efsmes et des divergences d&rsquo;int\u00e9r\u00eats, les musulmans de tous les pays se sentent solidaires les uns des autres. Il y a, il est vrai, plus de ressemblance entre les milieux musulmans, qu&rsquo;il se trouve en Afrique ou en Asie, qu&rsquo;entre la soci\u00e9t\u00e9 catholi\u00adque des \u00c9tats-Unis et celle des pays du Tiers Monde, par exemple. Un musulman se sent \u00ab chez lui \u00bb partout o\u00f9 il retrouve des coreligionnaires (au moins pour la majorit\u00e9 sunnite orthodoxe) : qu&rsquo;il aille \u00e0 Dakar ou \u00e0 Djakarta, \u00e0 Alger ou \u00e0 Lahore, il est en pays de connaissance, il retrouve les m\u00eames modes de vie, les m\u00eames fa\u00e7ons de concevoir l&rsquo;exis\u00adtence, et jusqu&rsquo;aux grands traits communs de la culture et de la civilisation, car l&rsquo;isl\u00e2m est un syst\u00e8me global et universel.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Les cinq aires culturelles de l&rsquo;isl\u00e2m<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il ne faudrait pas croire, cependant, que le monde musulman pr\u00e9sente un aspect d&rsquo;uniformit\u00e9 monotone. Bien au contraire les personnalit\u00e9s vigoureuses des diff\u00e9rentes r\u00e9gions ou \u00c9tats qui le constituent en font, au premier abord, une mosa\u00efque qui d\u00e9fie l&rsquo;analyse et dont les arbres emp\u00eachent de voir la for\u00eat. Sans doute faut-il prendre du champ pour mieux d\u00e9gager les grands ensembles.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>L&rsquo;isl\u00e2m n&rsquo;est plus \u00ab une religion de nomades \u00bb<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">On pourrait alors distinguer, non sans quelque arbitraire ou simplification sujette \u00e0 discussion ou m\u00eame \u00e0 r\u00e9vision, cinq aires culturelles marqu\u00e9es par la dominante d&rsquo;une ethnie, d&rsquo;une langue ou de traits sociologiques caract\u00e9ristiques. On serait ainsi conduit \u00e0 diviser le monde musulman en Arabes. Turcs, Irano-Indiens, Malais et Noirs. On s&rsquo;apercevra alors que le centre de gravit\u00e9 se trouve en Asie, entre le sous-continent indien (pr\u00e8s de 180 millions de musulmans) et l&rsquo;Indon\u00e9sie (96 millions), l&rsquo;Afrique Blanche et noire, \u00c9gypte comprise) venant ensuite, avec 120 millions de croyants envi\u00adron. Contrairement \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e re\u00e7ue, l&rsquo;islam est donc bien loin d&rsquo;\u00eatre, actuellement, une religion de nomades ; au contraire, ses fid\u00e8les sont, dans leur immense majorit\u00e9, des paysans, des s\u00e9dentaires, des citadins. L&rsquo;Europe et l&rsquo;Am\u00e9rique n&rsquo;ont que des minorit\u00e9s relativement peu nombreuses. Les \u00ab Arabes \u00bb sont, au plus, un cinqui\u00e8me des musulmans du monde : il faut donc se garder de confondre les musulmans avec les seuls Arabes.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">On appelle d&rsquo;ailleurs \u00ab Arabes \u00bb des populations qui sont, en r\u00e9alit\u00e9, des arabis\u00e9s ou des arabophones (80 \u00e0 100 mil\u00adlions). Sur un substrat berb\u00e8re, copte ou aram\u00e9en, l&rsquo;isl\u00e2m arabe reste le berceau et le ferment : le sel de la terre. Le Proph\u00e8te \u00e9tait arabe, l&rsquo;isl\u00e2m a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 en langue arabe, qui reste la langue liturgique par excellence. Un ph\u00e9nom\u00e8ne nota\u00adble : si tous les musulmans ne sont pas, et de loin, des Arabes, tous les Arabes ne sont pas musulmans. En effet, il y a d&rsquo;importantes minorit\u00e9s chr\u00e9tiennes (la majorit\u00e9 des juifs a rejoint l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl, depuis 1948), surtout en \u00c9gypte (2 \u00e0 3 millions de coptes orthodoxes), en Syrie et au Liban (plus d&rsquo;un million en tout), en Palestine, en