{"id":14580,"date":"2013-12-18T00:47:37","date_gmt":"2013-12-17T23:47:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=14580"},"modified":"2014-01-03T23:30:53","modified_gmt":"2014-01-03T22:30:53","slug":"lenfance-dun-moi-par-carlo-suares","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lenfance-dun-moi-par-carlo-suares\/","title":{"rendered":"L&rsquo;enfance d&rsquo;un moi : \u00abJe suis un moi\u00bb par Carlo Suar\u00e8s"},"content":{"rendered":"<p>(Extrait de <em>La com\u00e9die Psychologique<\/em>. \u00c9dition Corti 1932)<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-premiere-reponse-au-present-ext-5-par-carlo-suares\/\"><em>Chapitre pr\u00e9c\u00e9dent<\/em><\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-croissance-dun-moi-son-processus-par-carlo-suares\/\"> <em>Chapitre suivant<\/em><\/a><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Le probl\u00e8me commun \u00e0 tous<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La race, la caste, la classe, etc&#8230; dont le moi, personnage en formation, assumera les caract\u00e8res, ne modifieront pas la nature fondamentale du moi. Ce qui nous int\u00e9resse ici, ce n&rsquo;est point de savoir comment fonctionnent les lois de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, ou cel\u00adles du d\u00e9terminisme \u00e9conomique, dans l&rsquo;\u00e9labora\u00adtion des moi, mais de comprendre la nature de l&rsquo;entit\u00e9 qui dira en tous cas \u00ab je suis moi \u00bb, quelles que soient ses h\u00e9r\u00e9dit\u00e9s, quelles que soient ses con\u00additions \u00e9conomiques et sociales.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;enfant prodige, l&rsquo;imb\u00e9cile, le g\u00e9nie, auront tous un seul probl\u00e8me \u00e0 r\u00e9soudre, le m\u00eame : celui que pose l&rsquo;existence m\u00eame de leur entit\u00e9. Il est \u00e9vident que certains individus sont plus favoris\u00e9s par la nature que d&rsquo;autres, qu&rsquo;ils sont plus facilement port\u00e9s \u00e0 d\u00e9couvrir leur essence ; mais ces diff\u00e9\u00adrences ne sont pas essentielles en ce qui nous con\u00adcerne ici. Elles ne cr\u00e9ent pas d&rsquo;\u00e9chelles de valeurs, de hi\u00e9rarchies. Il ne s&rsquo;agit pas ici de quantit\u00e9s, de petits moi ou de grands moi : qu&rsquo;un individu quel\u00adconque per\u00e7oive son existence en tant que moi, cela suffit pour qu&rsquo;il puisse r\u00e9soudre ce moi et parvenir \u00e0 la Connaissance.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Le subjectif, vaincu par la permanence universelle, n&rsquo;a pas renonc\u00e9 \u00e0 sa permanence<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le processus de formation du moi est donc essentiel \u00e0 comprendre, car c&rsquo;est l\u00e0 que se r\u00e9v\u00e9lera le fonctionnement de sa contradiction int\u00e9rieure.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Gr\u00e2ce \u00e0 une longue suite de d\u00e9faites victorieuses, le subjectif est parvenu au point de se contraindre \u00e0 se faire recr\u00e9er par l&rsquo;instant pr\u00e9sent, mais <em>ce changement d&rsquo;\u00e9tat ne comporte aucun renonce\u00adment<\/em> : bien au contraire, cette adh\u00e9sion au pr\u00e9sent n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 obtenue que gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;accumulation d&rsquo;efforts mill\u00e9naires tous faits dans la m\u00eame direction sta\u00adtique, tous ayant tendu vers la recherche et le maintien d&rsquo;une permanence sp\u00e9cifique, subjective, en opposition au reste du monde. <em>Le subjectif, loin d&rsquo;avoir renonc\u00e9 \u00e0 sa permanence, du fait que cette permanence est vaincue vient pr\u00e9cis\u00e9ment au con\u00adtraire d&rsquo;en acqu\u00e9rir le sentiment. Cette contradic\u00adtion est totale, et c&rsquo;est sur elle que se construira le moi<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Le noyau central de r\u00e9actions<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;\u00e9volution n&rsquo;a pas abouti \u00e0 la formation d&rsquo;ap\u00adpareils indicateurs, capables de r\u00e9pondre d&rsquo;une fa\u00e7on objective \u00e0 la succession des instants pr\u00e9\u00adsents, sans que ceux-ci laissent sur les appareils la trace de leur passage. De tels appareils devraient d\u00e9j\u00e0 poss\u00e9der leur \u00e9quilibre propre, ce que pr\u00e9ci\u00ads\u00e9ment ont perdu les organismes humains \u00e0 leur naissance. L&rsquo;\u00e9volution a simplement abouti \u00e0 cr\u00e9er des organismes dans lesquels les premi\u00e8res r\u00e9ac\u00adtions que provoque en eux le monde ext\u00e9rieur sont plus fortes que les r\u00e9actions sp\u00e9cifiques, h\u00e9rit\u00e9es. L\u00e0 est toute la diff\u00e9rence qui s\u00e9pare l&rsquo;homme du reste des \u00eatres organis\u00e9s. L&rsquo;organisme humain, \u00e0 sa naissance, est le seul qui ait perdu son \u00e9quilibre propre, mais il n&rsquo;a pas renonc\u00e9 \u00e0 le trouver et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablir : au contraire, il ne l&rsquo;a perdu que parce qu&rsquo;il l&rsquo;a trouv\u00e9. Il a per\u00e7u la permanence de l&rsquo;\u00e9qui\u00adlibre universel, et cherche \u00e0 l&rsquo;utiliser pour son propre compte. Ses premi\u00e8res r\u00e9actions, qui le p\u00e9\u00adtrissent, adh\u00e8rent au pr\u00e9sent. Son premier contact avec le monde est un contact avec l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, mais qui aussit\u00f4t se constitue en pass\u00e9, pour barrer la route au pr\u00e9sent. Le moi se compose, s&rsquo;\u00e9chafaude autour de cette premi\u00e8re r\u00e9ponse \u00e0 la pr\u00e9sence du monde. <em>La formation du moi est la transformation du pr\u00e9sent en pass\u00e9<\/em>. Lorsque le pass\u00e9 a pris corps, le moi est d\u00e9finitivement constitu\u00e9. Les n\u00e9cessit\u00e9s physiologiques, les premi\u00e8res sensations, les d\u00e9\u00adsirs, les satisfactions de ces d\u00e9sirs, les malaises, leurs soulagements, etc&#8230; constituent \u00e0 chaque ins\u00adtant un jeu d&rsquo;associations et de dissociations, qui renforcent les vibrations primitives du sujet non encore conscient, qui s&rsquo;ajoutent \u00e0 elles. Et comme ces vibrations primitives sont uniques pour chaque sujet (pour les raisons que nous avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9tu\u00addi\u00e9es), celui-ci exprimera de plus en plus, en pre\u00adnant corps sur le noyau que constitue son point de d\u00e9part : sa r\u00e9ponse particuli\u00e8re, au \u00ab plus \u00bb uni\u00adversel.