Ir\u00e2q, au Soudan nilotique (qui se consid\u00e8re comme un pays arabe, culturelle\u00adment). Trois grands probl\u00e8mes agitent cet ensemble dispa\u00adrate : l&rsquo;arabisme, le socialisme et la Palestine. L&rsquo;arabisme (\u2018ur\u00fbba), ou arabit\u00e9, ou nationalisme arabe, revient \u00e0 se r\u00e9cla\u00admer d&rsquo;une communaut\u00e9 de langue, de culture et de destin, sans exclusive religieuse : les chr\u00e9tiens d&rsquo;Orient ne sont pas les derniers \u00e0 prendre part \u00e0 cette tendance et ils ont jou\u00e9 le plus grand r\u00f4le dans la renaissance culturelle arabe, la Nahda, au XIXe si\u00e8cle. L&rsquo;\u00c9gypte de Gam\u00e2l \u2018Abd-an-N\u00e2ser, mort en 1970, a tenu la premi\u00e8re place, depuis la R\u00e9volution des officiers libres (1952), et elle a inlassablement tent\u00e9 de r\u00e9aliser le r\u00eave de la \u00ab nation arabe \u00bb, de l&rsquo;Atlantique au golfe Arabe (dit \u00ab Persique \u00bb). Mais, jusqu&rsquo;ici, les forces centrifuges l&#8217;em\u00adportent, le r\u00e9gionalisme (iql\u00eemiyya) n&rsquo;est pas mort, les pays \u00ab\u00a0progressistes \u00bb (comme l&rsquo;Alg\u00e9rie ou l&rsquo;Iraq) rejettent les \u00c9tats plus conservateurs et les monarchies archa\u00efques (Jordanie, Arabie sa\u2019oudienne, ou m\u00eame Maroc).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Le p\u00e9trole serait-il une mal\u00e9diction Pour les Arabes ?<\/em><\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Le p\u00e9trole est le pr\u00e9texte \u00e0 la multiplication des interventions \u00e9trang\u00e8res et au maintien de syst\u00e8mes politiques injustes et d\u00e9pass\u00e9s. On assiste bien \u00e0 des tentatives de regroupement, mais le Grand Maghreb arabe est toujours dans les nuages, et qu&rsquo;a dur\u00e9 la F\u00e9d\u00e9ration cr\u00e9\u00e9e \u2013 avec l&rsquo;isl\u00e2m religion d&rsquo;\u00c9tat \u2013 entre l&rsquo;\u00c9gypte, la Libye et la Syrie en septembre 1971, m\u00eame scell\u00e9e dans le sang des pendus de Khartoum ? Le fameux \u2013 et fumeux, trop souvent \u2013 \u00ab socialisme arabe \u00bb n&rsquo;est, la plupart du temps, qu&rsquo;un capitalisme \u00e9tatique, fort \u00e9loign\u00e9 du mat\u00e9rialisme scientifique, et les \u00c9tats qui s&rsquo;en r\u00e9clament sont aussi ceux qui, dans bien des cas, pers\u00e9cutent leurs propres communistes. Entre la fascination des \u00ab \u00e2ges d&rsquo;or \u00bb du pass\u00e9 et l&rsquo;attraction irr\u00e9sistible de la r\u00e9volution technique du Nord industrialis\u00e9, scolaris\u00e9 et repu, \u00ab les Ara\u00adbes d&rsquo;hier \u00e0 demain \u00bb (Titre du livre de Jacques Berque. Paris, Le Seuil, 1960) balancent entre le grand r\u00eave arabe et la tentation de la modernit\u00e9. Les jeux ne sont pas encore faits, et tout est encore possible.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>La Palestine pose un douloureux probl\u00e8me<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au flanc du monde arabe, cependant, une plaie demeure ouverte : l&rsquo;\u00c9tat sioniste d&rsquo;Isra\u00ebl, trois fois agresseur et trois fois vainqueur (en 1948, en 1956, et en 1967). Survivra-t-il en tant qu&rsquo;\u00c9tat h\u00e9breu sous sa forme actuelle, ou s&rsquo;int\u00e9grera-t-il dans un \u00c9tat palestinien la\u00efque, d\u00e9mocratique et plura\u00adliste, o\u00f9 les musulmans, les juifs et les chr\u00e9tiens vivraient en bonne entente, sur un pied d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 ? Il est bien \u00e9vident que ce ne sera pas facile, peut-\u00eatre m\u00eame est-ce un r\u00eave irr\u00e9alisa\u00adble. Mais y a-t-il une autre solution de justice, qui ne rejette ni les Isra\u00e9liens \u00e0 la mer ni les Palestiniens au d\u00e9sert ? En tout cas \u2014 il faut insister sur ce point \u2014, il ne s&rsquo;agit pas du<br \/>\ntout d&rsquo;une question religieuse (aucun Arabe palestinien ne songe un seul instant \u00e0 mettre en cause le juda\u00efsme !), mais du combat, pour la lib\u00e9ration politique, \u00e9conomique et so\u00adciale, d&rsquo;une nation prol\u00e9taire, la nation palestinienne, d\u00e9pouil\u00adl\u00e9e de ses terres.