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ce noyau central de r\u00e9actions, cette r\u00e9ponse primitive \u00e0 l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 d&rsquo;un instant, est l&rsquo;essence m\u00eame du moi, elle est le plus universel que le moi recouvre, et perd de vue, en construisant son pro\u00adpre \u00e9difice statique. Il n&rsquo;est pas \u00e9tonnant que cette essence, per\u00e7ue \u00e0 travers le r\u00eave du Mythe, ait pris le nom d&rsquo;\u00e2me et l&rsquo;attribut de l&rsquo;immortalit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>La recherche d&rsquo;un \u00e9quilibre unique<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">De m\u00eame que l&#8217;embryon humain passe \u00e0 tra\u00advers toutes les phases de l&rsquo;\u00e9volution sans s&rsquo;y arr\u00eater, de m\u00eame, l&rsquo;enfant, d\u00e8s sa naissance, passe \u00e0 travers tous les stades de l&rsquo;\u00e9volution du subjectif dans la nature. Tandis qu&rsquo;un insecte na\u00eet \u00e0 peu pr\u00e8s aussi \u00e9veill\u00e9 qu&rsquo;il le sera au cours de son existence, l&rsquo;en\u00adfant doit partir de beaucoup plus bas que l&rsquo;insecte. Il part pour ainsi dire de z\u00e9ro, et en outre il est oblig\u00e9 de cr\u00e9er \u00e0 chaque instant le p\u00f4le n\u00e9gatif qui maintenant lui manque, ce p\u00f4le \u00e9tant le moi.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le je, entra\u00een\u00e9 dans le dynamisme universel, vibrera entre le p\u00f4le dynamique du \u00ab plus \u00bb, et un p\u00f4le n\u00e9gatif, fait de r\u00e9actions, qu&rsquo;il soul\u00e8vera der\u00adri\u00e8re lui dans sa course, avec le fol espoir de n&rsquo;\u00eatre plus entra\u00een\u00e9. Ses r\u00e9actions s&rsquo;opposeront au monde ext\u00e9rieur, et le je intensifiera ainsi l&rsquo;opposition irr\u00e9ductible et totale de ses deux p\u00f4les, jusqu&rsquo;au point o\u00f9 l&rsquo;exc\u00e8s d&rsquo;intensit\u00e9 de l&rsquo;antinomie provo\u00adquera sa condensation en un personnage. Imagi\u00adnons un instant que le milieu social accueille ce moi en formation, de la meilleure fa\u00e7on possible. Imaginons donc une soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur la connais\u00adsance de la nature antinomique du moi, une so\u00adci\u00e9t\u00e9 sans classes, sans hi\u00e9rarchies spirituelles, sans religions, sans propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, sans autorit\u00e9s mo\u00adrales, bref une soci\u00e9t\u00e9 humaine. Cette soci\u00e9t\u00e9, au lieu d&rsquo;intervenir dans l&rsquo;\u00e9quilibre particulier de l&rsquo;en\u00adfant, au lieu de lui imposer des conformismes, des croyances, des id\u00e9es, des r\u00f4les de personnages my\u00adthiques, aurait comme but \u00e9ducatif d&rsquo;intensifier le plus possible l&rsquo;\u00e9quilibre provisoire que se construit le je de l&rsquo;enfant, sur sa propre antinomie, sur l&rsquo;antinomie qui lui est tout \u00e0 fait particuli\u00e8re quant aux \u00e9l\u00e9ments qui la composent. Cet \u00e9difice, construit sur des r\u00e9actions particuli\u00e8res, au moyen d&rsquo;exp\u00e9riences uniques, au moyen d&rsquo;un caract\u00e8re, d&rsquo;un temp\u00e9rament, d&rsquo;aptitudes distinctes, exprimerait de plus en plus intens\u00e9ment une note distincte, claire, pr\u00e9cise, qui, \u00e9manant d&rsquo;une antinomie, fini\u00adrait par la briser par l&rsquo;intensit\u00e9 de sa vibration, comme se brise un cristal tr\u00e8s pur sous la pression de son propre chant.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;\u00e9clatement de l&rsquo;antinomie moi serait un ph\u00e9\u00adnom\u00e8ne aussi naturel que l&rsquo;\u00e9panouissement d&rsquo;une fleur. Ce serait un \u00e9clatement par l&rsquo;int\u00e9rieur, dont la pouss\u00e9e commencerait par \u00eatre la conqu\u00eate consciente du g\u00e9nie, mais d\u00e9passerait ce stade, encore \u00e9gocentrique (donc mythique), pour dissoudre l&rsquo;entit\u00e9 dans la Connaissance absolue, dans l&rsquo;instant pr\u00e9sent. Le processus de d\u00e9veloppements ne serait pas une recherche, une asc\u00e8se des moi, de ces personnages compos\u00e9s et absurdes, qui s&rsquo;accro\u00adchent \u00e0 leur entit\u00e9. Non, le d\u00e9veloppement se produirait naturellement au cours de la maturation de l&rsquo;individu, et serait le parfum de cette matura\u00adtion.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En \u00e9tudiant, au d\u00e9but de cet expos\u00e9, les objets en fonction du \u00ab plus \u00bb universel, nous avons vu qu&rsquo;un objet est ad\u00e9quat \u00e0 ce \u00ab plus \u00bb dans la me\u00adsure o\u00f9 il n&rsquo;exprime qu&rsquo;un \u00e9quilibre \u00e0 la fois. <em>Donc si le milieu social, l&rsquo;\u00e9ducation, etc&#8230; permettaient \u00e0 l&rsquo;enfant de construire son moi sur une seule don\u00adn\u00e9e, celle qui lui appartient en propre, celle qui r\u00e9sulte de ses r\u00e9actions originales, l&rsquo;enfant aurait toutes les possibilit\u00e9s de mener \u00e0 bon terme la cons\u00adtruction de son moi<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais le milieu social, mais toutes les valeurs d&rsquo;ordre mat\u00e9riel affectif, intellectuel, s&rsquo;opposent \u00e0 ce d\u00e9veloppement naturel de l&rsquo;homme. Les moi, ces coquilles \u00e9pouvant\u00e9es, antith\u00e8ses de la vie qui doit na\u00eetre, s&rsquo;abritent dans les forteresses de leurs civilisations, antith\u00e8ses de la Nature. Les moi au pouvoir, antith\u00e8ses des moi domin\u00e9s, entra\u00eenent dans leur \u00e9pouvante les esclaves, par des r\u00e9pres\u00adsions sanglantes, voire par l&rsquo;extermination. Ainsi la naissance de l&rsquo;humain lib\u00e9r\u00e9 du moi, et la naissance sociale par