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Modernistes et conservateurs s&rsquo;opposent en Turquie<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les \u00ab Turcs \u00bb ne se r\u00e9duisent \u00e9videmment pas aux habitants de la Turquie. Il s&rsquo;agit ici d&rsquo;une aire culturelle, dont le signe est la langue turque (sous ses formes orientale et occidentale) et non, certes, la \u00ab race \u00bb, car les Anatoliens, sont, en majeure partie, des Iraniens turquis\u00e9s. On ajoutera donc aux Turcs de Turquie ceux d&rsquo;Union sovi\u00e9tique, les minorit\u00e9s turcophones d&rsquo;Iran et d&rsquo;Afghanistan, les musulmans de Yougoslavie, d&rsquo;Al\u00adbanie et de Bulgarie et, au moins, la moiti\u00e9 des habitants du Sin-Kiang chinois (la plupart parlent le turc ou\u00efghour). La Turquie \u00e9tait le si\u00e8ge du califat temporel, jusqu&rsquo;en 1922 date de sa suppression par Kemal Atat\u00fcrk. L&rsquo;essai de \u00ab\u00a0califat spirituel \u00bb fut abandonn\u00e9 en 1924. Les r\u00e9formes la\u00efcisantes de Mustafa Kemal r\u00e9duisirent l&rsquo;isl\u00e2m \u00e0 une affaire priv\u00e9e et le signe culturel de l&rsquo;alphabet arabe disparut (au profit des caract\u00e8res latins), tandis que le Coran et la pri\u00e8re \u00e9taient traduits en turc. Mais ce \u00ab renouveau \u00bb (Tecedd\u00fct, puis yeni\u00adlik) fut battu en br\u00e8che, en 1950, par la victoire \u00e9lectorale des d\u00e9mocrates. Aujourd&rsquo;hui, la Turquie est divis\u00e9e entre moder\u00adnistes et conservateurs, et ses d\u00e9chirements internes lui interdisent de jouer le r\u00f4le d&rsquo;\u00c9tat pilote qu&rsquo;avait r\u00eav\u00e9 pour elle Atat\u00fcrk. Les minorit\u00e9s d&rsquo;Europe ou d&rsquo;Asie suivent le sort des \u00c9tats dans le cadre desquels elles vivent : monarchique en Iran ou en Afghanistan (o\u00f9 elles se plaignent d&rsquo;\u00eatre d\u00e9favoris\u00e9es), socialiste ailleurs (en Albanie, l&rsquo;isl\u00e2m est majoritaire, mais toutes les mosqu\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9es en 1967). R\u00e9p\u00e9tons que la grande inconnue demeure l&rsquo;avenir des \u00ab musulmans sovi\u00e9tiques\u00a0\u00bb. Au total, ces \u00ab Turcs \u00bb repr\u00e9sentent environ 75 millions d&rsquo;hommes.<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><em>De l&rsquo;Iran au Bangladesh<\/em>, monde musulman est d\u00e9chir\u00e9<\/p>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\">Ce n&rsquo;est pas sans pr\u00e9caution qu&rsquo;on parlera d&rsquo;une aire culturelle \u00ab irano-indienne \u00bb, dont le signe commun serait le r\u00f4le historique du persan, langue de la famille indo-europ\u00e9enne, qui s&rsquo;\u00e9crit toujours (sauf au T\u00e2djikistan sovi\u00e9tique) en carac\u00adt\u00e8res arabes. En effet, si cette classification ne fait pas difficult\u00e9 pour l&rsquo;Iran et l&rsquo;Afghanistan, qui ont le persan comme langue nationale, il n&rsquo;en va pas de m\u00eame pour le sous?continent indien, o\u00f9, depuis 1837, l&rsquo;anglais avait pris la place Officielle. Aujourd&rsquo;hui, les musulmans rest\u00e9s en Inde (60 millions) et ceux du Pakistan (occidental) (40 millions) privil\u00e9\u00adgient une langue indienne d\u00e9riv\u00e9e du persan, appel\u00e9e hindi (en caract\u00e8res \u00ab sanskrits \u00bb) dans l&rsquo;Inde, et urdu (en caract\u00e8res arabes) au Pakistan. Mais la majorit\u00e9 d\u00e9mographique de l&rsquo;ex-Pakistan vit dans l&rsquo;\u00ab aile orientale \u00bb, au Bengale (Bangladesh), et s&rsquo;est assur\u00e9 aujourd&rsquo;hui comme langue nationale le bengali. L&rsquo;isl\u00e2m indien a connu et conna\u00eet encore des ten\u00addances syncr\u00e9tistes et l&rsquo;on peut m\u00eame se demander, avec T.W. Arnold (T.W. Arnold : \u00ab Inde \u00bb, in <em>l&rsquo;Encyclop\u00e9die de l&rsquo;Isl\u00e2m<\/em> 1927), si l&rsquo;ancien syst\u00e8me des castes, \u00e9videmment condamn\u00e9 par l&rsquo;\u00e9galitarisme de l&rsquo;isl\u00e2m, ne survit pas, notamment au Bengale, dans les classes sociales, dont les plus \u00ab\u00a0nobles \u00bb restent ferm\u00e9es aux convertis hindous. On sait que le partage de l&rsquo;Inde (malgr\u00e9 Gandhi), en 1947, donna naissance \u00e0 un \u00c9tat islamique, le Pakistan, dont les deux \u00ab ailes \u00bb furent tellement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes que la religion formait leur seul v\u00e9ritable lien. La crise dramatique de 1971 et le s\u00e9paratisme bengali ont montr\u00e9 que, m\u00eame sur le plan reli\u00adgieux, le Bangladesh se sent, sans doute, plus proche de l&rsquo;Inde (et, en tout cas, de sa partie occidentale rest\u00e9e dans l&rsquo;Union indienne) et m\u00eame, \u00e0 certains \u00e9gards, du monde malais, que du Pendj\u00e2b, lui-m\u00eame plus sensible \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution des pays arabes, iraniens et turcs. Le r\u00eave d&rsquo;un \u00ab Isl\u00e2mistan\u00a0\u00bb n&rsquo;a donc jamais \u00e9t\u00e9 aussi loin de se r\u00e9aliser, d&rsquo;autant plus que le sh\u00ee\u2019isme tient une place importante dans cette aire cultu\u00adrelle et qu&rsquo;il est la religion d&rsquo;\u00c9tat en Iran. Cet immense ensemble repr\u00e9senterait, de l&rsquo;Iran au Bangladesh, plus de 200 millions d&rsquo;hommes. C&rsquo;est donc le plus peupl\u00e9 de tout le monde musulman.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>L&rsquo;isl\u00e2m s&rsquo;\u00e9tend jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Asie du Sud-Est<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le monde malais n&rsquo;est sans doute pas une expression tr\u00e8s exacte, \u00e0 moins de ne la prendre que dans sa signification linguistique. En effet, c&rsquo;est bien le malais qui est la langue commune \u00e0 l&rsquo;immense Indon\u00e9sie (120 millions d&rsquo;habitants), la Malaisie (o\u00f9 les Chinois sont au moins la moiti\u00e9 et les Indiens plus d&rsquo;un million), \u00e0 la minorit\u00e9 du sud de la Tha\u00ef\u00adlande. Les Philippins ont plusieurs langues (les musulmans sont estim\u00e9s \u00e0 2 ou 4 millions), de la famille malayo-polyn\u00e9sienne, et les Cham du Vi\u00eat-Nam et du Cambodge parlent une langue \u00e9galement apparent\u00e9e. Dans l&rsquo;ensemble, il s&rsquo;agit d&rsquo;un isl\u00e2m hindouis\u00e9, sur un fond \u00ab animiste \u00bb qui, parfois, affleure encore. Mais nombreux sont les Malais (de Malaisie) ou les Indon\u00e9siens qui ont un comportement et une connais\u00adsance de leur religion qui ne se distinguent gu\u00e8re de ce que l&rsquo;on peut constater ailleurs. On retrouve, en Asie du Sud-Est, des tendances nettement conservatrices, qui se concr\u00e9tisent souvent dans le cadre de partis politiques confessionnels (comme une partie au moins de la Nahdatul Ulama indon\u00e9\u00adsienne), mais la Muhammadijah est nettement \u00ab r\u00e9formiste \u00bb et les \u00e9changes constants avec les Arabes, surtout avec La Mekke et Le Caire, ont permis le d\u00e9veloppement de courants de recherche et de pens\u00e9e \u00ab modernistes \u00bb et la cr\u00e9ation de nombreux \u00e9tablissements d&rsquo;enseignement secondaire ou sup\u00e9\u00adrieur, o\u00f9 la langue arabe et le \u00ab droit musulman \u00bb (de l&rsquo;\u00e9cole shafi&rsquo;ite orthodoxe) ont une place de choix. Ce qui n&#8217;emp\u00eache pas le mysticisme, souvent impr\u00e9gn\u00e9 d&rsquo;hindouisme, \u00e0 Java surtout, de donner une