le violent av\u00e8nement au pouvoir de la classe la plus basse, dans l&rsquo;\u00e9chelle sociale, sont un seul et m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne. Dans un cas comme dans l&rsquo;autre, <em>la naissance n&rsquo;est accomplie que lorsque les \u00e9l\u00e9ments les plus profond\u00e9ment enfouis sous l&rsquo;oppression des \u00e9quilibres statiques, qui se sont construits sur eux, jaillissent au dehors, en les brisant<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>La vibration entre deux p\u00f4les<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La fa\u00e7on dont le je, d\u00e8s la naissance de l&rsquo;en\u00adfant, travaille \u00e0 renforcer les deux p\u00f4les qui le constituent, est tr\u00e8s simple : un d\u00e9sir, la faim par exemple, projette le je vers l&rsquo;objet qui remplira le d\u00e9sir. Le vide qu&rsquo;\u00e9prouve l&rsquo;\u00eatre s&rsquo;identifie \u00e0 l&rsquo;\u00eatre lui-m\u00eame, \u00e0 l&rsquo;\u00eatre tout entier, incapable de se dis\u00adsocier de son d\u00e9sir. Ce vide, ce sens n\u00e9gatif, fait surgir de l&rsquo;\u00eatre toutes les r\u00e9actions qui s&rsquo;opposent \u00e0 lui, tous les mouvements dynamiques qui tendent vers l&rsquo;objet du d\u00e9sir, qui l&rsquo;appellent, etc&#8230; Ainsi le n\u00e9gatif renforce le positif. Notre exemple de la faim nous montre ensuite le je de l&rsquo;enfant parfaitement identifi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;acte de se nourrir.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pendant tout le temps que s&rsquo;assouvit la faim, l&rsquo;objet du d\u00e9sir est associ\u00e9 au je, le sujet et l&rsquo;objet ne font qu&rsquo;un. Le d\u00e9sir \u00e9tait donc un besoin d&rsquo;as\u00adsociation intime entre le je et le cela, le je souffrant de n&rsquo;\u00eatre pas cela. Au d\u00e9but de la vie psychologique de l&rsquo;enfant, cette souffrance est vague, sourde, con\u00adfuse, aussi n&rsquo;est-ce qu&rsquo;inconsciemment que l&rsquo;en\u00adfant s&rsquo;associe \u00e0 un objet d\u00e9termin\u00e9 pour assouvir un besoin d\u00e9termin\u00e9. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une permanence organique qui souffre de ne pouvoir se maintenir et du r\u00e9tablissement de cette permanence, donc du bien-\u00eatre, au moyen de la nourriture. La nourriture est donc un apport de permanence, elle est la permanence elle-m\u00eame. De l\u00e0 l&rsquo;association. Mais de m\u00eame que le besoin, le manque de quelque chose, le p\u00f4le n\u00e9gatif, a \u00e9t\u00e9 uniquement exprim\u00e9 par une r\u00e9action positive (qui a d\u00e9velopp\u00e9 le p\u00f4le positif, dynamique, du d\u00e9sir), de m\u00eame l&rsquo;assouvis\u00adsement, provoque par sa pl\u00e9nitude positive un re\u00adl\u00e2chement statique de l&rsquo;\u00eatre. Le d\u00e9sir se dissocie d\u00e8s lors de l&rsquo;objet qui l&rsquo;a combl\u00e9, il n&rsquo;est plus lui, il l&rsquo;abandonne. Le d\u00e9sir disparaissant, l&rsquo;organisme recompose sa permanence statique, n\u00e9gative, qui s&rsquo;oppose au \u00ab cela \u00bb, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que surgisse un autre d\u00e9sir, et ainsi de suite.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Associations et dissociations<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le je se d\u00e9veloppe ainsi par associations et dissociations successives. Nous verrons plus loin que toute la vie psychologique n&rsquo;est faite que d&rsquo;os\u00adcillations de cet ordre. Notons ici un fait extr\u00eamement important : ce qui provoque \u00e0 la fois les asso\u00adciations et les dissociations, c&rsquo;est la pouss\u00e9e, dans l&rsquo;individu, de la permanence universelle, <em>et cette permanence se trouve satisfaite aussi bien par les associations que par les dissociations<\/em>. Le d\u00e9sir est la sensation qu&rsquo;\u00e9prouve la permanence d&rsquo;\u00eatre en danger; l&rsquo;assouvissement est la sensation qu&rsquo;elle \u00e9prouve de n&rsquo;\u00eatre pas en danger. Ces sensations tendent, l&rsquo;une et l&rsquo;autre, par leur r\u00e9p\u00e9tition, \u00e0 s&rsquo;\u00e9ta\u00adblir dans l&rsquo;organisme, et c&rsquo;est cela l&rsquo;\u00e9veil de la cons\u00adcience. Ainsi <em>chacun des deux p\u00f4les travaille \u00e0 \u00e9la\u00adborer la conscience<\/em>, et de ce fait celle-ci ne peut \u00e0 aucun moment s&rsquo;interrompre, bien qu&rsquo;elle puisse \u00ab dormir \u00bb ; elle est semblable \u00e0 un courant induit que renforcent n\u00e9cessairement toutes les oscillations du je, ces oscillations \u00e9tant l&rsquo;exp\u00e9rience. A la maturit\u00e9, nous verrons ces oscillations diminuer de plus en plus, et finalement mourir \u00e0 cause du durcissement, de l&rsquo;ossification du moi, et la cons\u00adcience lentement s&rsquo;\u00e9teindre dans l&rsquo;indiff\u00e9rence, ou au contraire (ce qui est, h\u00e9las, tr\u00e8s rare) nous ver\u00adrons ces vibrations briser, \u00e0 cause de leur intensit\u00e9 l&rsquo;instrument m\u00eame qui les a produites, et lib\u00e9rer la conscience elle-m\u00eame, comme une fleur lib\u00e8re son parfum. Ainsi <em>l&rsquo;homme pourra parvenir au point de refuser l&rsquo;exp\u00e9rience par indiff\u00e9rence, ou de la d\u00e9passer en brisant sa propre entit\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous voyons le je passer, sans association \u00e0 une dissociation, et inversement. Ces oscillations se greffent sur son mouvement initial, sur les r\u00e9actions qui, \u00e0 l&rsquo;origine de son existence, l&rsquo;associ\u00e8rent et le dissoci\u00e8rent (\u00e0 la fois) de l&rsquo;instant pr\u00e9sent. Ces oscillations nouvelles sont \u00e0 la fois d\u00e9termin\u00e9es par les circonstances ext\u00e9rieures, et par l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9. \u00c0 celle-ci appartiennent des caract\u00e8res de groupe et des caract\u00e8res particuliers. (La fa\u00e7on tr\u00e8s complexe dont tous ces \u00e9l\u00e9ments s&rsquo;entrem\u00ealent ne peut \u00eatre \u00e9tudi\u00e9e que par la psychologie exp\u00e9rimentale. Mais celle-ci ne peut donner de bons r\u00e9sultats que si elle est guid\u00e9e par la compr\u00e9hension du ph\u00e9nom\u00e8ne qui cr\u00e9e le moi, par rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution tout enti\u00e8re du subjectif dans la Nature, et par rapport \u00e0 la permanence dynamique du Monde). De toutes les fa\u00e7ons, le je sera amen\u00e9 un jour \u00e0 dire \u00ab je suis moi \u00bb, et c&rsquo;est cela qui nous ici.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il y sera amen\u00e9 par la r\u00e9p\u00e9tition d&rsquo;associations et de dissociations, qui cr\u00e9eront des tendances de plus en plus fortes \u00e0 s&rsquo;associer et \u00e0 se dissocier de certains objets. Ainsi certaines associations-disso\u00adciations deviennent permanentes ; elles constituent tout ce dont le je n&rsquo;a jamais dout\u00e9, tout ce \u00e0 quoi il a attribu\u00e9 une r\u00e9alit\u00e9 absolue, du fait que sa pro\u00adpre permanence en a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 de\u00advenir consciente de soi. En effet, avant que ne se condense le moi dans son isolement et dans la perception nette de sa nature antinomique &#8211; ce qui le fera douter de sa propre r\u00e9alit\u00e9 (ph\u00e9nom\u00e8ne qui chez un tr\u00e8s grand nombre de personnes ne se produit d&rsquo;ailleurs jamais) &#8211; il vit dans un uni\u00advers qu&rsquo;il accepte purement et simplement, car il en est un des \u00e9l\u00e9ments, comme un personnage de r\u00eave, qui \u00e9tant un des \u00e9l\u00e9ments du r\u00eave, est immu\u00adnis\u00e9 de ce fait contre le doute. L&rsquo;enfant peut se dis\u00adsocier de certains objets, les rejeter comme n&rsquo;\u00e9tant pas une partie int\u00e9grante de son je, mais ce je qui reprend ainsi sa libert\u00e9, n&rsquo;est lui-m\u00eame qu&rsquo;un compos\u00e9 d&rsquo;associations sous-conscientes. Ainsi, lorsque l&rsquo;enfant commence \u00e0 s&rsquo;associer \u00e0 son pr\u00e9\u00adnom, c&rsquo;est son pr\u00e9nom qui est lui-m\u00eame, et si l&rsquo;on fait semblant d&rsquo;appeler l&rsquo;enfant par un autre pr\u00e9\u00adnom (ce qui est d\u00e9j\u00e0 fort difficile \u00e0 lui faire com\u00adprendre) on peut provoquer en lui un d\u00e9sespoir et une \u00e9pouvante extr\u00eames, car il a la sensation d&rsquo;\u00eatre v\u00e9ritablement d\u00e9truit, en tant que permanence.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Plus tard, si pour son malheur l&rsquo;enfant appar\u00adtient \u00e0 une famille, qui de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, s&rsquo;est glorifi\u00e9e, non pas de poss\u00e9der mais d&rsquo;\u00eatre un nom, il dira \u00ab je suis un duc de Guermantes \u00bb, et cette association, qu&rsquo;il ne parviendra \u00e0 jamais \u00e0 briser, lui tiendra lieu d&rsquo;entit\u00e9, surtout si, ressemblant physiquement \u00e0 quelque portrait d\u2019anc\u00eatre, il s&rsquo;ap\u00adpliquera \u00e0 conformer son caract\u00e8re et ses actions \u00e0 ceux de cet anc\u00eatre. On voit par cet exemple comment le milieu social peut provoquer des associations, dans le but de marquer dans l&rsquo;individu l&#8217;em\u00adpreinte de sp\u00e9cialisations qui tendent par inertie \u00e0 se prolonger ind\u00e9finiment d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l&rsquo;au\u00adtre. Ces sp\u00e9cialisations sont moins h\u00e9r\u00e9ditaires que provoqu\u00e9es par des associations que le milieu impose \u00e0 l&rsquo;individu. Cela revient \u00e0 dire que le milieu intervient dans l&rsquo;\u00e9quilibre particulier et unique que l&rsquo;individu tendrait tout naturellement \u00e0 se construire, en le faisant tr\u00e9bucher dans un \u00e9quilibre d&rsquo;esp\u00e8ce, des sp\u00e9cialisations, de constantes automatiques. Tandis que cet \u00e9quilibre unique, construit sur une antinomie, doit normalement r\u00e9soudre sa propre \u00e9nigme gr\u00e2ce \u00e0 un doute dynamique sans<br \/>\ncesse grandissant, le milieu d\u00e9sagr\u00e8ge et cet \u00e9quilibre, et ce doute f\u00e9condant, par l&rsquo;action incessante qu&rsquo;exerce contre l&rsquo;individu un \u00e9quilibre impos\u00e9 de l&rsquo;ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Conflits avec le groupe<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le groupe cherche \u00e0 \u00e9loigner l&rsquo;individu de son essence, \u00e0 le st\u00e9riliser, bref \u00e0 le rendre inoffensif pour l&rsquo;ordre \u00e9tabli, en lui imposant un conformisme, c&rsquo;est-\u00e0-dire un posant un \u00e9quilibre, qui, du fait qu&rsquo;il est \u00e9tranger \u00e0 l&rsquo;individu, le d\u00e9sagr\u00e9gera. Or ce conformisme est a appel\u00e9 par lui, par le moi dont toute l&rsquo;activit\u00e9 consiste \u00e0 \u00e9lever des barricades entre lui et le doute final qui am\u00e8nerait sa destruction et l&rsquo;accomplissement de l&rsquo;Humain. Le moi en forma\u00adtion n&rsquo;est donc que trop heureux de glisser dans la pente fatale des conformismes sociaux, moraux, religieux, etc&#8230; et de se barricader ainsi contre l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 en lui, qui en mourra \u00e9touff\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">On voit que le moi est uniquement compos\u00e9 de ce dont il n&rsquo;a pas dout\u00e9. Remarquons que chaque association poss\u00e8de sa contrepartie de dissociation et inversement. En effet, s&rsquo;associer \u00e0 un nom veut dire se dissocier de tous les autres noms, et inversement, pour se dissocier d&rsquo;un objet le je doit s&rsquo;appuyer sur une association plus forte, plus \u00e9vidente, dont il n&rsquo;a pas encore dout\u00e9. Le milieu social tend \u00e0 remplacer toutes les associations par d&rsquo;autres associations, de plus en plus pr\u00e9cises, <em>de plus en plus limit\u00e9es<\/em> et sp\u00e9cialis\u00e9es, jusqu&rsquo;\u00e0 faire de l&rsquo;individu une m\u00e9canique ; au contraire, le d\u00e9veloppement normal du doute dans l&rsquo;individu tend \u00e0 briser toutes les associations successives par des associations de plus en plus g\u00e9n\u00e9rales, jusqu&rsquo;au point d&rsquo;\u00e9clatement, que nous d\u00e9crivons au d\u00e9but de cet expos\u00e9, o\u00f9, associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;universel, le moi s&rsquo;aper\u00e7oit qu&rsquo;il en est \u00e9galement dissoci\u00e9 (du fait que les deux p\u00f4les de l&rsquo;antinomie se sont d\u00e9velop\u00adp\u00e9s en m\u00eame temps), et se trouve en face de sa mort irr\u00e9m\u00e9diable.