coloration tr\u00e8s particuli\u00e8re \u00e0 l&rsquo;islam tel qu&rsquo;il est v\u00e9cu comme r\u00e9alit\u00e9 quotidienne, dans cette partie du monde musulman (qui concerne 130 \u00e0 140 millions d&rsquo;hom\u00admes). Les minorit\u00e9s chinoises et chr\u00e9tiennes sont loin d&rsquo;y \u00eatre n\u00e9gligeables : pour la seule Indon\u00e9sie, on compte, en 1971, 3 millions de Chinois et 7 \u00e0 8 millions de chr\u00e9tiens, tous tr\u00e8s influents et tr\u00e8s actifs, au point m\u00eame de donner \u00e0 l&rsquo;isl\u00e2m, pourtant largement majoritaire (\u00e0 80 %), un v\u00e9ritable com\u00adplexe de minorit\u00e9. L&rsquo;isl\u00e2m n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas religion d&rsquo;\u00c9tat en Indon\u00e9sie, dont la base officielle repose sur les Cinq Principes (Pantja Sila) imagin\u00e9s par Sukarno en 1945 et toujours maintenus depuis : foi en un Dieu unique (qui n&rsquo;est pas nomm\u00e9 Allah, mais Tuhan, en malais), nationalisme, humanisme, d\u00e9mocratie et justice sociale. Louis Massignon avait-il vu juste, quand il pr\u00e9disait la mont\u00e9e de ces \u00ab isl\u00e2ms p\u00e9riph\u00e9riques \u00bb et, en particulier, le r\u00f4le que, t\u00f4t ou tard, l&rsquo;Indon\u00e9sie, avant m\u00eame le Pakistan (cr\u00e9ation artificielle), serait appel\u00e9e \u00e0 jouer dans le monde musulman ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>L&rsquo;islam noir \u00e9prouve encore les s\u00e9quelles du colonialisme<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;Afrique noire n&rsquo;offre aujourd&rsquo;hui d&rsquo;autre unit\u00e9 que la cou\u00adleur de peau de ses peuples et le substrat animiste particulier sur lequel s&rsquo;est greff\u00e9, historiquement, l&rsquo;isl\u00e2m. C&rsquo;est seulement au point de vue sociologique que l&rsquo;on peut parler, pour 50 \u00e0 60 millions d&rsquo;hommes, d&rsquo;isl\u00e2m noir. Les trois principales langues de culture musulmane sont encore le swahili (en Afrique orientale et centrale, \u00e0 Mogadiscio, aux Comores, dans l&rsquo;ouest de Madagascar), le peul (dont la \u00ab diaspora \u00bb prend l&rsquo;Afrique en \u00e9charpe, de l&rsquo;Atlantique \u00e0 la mer Rouge) et le hausa (qui d\u00e9passe les fronti\u00e8res du Niger et du Nigeria).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Trois pays au moins ont tenu ou tiennent r\u00e9cemment la vedette, pour lesquels on a mis en cause ce que les journa\u00adlistes appellent volontiers l&rsquo;\u00ab imp\u00e9rialisme de l&rsquo;isl\u00e2m \u00bb : le Soudan, l&rsquo;\u00c9rythr\u00e9e et le Nigeria. C&rsquo;est aller un peu vite en besogne et confondre dangereusement le signifiant et le signi\u00adfi\u00e9. \u00c0 y regarder de plus pr\u00e8s, on pourrait r\u00e9sumer ainsi ces affaires. Au Soudan \u00ab nilotique \u00bb (10 millions d&rsquo;habitants), un tiers \u00e0 peu pr\u00e8s, soit les trois provinces du Sud, est rest\u00e9 animiste, avec une minorit\u00e9 chr\u00e9tienne, convertie par des missionnaires surtout italiens. Depuis 1958, l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;urgence est en vigueur et le front de lib\u00e9ration du Soudan m\u00e9ridional tient \u00ab la brousse \u00bb contre le gouvernement de Khartoum. D\u00e9j\u00e0, au temps du condominium anglo-\u00e9gyptien (1936-1956), les districts du Sud avaient un statut sp\u00e9cial (\u00ab closed district area \u00bb). Il est certain que le Sud constituait nagu\u00e8re un r\u00e9servoir d&rsquo;esclaves et qu&rsquo;il n&rsquo;a en commun avec le Nord musulman ni la langue, ni la culture, ni la religion. Mais, d&rsquo;autre part, le gouvernement central estime que l&rsquo;\u00ab unit\u00e9 nationale \u00bb passe par l&rsquo;arabisation et l&rsquo;islamisation. On peut donc penser que le conflit est un h\u00e9ritage du pass\u00e9 colonial et que la solution pacifique r\u00e9side dans une autonomie du Sud, dans le cadre d&rsquo;un \u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral. Des accords ont mis fin \u00e0 cette guerre en 1971.