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">C&rsquo;est cette derni\u00e8re marche que nous \u00e9tudions ici, celle d&rsquo;un moi qui lib\u00e9rera la conscience, qui se d\u00e9truira dans l&rsquo;universel, et non point celle d&rsquo;un moi qui s&rsquo;enfermera dans des associations de plus en plus \u00e9troites jusqu&rsquo;\u00e0 se st\u00e9riliser.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dans nos civilisations bas\u00e9es sur la r\u00e9alit\u00e9 du moi, l&rsquo;enfant qui pourra le mieux briser, en ce qui le concerne, l&rsquo;envo\u00fbtement collectif, sera celui qui refusera de purement et simplement se soumettre aux valeurs sociales. Il sera inadapt\u00e9, et en souffri\u00adra. Ou bien il sera \u00e9cras\u00e9, \u00e9touff\u00e9 par un milieu auquel il ne pourra pas s&rsquo;associer, et parce que les vibrations d&rsquo;associations lui manqueront, son je tombera dans une esp\u00e8ce de torpeur, et le d\u00e9ve\u00adloppement de sa conscience en sera consid\u00e9rable\u00adment retard\u00e9 (parfois jusqu&rsquo;\u00e0 sa maturit\u00e9, vers trente ans, parfois jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il soit trop tard). Ou bien, au lieu de s&rsquo;enliser dans cette torpeur sous-consciente, il se r\u00e9voltera et luttera \u00e0 armes in\u00e9gales contre la soci\u00e9t\u00e9, qui le brisera d&rsquo;autant plus facilement qu&rsquo;il ne parviendra peut-\u00eatre ja\u00admais \u00e0 sortir compl\u00e8tement de son \u00e9tat sous-conscient.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Le mystique<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dans le premier cas, la presque compl\u00e8te dis\u00adsociation de l&rsquo;individu et du monde qui l&rsquo;entoure trouve son expression dans une souffrance sourde, impr\u00e9cise, mais constante. L&rsquo;enfant est malheu\u00adreux sans le savoir. Sa dissociation, en accentuant un des p\u00f4les du je, provoque naturellement une association \u00e9quivalente, puisque le je est une per\u00adp\u00e9tuelle tentative d&rsquo;\u00e9quilibre entre les deux p\u00f4les. Ici la dissociation \u00e9tant informul\u00e9e, et ne s&rsquo;appli\u00adquant pas \u00e0 des objets d\u00e9termin\u00e9s, provoque chez l&rsquo;enfant un d\u00e9sir de rechercher int\u00e9rieurement ses r\u00e9actions primitives, vitales, d\u00e9termin\u00e9es par l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 de l&rsquo;instant pr\u00e9sent, et de s&rsquo;associer \u00e0 elles. L&rsquo;enfant d\u00e9veloppe en lui cette recherche int\u00e9rieure, il s&rsquo;efforce d&rsquo;\u00e9tablir en lui le contact entre son moi en formation, et l&rsquo;essence de son moi. Il se plonge dans ses propres r\u00eaves, il a une tendance \u00e0 n&rsquo;\u00e9couter que sa voix int\u00e9rieure, \u00e0 re\u00adchercher l&rsquo;exp\u00e9rience mystique, en somme \u00e0 sou\u00admettre son moi \u00e0 l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Le h\u00e9ros<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dans le second cas, la dissociation s&rsquo;exprime \u00e0 chaque instant par des r\u00e9voltes, des refus d\u00e9termin\u00e9s, des rejets pr\u00e9cis, qui provoquent chez l&rsquo;en\u00adfant des associations oppos\u00e9es et extr\u00eames. Son moi se construit sur des donn\u00e9es qu&rsquo;il d\u00e9finit, et qui le portent par cons\u00e9quent \u00e0 l&rsquo;action. Ici, le moi tend \u00e0 douter de la r\u00e9alit\u00e9 du monde ext\u00e9rieur, tandis que dans le cas pr\u00e9c\u00e9dent il tendait \u00e0 douter de sa propre r\u00e9alit\u00e9. Ici le moi s&rsquo;affirme, l\u00e0 il se niait. Ici il d\u00e9veloppe le p\u00f4le de l&rsquo;intellect, l\u00e0 il d\u00e9veloppait celui de l&rsquo;amour. Ici, parce que la so\u00adci\u00e9t\u00e9 lui appara\u00eet clairement cruelle dans certai\u00adnes de ses contradictions, et parce qu&rsquo;il discerne chez les hommes le caract\u00e8re inhumain des per\u00adsonnages qu&rsquo;ils jouent, il voudrait changer et le monde et les hommes. L\u00e0, il s&rsquo;effor\u00e7ait de parvenir d&rsquo;abord \u00e0 sa propre illumination.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Faillites et r\u00e9alisations par l&rsquo;absurde<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous ne s\u00e9parons ces deux types que pour la commodit\u00e9 de l&rsquo;expos\u00e9. Il est \u00e9vident qu&rsquo;entre ces exemples extr\u00eames, toutes les combinaisons sont possibles. Le fait le plus remarquable est que la soci\u00e9t\u00e9, \u00e9tablie sur le d\u00e9sir qu&rsquo;ont les moi de durer en tant que moi, donc de se st\u00e9riliser, provoque les r\u00e9actions-m\u00eames qui d\u00e9truiront le moi, dans le premier cas, et la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame, dans le se\u00adcond cas. Ici, comme toujours, nous voyons fonc\u00adtionner le m\u00e9canisme d&rsquo;autodestruction de tout le syst\u00e8me. Cependant, lorsque les moi de ces deux enfants se seront d\u00e9finitivement constitu\u00e9s, nous verrons surgir en chacun d&rsquo;eux un personnage, qui utilisera \u00e0 son propre b\u00e9n\u00e9fice la pouss\u00e9e int\u00e9\u00adrieure qui les avait port\u00e9s \u00e0 maturation. <em>Le personnage, assumant une valeur d&rsquo;\u00eatre, vam\u00adpirisera l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9<\/em>. Le contemplatif s&rsquo;attribuera une \u00e2me immortelle, ayant fermement \u00e9tabli son pro\u00adpre salut, et socialement se fera l&rsquo;instrument de l&rsquo;exploitation psychologique (dite spiritualit\u00e9) ; l&rsquo;homme d&rsquo;action changera le monde \u00e0 son propre b\u00e9n\u00e9fice, et sera l&rsquo;exploiteur mat\u00e9riel.