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;\u00c9rythr\u00e9e musulmane, f\u00e9d\u00e9r\u00e9e en 1952 avec l&rsquo;\u00c9thiopie, empire \u00e0 majorit\u00e9 chr\u00e9tienne, est \u00e9galement en r\u00e9volte ouverte et aspire \u00e0 son ind\u00e9pendance. L\u00e0 encore, on a affaire aux s\u00e9quelles de l&rsquo;agression fasciste de 1935.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La grande f\u00e9d\u00e9ration du Nigeria (50 \u00e0 60 millions d&rsquo;habi\u00adtants) a connu bien des secousses depuis son ind\u00e9pendance (en 1960). La crise la plus grave a \u00e9t\u00e9, au Sud-Est, celle de la tentative de s\u00e9cession du Biafra (1967-1970), o\u00f9 l&rsquo;ethnie dominante, celle des Ibo, tr\u00e8s active, convertie et scolaris\u00e9e par les missionnaires irlandais, s&rsquo;est heurt\u00e9e, dans le Nord musulman, \u00e0 des populations maintenues, depuis l&rsquo;occupation britannique (en 1900), sous un r\u00e9gime f\u00e9odal d&rsquo;\u00e9mirs souvent obscurantistes. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;un probl\u00e8me \u00e9conomique et social (les Ibo tenaient la majeure partie du commerce dans le Nord), et nullement d&rsquo;un conflit religieux. Bien entendu, l&rsquo;affaire a \u00e9t\u00e9 envenim\u00e9e par des interventions \u00e9trang\u00e8res, en partie motiv\u00e9es par la localisation, au Biafra ou dans son voisinage imm\u00e9diat, des riches gisements de p\u00e9trole du Nigeria. Ce n&rsquo;est donc pas l&rsquo;\u00ab imp\u00e9rialisme de l&rsquo;isl\u00e2m \u00bb qu&rsquo;il faut incriminer, mais les diff\u00e9rences de niveau de d\u00e9veloppement \u00e9conomique et culturel, artificiellement suscit\u00e9es ou mainte\u00adnues aux beaux jours du colonialisme, en m\u00eame temps que le d\u00e9coupage arbitraire des fronti\u00e8res africaines par les puissan\u00adces europ\u00e9ennes, sans oublier la d\u00e9sastreuse \u00ab politique des blocs \u00bb, dont les nations prol\u00e9taires sont toujours les victimes.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Docteur \u00e8s lettres et professeur titulaire \u00e0 l&rsquo;univer\u00adsit\u00e9 de Paris VIII, Vincent Monteil a voyag\u00e9 dans la plus grande partie du monde musulman et v\u00e9cu en Afrique du Nord, en Iran, en Afrique noire et en Indon\u00e9sie. Disciple de Louis Massignon, il a publi\u00e9 une trentaine d&rsquo;ouvrages, principalement sur l&rsquo;isl\u00e2m et l&rsquo;islamologie.<\/em><\/p>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X1\" href=\"#Y1\">[1]<\/a> L. Massignon : <span style=\"font-size: small;\"><em>la Passion d&rsquo;al-Hosayn Ibn Mansour al-Hall\u00e2j<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\">, martyr Mystique de l&rsquo;Isl\u00e2m (Paris, Gallimard, 1971) ; <\/span><span style=\"font-size: small;\"><em>Essai sur les origines du lexique technique de la mystique musulmane<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (Paris, Vrin, 1954) ; <\/span><span style=\"font-size: small;\"><em>Opera Minora<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (Beyrouth, 1963) ; <\/span><span style=\"font-size: small;\"><em>Parole donn\u00e9e<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (Paris, U.G.E, 1970).<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X2\" href=\"#Y2\">[2]<\/a> Voir \u00e0 ce sujet l&rsquo;\u00e9tude de L. Massignon : <span style=\"font-size: small;\"><em>Parole donn\u00e9e<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (Paris, Julliard, 1962).<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X3\" href=\"#Y3\">[3]<\/a> Cette histoire a \u00e9t\u00e9 entreprise dans les travaux de C. Cahen \u00ab <span style=\"font-size: small;\"><em>les Facteurs \u00e9conomiques et sociaux dans l&rsquo;ankylose actuelle de l&rsquo;Isl\u00e2m<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> \u00bb, in Colloque de Bordeaux (Paris, Maisonneuve, 1957) ; M. Lombard : <\/span><span style=\"font-size: small;\"><em>l&rsquo;Isl\u00e2m dans sa premi\u00e8re grandeur<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (Paris, Flammarion, 1971) ; L. Massignon : <\/span><span style=\"font-size: small;\"><em>Parole donn\u00e9e<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (Paris, Julliard, 1962).<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X4\" href=\"#Y4\">[4] <\/a>M. Weber : <span style=\"font-size: small;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Die Protestantische Ethik und der Geist der Kapitalismus<\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (T\u00fcbingen, Mohr, 1920) : trad. fran\u00e7. : <\/span><span style=\"font-size: small;\"><em>L\u2019\u00c9thique protestante et l&rsquo;Esprit du capitalisme<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (Paris, Plon, 1964).<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X5\" href=\"#Y5\">[5]<\/a> Cette influence a \u00e9t\u00e9 mise en \u00e9vidence par L. Massignon : <span style=\"font-size: small;\"><em>Parole donn\u00e9e<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (Paris, Julliard, 1962).<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X6\" href=\"#Y6\">[6]<\/a> L. Massignon : <span style=\"font-size: small;\"><em>Parole donn\u00e9e<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (Paris, U.G.E, 1970).<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X7\" href=\"#Y7\">[7]<\/a> Ibn Khald\u00fbn : <span style=\"font-size: small;\"><em>Discours sur l&rsquo;histoire universelle<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (Beyrouth, Imprimerie catholique, 1967-1968).<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X8\" href=\"#Y8\">[8]<\/a> L. Gardet :<span style=\"font-size: small;\"><em> l&rsquo;Islam, religion et communaut\u00e9<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (Paris, Descl\u00e9e de Brouwer, 1957).<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X9\" href=\"#Y9\">[9]<\/a> L. Massignon : <span style=\"font-size: small;\"><em>Parole donn\u00e9e<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (Paris, Julliard, 1962).<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X10\" href=\"#Y10\">[10]<\/a> Notamment dans la traduction de R. Blach\u00e8re : <span style=\"font-size: small;\"><em>le Coran<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (Paris, Maisonneuve, 1957).<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X11\" href=\"#Y11\">[11]<\/a> L. Massignon : <span style=\"font-size: small;\"><em>Parole donn\u00e9e<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (Paris, Julliard, 1962).<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X12\" href=\"#Y12\">[12]<\/a> Denzinger : <span style=\"font-size: small;\"><em>Enchiridion symbolorurm<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (33<\/span><sup><span style=\"font-size: small;\">e<\/span><\/sup><span style=\"font-size: small;\"> \u00e9dit, 1965).<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X13\" href=\"#Y13\">[13]<\/a> L. Gardet : <span style=\"font-size: small;\"><em>l&rsquo;Isl\u00e2m, religion et communaut\u00e9<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (Paris, Descl\u00e9e de Brouwer, 1967).<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X14\" href=\"#Y14\">[14]<\/a> M. Rodinson : <span style=\"font-size: small;\"><em>Mahomet<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (Paris, Club fran\u00e7ais du livre, 1961).<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X15\" href=\"#Y15\">[15]<\/a> G.H. Bousquet : <span style=\"font-size: small;\"><em>la Morale de l&rsquo;Islam et son \u00e9thique sexuelle<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (Paris, Maisonneuve, 1953).