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Remarquons ici un fait important : une soci\u00e9t\u00e9 agit d&rsquo;autant mieux qu&rsquo;elle est plus absurde, en provoquant chez l&rsquo;individu des r\u00e9actions d&rsquo;autant plus grandes que l&rsquo;individu est plus humain. Est-ce \u00e0 dire que cette oppression est bonne, et que nous devons souhaiter aux enfants de na\u00eetre dans une soci\u00e9t\u00e9 inhumaine? Une telle th\u00e8se serait digne d&rsquo;un asile d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s. Une soci\u00e9t\u00e9 normalement hu\u00admaine, dans laquelle les individus ne seraient exploit\u00e9s ni psychologiquement ni mat\u00e9riellement, serait un milieu aussi fertile et naturel que celui de la Nature elle-m\u00eame, il offrirait \u00e0 chaque \u00eatre humain un jeu souple et vari\u00e9 d&rsquo;associations et de dissociations, il lui offrirait des contacts humains d\u00e9pourvus de r\u00f4les mythiques. Dans une telle so\u00adci\u00e9t\u00e9, le contemplatif et l&rsquo;homme d&rsquo;action trouve\u00adraient tous deux leur d\u00e9veloppement naturel, sans sombrer dans leurs propres mythes de mysticisme ou de conqu\u00eate. <em>Le mystique aussi bien que le conqu\u00e9rant dispara\u00eetraient, comme ont disparu de la surface du globe les monstres ant\u00e9diluviens<\/em>. Ces deux types, qui jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, ont \u00e9t\u00e9 ce que la sous-humanit\u00e9 a pu produire de mieux, cr\u00e9\u00e9s par des dissociations impos\u00e9es par l&rsquo;absurde, sont eux-m\u00eames absurdes.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pour le moment, nous ne pouvons cependant \u00e9tudier que des d\u00e9veloppements qui se produisent par l&rsquo;absurde, puisque ce sont les seuls que nous permettent nos civilisations. Le moi que nous \u00e9tu\u00addions ici est pouss\u00e9 \u00e0 m\u00fbrir par le sens de soli\u00adtude qu&rsquo;il \u00e9prouve de plus en plus, car la solitude est le moi lui-m\u00eame. L&rsquo;enfant pas plus que l&rsquo;homme pr\u00e9historique, n&rsquo;a \u00e0 proprement parler d&rsquo;\u00e9tats de conscience. Avant l&rsquo;individualisation totale du je, celui-ci, par d\u00e9finition, n&rsquo;est pas conscient de soi-m\u00eame. Rappelons que selon notre d\u00e9finition la conscience de soi, c&rsquo;est-\u00e0-dire la notion que l&rsquo;on a d&rsquo;\u00eatre une entit\u00e9, un moi, n&rsquo;est pas encore ce que nous appelons un \u00e9tat conscient, puisque cette conscience est l&rsquo;identification du je et du person\u00adnage qui affirme cette r\u00e9alit\u00e9. Ce n&rsquo;est que lorsque la conscience de soi commence \u00e0 se d\u00e9velopper, \u00e0 se t\u00e2ter, pour ainsi dire, afin de chercher \u00e0 \u00e9li\u00adminer du moi tout ce qui pourrait ne pas lui ap\u00adpartenir, que na\u00eet ce que nous appelons la cons\u00adcience. Ainsi l&rsquo;effort vers la conscience de soi, \u00e9veille la conscience, telle que nous la d\u00e9finissons, <em>et cet effort d\u00e9truit les bases m\u00eames sur lesquelles s&rsquo;appuie le moi<\/em>, puisqu&rsquo;il r\u00e9duit en poussi\u00e8re tous les \u00e9l\u00e9ments qui composent le personnage. Ainsi, plus le personnage est conscient d&rsquo;\u00eatre lui, lui sans rien qui lui soit \u00e9tranger, lui \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat pur, plus il fond v\u00e9ritablement dans la notion qu&rsquo;il a de sa r\u00e9alit\u00e9, jusqu&rsquo;\u00e0 dispara\u00eetre litt\u00e9ralement. Nous re\u00adtrouvons ici, encore et toujours, l&rsquo;autodestruction du moi et de ses \u0153uvres, ce principe fondamental qui s&rsquo;oppose \u00e0 tout le patrimoine culturel que nous ont l\u00e9gu\u00e9 toutes les civilisations, principe sur lequel nous devons aujourd&rsquo;hui tout reconstruire, en do\u00adminant enfin les d\u00e9terminismes du Mythe.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>\u00ab Je suis moi! \u00bb<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La fa\u00e7on dont le je, non-conscient, de l&rsquo;enfant parvient, lorsqu&rsquo;il est m\u00fbr, \u00e0 se d\u00e9tacher de l&rsquo;univers subjectif qui l&rsquo;a cr\u00e9\u00e9, et dont il ne s&rsquo;\u00e9tait pas encore nettement diff\u00e9renci\u00e9, est d&rsquo;une importance extr\u00eame, car elle caract\u00e9rise le moi qui surgit, ses tendances, ses possibilit\u00e9s, et nous r\u00e9v\u00e8le sa na\u00adture la plus intime. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;individualisa\u00adtion n&rsquo;a cependant jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9, \u00e0 notre con\u00adnaissance sous cet aspect. Ne pouvant nous ap\u00adpuyer ici que sur notre propre documentation, en\u00adcore tr\u00e8s restreinte, nous nous bornerons \u00e0 indiquer des voies de recherches, telles qu&rsquo;elles se pr\u00e9sen\u00adtent en ce moment \u00e0 nous.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">a) <strong>Le moi qui ne doute pas<\/strong>. \u2014 Il semble que le je puisse acqu\u00e9rir une conscience personnelle de deux fa\u00e7ons tr\u00e8s distinctes. Dans la premi\u00e8re fa\u00e7on, il peut s&rsquo;associer si intimement \u00e0 l&rsquo;univers dans lequel il vit, que le personnage surgisse len\u00adtement, fabriqu\u00e9 d&rsquo;associations-dissociations tr\u00e8s puissantes, c&rsquo;est-\u00e0-dire profond\u00e9ment sous-cons\u00adcientes. Le moi en cours de fabrication enveloppe si bien les r\u00e9actions primitives, originales, de l&rsquo;in\u00addividu qu&rsquo;il \u00e9touffe lentement le pr\u00e9sent, en levant autour de lui un brouillard de plus en plus dense, compos\u00e9 uniquement de son pass\u00e9 accumul\u00e9. D\u00e8s lors, <em>le moi est purement et simplement son propre pass\u00e9<\/em>. Cette d\u00e9finition du moi est vraie dans tous les cas ; mais ici la conscience qu&rsquo;il a d&rsquo;\u00eatre une entit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire sa conscience individuelle, ne se trouve en aucune fa\u00e7on \u00e9branl\u00e9e par le doute. <em>Le doute est le pr\u00e9sent<\/em>. Ceci est \u00e9galement toujours vrai, tant que le pr\u00e9sent n&rsquo;est pas enti\u00e8rement vainqueur, dans l&rsquo;individu qui s&rsquo;est lib\u00e9r\u00e9 de sa propre conscience. Le doute est donc, d&rsquo;une fa\u00e7on plus pr\u00e9cise, l&rsquo;action qu&rsquo;exerce le pr\u00e9sent sur le pass\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire sur le moi. Mais le personnage qui se constitue suivant cette modalit\u00e9 inconsciente ne doute jamais, \u00e0 aucun instant, ni de sa propre r\u00e9alit\u00e9, ni de celle de l&rsquo;univers o\u00f9 il vit. Pour lui, il se dit que : \u00ab\u00a0parbleu, je suis moi, et le monde c&rsquo;est le monde \u00bb, et tout ce que nous \u00e9crivons ici lui serait parfaitement incompr\u00e9hensible. Le com\u00adbat se poursuivra entre son entit\u00e9 et la vie quotidienne, qui en le frappant, comme elle frappe tout le monde, dans ses attaches, dans ses affections, dans sa sant\u00e9, qui, par la souffrance physique et morale, par la douleur, et surtout par le spectacle de la mort pourra avoir raison de sa certitude, ou ossifier l&rsquo;individu en une coque rigide, en une \u00e9pave st\u00e9rile, d&rsquo;o\u00f9 la vie se retire lentement.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">b) <strong>Le moi qui doute<\/strong>. <strong>(Le cas de Jean-Paul)<\/strong>. \u2014 La seconde fa\u00e7on qu&rsquo;a le moi de se construire peut elle-m\u00eame pr\u00e9senter deux aspects. Ces aspects se rapportent aux deux types d&rsquo;individus, \u00e9tudi\u00e9s plus haut, que nous avons appel\u00e9s le contemplatif et l&rsquo;actif. Leur caract\u00e8re commun est celui d&rsquo;une d\u00e9\u00adcouverte, d&rsquo;un \u00e9moi, d&rsquo;un d\u00e9clenchement, d&rsquo;un mo\u00adment bien d\u00e9termin\u00e9 dans la vie psychologique de l&rsquo;individu. En voici un exemple, du type contem\u00adplatif tel qu&rsquo;il est d\u00e9crit par le sujet lui-m\u00eame, le romantique allemand Jean-Paul :<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab Un matin, tout enfant, je me tenais sur le seuil de la maison et je regardais \u00e0 gauche, vers le b\u00fbcher, lorsque soudain me vint du ciel, comme un \u00e9clair, cette id\u00e9e : je suis un moi, qui d\u00e8s lors ne me quitta plus ; mon moi s&rsquo;\u00e9tait vu lui-m\u00eame pour la premi\u00e8re fois, et pour toujours. \u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Cet exemple est extr\u00eamement pr\u00e9cieux, car non seulement il est rare que le sujet puisse d\u00e9\u00adcrire avec autant d&rsquo;exactitude ce moment extraor\u00addinaire de sa vie psychologique, mais la lucidit\u00e9 de Jean-Paul lui a permis de reconna\u00eetre la valeur de ce moment. Il raconte lui-m\u00eame, en effet, comment cette constatation, si simple, fut pourtant si \u00e9trange, si prodigieuse, qu&rsquo;elle constitua la plus grande r\u00e9v\u00e9lation de toute sa vie. La saveur de cette r\u00e9v\u00e9lation ne le quitta jamais, elle fit plus qu&rsquo;impr\u00e9gner toute son \u0153uvre, elle la provoqua. Cette constatation fut une v\u00e9ritable f\u00e9condation de l&rsquo;entit\u00e9 qui s&rsquo;\u00e9tait vue, f\u00e9condation que le moi en se construisant, rev\u00eatit de sa chair mythique, de son sous-conscient, en lui donnant un corps de sentiments, d&rsquo;\u00e9motions, de croyances et d&rsquo;id\u00e9es, mais qui, plus forte que l&rsquo;entit\u00e9 elle-m\u00eame, con\u00adduisit, triomphante, Jean-Paul, vers l&rsquo;\u00e2ge de trente ans \u00e0 son <em>\u00e9closion<\/em>, \u00e0 ce qu&rsquo;il a appel\u00e9 lui-m\u00eame sa \u00ab transfiguration \u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pour comprendre ce ph\u00e9nom\u00e8ne, on se sou\u00adviendra de certaines remarques que nous avons faites au d\u00e9but de cet expos\u00e9, au sujet de la cons\u00adtatation, qui est un doute. Si un personnage de r\u00eave parvient \u00e0 constater que le r\u00eave est un r\u00eave, ou (ce qui revient au m\u00eame) qu&rsquo;il est un person\u00adnage de r\u00eave, c&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 ce moment, il a dout\u00e9. Sans ce doute, il ne se constaterait pas, il ne constaterait pas le r\u00eave, mais il r\u00eaverait tout simplement :<\/p>\n<p align=\"CENTER\"><em>We are such stuff<\/em><\/p>\n<p align=\"CENTER\"><em>As dreams are made on, and our little life<\/em><\/p>\n<p align=\"CENTER\"><em>Is rounded with a sleep.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab Ces lignes de Shakespeare, \u00e9crit Jean-Paul dans son Journal, ont fait jaillir de moi des livres en\u00adtiers \u00bb (Jean-Paul : Choix de r\u00eaves, \u00c9ditions Fourcade, Paris 1931). Et en effet, ces lignes de Shakespeare ont d\u00fb, \u00e0 chaque r\u00e9p\u00e9tition que s&rsquo;en faisait Jean-Paul, avoir le pouvoir de ressusciter en lui cette constatation du r\u00eave, cette constatation du moi, ce doute qu&rsquo;est l&rsquo;\u00e9veil. La perception objective que le moi f\u00e9cond\u00e9 a de lui-m\u00eame (le moi s&rsquo;\u00e9tant vu lui-m\u00eame) est une source cr\u00e9atrice in\u00e9puisable. Nous d\u00e9velopperons ce point plus loin.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nos recherches nous portent \u00e0 penser que cette exp\u00e9rience psychologique de Jean-Paul, loin d&rsquo;\u00eatre un cas anormal (bien qu&rsquo;elle soit exceptionnelle par sa nettet\u00e9 et par la nettet\u00e9 de ses cons\u00e9quences) peut se retrouver chez un tr\u00e8s grand nombre d&rsquo;in\u00addividus, et sous des formes extr\u00eamement vari\u00e9es, appartenant aux deux types de notre classification. Le premier type (le contemplatif) est celui qui s&rsquo;in\u00addividualise (ou plut\u00f4t se personnalise) en se cons\u00adtatant, le deuxi\u00e8me constate le monde ext\u00e9rieur. Le ph\u00e9nom\u00e8ne est du m\u00eame ordre ; il s&rsquo;accompagne toujours d&rsquo;un sentiment d&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 et d&rsquo;un \u00e9moi qui t\u00e9moignent du doute, et parfois m\u00eame il expri\u00adme le doute d&rsquo;une fa\u00e7on indiscutable.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dans la forme que, par commodit\u00e9, nous appe\u00adlons contemplative, l&rsquo;entr\u00e9e dans la vie consciente peut s&rsquo;exprimer par l&rsquo;\u00e9tonnement qu&rsquo;\u00e9prouve tout d&rsquo;un coup l&rsquo;enfant au sujet de son entit\u00e9 : \u00ab com\u00adment se fait-il que je sois justement <em>moi<\/em>, et pas un autre ?