<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X16\" href=\"#Y16\">[16]<\/a> L. Massignon : <span style=\"font-size: small;\"><em>Parole donn\u00e9e<\/em><\/span><span style=\"font-size: small;\"> (Paris, Julliard, 1962).<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\"><a id=\"X17\" href=\"#Y17\">[17]<\/a> A. Karim : \u00ab l&rsquo;Anti-D\u00fbhring et les Arabes \u00bb in Revue internationale (oct. 1970).<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La doctrine de l&rsquo;isl\u00e2m est contenue dans le Coran et dans la Sunna, c&rsquo;est-\u00e0-dire la Tradition v\u00e9cue et enseign\u00e9e par le Proph\u00e8te, autrement dit, l&rsquo;ensemble des \u00ab dicts \u00bb ou logia ou hadith de Muhammad. Le mot Qur&rsquo;\u00e2n signifie \u00ab r\u00e9citation \u00bb. Le texte r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 Muhammad est consid\u00e9r\u00e9, par les musulmans, comme le Verbe m\u00eame de Dieu \u2013 selon l&rsquo;expression de Louis Massignon, \u00ab comme une dict\u00e9e surnaturelle enre\u00adgistr\u00e9e par le Proph\u00e8te inspir\u00e9es \u00bb. D&rsquo;abord retenu par c\u0153ur, puis transcrit sur des fragments de poteries, des peaux, des palmes, des omoplates de mouton, une version d\u00e9finitive, la Vulgate \u00bb, en fut \u00e9tablie apr\u00e8s la mort du Proph\u00e8te, puis fix\u00e9e au IXe si\u00e8cle, en notant les \u00ab points diacritiques \u00bb qui permettent de distinguer les consonnes au \u00ab squelette \u00bb com\u00admun, ainsi que les signes des voyelles br\u00e8ves. Mat\u00e9riellement, c&rsquo;est une suite de cent quatorze chapitres ou sourates, les plus longues au d\u00e9but, les plus courtes \u00e0 la fin, subdivis\u00e9es en plus de six mille versets. Vingt-neuf sourates commencent par des lettres isol\u00e9es, dont le v\u00e9ritable sens est controvers\u00e9 (les mystiques en font grand cas). Les orientalistes ont cherch\u00e9 \u00e0 classer les sourates en suivant l&rsquo;ordre chronologique le plus vraisemblable, c&rsquo;est ce qu&rsquo;a fait, en particulier, R\u00e9gis Bla\u00adch\u00e8re, en 1949-1950. Longtemps, les musulmans ont r\u00e9pugn\u00e9 \u00e0 traduire le Coran arabe. Aujourd&rsquo;hui, il en existe de nom\u00adbreuses versions dans les principales langues du monde de l&rsquo;isl\u00e2m, du wolof du S\u00e9n\u00e9gal au swahili de l&rsquo;Afrique orientale, du turc au malais-indon\u00e9sien. Certaines de ces traductions sont peu satisfaisantes, soit que, pour mieux coller au texte original, elles se r\u00e9duisent \u00e0 un mot \u00e0 mot incompr\u00e9hensible, soit, au contraire, qu&rsquo;elles l&rsquo;interpr\u00e8tent de fa\u00e7on contestable. Il faut pourtant reconna\u00eetre qu&rsquo;il est indispensable de traduire le Coran pour le rendre intelligible \u00e0 la masse des fid\u00e8les, qui l&rsquo;apprend par c\u0153ur sans le comprendre.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[785],"tags":[538],"class_list":["post-14454","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-traditions","tag-islam"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>L\u2019Islam - La r\u00e9v\u00e9lation du dernier Proph\u00e8te par Vincent Monteil - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lislam-la-revelation-du-dernier-prophete-par-vincent-monteil\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"L\u2019Islam - La r\u00e9v\u00e9lation du dernier Proph\u00e8te par Vincent Monteil - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"La doctrine de l&#039;isl\u00e2m est contenue dans le Coran et dans la Sunna, c&#039;est-\u00e0-dire la Tradition v\u00e9cue et enseign\u00e9e par le Proph\u00e8te, autrement dit, l&#039;ensemble des \u00ab dicts \u00bb ou logia ou hadith de Muhammad. 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