&#8230; Et si au lieu d&rsquo;\u00eatre <em>moi<\/em> j&rsquo;\u00e9tais un autre qu&rsquo;arriverait-il ? \u00bb &#8230; etc&#8230; Ces questions s&rsquo;accom\u00adpagnent parfois d&rsquo;une grande angoisse. Ce qui les caract\u00e9rise le plus, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9tonnement, le sentiment de la r\u00e9v\u00e9lation, le sentiment de quelque chose d&rsquo;absurde, qui est aussit\u00f4t refoul\u00e9 par le moi qui se raidit, qui d\u00e9fend sa vie menac\u00e9e. Dans la se\u00adconde forme, l&rsquo;enfant se met \u00e0 douter tout d&rsquo;un coup du monde \u00ab comment se fait-il que ce monde soit pr\u00e9cis\u00e9ment <em>celui-ci<\/em>, et pas <em>un autre<\/em>&#8230; Quel hasard que ce soit pr\u00e9cis\u00e9ment <em>celui-ci<\/em> ? \u00bb&#8230; etc&#8230;<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La plupart des fois, il semble que le choc de ce v\u00e9ritable r\u00e9veil momentan\u00e9, soit provoqu\u00e9 par un fait ext\u00e9rieur, par une observation que l&rsquo;enfant entend formuler au sujet de lui-m\u00eame, par une situation anormale o\u00f9 il se trouve, qui lui semble brusquement absurde. Ce choc peut s&rsquo;associer \u00e0 une facult\u00e9 particuli\u00e8re : \u00ab Si je veux, c&rsquo;est qu&rsquo;il y a un je qui veut, ici, <em>dans moi<\/em> \u00bb&#8230; etc&#8230; Il peut par\u00adfois s&rsquo;associer \u00e0 un objet particulier, \u00e0 un d\u00e9tail qui semble insignifiant, mais qui persiste d\u00e8s lors toute la vie dans la m\u00e9moire, comme un symbole de toute la route que devra maintenant parcourir le moi, et qui est d\u00e9j\u00e0 d\u00e9termin\u00e9e quant \u00e0 sa na\u00adture, puisque cette route consistera pour le moi, \u00e0 se d\u00e9faire comme on d\u00e9fait un n\u0153ud. Le pass\u00e9 surgit, en brandissant l&rsquo;instrument au moyen du\u00adquel le pr\u00e9sent le dissipera.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ce n&rsquo;est point sans raisons que Jean-Paul a as\u00adsoci\u00e9 \u00e0 son exp\u00e9rience d\u00e9cisive, alors qu&rsquo;il \u00e9tait tout enfant, des souvenirs aussi pr\u00e9cis que celui du <em>matin<\/em>, du <em>seuil de la maison<\/em>, du <em>regard jet\u00e9 \u00e0 gauche <\/em>vers<em> le b\u00fbcher<\/em>, et d&rsquo;une id\u00e9e qui comme un <em>\u00e9clair<\/em>, lui est <em>tomb\u00e9e du ciel<\/em>. Une analyse des symboles qui s&rsquo;accrochent \u00e0 cette premi\u00e8re prise de conscience, l&rsquo;examen des associations qui s&rsquo;y trou\u00advent m\u00eal\u00e9es (volont\u00e9, affectivit\u00e9, raisonnements, actions, etc&#8230;) l&rsquo;observation du moment o\u00f9 ce ph\u00e9\u00adnom\u00e8ne se produit, et de ses modalit\u00e9s, pourraient permettre \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducateur de saisir sur le vif la na\u00adture absolument unique de chaque enfant.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Importance de cette prise de conscience<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Lorsque l&rsquo;on comprendra que cette naissance du moi, son d\u00e9veloppement, et sa rupture par \u00e9closion, sont les seuls faits qui comptent dans toute l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9, on s&rsquo;apercevra que le but de l&rsquo;organisation sociale, donc \u00e0 plus forte raison de l&rsquo;\u00e9ducation, est de favoriser ce processus. Nous montrerons dans notre Com\u00e9die Morale comment ce processus est au contraire bris\u00e9, d\u00e9truit dans sa pouss\u00e9e vitale, par les soci\u00e9t\u00e9s \u00e9tablies sur des va\u00adleurs de possessions spirituelles et mat\u00e9rielles, sur des hi\u00e9rarchies sociales et religieuses, etc&#8230; L&rsquo;\u00e9du\u00adcateur futur, non seulement comprendra et favo\u00adrisera ce processus de d\u00e9veloppement psycholo\u00adgique, non seulement il le guidera et le prot\u00e9gera, mais il apprendra m\u00eame \u00e0 provoquer des d\u00e9clen\u00adchements, en pla\u00e7ant chaque enfant dans son mi\u00adlieu le plus favorable, avant m\u00eame que son moi ne puisse prendre corps. Pour cela, l&rsquo;\u00e9tude appro\u00adfondie du point de temps-espace o\u00f9 est n\u00e9 l&rsquo;enfant, et de la fa\u00e7on dont s&rsquo;est produite la naissance, serait tr\u00e8s utile puisque c&rsquo;est autour de ses pre\u00admi\u00e8res r\u00e9actions que l&rsquo;organisme humain construit son moi. Tout le reste de l&rsquo;\u00e9ducation et de l&rsquo;instruction, tout ce qu&rsquo;on enseigne \u00e0 l&rsquo;enfant, sera subordonn\u00e9 \u00e0 la nature unique de sa r\u00e9alisation int\u00e9rieure, et lui sera donn\u00e9 comme un instru\u00adment : instrument double, de travail social, col\u00adlectif et absolument impersonnel d&rsquo;une part, et d&rsquo;autre part, de travail int\u00e9rieur, absolument uni\u00adque et personnel. Mais nous ne pouvons gu\u00e8re nous attarder ici sur cette question, pourtant si importante. Nous devons d&rsquo;abord \u00e9tudier le moi, qui vient de se constituer, \u00e0 travers quelques \u00e9tapes principales de son d\u00e9veloppement, le suivre jusqu&rsquo;\u00e0 la lumi\u00e8re du pr\u00e9sent, dans laquelle il se dissoudra, et dispara\u00eetra.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-premiere-reponse-au-present-ext-5-par-carlo-suares\/\"><em>Chapitre pr\u00e9c\u00e9dent<\/em><\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-croissance-dun-moi-son-processus-par-carlo-suares\/\"> <em>Chapitre suivant<\/em><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La fa\u00e7on dont le je, non-conscient, de l&rsquo;enfant parvient, lorsqu&rsquo;il est m\u00fbr, \u00e0 se d\u00e9tacher de l&rsquo;univers subjectif qui l&rsquo;a cr\u00e9\u00e9, et dont il ne s&rsquo;\u00e9tait pas encore nettement diff\u00e9renci\u00e9, est d&rsquo;une importance extr\u00eame, car elle caract\u00e9rise le moi qui surgit, ses tendances, ses possibilit\u00e9s, et nous r\u00e9v\u00e8le sa na\u00adture la plus intime. 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